31/07/2012

Caprices de stars

Samedi, la Cité de Carcassonne accueillait un concert d'Hubert-Félix Thiéfaine. Loin du star system, ce poète moderne est à l'opposé des nouvelles divas aux exigences déroutantes. Pour la première fois, les organisateurs d'un gros festival (le Festi'Val de Marne) osent dénoncer les caprices de certains artistes. Dans une lettre ouverte publiée sur le net, ils s'insurgent contre des clauses jugées abusives. Ils ne donnent pas de noms (dommage...), mais des exemples concrets. Malicieusement, il est expliqué que « les méchants métalleux sont de vrais petits gourmands » et d'énumérer toutes les barres chocolatées, viennoiseries ou laitages de marque exigées dans la loge. Un ventre plein est gage de bon concert, mais pas avec n'importe quoi. Celui-là du thym frais, cet autre du pain 100% épeautre, le dernier préfère des sardines... Côté boissons, c'est l'escalade. Tout en soulignant que « le droit du travail interdisant la consommation d’alcool, aucune demande d’alcool ne devrait apparaître dans les contrats » les organisateurs du festival donnent des exemples :« 48 bières, 3 bouteilles de whisky, 6 bouteilles de bon vin et de la vodka ! » ou ces « 70 bières, 2 bouteilles de vodka et 1 bouteille de bon champagne » soit 6 litres d’alcool pour 3 personnes. Et puis il y a les intimidations, « n’oubliez pas de fournir la table de ping-pong, sinon l’annulation du concert peut avoir lieu » ou une « grande bassine remplie de glaçons » pour un rocker adepte de la médecine douce façon Rika Zaraï...

Chronique "ça bruisse sur le net (même l'été)" parue lundi 30 juillet en dernière page de l'Indépendant.

 

30/07/2012

Croisade et folie religieuse dans "Furioso" de Chiavini

 

Lorenzo Chiavini, furioso, croisades, religion, futuropolis

Roman graphique de plus de 130 pages, « Furioso » de Lorenzo Chiavini est une intelligente réflexion sur la folie des hommes quand la religion prend le pouvoir. Au temps des premières croisades, les Chrétiens tentent de reprendre le dessus sur les Musulmans. Un évêque sénile en bénissant la foule avec la sainte lance ayant blessé le Christ, la fait tomber. Elle se plante dans le thorax de Berto, un modeste chasseur de rats. Immédiatement la foule l'acclame, persuadée que la lance vient de désigner le nouveau Sauveur. Chez les Musulmans, tout est mis en œuvre pour retrouver Ferragus. Ce général, vaillant au combat, a déserté. Il vivrait nu dans la forêt, mangeant de la viande crue avec une meute de loups. Berto d'un côté, Ferragus de l'autre. Deux symboles pour vaincre. Mais ces deux hommes tentent de se dérober à leur destin. En vain car des femmes vont influer sur le cours de l'histoire.

 

« Furioso », Futuropolis, 20 €

 

29/07/2012

Marineman de Ian Churchill, héros des mers

 

Marineman, Ian Churchill, glénat, comics

Marineman, le super-héros venu des mers, a été imaginé par Ian Churchill dès son enfance. Ce n'est qu'après avoir rodé son dessin en signant des aventures de Hulk, Supergirl ou des X-Men qu'il a pu enfin lancer son personnage. Maîtrisant tout de A à Z, Churchill a mis tout son cœur et son talent dans cette première création personnelle. Le résultat est époustouflant. Steve Océan, sorte de commandant Cousteau moderne, anime des émissions à la télévision pour sensibiliser le public à la richesse des mers. Mais ce géant blond cache un secret. Il peut respirer sous l'eau. Mutant venu du fond des océans, il se transforme en Marineman pour sauver des hommes en danger. Les 200 pages de ses premières aventures donnent quelques clés sur son origine. Couvé par l'armée américaine, il apprendra qu'il est un peu comme une prise de guerre, une expérience machiavélique heureusement détournée de son objectif initial. C'est un peu tiré par les cheveux, mais le graphisme tout en muscles rattrape certaines ficelles un peu trop grosses...

