30/04/2012

Crevettes de l'espace dans "Shrimp" chez Dargaud

 

Shrimp, Dargaud, Burniat, Benjamin d'Aoust, Mathieu Donck

Albert, cuisinier belge, est le roi du beignet de crevettes. Son restaurant ne désemplit pas. Heureux en affaires, malheureux en amour. Albert est pourtant amoureux. De Mia, une charmante jeune Chinoise, sa voisine. Parfois elle vient, elle aussi, déguster ces fameux beignets aux crevettes. Albert, ce soir-là, est prêt à lui déclarer sa flamme. Mais Mia n'est pas seule. Un certain Tchang l'accompagne. Et en écoutant leur conversation, Albert apprend qu'ils vont prochainement passer des vacances à Las Palmas, le paradis des crevettes. Cette petite romance part en vrille quand Albert parvient à dérober le billet de Tchang. Il embarque dans le paquebot devant rejoindre Las Palmas... et se retrouve propulsé dans l'espace pour un remake de la Grande Marche de Mao à destination de la planète Xing-Xiang.

Mathieu Burniat dessine cette fantaisie belge et décalée sur un scénario de Benjamin d'Aoust et Mathieu Donck, cinéastes dont Shrimp est la première incursion, très réussie, dans la BD.

 

« Shrimp » (tome 1), Dargaud, 11,99 €

 


 

29/04/2012

Dalida, la légendaire, dans deux romans de David Lelait-Helo et Philippe Brunel

La chanteuse de variété dont on célèbre le 25e anniversaire de sa mort est au centre de deux romans faisant la part belle à sa personnalité torturée.

 

 

 

Philippe Brunel, David Lelait-Helo, Dalida, Grasset, roman, Anne Carrière« Pardonnez-moi, la vie m'est insupportable. » Le 2 mai 1987, Dalida, mettait fin à sa carrière. A sa vie aussi. Mais la chanteuse de variétés était-elle encore véritablement vivante ? Ne jouait-elle pas un rôle depuis des années ? Alors que les hommages vont se succéder à la télévision (ses tubes semblent indémodables, elle est une valeur sûre d'une certaine nostalgie-refuge), deux romans reviennent sur le côté obscur de la diva aux robes constellées de paillettes. Deux romans où la mort est omniprésente. Une constante dans le parcours de Iolanda Gigliotti, dite « Dalida ».

 

 

 

Dernier dialogue

 

« C'était en mai, un samedi » de David Lelait-Helo imagine les dernières heures de Dalida. Il raconte sa détermination, sa méticuleuse préparation, mais imagine aussi qu'avant de passer à l'acte, elle a tenté une dernière fois de se raconter. Dans sa chambre obscure, avec alcool et médicaments à portée de main, elle compose un numéro au hasard. Sophie, dans sa maison de Sologne, décroche.

 

Le romancier imagine ce dialogue entre une Dalida heureuse d'être enfin anonyme et cette femme, récemment divorcée, écorchée vive après la trahison de son mari, le père de ses enfants.

 

Ce roman est magique car tout en faisant découvrir la vie passionnée de la chanteuse populaire, il met dans la bouche de la principale intéressée des regrets, des aveux, qui la rendent beaucoup plus humaine que l'image froide d'une diva pour papier glacé.

 

A Sophie, sans dévoiler sa véritable identité, elle va raconter comment tous les hommes qu'elle a aimés, elles les a quittés, comment ils sont tous morts, suicidés. Lucien Morisse, Luigi Tenco, le comte Richard de Saint-Germain... « J'ai toujours cherché l'amour sans jamais, je crois, le trouver vraiment » confie-t-elle à Sophie. « En fin de compte il y avait toujours un creux en moi, comme une béance d'amour, je dirais. J'ai toujours quitté les hommes, persuadée que quelque chose de plus grand et de plus beau m'attendait ailleurs. Je crois que j'ai cherché quelque chose qui n'est pas de ce monde... » Tragique destinée pour une femme, une artiste, toujours dans la lumière alors que son âme sombrait dans des noirceurs absolues. Sophie va tenter de la sauver, de lui redonner le goût de vivre. En vain. Toute souffrance doit cesser un jour. Même Sophie le reconnaîtra 25 ans plus tard.

