21/09/2016

Cinéma : la cellule familiale éclatée de "Juste la fin du monde" de Xavier Dolan

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Xavier Dolan adapte une pièce de théâtre sur un huis clos familial. Acteurs époustouflants, dialogues hyper réalistes : on se reconnaît tous dans "Juste la fin du monde".

 

La distribution du nouveau film de Xavier Dolan en impose. Le réalisateur canadien a puisé dans le vivier des acteurs français "bankables" pour monter son projet d'adaptation de la pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce. On aurait pu objectivement craindre qu'il perde son authenticité face à ces grands comédiens, habitués à jouer d'une certaine façon et peu enclins à toucher à leur image de marque. Pas pour Nathalie Baye, déjà passée par tous les rôles, mais comment diriger Léa Seydoux (ex-James Bond girl), Vincent Cassel ou l'oscarisée Marion Cotillard ? Juste en leur demandant de respecter le texte et de se glisser dans la peau des personnages. Et surtout de suivre la direction de Xavier Dolan qui se révèle un très grand metteur en scène. Car rapidement, en découvrant les premières images de cette réunion de famille tendue, on oublie totalement le parcours des acteurs. Ne reste que le fils prodigue de retour au bercail pour une journée, la sœur rebelle, le frère jaloux et brimé, sa femme timide et effacée et la mère foldingue, nostalgique du passé et toujours amoureuse du père, le grand absent.

Dans le rôle du fils, Louis, revenu pour annoncer sa mort prochaine à ses proches, Gaspard Ulliel a sans doute la tâche la plus compliquée. Il doit dire sans parler, exprimer en étant de marbre. Ravalant ses larmes, repoussant l'échéance, il est conscient que sa réussite (il est un écrivain à succès) l'éloigne inexorablement de sa famille. Une famille qu'il a délaissé depuis 10 ans, comme honteux de leurs vies trop simples, trop primaires.

Plus que du théâtre filmé

Le film permet aux différents acteurs d'avoir leur scène, leur petit moment de gloire, en plus des réunions où, tous au complet, ils se gueulent dessus comme des chats énervés. Léa Seydoux, malheureuse dans sa province, complètement défoncée à l'herbe, est aussi triste qu'elle est belle. Louis aimerait l'aider. La prendre sous son aile. Mais c'est trop tard. Pour lui comme pour elle. Antoine le grand frère, sous des airs de violent compulsif, cache une profonde dépréciation personnelle. Il se persuade être le raté face à ce frère plus jeune mais si brillant. Même s'il se dévoile à un moment en expliquant que s'il est silencieux en société "Ce n'est pas parce que je sais écouter les gens. C'est parce que je veux leur donner l'exemple. Se taire". Quant à Catherine, la femme d'Antoine, elle semble avoir tout compris. "Vous en avez pour combien de temps ?" lâche-t-elle à Louis qui n'a encore rien dit.

"Juste la fin du monde", pour les détracteurs de Xavier Dolan, ne serait que du théâtre filmé. Certes, mais du grand théâtre avec d'excellents comédiens et une mise en scène parfaite. Juste de quoi expliquer le grand prix récolté à Cannes.

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 Xavier Dolan, réalisateur adulte

dolan, cotillard, lagarce, ulliel, seydoux, casselL'enfant terrible du cinéma canadien semble avoir franchi un cap dans sa carrière. Le formidable succès planétaire de "Mommy" ne lui a pas coupé l'envie de filmer. On sent cependant une moindre appétence à la nouveauté, à l'expérimentation. "Juste la fin du monde" est selon lui "Mon premier film en tant qu'homme". Cette pièce de théâtre lui a été conseillée par son actrice fétiche Anne Dorval en 2010. Mais il n'a pas accroché. "J'avais à l'égard de l'histoire et des personnages un blocage intellectuel qui m'empêchait d'aimer la pièce tant vantée par mon amie, explique-t-il dans des notes de productions. J'étais sans doute trop pris par l'impatience d'un projet ou l'élaboration de ma prochaine coiffure pour ressentir la profondeur de cette première lecture diagonale." Ce n'est que quelques années plus tard qu'il est parvenu à rentrer dans l'univers du dramaturge français, mort du sida en 1995 à l'âge de 38 ans. Pour l'adaptation, il a décidé d'être le plus fidèle possible aux textes de Lagarce : "Que l'on 'sente' où non le théâtre dans un film m'importe peu. Que le théâtre nourrisse le cinéma… N'ont-ils pas besoin l'un de l'autre de toute façon ?" Le résultat est remarquable, les deux mondes de Lagarce et de Dolan semblant se répondre à travers les années.

DE CHOSES ET D'AUTRES : Drapeaux

drapeaux,nice,foncia,scandale,polémiqueÉtrange pays que cette France qui n'ose plus afficher son patriotisme. Le 9 septembre dernier, un couple de retraités niçois reçoit une lettre du syndic de leur copropriété. Il leur est instamment demandé de retirer le drapeau tricolore planté dans leur jardin. Motif invoqué : "Les activités sportives estivales sont terminées". Cela empêchera ainsi "d'éviter tout débordement". Refus sec et net des propriétaires qui médiatisent illico l'affaire.

