31/10/2010

Lost parodique

 

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Spoon et White sont les deux flics américains les plus calamiteux de la création. Imaginés par Yann, animés par Jean Léturgie et dessinés par son fils, Simon, ils se retrouvent naufragés sur une île déserte en compagnie de quelques rescapés. Cette parodie hilarante de Lost, la série télé, manque un peu de piquant mais offre son lot de gags et de personnages délirants. En premier lieu les deux Belges rescapés de l'avion, un sosie de Benoit Poelvoorde ne parlant qu'en patois wallon et un écolo radical, obtus au point de se faire bouffer par un ours polaire pour sauver l'espèce... Simon Léturgie profite également du climat tropical pour dévêtir ses héroïnes. La belle et ambitieuse Courtney Balconi notamment qui a cependant de la concurrence avec Sardine, une rousse à forte poitrine tentant désespérément à percer dans le cinéma hollywoodien. Cette série comique très caustique fait du bien aux zygomatiques dans cette époque où le politiquement correct semble érigé en dogme absolu.

« Spoon & White » (tome 8), Vents d'Ouest, 9,95 €

30/10/2010

Le dernier Jojo

 

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André Geerts est décédé l'été dernier. Il avait à peine 50 ans. Dans sa tête, et ses œuvres, il avait toujours l'âge de son héros Jojo, soit un peu moins de 10 ans. Geerts n'a pas réussi à terminer le 18e album de ce gamin craquant. Les deux dernières planches ont été finalisées par ses amis. La mamy de Jojo ne va pas bien. Triste, comme absente, elle ne semble plus avoir le même entrain que d'habitude. Jojo s'inquiète et la pousse à aller chez un médecin. Dans la salle d'attente, il découpe un bulletin de participation à un concours. A la surprise générale, il gagne le premier prix : une croisière en Méditerranée. Il s'embarque, en compagnie de Mamy, qui n'a toujours pas le moral, et son copain Gros Louis. L'air du large et les rencontres fortuites vont permettre au trio de retrouver un peu de joie de vivre. Cette ultime aventure sur la déprime de la vieillesse est scénarisée par Sergio Salma. On retrouve toute la poésie du monde de Jojo, imposé au fil des années par Geerts, un poète que risque de cruellement manquer au monde de la BD.

« Jojo » (tome 18), Dupuis, 9,95 €


08:35 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : geerts, salma, jojo, dupuis

29/10/2010

Manipulations transalpines

Pourquoi un tueur à gages a-t-il assassiné trois personnes dans les thermes de Saturnia en Italie ? Serge Quadruppani décortique ce scandale d'Etat dans un polar très politique.

 

Saturne.jpgL'Italie, depuis quelques années, traîne une image de pays à la dérive où corruption et magouilles politiques gangrènent l'Etat. Pourtant, ce pays rayonne toujours par sa culture et sa création artistique. Exemple avec sa littérature, notamment dans le domaine du polar. Andrea Camilleri est devenu un auteur très lu en France. L'auteur sicilien doit beaucoup à son traducteur, Serge Quadruppani qui lui aussi est un romancier de talent. On retrouve donc un peu de cette touche italienne dans son dernier roman, « Saturne ».

La première partie est une galerie de personnages. Ceux, qui pour une raison ou une autre, ont décidé de passer un week-end dans les thermes de Saturnia, coquette station en bord de mer. Il y a Frédérique, jeune et belle Française qui rejoint son amant italien, Roberto. Elle a laissé à Paris son mari, un artiste d'avant-garde. Puis la famille de Domenico Gardonni, il est cameraman de la Rai. En compagnie de sa femme et de ses deux enfants, il voudrait passer deux jours loin de ses soucis. Essentiellement un cancer qui le condamne à brève échéance. Giovanna est rentière. Elle roule vers Saturnia avec Maria Salvina, sa compagne. Cette dernière, costumière dans le cinéma, arrondit ses fins de mois en gardant les chats de certaines stars à l'égo surdimentionné.

