31/05/2012

Candidats aux législatives et affiches improbables

Vous étiez un peu déçu, l'élection présidentielle, en dehors de Jacques Cheminade, manquait d'originalité. Vous pourrez vous rattraper avec les législatives.

Des milliers de candidats et parmi eux quelques perles. Un site, LOLgislatives 2012 répertorie les affiches les plus décalées. Près de chez nous, en Ariège, la pulpeuse Céline Bara a déjà fait le buzz. Ancienne star du porno, elle regarde l'électeur droit dans les yeux. Lequel (la gent masculine en particulier) aurait plutôt tendance à loucher sur une autre partie de son anatomie parfaitement mise en valeur sur l'affiche...

Pierre Guiraud, lui, n'en est pas à son coup d'essai. Mais cette fois, il a pu se présenter à Lodève dans l'Héraut sous son nom de scène : Pierrot le Zygo. Son emblème, un âne car Pierrot est « têtu comme une mule ! »

Le site LOLgislatives a déniché ces candidats improbables grâce à ses nombreux contributeurs. Philippe Gautry, « candidat loyal » se met en scène tel un James Bond en action avec silhouette féminine sur fond d'Assemblée nationale. Gregory Berthault, écologiste, pose tout sourire avec... un furet dans les bras.

Il y a aussi ceux qui ont un patronyme difficile à porter. Un candidat socialiste nommé Podevyn, prémonitoire même s'il ne se présente pas à Marseille ? L'herbe n'est pas plus verte à l'UMP, Jack-Yves Bohbot brigue un poste de député à Paris.

Martine Croquette, Florence Perdu, Jean-Paul Mordefroid, Annie Fouet... Vous êtes prié de voter, pas de rire bêtement dans l'isoloir !

(Chronique "ça bruisse sur le net" parue ce jeudi matin à la dernière page de l'Indépendant)

30/05/2012

Jacques-Pierre Amette et Julie Resa écrivent des histoires de rupture

Quel est le point commun entre une balade romaine et la quête d'une voiture ? Ces deux romans se concluent sur une rupture amoureuse...

 

 

Jacques-Pierre Amette, Julie Resa, Albin Michel, Buchet Chastel, Liaison romaine, rupture amoureuse, Rome, voiture enfantPaul est-il le prénom des hommes malheureux en amour ? Paul est journaliste dans « Liaison romaine » de Jacques-Pierre Amette. Paul est informaticien dans « Un enfant ou une voiture » de Julie Resa. Deux personnages masculins principaux, un seul prénom et un statut en commun : abandonné par les femmes de leur vie. Mais si le premier roman, très littéraire, plein de référence à Rome (omniprésente dans cette belle et triste histoire d'amour) laisse un goût amer au lecteur, le second, plus léger et terre-à-terre, se termine par un de ces coups de théâtre que seules les auteurs femmes savent imaginer.

 

Paul, grand reporter dans un magazine parisien, est envoyé à Rome pour couvrir les obsèques de Jean-Paul II. Il y va en dilettante. La religion l'ennuie, le bal des évêques l'indiffère. Il va imaginer une ferveur dans les rues d'une capitale qui en réalité continue à vivre la « dolce vita » quels que soient les événements.

 

Ce qui importe à Paul c'est que Constance, sa jeune compagne, le rejoigne. Cela fait huit ans qu'il vit avec elle. Mais la complicité des premiers moments semble s'être érodée. Elle est distante, moins attentive. Paul en a conscience mais ne veut pas voir la réalité en face. Il préfère profiter du moment présent. Et n'hésite pas à déshabiller des yeux les jolies Romaines. Alors qu'il peine à écrire trois lignes sur ces obsèques historiques, il se demande « Pourquoi manquait-il une cloison dans mon espace mental pour marquer la différence entre soucis professionnels et batifolages érotiques ? Pourquoi n'avais-je pas cette paroi étanche – comme tout le reste de l'espèce humaine – qui sépare nettement les pensées divines et les zigzagantes pensées profanes qui s'étendaient comme un brouillard de concupiscence sur tout ce que j'entreprenais ? »

 

Paul est un doux rêveur. Pourtant il va finir par retomber sur terre. Son papier, mauvais, est refusé. Surtout, Constance lui avoue qu'elle a rencontré quelqu'un d'autre. « Le temps changea, devint profond, noir, ardoisé. Les gargouilles crachotaient de minces filets d'eau dans des vasques nues. J'observais ce jardin comme un versant du paysage destiné à disparaître, un versant de ma vie en train de s'effacer. » Jacques-Pierre Amette donne à son roman plus de profondeur, une grandeur de portée universelle. A cet instant, tout homme délaissé un jour par une femme aimée se retrouve dans ce tournis, cette fragilité.