 

 

 

Suicide à San Remo

 

Philippe Brunel, David Lelait-Helo, Dalida, Grasset, roman, Anne CarrièrePhilippe Brunel aussi revient sur les zones d'ombre de la carrière de Dalida, notamment en janvier 1967, au festival de la chanson de San Remo. Dalida y interprète une chanson de Luigi Tenco, son amant du moment. Après le gala, Dalida reste au repas, Luigi retourne à son hôtel. Et se suicide d'une balle dans la tête. « La nuit de San Remo » est entre enquête journalistique (l'auteur se met en scène, des années plus tard, à la rencontre des rares survivants) et réflexion sur la non-reconnaissance du créateur. Il raconte aussi cette romance improbable entre « la diva consacrée des prime time » et « le jeune auteur compositeur engagé, confiné aux cabarets ». « Mais les contraires s'attirent. Dalida est séduite, bluffée par son éthique, son intransigeance. Tenco est un rêveur irrécupérable mais comme elle le dira plus tard, « il était mon instinct, ma vocation musicale ». Et sa chanson la touche. » Décomposée par ce suicide spectaculaire, Dalida tentera de le rejoindre dans la mort quelques jours plus tard. Une première tentative. Avant d'autres. Et la bonne, le 2 mai 1987.

 

Michel Litout

 

« C'était en mai, un samedi », David Lelait-Helo, Anne Carrière, 17,50 €

 

« La nuit de San Remo », Philippe Brunel, Grasset, 16 €


 

28/04/2012

Redécouvrir l'oeuvre de Will pour les adultes

 

Will, Desberg, Dupuis, Tif et Tondu, jardin des désirs

Le dessinateur Will, après des décennies à animer les aventures de Tif et Tondu (le dernier tome de l'intégrale vient de sortir), a radicalement changé de genre. Sur des scénarios de Desberg, il s'est plongé dans la BD adulte. Ses femmes, aux courbes irréelles et si explicites, se dénudaient régulièrement dans « Le jardin des désirs ». Un essai transformé dans deux autres récits repris dans ce copieux album de plus de 208 pages. Passant à la couleur directe, il a mis en scène quelques-uns de ses tableaux qui ne quittaient malheureusement pas son atelier. Sensuels et libertins, ces contes modernes n'ont pas pris une ride et le dessin de Will reste le summum de ce qui se faisait dans le style franco-belge.

« Trilogie avec dames », Dupuis, 30 €


27/04/2012

Courts et violents, seconde dose de Doggy Bags chez Ankama

 

Doggy Bags, ozanam, Kieran, Elwood, Singelin, Run, Bablet, Ankama, label 619

Seconde livraison de Doggybags, revue animée par le scénariste Run. Sous la forme d'un comic, on retrouve dans ces 120 pages trois récits courts ayant en commun érotisme et violence. Le premier, écrit par Ozanam et dessiné par Kieran, est le plus extrême. Elwood, le héros, un Texan attardé, extermine toutes les femmes qu'il croise à coups de pelle, persuadé qu'elles sont une avant-garde d'aliens chargés d'envahir la terre.

La seconde histoire, dessinée par Singelin, se déroule en plein désert. Des néo-nazis espèrent tirer sur des clandestins. Ils tombent sur plus méchant qu'eux.

Enfin, l'histoire du Vol Express 666 de Mathieu Bablet est la plus violente. Elle est pourtant tirée d'un fait divers réel. Ames sensibles s'abstenir.

 

« Doggybags » (tome 2), Ankama, 13,90 €


 

26/04/2012

Amours temporelles entre Steve et Angie d'Antoine Perrot

 

Steve, angie, antoine perrot, dargaud, poisson pilote

Finalement, être un spécialiste de la pêche à la mouche quand on se retrouve naufragé temporel à la Préhistoire a du bon. Steve, au moins, ne mourra pas de faim. Enfin s'il arrive à échapper aux grandes dents des nombreux dinosaures se délectant du goût, très nouveau, de la chair des humains. Steve n'est pas seul perdu dans le temps. Il est en compagnie de la charmante Angie. Mais cette chercheuse en cosmétiques n'est pas du tout armée pour faire face à la situation. Steve va donc la prendre sous son aile et les rapports, assez conflictuels dans le premier album, vont s'adoucir dans le second.

Antoine Perrot, le scénariste et dessinateur de cette fantaisie parfaitement dans l'esprit de la collection Poisson Pilote, soigne l'évolution de ce tête à tête. Mais n'en oublie pas pour autant l'autre volet de l'histoire : actuellement et dans le futur, entre chasseurs d'esclaves et paysans décérébrés experts du maniement de la tronçonneuse. Imaginatif, décalé et romantique, un album riche en émotions.

