30/04/2010

La quête du père

Enfants de l'envie.jpgBasile n'a pas de père. Du moins il ne le connaît pas. La quarantaine, il vit toujours chez sa mère, retraitée. Cet enfant, elle l'a conçu, comme beaucoup de Françaises à la fin des années 50, avec un militaire américain, un des soldats de la liberté. Basile, après de vaines tentatives pour devenir peintre à Paris, est revenu à Laon, vivre auprès de sa mère, rentrant dans le rang en devenant simple employé municipal. Il continue cependant à peindre. Il a abandonné sa passion des portraits pour ne peindre plus que des rues de villes américaines. Comme s'il était en permanence à la recherche de ce père qu'il n'a jamais connu. Cette petite vie simple est au centre de ce roman graphique sensible de Gabrielle Piquet. Tout en racontant les doutes et frustrations de Basile, elle revient sur cette période de l'histoire de France. Des années marquées par la construction de bases américaines apportant richesse et insouciance aux autochtones. Et laissant quelques « enfants de l'envie », signes tangibles du bon accueil de la part de la population féminine.

« Les enfants de l'envie », Casterman, 14 €

06:37 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gabrielle piquet, casterman

29/04/2010

Les enfants perdus se retrouvent

Ce passionnant thriller de Patrick Graham mélange passé et présent, enfance violente et âge adulte plus calme et rangé.

 

Retour à Rédemption.jpgAmour, argent, réussite professionnelle, enfants : Peter Shepard a tout pour être heureux. Brillant avocat d'affaire vivant à San Francisco, il avait pourtant mal débuté dans la vie. Orphelin, fugueur, il a fait de nombreux séjours dans des centres de redressement, dont celui particulièrement strict de Rédemption. Aujourd'hui il ne se souvient plus de cette adolescence turbulente. Pourtant des relents de son passé vont lui exploser au visage et toute sa vie va s'écrouler.

Dans « Retour à Rédemption », Patrick Graham place la barre encore plus haut que ses précédents thrillers (« L'apocalypse selon Marie » vient d'être publié en poche chez Pocket). Cela débute par une conversation au téléphone entre Peter Shepard et sa femme, Barbara qui est au volant. En compagnie de ses deux fillettes, elle va rejoindre une tante dans une petite localité du Nevada. Une voiture de police lui intime l'ordre de se ranger au bord de la route.

 

Mortes dans le désert

La suite, Peter va l'entendre par l'intermédiaire du téléphone resté branché. Le faux policier se révèle être un vrai tueur. « Le shérif ôte son chapeau et gratte quelque chose au sommet de son crâne. Un serpentin vermillon coule le long de son visage. Il passe la main sur son cuir chevelu et se penche. Les yeux de Barbara s'arrondissent. Au milieu de la sueur et du sang, là où il devrait y avoir des cheveux, il y a des plaques de peau à vif et des sortes de boursouflures qui laissent apparaître des éclats blancs comme de l'os. » Barbara vient de rencontrer Ezzie, un camarade d'enfance de Peter. Ezzie qui va tuer Barbara et laisser mourir de soif, sanglées dans la voiture en plein désert, les deux fillettes de Shepard.

Ce dernier va tout mettre en œuvre pour retrouver l'assassin et par la même retrouver ce passé dont il n'a plus aucun souvenir.

 

Wendy, le premier amour

Une quête à travers les USA, au cours de laquelle il va retrouver Wendy, son premier amour, la seule fille du gang des « enfants perdus ». La bande s'est formée dans le centre de redressement de Rédemption. Un peu d'amitié ne pouvait que permettre à ces adolescents de mieux résister à la discipline de fer de Rédemption, « un ancien camp d'internement où les rebs entassaient les prisonniers yankees. Taux de mortalité maximum. Après la guerre de Sécession, c'est devenu un bagne puis un pénitencier puis un centre de redressement. On ne s'échappe pas de Rédemption. On se repent et un jour, on sort. Ou pas. » Les enfants, pour survivre, vont devoir devenir encore plus féroces et cruels que leurs geôliers.

Patrick Graham va alterner les scènes du passé et du présent. De la création de la bande à la course poursuite d'aujourd'hui. Car les enfants perdus avaient fait un pacte. Et quelqu'un l'a trahit. Un roman d'une grande intensité sur l'amitié, la résistance et l'oubli.

