16.05.2012
Sur la route de la vie en compagnie de Maryline Desbiolles
Maryline Desbiolles observe les travaux de rénovation de la route passant près de chez elle. Un prétexte pour explorer passé et présent de ce lieu de passage.

La Fontaine de Jarrier est la route reliant Nice à Turin. La route de la montagne. Celle, tortueuse, qu'empruntaient jadis marchands, nobles et brigands. Aujourd'hui, elle est délaissée au profit de la celle du littoral. Mais elle est quand même utilisée. Et toujours dangereuse. Ces travaux font suite à un accident mortel. Et des morts, il y en a eu beaucoup au fil des siècles. Ce court roman de Maryline Desbiolles, écrit dans un style saccadé, au prétexte de raconter des travaux routiers, se penche sur des existences. Les habitants actuels, derniers des Mohicans d'une province en déshérence, et ceux du passé. Car une route n'est rien sans les hommes. Ceux qui ont décidé de la construire et ceux qui l'empruntent.
Cela commence par un face-à-face détonnant. L'auteur raconte. Sur le trottoir, Sasso, sur le chantier Mana. Le premier habite là depuis des décennies. Le vieillard, récemment veuf, est « assis sur une chaise qu'il a sortie de chez lui, et qui depuis ce qui reste de trottoir assiste sans bouger à ce qui est somme toute un spectacle faramineux. » Dans ce vacarme, Mana, « un vieux type buriné dont le bonnet cache les cheveux blancs. » Mana « a pris sa retraite de l'entreprise à 74 ans, il y a quatre ans. Il y travaille toujours, mais comme intérimaire, sa retraite est trop maigre. »
La mort au tournant
Sur cette route en réfection, recouverte de goudron frais, d'enrobé exactement, Maryline Desbiolles va y découvrir des secrets, des vies cachées, des destins. De sa création, du temps de la gabelle, à son utilisation intensive par les brigands, elle dresse le portrait historique de cette région des hauteurs de Nice. On croise donc les brigands, déguisés comme au carnaval, dérobant bijoux et vêtements de luxe aux nobles. Plus tard, dans ce virage, un jeune résistant sera abattu par des Allemands. Pas loin de l'endroit où des jeunes à scooters vont aussi perdre la vie. Mais cette fois, l'armée d'occupation n'y sera pour rien.
La vie, la mort dans les maisons aussi. Gaby par exemple a acheté cette belle et grande demeure. Elle s'y est installée avec un fiancé musclé, trop influencé par les émissions de décoration. Il va tout casser dans la maison, jetant les gravats par la fenêtre dans la cour. Et puis il disparaît. Gaby se retrouve avec une coquille vide, seule, cherchant à revendre cette ruine, par tous les moyens...
Chaussée étrillée
Et puis tout en revenant sur les vies qui jalonnent cette route, l'auteur poursuit sa description des travaux qu'elle observe, fascinée. Les travailleurs de la nuit « rabotent la chaussée, lui ôtent sa vieillerie, les couches d'asphalte ancien que la raboteuse crache dans le camion qui l'accompagne, on voit les traces des dents de la raboteuse sur la route ainsi mise à nu, la route est écorchée puis violemment lavée, la chaussée est écorchée puis étrillée par les brosses du camion avec un vacarme d'avion qui décolle. »
Ce roman sur un petit coin de France, tel un long poème en prose, fera que jamais plus vous ne regarderez un chantier routier de la même façon.
Michel LITOUT
« Dans la route », Maryline Desbiolles, Seuil, 16,50 €
09:14 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dans la route, nice, maryline desbiolles, provence, seuil
15.05.2012
Les lolcats peuvent nous rendre plus intelligents !

