29/02/2012

Les chroniques de Genikor

Libérez les recherches en génétique et le monde sera dominé par une société, Genikor. « Ad Noctum » en est le catalogue.

 

Pierre Portrait, Ludovic Lamarque, Ad Noctum, Denoël

Pas vraiment un roman, un peu plus qu'un recueil de nouvelles, « Ad Noctum, les chroniques de Genikor » de Ludovic Lamarque et Pierre Portrait, est un miroir à facettes de notre futur. Un avenir où la génétique s'est affranchie de toutes les barrières éthiques. Une génétique sans limite, au service de l'homme, de ses envies, ses plaisirs, ses folies.

 

Tout a commencé quand il a fallu trouver des solutions pour arrêter le massacre des soldats. Le monde occidental, entraîné dans une guerre avec la Chine, subit d'importantes pertes. Genikor propose de mettre au point des combattants hybrides. Des machines à tuer. Sans états d'âme. Ce sont les ogres, des satyres créés de toute pièce massacrant femmes et enfants. Une arme de terreur massive. Dans un village, la nuit, une mère venant calmer les pleurs de son bébé, est la première à les apercevoir : « Avec leur fourrure hirsute, leurs babines pendantes, leurs crocs acérés luisants de bave, leur sexe long et courbe comme un sabre de samouraï, elle croit voir surgir les démons des légendes anciennes. » Une de ses chimères, de retour au pays s'échappe. La terreur change de camp.

 

 

 

Chasseur et amants

 

De toutes les séquences proposées par les deux auteurs, deux sortent du lot. « Hallali » décrit la chasse dans la zone où normalement plus personne de peut vivre en raison des radiations. La société des chasses Zaroff permet à quelques citoyens fortunés de tuer mammouth, manticore (créature légendaire issue de la mythologie perse) ou cro-mag. Dans ce paysage de fin du monde parfaitement décrite, on s'énerve en constatant la bêtise du chasseur. Persuadé de la toute puissance de ses armes, il va se confronter à des êtres n'ayant que leur désespoir pour se défendre. Son accompagnatrice, au contraire, est d'une rare humanité. Elle est quasi en osmose avec son traqueur, un cerbère de Genikor, animal hybride à trois têtes.

 

Enfin, laissez-vous emporter par l'étonnante histoire d'amour entre Axel et Anne dans « Le cri de la chair ». La nouvelle est constituée de lettres enflammées que s'adressent au quotidien les deux amoureux. Ils sont au service de Carla, leur maîtresse. Carla une ponte de Genikor ayant reçu en cadeau cette merveille de la technologie : un androclone. Il change de sexe en absorbant le produit adéquat. Carla a donc un homme pour la journée, une femme pour la nuit. Axel et Anne. Deux entités pour un même corps, n'étant jamais ensemble, ne communiquant et ne s'aimant que grâce à ces lettres cachées dans les recoins de la chambre. Mais comment va réagir Carla ? Peut-on accepter que son « mari » vous trompe avec sa propre « maîtresse » en sachant que les deux êtres sont la même et unique personne ? C'est plus fort que Roméo et Juliette, mais cela ne finira pas mieux...

 

 

« Ad Noctum, les chroniques de Genikor », Ludovic Lamarque et Pierre Portrait, Denoël Lunes d'encre, 20,50 €


 

28/02/2012

"Minus" de Rica chez Drugstore : cachez ce monstre !

Minus, Rica, Drugstore

Minus, les personnage principal de cette BD de Rica est tout, sauf recommandable. Jeune adulte, travaillant par obligation, il cache ses sentiments. Ses obsessions exactement. Totalement addict au sexe (merci internet...) il termine parfois la soirée avec des conquêtes féminines. Mais il est obligé de réfréner ses ardeurs. Il trouve la solution en achetant des mannequins criant de vérité. Minus est un monstre. Une bête que chaque mâle aurait tapi au plus profond de son subconscient. L'album nous apprend comment il apprivoise son désir, et la meilleure façon de donner le change. Une BD très dure, à réserver aux adultes, mais qui finalement semble se terminer bien... Mais avec Minus, méfions-nous des apparences.