 

« Marineman » (tome 1), Glénat, 16,95 €


 

28/07/2012

Une charmante rebelle dans "Snuff" de Nihoul et Lemmens

 

Snuff, Nihoul, Lemmens, Delcourt

Ethan Fargo, l'improbable héros de cette série décalée de Nihoul et Lemmens est bien mal en point. Ce cinéphile, grand fan des comédies musicales, est tombé par hasard sur la copie d'un snuff movie dans son vidéo club préféré. Depuis les ennuis s'amoncellent à vitesse grand V. Dans les premières pages du second épisode, il est recherché par la police du petit état du Matamayas en Amérique centrale. Acculé dans une impasse, il croit sa dernière heure venue mais il est sauvé in extrémis par Ines, capitaine de la rébellion. Le rouquin américain va taper dans l'œil de la brune sud-américaine. Mais ce n'est pas parce qu'il la charme que ses ennuis vont s'arrêter. Ensemble ils vont partir au cœur de la jungle tenter de retrouver un certain Delrio, vedette du snuff movie et ancien amant d'Ines. Le scénario de Nihoul est agrémenté d'excellents dialogues, renforçant l'impression d'ovni dessiné, un peu à la Tarantino. Lemmens, au dessin sec et anguleux, est particulièrement à l'aise dans cette jungle oppressante.

 

« Snuff » (tome 2), Delcourt, 13,95 €


 

07:55 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : snuff, nihoul, lemmens, delcourt

27/07/2012

Les Jeux Olympiques sur tous les écrans

Le rouleau compresseur des Jeux olympiques 2012 est annoncé. Durant deux semaines, il va tout écraser sur son passage. En direct live absolu et partout grâce aux nouvelles technologies. Vous pourrez toujours faire du sport par procuration bien installé dans votre canapé devant votre télé. Fabriquer du gras chez soi à base de chips, cacahuètes, bière et soda pendant que d'autres transpirent sang et eau est un des derniers luxes permis dans notre société du « évitez de grignoter entre les repas »... Mais avec la diffusion de l'ensemble des épreuves sur le net (notamment sur le site de FranceTV), vous pourrez tout regarder en direct sur vos smartphones et autres tablettes. Même à la plage, dans les embouteillages ou au cours d'un repas en amoureux (soyez discret dans ce dernier cas).

 

Avant même la cérémonie officielle, quelques affaires ont défrayé la chronique. Une athlète grecque a été exclue de sa délégation pour cause de tweet raciste. Cette triple-sauteuse a mordu trois fois avant même le début du concours. Dans le tournoi de foot féminin, les Coréennes du Nord ont refusé de jouer durant une heure : le drapeau n'était pas le bon. Se retrouver associé, au royaume de l'affairisme capitaliste, au drapeau de la Corée du Sud, l'ennemi absolu, il y a de quoi être en colère. Colère bénéfique puisqu'elles ont battu la Colombie 2 à 0. Message pour les organisateurs : au prochain match des Françaises, hissez le drapeau allemand...

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET (MÊME L'ÉTÉ)" parue en dernière page de l'Indépendant du vendredi 27 juillet

 

 

Paye ta raie

Raie-pugnant ou raie-jouissant ? Les avis sont partagés face à ce site composé d'un florilège de photos de raies. J'arrête tout de suite les passionnés de faune aquatique : vous resterez sur votre faim si vous vous attendez à découvrir des raies mantas ou léopard dans leur milieu naturel. De même, les apprentis coiffeurs n'y trouveront aucun exemple de raie sur le côté... Les raies en questions sont souvent de sortie en été, notamment depuis l'apparition des pantalons taille basse. On s'accroupi, on s'assoit, on se penche... et les personnes placées dans notre dos ont une vue imprenable sur cette fameuse raie que la décence m'empêche de nommer exactement. Les plus audacieux la prennent en photo. Voilà comment on peut se retrouver sur ce site intitulé « Paye ta raie ».