La vague d'indignation dépasse rapidement les frontières des seuls réseaux sociaux. Depuis, la société a présenté ses plus plates excuses mais des interrogations restent sur la véritable motivation de cette injonction. Tout d'abord, il était faux de prétexter la fin des activités sportives puisque la lettre est arrivée en pleins jeux paralympiques. Pas du tout sympa pour ces handicapés courageux qui eux aussi, espèrent un soutien de la population à propos de leurs performances d'autant plus méritoires. Mais surtout quels sont les "débordements" redoutés par le seul fait d'arborer un drapeau français ? Voilà quelques mois, le gouvernement demandait à chacun d'afficher les couleurs nationales aux fenêtres et balcons en signe d'hommage aux victimes des attentats terroristes. Certains y sont encore accrochés.

Enfin, comment ne pas comprendre que ce drapeau justement, demeure le plus beau symbole pour honorer la mémoire des 84 victimes de la Promenade des Anglais de même que celles des précédents, innocents fauchés par la folie humaine.

20/09/2016

Rentrée littéraire : La cuisine à trois des "Cannibales"

Échanges de lettres entre une mère, son fils et la maîtresse de ce dernier. Succulent trio animé par Régis Jauffret.

Petit bijou de style et d'érudition, « Cannibales », roman épistolaire de Régis Jauffret, dans la première liste du Goncourt, désarçonne dans sa forme. Pas de description ni de dialogues, les 180 pages sont constituées d'une suite de lettres que les trois personnages principaux s'envoient chronologiquement. Noémie, la première, écrit à Jeanne, la mère de son amant Geoffrey. Elle lui explique pourquoi elle a préféré rompre avec cet architecte de trente ans son ainé. La mère, furieuse dans un premier temps, se laisse séduire par les lettres légères et très personnelles de la belle Noémie. Au point qu'on a l'impression que la mère tombe à son tour amoureuse de cette jeune artiste peintre. Jeanne ne se prive pas de donner des conseils à la jeune femme « Un dernier mot : aimez. L'amour est une picoterie, une démangeaison dont on ne saura jamais si le plaisir du soulagement que nous procure la caresse de l'amant vaut les désagréments de son incessant prurit. » Noémie, de son côté, est bien consciente que Geoffrey souffre de sa rupture. Elle le raconte sans fioritures à sa génitrice. « Avec moi, de l'amour il (Geoffrey) en a peut-être eu le goût sur la langue. C'est ça le chagrin, le souvenir d'un instant défunt. » La poésie, la grâce et la beauté s'invitent souvent dans les lettres des deux femmes. Comme si au calme face à leur page blanche elles parvenaient à merveille comprendre le sens du monde.

A la broche

régis jauffret,cannibales,lettres,seuilMais elles dérapent aussi parfois. Une fois proches, elles se délectent à imaginer une mort violente pour ce Geoffrey qui, au final, les aura toujours un peu déçu. On comprend alors le titre du roman, « Cannibales », quand Noémie s'imagine cuisiner son cadavre. « Après avoir salé et poivré sa dépouille, tenant chacune une extrémité du manche sur lequel nous l'aurons empalé, nous le ferons griller à la broche au-dessus d'un feu de sarments de vigne et de bois d'olivier. Nous pilerons ses os dans un mortier afin de pouvoir nous repaître de sa moelle montée en mousseline avec un kilo de bon beurre. » Moins glamour cette obsession, qui s'achèvera en un étrange barbecue.

« Cannibales » de Régis Jauffret, Seuil, 17 €

 

DE CHOSES ET D'AUTRES : Vote à la russe

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Élections législatives en Russie ce week-end. Les premiers sondages donnaient seulement 44 % au parti de Vladimir Poutine. Mais une fois le dépouillement terminé, Russie unie explose tous les pronostics avec plus de 54 % des votes et une majorité écrasante à la Douma.

Pour une fois, les instituts de sondage n'ont pas tout faux. Le score du parti au pouvoir est très certainement faussé par quelques petites fraudes de-ci de-là. Enfin, le qualificatif de "petites" pour désigner ces exactions paraît faible. Des activistes russes ont judicieusement placé des webcams dans certains bureaux de vote. Les vidéos diffusées depuis s'avèrent édifiantes. La fraude est massive et jamais l'expression "bourrage d'urnes" n'aura été autant justifiée. À côté, les chaussettes de Perpignan restent pets de lapins.

Plus étonnante, l'identité des fraudeurs. Des dames tout ce qu'il y a de plus sérieuses et propres sur elles, chargées de superviser le scrutin. Sur l'une des vidéos, on aperçoit la fraudeuse enfourner des dizaines de bulletins de vote, cachée des regards par trois autres employés. Sur une autre, la fraudeuse saisit une liasse de bulletins, puis la cache quand un électeur arrive. Dès qu'il a tourné le dos, elle reprend les bulletins et les glisse dans l'urne en quelques secondes, toujours à l'abri des regards grâce un complice interposé. Malgré ce déluge de preuves le résultat des élections a peu de chance d'être remis en cause. Simplement, le pouvoir russe aura intérêt à mieux "protéger" les bureaux de vote en 2018 pour la présidentielle et la réélection inéluctable de Poutine à son 4e mandat.

