31/05/2011

"Destination ténèbres" de Frank M. Robinson : une dérive sidérale

Robinson, Lunes d'encre, Denoël, Destination ténèbresConsidéré comme un des classiques de la science-fiction américaine, « Destination ténèbres » de Frank M. Robinson, paru en 1991, est enfin disponible en France avec une traduction de Jean-Daniel Brèque dans la collection « Lunes d'encre ». Ce thriller spatial emmène le lecteur aux confins de l'espace, si loin de la terre.

 

Le vaisseau Astron a pour mission de rechercher des civilisations extraterrestres. Il va de planète en planète, explorant chaque caillou susceptible d'accueillir la vie. Cela fait plusieurs millénaires qu'il est parti. Et pour l'instant l'équipage a fait chou blanc. L'immense vaisseau est totalement autonome. Une petite communauté qui en est à sa centième génération.

 

Chute et amnésie

Le roman débute par l'exploration de Séthi IV. Sur cette planète hostile, le jeune Moineau dévisse en escaladant une falaise. Sa combinaison fuit. Il se sent mourir. Ecran noir. Il se réveille dans l'infirmerie de l'Astron. Amnésique. Il ne se souvient que de l'accident. Rien sur sa vie d'avant. Avec ses yeux et sa sensibilité, le lecteur va découvrir la vie à bord, les différentes communautés (en fonction des emplois), les travaux obligatoires, la tyrannie du capitaine Fusaka et surtout l'existence d'une mutinerie embryonnaire. Moineau, âgé de 17 ans, sans souvenir, est balloté d'un groupe à un autre. Fasciné par le Capitaine tout puissant, ami avec les simples astros, surveillé par les docteurs.

Il trouve finalement sa place, notamment quand l'Astron aborde une nouvelle planète. Moineau fait partie de la première équipe d'exploration. Il est subjugué par ses découvertes. « Le vent capricieux a balyé brume et neige et, les yeux écarquillés, j'ai découvert un vallon large d'une douzaine de kilomètres. Il s'y trouvait un petit lac à l'extrémité duquel j'ai distingué une cascade de méthane tombant d'une falaise. Une chute de liquide ! C'était la première fois que j'en voyais une, et le spectacle était aussi splendide que saisissant. » Il n'en profite pas longtemps. Un autre membre de l'expédition tente de l'assassiner.

 

Encombrante immortalité

Moineau va prendre conscience qu'il est beaucoup plus important qu'un simple matelot. La rébellion contre le Capitaine attend beaucoup de lui. En cherchant des informations sur son passé, il va découvrir l'incroyable vérité : lui comme le Capitaine étaient à bord de l'Astron au départ de la terre.

Réflexion sur le pouvoir, l'immortalité, et l'importance des attaches terrestres, ce roman décrit la guerre civile déclenchée dans cette petite communauté vivant en vase clos depuis trop longtemps. Moineau n'en a que trop conscience quand il constate : « La nuit et l'abîme ai-je songé en frissonnant. Et nous voilà, une tribu de primates bavards et terrifiés, à des années-lumière de notre jungle natale, occupés à nous battre et à nous reproduire, confinés dans un minuscule monde artificiel lancé dans le néant depuis des millénaires. » Ce huis clos obsédant est mené de main de maître par Frank M. Robinson, scénariste d ela tour infernale et également auteur du Pouvoir paru récemment dans la collection Folio SF.

« Destination ténèbres », Frank M. Robinson, Denoël, Lunes d'encre, 23,50 €

 

29/05/2011

"Fraternity", utopie fantastique signée Diaz Canales et Munuera chez Dargaud

Fraternity, Diaz Canales, Munuera, Dargaud

Fraternity, Diaz Canales, Munuera, DargaudLes premiers colons arrivés en Amérique du Nord, sur ces terres vierges, ont parfois tenté de mettre en place des communautés radicalement différentes. A New Fraternity, un riche intellectuel, tente de mettre en pratique ses idéaux. Egalité parfaite, abolition de la propriété et de la religion, répartition des richesses : sur le papier c'est le paradis. Dans les faits la petite communauté se déchire. La famine menace et la guerre de Sécession alourdit encore l'ambiance. De plus, un enfant sauvage est recueilli. Il vivait dans la forêt. Muet, frondeur voleur, il est un problème. D'autant qu'il est ami avec une créature fantastique, immense et agressive. Diaz Canales (Blacksad) au scénario, Munuera (Spirou, Nävis) au dessin garantissent une qualité irréprochable à cette BD entre politique et fantastique.