 

 

 

Notre enfant, ma voiture

 

Jacques-Pierre Amette, Julie Resa, Albin Michel, Buchet Chastel, Liaison romaine, rupture amoureuse, Rome, voiture enfantLe roman de Julie Resa s'achève lui aussi par le départ de la femme, Babette. Mais cette fois le Paul de « Un enfant ou une voiture » est beaucoup moins à plaindre. Informaticien, il fait en train, tous les jours, le trajet entre Chambéry et Lyon. Il en a assez de perdre son temps dans ces transports en commun toujours en retard. Il décide d'acheter une voiture et sa recherche du bolide parfait va lui faire perdre contact avec la réalité.

 

Babette, elle, n'a qu'un but : avoir un enfant. Épanouie dans son travail, elle espère cette grossesse. En vain.

 

Ces deux êtres humains, amoureux l'un de l'autre à la base, vont basculer dans deux obsessions différentes et antinomiques. Julie Resa, avec grâce, humour et brio, va se moquer de Paul, si perfectionniste dans son choix qu'il en oublie de trancher. Babette, dont on comprend le désespoir, va finalement trouver une solution expéditive pour accéder à son Graal.

 

Un petit roman très actuel, illustrant aussi le calvaire des Parisiens expatriés en province pour un soit-disant confort de vie qui se retourne souvent contre eux.

 

Michel LITOUT

 

« Liaison romaine », Jacques-Pierre Amette, Albin Michel, 15 €

 

« Un enfant ou une voiture », Julie Resa, Buchet-Chastel, 13 €


 

 

29/05/2012

Pilote Tempête, quand la BD de science-fiction était publiée dans les quotidiens français

Pilote tempête, François Membre, De Varly édition, Sprenger, strip, quotidien

On l'a oublié aujourd'hui mais durant de longues décennies, la bande dessinée avait droit de cité dans les quotidiens français. De Varly Edition, dans sa collection BDTrésor, propose un éclairage savant signé François Membre sur une de ces séries, aujourd'hui tombée dans l'oubli, mais qui a passionné des milliers de lecteurs de 1955 au milieu des années 70.

Pilote Tempête, Storm Pilot dans sa version originale néerlandaise, est l'oeuvre de J. Henk Sprenger. Il livrait quotidiennement un strip de trois cases avec un long texte descriptif en dessous. Cette matière première, publiées dans des dizaines de journaux en France et en Belgique, a été remaniée pour en faire des histoire complètes et cohérentes, avec simplement des bulles pour les dialogues.

Pilote Tempête sera le héros de la revue Spoutnik, des éditions Artima, durant 34 numéros de 1950 à 1960. La parution cesse plus par manque de matière première que par désintérêt du public. Spoutnik (comme Météor, son prédécesseur) est aujourd'hui très recherché par les collectionneurs de comics des années 50.

Le dossier de François Membre retrace toute la carrière de ce fougueux pilote de chasse, transformé en astronaute après son enlèvement par des extra-terrestres. Il vivra des aventures dans la plus pure tradition du space-opéra, avec monstres hostiles, bébêtes envahissantes et risque de destruction de la race humaine. Si les premiers épisodes font un peu penser à Flash Gordon, les suivants se démarquent en introduisant des personnages secondaires plus consistants et des intrigues plus humaines.

Les 50 pages sont richement illustrées de dessins extraits des strips de Sprenger. Un dessin réaliste très correct, loin des bandes bâclées servant souvent à boucher des trous dans des quotidiens peu exigeants.

 

« Pilote Tempête » de François Membre, De Varly édition, 20 euros

 

(On peut trouver ce dossier dans certaines librairies spécialisées, mais également sur le site de la maison d'édition par l'intermédiaire du portail boutique-culture.com)

 

Quand trop de kitch tue le kitch à l'Eurovision...

Eurovision, kitch, ringard, anggun, loreen, suède, mamies russes

Samedi soir, je me faisais une joie de regarder le concours de l'Eurovision, un œil rivé sur les piques caustiques des twittos. Et j'ai été déçu... Le second degré est délicat à manier. Pour se moquer d'un programme, encore faut-il qu'il ait un minimum de substance. Hélas, voilà bien longtemps que cette gigantesque foire de la chanson formatée touche le fond... sans en avoir. Comment se gausser des mamies russes ? Ou de la coiffure de la chanteuse albanaise ? Certains candidats s'avèrent déjà tellement ridicules dans le kitch qu'ils annihilent d'entrée toute critique.

