31/03/2008

Chauzy n'a même pas peur

ca45ffd123833cbf9624977577f2f78e.jpgJean-Christophe Chauzy, excellent dessinateur ayant déjà à son actif nombre d'albums « sérieux » chez Casterman, change de registre avec « Petite Nature », sorte de BD d'autofiction où il se met en scène, sans complaisance mais avec beaucoup de dérision. Un recueil d'histoires courtes scénarisées par Barrois et Lindingre où l'on découvre que le métier de dessinateur de BD a des avantages mais également quelques inconvénients. Par exemple, quand quelqu'un se reconnaît dans le précédent album, il décide de porter plainte en diffamation. Problème, c'est le fils d'un gros actionnaire de la maison d'édition. Pour abandonner les poursuites, il demande (et obtient) qu'il devienne un héros sans peur et sans reproche. Cela donne une BD dans la BD hilarante de ridicule. On pourrait bien revoir Olivier de Glanville dans le prochain album tant son personnage comique a de la ressource... Chauzy a également quelques problèmes avec ses deux garçons, ados en recherche de sensations fortes, un avatar de second life et ses parties génitales, de plus en plus douloureuses. Pour trouver le remède il a droit successivement à un toucher rectal, une analyse de sperme et pour finir devra porter un « suspensoir à testicules ».
« Petite nature » (tome 2), Fluide Glacial, 11,95 €


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30/03/2008

Berlin, zone française

dc6178fb3be52d89d9e3140d9b234c05.jpgAvec Annie Goetzinger au pinceau, Pierre Christin poursuit son exploration d'une période correspondant presque à son enfance. Le scénariste de Valérian quitte le futur pour se plonger dans cette Europe de la fin des années 50, quand l'effort pour redresser la tête à la fin de la guerre laisse la place à une confrontation froide et secrète entre les deux blocs. Edith Hardy, détective privée, accepte d'aller à Berlin, en zone française, pour protéger l'enfant d'un militaire français dont les méthodes progressistes déplaisent fortement à un quarteron de généraux. Nous sommes en 1958, l'Algérie est de plus en plus au centre de l'actualité. Un récit qui laisse une grande place aux personnages secondaires. Victor, le jeune employé d'Edith, utopiste trouvant toujours une solution aux problèmes, parvenant à se faire réformer pour éviter le service militaire obligatoire, Rosa, sa fiancée, quittant l'usine pour devenir une journaliste engagée dénonçant les injustices dans les pages de Combat. Tout un petit monde idéaliste et actif, entre nostalgie et regrets d'une époque bénie où tout restait à faire et à inventer.
« Agence Hardy » (tome 5), Dargaud, 10,40 €

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29/03/2008

Protection rapprochée

2d1766b2276da46405b5bb8e16180e9d.jpgDans un futur proche, en Angleterre, la mode des enlèvements de gosses de riches contre rançon est en pleine expansion. Pour contrer les kidnappeurs, des sociétés spécialisées se disputent ce marché lucratif. Damoclès est la meilleure d'entre elles. Créée par Mrs Hamilton, Damoclès emploie d'anciens militaires ou policiers triés sur le volet. Cette série de Callède (scénario) et Henriet (dessin) raconte le quotidien d'une équipe de Damoclès composée de Ely, belle rousse aux idées bien arrêtées, Walter, colosse pragmatique et Sean, beau gosse amoureux d'Ely. Il seront rejoint par un quatrième membre, un novice, Radji, ancien espion spécialisé dans l'antiterrorisme. Après une séquence d'ouverture pour présenter les personnages et l'activité de Damoclès, les quatre gardes du corps rentrent dans le vif du sujet : protéger Saïd El-Hanmad, fils unique d'un milliardaire de l'industrie de l'armement. Un groupe d'idéalistes, l'armée de Sherwood menace de l'enlever pour infléchir la politique de son père. Saïd, fêteur et noceur, se révèle un drôle de client. Entre Largo Winch et XIII, une série prometteuse démarrant sur les chapeaux de roue.
« Damoclès » (tome 1), Dupuis, 10,40 €

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28/03/2008

Guerriers des steppes

989a0ae44b756cc0d44a42e0cac5ddf0.jpgIgor Kordey, dessinateur croate, est un créateur infatigable. Il vient de signer une dizaine d'albums en un peu plus d'un an. Après l'Histoire secrète et Le Coeur des batailles, il se lance dans une nouvelle série, l'adaptation en bande dessinée de Taras Boulba, oeuvre de jeunesse de Nicolas Gogol. Il est aidé au scénario par Morvan. Kordey aime illustrer les histoires fortes, pleines de fureur et d'adrénaline. Avec cette histoire de cosaque zaporogue, il trouve une matière première qui lui convient à merveille. Taras Boulba ne vit que pour se battre et partager les victoires avec ses frères d'armes. Violent, buveur, il a une femme qu'il a engrossé à deux reprises. Deux fils, Ostap et André dont on va découvrir l'éducation en parallèle au récit principal. Olap est digne de son père, il fait les 400 coups malgré la rigueur des moines orthodoxes qui l'éduquent. André est un grand sentimental, plus intelligent, donc sensible à l'amour. Il le rencontrera un soir derrière une fenêtre. La fille du gouverneur de Kovno, de passage à Kiev. Mais il n'y a pas beaucoup de place pour la tendresse dans une vie de cosaque. Une BD virile, pour les hommes, les vrais...
« Taras Boulba » (tome1), Delcourt, 12,90 €