M. Li.

« Retour à Rédemption, Patrick Graham, Editions Anne Carrière, 21,50 €

28/04/2010

Héros imaginaires

Tom et William.jpgTom est un petit garçon de 6 ans. Il découvre un véritable trésor dans une remise chez ses grands-parents : des illustrés des années 50-60. Il se plonge dedans et se délecte de ces aventures de cowboy, chevalier et super héros. Au bout de quelques heures de lecture intensive, il découvre que sa famille a disparu. Et quand des martiens l'attaquent, il demande la protection de Günnar, le Viking. Tom semble être le dernier survivant de son monde avec simplement quelques héros de BD pour compagnons. Cette histoire de 60 pages, la première de Laurent Lefeuvre, est un superbe hommage aux petits formats, souvent considérés comme des BD de série B, mais qui ont marqué l'imagination de millions d'enfants.

« Tom et William », Le Lombard, 15,50 €

06:56 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : lefeuvre, lombard

27/04/2010

Famille bretonne

 

Sang des Porphyre 4.jpg

Quatrième et dernier tome (du moins du premier cycle) de la série relatant les mésaventures de la famille des Porphyre. Une famille maudite sur cette lande bretonne. Un récit très romantique, se déroulant au 18e siècle, écrit par Balac, est mis en images par Parnotte, dessinateur réaliste hors-pair à classer parmi les « grands », entre Hermann et Giraud. Soizik, Konan et Gwemon sont bloqués dans la grotte secrète abritant le trésor du vieux Porphyre. Ces trois, tous descendants du vieux grigou, vont devoir affronter bagnards en cavale, pieuvre géante et naufrageurs. Sans oublier la belle Hermine, une guerrière prête à tout pour retrouver un médaillon. Embruns et vent de trahison soufflent sur cette BD.

« Le sang des Porphyre » (tome 4), Dargaud, 13,50 €

 

09:34 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : balac, parnotte, dargaud, porphyre

26/04/2010

Spirou en bateau

Panique en atlantique.JPG

Lewis Trondheim, il y a déjà quelques années, avait proposé aux éditions Dupuis de dessiner une aventure de Spirou. Proposition laissée lettre morte, le héros étant à l'époque intouchable. Aujourd'hui, le créateur de Lapinot prend sa revanche en signant le 6e tome de la série dérivée donnant la possibilité à des auteurs confirmés de donneur leur version de Spirou. Après Bravo, Le Gall, Yann ou Tarrin, Lewis Trondheim s'approprie ce petit monde et en confie la réalisation graphique à Fabrice Parme. Cela donne une histoire très loufoque, ancrée dans les années 50/60, se déroulant sur un paquebot de luxe risquant couler en croisant des icebergs. Heureusement le comte de Champignac est à bord et ses inventions (renforcées par la bravoure de Spirou) permettront d'éviter la catastrophe. Frais, distrayant, novateur : un album à classer dans les incontournables de 2010.

« Panique en Atlantique », Dupuis, 13,50 €

06:18 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : spirou, dupuis, lewis trondheim, parme

25/04/2010

Une grande leçon de littérature

Dans son dernier roman, Philippe Djian profite du métier de son héros, professeur d'université, pour donner une magistrale leçon de littérature.

incidences_foto.jpg 

Marc, la cinquantaine, est professeur de littérature dans une université de province. Il a tenté, un temps, d'être écrivain. Mais il a finalement compris qu'il faisait fausse route. Il enseigne donc à des étudiants souvent sans talent comment faire résonner une phrase, lui donner du mouvement. Un emploi presque alimentaire qui lui permet en plus de garnir son lit. Marc, en plus d'une grande connaissance de la littérature, a un charme fou qui fait fondre ses étudiantes. Au début du roman, il est au volant de sa Fiat 500. Il fonce sur la route de montagne pour rejoindre sa maison. A ses côtés, Barbara. Une de ses étudiantes. Une des plus douées. Le lendemain matin, en se réveillant, il ne retrouve pas une jeune femme enjouée et heureuse mais un cadavre déjà froid. Que s'est-il passé. Alcool aidant, il ne se souvient de rien. Mais il en sait suffisamment de la vie pour savoir qu'il vaut mieux se débarrasser du cadavre au lieu de prévenir les gendarmes...