 

L'ex-flic et le tueur

Ils ne sont pas seuls à se diriger vers Saturnia. Cédric Rottheimer suit de près la voiture de Roberto et Frédérique. Cet ancien flic, personnage récurrent des polars de Serge Quadruppani, est détective privé, gros et homosexuel. Il a été embauché par le mari de Frédérique. Sa mission : filmer la femme infidèle en compagnie de son amant. Des images que le mari entend détourner pour en faire une œuvre d'art intitulée « La Trahison trahie ». Enfin sur la route de Saturnia, Jean Kopa se prépare pour son dernier contrat. Tueur à gages, il doit abattre trois personnes (pas une de plus), au hasard, dans les thermes de Saturnia. Ensuite il compte disparaître en compagnie de sa sœur, gravement handicapée.

L'attentat fait évidemment beaucoup de bruit médiatique dans une Italie s'apprêtant à recevoir les chefs d'Etat du G8, d'autant qu'il est revendiqué 30 minutes plus tard par Al Quaeda. Les trois victimes sont Frédérique, Maria et Rita, la femme de Domenico.

Cette mise en place permet à Serge Quadruppani de décrire tous les milieux sociaux de cette Italie qu'il affectionne tant. Un autre visage du pays apparaît quand l'enquête est ouverte. Une policière intègre mais très fatiguée, des services spéciaux ressemblant fort à une police politique, des juges marchant sur des œufs : il faudra le renfort de Rottheimer pour démêler de nœud gordien et découvrir les véritables commanditaires. Le détective sera embauché par les familles de victimes... et le tueur qui se révèle beaucoup plus compliqué qu'un simple exécuteur des basses œuvres. C'est d'ailleurs la marque de fabrique de Quadruppani, spécialiste des personnages complexes, à la psychologie tortueuse. Comme cette Italie, à l'image faussée, si loin du manichéisme d'opérette régulièrement décrit dans les médias.

« Saturne », Serge Quadruppani, Editions du Masque, 17 €


28/10/2010

Guerriers

 

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Hervé Loiselet, pour son premier scénario réaliste, signe une saga qui fait la part belle aux militaires. En juin 40, en pleine attaque allemande, trois soldats vont se croiser dans une cave de l'Est de la France. Abdel, Algérien, Roger, son camarade français et Franz, l'appelé allemand. Durant une nuit ils cohabiteront en compagnie de la jeune et jolie Jacqueline. La naissance d'une amitié guerrière doublée d'un amour triple. Les quatre ne se quitteront plus, sur toutes les zones de guerre des 20 années suivantes, de l'Indochine à l'Algérie. Blary, le dessinateur, adoucit considérablement ce récit violent avec des illustrations à la ligne claire légère, noyée dans des aquarelles lumineuses.

« 20 ans de guerre », Le Lombard, 15,50 €


08:24 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : loiselet, blary, lombard

27/10/2010

Truands

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Un jeune Africain, virtuose du foot mais sans papiers, quelques truands sur le retour, une bande de « cailleras » de la banlieue et des Anciens combattants d'Algérie sont au générique de ce roman graphique de Baru. L'auteur de « La piscine de Micheville » nous ressert sa critique acerbe de notre société manquant de solidarité à la sauce « hommage au cinéma de Lautner et d'Audiard ». On ne peut qu'avoir de la sympathie pour les vieux truands rangés des affaires, paisible retraité en banlieue pavillonnaire ou garagiste faisant marcher son petit commerce. Avec ce dernier gros coup ils empochent le magot, mais aussi pas mal de soucis à cause de leurs jeunes associés. On apprécie le parfait enchaînement des complications et on se réjouit de la morale finale...

