30/11/2006

Petit lapin des années 50

medium_Lapin_bleu.jpgDans le Paris des années 50, le commissaire Raffini va fréquenter les cabarets de music-hall. Pas uniquement pour le plaisir puisqu'il enquête sur la disparition d'une assistante de magicien. Un tour de passe-passe qui ne reste pas inaperçu. En pleine représentation, la jeune et belle Martine Portal disparaît de la boite magique dans laquelle le magicien venait de la placer. Le problème c'est qu'elle n'est jamais réapparue. Un mystère de choix pour le flic placide imaginé par Rodolphe et dessiné depuis peu par Maucler. Une rapide enquête du commissaire sur la personnalité de la jeune fille oriente les recherches vers sa vie privée. Elle aurait un amant secret, prompt à faire des promesses de voyage et de mariage. Un peu triste, cette intrigue, parfaitement menée par ce policier patient et tenace, manque cependant de rebondissements. Par contre, côté immersion dans le passé, Maucler réalise un tour de force. Décors, ambiances, vêtements : pas un détail n'est négligé. Même la reliure de l'album donne un petit air rétro à l'ensemble. (Albin Michel, 12,50 €)

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29/11/2006

Nävis Piègée

medium_Sillage_9.jpgNävis, l'héroïne de cette série imaginée par Morvan et Buchet, est, malgré elle, au coeur d'une attaque terroriste d'envergure contre le navire amiral de Sillage. Dans cet agglomérat de vaisseaux spatiaux, toutes les races de l'espace cohabitent. Nävis, dernière terrienne survivante d'une humanité détruite, est en mission. Elle est sur le point d'infiltrer une bande de terroristes. Au dernier moment, elle reçoit l'ordre de tout arrêter. Mais c'est mal connaître la jeune femme qui, en bonne humaine, désobéit et plonge dans la gueule du loup. Ce 9e épisode de la saga permet à Morvan de placer son personnage devant un cas de conscience qu'elle redoutait depuis longtemps. Buchet, dans la scène finale, casse sa mise en page pour donner encore plus d'effet aux destructions du convoi.
Sillage, infiltrations, Morvan et Buchet, Delcourt, 12,90 euros

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28/11/2006

Conteurs et contes d'Orient

medium_Cinq_conteurs_de_bagdad.jpgA Bagdad, du temps du calife, les conteurs ont un grand pouvoir. Celui de faire oublier au peuple ses misères. Mais ils sont également très appréciés des nobles. Pour preuve ce concours organisé par le calife. Il donne rendez-vous à tous les conteurs de la région dans trois ans : le meilleur récit permettra à son créateur de connaître gloire et richesse. Cinq d'entre eux partent autour du monde pour collecter les histoires les plus extraordinaires pour en faire la synthèse. Ce gros album, découpé en chapitres indépendants de 8 à 10 pages, raconte ce périple. Vehlmann, le scénariste, laisse libre cours à sa poésie, Duchazeau illustre l'ensemble dans un style aux belles arabesques.
Les cinq conteurs de Bagdad, Vehlmann et Duchazeau, Dargaud, 13,50 euros

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27/11/2006

Les rats au pouvoir

China Miéville imagine un héros mi-homme mi-rat dans cette fantaisie fantastique tirée du joueur de flûte de Hamelin.

medium_Roi_des_Rats.jpgSaul Garamond, jeune Londonien vivant encore chez son père, rentre à la maison en pleine nuit. Il se couche sans dire un mot à son géniteur. Leurs relations ne sont pas au beau fixe. Saul, passionné de musique électronique n'a pas d'atomes crochus avec ce retraité qui a passé toute sa vie à militer pour la Révolution, affichant un portrait de Lénine dans son salon. Au petit matin, ce sont les policiers qui réveillent Saul. Et l'emmènent immédiatement au poste. Le jeune homme, en traversant le jardin, menottes aux poignets, voit la fenêtre du salon, sitié au premier étage, défoncée, un corps étendu à terre. Il comprend au cours des interrogatoires que son père a été assassiné et qu'il est le principal suspect.
Début de roman tout ce qu'il y a de plus classique dans le genre polar. China Miéville retrouve son milieu de prédilection, la science-fiction et le fantastique, quand Saul, le soir, est seul dans sa cellule. En pleine nuit, un personnage étrange parvient à le faire évader en passant par les toits. D'une force et d'une agilité incroyable, il prétend être le Roi des rats et son oncle. Saul découvre, au fil des heures, qu'il a effectivement d'étranges attirances pour les aliments en décomposition, qu'il aime aller dans les égouts et qu'il n'a pas du tout le vertige. En peu de temps, il prend conscience de sa part animale, pas de doute, lui aussi a des gènes de rat. Reste que son père a bel et bien été assassiné et que le Roi des Rats affirme avoir libéré Saul pour le protéger. Un redoutable tueur est à ses trousses.

