31/08/2008

Du grand art

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Quand des dessinateurs parlent de peintres cela donne des objets graphiques hors du commun.
La collection Aire Libre a donné carte blanche à Nicolas de Crécy. Résultat un gros album de plus de 100 pages, muet, déroutant et passionnant.
Prosopopus offre au lecteur un monde violent, artistique et fantastique. Dans une ville sombre et moderne, un homme est abattu alors qu'il allait monter dans sa limousine. Le tueur prend la fuite et rejoint sa maîtresse, une artiste peintre. Mais au même moment, un fluide s'échappe du cadavre. Un fluide qui va prendre forme et s'installer dans l'appartement du tueur. Un monstre énorme, au sourire large et niais.
Prosopopus est né et va hanter la vie du tueur. Des flash-back vont nous apprendre la raison de ce meurtre, ses dessous glauques, la déchéance des différents humains de cette histoire d'une fluidité éblouissante. Réflexion sur l'art, ce roman graphique de Nicolas de Crécy prouve que de jeunes auteurs peuvent encore innover.
"Prosopopus", Dupuis, 12,50 €

PS : Cet album, paru en 2003 (de même que la chronique dans sa version papier), n'est quasiment plus disponible dans les librairies spécialisées. La collection Aire Libre fête cette année ses 20 ans. Dommage que ce titre ne soit pas réédité à cette occasion. De Crécy est définitivement un des créateurs les plus doués de sa génération.

12:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : De Crécy, Dupuis

30/08/2008

La légende des fières Amazones



Comme le disait Marcel Tripoux, un collègue aveyronnais qui ne faisait jamais dans la finesse : « Elles sont sept comme les doigts d'une main ! » En l'occurrence, ces sept guerrières de la série Delcourt sont... six (« Comme les orteils d'un pied » me souffle Marcel très en verve ce matin). Six fières Sarmates, cette tribu qui a donné naissance à la légende des Amazones. Elles sont missionnées par la reine d'un royaume assiégé de conduire en lieu sûr le prince héritier. Il doit y prendre pour épouse sa cousine afin d'assurer la descendance. « Si elles sont que six, il y a tromperie sur la marchandise puisqu'on en achète sept... » remarque, désabusé, le Marcel, avare de ses sous comme tout bon Rouergat qui sait que demain sera plus compliqué qu'aujourd'hui. L'astuce de Michaël Le Galli, le scénariste, est de glisser une passagère clandestine dans le convoi, n'intervenant qu'au moment de sauver le prince, le chéri de son cœur. Une BD de 64 pages illustrée par Francis Manapul, un Canadien qui a fait l'essentiel de sa carrière dans les comics américains. Il calme ses cadrages mais bénéficie d'un format plus grand pour mieux travailler sa mise en page. « Des combats, des jolies filles, des méchants qui expirent dans de longs râles de souffrance, un coup de théâtre final, des décors majestueux : finalement c'est le top cette BD » résume Marcel qui attend avec impatience le prochain tome « Sept Yakusas », le 24 septembre par Morvan et Takahashi.
« Sept guerrières », Delcourt, 13, 95 €


10:15 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Le Galli, Manapul, Delcourt

28/08/2008

Découvertes sensuelles



Depuis toujours, les illustrateurs les plus renommés sont tentés de réaliser des images que seuls les adultes peuvent apprécier. Sensuelles et érotiques souvent, elles peuvent parfois approcher de la pornographie. Tout le talent du dessinateur fait la différence entre beauté et vulgarité. La frontière est souvent ténue. L'album « Premières fois », recueil d'histoires courtes écrites par Sibylline est l'exemple même que l'on peut faire de la BD très osée sans que cela soit trivial. Premières fois pour premières expériences. Le sexe offre tellement de variantes et de possibilités, il n'a pas été difficile à la scénariste de trouver des situations excitantes pour ces femmes et hommes osant sortir de la routine. Que cela soit l'utilisation de sextoys, de la domination ou de l'adjonction d'un partenaire à un couple stable : les auteurs ne se sont pas fixé de limite. Les images et situations sont crues, mais quand même très belles. Comment pourrait-il en être autrement quand on sollicite Vatine, Vince, Pedrosa, Bertail ou Alfred. Avec une mention particulière aux deux dessinatrices, Capucine (qui proposait déjà régulièrement des pin-up sur son blog) et Virginie Augustin, parfaite dans ce récit d'amour lesbien.
« Premières fois », Delcourt, 14,95 €


27/08/2008

Etranges années 80



Deux ados au milieu des années 80. « New Wave » est la naissance d'une amitié, autour de la musique, racontée par Ariel Kenig et Gaël Morel.