« Fais péter les basses Bruno ! », Futuropolis, 20 €

11:06 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : baru, futuropolis

26/10/2010

Suaires

 

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Valérie Mangin, scénariste de ce triptyque étonnant s'est livrée à un exercice de style de virtuose autour de la redécouverte du suaire du Christ dans un petit village champenois en 1353. Elle a imaginé trois versions de l'événement, avec des parti-pris totalement opposés, mais avec les mêmes personnages, certains dialogues et cases en commun. Première hypothèse : Dieu existe. Luc, un jeune sculpteur reçoit un message divin et retrouve le Saint Suaire. Seconde histoire, Dieu n'existe pas. Luc a fabriqué la relique. Dernière hypothèse, la plus étonnante : Dieu est radioactif. Le corps du récit, en couleurs directes, est de Denis Bajram alors que Fabrice Néaud dessine, en noir et blanc, le prologue et l'épilogue, retraçant l'histoire véritable du tissu le plus célèbre du monde.

« Trois Christs », Soleil Quadrants, 19,90 €

25/10/2010

Cinéma d'antan

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Le cinéma américain, notamment hollywoodien, a fait rêver des dizaines de générations depuis ses débuts. Mais ce rêve glacé a souvent été à l'origine de bien des drames. Et dès sa naissance. C'est l'histoire que raconte Jack Manini dans « Hollywood », série dessinée par Marc Malès, un auteur aimant particulièrement dessiner les USA du début du XXe siècle. C'est un peu avant que débute l'album, en 1891. Max Lexter va présenter son invention au célèbre scientifique Thomas Edison. Un appareil montrant des images animés. L'inventeur du cinéma ne profitera pas de son innovation, Edison lui volant son brevet. Des années plus tard, Max tentera de prendre sa revanche. Il deviendra producteur et parmi les premiers à s'installer dans ce Hollywood légendaire. Une série qui devrait raconter l'émergence des studios et de l'industrie du 7e art, tout en gardant en filigrane cette histoire de vengeance à double tranchant. Un premier tome très prometteur.

« Hollywood » (tome 1), Glénat, 13,50 €

07:05 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : manini, malès, hollywood, glénat

24/10/2010

La Réunion cachée

 

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Parfois, les DOM-TOM sont présentées comme les dernières poussières de l'empire colonial français. Des poussières qu'il vaut mieux cacher sous le paillasson. La Réunion a l'image d'une île tropicale paradisiaque. La réalité est tout autre. Si vous envisagez de passer quelques jours au soleil de l'Océan Indien, cette BD devrait vous en dissuader. Stéphane Presle, le scénariste, met en lumière La Réunion cachée, celle que les touristes ne voient pas. Les bidonvilles, les épaves alcooliques, celle des voleurs et des drogués. Dessinée par Jérôme Jouvray, la première partie de « La Pès Rekin » se lit comme un reportage sur la misère d'une certaine France. Les deux personnages principaux sont peu recommandables. Nelson, un ado en rupture de ban, erre dans le port, cambriolant le jour, survivant la nuit. Phil, malade, alcoolique, vole des chiens pour les utiliser comme appât vivant. Il pêche le requin, le poisson symbolisant si bien les profiteurs ayant mis en coupe réglée ce paradis perdu. Sombres et déprimants sont ces nouveaux tristes tropiques.

« La Pès Rekin » (tome 1), Futuropolis, 15 €

16:59 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : presle, jouvray, futuropolis

23/10/2010

Le Chat planche

 

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Deux ans sans Chat. Deux ans sans l'humour fin et si particulier de Philippe Geluck. Les amateurs étaient presque en état de manque. Heureusement, l'auteur de BD belge le plus lu après Hergé est sorti de son silence, délaissant émissions télé et radio pour un 16e acte digne des plus grandes comédies. Quelques planches complètes, des dessins, des strips en couleur ou en noir et blanc, la recette fonctionne parfaitement et permet de piocher en fonction de son humeur. On ressent pourtant dans cet album comme une lassitude, voire une angoisse de la page blanche, Geluck n'hésitant pas à mettre en scène ses doutes sur l'efficacité des idées. Cela donne des mises en abimes que ne renierait pas un autre maître belge de l'absurde, Raymond Devos. On ne peut pas rester insensible à ces pensées énoncées doctement comme « Ce qu'il y a de pratique quand une taupe meurt, c'est qu'il n'y a pas besoin de l'enterrer » ou « L'absence de défauts est-elle une qualité ? » qui pourrait tout à fait être au programme dans une épreuve de philo au bac.

