31/01/2008

Plus malades que leurs patients

5bb0cd4584b06500f25449cbb487ecc2.jpgElles sont bien sympa les infirmières des « Femmes en blanc », mais parfois, mieux vaut ne pas se retrouver dans leur service. Une série increvable (c'est le 30e recueil de leurs déboires) due au talent de Cauvin (scénario) et Bercovici (dessin). Le premier, qui il y avait encore quelques années signait la moitié des séries humoristiques de chez Dupuis a un peu levé le pied. Moins productif, mais tout aussi incisif dans ses observations acérées du milieu médical. Si en couverture ce sont les infirmières qui sont en « Overdose », à l'intérieur, il y en a pour tout le monde. Du patient obligé de subir la description de toutes les piqûres possibles et imaginables (avant bien sûr d'être confié à des mains totalement inexpérimentées...) au toubib se prenant la tête avec son anesthésiste en passant par l'étudiante en médecine, tout ce qui à trait à la médecine est prétexte à gag. Au dessin, Bercovici est toujours aussi étonnant avec un trait qui semble maladroit, brouillon, mais qui en fait est d'une incroyable précision et efficacité.
« Les femmes en blanc », Dupuis, 9,20 €

06:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Cauvin, Bercovici, Dupuis

30/01/2008

Iconoclaste

16ea2ecf68203426f2addb0b088ea457.jpgMarc Villard, avant de se faire un nom dans le polar, a été lycéen, étudiant, poète maudit puis simple employé dans une grande société. Des souvenirs qui lui ont donné de la matière pour quelques nouvelles, adaptées pour Jean-Philippe Peyraud. On découvre donc les exploits du jeune Marc Villard, un iconoclaste, soucieux de la longueur de son sexe, persuadé de devenir une rock star et prêt à déclencher une grève pour le retour de certaines friandises dans le distributeur de l'entreprise qui l'emploie. Certaines histoires sont à hurler de rire, d'autres plus tristes et nostalgiques. Entre tendresse et humour, les auteurs ont trouvé un parfait équilibre d'émotions.
« Quand j'étais star », Casterman, 12,95 euros

06:15 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Villard, Peyraud, Casterman

29/01/2008

Du Sud au Nord

dcdbc26ce11f1f6431ca39d9c91c7cf6.jpgDu Mali à Paris, en passant par l'Espagne et ses filières pour faire traverser les clandestins, « Mancha, chevalier errant » de Cmax est un gros roman graphique solidement ancré dans la réalité de notre siècle. Le héros, sorte de clochard adepte de toutes sortes de drogues, est un rescapé des massacres du Rwanda. Quand il croise la route de la belle touriste Alonza Loren, il décide de la rejoindre à Paris. Un récit plein de poésie (l'auteur avoue que c'est la comédie musicale de Jacques Brel qui lui a donné envie de faire ce livre) et de croquis pris sur le vif, au Mali et à Paris. Deux mondes, définitivement incompatibles.
« Mancha, chevalier errant », Futuropolis, 17 euros

06:15 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Cmax, Futuropolis

28/01/2008

Presque riche

ab825276a456783a5a53dfffcdc8f6de.jpgUn scénario de Jean-Claude Denis illustré par Dupuy et Berberian : le générique de cette BD de la collection Aire Libre est des plus alléchants. Et on n'est pas déçu. Après un début un peu hésitant, les mésaventures de ce détective privé qui vient de gagner une somme énorme au loto vous tiendront en haleine jusqu'à la dernière page. Etienne est en effet un jeune homme complexe. Après avoir presque perdu le ticket gagnant, il attendra longtemps avant de se manifester à la Française des jeux. Et sa vie, jusqu'à présent terne, va s'animer entre un accident de voiture et le retour de sa fiancée. Un titre illustrant parfaitement l'esprit de la collection qui fête ses 20 ans.
« Un peu avant la fortune », Dupuis, 15 euros

PS : Dupuy et Berberian ont obtenu hier à Angoulême le grand prix 2008. Ils présideront le festival 2009

06:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Denis, Dupuy, Berberian, Dupuis

27/01/2008

Amitié contre communauté

A partir d'un fait divers, Eric Zemmour dresse un portrait inquiétant d'une société française victime du repli communautaire.

