29/01/2010

Gitans intergalactiques

Honneur des Tzaroms 1.jpgDans un futur très lointain, quand les voyages intergalactiques seront aussi communs que d'aller acheter son pain chez le boulanger, les Gitans n'ont pas changé. Ils ont le sang chaud et ont troqué leurs caravanes pour des vaisseaux aux soutes souvent pleines de marchandises issues de différents trafics. Des gitans qui comme aujourd'hui ont régulièrement des démêlés avec la justice. Dans les premières pages de cette nouvelle série de SF écrite par Lupano et dessinée par Cauuet, Toni Tzarom, le patriarche de cette famille, reçoit la visite de Gabriel Sauzé, avocat au barreau de Prétonia. Il a été commis d'office pour défendre les intérets de Lubna, la compagne de Toni. Elle est accusée d'avoir volé un alien. Toni nie en bloc. Mais il n'a pas trop le temps de s'étendre car sa fille, la belle et volcanique Rona, arrive sur les chapeaux de roues après avoir dérobé quelques futs de gaz toxique à des poulpes assez énervés. On ne s'ennuie pas une minute dans cette BD truffée de gags et d'aliens bizarres, sans oublier ces gitans intergalactiques, caricatures bien sympathiques d'une communauté trop souvent décriée.

« L'honneur des Tzaroms » (tome 1), Delcourt, 12,90 €

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28/01/2010

Mère de substitution

Braise 1.jpgCette BD, à la croisée d'Alice au Pays des Merveilles et du David Copperfield de Dickens, est une œuvre très personnelle de deux auteurs, Bouton et Fortier, prenant le risque, pour leurs débuts, d'imposer un monde et un style très personnels. Au début du siècle dernier, dans une rue commerçante, deux jeunes orphelins, Janus et sa petite sœur Prune, viennent de chaparder des pommes. Ils vivent libres jusqu'au jour ou Janus, renversé par un cheval, perd la vue. La liberté aussi puisqu'ils sont placés dans un orphelinat. Mais une nuit, un mystérieux chat, Braise, les invite à visiter son pays « suprafantasmallégorique » et de rencontrer la reine qui se propose de devenir leur maman, à tous. Le petit groupe suit le félin, dans un cimetière puis effectivement dans une ville qui ressemble à une fête foraine. Si Janus est sous le charme, Prune est réticente. Elle sent que tout sonne faux. Et c'est elle qui découvre, la nuit venue, que le joli pays a des côtés plus sombres et dangereux. Un premier tome enchanteur, très prenant, aux dialogues poétiques et aux dessins ressemblant à des enluminures de contes de fées peuplées de monstres hideux.

« Braise » (tome 1), Dargaud, 10,95 €

06:54 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bouton, fortier, dargaud

27/01/2010

Le vampire de Düsseldorf

Assassins 2.jpgLa série « Assassins » écrite par Rodolphe et dessinée par Jeanne Puchol c'est un peu la version BD de « Faites entrer l'accusé », mais sans Christophe Hondelatte, heureusement. Le concept de la série surfe sur cette mode de l'utilisation à l'excès des grands faits divers. Après avoir retracé les exploits du docteur Petiot, les auteurs s'intéressent au Vampire de Düsseldorf qui a terrorisé une bonne partie de l'Allemagne à la fin des années 20. Le tueur, quadra gentil et attentionné avec les jeunes femmes, se révèle un abominable boucher quand il sait que ses proies ne pourront plus se défendre. Violées, éventrées, égorgées : ce sont dix femmes qui périront sous ses coups. Il avouera, après avoir été capturé suite à une dénonciation anonyme (les nazis commençaient à mettre leur emprise sur le pays) qu'il aimait entendre le bruit du sang qui coule... Un récit froid qui, tout en présentant le tueur, donne quelques clés pour comprendre cette Allemagne en pleine mutation. Le dessin de Jeanne Puchol a un petit air rétro qui s'accorde parfaitement avec l'époque.

« Assassins » (tome 2), Casterman, 10,40 €

12:47 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rodolphe, puchol, casterman

26/01/2010

A l'école des vampires

Les vampires sont effectivement éternels. Après une petite période d'éclipse, ils sont de nouveau très présents dans l'édition...


Marquée.jpgComment devient-on un vampire ? La tradition voulait que le vampire se reproduisait par succion. Un coup de dent mal placé et vous voilà transformé en être de la nuit. Une version officielle de plus en plus battue en brèche par divers auteurs qui tentent de réinventer le mythe.

