24/04/2010

Tony Duvert sort de l'oubli

Gilles Sebhan revient sur la vie et la disparition de Tony Duvert, écrivain français mort dans l'indifférence.

 A l'automne 1973, un jeune écrivain français remportait le prestigieux prix Médicis. Tony Duvert était un auteur prometteur des éditions de Minuit dirigées par Jérôme Lindon. Il n'a pourtant jamais véritablement décollé, ses œuvres devenant de plus en plus introuvables. Il est vrai qu'il abordait des sujets brûlants. Notamment la sexualité des enfants. Ce qu'il était possible d'évoquer et de dire dans les années 70 est devenu totalement tabou une décennie plus tard. Aujourd'hui, il est quasiment impossible de retrouver des écrits de Tony Duvert, comme si la malédiction de cet « enfant silencieux » l'avait suivi dans sa tombe. Au début des années 80, Tony Duvert a cessé de publier. Il s'est retiré chez sa mère, en province et s'est fait oublier. Il n'est revenu sur le devant de la scène qu'en août 2008. A la rubrique des faits divers. Les gendarmes découvrent son corps en état de putréfaction, recroquevillé dans son lit. Sa mort remontait à plus d'un mois.

Gilles Sebhan s'est demandé comment rendre hommage à cette plume singulière. Lui même écrivain (« Presque gentil » ou « La fête des pères »), il avoue l'importance de certains textes de Duvert. Il avait même envisagé, il y a quelques années, de le rencontrer. Un projet avorté. Impossible aujourd'hui. Et de constater que Duvert, avant de mourir physiquement, était mort en tant qu'écrivain. « Tony est mort en juillet et son corps a patienté un long mois. Tout comme en lui l'écrivain était mort des années plus tôt, vingt ans plus tôt, livrant un vivant à la pourriture dans une campagne française. Un homme a vécu ce supplice d'être mort vivant. » A côté d'une partie classique, reprenant les grandes périodes de la vie de Tony Duvert, de l'enfance sous la coupe d'une mère omniprésente, à ses années de bohème à Paris puis son exil au Maroc, jouissant de l'argent du Médicis et des corps des jeunes hommes s'offrant à lui et enfin le retrait de la vie culturelle, Gilles Sebhan signe quelques passages d'une incroyable violence. Notamment quand il fait parler le corps de Duvert en train de se métamorphoser sous l'action de la chaleur, « ce corps qui s'échappe de partout, qui coule dans le matelas, qui s'éparpille, s'effondre en viscères et en peau décomposée. »

Un texte fort, un hommage sincère, un livre militant dans une époque prudente et frileuse. Un monde aseptisé dans lequel Tony Duvert n'avait définitivement plus sa place.

« Tony Duvert l'enfant silencieux » de Gilles Sebhan, éditions Denoël, 14 €

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