30/06/2010

Paris voit rouge dans le second tome de "Jour J"

 

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Et si De Gaulle était mort (un accident d'avion au dessus de la Méditerranée) avant la libération ? Duval et Pécau se sont amusés à imaginer un passé alternatif pour la collection Jour J. Les Allemands ont bien perdu la guerre, mais le point de jonction entre alliés occidentaux et forces soviétiques s'est déplacé. Ce n'est pas Berlin qui est coupé en deux, mais Paris. Rive droite soviétique, rive gauche américaine. En 1951, alors que la guerre froide s'amplifie, un héros français, Saint-Elme, devenu espion pour le SDECE, est envoyé côté rouge pour aider la police soviétique à démasquer un tueur de prostituées. L'enquête policière n'est qu'un alibi pour récupérer des informations sur de mystérieuses usines souterraines en Bavière. Peut-être un peu moins réussi que le premier, ce second Jour J, dessiné par Séjourné, est cependant savoureux pour les nombreuses références décalées, de Marguerite Duras en espionne à François Mitterrand, éditeur, en passant par Albert Camus, journaliste.

« Jour J, Paris, secteur soviétique » (tome 2), Delcourt, 13,95 €

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29/06/2010

Vitesse et politique dans le "Grand Prix" de Marvano

Grand Prix 1.jpgParfois, des batailles diplomatiques ou d'opinion se gagnent sur des terrains de sport ou des circuits automobiles. Hitler, passionné de voitures bien qu'il ne sache pas les conduire, avait parfaitement compris cet attrait des foules pour les héros modernes que sont les pilotes de grand prix. Et qu'espérer de mieux que des victoires allemandes pour montrer au monde entier la force et la suprématie du IIIe Reich ? Cette histoire dans l'Histoire, Marvano se propose de la raconter dans ce triptyque aux dessins léchés et précis. Le premier volume relate une renaissance, celle de la firme Mercedes qui va s'imposer sur les circuits européens, durant ces années 30, avec ses célèbres flèches d'argent. Manipulation politique, apologie du génie technique allemand mais surtout passion des pilotes. Ce récit aurait pu être très technique. Il devient beaucoup plus humain quand l'auteur s'intéresse aux parcours des pilotes, des passionnés pour qui mourir était peu important, du moment que c'était à pleine vitesse.

« Grand Prix » (tome 1), Dargaud, 13,50 €

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28/06/2010

Ça chauffe entre flic et tueur

Alors que la canicule décime les personnes âgées en ce mois d'août 2002, le commissaire Mistral tente d'arrêter un tueur s'attaquant aux femmes seules.

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Les thrillers français, s'ils n'ont pas la dramaturgie et le rythme des américains, ont l'avantage d'être beaucoup plus ancrés dans le réel. De ce fait, l'identification du lecteur est facilitée. Quand, en plus, le roman est l'œuvre d'un policier encore en activité, on a presque l'impression qu'être au cœur de l'enquête, avec tout ce qu'elle peut avoir d'exaltante mais aussi de pénible quand l'administration prend le dessus. Jean-Marc Souvira, commissaire divisionnaire, 25 ans d'activité au sein de la police judiciaire, est un expert. Il a mis son savoir-faire au service de ce récit se déroulant durant la canicule de l'été 2002. Après « Le magicien », il signe « Le vent t'emportera » seconde aventure de son héros récurrent, le commissaire Mistral.

 

Femmes défigurées

Grièvement blessé dans le final du précédant roman, le policier reprend du service en plein cœur de l'été. Alors que les premiers morts de la canicule commencent à accaparer pompiers, médecins, policiers et service des pompes funèbres, la découverte à quelques jours d'intervalles des cadavres de deux femmes célibataires sort son service de la routine. Les femmes ont été sauvagement tuées et violées. De plus, le tueur s'est acharné sur leur visage, le lacérant avec des bouts de miroirs. A chaque fois, c'est l'odeur et les mouches qui ont alerté les voisins. Quand les policiers arrivent sur la scène du crime, ils doivent faire abstraction de tout pour supporter le spectacle : « Indépendamment de l'odeur intenable et de la chaleur étouffante, il y avait ce bourdonnement incessant. Des milliers de mouches affairées sur le corps. Attirées par l'odeur du cadavre, elles étaient venues pondre leur œufs. Des larves étaient déjà apparues. Elles se transformeront en mouches, qui, à leur tour, viendront pondre. Les policiers, au bord de la nausée, chassaient ces insectes qui se posaient sur eux et repartaient vers le cadavre. »

