31/10/2009

Franquin posthume

 

Blog de Franquin 1.jpgAlors que les éditions Dupuis viennent de rééditer dans une nouvelle présentation et avec de superbes dessins de couvertures toute la série des Gaston, deux petits rigolos, Piak au scénario et Turalo au dessin, ont décidé de transformer le génial dessinateur inventeur du Marsupilami en héros de BD. Mais Franquin est mort. C'est donc en dessinateur zombi qu'il intervient, comme s'il tenait un blog dessiné, passage obligé pour tout jeune auteur en devenir et surtout en quête de reconnaissance. Franquin nous donne de ses nouvelles et de quelques uns de ses potes, comme Roba ou Hergé. Avec le premier, pas de problème. Mais avec le second, il y a souvent de l'embrouille. Il croise aussi Morris, Delporte qui s'invite en cours de récit et Goscinny. Avec ce dernier il a de longues discussions sur l'inspiration. Car si Franquin veut revenir sur le devant de la scène, il a un gros problème : plus d'idées. Cette BD souvent irrévérencieuse est en fait un bel hommage à ces maîtres disparus. Ils ont beaucoup apporté au 9e art. Mais aujourd'hui seraient complètement dépassés par la génération montante. A moins que Franquin ne parvienne à finaliser sa reprise des aventures du groom rouge. Un album intitulé « La mort de Spirou »...

« Le blog de Franquin » (tome 1), Drugstore, 10 €

Mise à jour le 5 novembre : Franquin étant une marque déposée, il parait que Marsu Productions a demandé le retrait de la vente de cet album... Achetez-le tant qu'il est temps...

 

11:48 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : piak, turalo, franquin, drugstore

30/10/2009

Loustal crépusculaire

 

Coronado.jpgLe héros et narrateur vient de passer quatre années en prison. A sa sortie, son père l'accueille, au volant d'une grosse voiture avec une certaine Mandy à l'arrière. Une prostituée. Ces retrouvailles familiales n'ont rien à voir avec un quelconque amour paternel mais sont très intéressées. Le taulard était sur un très gros coup. Il venait de subtiliser un énorme diamant à un pigeon de première. Par manque de chance, durant la transaction, la mère de l'arnaqué était victime d'une balle perdue. Le narrateur aussi prenait une balle. Dans la tête. Et devenait amnésique. Aujourd'hui, de nouveau libre, il tente de se souvenir de ce qu'il a fait de la pierre avec l'aide se son père qui lui raconte l'histoire. Et une troisième personne remonte à la surface. Gwen. Sa petite amie. Il lui avait promis de l'amener à Coronado avec l'argent de la pierre. Il lui avait aussi recommandé de se méfier de son père s'il lui arrivait malheur. Adapté d'une nouvelle de Denis Lehane, ce récit de Loustal est d'une noirceur implacable. Beaucoup de cadavres jalonnent cette histoire se déroulant aux USA, le décor préféré du dessinateur de « Barney et la note bleue ».

« Coronado », Casterman/Rivages Noir, 17 €

 

29/10/2009

Star attaque

Jusqu'où peut aller la télé-réalité ? Dans ce roman de Suzanne Collins, les participants doivent tuer leurs adversaires pour l'emporter.

 

Hunger games.jpgCertains comparent les émissions de télé-réalité à de nouveaux jeux du cirque tant les spectateurs semblent apprécier mensonges, coups bas et trahisons. Suzanne Collins a poussé l'horreur à son paroxysme dans ce roman s'adressant principalement aux adolescents et jeunes adultes, ceux-là même qui semblent se délecter de ces programmes. Un texte d'anticipation, comme une épée de Damoclès sur nos têtes. Dans le programme vedette, Hunger games, les participants n'ont qu'un but : s'entre-tuer en direct et sous les caméras. Seul le dernier en vie remporte célébrité et cagnotte. Ils sont 24 joueurs au début, dont une grande majorité n'ayant pas choisi d'y participer. C'est le cas de Katniss et Peeta, le deux héros du roman

 

Désignés pour mourir

Dans un futur proche, les États Unis ont complètement explosé. Une nouvelle guerre civile qui s'est finalement achevée par une nouvelle partition du territoire. Un état central, le Capitole, régente la vie des douze districts sous sa coupe. Douze régions où le niveau de vie a considérablement baissé. Le District 12 est spécialisé dans l'extraction du charbon. C'est là que vit Katniss, une adolescente qui malgré ses 16 ans assure l'ordinaire à sa mère et sa petite soeur. Le père est mort dans un accident, un coup de grisou. Katniss prend donc le risque de quitter le district quotidiennement pour chasser dans les forêts environnantes. En ramenant écureuils ou lapins tués grâce à son habileté à l'arc, elle gagne suffisamment pour ne pas mourir de faim.