Plus on avance dans le temps, plus la nostalgie prend de l'ampleur. Bientôt 2010. Comment nommerons-nous cette décennie ? Ceux qui auront vécu les années 80 s'approcheront de la cinquantaine. Il n'y a pas longtemps, c'étaient des adolescents, comme Eric et Romain, les deux héros du roman d'Ariel Kenig, novellisation d'un film de Gaël Morel qui sera diffusé sur Arte, le 9 septembre, à 21 heures.
Eric, collégien dans son année de brevet, vit difficilement la condition misérable de ses parents. A quelques kilomètres de cette petite ville de province, ils habitent dans une ferme qui tombe en ruines. Il s'entend mal avec son père, a honte de sa mère, femme au foyer dénuée de toute ambition. La désillusion rythme ses journées, longues, très longues. A la rentrée, il n'est plus dans la classe de Thomas, son seul ami. Cela s'annonce mal. Jusqu'à l'arrivée de Romain.
Ce « nouveau » se fait remarquer d'emblée en arrivant en retard et surtout en le prenant avec beaucoup de désinvolture. Par hasard, il s'assied à côté d'Eric. Et quand Mlle Colinot, la professeur, essaie de le « coincer », persuadée qu'il n'écoutait pas, Romain répète mot à mot les consignes. Avec son look new wave faisant fi des convenances (yeux maquillés, cheveux crêpés, lacets de Converses dépareillés), il en impose immédiatement. « Il était trop tôt pour le confirmer, mais la riposte de Romain avait déterminé la classe à lui déléguer ses espoirs de rébellion tandis qu'Eric, par l'apostrophe de Mlle Colinot, jubilait de ce nouvel état de fait : en l'associant à son indiscipline, Romain l'avait adoubé. »

Le fils et la mère.
Pourtant les deux garçons n'ont que peu de points communs, mais une belle amitié, une amitié forte, va se construire au fil des trimestres. Cependant Eric ne veut pas brusquer les choses : « Une amitié comme celle-ci imposait peut-être le sacrifice de ne pas courir après. » Romain est l'archétype du gamin qui a tout ce qu'il exige. Sa mère, qu'il appelle par son prénom, Anna, aime à la folie son rejeton.
Eric découvrira avec étonnement le fonctionnement de cette femme aux allures d'éternelle enfant. Elle aime quand Romain est malade. Il reste à la maison, elle l'a en son pouvoir. Ariel Kenig, à côté des découvertes mutuelles de ces deux adolescents sensibles, donne de plus en plus d'ampleur au personnage d'Anna. On sent poindre un embryon de folie, de désespoir : « Les petits drames, seuls, comme l'alitement de son fils, offraient une chance de se montrer présente, à la hauteur, indispensable, indignement dégoûtée que cette maladie, finalement, ne fût plus grave. Le médecin diagnostiquerait une simple angine ; ce serait bien ainsi tristement. Car ce qu'elle désirait était certainement que le docteur décèle en elle, en elle seule, un terrible mal. Voilà ce qui retournerait enfin la situation et réparerait, par une exquise douleur, l'indifférence dont elle souffrait. »
Ariel Kenig, à partir du scénario de Gaël Morel, a mis en phrases un récit dramatique, beaucoup plus que ces années 80 marquées par une musique mélangeant allègrement mélancolie et modernité. Un livre à lire en écoutant les morceaux sélectionnés par les auteurs (la liste est en fin de volume), de Cure à Depeche Mode en passant par Etienne Daho ou New Order.

« New Wave », Ariel Kenig & Gaël Morel, Flammarion, 16 €


26/08/2008

Des jumelles à Pompéi



Dans la famille « Voyage dans le temps », je demande la sœur, les sœurs exactement, des jumelles. Cynthia et Cybille sont deux charmantes étudiantes en histoire. Blondes, l'une aventureuse et dévergondée, l'autre sérieuse et timide, elles se retrouvent, malgré elles, plongées dans le passé. Ces jumelles du temps, « Time Twins », dans une première aventure, ont pourchassé des gangsters à l'époque de la prohibition. Leur mission : récupérer des objets électroniques ayant voyagé dans le temps et utilisés par des hommes intéressés pour s'enrichir ou modifier le futur. Après cette première mission, elles pensaient pouvoir reprendre leurs chères études. Perdu. Dans les premières planches de cette seconde aventure, elles se réveillent dans un cimetière. Celui de Pompéi, le 22 août 79, soit deux jours avant l'éruption meurtrière du Vésuve. Les deux auteurs, Derrien (scénario) et Vignaux (dessin) semblent prendre un malin plaisir à rudoyer les deux jeunes filles. Capturées par le propriétaire d'un lupanar, elles seront ensuite vendues à un banquier avant de finir dans une arène, avec des lions affamés aux trousses. C'est frais, bourré de gags et sans prétention. De la BD grand public permettant de s'évader le temps de quelques pages.
« Time Twins » (tome 2), Le Lombard, 10,40 €


06:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Derrien, Vignaux, Lombard

25/08/2008

La guerre en aveugle



Mettez deux soldats armés dans le brouillard. Même s'ils sont du même camp, ils ont toutes les chances, au bout d'un certain moment, de se tirer dessus par manque de visibilité et de discernement. C'est la trame de cette 52e aventures des Tuniques bleues, dessinées par Lambil et écrite par un Cauvin n'ayant rien perdu de son esprit iconoclaste et antimilitaire. Blutch et Chesterfield sont envoyés auprès du capitaine Hooker. Ce dernier, avec quelques hommes, assiège un camp de confédérés installé au sommet de Lookout Mountain. Nos héros sont porteurs d'une mauvaise nouvelle : les renforts attendus n'arriveront pas. Hooker soit se débrouiller seul pour prendre la position. Après avoir piqué une belle colère, il se venge en envoyant les deux porteurs de mauvaises nouvelles en éclaireur. Blutch et Chesterfield manqueront y laisser leur peau. Ils voudraient bien rejoindre leur camp, mais Hooker les enrôle et, bénéficiant d'un épais brouillard, part à l'assaut de la colline. Avec les conséquences que l'on doute... Lambil semble s'être bien amusé à gommer et effacer en partie les scènes se déroulant dans la purée de pois. Ses décors ont un petit air de Will donnant un aspect moderne à cette série, pourtant classique de chez classique.
« Les Tuniques bleues » (tome 52), Dupuis, 9,20 €


06:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Lambil, Cauvin, Dupuis

24/08/2008

Gotlib, le maître



Alors que tous les médias célébraient les 40 ans des événements de Mai 68, un autre anniversaire, presque aussi important, a failli passer inaperçu. Heureusement, les éditions Dargaud ont un peu de mémoire et ont décidé de célébrer les 40 ans de la Rubrique à brac en demandant à quelques cadors de la BD de s'essayer au plaisir de l'histoire courte pédagogique et divertissante. Mais le problème avec Gotlib, c'est qu'il a définitivement arrêté de dessiner. Cela permet de faire un clin d'œil en couverture de l'album précisant que ce collectif est réalisé « par tous les caïds de la bédé (sauf Gotlib) ». Dans ces 64 pages très diverses on retrouve les noms de successeurs naturels come Dupuy & Berberian ou Lindingre et Julien CDM, des copains comme Bilal, Tardi ou Mézières, des fidèles de la période Fluide Glacial comme Binet, Maester, Edika, Solé ou Léandri. La couverture est de Zep qui signe également deux planches mettant en scène le maître en personne qui juge les planches du jeune Suisse, multi millionnaire avec son héros Titeuf. Un album qui nous donne également l'occasion de retrouver avec plaisir la signature de Mandryka.
« Rubrique abracadabra », Dargaud, 13 €


23/08/2008

Cas graves



On ne sait pas si Cauvin, dans une autre vie, était psy. Toujours est-il que de toutes ses séries comiques, celle des Psy est une des plus criantes de vérité. Pourtant les patients qui défilent dans le cabinet du docteur Médard sont des cas graves. Très graves même, parfois. Comme ce strip-teaser qui illustre la couverture et qui vient se rassurer. Est-il véritablement aimé ou les personnes qui l'applaudissent tous les soirs ne sont que de simple voyeurs curieux ? Il a rapidement la réponse (grâce à la secrétaire) et donnera des idées au docteur qui tentera de les appliquer le soir même dans sa chambre à coucher, mais sans les résultats escomptés. Le brio de Cauvin vient peut-être également de la position couchée dans le divan. Il l'avoue, ce n'est que comme cela qu'il parvient à « faire du scénario ». Il est vrai aussi que les frappadingues et autres givrés sont de plus en plus nombreux. Il suffit de regarder un peu les spécimens qui se baladent dans les rues pour y trouver une source infinie de gags. Au dessin, on retrouve Bédu. C'est son quinzième titre. Il ne se consacre plus qu'à cette série ayant totalement abandonné Clifton. C'est un peu dommage car si les personnages des Psy sont très variés, les décors sont répétitifs. La richesse de son dessin est certainement sous-exploitée.