 

On distinguera deux types de clichés. Ceux où le modèle est conscient de montrer un bout de son anatomie. Généralement cela s'agrémente des cordons d'un string ou d'un début de tatouage. Et puis il y a les autres, des pudiques trahis par un pantalon trop large ou une position inconfortable. Le cycliste à l'arrêt au feu rouge, le bricoleur accroupit en train de câbler un quelconque appareil électrique, la nounou penchée pour se mettre au niveau des enfants. Il y a enfin le grand classique de nos plages, le bermuda alourdi par l'eau, glissant de plus en plus bas. Il arrive alors que la raie se dévoile dans son entièreté, la fameuse raie-publique. Et si l'infortuné baigneur fait demi-tour, elle devient bananière.

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET (MÊME L'ÉTÉ)" parue jeudi en dernière page de l'Indépendant.

 

26/07/2012

Hécatombe en Afrique du Sud

Une ancienne top-model, un mercenaire, des dealers, un flic hargneux, un psychopathe, des escrocs : peu de personnages s'en sortent dans ce polar de Roger Smith

 

 

 

Blondie et la mort, Roger Smith, Le cap, métis, thriller, calmann-LévyL'Afrique du Sud a beaucoup combattu une image de marque trop négative. Après l'apartheid, la violence a plombé la réputation de cet immense pays. « Blondie et la mort » roman policier de Roger Smith ne vous sera certainement pas conseillé par l'office de tourisme local. En fait vivre dans les environs du Cap c'est avoir toutes les chances de mourir violemment. De tous les personnages croisés dans le récit, très peu d'entre eux ont la chance d'être toujours en vie une fois passé la dernière page.

 

La chance de Joe Palmer a tourné. Ce riche entrepreneur, louant les services de ses mercenaires un peu partout dans le monde, a de graves difficultés de trésorerie. Il entend se refaire une santé en vendant des armes à un chef rebelle congolais. Il touche une grosse avance en liquide dans un attaché-case. En rentrant chez lui en compagnie de sa femme Blondie, une ancienne top-model, deux petits dealers les attaquent. Ils ne savent rien pour l'argent, c'est la voiture qui les intéresse. Cela se passe mal, Joe est blessé, les voyous prennent la fuite avec la voiture. Le roman bascule dans le hors norme quand Blondie se saisit de l'arme abandonnée par les assaillants et colle une balle dans la tête de son mari.

 

 

 

Ultra violence

 

C'est ça l'Afrique du Sud décrite par Roger Smith : une violence latente, permanente qui peut exploser à tout moment sans véritable raison. Billy Afrika le sait bien. Métis, il a été grièvement brûlé en étant jeune. Des enfants, comme lui, l'ont battu, jeté dans un trou et aspergé d'essence avant d'y mettre le feu. Il a survécu, mais en garde sur tout le corps un cuisant souvenir.

 

Billy est mercenaire. Il est furieux. Sa solde n'est pas arrivée. Il va directement demander des comptes à son employeur, Joe. Dans l'immense villa, il ne trouve que Roxy dans le rôle de la veuve éplorée. Elle a fait croire aux policiers que ce sont les dealers qui ont tiré sur son mari. Billy et Roxy, les deux personnages principaux du roman vont faire cause commune. Leur objectif : récupérer la valise. Ainsi Roxy pourra retourner aux USA et Billy toucher son salaire. Mais pour cela ils vont devoir retrouver les dealers de tik, la drogue locale composée à partir de « produits de débouchage de canalisations, de liquide de radiateur et de potion pour le rhume de cerveau. Produits bruts qui ne nécessitent aucune ordonnance. » C'est déjà compliqué, mais ils vont en plus s'attirer les foudre de Piper, un psychopathe de la pire espèce.