 

« Minus », Drugstore, 17,25 €


 

06:43 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : minus, rica, drugstore

27/02/2012

"Nu-men", des soldats musclés dessinés par Fabrice Neaud

 

Nu-men, Fabrice Neaud, Soleil, Quadrants, soldats musclés

Sociale et politique, cette nouvelle série de science-fiction signée Fabrice Neaud détonne. Il casse tous les codes et au final cela donne un album étrange et attachant. Étrange à cause du héros, Anton, un soldat musclé à la Schwarzenegger, mais avec une intelligence et une humanité plus développées. Dans une Europe du futur toujours en crise, les émeutes se multiplient. La police débordée, fait appel à l'armée. Des militaires également dépassés. Mais il semble que d'autres structures gouvernementales ont des moyens beaucoup plus évolués. Une grande lumière blanche éclaire l'émeute et instantanément une cinquantaine de contestataires disparaissent. Ils seront utilisés comme cobayes humains. Manipulations, endoctrinement, abrutissement des masses : Fabrice Neaud dénonce une société inventée mais qui nous pend quand même au bout du nez.

 

« Nu-men » (tome 1), Soleil Quadrants, 13,95 €


 

26/02/2012

La quintessence de Ric Hochet dans un remix de Vandermeulen

Ric Hochet, Tibet, Duchâteau, lombard, Vandermeulen

La série Ric Hochet de Tibet et Duchâteau, considérée par certains spécialistes de la BD comme la quintessence du ringardisme, s'offre un happening d'art contemporain. David Vandermeulen a soigneusement découpé des dizaines de cases dans les 78 titres parus et, en les assemblant comme un immense puzzle, en a fait un « remix » détonnant. Ne changeant strictement rien aux dessins ou dialogues (si ce n'est quelques recadrages) il a mis en évidence la dureté de la BD. Dans un premier chapitre, sur une dizaine de pages, Ric encaisse coups de poings, de pied, d'objets contondants et autres armes par destination pour finir pendu. Un premier uppercut au ventre pour le lecteur qui redécouvre une BD qui souvent l'a passionnée enfant. Ensuite c'est Ric qui distribue les mandales et les autres chapitres sont du même acabit : violence extrême à tous les coins de pages.

« Ric Remix », Le Lombard, 15,95 €

25/02/2012

Amour crépusculaire dans "Notre nuit tombée" de Julie de la Patellière

Comment réagir à la disparition de sa femme. Julie de la Patellière décrit la réaction du mari, perdu dans la solitude de l'appartement désert.

 

Notre nuit tombée, Julie de la Patellière, Denoël, romanDisparue. Partie le matin travailler à la faculté qui l'emploie comme professeur, Liv n'est jamais rentrée le soir. Marc Chalgrin, le narrateur de ce premier roman crépusculaire signé Julie de la Patellière, passe par tous les états au début du récit. Il a connu Liv aux USA. Peut-être est-elle retournée au pays. Mais pourquoi ne rien lui dire ? Il l'attend, en vain. « A l'aube, il n'y avait toujours personne. L'appartement avait mauvaise mine. Il était chiffonné, cerné. A force, la nuit était vraiment devenue blanche, livide même. » Marc se résout à téléphoner à la police. Qui lui rit au nez.

 

Les semaines passent. Les mois. En désespoir de cause, il lit les annonces personnelles dans Libération. Peut-être Liv lui laissera un indice. Dans la non-vie qui est la sienne, il se passionne pour ces fragments de vie. Jusqu'à suivre, de loin, certains rendez-vous donnés sur papier.

Recherché

Sans jamais pouvoir s'habituer à la solitude, à l'absence de la femme qu'il aime toujours, il va quitter son emploi, se replier sur lui, ne voir plus personne si ce n'est le kiosquier qui lui vend le journal chaque jour. Et c'est bien dans une annonce de Libération qu'il trouvera enfin un espoir : « Recherche Marc Chalgrin. RDV aujourd'hui 17 heures, square Taras-Chevtchenko. Sans faute ». Marc se réjouit. Puis s'inquiète. « Ça y est. Quelqu'un sait. Quelqu'un a découvert. On va m'apprendre quelques chose de terrible. Ou alors m'accuser... »

Ce roman est un peu comme un de ces rêves dont ne sait pas comment s'en dépêtrer. On voudrait comprendre, mais on est impuissant, comme Marc, perdu dans sa solitude. Qui le recherche ? Qu'est devenue Liv ? Ces interrogations sont lancinantes entre les nombreux retours en arrière décrivant les premières années de bonheur entre les deux étudiants. Avant la disparition...