En lisant les tweets sur l'Eurovision, je n'ai pas plus souri qu'en la regardant tout court. Pour être honnête, quelques réflexions sur les gymnastes de la chanteuse française Anggun ont fait mouche. « C'est les pompiers gymnastes qui sautent partout là ? Planquez les bouteilles de champagne » ironise @Nophie alors que @Goethe59 estime que la 22e place de la France (sur 29) c'est parce que « Nos gymnastes étaient trop habillés... Je vois que ça ! ». Anggun n'a récolté quasiment que des éloges. Le choix était bon, la chanson assez entraînante.

Mais selon la majorité des commentateurs, la défaite était inéluctable, notamment car en Europe « la France n'est pas aimée » regrette @Aurelie_Mallow. A la fin du concours, certains comme @NaMy_24 ont demandé le recours suprême : « Hollande devrait retirer les troupes françaises de l'Eurovision. »

(Chronique "ça bruisse sur le net" parue en dernière page de l'Indépendant ce lundi 28 mai)

28/05/2012

Voir Biribi et mourir au centre du premier titre de la nouvelle collection "La grande évasion"

 

Biribi, Sylvain Ricard, Olivier Thomas, La grande évasion, Delcourt

Alors que la nomination d'une nouvelle garde des Sceaux suspectée « d'angélisme » par la droite crée la polémique, la lecture de « Biribi », premier tome de la nouvelle série La grande évasion devrait remettre les pendules à l'heure. Certes on est plus laxiste actuellement, mais n'est-ce pas mieux que le sort réservé aux prisonniers au 19e siècle ? L'album, écrit par Sylvain Ricard d'après une histoire vraie et dessiné par Olivier Thomas fait froid dans le dos. Ange, souteneur Corse et soldat allergique à l'autorité, est condamné à passer quelques années dans le bagne de Biribi au cœur du désert marocain. Il va devoir tenter de survivre entre les brimades des gardiens et les humiliations des autres détenus. Mais Ange n'a qu'une obsession : s'évader. Il va longuement préparer son coup et tenter la grande traversée, sans eau ni vivres, en compagnie de trois autres parias. Une BD d'une rare dureté. Le Chaourch (chef du bagne) impose la règle des trois D : Discipline, discipline et discipline. Avec brimades à la clé à chaque désobéissance.

 

« La grande évasion » (Biribi), Delcourt, 14,95 €


 

27/05/2012

Facebook a sa Camera au détriment de toute logique économique

 Mark Zuckerberg avait un milliard de dollars à perdre. Il y a un peu plus d'un mois il annonçait avoir racheté Instagram, le logiciel de retouche et de partage de photos, pour cette somme astronomique. Hier, Facebook a officiellement dévoilé « son » propre logiciel, Facebook Camera. Il permet, à peu de choses près, de faire les mêmes opérations qu'avec Instagram. Donc, le réseau social qui vient d'être introduit en bourse a racheté très cher quelque chose qu'il avait déjà dans ses cartons... La logique sur internet est parfois déroutante.

 

Mais on ne manque jamais d'économistes en herbe sur le net. Et ce qui paraît une aberration financière à première vue peut être facilement expliqué. Première hypothèse, Facebook Camera n'a que peu de chance de s'imposer face à son prédécesseur. Autant anticiper l'échec et racheter la concurrence.

 

Autre version, Facebook Camera est un pur plagiat d'Instagraman. Avant de perdre des plumes dans un procès, mieux vaut acquérir l'original pour éteindre tout risque de poursuites...

 

La dernière, la plus tordue : face à l'échec de l'introduction en bourse, faire diversion. Annoncer une nouveauté (même si cela n'en est pas vraiment une) permet de provoquer un contre-buzz. Au moins, tant qu'on parle de Facebook Camera sur les réseaux sociaux ou dans la presse, on ne parle pas du cours de l'action... A ce niveau, le tour d'entourloupe digne des pires politiciens est magistralement exécuté.

(Chronique ça bruisse sur le net" parue samedi 26 mai en dernière page de l'Indépendant)

08:32 Publié dans Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : facebook, camera, instagram, bourse

Le ridicule rend célèbre et peut rapporter gros

Depuis toujours, on peut devenir célèbre pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Un phénomène amplifié avec internet et ses milliers de possibilités de se faire remarquer. Régulièrement éclosent des « stars » éphémères. Juste le temps de nous faire sourire. Car ils sont ridicules et ils nous font rire. Ils sont anormaux face à notre normalité et cela suffit pour que, tels des moutons, on se précipite vers leurs pitoyables pitreries.

 

Joharno est très connu en Belgique. Joharno est un supporter du club phare d'Anderlecht. Il semble toujours à moitié ivre et annone ses réflexions brouillonnes et confuses, face caméra. Il pimente ses analyses footballistiques de quelques plaisanteries grivoises et sentences machos. Aujourd'hui, Joharno est le seul Belge à vivre du revenu de ses vidéos postées sur Youtube...