 

Le lecteur d'« Incidences » apprend donc assez rapidement que Marc n'est pas moral. Il jette le corps de Barbara dans un gouffre dont il est seul à connaître la bouche. Et tente de reprendre le cours de sa vie, comme si de rien n'était. Entre ses étudiants, sa sœur qui habite la même maison, et le directeur de l'université.

 

Entendre sa voix

Il assure ses cours, et c'est là que Philippe Djian se permet de glisser quelques sentences définitives sur l'art d'être écrivain. « Devenir un bon écrivain avant trente ans, voilà bien de la pure fiction à de rares exceptions près, trente ans c'est le minimum du minimum expliquait-il d'emblée à ses étudiants, est-ce que vous croyez qu'on apprend à jouer avec des mots en un jour, ou en cent, que la grâce va vous tomber instantanément du ciel, écoutez-moi, je vais être franc avec vous, comptes vingt ans, comptez vingt ans avant de commencer à entendre votre propre voix, de quelque manière que vous vous y preniez. » Et de remarquer, quelques pages plus loin, toujours dans la bouche de Marc, « N'importe quel crétin est capable de raconter une histoire. La seule affaire et une affaire de rythme, de couleur de sonorité. »

Le roman, de très léger, va prendre de l'épaisseur, du volume, avec l'arrivée de Myriam, la belle-mère de Barbara. Entre elle et Marc, c'est une folle histoire d'amour qui va exploser. Mais Marc ne partagera pas ses secrets avec Myriam. « Un homme pouvait bien avoir quelques vices, estimait-il, et sans avoir à en rougir. Les épreuves que l'on traversait au cours d'une vie valaient bien ça. » Ce roman de Philippe Djian, comme souvent avec cet auteur foisonnant, entraîne le lecteur vers un monde au bord de la rupture. C'est complètement « borderline » et cela n'en a que plus de force.

 

« Incidences » de Philippe Djian, Gallimard, 17,90 €

09:07 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philippe djian, gallimard

24/04/2010

Tony Duvert sort de l'oubli

Gilles Sebhan revient sur la vie et la disparition de Tony Duvert, écrivain français mort dans l'indifférence.

 A l'automne 1973, un jeune écrivain français remportait le prestigieux prix Médicis. Tony Duvert était un auteur prometteur des éditions de Minuit dirigées par Jérôme Lindon. Il n'a pourtant jamais véritablement décollé, ses œuvres devenant de plus en plus introuvables. Il est vrai qu'il abordait des sujets brûlants. Notamment la sexualité des enfants. Ce qu'il était possible d'évoquer et de dire dans les années 70 est devenu totalement tabou une décennie plus tard. Aujourd'hui, il est quasiment impossible de retrouver des écrits de Tony Duvert, comme si la malédiction de cet « enfant silencieux » l'avait suivi dans sa tombe. Au début des années 80, Tony Duvert a cessé de publier. Il s'est retiré chez sa mère, en province et s'est fait oublier. Il n'est revenu sur le devant de la scène qu'en août 2008. A la rubrique des faits divers. Les gendarmes découvrent son corps en état de putréfaction, recroquevillé dans son lit. Sa mort remontait à plus d'un mois.

Gilles Sebhan s'est demandé comment rendre hommage à cette plume singulière. Lui même écrivain (« Presque gentil » ou « La fête des pères »), il avoue l'importance de certains textes de Duvert. Il avait même envisagé, il y a quelques années, de le rencontrer. Un projet avorté. Impossible aujourd'hui. Et de constater que Duvert, avant de mourir physiquement, était mort en tant qu'écrivain. « Tony est mort en juillet et son corps a patienté un long mois. Tout comme en lui l'écrivain était mort des années plus tôt, vingt ans plus tôt, livrant un vivant à la pourriture dans une campagne française. Un homme a vécu ce supplice d'être mort vivant. » A côté d'une partie classique, reprenant les grandes périodes de la vie de Tony Duvert, de l'enfance sous la coupe d'une mère omniprésente, à ses années de bohème à Paris puis son exil au Maroc, jouissant de l'argent du Médicis et des corps des jeunes hommes s'offrant à lui et enfin le retrait de la vie culturelle, Gilles Sebhan signe quelques passages d'une incroyable violence. Notamment quand il fait parler le corps de Duvert en train de se métamorphoser sous l'action de la chaleur, « ce corps qui s'échappe de partout, qui coule dans le matelas, qui s'éparpille, s'effondre en viscères et en peau décomposée. »

Un texte fort, un hommage sincère, un livre militant dans une époque prudente et frileuse. Un monde aseptisé dans lequel Tony Duvert n'avait définitivement plus sa place.

