31/07/2007

Déviances anglaises

medium_Rochester_5.jpgThème d'actualité pour le 5e album de la série « Les Rochester » de Jean Dufaux et Philippe Wurm. Le couple de héros vit à Londres. Une ville qui a radicalement changé depuis les attentats du 7 juillet 2005. Les bombes posées par les réseaux islamistes radicaux a provoqué un choc dans la population. La communauté musulmane est rejetée. Certains jeunes Anglais ont décidé de passer à l'action préventive. Ces « jeunes gens en colère » de très bonne famille sont au centre de l'album. Ils cherchent un certain Aziz, à la tête d'une branche préparant de nouvelles actions d'éclat. Aziz qui est fort occupé à endoctriner la belle Ledilia, soeur de Mosli, journaliste et ami de Jack Lord, le héros récurrent de la série, assez à côté de ses pompes dans ces 48 pages à l'intrigue soignée et implacable. Complot, violence, fanatisme d'un côté, insouciance, humour et dilletantisme de l'autre : vous ferez le grand écart dans cet album à l'esprit très british. Le tout dessiné dans un style ligne claire très « jacobsien » par Philippe Wurm. Comme pour renforcer le côté « gracieuse majesté » de l'ensemble. ("Les Rochester, Jeunes gens en colère", Dupuis, 13 €)

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30/07/2007

Bon appétit monsieur le critique

Quand un critique gastronomique sans le sou a des idées et des relations géniales, cela donne un roman se dégustant comme un plat dans un quatre étoiles.

medium_Alimentation_générale.jpgSortez votre bavoir, pourléchez-vous les babines, affûtez vos papilles : ce roman de Pierre Rival, se déroulant entièrement dans le milieu de la grande gastronomie française et internationale est un véritable délice. Il a ce brin de folie qui de plus en plus fait tout le sel de la grande cuisine actuelle.
Paul Rebell est critique de restaurants. Un beau métier où il faut avoir du coffre et un solide estomac. A l'abri du besoin, il vit beaucoup plus des largesses de sa femme, banquière, que des revenus de ses écrits. Quand son épouse décide de le quitter, il se retrouve rapidement dans une situation financière délicate. Mais cette péripétie n'est là que pour mettre un peu de suspense dans ce roman destiné essentiellement à dévoiler les coulisses de la vie d'un critique gastronomique. Pierre Rival sait de quoi il parle puisqu'il fréquente les plus grands restaurants du monde entier depuis des années.
Il raconte donc comment son héros va de table en table, goûtant à ce qui se fait de mieux, ne vivant que pour cette excellence, de plus en plus chère, de plus en plus rare. Un livre bourré d'anecdotes comme ce repas d'un couple dans un célèbre établissement. La dame décide du menu : pour son mari ce sera salade de carottes, veau aux carottes et en dessert un gâteau aux carottes. Explication de la cliente au maître d'hôtel interloqué : « Vous comprenez, monsieur baise comme un lapin, alors il mange comme un lapin ! »