2ee877894bb69f1d96780e6dcf1f9fa1.jpg« Yazid porta le couteau à la gorge de Simon et trancha d'un coup sec ». Tout commence dans un parking parisien. Un Arabe vient de tuer un Juif. Mais ce fait divers n'est pas le début de l'histoire. C'est au contraire la fin de l'amitié entre Yazid et Simon. Ils ont grandi ensemble dans un immeuble parisien. Ont été amis durant des années, le grand défendait son « petit frère », ce dernier, gagnant plus d'argent car disc-jockey renommé, n'hésitait pas à en donner à son ami dans le besoin. Et pourtant au final, Yazid tue Simon. Le jeune meurtrier, dans sa cellule quelques heures après le crime se justifie en pensant que « Allah l'avait guidé, conduit; il n'avait été que Son bras armé ».
Crime raciste. L'information est assez importante pour qu'elle remonte immédiatement jusqu'à Pierre Gaspard, ministre. Il dîne avec un vieil ami, le narrateur de ce roman d'Eric Zemmour. Ils se sont connus au temps de SOS Racisme. Gaspard déjà gaulliste, le narrateur jeune journaliste idéaliste et de gauche. Aujourd'hui il est devenu producteur de télévision. Riche, connu, marié avec une aristocrate. Mais avant tout Juif et de plus en plus sensible à cette ambiance délétère régnant dans ce pays des libertés et des droits de l'Homme, avec des relents d'un passé pas si éloigné que cela. Le ministre, après avoir fait le nécessaire pour étouffer médiatiquement l'affaire, demande au narrateur d'enquêter, de trouver les raisons de ce meurtre. Il va se passionner pour cette histoire, y trouvant des réponses à ses doutes, hésitations ou prises de position.

L'Histoire des années 80
Eric Zemmour, ne se contente pas de raconter l'enfance de Simon et de Yazid. Il replace le tout dans le contexte historique (les années 80) revenant également sur le parcours professionnel et idéologique du narrateur. Il décrit parfaitement les vies de ces deux familles, la juive et l'arabe, avec leur soucis financiers, leurs difficultés d'intégration. Mais on est également sensible aux errements du narrateur. Acculé au divorce par sa femme, il rencontre au cours de son enquête Clotilde Camus, la jeune journaliste au Parisien qui a relaté le faits divers. On retrouve dans sa description la plume acérée d'Eric Zemmour, souvent accusé de mysoginie, non sans raison : « Clotilde collectionnait tout ce que je n'aimais pas. Elle portait un chandail de mohair rouge qui moulait de gros seins. Elle avait des jambes courtes enveloppées dans des jeans qui enserraient jusqu'au ridicule des hanches trop généreuses. (...) J'avais toujours ignoré, méprisé même, ce genre de filles que goûtaient nombre d'hommes. Je préférais les grandes filles élancées, racées, disais-je alors, la poitrine évanescente, la chute de rein escamotée, la taille étroite de garçonnet. » Cela ne l'empêchera pas de coucher avec la fraîche et délurée Clotilde qui se moque comme de l'an 40 qu'il soit connu...

Comme un avertissement...
Le roman alterne donc tranches de vie de Simon, jeune disc-jockey de plus en plus recherché, mixant dans les plus grande discothèques d'Europe, de Yazid, petit délinquant raté qui finalement ne trouvera qu'une écoute, celle de l'imam de son quartier et du narrateur, empêtré dans ses contradictions mais observateur lucide de cette France s'opposant en autant de communautés de plus en plus ouvertement ennemies. Pas très optimiste, cette oeuvre de fiction ne donne pas de clés pour éviter l'embrasement final redouté. Mais on ne pourra pas dire qu'on n'était pas prévenu : « Je vois venir des orages terribles. Mais si je les annonce, on m'accusera de les provoquer. Je le sais, j'ai fait subir ça aux autres pendant des années. »

« Petit frère », Eric Zemmour, Denoël, 20 €

06:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Zemmour, Denoël

26/01/2008

La révolte numérique

d47ea1d47cec53b9d8069645e0c33eda.jpgEt si les dernières trouvailles numériques se révélaient de redoutables armes ? C'est en imaginant une autre utilisation des SMS que Morvan a bâti le scénario de la quatrième enquête de Al' Togo, flic de l'Europolice. Un groupe inconnu a trouvé le moyen d'envoyer des SMS identiques à des milliers de personnes. Des messages dénonçant la toute puissance des médias. Un discours politique radical qui est pris au premier degré par certains destinataires. Résultat, les attentats contre les télévisions et les groupes de presse se multiplient partout en Europe. Jusqu'à ce qu'un présentateur vedette d'un JT soit abattu en sortant des bureaux de son employeur. L'Europolice est chargée de l'enquête et les recherches informatiques donnent une première piste : les SMS seraient envoyés depuis Athènes en Grèce. Pour les flics de l'Europolice, tout commence comme des vacances. Ils quittent la « drache » bruxelloise pour le soleil méditerranéen. Mais sur place, ils auront toutes les difficultés pour faire collaborer la police locale et le final, avec Al' Togo dans le rôle principal, est digne d'une tragédie... grecque.
« Al' Togo », Dargaud, 10,40 €

06:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Morvan, Savoia, Dargaud

25/01/2008

La quête d'Alika

b755186d787d4b6609791d2678bb695a.jpgDifficile de ne pas remarquer Alika en couverture. Cette jeune héroïne imaginée par Brrémaud, est dessinée par Loche. Ceux qui croient que son sabre est sa principale arme se trompent. Sa plastique est encore plus redoutable. D'ailleurs, il y a fort à parier que nombre de lecteurs masculins, une fois l'histoire avalée, reviendront longuement sur les dessins de la belle, toujours peu vêtue, systématiquement mise en valeur par un dessinateur qui semble prendre beaucoup de plaisir à reproduire son petit air mutin et ses courbes gracieuses. Mais ce serait réducteur de ne voir que le côté graphique de ce premier tome. Alika est donc la fille de la gardienne de la source, eau magique qui permet à une petite communauté de vivre en paix dans les territoires interdits. Mais Alika, enfant, a été exilée derrière le mur. Devenue adulte, elle va s'engager dans une expédition pour localiser la source, devenue une légende, susceptible de donner le pouvoir absolu. Un périple qu'elle accomplit en compagnie de son gros ours Homs et d'un vieillard, pingre et libidineux, Orzo. De l'aventure, des monstres et une bonne dose d'humour viennent compléter le tout.
« Alika », Le Lombard, 13 €

06:05 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Brrémaud, Loche, Lombard

24/01/2008

Egos de militaires

08b4d854eab8bfb85e7660ebfc3e1c39.jpgEtrange et décalée cette bande dessinée, une histoire complète, signée par un dessinateur espagnol, Fernandez, qui pour la première fois signe également le scénario. « La mère des victoires » est un char d'assaut du futur. L'arme ultime. Dans ce futur proche, la guerre est récurrente, thème principal d'une émission de téléréalité. Les affrontements entre les deux blocs sont mis en scène, filmés au plus près. Les effets spéciaux spectaculaires, mais les morts bien réels. Personnage principal de l'histoire, le capitaine Kataoka. Ce gradé ambitieux, a travaillé à la mise au point de la « Mère ». Il est persuadé d'en prendre le commandement. Mais c'est un officier plus jeune, plus télégénique, qui est choisi. Lui est relégué à l'entraînement des novices. Un militaire exigeant, violent, intransigeant. Le décalage intervient quand Fernandez rajoute à l'intrigue une histoire d'amour entre Kataoka et son chef supérieur, la rousse et volcanique capitaine Anderson. Dans leurs uniformes ils tuent, détruisent, sont sans pitié. Mais par ailleurs ils se comportent comme des tourtereaux, roucoulant dans des draps de soie. Le grand écart est maximal...
« La mère des victoires », Delcourt, 12,90 €

06:05 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Fernandez, Delcourt

23/01/2008

Super héros au rabais

73f4b7c6501b360f21b6ea79eaadf6f8.jpgTombés dans l'oubli depuis quelques années, les "super-zéros" imaginés par Mauricet dans cette parodie de comics américains reprennent du service. Ce jeune auteur belge, sans renier son trait typique de l'école de Marcinelle, a donc imaginé des super héros laissant au vestiaire tout le côté dramatique et combat. Il a transformé aussi des légendes en les humanisant. Batmec est plus qu'enrobé, Robinou légèrement niais. SuperMarcel a la carrure d'un athlète mais manque beaucoup de courage et d'intrépidité. La tarentule, formidable caricature de Spiderman, a la méchante habitude de se prendre des raclées monumentales. De plus il est souvent plus absorbé par le choix de sa garde-robe que par le sauvetage de la veuve et de l'orphelin. L'incroyable Nulk, vert de rage, est redoutable quand il boit un soda : un simple rot suffit à mettre tous ses adversaires au tapis. Mauricet connaît parfaitement ses classiques et chaque gag permet de découvrir la face cachée (et souvent honteuse) de ces personnages inoxydables. Une belle résurrection qui devrait être portée par les multiples adaptations cinématographiques proliférant dans les salles obscures.
« Cosmic Patrouille » , Bamboo, 9,45 €

06:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Mauricet, Bamboo

22/01/2008

Cannes, ses hôtels, ses arnaqueurs

Du choix cornélien entre le fric ou l'amour d'une belle, tel pourrait être le résumé de ce roman de Laurent Chalumeau.