« Notre nuit tombée » de Julie de la Patellière, Denoël, 17 €

 

23/02/2012

Quand un tueur en série s'acharne sur un ancien flic : Ghost

Andrea Mutti, Cajelli, Ghost, Hostile Holster, Ankama

John Ghostman est au fond du trou. Cet ancien flic du FBI a démissionné après la mort d'un serial killer qu'il pourchassait. Le tueur est mort, mais l'enfant qu'il tenait en otage aussi. John ne se l'est pas pardonné. Depuis, il survit en menant des enquêtes privées sordides, avec le fantôme de l'enfant en permanence à ses côtés. Tout change quand un nouveau tueur fait son apparition dans les bas-fonds de cette grande ville américaine. En plus des cadavres, le fou laisse des messages. Clairement adressés à John. Comme s'il cherchait à le provoquer pour qu'il revienne dans le jeu. Andrea Mutti a écrit et dessiné cette histoire, aidé dans la narration par Diego Cajelli. Cet auteur italien, maîtrisant parfaitement le dessin réaliste académique, a noirci son trait et ses ambiances dans ces 70 pages intégrant la collection Hostile Holster. La chasse au tueur n'a rien de scientifique cette fois. Ghost va utiliser ses pires cauchemars pour retrouver sa trace. Une partie fantastique où l'imagination graphique de Mutti est époustouflante.

 

« Ghost », Ankama éditions, 15,90 €


 

22/02/2012

"Le chapeau de Mitterrand" et "5e chronique du règne de Nicolas 1er" : romans présidentiels

A deux mois de l'élection présidentielle, lecture croisée de deux livres autour de François Mitterrand et Nicolas Sarkozy.

Les observateurs politique a beaucoup glosé sur la stature présidentielle. Mitterrand, éternel opposant, une fois élu, a parfaitement endossé ces habits. Nicolas Sarkozy a mis du temps pour prendre la mesure de la fonction, passant par une période bling-bling encore dans toutes les mémoires. Mitterrand et Sarkozy, deux présidents et deux personnages centraux du roman d'Antoine Laurain et du pamphlet de Patrick Rambaud.

 

Antoine Laurain, Patrick Rambaud, Grasset, Flammarion, Le chapeau de Mitterrand, Nicolas 1er, présidentielleEt si la réélection de François Mitterrand en 1988 était due à son chapeau ? Cette hypothèse saugrenue est pourtant au centre de ce roman nous replongeant dans la France de la fin des années 80. Daniel Mercier, petit employé de bureau dine seul dans une grande brasserie parisienne. Il n'en croit pas ses yeux quand il voit le président Mitterrand s'installer à la table à côté. A la fin du repas, le chef de l'Etat oublie son chapeau. Daniel, comme poussé par un mauvais esprit, l'escamote. Le voilà donc avec le chapeau de Mitterrand. Un couvre-chef qui le transfigure. Comme un talisman. Il va enfin avoir le courage de se mettre en avant, de progresser au travail et même de décrocher un poste à responsabilité en province.

 

C'est lors d'un déplacement en train que Daniel va lui aussi oublier le fameux chapeau dans un compartiment. Il est récupéré par Fanny, partant vers Paris pour rejoindre son amant. Marié, comme de bien entendu. Une relation qui stagne. Avec ce chapeau qui la transforme en garçonne, elle va oser plaquer le malotrus. Un chapeau qu'elle s'empresse d'abandonner sur un banc dans un square.

 

Il va de nouveau aller de tête en tête (un « nez » inventeur de parfum, un futur collectionneur d'art contemporain...) pour finalement revenir à son légitime propriétaire. Quelques mois avant le premier tour de 1988. Comme un signe... Troisième roman d'Antoine Laurain, « Le Chapeau de Mitterrand » nous interpelle sur notre capacité à nous remettre en question et surtout à réaliser nos rêves. Parfois, un simple accessoire nous libère.

 

 

 

« Intense monarque »

 

Antoine Laurain, Patrick Rambaud, Grasset, Flammarion, Le chapeau de Mitterrand, Nicolas 1er, présidentiellePatrick Rambaud aborde la fonction présidentielle avec un tout autre regard. Il livre le cinquième épisode de ses chroniques du règne de Nicolas 1er. Un pamphlet toujours aussi mordant, même si l'actualité l'oblige à consacrer plus de pages aux courtisans (ou opposants) qu'au monarque. Il est vrai que ce dernier a beaucoup baissé en terme de coups d'éclats et autres opérations médiatiques. Heureusement Patrick Rambaud se délecte des malheurs de M. De Washington ayant « bousculé une femme de ménage de 32 ans ». Et ne manquez pas le portrait au vitriol de M. De Béhachel, vicomte de Saint-Germain. « Il n'avait aucun humour. C'était sa principale caractéristique. Ce qu'il disait ou faisait relevait de l'implacable ; l'esprit de sérieux le ravageait »... Cette 5e chronique ne marque pas la fin des péripéties de « l'intense monarque » car Patrick Rambaud termine l'ouvrage par ces terribles mots : « A suivre une dernière fois, espérons-le ».