 

« Steve et Angie » (tome 2), Dargaud, 11,99 €


 

25/04/2012

Règlements de contes, à la moulinette, par Nadine Monfils

 

Tous plus dingues les uns que les autres, les personnages du roman de Nadine Monfils séduisent malgré leur monstruosité.

 

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Entre polar, thriller sanglant et délire surréaliste, ce nouveau roman de Nadine Monfils confirme l'incroyable talent de cet auteur belge vivant à Montmartre. La littérature francophone privilégie en général les gens « normaux » aux cas sociaux. Chez elle, on retrouve dans ses personnages une outrance rare. Son style a des airs de San-Antonio ou des dialogues d'Audiard. Mais c'est avant tout du Nadine Monfils, totalement barré, un peu poétique et franchement abracadabrantesque.

 

Les premières pages du roman, d'une façon tout à fait classique, nous permet de faire connaissance avec les différents protagonistes. Nake en premier lieu. Une jeune femme, droguée, capable de se prostituer pour se payer ses doses. Justement elle est en pleine transaction avec un client. Louche le client. Nake lui plante un couteau dans le ventre et déguerpit. Place ensuite à Mémé Cornemuse. Elle décroche haut la main le pompon dans la catégorie iconoclaste. Cette presque centenaire, « espèce de vieille guenon à casquette armée d'un flingue », surprend un couple en pleins ébats dans les dunes. Elle veut participer. Refus de la dame. Pan ! Une balle dans la tête pour la mégère pas partageuse. Mémé Cornemuse revient régulièrement dans le récit, toujours avec des réactions extrêmes et des attitudes libidineuses.

 

 

 

Michou ou Betty ?

 

Le côté policier du récit est fourni par l'inspecteur Cooper et son coéquipier Jean-Michel. Un vieux flic bourru et un jeune diplômé. Le premier est de la vieille école, le second plus en adéquation avec l'univers de Nadine Monfils. Jean-Michel préfère qu'on l'appelle Michou, a les airs efféminés de l'homosexuel qui s'assume et devient carrément Betty en dehors de ses heures de service. Betty, danseuse dans une boîte de strip tease, qui elle aussi vend son corps pour arrondir les fins de mois. Elle joue aussi à dealer un peu. Notamment à Nake. La boucle est bouclée, les nez bien remplis.

 

Tous ces fous en liberté évoluent dans la ville imaginaire de Pandore, cité inspirée d'un tableau de Magritte. Pandore a peur. Un tueur en série sévit depuis quelques jours. Il assassine des fillettes ou des jeunes femmes, transforme les scènes de meurtres en reconstitution de contes de Perrault. Après le petit chaperon rouge les fesses à l'air et une patte de chat dans la bouche, c'est le Petit Poucet qui est retrouvé égorgé puis Blanche Neige pas en meilleur état...

 

Ces crimes mystérieux donnent du fil à retordre à Cooper. Heureusement il reçoit l'aide de Mémé Cornemuse venue renforcer son équipe. Car cette fan d'Annie Cordy – son truc c'est de tchatcher avec un Jean-Claude Van Damme imaginaire - s'impose de force au commissariat et se fait plein d'amis dans la fonction publique en échange de quelques gâteries savamment distillées...

 

Alors qui est le tueur ? Pourquoi Perrault ? Quel rapport avec Nake qui n'a jamais connu son père ? Mémé Cornemuse parviendra-t-elle à faire changer les orientations sexuelles de Jean-Michel ? Cooper peut-il tomber dans les bras de Betty ? Et qui sont ces hommes à chapeau melon ne sortant que la nuit ? Ce n'est qu'un petit échantillon des nombreuses questions rythmant ce roman gigogne, sans morale mais bardé d'humour. Ubuesque.

 

Michel LITOUT

 

« La Petite Fêlée aux allumettes », Nadine Monfils, Belfond, 19 €

 

24/04/2012

"Mary Kingsley" : une vie d'exploratrice chez Glénat

Mary Kingsley, Explora, Exploratrice, Julien Telo, Christian Clot, Dorison, Glénat

Nouvelle collection pour les éditions Glénat. « Explora » entraîne les lecteurs dans le sillage des grands découvreurs de notre planète. Des BD dépaysantes et pleines d'aventures. Deux titres pour l'inaugurer : « Magellan » et « Mary Kingsley ». Si le navigateur est mondialement connu, le parcours de l'exploratrice anglaise est plus discret. Après une enfance sage et les dix premières années de sa vie d'adultes à s'occuper de sa mère malade, Mary Kingsley a profité de la mort de ses parents pour partir en Afrique noire.