13a347017e0b421981e692a674f4aeaf.jpgD'emblée le décor est planté. Un superbe hôtel cannois, pas vraiment destiné aux « gens du peuple ». Pour y séjourner, il faut de la thune, dirait l'auteur Laurent Chalumeau, de l'oseille, bref, faire partie d'une certaine élite. On y croise d'ailleurs des stars de cinéma, des comtesses, des marquis, et que sais-je encore. Castric, directeur de l'établissement, est d'ailleurs passé maître dans l'art des courbettes, aussi vomitives que la couleur de ses vestes.
Envers du décor, le personnel, trié sur le volet bien sûr, sauf pour Benjamin, passé on ne sait trop comment entre les mailles des vérifications d'antécédents en tous genres, homme de maintenance, surnommé Tortue dans un hôtel de moindre catégorie, si l'on peut dire, avec barreaux aux fenêtres et promenade une heure par jour. Le hasard faisant bien les choses, Tortue rencontre par hasard à Cannes un ex-compagnon de cellule, escroc à la petite semaine, qui se fait appeler Jorge Gomez et qui justement n'a rien sur le feu en ce moment.

De la « fraîche »

Une des caractéristiques de l'hôtel – et qui lui donne un cachet supplémentaire d'après le directeur – se distingue par le fait que Castric refuse catégoriquement chèques ou cartes bleues. Tous les règlements s'effectuent en espèces sonnantes et trébuchantes, ce qui, vu les tarifs prohibitifs, constitue à la fin de la journée un joli petit matelas, qui tourne autour d'un demi-million d'euros. Castric, toujours bavard comme une pie, confie à certains clients que jamais au grand jamais il n'a oublié le code de la combinaison du coffre, changé tous les mois. L'info tombe par hasard dans l'oreille de Tortue, qui cogite sur le sujet. Un jour où il se retrouve seul dans le bureau du dirlo, il tente le coup. Mois et année pour la combinaison. Bingo ! Depuis ce moment, il n'a de cesse de trouver un truc imparable pour voler tout ce bel argent. C'est là que l'ami Jorge intervient, prenant une chambre à l'hôtel en se faisant passer pour un richissime homme d'affaire espagnol, accompagné d'une plantureuse blonde, qui ne fera d'ailleurs pas long feu. Parce que le lendemain de l'arrivée de Jorge, débarque la comtesse Monica de Sant'Ippolito, belle à couper le souffle et seule, atout non négligeable. Exit la blonde, remerciée proprement pour services rendus et priée de laisser la place vacante. Malheureusement pour notre petit Espagnol, une autre résidant ne paraît pas insensible non plus aux charmes de la divine créature, en la personne du baron Adrien Laouhénan de Queréon. En l'occurrence, les deux hommes se retrouvent aux pieds de la belle pour l'inviter à dîner le soir même. Monica, que la situation amuse, s'exclame, « et pourquoi ne dînerions-nous pas tous les trois ? » Dès lors, le trio ne se quitte plus, pourtant, le pauvre Jorge a bien du mérite à résister aux critiques acerbes, cyniques et permanente du baron.

Et Tortue dans tout ça?

Jorge en oublie le pourquoi de son séjour, le casse du coffre-fort. Il n'a qu'un petit rôle à jouer, mais capital. Débrancher pendant deux minutes une caméra de surveillance et ouvrir une porte à Tortue, une fois celui-ci en possession du magot. Malheureusement ce soir-là, le baron invite Monica à dîner dans un charmant petit village de l'arrière-pays et Jorge, n'écoutant que son coeur chaviré, part avec eux en laissant en plan son copain, ne voulant à aucun prix laisser le baron seul avec sa dulcinée et lui laisser prendre l'avantage.
« Les arnaqueurs aussi » foisonne de personnages, tous plus caricaturaux les uns que les autres. Un certain Mario, qui s'occupe des demandes « inhabituelles » de certains clients; son associée Corinne, culturiste sur le retour qui s'avère bénéficier d'une droite redoutable; Calzer, ancien flic reconverti en responsable de la sécurité de l'hôtel et d'autres tout aussi pittoresques.
Dès la première page, on sourit, puis on se marre pour finir par se bidonner franchement. L'écriture est enlevée, sans jamais de lourdeurs, le scénario cocasse, les acteurs bien campés transforment le roman de Chalumeau en petit bijou digne des meilleurs scénaristes comiques. Jouissif.
« Les arnaqueurs aussi », Laurent Chalumeau, Grasset, 20,90 €.

06:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Chalumeau, Grasset