19/09/2016

Rentrée littéraire : Sadorski, le pire des salauds

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Pour raconter l'occupation allemande, Romain Slocombe n'y va pas par quatre chemins : il se met dans la peau des pires salauds et raconte à la première personne leurs motivations nauséabondes. Après l'écrivain dénonciateur de juifs dans « Monsieur le commandant », place à Léon Sadorski, inspecteur de la police française, spécialisé dans les renseignements généraux et plus spécialement la surveillance des Juifs. Sado pour les collègues, vénère le maréchal Pétain et collabore avec la Gestapo. Aussi quand il est arrêté un matin et conduit à Berlin pour subir plusieurs jours d'interrogatoires il ne comprend pas du tout. Il se retrouve dans la peau des ces « sous hommes » qu'il aime malmener au quai des Orfèvres.

Le bourreau dans le rôle de la victime, c'est l'essentiel de la première partie de ce roman policier historique, sélectionné dans le première liste du Goncourt. La suite se déroule à Paris, Sadorski devra retrouver une de ses anciennes maîtresses suspectée d'activité antinazis.

Un roman témoignage, aux scènes parfois dures, mais qui reflètent l'époque. En préambule, l'auteur et l'éditeur préviennent ne pas « cautionner les propos tenus par le personnage principal ». Car Sadorski, effectivement, est le pire des salauds.

« L'affaire Léon Sadorski », Romain Slocombe, Robert Laffont, 21 €

 

De choses et d'autres : Rayane !!!

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Ce samedi, sous mon autre casquette de critique cinéma, je me rends à l'avant-première de Tamara, un film adapté d'une BD de Zidrou et Darasse. Série que j'apprécie depuis des années, les affres au quotidien d'une jeune fille un peu enrobée. Arrivé dans la salle, je me me sens pris à un guet-apens. L'assistance (plus de 150 personnes) est composée à 80 % d'adolescentes. De 7 à 16 ans, elles papotent bruyamment en se montrant des photos sur leurs smartphones. Et régulièrement, l'une ou l'autre bondit sur son siège, se tourne vers le fond de la salle en criant « voilà Rayane ! »

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J'ai beau être à l'écoute des modes, tenter de me tenir au courant des dernières nouveautés, je passe forcément à côté de certains trucs. Le phénomène Rayane Bensetti par exemple. Ce jeune acteur français interprète Diego dans le film, le petit ami de Tamara. L'archétype du beau gosse. Agitées avant qu'il n'arrive, lorsqu'il fait son entrée, bondissant, le fan-club se déchaîne. Les flashes crépitent. Et ce n'est que le début. La traditionnelle séance de questions se transforme en foire d'empoigne à selfies. Une marée humaine de gamines surexcitées se précipite sur la scène. Pour approcher leur idole elles jouent des coudes, poussent, trépignent. Même face à la première ligne de l'Usap elles fonceraient sans crainte.

Rayane, depuis sa victoire à « Danse avec les stars », a acquis une énorme popularité. Les quelques cinéphiles venus voir le film ont dû patienter plus de 35 minutes avant de découvrir les première images, les dernières admiratrices s'accrochant au cou de Rayane malgré l'extinction des lumières. Mais au final, le film est excellent.

 

18/09/2016

DVD et blu-ray : Apprentissage dans les années 30 au "Café Society" entre New York et Los Angeles

 

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Woody Allen est un grand cinéaste. Très âgé aussi. Il semble vivre un peu dans le passé, comme porté par une époque révolue, qu'il n'a même pas connu mais qui semble encore et toujours l'inspirer. "Café Society" se déroule dans les années trente, entre New York et Los Angeles. La grisaille et l'intelligence d'un côté des USA, le soleil et la superficialité de l'autre. Pour montrer l'opposition entre ces deux mondes, les deux faces d'un même pays écartelé, Woody Allen place sa caméra dans les pas de Bobby (Jesse Eisenbeg), jeune Juif lassé de l'étroitesse de sa vie entre une mère étouffante, un père bijoutier, une sœur trop idéaliste et un frère gangster.

 

 

Il s'envole donc pour Los Angeles se placer sous les bons offices de son oncle Phil (Steve Carell), agent de stars du cinéma. Simple coursier dans un premier temps, Bobby monte un peu dans l'organigramme pour passer à la relecture de scénarios. Surtout il tombe sous le charme d'une belle Californienne. Il s'attendait à succomber aux charmes d'une star du cinéma mais finalement c'est une simple secrétaire, dans l'entreprise de son oncle, qui le fait chavirer. Mais Véronica, alias Vonnie (Kristen Stewart), a le cœur déjà pris. Depuis un an elle sort avec un homme marié qui ne cesse de lui promettre qu'il va quitter sa femme… sans jamais le faire.

