31/01/2009

VENDANGES MORTELLES

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Augustin, 13 ans, profite pleinement de la vie à la campagne. Il est le fils unique de Lucette et Maurice. Mais ce ne sont pas eux les chefs de famille. Ce rôle est tenu par Geneviève, la grand-mère maternelle. C'est elle qui tient les rênes de l'exploitation viticole en Provence. Augustin insouciant qui voit sa vie basculer. Alors que les vendanges battent leur plein, Geneviève meurt en chutant dans les escaliers. La perte de cette femme de tête permet à Maurice de sortir de sa réserve. Il n'a plus qu'une idée : vendre le domaine et retourner en ville. Ce citadin ne s'est jamais fait à la campagne. Mais alors que les obsèques se préparent, l'arrivée des gendarmes va bousculer ses projets. La mort de Geneviève ne serait pas si naturelle qu'il n'y paraît. Cette histoire sombre de famille a été imaginée par Olivier Mau, romancier ayant fait ses preuves. Il retrouve son dessinateur préféré, Rémy Mabesoone (ils ont déjà signé « Achevé d'imprimer »), pour illustrer cet implacable déchirement familial. 80 pages en noir et blanc, beaucoup de noir, peu de blanc.
« Au revoir monsieur », Casterman, 15 €


06:24 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : olivier mau, mabesoone, casterman

30/01/2009

DU BLOG AU PAPIER

Grande mode depuis quelques années, le passage du blog dessiné au livre. Les éditions Delcourt et plus particulièrement la collection Shampoing se sont faites une spécialité de ce nouveau genre. Le blog, alimenté au jour le jour, permet aux auteurs de tester différents styles et de raconter leur vie. Cela donne parfois des résultats indigestes, mais dans l'ensemble c'est très réussi. La vie des dessinateurs comme vous n'avez jamais l'imaginer s'étale dans trois titres parus récemment.

Belle vie.jpg« La belle vie » de Bézian n'est pas issue d'un blog, mais la forme s'y apparente. Histoires courtes de une à six planches, ces tranches de vie parle de tout et de n'importe quoi. Scènes vues dans la rue, les trains ou le métro, discussions en famille, anecdotes de festival, Bézian, au dessin d'ordinaire travaillé et sombre, se lâche, changeant de style, trouvant une pertinence et une justesse étonnantes. Il se met en scène souvent. N'hésitant pas à se moquer de ses manies. Par exemple cette habitude qu'il a de fermer la porte de son appartement à clé quand il descend chercher son courrier. Pourquoi ? Paranoïa cachée, faut-il qu'il consulte. Très bien vues également les astuces de son gamin pour ne pas finir son assiette. Le meilleur restant les portraits de « fans » venant obtenir une dédicace en festival. Il n'est pas tendre pour ces étranges personnages, l'un lui demandant de dessiner un troll, une autre de faire un dessin sur un bout de nappe en papier tâché ou celui qui marmonne vouloir un personnage, n'importe lequel, mais qui pleure... (Delcourt, 13,95 €)
Petits riens 3.jpg« Les petits riens » de Lewis Trondheim illustrent parfaitement le concept de la collection dirigée par le même Trondheim (on n'est jamais mieux servi que par soit même). L'inventeur de Lapinot et du Donjon, mène une vie très normale si l'on excepte ses nombreux voyages. Il s'étonne lui même de passer le fêtes de fin d'année au soleil de la réunion, de revenir en France pour assister à une tempête de neige sur Montpellier avant de reprendre l'avion pour passer 18 jours à Fidji. Ce dernier voyage, assez flippant au demeurant, devrait dégoûter certains des destinations à priori paradisiaques et se révélant mortellement ennuyeuses. (Delcourt, 11,50 €)
Notes 2.jpg« Notes » de Boulet reste le mètre étalon du genre. Boulet, cantonné dans des BD pour enfants durant de nombreuses années, s'est défoulé le poignet en distillant sur le net ses notes totalement délirantes. Il y expérimente tout, tant au niveau graphique que narratif. Ce second recuil reprend les messages de 2005 et 2006. Il raconte sa vie parisienne, avec ses amis de studio et de bars. Lui aussi régulièrement participe à des festivals. Il en dévoile tous les à-côtés, de l'accueil chez l'habitant aux repas entre confrères et tentative de drague de jolies bénévoles. Boulet qui n'hésite pas à payer de sa personne pour porter la bonne parole du style franco-belge en Afrique. Il livre plusieurs récits de stages en Afrique, au Cameroun et au Tchad notamment. Il en profite pour publier les croquis et aquarelles réalisés sur place. Boulet sait se moquer de lui, mais il reste un excellent dessinateur. (Delcourt, 16,50 €)