Telle une invasion d'extraterrestres ou de sauterelles, on les trouve partout sur la toile. Les lolcats prolifèrent dans vos boîtes mail, sur les forums et ont de plus en plus de sites dédiés. Ces photos mettent en scène des chats dans des postures inhabituelles, comme s'ils singeaient des humains. Avec ou sans trucage, elles font sourire. Finissent par exaspérer aussi. Pour beaucoup elles représentent la preuve irréfutable de la futilité - voire inutilité ou nuisance - d'internet. Une théorie empirique battue en brèche par une récente étude de Kate Miltner, étudiante à la London School of Economics (LSE). Dans un mémoire de 100 pages mis en ligne, elle constate que les lolcats ont au moins une vertu : ils permettent aux internautes d'entrer en contact, de se socialiser et participent ainsi au fonctionnement d'une intelligence collective.
Oui, les lolcats rendent plus intelligents ! Certains artistes l'ont déjà compris. Ainsi des cinéastes américains ont lancé une souscription pour financer un long métrage participatif. Des scènes lolcats puisées sur la toile seront insérées dans l'intrigue.
A Lyon, un étudiant aux Beaux-Arts a mis en scène deux chats noirs au milieu de bougies et de jouets pour réinterpréter certaines oeuvres de Gilbert et Georges, les artistes anglais iconoclastes.
Dans ces deux cas, les lolcats non seulement rendent plus intelligents, mais participent à l'évolution de l'art contemporain... Enfin pas si contemporain, les premières photos amusantes de chats seraient l'oeuvre de l'Anglais Harry Pointer... en 1870.
(Chronique "ça bruisse sur le net" parue ce lundi 14 mai en dernière page de l'Indépendant)
16:39 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : lolcats, intelligence, gilbert et georges, harry pointer
Éducation simiesque pour le "Roi des Singes"

Un homme parmi les singes. Un homme roi des singes. Ce thème cher à la littérature populaire est au centre des aventures de John Arthur Livingstone, écrites par Bonifay, dessinées par Meddour et mises en couleur par Paitreau. Une BD librement inspirée de la véritable vie de Saturnin Farandoul. Dans l'océan Indien, un radeau de fortune s'échoue sur une plage. Un bébé crie. Une femelle orang-outan le recueille l' humain et l'élève avec ses propres petits. Des années plus tard, des Européens découvrent cet enfant-singe. Capturé, il est placé dans une pension en Afrique. Saturnin, rebaptisé John Arthur, découvre une nouvelle race : les bonobos. A l'âge adulte, John Arthur est exhibé à Londres. Il fait des conférences sur son expérience et tombe amoureux d'une belle rousse. Mais au même moment, une série de meurtres de femmes aux mœurs légères met la capitale anglaise en émoi. Qui est ce monstre sanguinaire ? A-t-il un rapport avec le roi des singes ? Un album éclatant de couleurs, des verts de la jungle aux noirs des bas-fonds britanniques.
« John Arthur Livingstone » (tome 1), Vents d'Ouest, 13,90 €
09:36 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : roi des singes, bonifay, meddour, saturnin farandoul, vents d'ouest
14.05.2012
Petit et Cro-Mignon le Larh-Don de Dav, Vatine et Cassegrain

Comment vivaient les enfants au temps des cavernes ? On sait tout de la bravoure et de l'intelligence de Rahan et Tounga, mais que faisaient-ils quand il étaient petits ? La réponse se trouve dans ce premier recueil de gags de Larh-Don, Fils de l'âge bête. Un parti-pris comique très réjouissant. Dav et Olivier Vatine ont écrit les scénarios mis en images par Didier Cassegrain. Bref du très beau monde pour une série humoristique rapidement devenue une des vedette de la revue Lanfeust Mag. Larh-Don, blondinet gaffeur, est très peureux. La moindre petite bête le fait fuir. Aussi quand il doit partir à la chasse au T-Rex, il n'est pas rassuré. Larh-Don n'est pas seul à faire rire le public : son père, grosse brute très limitée est une ressource inépuisable de gags. Les copains de Larh-Don aussi sont des pros de la bêtise. Notamment les jumeaux Bouzhofion et Krothofess principaux générateurs d'humour caca boudin.
Mais la meilleure série de gags reste celle mettant en avant les efforts de mimétisme avec les animaux. Cela commence toujours bien mais finit en catastrophe...
« Larh-Don » (tome 1), Soleil, 10,50 €
09:34 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : larh-don, dav, vatine, cassegrain, cro-magnon, préhistoire, soleil
13.05.2012
Enquête et kung fu avec les aventures de Ling-Ling

