30/06/2011

La vallée perdue, seconde étape du "Nouveau monde" de Filippi et Mezzomo

Filippi, Mezzomo, Glénat, Nouveau monde

Filippi, Mezzomo, Glénat, Nouveau mondeLe second tome de la série « Nouveau Monde », voit son groupe de héros atteindre enfin la vallée perdue. Une vallée sauvage surtout. Et avant de l'atteindre, Emie et ses compagnons devront affronter bien des épreuves, de l'attaque des militaires anglais au piège tendu par un trappeur psychopathe. Écrite par Denis-Pierre Filippi, cette BD est l'histoire d'une femme ayant décidé de prendre son destin en main malgré le carcan de l'époque. Nous sommes en 1755. Anglais et Français se disputent l'Amérique du Nord. Emie, Écossaise intrépide a franchi l'océan pour retrouver ses deux enfants. Ces gamins d'une dizaine d'années ont déjà passé pas mal de temps avec les Indiens. Ils deviennent donc une chance pour cette troupe de bannis cherchant calme et tranquillité dans un village loin de tout et construit dans une vallée perdue.

Grands espaces, courses dans les bois, animaux sauvages... il y a du Stevenson dans cette BD dessinée par Mezzomo. Un dessinateur en devenir digne des grands anciens que sont Franz ou Hermann.

« Nouveau Monde » (tome 2), Glénat, 13,50 €

29/06/2011

Un président à terre dans "Elysée République" de Le Gall et Frisco

Le Gall, Frisco, Casterman, Elysée République

Le Gall, Frisco, Casterman, Elysée RépubliquePolitique et faits divers sont rarement conjugués ensemble. Notamment au plus haut niveau de l'Etat. L'affaire DSK est une première, mais il y a encore plus grave dans l'imagination de certains scénaristes. Prenez Rémy Le Gall, il a lancé il y a deux ans une série où le président de la République en exercice est aussi un meurtrier. Immunité oblige, son opposant, Constant Kérel, le héros, essaie de trouver des chemins détournés pour tenter de faire condamner cet assassin.

Dans ce troisième tome, toujours dessiné par Frisco au dessin réaliste qui n'a plus rien à envier à celui de Philippe Francq, Kérel est sur le point de donner le coup de grâce. Le président Montfaure, lâché par son premier ministre, va devoir convaincre sénateurs et députés réunis en Congrès à Versailles. Montfaure et Kérel qui s'affrontent également sur le plan politique. La présidentielle est dans un an et tous les coups sont permis. Mai 2012 sera également la date de la parution du quatrième et dernier tome de cette passionnante série de politique fiction.

 

« Elysée République » (tome 3), Casterman, 10,40 €

28/06/2011

Voyageurs et Arlequins : aventure finale

Le mystérieux John Twelve Hawks met enfin un point final à sa trilogie racontant les arcanes des Mondes parallèles.

 

John Twelves Hawks, Mondes parallèles, Arlequin, Voyageur, Cité d'or, LattèsLa littérature fantastique et de science-fiction, tout en étant d'excellents moyen d'évasion et de distraction, permettent également aux auteurs de poser des problématiques très actuelles. Au centre de la trilogie des « Mondes parallèles » de John Twelve Hawks se trouve de fait la dénonciation de notre société du tout numérique synonyme du « tous surveillés ». Caméras de surveillance, GPS, téléphones portables, ordinateurs : il existe quantité de solutions pour ceux qui le veulent pour vous espionner. Vous et votre voisin. Tout le monde en fait. Il suffit d'avoir un ordinateur assez puissant, un ordinateur quantique que les Frères de la Tabula, l'organisme secret et imaginaire, les « méchants » du roman, sont en train de mettre au point.