 

Un réalisme saisissant

Ce thriller n'y va pas avec des pincettes. Il est cru et réaliste. A tous les niveaux. On suit le commissaire Mistral dans son enquête, mais également le tueur, l'auteur s'ingéniant à ne pas trop en dire pour maintenir le suspense. Côté police, on en apprend beaucoup sur les différentes techniques scientifiques pour identifier les suspects, retrouver des indices. On touche aussi le côté psychologique de ce métier éprouvant. Mistral, mal remis de son agression, souffre d'insomnie. Au bord de l'épuisement, il n'a pourtant pas d'autre solution que de continuer, le mois d'août voyant les effectifs fondre comme neige au soleil. Il reçoit le renfort de Dalmate, un bon flic en provenance des Renseignements généraux. Mais ce dernier ne semble pas encore prêt pour se coltiner avec ce tueur en série machiavélique et particulièrement ingénieux. Et tordu, dans sa tête. Par moment, le roman a des airs de documentaire. A d'autres, essentiellement quand le tueur agit, c'est un véritable cauchemar qui prend vie. Un second roman probant. Jean-Marc Souvira s'affirme comme un solide conteur. Si son héros, tout en étant humain, est un peu fade, ses « méchants » ne manquent pas d'attrait pour le lecteur en recherche de sensations fortes.

« Le vent t'emportera », Jean-Marc Souvira, Fleuve Noir, 19,90 €

27/06/2010

Affronter le diable vert dans les « Catacombes »

Catacombes 1.jpgDécouvert dans « La loi du Kanun », le duo Manini Chevereau récidive sa collaboration parfaite dans « Catacombes », mais dans un univers totalement différent. Il reste que c'est de la BD populaire de qualité, un peu feuilletonnesque, où le suspense est toujours présent et les rebondissements nombreux. Idéal pour tenir le lecteur en haleine. Jeanne Chiavarino, la ravissante héroïne, est fille de carrier. Elle descend seule dans les galeries souterraines parisiennes pour tenter de retrouver son père. Elle ne le trouvera pas mais croisera le chemin du diable vert, un personnage mythique des catacombes. Elle parvient à s'échapper et retrouve la surface. Elle tombe nez à nez avec un autre type de démon : l'armée allemande. Nous sommes en 1940 et les soldats nazis viennent d'envahir le nord de la France. Le jeune femme, subitement orpheline, un peu désespérée, tombe dans les bras de Lucien, fuyant les Allemands. Ensemble; ils redescendront dans l'antre du diable vert pour tenter de retrouver les père de Jeanne.

Le scénario de Jack Manini mélange habilement histoire, fantastique et réalité sociale. On ne peut que compatir avec la charmante Jeanne, intrépide mais que l'on rêve de protéger. Le premier tome de cette série est dessiné par Michel Chevereau. Son trait dynamique et précis, aux mises en pages recherchées et cadrages audacieux est entièrement au service de l'histoire. On plonge dans ces sinistres catacombes avec un petit frisson de peur atténué par le plaisir des yeux...

« Catacombes » (tome 1), Glénat, 13 €

 

26/06/2010

Animal lecteur : libraires au bord de la crise de nerfs

 Animal lecteur.JPGVoilà par excellence la BD qui va énerver les libraires et les collectionneurs. Pas pour le contenu, désopilant, mais la forme. C'est quoi ce format tout pourri qui va dans aucun bac ni les étagères préformatées de chez Ikéa ? Pour la hauteur,, cela va, mais la largeur est toute riquiqui... Un format directement hérité de l'emplacement de prépublication de ces gags dans le magazine Spirou. Sergio Salma (scénario) et Libon (dessin), ont obtenu carte blanche pour boucher une colonne en page 3 du magazine. Ils ont imaginé le quotidien d'un libraire. Mais attention, pas n'importe quel libraire, un spécialisé en BD, celui à qui vous allez régulièrement casser les pieds pour lui demander quand sortira le prochain Thorgal (*) ou si cette BD (une des 3000 nouveautés qu'il na pas lu), elle mérite qu'on l'achète. Parfois c'est un peu amer, souvent très rigolo. Le problème en bande dessinée, selon ce libraire de plus en plus blasé, c'est la surproduction et le manque d'originalité. Pour ce qui est du premier problème, cet album y participe mais en est également victime. Par contre, côté originalité, « Animal lecteur » sort du lot. Personnellement, on n'est pas libraire, mais on ne peut que vous conseiller cet OVNI. Enfin, surtout si vous achetez vos BD dans des librairies spécialisées. Les écumeurs de grandes surfaces ne comprendront rien à ce monde bourré de références culturelles.