Ling-Ling est une jeune Chinoise téméraire. Orpheline, elle ne veut pas devenir esclave, ou pire, épouse. A 13 ans, elle rejoint un maître de kung fu. Bien qu'à la retraite, il accepte de la former. Cinq années de rudes épreuves mais aussi de joie et d'amitié pour la fillette se transformant en femme. A la fin de son apprentissage, elle part pour le vaste monde, laissant son maître au silence et à la méditation. Les aventures de Ling-Ling sont écrites par Escaich (la moitié de Béka des Rugbymen) et dessiné par Marc N'Guessan. Abandonnant le pur réalisme, le dessinateur toulousain simplifie son trait, lui donnant grâce et légèreté, toujours avec cette lisibilité remarquable. La première enquête de Ling-Ling, parue en janvier, raconte comment elle est embauchée au bureau des rumeurs, sorte d'officine secrète chargée de découvrir les secrets les mieux gardés. La seconde, chez votre libraire depuis fin avril, relate la recherche de perfection d'un calligraphe. Intrigues innovantes, planches truffées de gags, pléthore de jeux de mots, personnages attachants : cette série a tout pour elle.
« Ling-Ling » (tomes 1 et 2), Bamboo, 13,90 €
10:54 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ling-ling, escaich, n'guessan, bamboo, kung fu
12.05.2012
La Suède des lourds secrets dans "Hanna était seule à la maison" de Carin Gerhardsen
Adolescente étranglée sur un ferry, jeune mère retrouvée morte dans un container : double crime pour les policiers suédois Sjöberg et Westman.

Coup d'essai coup de maître. « La maison en pain d'épices », premier roman policier de Carin Gerhardsen s'est imposé comme un de ces petits bijoux de suspense psychologique à la suédoise. Avec « Hanna était seule à la maison », l'ancienne consultante en informatique devenue romancière confirme son talent. On retrouve les deux policiers de Stockholm au centre de la première enquête: Conny Sjöberg, le père de famille placide, et Petra Westman, belle, célibataire et parfois imprudente. Conny et Petra, faux couple, dont les déboires personnelles apportent encore plus d'humanité à un thriller qui vous fera frissonner jusqu'à la dernière page.
Avant de retrouver les figures connues, la romancière plante le décor, présente les personnages secondaires. Une jeune fille, issue d'une famille à problèmes, est étranglée sur un ferry qui fait la liaison entre Stockholm et la Finlande. Sa petite sœur de 14 ans se retrouve seule, confrontée à une situation qu'aucune adolescente ne devrait connaître.
En faisant son jogging, l'inspectrice criminelle Petra Westman découvre au milieu des buissons un nourrisson dans un état d'épuisement avancé, à proximité du cadavre d'une femme sans aucun papier d'identité.
Au même moment, une petite fille de 3 ans se réveille et découvre qu'elle est seule chez elle. Son papa est en voyage à l'étranger et sa maman est sortie avec son petit frère. Hanna se retrouve sans personne, enfermée à clé dans l'appartement familial. Et le temps s'écoule...
On tremble pour Hanna
Le roman se déroule sur trois plans différents, qui vont au final se rejoindre pour un coup de théâtre époustouflant. Si la majeure partie du récit est constitué du déroulement des enquêtes, les passages les plus marquants sont ceux décrivant l'enfermement de la petite fille. Hanna n'a que 3 ans mais est persuadée qu'elle peut se débrouiller comme une grande. Elle trouve à manger (un plat surgelé qui n'a pas le même goût que celui de sa maman mais qui reste délicieux), parvient à s'habiller, se passe de couches et va aux toilettes (une fois sur deux, mais c'est mieux que rien) et même allumer la télé (mais pas choisir le programme). On va suivre l'évolution de sa pensée, le rejet de sa mère qui l'abandonne, l'espoir que son papa (en voyage d'affaires au Japon) revienne le plus vite possible. Inquiète, elle décide de téléphoner pour demander de l'aide. Elle compose des numéros au hasard. Tombe finalement sur une vieille dame qui croit à son histoire et va tout faire pour la retrouver. Mais d'autres dangers guettent Hanna, innocente fillette, proie facile pour ces prédateurs cachés dans l'ombre, en Suède comme ailleurs...
Le portrait de la Suède proposé par Carin Gerhardsen est peu réjouissant. Petra harcelée par son supérieur hiérarchique, Sjöberg, mari aimant, obsédé dans ses rêves par une femme rencontrée au cours de sa précédente enquête. Une femme avec laquelle il va franchir le Rubicon. Pourquoi une adolescente est prête à se prostituer pour quelques billets ? Qu'est-ce qui empêche de réagir un jeune homme sous la coupe d'un père violent et d'une mère infirme ?
C'est sombre, peut reluisant mais terriblement humain. Et l'auteur, en bon feuilletoniste, ménage le suspense, notamment dans l'évolution des sentiments de ses deux principaux personnages. On referme ce livre en se disant, à juste titre, vivement la suite.
« Hanna était seule à la maison », Carin Gerhardsen, Fleuve Noir, 19,90 €
09:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : thriller, suède, carin gerhardsen, hanna était seule à la maison, fleuve noir
11.05.2012
Pierre Salviac et le tweet de trop