La seconde Véronica

Un soir, elle sonne en pleurs chez son "ami" Bobby et lui confie que son amant vient de rompre. Bobby la réconforte et à force d'attentions et de gentillesse gagne son amour. Une simple bluette le dernier Woody Allen ? Ce serait mal connaître le réalisateur américain expert en retournement de situations. Le conte de fée tourne au cauchemar quand Vonnie apprend que son ancien amant vient de divorcer. Entre le riche Californien et le petit juif new-yorkais sans grande envergure son choix est vite fait. Même s'il s'agit, selon elle, d'une décision uniquement dictée par l'amour. De retour à New York, Bobby, pour tenter d'oublier sa jolie Vonnie, épouse une ravissante blonde qui, comme par hasard, s'appelle, elle aussi, Véronica. Avec son frère gangster il ouvre une boîte de nuit sélect, devient un ponte des nuits de Manhattan. Et un jour, Vonnie débarque…

« Café Society" n'est certainement pas le meilleur film de Woody Allen, mais on retrouve son style dans quelques portraits hilarants (la mère de Bobby, son frère…) et surtout une certaine nostalgie de ces années folles où certes tout était plus lent mais où aussi tout était possible aux audacieux et originaux.

Présenté hors compétition en ouverture du dernier festival de Cannes, "Café Society" n'a malheureusement pas le moindre bonus dans ses versions DVD et bluy-ray alors que les cinéphiles serraient ravis de voir le maître sur un plateau de tournage ou mieux, lors de l'écriture du scénario. Dommage.

"Café Society", Studiocanal, 19,99 €

 

17/09/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : L'autre rentrée des classes

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Pourquoi, une fois ses études terminées, se sent-on obligé de procréer ? N'oubliez pas que dans quelques années ce gentil bébé gigoteur devra lui aussi aller à l'école. Et vous, le père ou la mère vous ferez un devoir de l'accompagner et remettre les pieds dans cette géhenne qu'est l'éducation nationale. Lionnel Sellem vous prévient dans ce charmant petit recueil d'humour noir intitulé « Au secours, je suis parent d'élève ! ». Durant une année complète, de septembre à juin, on suit les déboires de ce papa catastrophe. Si au début il est enthousiaste (« La maîtresse est une bombe ! ») il déchante rapidement. Et devra même se faire porter pâle à la sortie piscine pour cause de régime raté et de ventre proéminent. Très vite, il aura aussi l'occasion de découvrir son enfant sous un jour nouveau et notera, dès la mi-septembre « Ne plus tenir la main de Paul sur le trajet de l'école. C'est un grand maintenant, il a trop honte, il a 5 ans. » Tout se termine en apothéose avec la kermesse de l'école et sa participation à la tenue du stand des poissons rouges... Quelle année d'enfer !

« Au secours, je suis parent d'élève ! », éditions J'ai Lu, inédit, 6 euros

 

16/09/2016

BD : La guerre n'est pas zen dans "La déconfiture" de Rabaté

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Pascal Rabaté, après avoir réalisé quelques films, revient à ses premières amours, la bande dessinée. Sans détour, il aborde de front "La déconfiture" de l'armée française en juin 1940 lors de l'avancée des troupes allemandes. Cette débandade ou déculottée, on la vit à travers l'expérience de Vildegrain, soldat du 11e régiment. A moto, il tente d'éviter les balles des mitraillettes des Stukas. Laissé à l'arrière, il ne parvient plus à retrouver son régiment. Une errance sur des routes inhospitalières, remplies de cadavres, d'autres soldats perdus avec les hordes de "boches" aux fesses. Un récit clinique sur la faillite d'un pays, sa résignation. Dessiné simplement, sans grands effets ni recherches de vérité historique, la force de certaines cases vaut largement celles de Tardi sur la précédente guerre. Dur, mais authentique.

"La déconfiture" (tome 1), Futuropolis, 19 €

 

DE CHOSES ET D'AUTRES : Rentrée médiatique tronquée

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Yann Barthès sur TMC, Thomas Thouroude sur France 2, Yves Calvi sur LCI, Victor Robert aux rênes du Grand Journal : la rentrée médiatique, vaste jeu de chaises musicales, est pourtant incomplète cette année. Normalement, chaque soir, entre 18 heures et 19 heures, le grand bateleur des news, le roi du direct, du rire sardonique et du dentier éclatant de blancheur devait animer une session d'informations sur Cnews, la nouvelle Itélé. Heureusement pour Cyril Hanouna et ses concurrents, ce monstre de travail, abonné aux audiences exponentielles et aux scoops de dernière minute, a déclaré forfait à l'ultime limite. Pas de son plein gré. Une triste histoire avec la justice pour des castings gays et vaguement pornos. Jean-Marc Morandini (même les plus isolés du fin fond de la montagne l'auront reconnu dans ce portrait bourré de superlatif, comme ses émissions) attend toujours de savoir si les plaintes de plusieurs comédiens pour « corruption de mineur » et « harcèlement sexuel et travail clandestin » vont le conduire devant les prétoires ou lui rendre ses fauteuils à Europe1 et Cnews, blanchi de tout soupçon (comme ses dents).