« Tony Duvert l'enfant silencieux » de Gilles Sebhan, éditions Denoël, 14 €

23/04/2010

Insectes ravageurs

 

Namibia 1.jpg

Après Kenya (cinq tomes parus et une intégrale), Rodolphe et Léo nous entraînent sur les terres de Namibia. Mais cette fois, les deux auteurs se sont adjoint les services d'un troisième larron : Bertrand Marchal qui assure les dessins. Marchal qui reste cependant très fidèle au style de Léo, fait de simplicité et d'inventivité et qui a fait tout le succès de ses séries, d'Aldébaran à Antarès. En Namibie, quelques années après la fin de la seconde guerre mondiale, un journaliste anglais photographie dans des champs de maïs des chenilles grosses comme des chiens. Il surprend également un occidental les observant. Un Blanc qui a les traits de Göring... Une information qui alerte les Anglais qui envoient sur place l'agent Kathy Austin. La jeune femme va de nouveau (c'était l'héroïne de Kenya) être confrontée à des phénomènes étranges. Une série pleine de mystère, entre espionnage et fantastique, avec toujours ces créatures « bizarroïdes » comme aime les décrire Léo.

« Namibia » (tome 1), Dargaud, 10,95 €

06:48 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : léo, rodolphe, marchal, dargaud

22/04/2010

Enfants en guerre

Parvaterra 1.jpgBienvenue à Parva Terra, monde imaginaire créé de toute pièce par Raul Arnaiz. Ce dessinateur espagnol, après avoir rodé son trait dans le monde de l'animation, a enfin concrétisé ce projet d'héroic fantasy qu'il avait dans ses cartons depuis de nombreuses années. Sur cette île, il ne reste que des enfants. Tous les adultes ont disparu. Seul Roméo, le roi des chevaliers blonds se souvient. Une mémoire qui lui donne le pouvoir sur cette petite bande, en guerre contre les mages cheveux-noirs. Les deux communautés se sont partagé l'île et se livrent à un conflit aux airs de guerre des Boutons. Nathan, le meilleur ami de Roméo, assailli de cauchemars, commence à douter de l'utilité de cette rivalité. Il sera le premier à remettre en cause l'ordre des choses et le pouvoir de Roméo. Il sera capturé par les pirates roux et livré aux mages. Ces derniers lui expliqueront qu'il a une mission : combattre un mal sournois, l'obscurité. Cette jolie parabole contre le racisme et la guerre est d'autant plus plaisante que les dessins d'Arnaiz sont d'une fluidité et d'une luminosité de virtuose.

« Légendes de Parva Terra » (tome 1), Le Lombard, 9,95 €

06:42 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : raul arnaiz, parva terra, lombard

21/04/2010

Chêne féerique

Powa 1.jpgCela débute comme un série pour adolescents bien ancrée dans notre époque. Nathan est un lycéen à la vie insignifiante. Il vit seul avec sa mère. Est un peu le souffre-douleur de certains de ses camarades. Côté sentiments, une timidité maladive l'empêche de faire le premier pas. Nathan pas forcément malheureux, mais pas épanoui. La première partie de cet album montre ce quotidien fait de frustrations et de petites défaites. Jusqu'à ce cours de sport qu'il redoute tant car, quand il s'agit de faire les équipes, il est toujours le dernier choisi. Et cette fois, il est carrément mis sur la touche. Un peu dégoûté, il quitte le terrain et va ruminer sa tristesse au pied d'un chêne. Un arbre magique où il rencontre pour la première fois une fée. Très mignonne, assez délurée, elle lui propose de lui donner un don différent chaque jour jusqu'à ce qu'il se décide pour en garder un définitivement. Nathan, après quelques heures de réflexion (et de nouvelles humiliations) lui demande de pouvoir voler... Remarquablement dessinée par Ben Fiquet, cette série urbano-fantastique fera rêver tous les se jeunes se désespérant de leur vie trop morne.

« Powa » (tome 1), Delcourt, 9,95 €

06:36 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : powa, chêne, ben fiquet, delcourt