28/02/2011

Jhen à Bruxelles

Jhen 12.jpg

Tous les héros imaginés par Jacques Martin auront survécu à leur créateur. Alix, Lefranc et maintenant Jhen se retrouvent aux mains de plusieurs équipes de repreneurs pour une plus grande fréquence de publication. Ce 12e épisode des aventures du blond architecte le met aux prises avec « Le grand duc d'Occident ». Philippe le Bon, originaire de Bourgogne, est installé depuis quelques années en Belgique. A Bruxelles, il demandera à Jhen de l'aider dans la conception d'une salle d'apparat. Jhen qui a une mission : ramener à Gilles de Rais un codex contenant la formule de la vie éternelle. Payen (Scénario) et Cayman (dessin) livrent un album dense avec magie, sexe, violence et trahisons.

 

« Jhen » (tome 12), Casterman, 10,40 €

 

26/02/2011

Doggybags : triple BD de genre

Maudoux, Run, Singelin, Doggybags, Ankama, Label 619

Amateurs de littérature de genre, de cinéma B, de comics américains des années 50 et autres petits formats réservés aux adultes, ce premier recueil de « Doggybags » est pour vous. A la base, Run, éditeur chez Ankama et créateur de Mutafukaz a eu envie de retrouver un peu de cette liberté éditoriale perdue en ces temps de politiquement correct. Il a proposé à deux autres dessinateurs du label 619 de se lâcher dans des histoires d'une trentaine de pages. Résultat ce sont 112 pages de dynamite qui sont publiées avec au sommaire Run, évidemment, Singelin et Maudoux. Ce dernier propose 30 pages relatant l'enfance de Masiko, une des héroïne de Freaks' Squeeze. Singelin fait dans le loup-garou, Run dans le flic barge. Cela donne un comics offrant plus de rebondissements et de virtuosité graphique que 25 nouveautés « classiques ». Ce trio a parfaitement lancé un titre qui mérite de donner sa chance à d'autres jeunes dessinateurs virtuoses.

« Doggybags » (tome 1), Ankama, 13,90 €

25/02/2011

Religion vraie

Peru, Bechu, Soleil, Secrets du Vatican, In nomine

La collection « Secrets du Vatican » propose aux lecteurs férus de rites occultes, prophéties païennes et autres enseignements hérétiques d'explorer ce riche imaginaire légué par les évangiles. Dans « In Nomine », Peru le scénariste et Bechu le dessinateur, se penchent sur l'évangile de Marie-Madeleine. Ils imaginent que sept pages de cet évangile ont été longtemps cachées dans le Sud de la France. Elles ont ensuite été séparées pour que sa parole, sulfureuse, n'ébranle le christianisme. En 1066, alors que Guillaume le Conquérant s'apprête à franchir la Manche, Adrien, un jeune moine du Mont Saint-Michel a la redoutable mission de cacher un des sept manuscrits. Aidé par un assassin à louer, il va devoir déjouer les pièges de tueurs agissant pour le pape Alexandre II. Un album où action et batailles prennent le dessus sur les théories théologiques. Le personnage d'Adrien se révélant, au final plus compliqué qu'il n'y paraissait dans les premières pages.

« In Nomine » (tome 1), Soleil, 13,50 €


24/02/2011

Débâcle et exode

Rullier, Duphot, Delcourt, Combattants

En mai 1940, quand l'armée allemande a lancé sa grande offensive contre la France, l'Etat a rapidement compris qu'il y avait urgence à sauver ce qui pouvait l'être. Un exode massif de civils, des fantassins dépassés, sans ordres et perdus : en quelques jours le pays s'est transformé en un vaste capharnaüm. Cette période très particulière de l'Histoire de France a , inspiré Laurent Rullier. Il signe un scénario réaliste, avec une bonne dose de bravoure. Illustrée par Hervé Duphot à l'élégant trait ligne claire, cette bande dessinée suit deux militaires français (un officier tête brûlée et un soldat mécano très titi parisien) ayant une mission à remplir. Ils doivent permettre à un savant de rejoindre l'Angleterre. Il mène des recherches sur l'uranium déjà considéré comme l'arme absolue du futur. Le problème, en plus de l'avancée des Allemands, c'est que le savant est en chaise roulante et accompagné de ses deux filles, ravissantes jeunes femmes aux caractères forts et entiers mais totalement opposés.