En attendant, terminée la ration de Morandini en direct. Il n'y a bien que Nicolas Canteloup qui se permette de l'imiter dans sa chronique matinale. Mais on devine des rires jaunes dans le studio. Les fans doivent se contenter de « Crimes », émissions enregistrées sur NRJ12. En attendant son nouveau concept qu'il trépigne de lancer : « Déclaré innocent ! » 

15/09/2016

BD : LE ZEN AU BORD DE LA ROUTE

 

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Quand la BD décide d'investir le créneau du "livre de développement personnel", on peut s'attendre au pire. Pourtant "Le jour où le bus est reparti sans elle" écrit par Béka (Les rugbymen) et dessiné par Marko (Les Godillots) parvient à émouvoir sans mièvrerie. Clémentine, jeune femme en quête de sagesse et d'harmonie, décide de participer à un séminaire de méditation en groupe. En chemin vers le domaine où tous vont tenter de découvrir les voies de la sagesse, ils font un arrêt dans une épicerie. Clémentine va aux toilettes. Quand elle en sort, le bus est parti. Seule, abandonnée, sa confiance en elle en prend un sacré coup. Mais il y a l'épicier qui se révèle beaucoup plus intéressant. Subtil, parfois amusant, illustré de contes zen, cet album regonflera automatiquement votre joie de vivre.

"Le jour où le bus est reparti sans elle", Bamboo, 15,90 €

 

 

10:02 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : béka, marko, zen, méditation, bamboo

DE CHOSES ET D'AUTRES : Ciotti au garde à vous

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Ah le coquin ! Éric Ciotti, un des fervents défenseurs de la droite dure, réclame le retour du service militaire obligatoire. Il sait de quoi il parle... puisqu'il ne l'a pas fait.

Avant d'être député des Alpes-Maritimes, il a été jeune. Et comme cela date d'il y a quelques années, il devait comme tout jeune Français effectuer son service militaire. A 25 ans, il a déjà repoussé au maximum son incorporation. Le Canard Enchaîné paru hier prouve, document à l'appui, qu'il a tenté d'échapper à ces dix mois sous les drapeaux. À l'époque il était assistant parlementaire de Christian Estrosi. Ce dernier a sollicité François Fillon qui a donc écrit à Jean-Pierre Chevènement, ministre de la Défense de l'époque, pour exempter le jeune Ciotti. Un passe-droit sans effet car si finalement le futur député de droite échappe au devoir national, c'est pour "soutien de famille", son épouse attendant un enfant.

Cette petite histoire est pleine d'enseignements. Sans s'étendre sur le double langage des politiques, du style : "Je suis pour le service militaire mais personnellement j'ai magouillé pour ne pas le faire", on apprend que Ciotti, assistant parlementaire puis élu, n'a jamais non plus véritablement "travaillé" dans ce secteur privé, pourtant glorifié par son camp. Il en a sans doute été exempté comme pour sa carrière militaire.

Autre bizarrerie, sa réaction publiée par le Canard : il nie toute demande de piston. Mieux, il pense que les initiatives d'Estrosi et de Fillon partent d'un bon sentiment et ont été réalisées dans son dos. "À l'insu de mon plein gré !" Ciotti et Virenque, même combat.

14/09/2016

Cinéma : Victoria, femme à problèmes

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Virginie Efira interprète "Victoria", jeune femme dévorée par son métier d'avocate, délaissant ses enfants ainsi que toute envie de romantisme et par là même sa vie sexuelle.

 

 

Si certains films français ont la mauvaise habitude de commencer mollement, ce n'est pas le cas de "Victoria" de Justine Triet. Dès les premières minutes on est emporté dans la tornade de la vie de cette avocate jouée par Virginie Efira. Toujours en train de courir, dépassée par les événements, elle se fait virer par son baby-sitter (elle a deux petites filles qu'elle élève seule depuis le départ de son ex, écrivain maudit), en trouve une de rechange (une amie bonne poire) à la dernière minute pour aller à un mariage. Là elle boit trop, se fait draguer par un scientifique assommant et doit subir les jérémiades de son meilleur ami, Vincent (Melvin Poupaud) en pleine rupture avec sa petite amie. Elle croise aussi Sam (Vincent Lacoste), un de ses anciens clients, dealer d'occasion, à la recherche d'un stage dans le milieu juridique. Dix premières minutes où le spectateur est scotché à son siège, subissant cette vie de folie. Pourtant Victoria s'ennuie. Profondément, abominablement, désespérément. Virginie Efira est parfaite en executivewoman, sans cesse occupée mais à la vie triste et creuse. Dans ce mariage, tout le monde fait la fête autour d'elle, mais cela n'a plus prise sur sa réalité. On la devine torturée par son existence vaine. Bien des questions se bousculent dans son inconscient. Elle tente de les mettre à plat lors d'une psychanalyse. Ou lors de séances de voyance. Mais n'est-ce pas au final pour trouver les mêmes réponses ?