« Animal lecteur, ça va cartonner ! », Dupuis, 13,50 €

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(*) : « En fait on s'en fout un peu, Thorgal ce n'est plus ce que c'était » répondrait le lecteur « vieux et nostalgique », un des personnages de la BD.

25/06/2010

Une belle leçon de vie...

Poignant. Dérangeant. « L'envol du papillon » de Lisa Genova nous emmène dans un autre monde, là où rien n'est sûr, là où les jours ne se ressemblent pas.

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Imaginez-vous, le temps d'une lecture, réduits à combattre cet ennemi perfide, invisible et insaisissable qu'est la folie. Le mot est fort, peut-être, mais les faits parlent d'eux-mêmes.

Alice Howland, titulaire d'une chaire à Harvard, assiste, impuissante, à la dégradation de ses facultés mentales. Les trous de mémoire font désormais partie de son quotidien, et tous, autour d'elle, y compris son médecin, les mettent sur le compte des bouleversements de la ménopause et d'un stress élevé dû à son travail.

Seule Alice se rend compte que ses troubles ne sont pas anodins et va consulter un neurologue. Tests à l'appui, le verdict est terrible. Alice est atteinte d'une forme précoce de la maladie d'Alzheimer.

Lisa Genova, diplômée en neuroscience, a choisi de conter l'histoire du point de vue d'Alice.

 

Touchés au coeur

Au fil des pages, Alice nous entraîne dans son monde si différent et effrayant à la fois. Au tout début de la maladie, elle est victime de faits étranges. Lors d'un de ses joggings quotidien, elle est incapable de se rappeler le chemin de la maison. Un peu plus tard, dans un des amphis de Harvard, elle ne se rappelle plus que c'est elle, le professeur que ses étudiants attendent, et, au lieu de donner son cours, s'installe dans les rangées du fond de la salle, pestant contre le retard de l'intervenant ! Sous l'oeil interloqué de ses élèves.

Autre torture, assortie d'un immense sentiment de culpabilité, la maladie se transmet par les gènes, de génération en génération. Les enfants d'Alice ont cinquante pour cent de « chance » de la développer, mais aussi de la transmettre à leurs propres enfants. Et le problème est d'autant plus crucial que la fille aînée d'Alice essaie d'avoir un bébé...

 

Alice, sous la plume de Lisa Genova, nous entraîne dans les méandres de son cerveau en perdition. « Alice n'avait plus de cours à donner, plus de demandes de bourse à rédiger, plus de nouvelles recherches à diriger, plus de communications à préparer. Elle n'en aurait plus jamais. La part la plus importante de son être, celle qu'elle avait portée au pinacle, astiquée régulièrement sur son piédestal de marbre, lui semblait morte. Et les autres parts – de minuscules parcelles – se lamentaient, s'apitoyant sur leur sort, se demandant comment obtenir un peu de considération ».

 

Et c'est bien là le coeur du roman. Lisa Genova, spécialiste en la matière, nous ouvre les yeux sur le calvaire que vivent les malades atteint d'Alzheimer et leur avidité d'être reconnus en tant que personne. Au début de la maladie, ils se rendent compte de tout ce qui leur arrive mais sont impuissants face à cette force brutale qui leur ronge le cerveau de manière sournoise et imprévisible.

Mais la maladie précipite les choses. En quelques mois, les malades sont figés dans leur monde, impuissants qu'ils sont à affronter la réalité.

 

Leur perception, bien que réduite, leur permet quand même d'éprouver des sensations. Tel l'exemple d'Alice, qui, sans reconnaître ses propres enfants, trouve un bonheur infini à respirer l'odeur des bébés de sa fille aînée...

 

Un roman qui résonne comme le ferait un témoignage, et nous laisse tour à tour indignés, attendris et finalement conquis. Un véritable hymne à la vie.