Twitter ce n'est pas la troisième mi-temps d'un match de rugby très arrosée. Ni le lieu pour y dévoiler ses pires travers. Pierre Salviac, ancien commentateur du rugby à la télévision, chroniqueur sur RTL, s'est cru marrant en recommandant à ses « consœurs », de coucher utile, ainsi « vous avez une chance de vous retrouver première Dame de France ». Tollé immédiat. Beaucoup de journalistes femmes ont dénoncé sa misogynie, sa bêtise voire sa connerie. Il a bien tenté de s'excuser dans un premier temps. Mais Jacques Esnous, directeur de la rédaction de RTL annonçait la fin de la collaboration de Pierre Salviac avec la radio de la rue Bayard.
Paradoxalement, devenir la bête noire d'un réseau social n'a pas que des désavantages. Salviac, se présentant comme « vanneur et persifleur », a vite rebondit. Et de se féliciter : « Le jour où je perds un employeur je franchis allègrement la barre des 10 000 followers. »
En fait, Pierre Salviac doit avoir un sérieux problème avec les femmes de François Hollande. Avant ce tweet assassin contre Valérie Trierweiler, il avait violemment attaqué Ségolène Royal lors de son parachutage aux législatives à La Rochelle. En réaction, il voulait même se présenter car se considérant « plus légitime qu'elle ». Il y avait renoncé en février. Maintenant qu'il a un peu de temps libre, il va peut-être revenir sur sa décision ? Et créer dans la foulée le parti de la Beaufitude. Le poste de président est pile-poil dans ses compétences.
(Chronique "ça bruisse sur le net" parue en dernière page de l'Indépendant ce vendredi 11 mai)
08:21 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pierre salviac, tweet
10.05.2012
"Gringos locos" : trois Belges en vadrouille
En 1948, craignant une troisième guerre mondiale nucléaire en Europe, le dessinateur Jijé décide de s'expatrier aux USA en compagnie de toute sa famille. Il emporte dans ses bagages deux jeunes auteurs, Morris et Franquin. Ce périple totalement délirant fait partie de la légende de la BD franco-belge. Ce trois génies ne parviendront pas à se faire embaucher par les studios Walt Disney et trouveront une porte de sortie au Mexique, continuant leurs séries respectives (Spirou, Lucky Luke) depuis Tijuana. Yann, le scénariste, a cette idée d'album en tête depuis des années. Il a collecté les anecdotes de la bouche même de Franquin. Dessinée par Schwartz, cette épopée est très romancée. Un peu trop au goût des héritiers qui ont bloqué la parution de l'album, puis obtenu le rajout d'un texte présentant « leur vérité ». Un complément documentaire qui enrichit cet album événement, très attendu et particulièrement réussi.
« Gringos locos », Dupuis, 14,95 €
08:35 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : yann, schwartz, jijé, gringos locos, franquin, morris, dupuis
09.05.2012
La "deuxième génération" après la Shoah

Un peu en écho à « Maus » d'Art Spiegelman, Michel Kichka publie « Deuxième génération, ce que je n'ai pas dit à mon père ». Dessinateur de presse d'origine belge et vivant actuellement en Israël, Michel Kichka est le fils d'un rescapé des camps de la mort. Né en 1954, Michel va découvrir, ce qu'était ces camps. Dans les livres et aussi dans les histoires de son père. C'était presque un enfant quand il s'est retrouvé entre les barbelés en compagnie de toute sa famille. Lui seul en sortira vivant. En racontant son enfance, l'auteur raconte aussi toute la difficulté de communiquer et de vivre avec un rescapé de la Shoah. On se laisse entraîner dans ces souvenirs d'enfance entre joies simples et prises de conscience. Et le récit devient universel quand il aborde les difficultés de communication à l'intérieur d'une famille ou la perte d'un être cher (son petit frère). Un roman graphique à mettre entre toutes les mains. Des fils... et des pères.
« Deuxième génération », Dargaud, 17,95 €
09:17 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : michel kichka, shoah, dargaud, deuxième génération
08.05.2012
"Conquistador" de Dufaux et Xavier : la folie de l'or