Le vampire suceur de sang a fait son temps. Il devient beaucoup plus cool dans « La Maison de la nuit », série écrite par PC Cast et sa fille Kristin. Le vampire est en fait choisi, marqué, par des prêtresses qui butinent ainsi dans la jeunesse américaine. Zoey, adolescente basique d'une ville de province, mène sa petite existence morne entre une mère absente, un beau-père tyrannique, une grande sœur brillante et un petit frère capricieux. Le banal s'interrompt d'un coup d'un seul quand elle aperçoit un Traqueur se dirigeant vers elle. Un vampire d'un genre particulier. Il se plante devant Zoey et de son long doigt blanc trace la marque (un croissant de Lune repris en couverture) qui la désigne comme future vampire. Elle n'a alors qu'une nuit pour rejoindre La Maison de la nuit, le pensionnat chargé d'éduquer et de superviser la transformation des jeunes vampires.

En quelques heures, la jeune fille va perdre tous ses repaires. Elle ne pourra plus voir ses anciens amis, ni sa famille. De toute manière ces derniers la fuiront car les vampires n'ont pas bonne presse dans cette société imaginée par la famille Cast. Certes beaucoup sont des artistes renommés, mais ils font toujours peur et sont les bêtes noires de la religion dans le vent, le Peuple de la Foi. Zoey rejoint donc la Maison de la Nuit, après une nuit agitée au cours de laquelle elle sera visitée par Nyx, la déesse des vampires.


Aphrodite, l'affreuse

Dès son entrée dans le pensionnat, le roman prend un tour plus teenager. Zoey a beau être marquée, elle reste avant tout une adolescente obligée de s'affirmer dans une communauté fermée. On croisera rapidement les différents protagonistes de ce premier tome. Les bons, ceux qui deviendront ses amis et la défendront comme Lucie, sa colocataire, une blonde fermière fan de country, Damien, gay et intelligent, Erin, blonde et joviale. Du côté des méchants, la figure d'Aphrodite domine. Cette « petite blonde presque parfaite fait penser à Sarah Jessica Parker, en plus jeune»

Une véritable peste qui va rapidement s'affronter à Zoey. Il est vrai que cette dernière a une particularité qui fait beaucoup jaser dans la Maison de la Nuit. Elle n'a été désignée que depuis un jour mais elle a déjà une Marque entièrement colorée. Un stade qui n'est normalement atteint qu'au bout de trois années d'études vampiriques.

Ce roman, dans l'air du temps, passionnera les jeunes filles romantiques et les jeunes adultes à l'imagination foisonnante. S'il n'échappe pas à quelques clichés véhiculés dans l'imaginaire américain, il a le mérite de décrire rationnellement la transformation de la jeune Zoey en vampire, vivant la nuit, aimant la liberté et qui ne peut s'empêcher d'être attirée par le sang frais. Car même très édulcoré, ce petit monde vampirique ne peut pas se perpétuer sans une pinte de ce liquide rouge et épais, à l'odeur lourde et prenante.

Le premier tome, en plus de poser le décor et les personnages principaux, est le début d'un cycle en trois épisodes. Le second, « Trahie » est annoncé pour juin prochain alors que la conclusion, « Choisie » paraîtra en novembre de cette même année.

« Marquée » (La Maison de la Nuit, tome 1), PC Cast et Kristin Cast, Pocket Jeunesse, 14,95 €

 

25/01/2010

Famille moderne

Rillettes au sucre 1.jpgTrop souvent l'image de la famille dans la création française est aseptisée, voire complètement irréaliste. Clémence, dans cette BD de 192 pages en noir et blanc qui se lit comme une succession de tranches de vie, a trouvé un accent de vérité, de sincérité, qui dénote avec la majorité de la production. Ce couple de quadra a inversé les rôles. La femme, écrivain, apporte sécurité financière à la cellule familiale alors que le mari se contente de mitonner de bons petits plats. Il est homme au foyer se chargeant de l'éducation des trois enfants : une grande fille, un peu coincée, timide et complexée, la seconde, plus jeune donc mais très dévergondée, profitant de tous les plaisirs de la vie, notamment de son pouvoir sur les jeunes mâles et le dernier, un garçon, boutonneux, rebelle et qui ne trouve la paix qu'en compagnie de son hamster, Sonia. Sans oublier la mère de l'épouse, grabataire dans un fauteuil roulant. C'est la vie de tous les jours que Clémence décrit, petits déjeuners joyeux, repas tristes et fêtes improvisées. C'est frais, simple et criant de vérité.