P. S. : Parmi les blogs dessinés, n'oublions pas celui de Pénélope Bagieu. « Ma vie est tout à fait passionnante » a l'avantage d'avoir amené à la BD tout une kyrielle de lectrices qui ne connaissaient rien à ce support. La version « poche » de l'album paru l'an dernier est annoncée dans les prochains mois.






29/01/2009

DU RÊVE AU CAUCHEMAR

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Gihef, dessinateur réaliste ayant signé « Enchaînés » et « Haute sécurité » sur des scénarios de Callède, délaisse cette fois le pinceau pour sa première expérience de scénariste. Il a confié la réalisation graphique de cette histoire à Lenaerts, dessinateur réaliste au trait clair et précis, proche de ce que fait Berthet ou Dominique David. De scénariste, il en est justement question dans cette BD qui revisite le mythe de Hollywood. Le héros, Orson Wells, est un jeune scénariste qui va tenter sa chance à la Mecque du cinéma américain. Embauché dans un grand studio, il devra se contenter, au début, de distribuer le courrier. Mais rapidement le big boss se souviendra de ses capacités pour sauver le script d'un film mal engagé. Orson va alors tutoyer la gloire. Il devra cependant renier toute originalité artistique et une certaine déontologie de sa fonction. On se doute, dès les premières pages, que si la réussite est rapidement au rendez-vous, le prix à payer en contre-partie sera très élevé. Un BD sombre et triste sur un milieu plein de strass et de paillettes.
« Mister Hollywood », Dupuis, 10,40 €


06:02 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gihef, lenaerts, dupuis

28/01/2009

EXPLORATEURS INTERSIDÉRANTS

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Rien de meilleur pour réussir une bonne série comique que de choisir des héros crétins. Et dans le genre, Spoot et Nik, les explorateurs spatiaux imaginés par Mo/CDM sont particulièrement gratinés. Le premier album de leurs aventures, tout en étant composés de gags en une planche, est construit sous forme de trois grands chapitres chronologiques. Une première partie nous montre leur apprentissage à terre, la seconde intitulée « C'est parti mon kiki ! » relate les explorations et la dernière conte le retour sur terre. La plus importante est bien évidemment celle du milieu. Les deux lascars vont aller à la rencontre des différentes races d'extraterrestres peuplant les galaxies. Généralement ce premier contact se passe mal. Il est vrai que Spoot et Nik sont les spécialistes des bourdes et autres impairs vexants et blessants. Ces multiples rencontres donnent également à Mo/CDM l'occasion de montrer toute la palette de son imagination en matière de monstres intergalactiques. Il y a parfois du Moebius teinté d'un peu de Edika. C'est le seul intérêt pour les amateurs de SF car c'est avant tout de la grosse rigolade, entre absurde et non-sens.
« Spoot & Nik », Le Lombard, 10,40 €


06:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mo/cdm, lombard

27/01/2009

SECRETS ENFOUIS

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Depuis toujours, les familles ont été un lieu propice aux secrets. Parfois ils restent cachés, d'autres fois ils éclatent au grand jour, bouleversant un précaire équilibre. Cet album écrit par Brigitte Luciani et dessiné par Colonel Moutarde (pseudonyme d'une jeune dessinatrice au trait fin, élégant et coloré) propose au lecteur deux versions de l'histoire. La partie apparente, puis la partie cachée. Toute l'originalité réside dans ces séquences cachées, que le lecteur ne découvre qu'à la seconde lecture, après avoir descellées les pages secrètes. La famille se retrouve donc pour l'enterrement du grand-père. Dans la grande maison à la campagne, les enfants devenus adultes se retrouvent, les petits-enfants jouent dans cet espace ouvert. La veuve s'active pour oublier son malheur. Mais très vite des tensions vont resurgir. Jalousie, mensonges, avarice : quelques défauts vont prendre le dessus. Mais heureusement certains secrets vont rester bien enfouis. Un album de femmes, avec une bonne dose d'humanité, cette denrée si rare dans les albums... d'hommes.
« Histoires cachées », Delcourt, 13,95 €


26/01/2009

Star miniature

François Rivière joue la nostalgie à fond dans ce roman relatant l'éphémère carrière d'un enfant-acteur dans « L'usine à rêves » du Hollywood des années 50.