Après la série sur les Croisades, Jean Dufaux (toujours avec Xavier au dessin), entreprend de romancer l'épopée des conquistadors. Le premier tome, fort de 64 pages, débute alors que Cortés est toujours considéré comme une divinité par l'empereur aztèque. Mais les prêtres doutent de plus en plus et les Espagnols sentent qu'il va falloir faire vite pour mettre la main sur le fabuleux trésor. Des montagnes d'or qui font saliver les nombreux mercenaires embarqués avec Cortés. L'album raconte comment une petite troupe est formée avec pour mission de dérober le plus de métal précieux. Premières pages sur la formation du commando, puis place à l'action et entrée en scène du fantastique. Les mercenaires ont réveillé une créature mythique et elle n'est pas contente... Superbement dessinée, cette série est palpitante. Dufaux est toujours aussi bon dans la création de personnages atypiques.
« Conquistador » (tome 1), Glénat, 14,95 €
10:50 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : jean dufaux, xavier, glénat, conquistador, croisade
07.05.2012
Quand mentir ou "jouer du pipeau" devient un art...
En pleine campagne électorale, on redécouvre le charme des bonimenteurs invétérés et autres affabulateurs compulsifs. Si vous n'êtes pas trop à l'aise dans le mensonge, rabattez-vous sur le Pipotronic, un petit logiciel libre adaptable à toutes les situations.
A la base, ce générateur de phrases convenues est un hommage au langage technocratique. De nombreuses versions circulent en fonction des circonstances. Admettons, vous avez réussi à vous incruster dans une soirée karaoké réservée aux prix Nobel de physique-chimie (ils sont comme tout le monde, après le boulot ils aiment se détendre). Pour bramer « Les lacs de Connemara » de Sardou ou ânonner « Voyages, voyages » de Désireless, pas de problème. Vous savez faire. Mais si entre les chansons il faut parler ? Rabattez-vous sur la version « Physicotron » imaginée par Lorraine Montel. « Histoire de passer pour un génie de la science, un Einstein méconnu, un type à la pointe de la modernité. Bref, pour faire semblant d'être un physicien des particules » explique-t-elle. Reste à placer dans la conversation, et au bon moment : « Inversement, les protons du noyau échangent de l'énergie avec les ondes gamma de charge inconnue en fusionnant avec des photons incidents de masse plus élevée. » Pas évident que cela impressionne un prix Nobel, mais l'effet est garanti sur cette mignonne brunette. Elle chante moins bien que Magali Vaé (c'est dire) mais a d'autres atouts remarquables.
Merci Physicotron !
(Chronique "ça bruisse sur le net" parue vendredi 4 mai en dernière page de l'Indépendant)
13:17 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.05.2012
Paroles de bêtes dans les aventures de Cerise, fille de Laurel

Cerise est une petite fille de 9 ans comme les autres. Intelligente, joueuse, espiègle, elle aime les animaux. Tous les animaux, des chats de la maison (Brume et Pelote) aux araignées ou escargots. Aussi quand elle voit un sale gamin écraser un pauvre gastéropode, son sang ne fait qu'un tour. Recueillant la pauvre petite bête agonisant dans ses mains, cette dernière lui donne le don de communiquer avec les animaux. Un début un peu tiré par les cheveux mais qui permet ensuite à Laurel, la dessinatrice (et mère de Cerise) de multiplier les gags et histoires courtes. Directement inspirées de sa vie (Laurel est la célèbre blogueuse de « Un crayon dans le cœur ») ces scénettes sont parfois poétiques, souvent drôles et amusantes. Cerise, petite fille un peu naïve, est souvent la victime des blagues de sa mère. Mais elles ne sont jamais méchantes et on sent une réelle complicité entre elles. Cela fait tout le charme de ce premier album.
« Cerise » (tome 1), Le Lombard, 10,60 €
12:07 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : laurel, cerise, lombard
05.05.2012
Adorable Caroline Baldwin...

La belle et sexy Caroline Baldwin poursuit son combat contre les méchants. La brune s'attaque cette fois à une organisation secrète qui projette d'assassiner, à Montréal, les présidents des Etats-Unis et de la Chine. Aventure rondement menée par André Taymans, l'auteur de la série, sa création la plus personnelle. D'ailleurs il décline son héroïne sur le net, avec un clip vidéo et prochainement un long métrage. Le projet n'est encore qu'en phase d'écriture, mais Caroline a suffisamment de potentiel pour qu'elle s'épanouisse sur grand écran.
« Caroline Baldwin » (tome 16), Casterman, 11,95 €
12:03 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : caroline baldwin, taymans, casterman
04.05.2012
La folle expérience du Protocole Pélican se poursuit