 

« Fraternity » (tome 1), Dargaud, 13,95 €

26/05/2011

"Dômes" de Roth-Fichet et Nicoloff : se mettre à l'abri du passé

Dômes, Roth-Fichet, Nicoloff, Soleil

Dômes, Roth-Fichet, Nicoloff, SoleilOn ne le dira jamais assez, l'école du dessin animé est une des meilleures qui soit. Pour preuve l'arrivée d'un nouveau dessinateur, Roth-Fichet, particulièrement talentueux. Et pourtant c'est son premier album. « Dômes » est une série de science-fiction tout public. C'est lui qui a eu l'idée de cette civilisation recroquevillée sous des dômes protecteurs, la protégeant des attaques extérieures. Un concept développé et structuré par Loïc Nicoloff, scénariste et cinéaste confirmé. L'héroïne, Alyanne a des airs de Nävis de Sillage. Pilote surdouée, elle est intrépide, indépendante et casse-cou. L'autre attrait de la série réside dans les engins volants, insectes géants en osmose avec son pilote. De l'aventure, des drames, un peu d'humour et du suspense : « Dômes » a tout pour devenir un succès.

« Dômes » (tome 1), Soleil, 13,50 €

08:18 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dômes, roth-fichet, nicoloff, soleil

25/05/2011

"La douceur de l'enfer", une guerre oubliée par Grenson au Lombard

Grenson, Lombard

Grenson, LombardLa guerre du Vietnam est une plaie encore vive dans les mémoires américaines. Mais juste avant, un autre conflit a provoqué des milliers de morts dans l'armée US. La Corée était la première bataille contre l'avancée du communisme. Cette guerre oubliée est au centre de « La douceur de l'enfer », diptyque signé Olivier Grenson. Le dessinateur de Nikos Kodla se lance en solo et le résultat est étonnant de maîtrise. Billy, jeune architecte d'intérieur, va redécouvrir son grand-père, mort au front dans les années 50. Sa plaque d'identification vient d'être retrouvée dans une fosse commune. Au cours de cérémonies officielles sur place, il devra représenter sa famille et faire face à une incroyable révélation. Sa vie, son passé, ses certitudes, seront ébranlées.

« La douceur de l'enfer » (tome 1), Le Lombard, 15,95 €

07:55 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grenson, lombard

24/05/2011

Légendes à deux roues

Lax, Futuropolis, Pain d'alouette

La bicyclette, Christian Lax adore. Pour en faire mais aussi pour y puiser la matière de ses albums. Il a beaucoup rêvé aux exploits de ces forçats de la route. Après avoir raconté la vie incroyable de « L'aigle sans orteils » dans la collection Aire Libre, il a prolongé le récit pour Futuropolis avec « Pain d'alouette ». Dans ce second tome, il se penche sur la plus dure des courses, le Paris-Roubaix. L'enfer du Nord, aux pavés mythiques, a longtemps été considérée comme la reine des classiques. La plus difficile, la plus exigeante.

Avant d'arriver à l'édition de 1934, Lax présente les deux personnages principaux. Reine, la fille de l'Aigle, orpheline ayant connu une enfance difficile, devenue brillante journaliste sportive. Elie Ternois, fils du Nord, a décidé de devenir coureur pour ne plus avoir à descendre au fond de la mine. Ils vont s'aimer, se soutenir, réussir ensemble.

Une belle histoire d'amour et de volonté.

 

« Pain d'alouette » (tome 2), Futuropolis, 16 €

07:21 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lax, futuropolis, pain d'alouette

23/05/2011

Stones ou Beatles ?

Stones, Beatles, Fluide Glacial

Stones, Beatles, Fluide GlacialVous êtes plutôt Stones ou Beatles ? Cette interrogation qui a fait fureur dans les années 60 et 70, a donné l'occasion aux auteurs de Fluide Glacial de se mesurer par gags et récits complets interposés. Ces deux albums, aux couvertures (de Solé) aimantées à deux niveaux, proposent BD et textes humoristiques, parfois déjà vus dans la revue, parfois inédits. Les deux commencent par un récit de Berberian, grand amateur de musique moderne, son « Juke Box », album de BD en stéréo, ayant marqué toutes les oreilles. D'autres dessinateurs appréciant le rock ont donné leur vision des deux plus grands groupes au monde. Bouzard imagine comment Brian Jones, évincé des Stones en 69, se ressource dans un petit village du Sud-Ouest montant sur scène pour accompagner les « Beurdassous », groupe local renforcé pour l'occasion par Jimi Hendrix qui passait par là... Très savoureux également le gag de Goossens, présentant des Beatles « ayant mûri, une équipe dynamique et réaliste ».

 

« The Beatles comical hystery tour » et « Sympathy for the Stones », Fluide Glacial, 15 € chaque volume

07:34 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : stones, beatles, fluide glacial

21/05/2011

Moréa, retour en formes

Moréa, Arleston, Latil, Labrosse, Libessart, Soleil

Il est des héroïnes qui marquent les esprits des lecteurs. Les hommes en particulier. Moréa (comme Natacha ou Laureline en d'autres temps) en fait partie. La rousse immortelle imaginée par Latil et Arleston a de quoi faire fantasmé. Dessinée par Thierry Labrosse, elle était sublime. Un auteur canadien qui a préféré se détourner de la belle pour se lancer dans des histoires en solo.