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27/03/2008

Société utopiste

7135aeb2a01e9829a309cfe5d6a60869.jpgZacharie Kozinski exerce un étrange métier. C'est un prescient. Le rôle d'un prescient, comme il l'explique à quelqu'un, est de « rêver d'autres univers, d'autres réalités, et de les projeter dans l'inconscient de ceux qui se sont rendus coupables de crimes par la pensée. Mes rêves sont si « réels » que l'objectif est toujours atteint ! 100 % des criminels ressortent du pénitencier sans avoir la moindre velléité de récidive ». Il est au service d'une société utopiste qui mène la vie dure aux déviants. Problème pour Zack, il est en train de perdre son don. Devenu inutile, il est condamné à mort. Il parvient à prendre la fuite et croise la route d'une jeune femme vivant dans la clandestinité la plus complète. Elle tient une maison de plaisir. Dans la même journée, cette dernière sauvera également Mily, jeune épouse d'un célèbre architecte qui, la soupçonnant de pensées adultères, tente de la défigurer au vitriol. La société imaginée par Corbeyran et dessinée par Chabbert est très noire, pessimiste, totalitariste. Les deux héros vont aller de découverte en découverte, mettant à jour une réalité beaucoup plus complexe qu'elle n'y paraît.
« New Byzance » (tome1), Glénat, 12,50 €

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26/03/2008

Espagne, nid d'espions

Dans « La partie espagnole », Charles Cummings raconte le réveil d'un espion en sommeil, plongé au coeur d'une « sale guerre ».

d83a1d80014d23e9783ccbd07a074edf.jpgAmateurs de romans à l'eau de rose, passez votre chemin. Le monde, bien réel, décrit par Charles Cummings dans ce roman d'espionnage d'un nouveau genre, est d'un machiavélisme absolu. Manipulations, double jeu, vengeance, scandales étouffés pour protéger de hauts dignitaires, meurtres et tortures sont au menu de ces 480 pages denses et haletantes. Alec Milius est au centre de ce récit. Il raconte, à la première personne, sa vie d'espion mis au placard. Ce Britannique, après une opération peu satisfaisante, a du quitter le service actif et, sous une nouvelle identité, vivre dans l'anonymat le plus complet. En Italie, puis en Espagne, à Madrid. Il travaille dans une banque d'affaires anglaise. Seul dans son grand appartement. Il a quand même une maîtresse, Sonia, la femme de son patron, Julian Church. Une vie calme, beaucoup trop calme. Pourtant, même s'il regrette le temps où il était en activité, il préfère rester dans l'ombre.

Paranoïa à l'état pur
Quand Saul, un ami d'enfance, vient lui rendre visite (il vient de rompre avec sa femme et pense que quelques jours à Madrid vont lui changer les idées), ce dernier ne peut que faire remarquer combien Alec est devenu paranoïaque. Pour l'ancien espion, ce n'est que de la prudence. Et de lui expliquer : « J'ai cinq comptes bancaires. Quand j'appelle l'une de mes banques et qu'ils me mettent en attente, je crois que c'est à cause d'une mention en regard de mon nom, et qu'ils vérifient je ne sais quoi. Toutes les trois semaines, je dois changer de numéro de téléphone. Si quelqu'un à côté de moi dans le métro écoute de la musique avec un baladeur, je m'assure que ce quelqu'un ne porte pas de micro caché... »
Mais Alec doit travailler pour assurer sa couverture. Il est envoyé par son patron au Pays Basque. Des investisseurs voudraient avoir quelques assurances sur la stabilité de la région avant d'y injecter plusieurs millions d'euros. Alec rencontre des syndicalistes, des entrepreneurs, quelques politiques et au final un ancien responsable de Batasuna, le parti politique défendant ETA, la branche armée des indépendantistes basques.

Une « guerre sale »
« Mikel Arenaza, politicien et ami de la terreur, est un homme plein d'entrain et engageant (...). Il me repère dans la foule à l'instant même où il franchit la porte, un mètre quatre-vingts au moins d'une allure massive, arborant un sourire plein de charme sous une explosion de cheveux noirs en bataille. » Ils vont longuement discuter dans les bars de San Sebastian. Pour finalement sympathiser. Arenaza se confiera à cet étonnant banquier anglais, curieux et entreprenant, affirmant avoir du sang irlandais. Alec, sans le savoir, vient de reprendre du service. Quelques jours plus tard, l'homme politique basque se rend à Madrid. Il va passer quelques heures avec sa maîtresse mais également retrouver Alec. Depuis la gare il lui donne rendez-vous dans un bar. Il ne s'y rendra jamais. Arenaza vient d'être enlevé et sera retrouvé assassiné quelques temps plus tard. Alec Milius, se retrouve au centre d'une « guerre sale » entre les indépendantistes basques et une fraction radicale des autorité espagnoles.
Charles Cummings, l'auteur, a vécu à Madrid. Il a également été contacté par les services secrets anglais. Il parle donc d'un milieu et d'un pays qu'il connaît parfaitement. Son roman fait froid dans le dos et semble expliquer, en filigrane, que ce pays, malgré une indéniable démocratisation, a gardé en son sein des hommes et femmes prêts à tout pour servir leur cause.