« Les combattants » (tome 1), Delcourt, 13,95 €

08:01 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rullier, duphot, delcourt, combattants

23/02/2011

Violeur islandais

Qui a assassiné Runolfur ? Elinborg, l'adjointe d'Erlendur, héros récurrent d'Arnaldur Indridason, enquête sur une victime qui aurait pu être suspect.

 

Indridasin, Rivière NoireL'Islande, ses fjords, ses geysers et ses écrivains de polars. Ce petit pays (par sa population, pas sa taille) a fait un grand bond en matière de considération depuis que les romans d'Arnaldur Indridason ont été traduits un peu partout dans le monde, en 35 langues. Un succès qui doit autant à ses intrigues qu'à ses personnages. Dans « La rivière noire », dernier roman paru en France, il donne la vedette à Elinborg, l'adjointe du commissaire Erlendur parti en vacances.

Pas facile de vivre en Islande. Il y fait froid et le taux d'ensoleillement est ridiculement bas, notamment en hiver. A Reykjavik, heureusement, il existe nombre de clubs et boites de nuit où il y a possibilité de se distraire et de faire des rencontres. Dans les premières pages, le lecteur suit un homme ayant toutes les caractéristiques du violeur en chasse. Au troisième établissement visité, il découvre la proie idéale. « C'était une brune au visage plutôt fin, même si elle était un peu ronde ; ses épaules étaient recouvertes d'un joli châle, elle portait une jupe qui l'habillait avec goût ainsi qu'un t-shirt de couleur claire sur lequel on lisait l'inscription San Francisco : une minuscule fleur dépassait du F. » L'homme aborde la jeune femme, la met en confiance et... On ne connait pas la fin de la rencontre. La suite du roman, le lecteur la passe en compagnie d'Elinborg. Elle prend en charge une enquête peu banale. Se rendant sur les lieux du crime, « la première chose qui apparut à Elinborg fut le cadavre d'un homme jeune, gisant au milieu du salon, et dont le pantalon était baissé sur les chevilles. Il n'avait pour vêtement qu'un t-shirt maculé de sang portant l'inscription San Francisco. »

 

Odeur épicée

Runolfur, mort égorgé, était un célibataire sans histoire. Travaillant pour une entreprise de téléphonie, il pratiquait la musculation, n'avait pas de petite amie et se passionnait pour les films de super-héros. Un portrait trop parfait, qui vole en éclat quand la policière découvre dans ses poches du Rohypnol, la drogue du viol. De plus, un châle est retrouvé sous le lit. Un châle portant des odeurs de tandoori. Elinborg, cuisinière émérite, reconnaît l'épice indien et cela la conduit sur la piste d'une jeune fille, Nina. Est-ce elle qui a tué Runolfur ? Etait-elle victime du violeur avant de l'égorger ? Elinborg se retrouve avec un suspect certainement victime et une victime qui a des airs de violeur.

Arnaldur Indridason, sans Erlendur, son héros bourru et aux réactions imprévisibles, signe un roman plus sage, plus humain, moins torturé. Elinborg est certes une bonne policière, mais c'est aussi une mère de famille. Le soir, elle tente d'oublier ces enquêtes peu reluisantes et de comprendre ses enfants, un ado rebelle et une petite surdouée. Elle tentera aussi de mieux connaître Runolfur. Pour cela elle devra se rendre dans une petite ville de province, loin de tout. L'Islande profonde si différente de Reykjavik la moderne. Elle y rencontrera la mère de la victime, découvrira que le père est mort dans un accident de la circulation et que Runolfur avait coupé les ponts avec son passé et tous ses amis d'enfance. Au fil des chapitres, on découvre qui était vraiment cet homme solitaire, ce qu'il fuyait et quelle rivière noire coulait au fond de son âme.