« Le Chat » (tome 16), Casterman, 10,40 €

10:55 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : geluck, le chat, casterman

22/10/2010

Les secrets d'un mort

Dans ce roman de Colin Harrison, un avocat pour une compagnie d'assurances enquête sur les dernières heures d'un héritier tué dans un accident de la circulation.

 

Heure d'avant.jpgHéros atypique, intrigue à tiroirs, cadre unique (New York) et absence de violence : « L'heure d'avant », roman noir de Colin Harrison, est tout sauf un stéréotype du genre. Pourtant on est rapidement passionné par ce récit, tout en longueurs, où le héros semble parfois trop humain pour affronter ce monde de secrets et de magouilles.

George Young, héros et narrateur, raconte cette histoire avec un air bonhomme et tranquille. Comme s'il voulait ne pas être plus affecté que cela par cette histoire de mère désirant tout savoir sur les dernières heures de son fils mort écrasé dans la rue. Pourtant il ne sortira pas intact de cette éprouvante recherche dans le passé.

Cet avocat pour une compagnie d'assurances mène une vie relativement tranquille entre ses dossiers techniques, sa femme, travaillant elle aussi dans un bureau (mais pour une banque) et sa fille, étudiante. Mais il vit à New York et cette ville n'est pas comme les autres. Multitude des origines, possibilité de passer inaperçu, chance de refaire sa vie : souvent on ne sait pas exactement à qui on a affaire.

 

Tué par un camion-benne

La veuve de son ancien patron va lui demander un service personnel. Fâchée avec son fils Roger, elle veut savoir pourquoi, une heure avant sa mort, il s'est rendu dans un bar bien particulier. George Young hésite à s'investir dans cette étrange lubie. Il se lance finalement et découvre un DVD sur lequel se trouve un enregistrement d'une caméra de surveillance. On y voit Roger Corbett, la cinquantaine, un peu ivre, sortant du bar. « Il glissa la main gauche dans la poche de son manteau pour en extraire un petit bout de papier qu'il tenait manifestement à examiner – l'approchant de son visage, comme pour relire un message dont il venait de prendre connaissance -, quand le camion-benne d'une société privée qui arrivait sur sa droite le percuta de plein fouet. » En se rendant dans le bar, George apprend que Roger venait de donner un coup de fil avec son portable. Peu de temps avant, il était en compagnie d'une superbe femme portant des gants. Retrouver le bout de papier, le dernier correspondant et la jeune femme lui permettrait de progresser. Rapidement il localise la femme aux gants, « une très grande brune, mince, dans les vingt-cinq ans, portant des lunettes de soleil, un manteau rouge, et... des gants. »

 

Jolies mains

Eliska, Tchèque, est mannequin. Du moins ses mains, utilisées pour présenter des montres et autres bijoux. Elle expliquera que son amant était très perturbé par le passé de son père, l'ancien patron de George.

Colin Harrison mène son roman comme une promenade dans le temps et l'espace. Différents quartiers de New York servent de cadre à cette intrigue qui s'étale également dans le temps. Au fil des chapitres le lecteur en apprendra un peu plus sur le base-ball, le rhodium, « un métal précieux d'une grande rareté, utilisé dans l'industrie et en joaillerie », le travail des traders, les divorces coûteux et la diaspora russe. George, lui, se retrouve beaucoup plus impliqué qu'il ne croyait au début, dans cette histoire de fils s'interrogeant sur la jeunesse de son père.

« L'heure d'avant », Colin Harrison, Belfond, 17 €

09:36 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : colin harrison, belfond