La vie de Victoria bascule à la fin du mariage. La petite amie de Vincent revient sur la piste de danse le ventre en sang. Elle l'accuse de l'avoir poignardé après avoir fait l'amour dans les toilettes. Garde à vue, interrogatoires… Vincent veut absolument que Victoria la défende. Une grave erreur qui risque de plomber sa carrière en robe noire.

Film sucré-salé

Le film utilise ce procès en fil rouge, avec notamment le témoignage du chien de la victime (lire ci-contre). Mais la vie de Victoria est affreusement compliquée. Son ex dévoile ses turpitudes passées dans un blog littéraire. Nouveau procès. Mais dans le rôle de la victime cette fois. Sans baby-sitter, elle se décide à recruter Sam. Et comme il est à la rue, elle l'héberge dans le salon. Il dort dans le canapé quand la jolie blonde, reçoit les hommes dragués sur une application de rencontre. Et ce qui devait arriver arriva : Victoria craque.

S'inspirant des grandes comédies américaines, la réalisatrice dont c'est le second film réussit la prouesse de rendre sympathique cette avocate un peu fofolle mais surtout totalement irresponsable, plus que borderline. Sa chute a dans les trente-sixièmes dessous fait basculer le film dans le mélodrame.

Tel un plat sucré-salé, "Victoria" doit se déguster sans a priori ni dogmatisme, accepter simplement ce contraste de sensations, de situations, un mélange des genres qui fait phosphorer le cerveau au même titre que les papilles d'un gastronome.

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 Un chien à la barre

 

victoria,justine triet,virginie efira,vincent lacoste,procès,chien"Victoria" reste avant tout un portrait de femme. Trop active, débordée, lassée des échecs sentimentaux, obligée de se forger une carapace pour ne pas se faire engloutir par un métier encore dominé par les hommes. On rit pourtant beaucoup durant le film de Justine Triet. Pas aux dépens de l'héroïne, mais lors du procès de son ami accusé d'avoir poignardé sa petite amie. L'agression s'est déroulée dans les toilettes à la fin d'une soirée de mariage où ils étaient tous invités (Victoria compris). C'est parole contre parole car le personnage interprété par Melvin Poupaud affirme que sa maîtresse s'est auto poignardée après qu'il lui a annoncé son intention de la quitter.

Il y a pourtant un témoin de la scène : le chien de la victime. Le juge d'instruction décide de tester les réactions de l'animal en présence de Vincent. Un expert vient à la barre, avec l'animal, pour expliquer que ce dalmatien réagit quand il est face à une personne qui fait du mal à sa maîtresse. Loufoque ? Pas du tout car la réalisatrice a confié s'être inspirée d'un véritable fait divers. "Celui d'une femme qui a été retrouvée pendue et de tests pratiqués sur son dalmatien pour évaluer comment il réagissait à l'odeur de ses proches accusés."

Un procès dans le film marqué par le règne animal, le dénouement étant finalement fourni par une preuve irréfutable apportée par… un chimpanzé.

DE CHOSES ET D'AUTRES : La maigre et le gros

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On parle beaucoup de sexisme, mais un autre fléau passe trop souvent inaperçu : le racisme anti-gros. La semaine dernière sur le plateau du Grand Journal de Canal +, Jonah Hill est invité pour parler de son nouveau film, "War dogs", dans toutes les salles dès aujourd'hui (lire en page cinéma).

Jonah Hill fait partie de ces acteurs au physique atypique. Comique talentueux, capable d'endosser toutes les personnalités, ses rondeurs et son esprit caustique le transforment en l'un des comédiens les plus en vue d'Hollywood. Quand je dis rondeurs, d'autre pensent "gros, adipeux, obèse... » Opinion sans nul doute ancrée dans le crâne de la nouvelle Miss Météo, censée faire rire avant de décrire le temps du lendemain. Grande, maigre et forcément belle (selon les canons de beauté des miss) elle manque surtout de tact. "J'ai un fantasme avec vous Jonah, explique Ornella Fleury. Ça serait qu'on se retrouve tous les deux dans une chambre d'hôtel le soir. On discute, vous me faites rire, vous me faites beaucoup rire, et là, d'un coup, vous ramenez vos potes DiCaprio et Brad Pitt... Et vous partez." Traduit en langage clair de gravure de mode : "je veux bien que le petit gros me fasse rigoler. Mais pour coucher je veux du beau, du musclé, du classe. Comme moi quoi... »

Mesquin et prétentieux. Réponse du comédien, un peu blessé quand même : "Je ne suis vraiment pas venu pour rien. D'être ridiculisé par la miss météo locale, ça fait plaisir... Merci beaucoup." Elle a beau s'être excusée le lendemain, nous, les gros, on s'en souviendra !