Goût neutre et tête de veau
Paul Rebell pour s'en sortir va devoir composer avec sa banquière. Pas son ex-femme, mais la simple employée, peu sensible aux découverts, même s'ils sont provoqués par l'achat de vins ou de whiskies exceptionnels. Un passage du livre très réussi. Le critique est persuadé que la jeune femme, pourtant moderne et très dans le vent, ne saura pas résister au luxe d'un dîner dans un palace. Il a besoin d'elle pour obtenir un prêt permettant de créer une société sur le net pour donner à rêver aux fortunés. Accompagné de son fils, il organise un repas d'affaires qui se termine dans la suite présidentielle. Où comment faire croire à une petite employée de banque qu'elle aussi peut profiter de certains privilèges... Il y a beaucoup de cynisme dans ces scènes, mais c'est souvent comme cela que fonctionne ce milieu.
Pour preuve, la société de Paul Rebell, Alimentation générale, propose au client de passer une soirée dans le saint des saints, une cuisine d'un grand restaurant, pourvoir connaître les secrets de fabrication, discuter avec les chefs, s'approcher de la légende. Rebell profite de ses connaissances pour proposer des soirées inoubliables à de riches héritières.
Parmi ces clientes, une veuve chinoise désireuse de découvrir « l'ultime expérience gastronomique française ». Le critique va organiser la dégustation d'ortolans, petits oiseaux strictement protégés. Difficile de ne pas saliver en lisant cet extrait « Le jus de l'ortolan jaillit comme une flaque de soleil sus sa langue, les os craquèrent comme des bâtonnets d'encens sous ses dents, et de toute cette bouillie de jour et de nuit il sentit que l'âme du passereau, après avoir longuement infusé, communiait enfin avec la sienne. A cet instant précis, il ne faisait plus qu'un avec l'oiseau mythique. »
Il séduira la veuve, ira vivre à Hong Kong, découvrira le goût du neutre et sombrera dans une dépression redoutable ne se nourrissant plus que de pâtes à l'eau ou de riz blanc. Il ne devra son salut qu'à son plat préféré : la tête de veau sauce tortue, tout un roman...
« Alimentation générale », Pierre Rival, Flammarion, 14 €


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29/07/2007

Franquin pour toujours

medium_Spirou_intégrale_3.jpgTroisième volume de la reprise intégrale des aventures de Spirou et Fantasio par André Franquin. Ce gros volume de plus de 200 pages propose trois aventures du célèbre groom parues entre 1952 et 1954 : « La corne de rhinocéros », « Le dictateur et le champignon » et « La mauvaise tête ». Relire ces histoires est un véritable régal, renforcé par la présence de nombreuses illustrations pleines pages, couvertures du magazine Spirou ou des recueils du même titre. Comme pour les deux premiers volumes, un important dossier, richement illustré de dessins de Franquin, apporte quelques éclairages sur le travail de ce maître de la BD franco-belge. Comment il concevait ses intrigues, les passages qu'il préférait dans les albums ou les petites anecdotes intervenues en cours de réalisation. Ainsi il est expliqué pourquoi des gangsters poursuivent Spirou le poing fermé. La censure était passée par là, obligeant l'auteur à effacer des revolvers jugés trop agressifs pour le jeune public... Vous apprendrez également de qui Franquin s'est inspiré pour le personnage du dictateur et comment le rôle de Seccotine a pris de l'importance au fil des pages de ce même album. ("Spirou et Fantasio, voyages autour du monde", Dupuis, 16 €)

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28/07/2007

Fable romantico-révolutionnaire

medium_Célestin_Gobe_la_Lune_1.jpgCélestin, poète et traîne-savate, surnommé Gobe-la-Lune, a la fâcheuse manie de séduire les jeunes files avec quelques vers de mirlitons. Parfois cela passe, souvent cela casse. Comme ce rendez-vous galant avec une délicate future duchesse. Tout se déroulait à merveille jusqu'à l'intervention du père de la belle vierge. Une course poursuite s'engage dans les rues de la ville. Célestin ne doit son salut qu'à l'abordage d'une barque naviguant sur le canal. Il tombe alors sur la plus ravissante des jeunes filles. La plus inabordable également car c'est la princesse Pimprinule, la fille du roi. Célestin, malgré les conditions peu favorables, tente de la séduire. La jeune fille accepte finalement qu'il participe aux jeux de la fête du printemps. S'il gagne, elle lui donnera son coeur. Imaginée par Lupano, cette fable « romantico-révolutionnaire » se veut un hommage aux « azimutés, zozos, zigotos, zouaves en tous genre, aux agités du coeur et du bocal, bref à tous ceux qui ont le bon goût de n'être pas comme tout le monde ». Corboz, dont c'est le premier album, signe dessin et couleurs. ("Célestin Gobe-la-Lune", Delcourt, 12,90 €)