Le carnage continue.
Les meurtres ne cessent pas, notamment dans l'entourage de Saul, du temps où il fréquentait d'autres jeunes passionnés de musique jungle. Un soir, alors que la police recherche Saul et que ses amis s'interrogent sur sa disparition, ce dernier, quittant sa cachette des égouts, a la tentation de renouer le contact avec eux. Mais il ne le fait pas. "Saul ne se faisait pas d'illusion. Il ne pourrait jamais revenir, il était devenu un rat. Il n'avait plus sa place dans ce monde, mais il y avait vécu et ses amis lui manquaient".
Cauchemar animal de violence et de mort, ce roman fantastique est une variation moderne de la légende du joueur de flûte de Hamelin, avec cependant des rôles inversés, le musicien faisant montre d'une incroyable cruauté envers les animaux, tous les animaux, y compris les humains. Un joueur de flûte qui découvre dans les incroyables possibilités du mixage de la musique, une solution pour décupler la puissance de ses airs obsédants. La scène finale, au cours d'un immense concert de musique jungle, folie collective meurtrière entre hommes et rats, devrait longuement rester ancrée dans votre esprit.

"Le Roi des Rats" de China Miéville, éditions Fleuve Noir, 20 euros.

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Perdido Street Station en poche


China Miéville fait partie de ces auteurs très productifs. Ainsi son précédent roman, « Perdido Street Station » vient d'être publié, sous la forme de deux gros volumes de 430 et 530 pages, en édition de poche. Sans véritablement être de la Fantasy, cette histoire entraîne le lecteur dans un monde plus industrieux que magique. Jusqu'à l'apparition d'un homme-oiseau désireux de retrouver ses ailes. Un savant mène des recherches pour l'aider. C'est au cours de ces expérimentations que des monstres volants, des gorgones, envahissent la ville et la menacent. Un thème, la part animale des humains, semblable au « Roi des rats », mais avec un côté science-fiction beaucoup plus marqué. (Pocket, 7,50 et 8,60 €)

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26/11/2006

La belle et Blueberry

medium_Jeunesse_Blueberry_15.jpgUne superbe mexicaine, un Sudiste très méchant, des soldats français en éléments perturbateurs exotiques, une arme secrète convoitée par tout le monde... tous les ingrédients sont réunis pour que ce 15e album des aventures de la Jeunesse de Blueberry soit passionnant. François Corteggianni, tout en mettant en valeur quelques personnages secondaires comme la belle Soledad ou le redoutable Snake, garde le rôle principal à son héros, créé par Charlier et Giraud. Coup de théâtre, plan audacieux, fuite et ruses, toutes les ficelles sont utilisées dans ces 56 pages. Au dessin, pour la sixième fois, Michel Blanc-Dumont démontre sa totale maîtrise du genre. Chevaux, décors désertiques, ambiances poussiéreuses où brûlées de soleil, sa palette permet de représenter toutes les images classiques du western. Sans que cela soit du « à la manière » car Blanc-Dumont a depuis longtemps trouvé le petit détail qui fait que son trait est inimitable. (Dargaud, 9,80 €)

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25/11/2006

Hard rock glacial

Quand un adolescent amateur de hard rock doit survivre dans le froid et la neige, face à un tueur, il découvre sa véritable personnalité.