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En juin 1955, Charles Dulac est un gamin de 11 ans tout ce qu'il y a de plus mignon : « une chevelure blond châtain bouclant en désordre, un petit nez mutin et de bonnes joues dorées par l'éclat du soleil printanier ». Un gentil garçon, élevé par sa grand-mère, qui va voir le cours de son existence modifié quand il croise, sur les plages de Biarritz, la route d'un couple d'Anglais, Alex et Donnie Bliss. Charles va devenir Little Charlie et partir à la conquête d'Hollywood en compagnie de Donnie, la scénariste de cette série policière télévisée devenant rapidement un succès d'audience. Charles se souvient encore parfaitement de ces moments où il découvre le 7e art, la gloire, la vie. Une certaine vie. Pas simple et pleine d'excès.
Dans ce roman de François Rivière, c'est Charles le narrateur. De nos jours, il vit reclus dans sa grande villa en France sur la côte Atlantique. Il lit beaucoup et, régulièrement, se passe les bobines des aventures de Little Charlie. Il vit dans le passé mais pourtant n'ose pas affronter une certaine partie de son existence. Quand le petit Charlie a du interrompre sa carrière brutalement et trouver refuge à Bruxelles. Bruxelles où il décide aujourd'hui de se rendre, à la demande de Nico Pharrel, impresario belge qu'il a connu à Los Angeles et qui vit ses derniers jours, rongé par une longue maladie. Charles est réticent car Pharrel est l'homme qui lui a enlevé son plus grand amour, Teddy.

Apprenti acteur
Le roman alterne souvenirs très nostalgiques et redécouverte de Bruxelles par un Charles hésitant de plus en plus à affronter un Pharrel qui semble en savoir plus qu'il n'y paraît sur les secrets de Little Charlie. On se délecte de la découverte du métier de comédien par ce gamin de 12 ans, s'ouvrant à la vie après avoir vécu dans le giron d'une grand-mère possessive. Avant de traverser l'Atlantique, Charles prend des cours de comédie en Angleterre avec une certaine Binkie. « Nous nous enfermions dans le bureau de Binkie où elle déclamait des textes dont je devais ensuite apprendre par coeur certains passages. J'adorais ça. Pour la première fois de ma vie je m'amusais. Être un apprenti acteur était mille fois plus excitant que tout ce que j'avais connu jusqu'alors. »

Sous le charme de Teddy
Une fois à Hollywood, Little Charlie fait un carton. Le gamin, très entouré, va découvrir, en accéléré, tous les travers de la célébrité. A peine adolescent, il prend conscience de son homosexualité en tombant sous le charme d'un de ses partenaires, guère plus âgé que lui. Mais ce dernier l'ignore. Cruelle déception. « Il me fallut les trois semaines de tournage pour admettre que j'avais vécu tout seul mon premier coup de foudre. »
Peu de temps après, Teddy fera son apparition. Teddy, le playboy, toujours entouré de jolies filles, des starlettes en général. Teddy encore présent à l'esprit de Charles et qui va le hanter durant son voyage à Bruxelles.
Ce roman de François Rivière, par ailleurs spécialiste de littérature policière et scénariste de bande dessinée, décrit minutieusement le Hollywood des années 50 et le Bruxelles de nos jours. Avec en lien, le petit Charlie, enfant-acteur ayant oublié de grandir.