La première partie du roman décrit longuement la vie de la jeune fille et les nombreuses difficultés qu'elle doit surmonter. Quand le tirage au sort pour les Hunger games arrive, la petite soeur de Katniss est désignée. Son aînée se portera volontaire pour la remplacer.

 

Entraînée à tuer

Commence alors la seconde partie de cette histoire. Avec l'autre représentant du District 12, Peeta, elle va découvrir un autre monde. Car ce programme de télé, avant le sang, veut du glamour. Les candidats sont présentés au pays au cours d'une cérémonie où la jeune sauvageonne est transformée en fière amazone. « Je me retrouve dans le costume qui sera sans doute le plus sensationnel ou le plus fatal de la cérémonie d'ouverture. C'est une combinaison noire moulante qui va du cou à la cheville. J'ai aussi des bottes en cuir à lacets qui montent jusqu'au genou. » Avec en plus une cape en lanières jaune et rouge donnant l'impression de brûler. Rapidement Katniss va devenir la coqueluche du public, d'autant que son coéquipier, Peeta, timide fils de boulanger, avoue en direct être amoureux d'elle. Avant d'être lancés, à 24, dans l'arène, ils s'entraînent. Et de nouveau Katniss fait forte impression devant le jury avec un arc : « De retour au centre du gymnase, je reprends ma position initiale et je transperce le mannequin en plein coeur. Puis je coupe la corde du sac de frappe, qui s'éventre en s'écrasant par terre. Sans un temps mort, je roule sur une épaule, me relève sur un genou et tire une flèche dans l'un des projecteurs suspendus au plafond du gymnase. Une cascade d'étincelles en dégringole. »

Quand les choses sérieuses commencent, le clinquant laisse la place aux larmes et au désespoir. Katniss devra lutter seule contre les représentants des autres districts. Tout en découvrant les dessous de ce programme de télé qui ne fonctionne que grâce aux règles mouvantes, les magouilles de la production et autres coups de théâtre provoqués pour faire monter l'audience.

Tout l'art de Suzanne Collins consiste à préserver le suspense jusqu'au bout, tout en dénonçant les dérives de notre société vers le voyeurisme et la violence. Une suite est déjà programmée (en mai 2010) et une adaptation cinématographique est en cours.

« Hunger games », Suzanne Collins, Pocket Jeunesse, 17,90 €

 

28/10/2009

Magouilles

Silien Melville 1.jpgPas très reluisante la vie de Silien Melville. A peine la trentaine et déjà plus aucune illusion. Métier abrutissant, pompiste de nuit, solitude forcée après une séparation douloureuse, sans oublier une tendance à noyer le tout dans le whisky. En se rendant à son boulot en vélomoteur, il rêve de gagner le gros lot au loto. Le gros lot il va le décrocher, mais indirectement. Il reçoit la visite d'une vieille connaissance. Ils se sont connus à l'armée. Silien se retrouve alors plongé dans une affaire mêlant hommes politiques, truands et argent sale. Le scénario de Djian, original au début, devient plus classique par la suite. Ternon, au dessin, propose une mise en scène très cinématographique à base d'un dessin d'un réalisme chirurgical.

« Silien Melville » (tome 1), Vents d'Ouest, 9,40 €

06:24 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : djian, ternon, vents d'ouset

27/10/2009

Police secours

Commandant Achab 1.jpgPolar classique que ce premier épisode des aventures du commandant Achab. Le vieux policier, unijambiste, râleur et iconoclaste fait l'unanimité contre lui. Il est muté aux archives dans un petit bureau qu'il partage avec un chat caractériel. Un enterrement de 1re classe qui prend fin quand on lui confie une enquête sur des meurtres étranges. Il devra en plus se coltiner un nouvel équipier, Karim, jeune et entreprenant, rapidement déboussolé par les pratiques peu régulières de son supérieur. Le scénariste Stéphane Piatzszek a particulièrement réussi le portrait de ces héros atypiques. Stéphane Douay au dessin réaliste mais épuré, sert cette intrigue, imposant une ambiance très sombre malgré l'utilisation de la ligne claire.