Le Bien contre le Mal, la liberté contre la prison : ce combat éternel atteint son apogée dans la dernière partie de cette trilogie. Notre monde n'est pas unique. D'autres existent, en parallèle. Seuls les Voyageurs peuvent passer de l'un à l'autre. Il n'en restent que deux, Michael et Gabriel Corrigan. Le premier a choisi le camp de la Tabula, le second celui de la Résistance. Les Voyageurs sont protégés par les Arlequins, des guerriers prêts à tout pour les défendre. Maya, la jeune femme devenue Arlequin dans le volume précédent, est restée coincée dans le premier monde. La violence y règne en maître. Gabriel, amoureux de Maya, va tout tenter pour la retrouver et la ramener. Cela donne l'occasion à John Twelve Hawks de décrire cet enfer où « des torchères vomissaient flammes et fumées aux endroits où les canalisations étaient rompues. » Seule, elle va devoir se battre contre des « Loups » affamés, tout en perdant ses forces et ses derniers espoirs.

 

L'insécurité, arme des Puissants

De son côté, Michaël met tout en œuvre pour prendre le pouvoir à la tête de la Tabula. Pour cela il doit donner des gages aux frères. Il entreprend un voyage dans un nouveau monde, celui dominé par les demi-dieux. Là aussi la violence règne en maître. Mais elle est presque souhaitée par les habitants, travailleurs dociles, aimant se distraire en regardant de spectaculaires exécutions capitales. Michaël se trouvera renforcé dans cette vision du pouvoir et mettra en place un complot mondial pour faire grimper l'insécurité : « Les demi-dieux lui avaient appris que la peur était beaucoup plus facile à vendre que la tolérance et le respect de la liberté. La plupart des gens n'éprouvent du courage qu'en voyant d'autres prendre position. D'autre part, cette politique de la peur réunissait les suffrages d'un solide corps électoral, où se rassemblaient tous les dirigeants qui avaient compris que les changements en cours renforceraient leur propre pouvoir. » Une politique de l'exploitation massive et sans nuances des faits divers qui a déjà fait ses preuves en d'autres circonstances...

Livre prémonitoire par certains aspects, « La cité d'or » est également un récit d'amour et d'espoir. Maya, l'Arlequin, est enceinte de Gabriel, le Voyageur. Un enfant qui pourrait changer la face du monde. Et donner l'occasion au mystérieux John Twelve Hawks (pseudonyme d'un homme ou d'une femme vivant caché loin de toute technologie) de proposer dans quelques années un second cycle de ces « Mondes parallèles » décidément passionnants et immensément riches de possibilités narratives.

« La Cité d'or », John Twelves Hawks, Lattès, 20 €

27/06/2011

"Curiosity Shop" : une petite curieuse et un code indéchiffrable

Teresa Valero, Montse Martin, Glénat, Cusiosity Shop

Teresa Valero, Montse Martin, Glénat, Cusiosity ShopTeresa Valero et Montse Martin font partie de cette nouvelle génération d'auteurs espagnols talentueux et très novateurs. Teresa Valero, par ailleurs compagne de Juan Diaz Canales, le scénariste de Blacksad, est elle aussi scénariste de cette série se déroulant l'Espagne de 1913. Le dessin est assuré par Montse Martin déjà remarquée dans « Talisman », toujours chez Glénat. Max, la jeune héroïne, rentre de pension car son père vient de mourir. Assassiné. Cet ingénieur était sur le point de découvrir le fonctionnement d'une machine très ancienne qui permet de décoder un texte secret.

 

Telle une détective privée amateur, Max va chercher les indices pour retrouver la machine et son mode d'emploi. Le meurtrier de son père par la même occasion. Le premier tome de cette série nous plonge dans les rues de Barcelone et Madrid, alors que le bruit de la guerre commence à se faire entendre de l'autre côté des Pyrénées. Allemands et Anglais s'affrontent déjà, par invention interposée.

On apprécie dans cet album le dessin très élégant de Montse Martin et le scénario inventif mais qui doit beaucoup à la forte personnalité de Max.