Orpheline, Moréa ne l'est pas restée longtemps. Laurent Libessart a relevé le défi et il signe le dessin du 6e tome de la série intitulé « La mort dans le sang ». Moréa, immortelle de la race des dragons, est bien décidée à faire la paix avec les Anges. Ces derniers ont chassé les dragons de Mars et tenté d'esterminer les dragons, immortels mais vulnérables au feu. Dans un Paris futuriste criant de vérité, Moréa sera enlevée et maltraitée par un vieil ennemi. Elle ne devra son salut qu'à l'intervention de son ami Terkio.

Action, charme, coup de théâtre : une série majeure du label Soleil qui bénéficie d'une nouvelle maquette. Les cinq premiers titres sont réédités pour l'occasion.

 

« Moréa » (tome 6), Soleil, 10,50 €

14/05/2011

"Les Godillots" par Olier et Marko chez Bamboo : des Poilus humains

Olier, Marko, Bamboo, Godillots, Poilus

Olier, Marko, Bamboo, Godillots, PoilusLa guerre 14-18 a souvent inspiré des auteurs de BD, notamment dans le registre tragique (Morvan, Tardi...) Plus rares sont les albums à dominante comique sur le sujet. « Les Godillots » de Olier (scénario) et Marko (dessin) tout en conservant une certaine dramaturgie, campe des personnages qui ont gardé leur côté humain malgré la grande boucherie à laquelle ils participent. Deux soldats, un ancien boulanger et un autre paysan (fort comme un bœuf), sont désignés pour amener la cuisine roulante à la tranchée B12. Problème, il faut traverser le plateau du Croquemitaine, surnom donné à un redoutable mitrailleur allemand. En route ils récupèrent un gamin à la recherche de son frère poilu et un singe malicieux. Une mule aura aussi un rôle important dans ce premier album très plaisant, aux couleurs vives et soignées, agrémenté pour sa première édition de 8 pages de la Gazette des Godillots, reportages fictifs dans les tranchées françaises.

 

« Les Godillots », Bamboo, 13,50 €

11:38 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : olier, marko, bamboo, godillots, poilus

13/05/2011

Bob Morane dans l'arène

Bob Morane, Henri Vernes, Coria, Matador, Le Lombard

Bob Morane, Henri Vernes, Coria, Matador, Le LombardCela chauffe pour Bob Morane. Alors qu'il est pour une fois tranquille chez lui à Paris, un redoutable tueur à gages le prend pour cible. El Matador est le plus renommé du marché. Il accepte d'éliminer Bob Morane et Bill Ballantine, mais il double le prix quand il apprend l'identité de ses futures victimes. Première tentative dans l'appartement de Bob. Un bombe explose quand Bill ouvre la porte. La robustesse de l'Ecossais lui sauve la vie. Hospitalisé, il est de nouveau attaqué par El Matador qui cette fois utilise arme de poing et silencieux. Bob Morane comprend que c'est une lutte à la vie à la mort entre lui et l'assassin. Il tombera dans des pièges, en fomentera de son côté pour cette corrida mortelle entre le héros et le sinistre individu vêtu d'un imperméable et d'un chapeau mou.

Coria, le dessinateur, parsème les 46 pages de portraits que l'on devine issus de son entourage. Ils sont souvent plus réussis que les visages des héros, un peu trop rigides. Le scénario de l'inamovible Henri Vernes est particulièrement ténu. Comme une machine qui ronronne pour atteindre le tome 50 !

 

« Bob Morane » (tome 47), Le Lombard, 11,95 €

12/05/2011

"Les enfants du bunker" : 22e Lefranc par Maury et Jacquemart

Guy Lefranc, Maury, Jacques Martin, Jacquemart, Casterman

Aventure très cérébrale que ce 22e tome des enquêtes de Guy Lefranc. Jacques Martin décédé, le héros est passé entre de nouvelles mains. Michel Jacquemart en signe le scénario alors qu'Alain Maury est au dessin. « Les enfants du bunker » est à mille lieues des albums précédents, notamment ceux donnant la possibilité à Lefranc de sauver l'humanité. Cette fois, il se pose beaucoup de questions, alors qu'il frôle la mort à deux reprises. Une première fois en Algérie, son avion est abattu par le FLN (l'action se déroule dans les années 50), la seconde dans un accident de voiture alors qu'il rejoint Jeanjean en Normandie.

Jeanjean, adolescent et compagnon de route de Lefranc, est au centre de l'histoire. On y apprend comment il a perdu tragiquement ses parents et le choc psychologique qui s'en est suivi. Alors qu'il est en vacances avec ses amis scouts, il est tenté par le suicide et rencontre des enfants dans un bunker désaffecté qui ont tout l'air de fantômes.

Un Lefranc différent mais loin d'être décevant.

 

« Lefranc » (tome 22), Casterman, 10,40 €