 

D'une violence extrême, ce polar ne vous donnera certainement pas envie d'aller visiter les ghettos du Cap. Selon la description de Roger Smith ce n'est pas une destination touristique, juste l'antichambre de l'enfer...

 

Michel LITOUT

 

« Blondie et la mort » de Roger Smith, Calmann-Lévy, 20,50 €


 

25/07/2012

Vitesse et guerre dans le troisième tome de "Grand Prix" de Marvano

 

Marvano, Grand prix, mercedes, allemagne, dargaud

Troisième et dernière partie de « Grand Prix », fresque de Marvano sur le sport automobile avant la seconde guerre mondiale. Après les exploits des autos et des pilotes, la politique prend le dessus. Hitler impose avec force son idéologie nazie. Les tensions avec les Britanniques sont de plus en plus fortes. Rudy, pilote de Mercedes et citoyen anglais est de plus en plus sur la sellette. Il profite pourtant de ses nombreux déplacements en Europe pour jouer à l'espion et participe même à un réseau destiné à sauver des milliers de Juifs persécutés. La BD, de sportive, devient politique, avec une dénonciation claire et nette de la politique de l'autruche menée par Chamberlain. Marvano tisse son intrigue autour des événements historiques, de l'ouverture des premiers camps de concentration à l'annexion des Sudètes. Le dernier grand prix aura lieu à Belgrade. Ensuite, les seuls moteurs vrombissant seront ceux des chars et des avions de la wehrmacht en train d'envahir l'Europe...

 

« Grand Prix » (tome 3), Dargaud, 13,99 €


 

24/07/2012

Firewall : lutte contre un virus informatique très agressif

 

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Dans un monde où la technologie est chaque jour plus performante, le terrorisme pourrait évoluer lui aussi vers une dématérialisation du risque. C'est la base du scénario de Firewall, nouvelle série écrite par Xavier Bétaucourt et dessinée par Jean-Jacques Dzialowski. La Louve est une organisation mafieuse très active sur les nouvelles technologies. S'offrant les services des meilleurs pirates informatiques, ces terroristes du 3e type mettent au point un virus numérique capable de s'attaquer directement au cerveau en passant par les relais de téléphonie mobile. Pour tenter de les arrêter, l'agence Firewall forme un duo improbable composé d'une informaticienne de 25 ans et d'un militaire en fin ce carrière spécialisé dans les missions secrètes en milieu ennemi. Tout les oppose et les premiers pas seront tendus, leur seul point commun étant d'être aussi têtu l'un que l'autre. Dessin réaliste bien mis en page (Dzialowski a été formé à l'école des comics), suspense haletant et personnages attachants : Firewall a tout de la bonne BD d'été. Et le tome 2 est annoncé pour fin août.

 

« Firewall » (tome 1), Bamboo, 13,90 €


 

23/07/2012

Vive la colo de Aré, Muller et Ghorbani !

 

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Glissez cette BD dans la valise de vos enfants s'ils partent en colonie de vacances. Il y trouveront certainement l'occasion de relativiser leur malheur. Du moins au début. Les colonies de vacances c'est toujours pénible les premiers jours et trop court à la fin. Aré et Muller, les scénaristes, ont puisé dans leurs souvenirs pour fournir un gag par page à Ghorbani, le dessinateur. Ils ont entre 8 et 12 ans, pas encore adolescents, plus tout à fait bébé, ils vont passer quinze jours dans un centre aéré de la côte basque. Cet enchaînement de gags est construit chronologiquement. Découverte des enfants, voyage en train, installation, premières sorties... le lecteur est plongé au corur de la vie de cette colonie de vacances. Le ressort comique est essentiellement fourni par les animateurs : un directeur très autoritaire, un adjoint obséquieux et des moniteurs particulièrement cool, bien décidés de profiter aux aussi des vagues de l'Atlantique et des veillées autour d'un feu. C'est très sympa, distrayant, efficace et bien vu. De la belle ouvrage.

 

« Trop bien la colo ! » (tome 1), Vents d'ouest, 10,45 €