« La partie espagnole », Charles Cummings, Editions du Masque, 22 €

25/03/2008

Cédric et ses enfantillages

4375a00c2c24e7f8e437a4aecab4fdab.jpgRien ne va plus entre Cédric et Chen, sa petite amoureuse. Le jeune héros n'a toujours pas trouvé le courage d'avouer son amour. Des tentatives de déclarations qui fournissent quantité de gags à Cauvin, inusable scénariste de cette série, dessinée par Laudec qui est passé au dessin électronique, perdant un peu de spontanéité mais gagnant en efficacité. Mais la grosse nouveauté de cet album c'est l'arrivée de voisins. Une famille très semblable à celle de Cédric avec une petite fille, Lily, qui s'annonce comme une drôle de chipie. Pour preuve, elle ose en voyant la photo de Chen dire à son fiancé « Elle est moche ! » La guerre est déclarée et devrait relancer les ressorts de la série débutée en 1988, bientôt 20 ans...
« Cédric, tome 22 », Dupuis, 9,20 €


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24/03/2008

Génial, une planète à sauver...

0bed9f897cb3c5a0dcbc0dd89194303a.jpgLéonard, caricature du génial inventeur italien issue de l'imagination de Turk et De Groot, se penche sur la santé de la planète. Avec une machine à voyager dans le temps, il constate de visu l'inéluctable réchauffement climatique. Et tente de trouver des solutions, toutes plus catastrophiques les unes que les autres. La première histoire complète donnant son titre à ce 38e album, tout en étant comique, nous sensibilise sur la folie de ce monde. Un discours politiquement correct qui laisse la place ensuite aux délires des personnages secondaires, l'assistant ou le chat, qui est au centre d'un récit le menant aux quatre coins du monde.
« Léonard, tome 38 », Le Lombard, 9,25 €


06:05 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Tuek, De Groot, Lombard

23/03/2008

Quand Seron fait "Plouf"

6db33ea8bb9e9bfcc18f0f8960fbd8f0.jpgAu moment même de l'ouverture de la pêche, cet album vient à point nommé pour rappeler que taquiner le goujon ou la truite est un art délicat. Etre passionné ne suffit pas toujours pour remplir sa bourriche. Les fondus ce sont une bande de copains qui transforment leur hobby en source inépuisable de gags. Pour cette spécialité, ce sont Richez et Cazenove qui se chargent des scénario et Seron du dessin. Seron, le créateur des Petits Hommes, une pointure de l'école de Marcinelle, acceptant ce travail qui semble très alimentaire (mieux vaut aimer le poisson), sans pour autant bâcler. De la bonne ouvrage au final, distrayant mais qui ne restera pas dans les annales.
« Les Fondus de la pêche », Bamboo, 9,45 €


06:10 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Seron, Richez, Cazenove, Bamboo

22/03/2008

Doublement seul

adc0dc489cd6b5c0c92d8aac99d53121.jpgCe premier roman d'Anne Goscinny nous plonge dans la journée d'un homme menant une double vie professionnelle. Le matin et l'après-midi il est avocat, le soir, dans l'appartement en face, il consulte en tant que psychanalyste. On découvre l'intérieur de son bureau avant de faire connaissance avec quelques-uns de ses clients. Une description détaillée, méthodique, d'un lieu de vie aseptisé. Ses rapports distants avec sa secrétaire, sa volonté de laisser les gens parler, les écouter, un paradoxe dans sa profession d'avocat, un avantage quand il rejoint son fauteuil de psychanalyste.
Il est au centre du roman, mais ce n'est pas véritablement lui le héros. Anne Goscinny le dépersonnalise au maximum pour insuffler toute la vie du roman dans les personnages qui se succèdent dans son bureau. Un veuf qui tente de conserver la maison héritée de sa femme et que sa belle-fille guigne depuis 5 ans, la femme d'un peintre célèbre flouée par son homme de confiance, une maîtresse-femme désirant divorcerà Autant de tranches de vie fortes et intenses, alors que l'avocat-psy végète. Cette première oeuvre vaut surtout pour son ambiance feutrée, comme cotonneuse. Anne Goscinny pour un premier roman maîtrise parfaitement son sujet de bout en bout, semant dans son récit quelques citations chocs comme autant de directs au foie.

"Le bureau des solitudes", Anne Goscinny, Grasset, 15 € (Le Livre de Poche)