 

Michel LITOUT

 

« Le Chapeau de Mitterrand », Antoine Laurain, Flammarion, 18 €

 

« Cinquième chronique du règne de Nicolas 1er », Patrick Rambaud, Grasset, 14,50 € (Des chroniques récemment adaptés en BD chez Drugstore et le quatrième tome vient de sortir au Livre de Poche).

 

21/02/2012

Les secrets de l'île du "meilleur job du monde"

Bec, Fonteriz, australie, meilleur job du monde, soleil

Six mois seul sur une île tropicale, disposant de tout le confort, avec à la clé un salaire de 150 000 dollars. On se souvient de cette offre d'emploi venant d'Australie et qui a fait fantasmé des milliers de candidats. C'est à partir de ce fait réel que Christophe Bec a construit l'intrigue de sa nouvelle série dessinée par Fonteriz. Doug est le jeune gagnant de cette compétition si particulière. Il plaque son boulot et s'envole pour l'île Carpenter appartenant à une riche industrielle. Il sera seul, devra tondre le green du golf, nourrir les oiseaux rares et arroser les plantes. Cela lui laisse pas mal de temps libre pour profiter de la piscine, du lagon et de la salle de sport. Mais il va pourtant découvrir que cette île n'est pas tout à fait comme les autres. Il sera rejoint par un chien, et verra au large une femme nue faire de la pirogue. Devient-il fou à cause de la solitude ou se passe-t-il vraiment quelque chose d'anormal sur ce paradis ? L'angoisse va crescendo ; finalement, ce job n'est pas aussi cool qu'annoncé...

« Le meilleur job du monde » (tome 1), Soleil, 14,30 €


19/02/2012

Hervé Morin : un faux puis un vrai abandon

J'ai comme l'impression que la campagne présidentielle sera moins marrante à suivre sur internet désormais. L'entrée en lice de Nicolas Sarkozy marque la fin de la récréation. Boutin puis Morin ont jeté l'éponge, malgré leurs multiples déclarations affirmant leur intention "d'aller jusqu'au bout".

Pour Hervé Morin, son retrait s'est passé en deux temps. Une première annonce sur son site, mercredi soir. Il s'est vite avéré que des pirates avaient bidouillé une déclaration -sérieuse au début- déviée rapidement vers la satire. Puis vint hier l'annonce officielle au Figaro.

Hervé Morin et ses décisifs "0%" aura bien fait rire la toile durant ces quelques mois de laborieuse campagne. Premier coup d'éclat quand il se souvient du débarquement des alliés en Normandie. Problème : comment se souvenir d'un fait antérieur de 17 ans à sa naissance ?

La semaine dernière, un maire, pour le soutenir, promène dans un marché deux dromadaires, symboles de "la traversée du désert" du candidat Nouveau Centre.

Ultime éclat avec la fausse déclaration des pirates de mercredi dans laquelle il annonce sa décision de retirer sa candidature, "prise dans ma cuisine en surveillant une blanquette de veau". Et de conclure par son soutien à Nicolas Sarkozy, "le seul à pouvoir assurer l'avenir de la France, et ma réélection comme député de l'Eure." 12 heures plus tard, Hervé Morin cesse effectivement d'être candidat : "Ma détermination ne doit pas tourner à l'obstination" dit-il au Figaro.

(Chronique "Ça bruisse sur le net" parue le vendredi 17 février en dernière page de l'Indépendant)

Showman Killer, l'assassin envouté de Jodorowsky et Fructus

Showman killer, jodorowsky, fructus, delcourt

Revoilà Showman Killer, le nouveau héros imaginé par Alexandro Jodorowsky. Le tueur le plus redouté de la galaxie va-t-il redevenir humain ? On l'avait laissé avec un bébé dans les bras. Et cet enfant, à la demande d'une sorcière tatouée qui semble l'avoir envoûté, Showman va l'élever et le protéger. C'est l'enfant d'or, celui qui pourra sauver le monde des manigances de l'infâme suprahiérophante. Et pour le nourrir, Showman ira jusqu'à se transformer en louve puis en plantureuse humaine aux seins chargés de bon lait nourrisseur. Au dessin, Nicolas Fructus fait encore des prouesses. Pas évident d'illustrer un scénario de Jodorowsky. Cela veut dire que l'on passe derrière Moëbius, Gimenez, Bess, Arno ou Boucq. Mais cet illustrateur formé dans le jeu vidéo, collaborateur de Jean Giraud et Druillet, est plus qu'à la hauteur. Ses couleurs éclatent dans des planches riches en détails. Le héros est toujours aussi charismatique (bien que totalement dénué de sentiments) et si la suprahiérophante ne vous fait pas faire des cauchemars, c'est que votre subconscient est bien noir...

 

« Showman Killer » (tome 2), Delcourt, 14,20 €