« La rivière noire », Arnaldur Indridason, Métailié noir, 19 €

 

10:03 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : indridason

21/02/2011

Bourreaux insulaires

Vehlmann, Jason, Glénat

Gweny, une adolescente taciturne, cherche son père. Il y a des années il est parti à la recherche d'un trésor après avoir trouvé en bord de mer une mystérieuse carte dans une bouteille. En trouvant elle aussi une carte, elle se doute que le moment est venu de partir à l'aventure. En compagnie de marins peu scrupuleux elle aborde quelques semaines plus tard cette île se révélant plus mortelle que mystérieuse. Car c'est là qu'est installée une école de bourreaux. Les cartes au trésor servent d'appât pour amener des cobayes servant aux exercices pratiques des élèves. Ce scénario aussi farfelu qu'étonnant est issu de l'imagination de Fabien Vehlmann refusant décidément de se laisser enfermer dans un style donné. Il est illustré par Jason, auteur norvégien installé à Montpellier, virtuose de la Ligne claire animalière. Simple, précis, efficace, ce bel album aurait parfaitement eu sa place dans la collection Shampoing de Lewis Trondheim.

« L'île aux cent mille morts », Glénat, 15 €


08:28 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vehlmann, jason, glénat

20/02/2011

Mina s'émancipe

Lorris Murail, Laurel, Vents d'Ouest

Le succès de Carmina, série jeunesse de Lorris Murail et Laurel, a donné des idées aux auteurs. La petite sœur de Carmina, Mina, s'émancipe et a droit à sa propre collection. Mina, intelligente, curieuse et férue d'ésotérisme. Aidée par Grimoire, un programme informatique révolutionnaire, elle se transforme sur le net en Madame Divina, vieille dame un peu sorcière, un peu voyante, monnayant ses connaissances pour les victimes de fantômes, vampires et autres loups-garous. Dans ce premier album, Mina va se pencher sur le cas de la jeune Julie, bibliothécaire retrouvée inanimée dans « l'enfer » de son lieu de travail. Déguisée en Divina, Mina se laisse enfermer dans cette pièce sinistre et affronte, la nuit venue, les spectres et autres monstres qui sortent des livres les moins recommandables de la création. Le scénario de Lorris Murail, par ailleurs romancier pour la jeunesse, allie suspense et gags. Le tout est illustré par Laurel qui s'affirme de titre en titre comme une dessinatrice à la forte personnalité, ayant trouvé son style, spontané et moderne, grâce à son blog.

« Les enquêtes surnaturelles de Mina » (tome 1), Vents d'Ouest, 9,95 €

19/02/2011

Souvenirs de vacances

Guinin, Casterman

Ce joli roman graphique de plus de 100 pages a des airs de livre pour enfant. Tous les protagonistes ont moins de 10 ans et l'action se déroule dans un petit village durant les grandes vacances. Mais les thèmes abordés par Blaise et Robin Guinin, les auteurs, sont très adultes. Notamment la vengeance et la violence. Pierrot se souvient et raconte. Cet été-là, avec ses deux copains, Florentin et Xavier, ils décident de construire une cabane dans un arbre idéalement placé. Une semaine d'efforts et leur palais est prêt. Ils l'admirent, fiers de leur travail. Ils ne se doutent pas que c'est la dernière fois. Le lendemain la cabane est détruite. Sans preuve, ils accusent la bande rivale formée de Julie et des jumeaux. Ce n'est pas la guerre des boutons qui se rejoue mais une véritable guerre qui fera de graves dégâts dans les cœurs de ces enfants aux raisonnements d'adultes. Ce récit, parfois un peu trop manichéen, est implacable de logique. Jusqu'au geste de trop, définitif, irrémédiable. La maîtrise graphique des frères Guinin, un peu en décalage avec la noirceur des propos, est époustouflante.

« En attendant que le vent tourne », Casterman, 15 €


12:06 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guinin, casterman

17/02/2011

Dérive philosophique

Un apprenti philosophe aimant trop les femmes, cherche solitude et calme dans un hôtel de montagne. Un roman picaresque signé Frédéric Pagès.

 

Du pur amour....jpgMax de Kool aime les femmes. Et la philosophie. Parfois, les deux ne font pas bon ménage. D'autant que Max, pourtant très pragmatique en toute occasion, a un point faible absolu : Julio Iglesias. Le chanteur à la voix de velours fait craquer ses conquêtes. Lui ne supporte pas ces roucoulades et sa colère vire souvent à la violence footballistique : tendance coup de boule à la Zidane.