 

Fabienne HUART

 

« L'envol du papillon », Lisa Genova, Presses de la Cité, 20 euros


 

 

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24/06/2010

Alexis, directeur de conscience

Alexis.jpgEn 1977, à 30 ans, Alexis meurt. Pour qui n'a pas lu Pilote et Fluide Glacial de ces années-là, Alexis est un inconnu. Pourtant il est toujours présent, chaque mois dans l'ours de Fluide Glacial en tant que directeur de conscience. Dessinateur de Superdupont, ce surdoué était devenu un compère idéal pour Gotlib. Dans cette intégrale de 140 pages on retrouve les histoires écrites par l'inventeur de la Rubrique à Brac mais également des fantaisies solitaires. Alexis s'était fait une spécialité des récits absurdes, aux effets encore plus efficaces grâce à son dessin réaliste et racé. Il n'avait pas son pareil pour imaginer des chutes déroutantes, iconoclastes. Et puis il dessinait les femmes comme personne. Sensuelles, coquines, un peu dévêtues, jamais vulgaires, mais si désirables. Plus de 30 ans après, ne boudez pas votre plaisir et redécouvrez Alexis, directeur de conscience pour l'éternité.

« Alexis, intégrale », Fluide Glacial, 29 €

 

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23/06/2010

Vedettes éphémères

Commandant Achab 2.jpgDans le genre BD policière, le commandant Achab est l'opposé absolu de Ric Hochet. Face au jeune journaliste lisse et bien pensant, le vieux flic unijambiste, grand fumeur de cannabis, a quand même un peu plus de saveur. Ecrites par Stéphane Piatzszek et dessinées par Stéphane Douay, les enquêtes du commandant Achab devraient rapidement devenir cultes. Pour sa seconde affaire, il se retrouve plongé dans le milieu des vedettes éphémères, ces starlettes au succès foudroyant, portées par les scandales dévoilés par les paparazzi. Tosca fait une dernière fois la une. La chanteuse vient d'être assassinée. Son ancien petit ami, lui aussi chanteur de variété, se dénonce. Mais il se pourrait que ce ne soit qu'un coup de pub pour relancer sa carrière déjà sur le déclin. Dans ce panier de crabes, Achab va tenter de comprendre puis se mettre au niveau et bousculer sans ménagement les protagonistes pour découvrir la vérité.

« Commandant Achab » (tome 2), Soleil Quadrants, 14,30 €

22/06/2010

Coulisses diplomatiques

Quai d'orsay 1.jpgEnvie de connaître les secrets de la diplomatie française ? Plongez alors dans cet album racontant dans le détail le quotidien des conseillers d'un ministre visionnaire. Abel Lanzac, le scénariste, s'est directement inspiré de son expérience en tant que membre de cabinets ministériels. Pour illustrer ce récit se passant presque exclusivement dans des bureaux, Christophe Blain a mis l'accent sur le ministre, Alexandre Taillars de Worms, géant hyperactif, toujours en avance d'un coup, même si parfois c'est involontaire. Un portrait très ressemblant à Dominique de Villepin. Un ministre impossible à arrêter, au verbe fort et généreux, désespéré par la mollesse de ses collaborateurs, leur manque d'audace. Un portrait saisissant qui subjugue le lecteur comme l'est le personnage principal, le narrateur, Arthur, jeune conseiller chargé d'écrire les discours du ministre.

« Quai d'Orsay » (tome 1), Dargaud, 15,50 €

 

18/06/2010

Les Français parlent aux Français

Les Français parlent aux français.jpgIl y a 70 ans, le 18 juin 1940, sur les ondes de la BBC à Londres, un général prend la parole pour demander aux Français de poursuivre la lutte. Message fondateur, l'Appel du général de Gaulle, en donnant naissance à la France Libre, marque également le coup d'envoi d'une aventure singulière, celle d'une poignée de réfractaires qui, au micro de Radio Londres, multipliera quotidiennement de juin 1940 à octobre 1944 les messages d'espoir et de combat pour le peuple de France placé sous la botte nazie. Les voix qui deviendront familières, celles de Maurice Schumann, de René Cassin ou de Jacques Duchesne, voisinent avec celles des témoins anonymes et des grandes consciences nationales, tels Georges Bernanos ou Jules Romains ; toutes clament leur foi en la France éternelle et en la victoire finale, leur amour de la liberté.

Ce premier volume couvre la première année de l'Occupation, alors qu'en France se met en place le gouvernement de Vichy et que l'Angleterre résiste avec succès aux assauts de l'aviation allemande. Ces textes, particulièrement édifiants, ont été collectés en grande partie par un historien, jeune soldat présent à Londres, Jean-Louis Crémieux-Brilhac. Mais le tri et le choix a été réalisé par Jacques Pessis. Le journaliste a découvert l'histoire de Radio Londres par l'intermédiaire de Pierre Dac. L'humoriste français a lui aussi été de l'aventure et Jacques Pessis, son légataire universel, a profité de ses manuscrits.

« Les Français parlent aux Français », éditions Omnibus, 29 euros