 

Dans le même style, en France, nous avons Jean-Pierre Herlant. Il a publié quantité de vidéos sur Youtube sur tout et n'importe quoi. Pas de mise en scène, juste un gros plan de lui avec à l'arrière l'entrée de son appartement encombré. Jean-Pierre est devenu célèbre quand un animateur radio s'est moqué de lui. Réponse immédiate de Jean-Pierre : « Arrêtez de triquiter mes vidéos. (Jean-Pierre, en plus de loucher et d'être myope, a un défaut de prononciation) Pourquoi que vous vous en faisez pas des vidéos au lieu de triquiter ? » Bilan, plus de 3 millions de vues. Tout le monde se moque de Jean-Pierre. Jean-Pierre s'en fout, il encaisse...


(Chronique "ça bruisse sur le net" parue le vendredi 25 mai en dernière page de L'Indépendant)

 

26/05/2012

« Sexe, désirs et petites contrariétés » c'est mieux que l'amour

Fluide Glacial, Fluide G, Pluttark, sexe, gags

Rien de tel que l'humour pour parler des choses de l'amour. Et pas le platonique, plutôt le trash, celui avec accessoires et secrétions. Pluttark explore toutes les déviances des pratiques sexuelles de ce siècle naissant. Des gags parus dans le magazine Fluide G, au dessin rond et coloré, en total décalage avec les situations parfois très extrêmes. Mais n'espérez pas vous rincer l'œil en feuilletant cet album. Les images sont très sages. Tout est dans les dialogues. Techniques de drague, comparatif de position, pratiques peu orthodoxes : l'auteur satisfait toutes les couches de la population, de la mamie (à la recherche d'un sextoy lui rappelant Jean Gabin), aux jeunes cadres dynamiques, pressés d'en finir avec leur compagnes pour mieux prendre leur pied en surveillant l'érection de la courbe de leurs dividendes... C'est moderne, souvent bien vu et tout le temps hilarant.

« Sexe, désirs et petites contrariétés », Fluide G. 13 €


25/05/2012

Tous azimutés dans le monde imaginé par Lupano et Andréae

Wilfrid Lupano, Andréae, Vents d'Ouest, Azimut

Jean-Baptiste Andréae est un formidable dessinateur à l'imaginaire foisonnant. Si vous en doutez, plongez dans le premier tome de cet « Azimut », une série poético-merveilleuse écrite par Wilfrid Lupano. « Les aventuriers du temps perdu » se déroule dans un royaume où les lapins font de l'avion-stop, les oiseaux pondent des œufs métalliques et le roi est sous le charme de Manie, une ravissante jeune femme très attirée, elle, par l'argent. Un peintre, qui a croisé la route de Manie, va tout faire pour la retrouver. Il arrivera au bon moment, quand les juges suprêmes décident de condamner l'intrigante suspectée d'avoir dérobé le pôle Nord. Elle s'éclipsera en ôtant sa vaste robe (strip-tease gratuit où Andréae démontre sa parfaite maîtrise de l'anatomie féminine) pour la transformer en montgolfière. Avec une trouvaille par case, cette BD fait furieusement penser au monde de Lewis Caroll, avec une pointe de Moëbius dans le graphisme. A lire en se détachant de toute contingence matérielle et loin des réalités de la vie réelle, triste et grise.

« Azimut » (tome 1), Vents d'Ouest, 13,90 €


24/05/2012

Fureur verte pour une jeune Allemande perdue en Amazonie

Furya, Fonteneau, Simonacci, Glénat, Amazonie, sous-marin allemand

Tout est possible dans les confins de l'Amazonie. Par exemple croiser un sous-marin allemand rescapé de la seconde guerre mondiale. Il vogue sur un bras de l'Orénoque. A ses commandes, un ancien soldat et sa fille, Eva. On est dans les années 60, les Indiens sont de plus en plus chassés de leurs terres, les nouveaux propriétaires règnent par la terreur. Eva, malgré ses cheveux blonds et sa beau blanche, est plus à l'aise avec les sauvages que seule et désœuvrée dans les cales du navire aux lourdes odeurs de diesel. Mais elle rêve quand même de jolies robes et de rencontres avec des hommes distingués, ceux qu'elle admire dans les vieux Paris Match volés par son père. Dans ce cadre atypique et avec ces personnages hors normes, Jean-Louis Fonteneau déroule un récit qui de social et d'historique va dévier vers un fantastique pur et dur. Matteo Simonacci, au dessin, donne la pleine mesure à son art quand le surnaturel prend le pouvoir.

« Furya » (tome 1), Glénat, 13,90 €