medium_Les_yeux_de_la_mort.jpgCertains auteurs de polars sont parfois avares d'action et de rebondissements. Ce n'est certainement pas le cas de John Gilstrap. Dans « Les yeux de la mort », il ne laisse pas un moment de répit à ses héros et par la même occasion au lecteur. Il y a en fait dans ce roman la matière à trois thrillers classiques de facture classique. Sans compter les à-côtés...
Le roman débute par la présentation des trois personnages principaux. Scott, adolescent fan de hard-rock, Sherry, sa mère, célèbre écrivain et Brandon, le père, divorcé de Sherry mais qui a obtenu la garde de leur unique enfant. Sherry et Scott sont pour quelques jours en vacances dans une station de ski huppée de l'Utah. Mais Scott passe très peu de temps avec sa mère, préférant dévaler les pentes et sortir avec ses copains. Il décide même d'aller assister à un concert de Metallica. Voyage en avion avec un ami aux commandes. Mais en plein blizzard le petit engin se crashe dans les montagnes.

Seul face aux loups.
Un seul survivant, Scott. Les secours ne peuvent pas encore le savoir mais ils font le maximum pour retrouver l'épave. Le maximum à leur niveau, pas selon Brandon qui a développé un lien très fort avec son fils. Il est persuadé qu'il est sauf. Et qu'il a les moyens de s'en tirer car il a suivi des stages de survie en montagne l'hiver dernier. Effectivement, Scott a mis en pratique ses connaissances. Mais quand il se retrouve face à une meute de loup, il doit improviser avec un pistolet lance-fusée retrouvé dans les décombres de l'avion : « Le grondement se mua en une sorte d'horrible rugissement guttural tandis qu'il (le loup) bondissait dans la neige avec une vélocité que Scott n'aurait pu imaginer. L'adolescent n'eut pas le temps de viser, ni même de tirer, mais sans trop savoir comment le pistolet tressauta violemment dans sa main et l'air s'emplit de la puanteur du magnésium calciné. Le projectile frappa le chef des loups en pleine gueule. La bête retomba dans la neige dans un geyser de sang. » Un premier problème de résolu.

Tueur et complot.
Après il devra se coltiner le reste de la meute. Et ce n'est pas finit puisque les recherches sont abandonnées et Scott erre dans la forêt enneigée. Il parviendra cependant à rejoindre une maison isolée. Là, il sera accueilli à coups de fusil... Décidemment le jeune Scott n’a pas de chance puisqu’il vient de déranger un tueur de la pire espèce. Début du second acte. Après les rigueurs du climat, Scott va devoir affronter un fou de la gâchette, complètement paranoïaque.
Mais John Gilstrap ne va pas se contenter de cette seconde intrigue puisqu’il y greffera par-dessus un possible attentat contre le président des USA justement en villégiature dans la station de ski toute proche. Sans oublier la guerre que se livrent Brandon et Sherry sur la responsabilité de chacun dans les mésaventures de Scott. Pas un temps mort, écriture sèche et enlevée, ce thriller, malgré ses outrances (la survie de Scott semble quand même tirée par les cheveux) se dévore d’une traite, persuadé que l’on est de découvrir un nouveau rebondissement en tournant chaque page.
« Les yeux de la mort », John Gilstrap, Presses de la cité,
19,80 € (également disponible en Livre de Poche)

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24/11/2006

Tiffany, fière descendante de Jeanne

medium_Tiffany_1.jpgDescendante de Jeanne d'Arc, Tiffany est une jeune femme pleine de ressources. Professeur d'escrime, elle a également le don de lire les pensées des gens qu'elle approche. Cela fait une ouverture succulente où elle est courtisée par un homme d'affaires, au vocable aussi châtié que ses pensées sont lubriques. Tiffany peut donc lui asséner quelques répliques qui forcément désarçonnent le prétendant. Un don qu'elle perd dès qu'elle est... amoureuse. Cette nouvelle héroïne, imaginée par Yann qui a toujours eu une prédilection pour les femmes belles, indépendantes et audacieuses, est dessinée par Herval. Un trait léger et élégant, comme la silhouette de Tiffany, beauté fatale très dangereuse dès qu'elle a une lame dans la main. Tiffany est donc d'origine noble, mais sa famille, ruinée, a vendu le château aux De Lucingey-Foligny. Tiffany qui a un frère, Donatien, survivant tant bien que mal en exerçant le métier de détective. Cette première aventure voit Donatien mourir sous les roues d'un chauffard. Mais ce serait un meurtre. Tiffany cherche la vérité, reprend l'agence et... tombe amoureuse. L'humour très distancié de Yann fait merveille dans ce milieu de sang bleu où l'appât du gain exerce la même fascination qu'ailleurs. (Delcourt, 12,90 €)

07:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Delcourt, Yann, Herval

23/11/2006

Haro sur les journaleux

Si vous êtes allergique aux journalistes et à la presse parisienne en général, ce roman, caustique a souhait avec ce milieu, devrait vous séduire.

medium_Plus_beau_metier_du_monde.JPGIl est des professions qui ont toujours fait rêver. Journaliste a longtemps eu une belle côte auprès des jeunes. Le métier a cependant beaucoup perdu de son aura et ce roman, pourtant signé par deux journalistes, ne va pas redorer le blason d'une corporation en perte de vitesse question crédibilité et respectabilité.
Christine Kerdellant et Eric Meyer, 43 ans, ont déjà bien roulé leur bosse dans la presse magazine (L'Entreprise, Le Figaro Magazine). Ils utilisent cette expérience pour imaginer un hebdo, La Semaine, et une rédaction que l'on imagine pas si virtuelle que cela. De même le jeune reporter, Adrien Grangé, héros de ce roman, est certainement un condensé de plusieurs jeunes journalistes, persuadé que fougue, talent et ambition va leur ouvrir toutes les portes. Sans oublier bien évidemment que travailler dans un magazine qui tire à un million d'exemplaires est plus valorisant que d'être rédacteur sportif à la République des Pyrénées...

Réunions décousues.
Tout émoustillé de participer à une conférence de rédaction du prestigieux titre, il tombe dans une discussion décousue et déconnectée du réel, digne des plus mauvais cafés du commerce. Rancoeurs de certains, arrivisme des autres, toute puissance du directeur et servilité fielleuse des plus peureux : Adrien se demande comment ce journal, chaque semaine, peut influencer tout ce qui compte de décideurs dans l'Hexagone. Il constate, amer, après quelques jours de pratique : « Je m’attendais à des joutes intellectuelles, des démonstrations lumineuses et des échanges brillants sur les grands débats de l’heure. Et j’assiste à des réunions décousues, des discussions anarchiques, distrayantes certes, mais où le principal objectif semble consister à tuer les idées des autres comme on flingue des zombies dans un jeu vidéo. » Et quand parfois une voix originale se fait entendre, c’est un véritable tir de barrage des vieux de la vieille. Le journaliste « rengaine alors en silence son embryon d’article, immolé et désormais impubliable, tandis que l’assemblée prépare ses munitions pour l’assaut suivant. Le but est atteint. La menace écartée. Le bon sujet mort-né. Les journalistes de La Semaine pratique l’interruption volontaire d’idées neuves. »

La belle documentaliste.
Adrien est forcément déçu mais il s’accroche à quelques satisfactions : le charisme de sa chef de service, Claudie, bosseuse et intelligente et surtout au charme de Hannah, la documentaliste. Une petite histoire romantique vient pimenter ce roman qui bascule d’un coup d’un seul dans le polar quand on découvre le responsable de la fabrication pendu dans un placard à balais. Suicide ou meurtre ? Adrien fait des heures supplémentaires et tente de démêler les fils de cet écheveau. Il découvrira les pratiques peu avouables de certains dirigeants du journal. Il entreprendra une lutte très délicate pour redonner ses lettres de noblesse au « plus beau métier du monde »…

« Le plus beau métier du monde », Christine Kerdellant et Eric Meyer, Flammarion, 18 €

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22/11/2006

Un Patatras pour Jojo

medium_Jojo_16.jpgExceptionnellement, Jojo, le petit garçon créé par André Geerts, quitte sa grand-mère pour passer trois jours chez Jasmine, la nouvelle fiancée de son papa. Jasmine est vétérinaire en ville. Un monde totalement nouveau pour le gamin qui se transforme en assistant zélé de la jeune femme. Il accueille les passants, nettoie et soigne les animaux convalescents. Trois jours enchanteurs à l'issue desquelles Jasmine lui décerne un diplôme (fictif bien entendu) "d'assistant vétérinaire". De retour à l'école, il exhibe fièrement ce bout de papier à sa copine Violaine. Cela tombe bine car cette dernière vient d'être adopté par un chien errant. Les enfants entreprennent de le cacher dans la salle des fêtes de l'école. Surnommé Patatras, selon Jojo c'est un vieux chien au ventre tombant. Cela se révélera au final une chienne, future maman de toute une portée. Découpé en deux parties distinctes (chez la vétérinaire et à l'école) cet album séduit petits et grands par son ton poétique et humain. Jasmine se révèle adorable quant à Patatras, elle trouve au final un maître inattendu... (Dupuis, 8,50 €)

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21/11/2006

Vivre de l’art ou art de vivre ?