« Commandant Achab » (tome 1), Soleil Quadrants, 14,30 €

26/10/2009

Enlèvement

Appoline.jpgJean-David Morvan, scénariste prolifique, aime explorer les tréfonds de l'âme humaine. Il excelle à mettre en scène les sentiments forts, extrêmes. Cette histoire complète dessinée par TBC raconte la découverte par un policier dépressif d'une jeune femme, otage depuis 8 ans. Appoline a été enlevée à la sortie de l'école. La blonde fillette de 9 ans a depuis vécue dans une pièce close, dans la cave de son ravisseur, un homme névrosé, jouissant de ce pouvoir sur l'enfant. Mais l'heure est venue pour Appoline de sortir. Grâce au policier. Violent et dérangeant, cet album percutant est une réflexion sur le conditionnement et la manipulation des esprits. Une démonstration édifiante.

« Appoline », Casterman, 15 €

06:15 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : morvan, tbc, casterman

25/10/2009

L'amour frappe n'importe où

passage a lennemie.jpgEn cette période où les tenants de l'ordre et de la discipline ont le vent en poupe, Lydie Salvayre envoie un pavé dans le marigot des bien-pensants. Les sécuritaires à tous crins risquent d'être éclaboussés par ce « Passage à l’ennemie », roman hilarant décrivant avec minutie la métamorphose d'un agent des renseignements généraux infiltré dans une bande de jeunes squattant les halls d'une cité de banlieue.

L'inspecteur Arjona, grand lecteur de SAS et des exploits physiques et sexuels de Malko, envoie régulièrement des rapports détaillés de sa mission d'infiltration à son supérieur hiérarchique. Des rapports qui forment le corps du roman. Première difficulté pour Arjona, pour s'intégrer parfaitement il doit tirer lui aussi sur les pétards qui circulent en permanence entre les membres de la bande. L'usage quotidien de hasch va progressivement changer sa vision de la société. Il va de plus en plus facilement adopter le mode de vie de ces jeunes. Jusqu'à douter de sa mission. Rien ne va plus pour Arjona qui en plus s'obstine à centrer son enquête sur la belle Dulcinée, une jeune fille, silencieuse et charmante. Il tente de la séduire, mais les recettes de Malko ne semblent pas adaptées à cette rebelle énigmatique.

Un roman optimiste brocardant allègrement une certaine pensée unique sur les jeunes des banlieues.

 

« Passage à l'ennemie » de Lydie Salvayre, Seuil, 15 € (5 € en poche chez Points)

PS : cette chronique date de 2003 et participe à l'effort de recyclage proné par le Grenelle de l'Environnement...

 

11:14 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lydie salvayre, seuil, points

23/10/2009

Le train de notre avenir

eternity express.jpgCela a tout l'air d'être l'antichambre du paradis. Petites maisons coquettes, golf verdoyant, piscines olympiques, larges allées ombragées ; des maisons de retraite de ce standing tout le monde en rêve. Clifford Estates a un seul inconvénient : être implantée aux confins de la Chine et de la Mongolie. Pas moins d'une semaine de trajet en train pour rejoindre cet îlot de verdure et de fraîcheur après les contrées désertiques du Gobi.

Dans ce futur très proche décrit par Jean-Michel Truong (une petite vingtaine d’années), les retraités n'ont plus leur place dans la société occidentale. Plus de logement pour les accueillir ni de ressources pour subvenir à leurs besoins. Les gouvernements européens ont lancé une vaste opération de délocalisation du 3e âge. Tout retraité aura droit à une place dans une maison de retraite… mais en Chine, coût de la vie oblige.