« L'usine à rêves » de François Rivière, Robert Laffont, 18 €


25/01/2009

Sweet Loreena

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Jolies femmes, fantômes et héritage : tel est le menu de cet album de la série Halloween Blues de Mythic (scénario) et Kas (dessin). Les jolies femmes ce sont Loreena Sunbury, jeune orpheline de 20 ans, et Dana Anderson, actrice américaine, au firmament de sa gloire. Cette dernière est également le fantôme de cette histoire fantastico-policière se déroulant dans une ville moyenne des USA dans les années 50. Dana, tout de rouge vêtue, hante son mari, l'inspecteur Forester Hill, suspecté en son temps du meurtre de son épouse. Et parfois l'aide dans ses enquêtes. Loreena est persuadée d'avoir été attaquée par une statue dans la bibliothèque de la grande demeure de son oncle, son tuteur après la mort de ses parents. La jeune fille a l'impression de devenir folle car Forester Hill lui prouve que cette agression ne peut pas avoir eu lieu. Mais ce dernier, habitué aux phénomènes étranges et aux esprits tordus avides de dollars, ne lâche pas l'affaire. La machination est plus compliquée qu'il n'y paraît et sera résolue le jour d'Halloween. Un sixième épisode d'une série délicieusement rétro, servie par le dessin du Polonais Kas, élève de Rosinski ayant trouvé son style personnel, aux airs parfois alambiqués mais très efficace.
« Halloween Blues » (tome 6), Le Lombard, 13 €


06:19 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mythic, kas, lombard

24/01/2009

Manipulation à l'antenne

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On a beaucoup critiqué la télé-réalité sur son côté scénarisé. La réalité présentée à l'antenne ne serait que la transposition d'un scénario écrit à l'avance et interprété dans des candidats-pions manipulés ou consentants. Jean-David Morvan, dans cette série dessinée par Porcel, abonde dans ce sens. Dans un futur proche, les abonnés peuvent suivre au quotidien l'action des forces de l'ordre. Plus spécialement un flic, beau, téméraire et charmeur. Pour relancer l'intérêt, une nouvelle partenaire fait son apparition : Oshii. Le programme prend une toute autre ampleur quand des terroristes enlèvent la fille du président et diffusent des scènes de torture. Oshii va tenter de retrouver la jeune fille. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que tout est truqué par le machiavélique patron de la chaîne Médiacop. Le dénouement de cette série, c'est lui qui le raconte par le menu à une amie, avant même que tout ne se réalise. Fiction, réalité, anticipation, le lecteur ne sait plus et s'interroge d'autant plus sur le genre.
« Reality show » (tome 5), Dargaud, 13,50 €


06:35 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : morvan, porcel, dargaud

23/01/2009

Maladie mortelle

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La confrérie du crabe est une parabole très poétique sur la maladie. Ce crabe, on devine qui il est exactement. Il grignote de l'intérieur cinq enfants qui se sont connus dans un hôpital. Cinq gamins qui veulent croire à leur guérison. Mais qui dans le premier tome se retrouvaient dans un étrange lieu, poursuivi par un vampire affamé, peu de temps après une opération chirurgicale délicate. Dans ce second tome, ils se réveillent dans une cellule, prisonnier d'un savant fou, réincarnation de Frankenstein. Il vient de donner la vie à une créature, petite fille curieuse persuadée que les garçons sont ses frères. L'arrivée de Dracula réclamant ses proies échappées, va provoquer un bouleversement des choses à priori inéluctables. Cette histoire de Mathieu Gallié dénote par son côté fantastique et poétique. Il rend hommage aux grandes peurs de l'Humanité. Andreae, le dessinateur, fait exploser son talent dans ces planches en couleurs directes.
« La confrérie du crabe » (tome 2), Delcourt, 12,90 €


06:32 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : gallié, andreae, delcourt

22/01/2009

Ancienne religion

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La nuit de Noël, de nos jours, dans une église du Proche-Orient, un groupe d'homme armés fait irruption dans l'enceinte sacrée et sème la terreur. Ils tuent le prêtre, prennent les enfants en otages et font exploser l'édifice vieux de plusieurs siècles. La police secrète du Vatican envoie sur place un enquêteur et un jeune curé, spécialiste de l'histoire religieuse de cette région. Les deux hommes, que tout oppose, se révèlent complémentaires dans cette enquête qui remonte jusqu'à des temps anciens, avant le christianisme. Les ravisseurs, adorateurs de Baal, veulent échanger les enfants contre Lazare. Il aurait survécu jusqu'à aujourd'hui et serait ainsi la preuve vivante de l'existence du Christ. Cet album, le troisième de la série, fait alterner scènes savantes sur la genèse des religions et action pure. Novy et Queyssi, les scénaristes, maîtrisent leur sujet, tout comme Antonio Marinetti, le dessinateur italien de cette fiction religieuse.
« Les carnets secrets du Vatican » (tome 3), Soleil, 12,90 €


06:27 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : novy, queyssi, marinetti, soleil