Dans New York en effervescence culturelle permanente, Siri Hustvedt raconte l’évolution de deux couples des années 70 à nos jours dans « Tout ce que j’aimais ».

medium_Tout_ce_que_j_aimais.jpgL’un est critique d’art, l’autre peintre. Leo est marié à Erica, Bill vit avec Lucille. Les deux couples viennent de se former et le courant passe entre eux. Leo est impressionné par les peintures de Bill, artiste exigeant, mettant de longues années avant de concrétiser une série de toiles. L’amitié et le parcours en parallèle de ces deux hommes sont au cœur du roman de Siri Hustvedt.
C’est Leo qui raconte ces petites anecdotes qui, au fil des ans, tisseront des liens d’une grande force entre deux familles aux vies entièrement consacrées à l’art sous toutes ses formes. L’art est leur raison de vivre tout en étant un art de vivre…

Violet, la muse.
Erica et Lucille tombent enceinte presque au même moment et les deux garçons qui naîtront à quelques jours d’écart seront amis tout au long de leur enfance. Mais autant cet enfant consolide le couple de Leo, autant Lucille est totalement déboussolée par cette nouvelle bouche à nourrir. Bill, de plus en plus dans sa peinture, s’éloigne de sa femme qui préfère la séparation à l’affrontement. Deux appartements dans New York puis le départ vers le Texas pour Lucille, avec l’enfant. Bill perd son fils mais gagne un véritable amour. Il succombe au charme de Violet, le modèle de ses œuvres de jeunesse. Violet Blom, belle et extravagante muse d’un peintre de plus en plus côté sur le marché de l’art contemporain. A l’abri du besoin, Bill met encore plus de temps pour finaliser ses projets. Mais ce n’est pas par fainéantise, il passe des heures et des heures à créer, dessiner, faire des études et des croquis, commencer des toiles qu’il met ensuite de côté, ne se sentant pas encore prêt pour y apporter la touche finale. Finalement, pour une dizaine d’œuvres exposées, il accumule des centaines et des centaines de brouillons et études. La vente de quelques bribes de son art suffit largement à subvenir aux besoins du couple. Une situation rêvée pour cet artiste hors norme.

Hystérie et anorexie.
Libérés des contraintes matérielles de la vie quotidienne, ces purs esprits vont pouvoir s’interroger sur des sujets pointus, futiles pour certains, essentiels pour d’autres. Violet va ainsi faire de longues recherches sur l’hystérie avant de diriger ses travaux vers l’anorexie, le mal des femmes de la fin du siècle dernier. Bill trouvera dans les écrits de Violet matière à création. Simples tableaux ou constructions plus élaborées en trois dimensions, l’auteur décrit longuement ces œuvres, leur interprétation et sens caché. Erica aura cette réflexion pour décrire une des premières compositions de Bill, une représentation hyper réaliste de Violet intitulé « Autoportrait » : « C’est comme si on regardait le rêve de quelqu’un d’autre ».
Mais ces vies ne sont pas que art et création. Il y a également ces coups du sort qui font que même les génies, parfois, souffrent et en veulent à toute la planète. Alors que Leo est en train de perdre la vue, il explique comment ce handicap peut se transformer en atout. Il suffit de savoir faire fonctionner sa mémoire. Il redécouvre alors des détails qui lui avaient échappé lors des premiers examens.
Tout en traitant essentiellement de considérations cérébrales, ce roman de Siri Hustvedt est ancré dans une réalité très forte. Ainsi on se reconnaîtra forcément dans un des personnages : maris, femmes ou enfants, on n’a que l’embarras du choix.
« Tout ce que j’aimais » de Siri Hustvedt (traduction de Christine Le Bœuf), Actes Sud, 23 €

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