Des sociétés se sont créées de toutes pièces, alliance d'assureurs, d'entreprises du bâtiment et des loisirs, pour répondre aux appels d'offres. Des concessions ont été attribuées en échange d'une somme forfaitaire par retraité. Cet avenir peu reluisant, le lecteur le découvre progressivement, au fil des kilomètres avalés par le train qui conduit plusieurs centaines de retraités de France en Chine. On suit plus particulièrement Jonathan, un ancien médecin, qui connaît bien la Chine pour y avoir vécu durant quelques années. Sa prestance et son amabilité lui permettent de devenir le confident de ces exilés volontaires. Un banquier pratiquement ruiné, un informaticien dépassé par les nouveautés, des spéculateurs sur la paille et autre vieillard laissé pour compte dans cette société qui n'en a que pour la jeunesse.

Et certains dans le train se posent des questions sur la rentabilité de Clifford Estates. Ils se demandent notamment comment cette entreprise peut devenir rentable alors que sans cesse l'espérance de vie s'allonge et que par conséquent, mathématiquement, les coûts augmentent. Ils s'interrogent, complotent, tentent de se renseigner… et meurent mystérieusement entre Moscou et Oulan-Bator. Ce paradis semble trop beau pour être vrai.

Un des amis de Jonathan, ponte du Parti au pouvoir, tempête contre la trop grande efficacité de la médecine : « Nous nous trouvons dans la situation d'une espèce sans prédateurs, de chiens de prairie sans faucons, de lapins de garenne sans renards : ses effectifs croissent bien au-delà de ce que son environnement est en mesure de supporter. »

Et le final du roman ne devrait pas rassurer le quadra qui pourrait se reconnaître dans les passagers (marchandise) de cet "Eternity Express".

 

« Eternity Express » de Jean-Michel Truong, Albin Michel, 19,50

 

22/10/2009

Les dragons et l'enfant

Tenebres 1.jpgAttention les yeux ! Dans la catégorie « dessinateurs réalistes qui passent plus d'une semaine sur une case pour y glisser des milliers de détails » Iko, virtuose italien, en impose. Immédiatement, en découvrant ses planches remplies de soldats en armes, châteaux médiévaux et dragons ailés, on pense à Jean-Claude Gal, le dessinateur de Arn et des Armées du Conquérant. Un éblouissement côté dessin amplifié par l'histoire signée Christophe Bec. Dans ce monde d'héroïc-fantasy, le cours de l'histoire est modifié quand une pluie de feu s'abat sur le pays. De ces incendies sortent des monstres maléfiques, crachant le feu, détruisant tout sur leur passage. Le roi se réfugie dans un puissant château, mais ce n'est que retarder l'échéance. Seul espoir, une prophétie qui affirme : « Un seul viendra par siècle, dans une armure de glace, tenant dans ses mains vengeresses notre salut ». Le sauveur de pourrait être Ioen, un enfant de paysans aux pouvoirs extraordinaires. La légende des « Ténèbres » s'annonce passionnante.

« Ténèbres » (tome 1), Soleil, 12,90 €

06:20 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bec, iko, soleil

21/10/2009

Les larmes de sang

Démons d'alexia 6.JPGCouverture très gothique et inquiétante pour ce 6e tome de la série ésotérique « Les démons d'Alexia ». La jeune héroïne, mi sorcière, mi exorciste, se recueille devant un cercueil. Pour clore ce second cycle, les auteurs ont décidé de « sacrifier » un des personnages secondaires. C'est Paolo Capaldi, le médium du CRPS (Centre de recherche des phénomènes surnaturels), qui le prédit au cours d'une réunion plénière de l'organisme : « Avant la fin de l'ultimatum, l'un d'entre nous sera mort ». L'ultimatum c'est celui lancé par les instances gouvernementales qui n'apprécient pas le déchaînement des manifestations occultes. Si rien n'est fait par Alexia, directrice du CRPS, l'armée entrera en action... Une course contre la montre s'engage, avec en plus pour Alexia l'obligation de veiller nuit et jour sur Gabriel, l'ange déchu que la sorcière Sarah Perkins désire assassiner. Entre traîtrise, choix difficiles et coups de théâtre, ces 48 pages de Ers et Dugomier fourmillent de trouvailles et de surprises. Une série qui semble s'être imposée, surfant sur la vague gothique et magicienne qui passionne les adolescents actuels.

« Les démons d'Alexia » (tome 6), Dupuis, 9,45 €

06:15 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ers, dugomier, dupuis, alexia