« Rillettes au sucre » (tome 1), Delcourt, 8,95 €

06:24 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : clémence, delcourt

24/01/2010

L'appel de l'Ailleurs

Enfants d'ailleurs 4.JPGLes Enfants d'ailleurs sont de retour. Les trois premiers tomes formaient une histoire cohérente. Ce sera le premier cycle. Cette histoire fantastique d'une bande de copains découvrant un passage vers un autre monde va donc se poursuivre. Les événements ont eu raison de l'amitié des quatre jeunes héros. Maxime, marqué par la mort d'Ilvanna, préfère traîner avec des grands qui explorent les prémisses de la délinquance. Rébecca, atteinte d'une maladie grave, est en train de mourir à petit feu dans un hôpital. Seuls Noé et Théo continuent à se voir. Ils tentent même de refaire fonctionner la porte du père Gab. Tout repart quand Rébecca est poussée, par un mystérieux fantôme, à retourner vers le passage. Elle est persuadée que c'est dans l'autre monde qu'elle découvrira le remède à son mal. La magie de Nykko (scénario) et Bannister (dessin) est toujours aussi convaincante. A conseiller à tous les jeunes lecteurs dès 8 ans.

« Les enfants d'ailleurs » (tome 4), Dupuis, 9,95 €. L'intégrale du premier cycle vient également de paraître, 140 pages, 15,50 €

06:30 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nikko, bannister, dupuis

23/01/2010

Le trésor du Tonkin

Tramp 9.jpgTroisième et dernier titre du cycle asiatique des aventures de Yann Calec, capitaine de la marine dans les années 50. Yann est en Indochine. Il a une mission : remettre une lettre à un jeune légionnaire. C'est son père qui veut renouer avec son fils devenu adulte. Mais le soldat Marchand a déserté. Yann va donc le rechercher et retrouver la trace... de son propre père. Dans cette colonie en pleine guerre, Yann Calec va apprendre à ses dépens que certaines vérités ne sont pas toujours bonnes à apprendre. Après trahisons et coups de théâtre, il sera au centre d'une chasse au trésor. Des kilos d'or qui sont passés de mains en mains alors que les Viets prenaient le contrôle du Nord du pays, dans la région de Cao Bang. Kraehn, le scénariste, a puisé dans l'histoire de cette région, pour échafauder une intrigue très plausible. Il a parsemé le récit de personnages secondaires tous plus affreux les uns que les autres. Il est vrai qu'à l'époque, la mort guettait derrière chaque virage. Jusseaume, au dessin, de plus en plus académique (pour ne pas dire parfait), donne corps et vie à cette jungle hostile.

« Tramp » (tome 9), Dargaud, 13,50 €

06:27 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kraehn, jusseaume, tramp, dargaud

21/01/2010

Jacques Martin s'éteint, Alix et Lefranc continuent

 Jacques Martin, créateur de Lefranc et Alix, s'est éteint ce jeudi à l'âge de 88 ans.

alix1.jpg

Cet auteur complet, après des années d'apprentissage auprès de Hergé, a volé de ses propres ailes cré »ant deux des héros les plus emblématiques de la BD franco-belge classique, Alix, le jeune Gaulois vivant des aventures au temps de l'empire romain et Guy Lefranc, reporter délaissant souvent sa plume pour sauver le monde. Jacques Martin, après avoir animé les aventures de ces deux personnages de l'âge d'or de la BD, en a supervisé la reprise. Contrairement à Hergé qui a toujours déclaré que ses personnages ne lui survivraient pas, Jacques Martin voulait qu'Alix et Lefranc continuent de distraire plusieurs générations. Malade, ayant quasiment perdu la vue, il a laissé quantité de synopsis ou de pistes pour les différentes « équipes » qui assurent la continuité des séries. Ainsi l'an dernier un nouvel Alix et le mois dernier un Lefranc se déroulant dans le milieu minier des années 50 dans le Nord faisaient partie des meilleures ventes de nouveautés.

Jhen Carcassonne.jpgJacques Martin a rencontré un très grand succès public avec la série Alix. Ce jeune Gaulois a fait ses débuts dans les pages du journal Tintin au côté d'autres sommités du monde du 9e art, Tintin, Corentin de Cuvelier et Blake et Mortimer de Jacobs. Le dessin d'un réalisme parfait, quasi anatomique, permettait au lecteur de plonger dans cet empire romain en plein essor. Les albums ont ensuite été publiés aux éditions Casterman qui a fait bonifier cet univers en multipliant les titres et les collections. Jacques Martin a durant ces 20 dernières années lancé d'autres personnages comme Arno (dessiné par Juillard), Jhen (dessiné par Pleyers) ou très récemment Loïs (dessiné par Olivier Pâques). Il a également supervisé des albums d'illustrations présentant des régions ou villes historiques ,théâtre des aventures de ses personnages. Ainsi Jhen a servi de guide dans la cité de Carcassonne, album paru en février 2006.