Second tome du Protocole Pélican, thriller scientifique écrit par Marazano et dessiné par Ponzio. La douzaine de cobayes humains, enlevés aux quatre coins du monde et conduits sur une plateforme pétrolière ne comprennent toujours pas ce que les gardiens attendent d'eux. Prisonniers, maltraités, chacun réagit différemment. Le responsable du projet semble chercher une personnalité en particulier. Et pour faire accélérer le verdict, les cobayes sont laissés seuls, sans gardiens, sur la plateforme. Là encore, les réactions sont très différentes... Une série angoissante pour montrer toute la folie de certains scientifiques.
« Le protocole pélican » (tome 2), Dargaud, 13,99 €
13:51 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : protocole pélican, ponzio, marazano, dargaud
03.05.2012
Rallumez les Lumières, message du "Cerveau de Voltaire" de Franck Nouchi
Un illuminé, regrettant l'époque des Lumières, dérobe le cerveau de Voltaire pour tenter de cloner et ressusciter le célèbre penseur.

Roman foisonnant d'idées et de références, « Le cerveau de Voltaire » de Franck Nouchi est aussi une charge sans concession contre les penseurs d'aujourd'hui. Alors que Voltaire, en son temps, était l'intellectuel le plus connu et respecté d'Europe, que son avis était régulièrement pris par tous les « Grands » du monde, aujourd'hui les rares intellectuels font figure d'imposteurs médiatiques. C'est du moins le message développé en filigrane dans ces 200 pages, premier ouvrage de fiction de ce journaliste du Monde, tournant parfois au pamphlet.
Dans un avant-propos très didactique, le lecteur apprend que Voltaire « meurt le 30 mai 1778 dans d'horribles souffrances ». L'autopsie révèle que « le cœur était très petit, le cerveau très gros ». Les deux organes ont été conservés. Le cœur dans le salon d'honneur de la Bibliothèque nationale, le cerveau, après moultes péripéties, à la Comédie Française.
Intellectuels étrillés
De nos jours, en prévision d'une exposition hommage à Voltaire, le Professeur Grunberg, chef du laboratoire du musée de l'Assistance publique, charge la jeune scientifique Clélia Cohen de décrypter le génome du grand intellectuel. Des recherches qui donnent l'idée à un illuminé de cloner Voltaire. Dans ce but, il dérobe le cerveau de Voltaire. Le roman devient alors policier, avec l'entrée en scène du commissaire Marcel Attias. Avec la ravissante Clélia, c'est le personnage clé du roman. Ce flic un peu bourru, juif pied-noir, est une légende du Quai d'Orsay. Il a gardé un petit accent chantant. Mais « c'est un dur à cuire, l'un de ces flics incapables de lâcher une affaire tant qu'il ne l'avait pas résolue. » Attias, en plus de l'enquête de terrain, va se pencher sur l'œuvre de Voltaire et c'est à travers ses yeux que l'on redécouvre le parcours du maître des Lumières.
Et puis une revendication arrive. Une lettre anonyme qui annone que « dans une vingtaine de mois, peut-être moins, je serai en mesure de mettre au monde de nouveaux Voltaire. Pour le plus grand bien de l'Humanité qui en a tant besoin. » Le roman change à nouveau de direction, explorant les coulisses des recherches sur le clonage humain. Et Attias, tout en multipliant les interrogatoires, n'avance pas d'un millimètre.
En désespoir de cause il demande conseil à quelques intellectuels et faiseurs d'opinion. C'est la partie la plus jouissive du roman car Franck Nouchi n'est pas tendre pour les BHL, Sollers, Alain Minc et autres Plenel. Et on doit admettre dans son sillage que les penseurs de notre époque sont bien ternes en comparaison de Voltaire. C'est un peu la morale de cette histoire sans fin : un grand homme l'est surtout par son unicité. Celui du XXIe siècle n'est pas encore connu. A moins que cette histoire de clonage ne se réalise un jour...
Michel Litout
« Le cerveau de Voltaire » de Franck Nouchi, Flammarion, 18 €
09:07 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : voltaire, le cerveau de voltaire, franck nouchi, flammarion, lumières
02.05.2012
Ignition City : un western spatial de Ellis et Pagliarani