« Curiosity Shop » (tome 1), Glénat, 13,50 €

 

26/06/2011

Adrian Tomine dessine son faire-part de mariage

Adrian Tomine, Mariage, Outsider, Delcourt

Adrian Tomine, Mariage, Outsider, DelcourtDessinateur underground (du moins de la scène indépendante) américain, Adrian Tomine n'en a pas moins des envies de vie normale. Pour preuve il vient de décider de se marier avec la jolie Sarah. Elle désire un mariage dans la tradition. Cela mine un peu Adrian mais lui donne aussi des idées. Il va donc raconter cette préparation dans des histoires courtes, comme pour se souvenir de cette période un peu particulière. Du choix du traiteur à celui du DJ en passant par l'élaboration de la lise de mariage ou du choix des invités, il va, sans détour, raconter leurs hésitations, leurs désaccords et crises de fou-rires. Au final, il décidera d'imprimer ces tranches de vie et d'en faire un petit livre qu'il offrira à tous les invités. Ce fascicule a eu un tel succès qu'il sera par la suite édité et mis en vente. Les éditions Delcourt (et plus spécialement la collection Outsider) en proposent la version française.

 

C'est frais, optimiste, parfois torturé, toujours authentique. Un petit bijou que tous les futurs mariés doivent lire avant de s'engager.

« Scènes d'un mariage imminent » d'Adrian Tomine, 56 pages, Delcourt, 9,40 €

25/06/2011

« Le masque du Fantôme », pulp intelligent de Fabien Grolleau

Fabien Grolleau, Masque du fantôme, Delcourt

Fabien Grolleau, Masque du fantôme, DelcourtLire des BD n'est pas dangereux. Sauf si on n'arrive plus à faire la différence entre les aventures de papier et la vraie vie. Un milliardaire, traumatisé dans son enfance, ne vit plus que collectionner les différentes version d'une BD populaire, « Le masque du Fantôme ». Son entourage, le voyant sombres dans la folie (le vieillard sort la nuit, masqué et en collant pour traquer les méchants...), embauche un dessinateur de BD pour tenter de lui faire recouvrir la raison. Un dessinateur rapidement dépassé par les événements. Cette BD petit format de la collection Shampooing est un hommage aux BD de genre. Mais avec l'esprit des jeunes auteurs aimant se mettre en scène.

 

Fabien Grolleau, au trait sommaire et vif, presque des croquis de scénario dessiné, entraîne le lecteur dans une aventure où fiction et réalité se télescope en permanence. Un premier tome plein de mystères, d'action et de révélations. Avec, suspense oblige, un coup de théâtre dans les dernières pages qui relance l'intérêt.

Étonnant, inclassable, pas cher : les auteurs de manga ont du mouron à se faire.

« Le masque du Fantôme » de Fabien Grolleau, 192 pages, Delcourt, 9,40 €.

24/06/2011

Kador, le toutou des Bidochon en intégrale chez Fluide Glacial

Binet, Kador, Bidochon, Fluide Glacial

Binet, Kador, Bidochon, Fluide GlacialAvant de dessiner les incroyables déboires des Bidochon, Binet s'était essayé à la BD animalière. Enfin, façon de parler puisque son héros, Kador, le chien des fameux Bidochon, était un érudit, placide, aimant lire Kant et s'interroger sur le sens de la vie. Le contraste avec ses maîtres, Robert et Raymonde, fait un effet bœuf. Ces histoires complètes parues à la fin des années 70 dans Fluide Glacial sont reprises dans une intégrale petit format de 200 pages réunissant les quatre albums parus précédemment. On peut y découvrir un Binet au trait très minutieux, détaillant plus les personnages et décors qu'il simplifie au fil des années, leur donnant une force caricaturale exponentielle. Une redécouverte à ne pas manquer, surtout si l'esprit « bidochonesque » vous est cher.