27/07/2007

La plage, les vacanciers et les travailleurs

medium_Maitres_nageurs_2.jpgPériode estivale oblige, le second recueil de gags des maîtres nageurs se déroule en grande partie au bord de la la grande Bleue. Juchés sur leur vigie, ils surveillent baigneurs et naïades. Surtout ces dernières, notamment quand elle sont en petit bikini. Et on les comprend quand on voit comment les personnages féminins, sous la plume de Reynès, ont des courbes particulièrement affolantes pour la gent masculine. Ce sont donc essentiellement les deux personnages masculins qui jouent les premiers rôles. Pascal, le tombeur de ces dames, toujours à l'affût du bon plan, n'hésitant pas à profiter du prestige de sa fonction pour décrocher un rendez-vous le soir au restaurant. Régis, le stagiaire, a un peu plus de mal. Ce roux n'arrive pas à bronzer. Difficile, dans ces conditions, pour frimer. Plein de bonne volonté, ses trouvailles pour plus d'efficacité sont rarement couronnées de succès. Sans grande prétention, cette BD humoristique est idéale pour faire passer le temps à la plage. Histoire de se payer une tranche de rire en comparant situations réelles et imaginaires. ("Les maîtres nageurs", Bamboo, 9,45 €)

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26/07/2007

Aux origines de Malefosse

medium_Malefosse_1.jpgFrançois Dermaut, dessinateur de talent à l'origine des Chemins de Malefosse avec Daniel Bardet au scénario, a failli abandonner le métier d'illustrateur. Une période noire de sa vie est presque venue à bout de son envie de création. Il s'est remis en cause, a fait un gros travail sur lui-même, raconté en partie dans les remarquables Carnets de Saint-Jacques de Compostelle publiés par Glénat. Depuis, il s'est lentement mais sûrement remis au dessin. Il y a deux ans, il s'est lancé, avec Xavier Gelot au scénario, dans la narration de la rencontre des héros récurrents de Malefosse, Gunther et Pritz. Gunther, fils de bonne famille, accusé à tort du meurtre de son père, est obligé de fuir. Il deviendra garde du corps pour un fanatique religieux. C'est à La Rochelle qu'il croisera pour la première fois Pritz... chargé d'assassiner son client. Un premier tome bien rythmé, faisant traverser aux personnages la moitié de l'Europe du temps de Henri IV. Un album qui vaut essentiellement pour le dessin de Dermaut. Il a pris beaucoup plus d'ampleur en passant à la couleur directe. Un peu comme un Hermann, c'est un véritable peintre qui s'amuse à faire de la BD... ("Malefosse", Glénat, 9,40 €)

07:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Malefosse, Dermaut, Bardet, Gelot, Glénat

25/07/2007

Manipulation humaine et génétique

medium_Genetiks_1.jpgRichard Marazano, avant de se lancer dans l'aventure de la bande dessinée, a suivi des études scientifiques en physique et astrophysique. Une base qui lui a certainement inspiré en grande partie le scénario de cette série très ambitieuse dessinée par Jean-Michel Ponzio. Thomas Hale est un petit chercheur comme un autre, spécialiste de la mutation des abeilles dans un laboratoire de la multinationale pharmaceutique Genetiks. Solitaire, il se donne bonne conscience en s'occupant parfois de son père, artiste, se déplaçant en chaise roulante depuis un accident. Mais la carrière de Thomas va évoluer différemment quand le grand patron lui annonce que Genetiks est parvenu à décrypter entièrement le génome d'une cellule humaine. Cette cellule souche n'est pas n'importe laquelle. Elle appartient à Thomas. Genetiks considère dès lors que le chercheur est devenu sa propriété. Un changement de statut qui n'est pas sans conséquence pour Thomas Hale. Un futur inquiétant, un futur très plausible. Qui nous dit qu'il n'existe pas déjà un Thomas Hale quelque part sur le globe ? ("Genetiks", Futuropolis, 16,50 €)