« Les Psy » (tome 15), Dupuis, 9,2 €


06:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Bédu, Cauvin, Dupuis

22/08/2008

Dans la tête d'une actrice

Dorine M. est une célèbre actrice. Ce roman raconte, heure par heure, sa dernière journée de tournage dans le premier film d'une jeune réalisatrice.



Mais qui a servi de modèle à Delphine Coulin pour le personnage de Dorine M. le personnage principal de son roman ? Dorine est une comédienne, assez âgée, mais qui rayonne encore de beauté. Elle a débuté dans les années 60. Elle est toujours une tête d'affiche, une star que l'on recherche car souvent synonyme de qualité et de succès. Ce rapide portrait, le lecteur met un peu plus de temps pour le cerner. Delphine Coulin a ménagé le suspense de la description de cette femme qui fait encore se retourner les passants dans la rue.
Dorine, au début, semble être une femme comme toutes les autres. Réveil avec du café, douche, lecture de la presse, départ pour le travail. A pied, dans les rues de Paris. En ce moment elle travaille à l'hôpital du Val-de-Grâce. Exactement, la production utilise l'hôpital comme décor du film. Cela fait six semaines que Dorine est dans la peau d'Emma. Cette femme tombe amoureuse du médecin qui lui explique que son mari, malade, est condamné.

Le souvenir de l’amour défunt
Aujourd'hui, Dorine doit tourner une scène difficile. Elle appréhende. L'occasion pour elle de se retourner sur sa carrière. Un monologue intérieur qui apprend beaucoup au lecteur sur la motivation des comédiennes. Des femmes qui ont envie de vivre mille vies. Elle se souvient de tous ses films, des films d'amour : « J'étais passée par tous les états amoureux? Pour les vivre tous en vrai, il eût fallu avoir mille vies. Prodige d'être une actrice, une mille-vies. Fantasme absolu de notre époque, où chacun court après les temps pour vivre le plus possible. Où tout est démultiplié. » Histoire d'amour dans le film qui contamine la réalité. Le jeune premier qui interprète le médecin lui avoue, en privé, qu'il est en train de tomber amoureux d’elle. Dorine à l'habitude. Elle est tentée. Elle a souvent couché avec ses partenaires. Mais cette fois, elle hésite plus que de raison. Est-ce l'âge ? Ou cette scène difficile ? A moins que cela ne soit à cause de la ressemblance de l'acteur avec Max, son seul amour, mort dans un accident de voiture ? Une journée particulière pour Dorine qui se questionne intérieurement. « Je ne sais pas pourquoi je suis devenue actrice. Pour oublier la réalité. Ou aller à la rencontre de moi-même. »
Ce roman, en plus de raconter par le menu la cuisine interne d'un tournage (l'auteur est également réalisatrice de courts-métrages), permet au lecteur de mieux comprendre ce qui fait avancer les actrices, ce qui leur permet de se dépasser, de prendre possession d'un personnage et de le faire vivre, sur pellicule et bien au-delà, dans la mémoire de plusieurs générations.
« Les mille-vies », Delphine Coulin, Seuil


06:05 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Delphine Coulin, Seuil

21/08/2008

Le monde tel qu'il est...



Adeptes du politiquement correct, passez votre chemin. Tibo Soulcié est allé très loin dans la caricature. Son héroïne, Marine, adolescente de bonne famille, va passer par les pires outrages. Tout va basculer le jour où sa grand-mère lui avoue qu'elle a un cancer et qu'elle n'a plus que quelques mois à vivre. Elle décide alors de dévoiler sa vision du monde à Marine : « Les idées préconçues et la bienséance sont des balivernes. Il faut être ivre de vie. Il faut vivre sans modération, jouir sans entraves ! » Et rapidement la réalité va bousculer le train-train de Marine. Elle découvre que son papy est pédophile alors que sa mère et son père se séparent. Ruinée, elle se retrouve en HLM, tombe dans les griffes d'islamistes, puis d'un trader suisse et d'un pornographe hongrois. Sa carrière d'actrice sera de courte durée. Mariée à un Tibétain, elle se retrouvera dans un camp de rééducation chinois avant d'être revendue à des forestiers brésiliens. C'est horrible, mais tout à fait réaliste. Et au final on n'est pas loin des malheurs des jeunes orphelines des feuilletonistes du début du XXe siècle. Mais le monde a changé...
« Marine à Babylone », L'Echo des savanes, 10 €


06:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Soulcié, L'Echo des savanes