Seule, en robe victorienne et protégée du soleil par une élégante ombrelle, elle va s'enfoncer dans la forêt équatoriale du Congo. Elle vivra avec les Fangs, une tribu de cannibales. Elle en tirera des livres qui seront des succès de librairie. Dix années durant elle les défendra, étudiera leurs coutumes et tentera de sauver leur civilisation.

Cette vie d'aventure est dessinée par Julien Telo sur un scénario de Mathieu et Dorison. Un dossier historique élaboré par Christian Clot complète la BD.

« Mary Kingsley », Glénat, 14,50 €


23/04/2012

Le dernier rempart ? Super Patriote !

Robert Kirkman, Cory Walker, Super Patriote, Savage Dragon, Delcourt

Robert Kirkman, le scénariste de Walking Dead, la série fantastique vedette de ces dernières années, fait aussi dans le super héros. Avec son humour décalé habituel. Pour le dessinateur Cory Walker, il a imaginé des aventures de Super Patriote, un personnage apparu dans les pages de Savage Dragon. Super Patriote est un soldat américain blessé par les nazis, puis soigné et amélioré. Depuis, ses bras bioniques font des ravages dans les rangs des méchants. Mais l'intérêt de cette BD réside surtout dans le côté humain du personnage. Super Patriote est le père de Justice, grand benêt encore très gamin et Liberty, une femme de tête résolument indépendante. Le fils est tellement idiot qu'il donne tout son charme à ce comic hors normes. D'autant que Super Patriote n'est pas de bois. Il tombe sous le charme d'une jeune journaliste dont il pourrait être le père... Conséquence, les combats semblent être de simples entractes dans ces histoires de famille contrariées.

« Super patriote » (tome 1), Delcourt, 14,95 €


22/04/2012

Le Spirit, Doc Savage, Batman : Héros de légende dans "First Wave"

Batman, Doc Savage, The Spirit, First Wave, Ankama, Azzarello, Morales, Phil Noto

L'extraordinaire richesse du monde des comics américains permet toutes les combinaisons possibles. Exemple avec « First Wave », série écrite par Brian Azzarello et dessinée par Rags Morales et Phil Noto. Il s'agit de narrer la rencontre entre trois légendes de la BD US : Doc Savage, Batman et The Spirit. Si Doc Savage est déjà l'homme de bronze, implacable, droit et quasiment sans défaut, Batman n'est pas encore au faîte de sa gloire. Le jeune super héros se cherche encore. Il semble déjà désabusé, comme submergé par l'ampleur de sa tâche. Quant au Spirit, le « justicier masqué » imaginé par Will Eisner, il est fidèle à sa légende, dilettante mais vite énervé. Le Spirit, revenu d'entre les morts, ancien flic, devenu gardien de cimetière et justicier la nuit. Le trio dans ce premier tome composé de quatre histoires, va se trouver mêlé à un trafic de cadavre et affrontera de redoutables mercenaires. Machination et action vous sautent au visage au fil de ces 136 pages nerveuses.

« First Wave » (tome 1), Ankama éditions, 14,90 €


21/04/2012

Les politiques du pire dans « Sarkolanta » chez Jungle

Gaston, Bart, Sarkozy, François Hollande, Sarkolanta, jungle

Vous n'êtes pas sans savoir que 2012 est une année électorale. La présidentielle a suscité pléthore de livres, des plus sérieux aux plus drôles. Dans cette dernière catégorie, « Sarkolanta, les naufragés » est très réussi. Les auteurs ont imaginé le crash d'un avion sur une île déserte. A son bord toute la classe politique française. Face à l'adversité, chacun va réagir en fonction de ses opinions politiques. Les ficelles sont parfois grosses, mais on rit bien quand même. Honneur au sortant (et au plus facile à caricaturer) : Sarkozy se taille la part du lion dans ce recueil de gags et d'histoires courtes. Il est vrai que l'imaginer dans une nature hostile, sans gardes du corps et militants à son service, est en soi une incroyable fiction. Et les piques sont légion au fil des pages, comme quand il se met à boiter : « cheville foulée, je n'ai plus l'habitude de marcher sans talonnettes... »

François Hollande en prend aussi pour son grade, d'autant qu'il doit de nouveau cohabiter avec une Ségolène Royal toujours aussi déjantée. Gaston (scénario) et Bart (dessin) dépoussièrent la BD politique.

« Sarkolanta », Jungle, 10,45 €