Au début de ce roman picaresque signé Frédéric Pagès (journaliste au Canard enchaîné, inventeur de Jean-Baptiste Botul, faux philosophe repris très sérieusement par un Bernard-Henri Lévy n'ayant pas peur du ridicule), le héros, Max de Kool, se réveille dans un luxueux lit après une nuit d'amour torride. Pas de doute, les jambes qu'il entrevoit à côté des siennes sont bien celles de Blandina Blandinova, célèbre top model. Elles sont sublimes, « les plus belles du monde » selon les journaux people. Sublime c'est également le sujet qu'il potasse actuellement en philosophie. Il va tenter de passer, pour une énième fois, l'agrégation de philosophie, seule chose qui compte à ses yeux.

Des principes philosophiques, il en a à revendre. Ainsi, quand il constate qu'il vient de passer « sa première nuit avec un mannequin jambes », il se raisonne « Ne pas s'emballer, rester calme, ne pas se réjouir des événements heureux, c'est sa maxime. Le destin est le destin ; ce qui arrive arrive. C'est assez sommaire, mais efficace. Si on se réjouit quand tout va bien, on se plaindra quand tout va mal. » Justement, le beau fixe ne dure pas. Après quelques mois de parfait amour, toujours à cause de Julio Iglesias, il agresse Blandina. Recherché par la police, il se réfugie dans un hôtel abandonné perdu dans la montagne, entre France et Suisse.

 

Le philosophe et les Femmes

L'endroit, désert et isolé, semble idéal pour Max, désirant oublier pour quelques temps le genre humain, surtout le féminin. Pas de chance, une multitude de charmantes demoiselles vont croiser sa route, toutes plus craquantes les unes et les autres. D'abord Bintou, fière Africaine, sans papier, cherchant un avenir en Europe. Puis Aliénor, « mannequin voix », un peu mystique. Débarque ensuite Gertrude, gendarmette peu aguichante mais fan de Mme Guyon, philosophe française adepte du quiétisme. Gertrude aux sentences abruptes et définitives : « Regardez-moi ! Est-ce que je suis belle ? Non ! Je suis grosse, j'ai les pieds plats, mais je m'en tape. Et je n'ai pas de miroir dans mon sac à main ! D'ailleurs je n'ai pas de sac à main, je suis contre cette chose pathétique où se concentrent toutes les misères de la femme, tous les accessoires de son esclavage. Ah ! Mes chères sœurs, si vous pouviez vous passer de cette poche nauséabonde ! Ne cherchez pas où est votre égo : ni dans la tête, ni dans le ventre, mais dans votre sac à main ! C'est pour cela qu'il est plein à craquer ! »

L'hôtel tranquille se transforme petit à petit en endroit où l'on cause, puis en véritable lupanar quand arrivent des étudiants en commerce venus passer un week-end d'intégration. Frédéric Pagès se déchaîne, tirant sur tout ce qui bouge, des profs bouffis d'autosuffisance aux étudiants, vieux avant d'être vivants.

« Du pur amour et du saut à l'élastique », Frédéric Pagès, Libella – Maren Sell, 17 €

16/02/2011

Sherman story

Desberg, Griffo, Sherman, Lombard

Si Stephen Desberg est né en Belgique, son père est Américain. Un pays qui a nourri son imaginaire, lui donnant l'occasion de devenir un des scénaristes les plus côtés du petit monde de la bande dessinée. Les deux premiers tomes de sa nouvelle série, « Sherman », viennent de paraître. Dessinée par Griffo, elle propose un demi siècle de rêve américain par le prisme de l'ascension de Jay Sherman. Ce fils de vagabond, après une carrière d'homme de main dans la pègre, décroche le jackpot en séduisant la fille d'un richissime banquier. Les premières pages du tome 1 se déroulent durant les années 50. Le fils de Jay est sur le point d'être investit par les Démocrates. Il est favori pour devenir le prochain président des États-Unis. Un attentat meurtrier bouleverse les plans de Jay, déstabilisé face à l'acharnement de ses ennemis. Cette saga palpitante et prometteuse est dessinée par Griffo, déjà habitué au monde de Desberg grâce à « Empire USA ».

« Sherman » (tomes 1 et 2), Le Lombard, 11,95 € chaque volume.

09:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : desberg, griffo, sherman, lombard