Ignition City, la porte des étoiles, la plus grande base de lancement de fusées de terre. La dernière aussi. Cette BD de Warren Ellis (scénario) et Gianluca Pagliarani (dessin) plonge le lecteur dans une uchronie steampunk à l'arrière-goût très western. En 1956, une attaque martienne a changé la face du monde. La guerre s'est déplacée au-delà de l'atmosphère terrestre. Certains sont devenus des héros. Comme Rock Raven, un pilote légendaire. Mais c'est du passé aujourd'hui. Rock vient d'être retrouvé mort dans un hôtel minable d'Ignition City. Sa fille, Mary, 24 ans et quelques voyages dans l'espace sur son CV, se rend dans la ville pour démasquer le tueur. Elle va tomber sur une communauté de « volants », cloués au sol, magouilleurs, malhonnêtes. De bars minables en hôtels pouilleux, elle va retrouver la trace de l'assassin et tout se règlera dans la rue, à coup de pistolets lasers.
144 pages glauques et futuristes, « Ignition City » est un des premiers titres de la nouvelle collection Comics lancée par Glénat.
« Ignition City », Glénat Comics, 14,95 €
09:29 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ignition city, western spatial, ellis, pagliarani, glénat, comics
01.05.2012
Une "Gueule cassée" de retour au pays

La première guerre mondiale est terminée depuis quelques mois. Beaucoup d'appelés français ne sont pas rentrés. D'autres sont encore dans les hôpitaux à se faire soigner. Félix en ce printemps 1919 revient enfin dans sa ferme dans une vallée des Pyrénées. Après les combats, il a passé de longs mois à se réparer. Les éclats d'obus lui ont labouré la moitié du visage. Aujourd'hui c'est une « Gueule cassée », cachant cette immense cicatrice derrière un masque opaque. Le soldat, qui a perdu bien plus que son apparence humaine dans les tranchées, redoute le jugement de ses connaissances. De sa femme Esther, mais surtout de son fils. Il a dix ans aujourd'hui, et rejette ce père défiguré qui ne l'a pas vu grandir. Par chance, le retour de Félix sera éclipsé par une affaire qui fait beaucoup parler dans la vallée : un mystérieux chasseur tue le bétail des paysans. Vache, cochon, brebis : rien n'est épargné. Un policier parisien, lui aussi grand blessé de la guerre mène l'enquête.
Laurent Galandon, le scénariste, utilise cette intrigue pour parler de ces soldats marqués dans leur chair. Dan, au dessin, surfe entre oppression du héros et beauté des paysages.
« Pour un peu de bonheur » (tome 1), Bamboo, 13,50 €
11:45 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gueule cassée, 1418, laurent galandon, dan, pour un peu de bonheur, bamboo, grand angle
30.04.2012
Crevettes de l'espace dans "Shrimp" chez Dargaud