« Kador » (intégrale), Fluide Glacial, 14 €

07:39 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : binet, kador, bidochon, fluide glacial

23/06/2011

Des poulets déplumés dans "La faute aux Chinois" de Ducoudray et Ravard chez Futuropolis

Ravard, Ducoudray, Futuropolis

Ravard, Ducoudray, FuturopolisDe la chronique sociale dans les premières pages, « La faute aux Chinois », bascule dans le polar antisocial assez rapidement.

Louis Meunier est un ouvrier discret et discipliné. Il travaille sur une chaîne d'abattage de poulets. Tuer, à longueur de journée, dans l'odeur du sang, tel est son quotidien. Seul rayon de soleil, les moments partagés avec Suzette, une secrétaire de l'entreprise. Louis et Suzette.

Une belle histoire d'amour, un peu compliquée en raison de la présence envahissante de Jean-Claude, le frère de la fiancée. Jean-Claude le débrouillard qui va accepter que Louis devienne son beau-frère à condition qu'il se diversifie un peu. Couper le cou à un poulet ou à un homme, la différence est parfois ténue.

Aurélien Ducoudray signe un récit implacable, sombre et sans pitié. François Ravard a dessiné ces 150 pages nerveuses dans un style très comparable à celui d'Etienne Davodeau.

 

« La faute aux Chinois », Futuropolis, 21 €

08:49 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ravard, ducoudray, futuropolis

22/06/2011

Jour J : si l'imagination prenait le pouvoir après mai 68

Pécau, Duval, Mr Fab, Delcourt, Jour J, Mai 68

Pécau, Duval, Mr Fab, Delcourt, Jour J, Mai 68Mai 68, grande bouffée de liberté, s'est achevé par une sévère reprise en main des institutions. Mais si... Jean-Pierre Pécau et Fred Duval ont imaginé une autre version de l'Histoire. Finalement, après deux années de guerre civile provoquée par la mort de de Gaulle dans le crash de son hélicoptère, un gouvernement d'union nationale ramène la paix, avec trois hommes clés : François Mitterrand, Daniel Cohn-Bendit et Jacques Chirac. Dans un Paris en pleine reconstruction, les intrigues battent leur plein. Pour pimenter le tout, les scénaristes imaginent qu'un petit commando a dérobé 200 millions de francs pendant les émeutes et qu'un des exécutants, après trois années enfermées dans un asile psychiatrique, vient demander des comptes.

Mr Fab, au dessin, ne force pas trop les caricatures des hommes politiques connus mais s'éclate visiblement en imaginant un Paris psychédélique, moderne et très coloré.

 

« Jour J » (tome 6), Delcourt, 14,95 €

07:39 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pécau, duval, mr fab, delcourt, jour j, mai 68

21/06/2011

"Vigilantes" de Gaudin et Crosa chez Soleil : enfants justiciers

Gaudin, Vigilantes, Crosa, Soleil

Gaudin, Vigilantes, Crosa, SoleilLa culture des super-héros est très importante aux USA. Chaque adolescent se rêve en justicier doté de pouvoirs extraordinaires. « Vigilantes » de Gaudin (dessinée par Crosa) est une série reprenant ce fait de société. Quatre copains, au cours de leurs vacances, sont devenus les membres de ce groupe œuvrant pour la justice. Devenus adultes, ils ont perdus leurs pouvoirs. Mais la réapparition d'un homme, symbole du Mal qu'ils ont autrefois combattu, les pousse à se reformer. Mais que reste-t-il de leur enthousiasme ? Les vicissitudes de la vie les ont éloignés les uns des autres, ont modifié leurs mentalités.

Ces retrouvailles d'hommes ordinaires au passé exceptionnel sont prévues en quatre tomes. Le premier plante le décor sans donner trop de réponse. Une entrée psychologique très prometteuse pour une histoire ayant un petit air de « Ça », le best-seller de Stephen King.

« Vigilantes » (tome 1), Soleil, 13,50 €

12:48 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaudin, vigilantes, crosa, soleil