13/09/2016

Rentrée littéraire : "Le sanglier", symbole d'une journée de merde

Réveillés aux aurores, Christian et Carole vont vivre une véritable journée de merde. Ce samedi matin, ils doivent aller à la ville déposer un chèque et faire des courses. Un couple assez dépareillé, marqué par la vie. Christian, grand angoissé, travaille dans une scierie. Il habite dans une vieille bicoque loin, très loin d'un petit village. Carole a tout plaqué pour le retrouver. Avant tout le monde elle a senti venir la mode des vêtements vintage. Après achat dans des friperies, elle les "customise" et les vend sur le net. Ils ne roulent pas sur l'or, s'aiment tant bien que mal, et cette journée de merde ressemble en fait à toutes les autres. Myriam Chirousse (photo ci-dessus), dont c'est le troisième roman, s'approche d'un naturalisme extrême. Elle décrit la route sinueuse, les centres commerciaux sans personnalité et les angoisses du quotidien. Christian se sent agressé par l'extérieur. Carole au contraire est indifférente, persuadée que personne ne la remarque. Leur relation est résumée dans cette tirade de la jeune femme : "Dans le fond on est pareils. Peut-être qu'en apparence on ne le dirait pas, toi qui t'énerves et moi qui pleurniche, mais aucun n'arrive à se contrôler. Ça nous prend et on ne sait pas quoi faire. Mais faut qu'on essaie de se maîtriser, qu'on fasse un effort pour que ça ne se passe plus comme ça." Et pour terminer, un sanglier fera son apparition...

"Le sanglier" de Myriam Chirousse, Buchet-Chastel, 14 €.

 

DE CHOSES ET D'AUTRES : Assos en fête

Ce week-end, dans mon village, les associations étaient à la fête. Un "Forum" chargé de présenter aux visiteurs d'un jour la diversité des activités culturelles ou sportives proposées par le foisonnant tissu associatif. En déambulant dans l'allée centrale sous un soleil de plomb, entre le maire qui serrait des mains et l'animateur chargé de rendre joyeuse et informative cette après-midi, je me suis senti bien petit face à ces passionnés, capables de sacrifier un samedi et surtout nombre de journées et de soirées. Du rugby féminin à l'escrime en passant par la broderie ou les danses de salon, le choix était vaste. Le café philo a choisi pour le thème de sa rentrée un sujet d'actualité "Fanatisme et tolérance". Espérons que d'ici le rendez-vous, le 24 novembre à la Brasserie de l'Europe, les fanatiques n'aient pas apporté un peu d'eau au moulin de notre limite de tolérance. Les judokas, par besoin d'espace, sont restés dans leur salle attitrée, à une dizaine de mètres du forum. Les majorettes, courageuses, défilaient devant les badauds, transpirant dans leurs bottes et corsets serrés. Je les ai plaints. Et pour illustrer immédiatement cette fameuse tolérance, le stand du Krav maga faisait face à celui du Taï chi. D'un côté une technique de combat redoutable, de l'autre le must de la relaxation chinoise. Le ying et le yang. Mais tous se retrouveront certainement les 12 et 13 octobre chez les donneurs de sang, toujours en quête de bonnes volontés pour sauver des vies. Sans nul doute la meilleure des façons de donner un peu de sa personne.

12/09/2016

BD : Le zen comme religion d'état dans "Karma City" de Gabrion

 

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Bienvenue dans Karma City, la ville où on ne peut entrer que si son karma est positif. Dans ce futur proche, après une catastrophe (la vague), des scientifiques ont mis au point des machines capables de mesurer son karma, soit le "baromètre en temps réel de sa santé mentale et de son état psychique". Cela ressemble un peu au monde de 1984, beaucoup de policiers pour contrôler papiers et état d'esprit. Autour de Karma City, une zone grise et, encore plus loin, les zones barbares. Une jeune chercheuse en archéologie karmique revient de la zone grise. Elle passe les barrages et sur la route sa voiture plonge dans un ravin. Victime d'un AVC foudroyant. Rien de naturel pour l'inspecteur Napoli qui fait équipe avec la jeune et brillante Kate Cooper, un peu trop psychorigide à son avis. Une enquête policière classique se greffe sur cette réflexion sur la recherche du bonheur. Mais peut-on encore parler de bonheur quand il est imposé ? Découpé comme un comics par grands chapitres d'une trentaine de pages, cet album au trait sombre et réaliste embarque le lecteur dans un cauchemar encore plus horrible qu'il n'y paraît. Distrayant tout en étant très instructif : un des albums les plus originaux de cette rentrée.

"Karma City" (tome 1), Dupuis, 20,50 €

 

 

DE CHOSES ET D'AUTRES : « Ké ! Ké ! Ké ! Arglll... »

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"Je regrette d'avoir acheté ce truc !" L'aveu, entre deux quintes de toux, est sans appel. Depuis trois jours, mon épouse est malade. Un bête refroidissement contracté alors qu'elle m'accompagnait à une visite... chez le médecin. De la salle d'attente hyper climatisée au bureau du toubib, on comptait bien 15 degrés de différence. Situation idéale pour lui obstruer le nez, la faire tousser et cracher ses poumons.