24/07/2007

Musique et polar

medium_Jazz_Maynard_1.jpgRaule, le scénariste et Ibanez, le dessinateur, font partie de la vague montante de la BD catalane. La preuve avec le premier tome de Jazz Maynard, polar musical, musclé et saignant. Le héros, Jazz Maynard, a quitté Barcelone il y a une dizaine d'années. Il vit de sa musique à New York. Une fuite plus qu'un nouveau départ car il sentait que dans le quartier mal famé d'El Raval il était sur une très mauvaise pente. C'est sa soeur qui a provoqué son retour au pays. Laura, désireuse elle aussi de découvrir l'Amérique, a été victime d'un réseau de traite de blanches. Jazz a retrouvé sa hargne et son punch de jeunesse pour la délivrer. Mais en laissant pas mal de cadavres derrière lui. Résultat, ramenant Laura au bercail, en arrivant à Barcelone, il se retrouve rapidement entre les griffes des gangsters newyorkais bien décidés à se venger. La trompette en couverture n'est que peu utilisée par Jazz. Par contre ses poings et son automatique sont très sollicités. Un polar percutant et haletant dessiné, personne ne s'en plaindra, par un spécialiste des belles femmes peu vêtues. ("Jazz Maynard", Dargaud, 13 €)

08:30 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Raule, Ibanez, Jazz Maynard, Dargaud

23/07/2007

Lapins putrides

medium_Rats_9.jpgLa longue dérive du peuple des rats au fil de l'eau se poursuit dans ce 9e album de la série. Ils vont aborder une nouvelle île peuplée de gentils lapinos. Est-ce enfin le terme de cette longue galère ? On peut faire confiance à l'esprit caustique de Ptiluc pour trouver de graves inconvénients à ce bout de terre qui pourrait être un petit paradis. En effet, le premier lapin rencontré à des problèmes de cohésion corporelle. En serrant la main d'un rat, il perd son bras. Quelques minutes plus tard, en éternuant, oreilles et yeux se désolidarisent du crâne. Mais cela ne semble pas spécialement l'affecter. Les lapinos, contaminés par un puissant virus, ont muté en cradolapinos, à peu près immortels, mais totalement difformes. L'auteur est allé très loin dans le gore pour bien situer ces monstres à poils. Régime alimentaire abominable, pratiques sexuelles répugnantes, ils sont en plus contagieux. Les rats, s'ils veulent sauver leur peau, vont devoir rapidement trouver une solution pour prendre la poudre d'escampette. Série totalement inclassable, Rats porte un regard décalé sur les maux de notre société. ("Cradolapino", Les Humanoïdes Associés, 9,45 €)

22/07/2007

L'histoire des "Damnés de Nanterre"

medium_Damnés_de_Nanterre.jpgChantal Montellier, auteur complète de BD ayant beaucoup publié dans Métal Hurlant et (A Suivre) durant les années 80, s’était faite un peu plus rare. Pourtant la révoltée aux idées radicales d’extrême-gauche n’en avait pas fini de dénoncer les travers de notre société. Dans les Damnés de Nanterre elle revient en profondeur sur un faits divers qui a défrayé la chronique au milieu des années 90, quand Charles Pasqua était ministre de l’Intérieur. Un braquage raté dans une fourrière dégénère. Les deux jeunes idéalistes voulant récupérer des armes de poing prennent un taxi en otage et une course poursuite s’engage en région parisienne. Résultat quatre morts dont deux policiers, le chauffeur de taxi et Audry Maupin, un des agresseurs. L’autre, c’est Florence Rey, devenue en quelques heures le symbole de cette violence aveugle contre les forces de l’ordre. Chantal Montellier démonte les incohérences de cette équipée sauvage et surtout met en relief les agissements de plusieurs activistes qui semblent être en fait des indics policiers chargés de provoquer des incidents. Car après la fusillade la répression a été sévère et les crédits pour la police démultipliés… (Denoël Graphic, 20 €)


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