Père et fils en galère

Nick Cave, rocker et musicien australien, dévoile une autre facette de son talent dans ce roman halluciné, triste et dramatique.

Mort de Bunny Munro.jpgBunny Munro est un chaud lapin. Bunny Munro a beaucoup de succès auprès des femmes. Ce représentant de commerce vendant des produits de beauté sillonne les routes d'Angleterre alignant les conquêtes féminines comme d'autres remplissent des grilles de mots fléchés. Mais Bunny Munro est marié. A Libby. Ils ont un petit garçon, Bunny Boy, âgé de 9 ans. Dans les premières pages de ce roman, Bunny est en bonne compagnie dans une chambre d'hôtel. Une superbe prostituée originaire des Caraïbes. Tout en s'occupant d'elle, il a Libby au téléphone. Sa femme, sous antidépresseurs, perd la raison. Pour la calmer, Bunny lui promet de vite rentrer à la maison. Mais la nuit sera longue, très longue. Le lendemain matin, en prenant son petit déjeuner dans son hôtel, Bunny ne regrette rien. Exactement il ne se souvient de rien car en plus d'être un tombeur, il boit comme un trou. En sirotant son café, il se regarde dans une glace et trouve « l'image qu'il a devant lui pas si déplaisante. Bunny n'est pas un génie, ni un visionnaire ni un sage, mais il voit tout de suite pourquoi les dames en pincent pour lui. Ce n'est pas le tombeur standard musclé à la mâchoire carrée, ni l'homme à femmes avec la ceinture de smoking, mais il dégage quelque chose, même avec la trombine fracassée par l'alcool, il exerce un charme magnétique qui passe par les plis d'humanité qui se forment aux coins de ses yeux quand il sourit, l'arcade sourcilière qui se fronce avec malice et ses joues qui se creusent de fossettes à vous faire péter l'hymen quand il rit. »

 

Fuir ses fantômes

Le problème c'est que Bunny vit ses derniers jours. C'est expliqué par l'auteur dès les premières pages et dans le titre. La mort qui fait une entrée fracassante dans sa vie quand il franchit enfin la porte de son appartement. Un appartement dévasté. Bunny Boy explique que c'est Libby qui a craqué. Quelle est enfermée dans sa chambre et qu'elle ne répond plus. Bunny pénètre dans la chambre et découvre « Libby Munro en nuisette orange, pendue à la grille de sécurité. » « Elle a le visage violet comme une aubergine ou un truc dans le genre et, un court instant, Bunny se dit en fermant les yeux de toutes ses forces pour chasser cette pensée, que ces nichons, c'est quelque chose. »

Après des obsèques croquignolesques, Bunny noie son chagrin au cours d'une soirée en compagnie de ses collègues. Cela vire à la beuverie puis à la partouze. Bunny est donc en-dessous de tout. Pourtant son fils l'aime. C'est vrai qu'il n'a plus que lui. Un Bunny Boy qui lui aussi semble un peu atteint quand il est persuadé que sa mère continue à lui parler.

Après une première partie très borderline, Nick Cave concentre son récit sur le père et son fils. Ils partent en voiture, prennent la route; roulent sans but. Comme pour mieux s'éloigner de ces fantômes un peu trop présents.

Roman trash, roman triste, « Mort de Bunny Munro » entraîne le lecteur sur les chemins cabossés du remord et des regrets, de la vie qui file trop vite, de l'essentiel masqué par le clinquant et le plaisir facile. Un long blues de 330 pages, comme une de ces chansons que chante Nick Cave avec sa voix grave de crooner très fatigué.

 Mort de Bunny Munro », Nick Cave, Flammarion, 20 €

06:19 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : nick cave, flammarion

20/01/2010

De mâle en pis

Coup de foudre 2.JPGRaoul Cauvin a vendu suffisamment de millions d'albums dans sa carrière (Tuniques Bleues, Cédric, Pierre Tombal...) pour avoir le droit de se faire plaisir. Il avait ainsi imaginé une histoire improbable de taureau se sentant vache et donc incapable d'accomplir ce pour quoi on l'a acheté : se reproduire. Désiré, qui en plus avait le pouvoir de parler avoir été frappé par la foudre, avait finalement trouvé une astuce pour assurer une descendance à la vache du fermier. Toujours avec De Thuin au dessin, Cauvin a imaginé une suite tout aussi savoureuse dans les situations que les personnages. Revoilà Désiré, son problème de virilité et de fertilité. Une parabole sur les différences et la tolérance. Avec une fin presque mélodramatique comme jamais Cauvin n'avait osé en écrire.

« Coup de foudre » (tome 2), Dupuis, 9,95 €