Samedi, direction la pharmacie. La responsable de l'officine lui conseille un produit fort et efficace . De retour à la maison, elle lit la notice et découvre une méthodologie pour le moins étrange. "Se placer devant un lavabo, renverser la tête en arrière et faire couler le produit dans une narine. Respirer par la bouche en prononçant de façon répétée la syllabe "ké"". "Ké" ? Kézaco ? Bonne élève, elle s'exécute. La scène vire au surréalisme. Ma chérie, consciencieusement placée devant l'évier de la cuisine, se remplit la narine et tente de prononcer le mot magique. Au bout de trois "ké", elle manque de s'étouffer, crache tout par la bouche et les narines en poussant un râle de fin d'existence. Elle tente l'autre narine. Encore moins concluant car, sans pitié, j'éclate de rire. Rire contagieux. Ses "ké" se terminent dans un fou rire entre crachats et reniflements.

Le pire ? Elle n'est pas guérie. Oublié le "ké", place aux inhalations d'huile essentielle d'eucalyptus. En silence et sous un torchon. Moins marrant mais plus efficace.

En bonus, du "Ké ! Ké ! Ké !" en live...

18:00 Publié dans Chronique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : santé, rhume, actisoufre,

11/09/2016

BD : Un réactionnaire bien sympathique

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Marié, père de famille, Morgan Navarro a le malheur de ne côtoyer que des bobos, dangereux extrémistes de gauche et même, le pire parmi la lie de l'humanité avec qui il doit partager l'air qu'il respire : des féministes, lesbiennes, vegan et tatouées. Morgan Navarro, on l'a compris, n'est pas un homme de progrès, ouvert d'esprit. Sous sa calvitie bonhomme se cache un véritable réactionnaire, nostalgique du passé, celui de Pompidou, pas de Mitterrand. Il transforme ses colères et indignations en histoires courtes publiées sur la plateforme du Monde (Le Figaro doit se mordre les doigts). Cette opposition entre des hommes et femmes humanistes et partageurs et Morgan, indécrottable pessimiste, persuadé que le monde court à sa perte, se révèle un ressort comique inépuisable. Et tout le paradoxe de cette BD, au trait classique cela va de soit, est que le réac reste sympathique. Car il a conscience de ses dérives, pour preuve il se sent sans cesse obligé de demander à ses potes d'origines maghrébines s'il est raciste. La réponse, tout en lui faisant un peu honte, le rassure. Paradoxe d'un homme mal dans son temps mais qui n'a jamais perdu le sens de l'autodérision. Preuve au final, qu'il n'est pas si réac que cela finalement...

«Ma vie de réac", Dargaud, 17,95 €

 

 

08:46 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : morgan navarro, réac, droite, dargaud

DVD : "Eperdument", une détenue modèle et un directeur amoureux

 

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Sur le papier, la distribution a de la gueule : Guillaume Gallienne et Adèle Exarchopoulos réunis, ce sont deux César qui se donnent la réplique. Le thème du film de Pierre Godeau a de plus l'avantage d'être tiré d'un fait divers récent qui a fait couler beaucoup d'encre. Le résultat n'est pas transcendant, la faute à un trop grand classicisme et une retenue dans le jeu qui vire parfois au presque faux.

Mais il a l'excuse d'être un premier film. "Éperdument" est l'histoire d'amour impossible entre une détenue et le directeur de la prison. Anna, avant son procès (le film ne dit jamais de quoi elle est accusée, mais on apprend au détour d'une conversation avec son avocate qu'elle risque dix ans de réclusion criminelle), est transférée dans une petite prison pour femme.

Amour impossible

Jean y règne en maître absolu. Ce père de famille, marié à une surveillante (affectée dans une autre prison), essaie d'être juste. Mais quand il croise le regard d'Anna, tout son monde s'écroule. Un amour fou naît entre ces murs froids. Anna va elle aussi se raccrocher à cet homme qu'elle désire. Au mépris de toutes les lois, ils vont mener une relation secrète, à l'intérieur même de la prison. Anna sera affectée au service général, une sorte d'administration composée de détenues, directement sous les ordres du directeur. Pratique pour passer de longues heures à deux dans la salle informatique ou pour la convoquer afin de faire le ménage dans son bureau. La romance ne reste pas secrète. Dénoncé par une détenue rancunière, Jean est mis à pied, jugé, condamné. Et dans le film, comme dans la réalité, en plus de perdre sa femme et sa fille, il sera rejeté par la belle Anna dès qu'elle sera remise en liberté.

On retiendra surtout de ce film carcéral la performance d'Adèle Exarchopoulos. La jeune actrice, découverte dans "La vie d'Adèle" s'est fortement impliquée dans ce rôle, passant de longues semaines en compagnie de véritables détenues pour être la plus juste possible. Le DVD offre en bonus un making of centré sur le décor, la prison de la Santé.

"Éperdument", Studiocanal, 16,99 €