Albert, cuisinier belge, est le roi du beignet de crevettes. Son restaurant ne désemplit pas. Heureux en affaires, malheureux en amour. Albert est pourtant amoureux. De Mia, une charmante jeune Chinoise, sa voisine. Parfois elle vient, elle aussi, déguster ces fameux beignets aux crevettes. Albert, ce soir-là, est prêt à lui déclarer sa flamme. Mais Mia n'est pas seule. Un certain Tchang l'accompagne. Et en écoutant leur conversation, Albert apprend qu'ils vont prochainement passer des vacances à Las Palmas, le paradis des crevettes. Cette petite romance part en vrille quand Albert parvient à dérober le billet de Tchang. Il embarque dans le paquebot devant rejoindre Las Palmas... et se retrouve propulsé dans l'espace pour un remake de la Grande Marche de Mao à destination de la planète Xing-Xiang.
Mathieu Burniat dessine cette fantaisie belge et décalée sur un scénario de Benjamin d'Aoust et Mathieu Donck, cinéastes dont Shrimp est la première incursion, très réussie, dans la BD.
« Shrimp » (tome 1), Dargaud, 11,99 €
22:26 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : shrimp, dargaud, burniat, benjamin d'aoust, mathieu donck
29.04.2012
Dalida, la légendaire, dans deux romans de David Lelait-Helo et Philippe Brunel
La chanteuse de variété dont on célèbre le 25e anniversaire de sa mort est au centre de deux romans faisant la part belle à sa personnalité torturée.
« Pardonnez-moi, la vie m'est insupportable. » Le 2 mai 1987, Dalida, mettait fin à sa carrière. A sa vie aussi. Mais la chanteuse de variétés était-elle encore véritablement vivante ? Ne jouait-elle pas un rôle depuis des années ? Alors que les hommages vont se succéder à la télévision (ses tubes semblent indémodables, elle est une valeur sûre d'une certaine nostalgie-refuge), deux romans reviennent sur le côté obscur de la diva aux robes constellées de paillettes. Deux romans où la mort est omniprésente. Une constante dans le parcours de Iolanda Gigliotti, dite « Dalida ».
Dernier dialogue
« C'était en mai, un samedi » de David Lelait-Helo imagine les dernières heures de Dalida. Il raconte sa détermination, sa méticuleuse préparation, mais imagine aussi qu'avant de passer à l'acte, elle a tenté une dernière fois de se raconter. Dans sa chambre obscure, avec alcool et médicaments à portée de main, elle compose un numéro au hasard. Sophie, dans sa maison de Sologne, décroche.
Le romancier imagine ce dialogue entre une Dalida heureuse d'être enfin anonyme et cette femme, récemment divorcée, écorchée vive après la trahison de son mari, le père de ses enfants.
Ce roman est magique car tout en faisant découvrir la vie passionnée de la chanteuse populaire, il met dans la bouche de la principale intéressée des regrets, des aveux, qui la rendent beaucoup plus humaine que l'image froide d'une diva pour papier glacé.
A Sophie, sans dévoiler sa véritable identité, elle va raconter comment tous les hommes qu'elle a aimés, elles les a quittés, comment ils sont tous morts, suicidés. Lucien Morisse, Luigi Tenco, le comte Richard de Saint-Germain... « J'ai toujours cherché l'amour sans jamais, je crois, le trouver vraiment » confie-t-elle à Sophie. « En fin de compte il y avait toujours un creux en moi, comme une béance d'amour, je dirais. J'ai toujours quitté les hommes, persuadée que quelque chose de plus grand et de plus beau m'attendait ailleurs. Je crois que j'ai cherché quelque chose qui n'est pas de ce monde... » Tragique destinée pour une femme, une artiste, toujours dans la lumière alors que son âme sombrait dans des noirceurs absolues. Sophie va tenter de la sauver, de lui redonner le goût de vivre. En vain. Toute souffrance doit cesser un jour. Même Sophie le reconnaîtra 25 ans plus tard.
Suicide à San Remo
Philippe Brunel aussi revient sur les zones d'ombre de la carrière de Dalida, notamment en janvier 1967, au festival de la chanson de San Remo. Dalida y interprète une chanson de Luigi Tenco, son amant du moment. Après le gala, Dalida reste au repas, Luigi retourne à son hôtel. Et se suicide d'une balle dans la tête. « La nuit de San Remo » est entre enquête journalistique (l'auteur se met en scène, des années plus tard, à la rencontre des rares survivants) et réflexion sur la non-reconnaissance du créateur. Il raconte aussi cette romance improbable entre « la diva consacrée des prime time » et « le jeune auteur compositeur engagé, confiné aux cabarets ». « Mais les contraires s'attirent. Dalida est séduite, bluffée par son éthique, son intransigeance. Tenco est un rêveur irrécupérable mais comme elle le dira plus tard, « il était mon instinct, ma vocation musicale ». Et sa chanson la touche. » Décomposée par ce suicide spectaculaire, Dalida tentera de le rejoindre dans la mort quelques jours plus tard. Une première tentative. Avant d'autres. Et la bonne, le 2 mai 1987.
Michel Litout
« C'était en mai, un samedi », David Lelait-Helo, Anne Carrière, 17,50 €
« La nuit de San Remo », Philippe Brunel, Grasset, 16 €
08:04 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : philippe brunel, david lelait-helo, dalida, grasset, roman, anne carrière
28.04.2012
Redécouvrir l'oeuvre de Will pour les adultes
Le dessinateur Will, après des décennies à animer les aventures de Tif et Tondu (le dernier tome de l'intégrale vient de sortir), a radicalement changé de genre. Sur des scénarios de Desberg, il s'est plongé dans la BD adulte. Ses femmes, aux courbes irréelles et si explicites, se dénudaient régulièrement dans « Le jardin des désirs ». Un essai transformé dans deux autres récits repris dans ce copieux album de plus de 208 pages. Passant à la couleur directe, il a mis en scène quelques-uns de ses tableaux qui ne quittaient malheureusement pas son atelier. Sensuels et libertins, ces contes modernes n'ont pas pris une ride et le dessin de Will reste le summum de ce qui se faisait dans le style franco-belge.
« Trilogie avec dames », Dupuis, 30 €
10:31 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : will, desberg, dupuis, tif et tondu, jardin des désirs



