28/02/2013

BD : "Urban" ou la police des plaisirs et des vices

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Dans un futur proche, pour oublier un travail harassant et des conditions de vie dégradées, tout le monde a droit à une semaine de vacances dans la zone de Monplaisir. Dans ce gigantesque parc d'attraction, tous les vices sont permis. Sexe, violence et jeux de hasard. On se déguise et on profite de ces sept jours hors du temps. Mais Monplaisir, loin de ressembler au Paradis, a des airs de purgatoire, se transformant en enfer pour certains. La seconde partie de cette série de SF écrite par Brunschwig et dessinée par Ricci se concentre sur les deux personnages principaux : Zachary Buzz, le jeune flic et Niels, le petit garçon perdu. Zach va devoir affronter le redoutable tueur Ebrahimi dans un duel où tout le monde peut parier et espérer devenir riche. Niels va tomber sous la coupe d'un magicien des rues, clochard sans cœur bien décidé à profiter de nouveau de tous les avantages de Monplaisir quand on a un compte en banque bien rempli, ce qui est le cas de Niels. Un futur noir et pessimiste, pourtant plein de couleurs grâce aux planches de Roberto Ricci, un très grand dessinateur pour un projet ambitieux.

« Urban », Futuropolis, 13 €



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27/02/2013

Livre : La franchise selon Martin Martin

Et si tout le monde disait exactement ce qu'il pensait ? Du jour au lendemain, le monde se transforme et une vaste pétaudière totalement invivable.

 

martin martin, brouillaud, franchise, buchet-chastelEsclandre chez le boucher. Roland Quinzebilles, commerçant prévenant, demande des nouvelles de la bavette achetée la veille par Mme Buie, une « fidèle entre les fidèles ». « Dure comme de la pierre, immangeable presque. Comme d'habitude ! » lui répond dans les dents la mamie. La scène se déroule sous les yeux de Martin Martin, employé discret dans une maison d'édition. Martin découvre dans cet échange vif le premier indice qui fera que cette journée ne sera pas tout à fait comme les autres.

Avant de rejoindre son travail, Martin fait un détour par son garagiste, Corydon Aiglefine. La voiture est en révision. Il la récupère avec des injecteurs neufs. Et une explication du mécanicien pleine de franchise : « Ils marchaient très bien vos injecteurs, mais de toute façon vous allez pas vérifier, vous y connaissez que dalle. » Et de terminer sa tirade en se justifiant : « Que voulez-vous, quand on trouve un gogo on va pas se priver. » Plus de doute, il se passe quelque chose.

Martin Martin découvre que tout le monde, au lieu de se montrer aimable et diplomate, dit ses quatre vérités à ses proches. Il pourrait s'offusquer, crier au scandale, mais le héros imaginé par Jean-Pierre Brouillaud est un homme « que la perspective d'une querelle effrayait au-delà de tout ».

 

Trop gentil

Martin Martin est trop gentil. Beaucoup trop timide. Un modèle de personnage fade et effacé. Mais pas bête pour autant. Juste attaché à une certaine tranquillité. En ce jour exceptionnel ou la franchise est gratuite et à volonté, il va prendre quelques initiatives, chose qu'il évite habituellement avec une extrême habileté.

Employé par une fausse maison d'édition pour lire des manuscrits systématiquement acceptés (en échange d'une participation financière de l'auteur de quelques milliers d'euros...), il est marié à une artiste peintre. Martin trouve ses toiles hideuses, mais n'ose pas lui dire et comme en plus elles se vendent... En ce jour étrange, son patron lui demande de véritablement juger les manuscrits et de les refuser s'ils sont mauvais. Mieux, de dissuader définitivement ces piètres écrivaillons de tenter une carrière dans les belles lettres. Chez lui, son épouse lui annonce tout de go qu'elle le trompe depuis des années avec un vigneron bordelais.

Face à tant de revirements, Martin se dit que c'est peut-être le moment de savoir enfin ce que les gens pensent de lui. Il ne sera pas déçu. Épouse, mère, amis : ils lui taillent un costard de première. L'auteur semble sans pitié pour son personnage. En fait c'est l'inverse.

Dans cette courte fable sur les mérites de la franchise en société, Jean-Pierre Brouillaud décrit un homme se contentant de peu. La simplicité s'approche souvent de la vérité. Et les faux-semblants sont le ciment de notre société. Pour preuve, à la fin de la journée, la franchise devenue mondiale, met le feu aux poudres. Le langage diplomatique a laissé la place aux invectives et les puissances nucléaires à deux doigts de déclencher le feu atomique contre le « cow-boy inculte et ces arriérés d'Américains » ou « les gesticulations du petit Français ». La situation est grave, le lecteur plié en deux de rire. La réflexion philosophique n'empêche pas la rigolade. D'autant plus quand c'est voulu.

Michel LITOUT

« Martin Martin », Jean-Pierre Brouillaud, Buchet-Chastel, 13 €


26/02/2013

BD : le futur stylisé des "Souvenirs de l'empire de l'atome"

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Comment devient-on écrivain de science-fiction ? Thierry Smolderen répond en partie à cette interrogation dans « Souvenirs de l'empire de l'atome », roman graphique illustré par Alexandre Clérisse. Paul, dans son enfance au cœur des années 50, a été fasciné par les nouvelles et romans de SF diffusés dans les magazines. Tellement imprégné de cet univers qu'il s'est construit un double imaginaire, Zarth Arn, héros du futur. Depuis l'âge de 14 ans, il est persuadé de pouvoir communiquer avec lui par télépathie. Impossible de résumer cet album aux multiples ramifications. Sachez que parmi les thèmes évoqués vous aurez droit aux drogues hallucinogènes, à l'hypnose, à un hommage à Franquin et même à l'Exposition universelle de 58 à Bruxelles. Et le plus incroyable, c'est que cet immense fourre-tout est d'une cohérence redoutable.

« Souvenirs de l'empire de l'atome », Dargaud, 19,99 euros


25/02/2013

Chronique : polémique entre Iacub et Angot, les drôles de dames et DSK

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Marcela Iacub fait mieux que Christine Angot dans le genre littérature d'autofiction à forte connotation sexuelle. La querelle, par journaux interposés, de ces deux drôles de dames délurées a beaucoup agité le net ces derniers jours. Rappel des faits : Marcela Iacub, belle Argentine, tombe amoureuse d'un « cochon » vilipendé par toute la planète.

De ces huit mois de passion amoureuse elle en tire un livre. Un brûlot. Alternant réalité et fiction. Son amant, elle le compare à un porc. Marcela Iacub ne le nomme jamais mais tout le monde reconnaît DSK empêtré dans le scandale Nafissatou Diallo. Couverture du Nouvel Obs', une de Libération : ce sont les journaux de gauche qui donnent toute son ampleur à l'affaire.

La polémique enfle et prend une nouvelle tournure avec la publication, dans le Monde cette fois, d'une longue tribune de Christine Angot. « Non, non, non et non » jette-t-elle à la face de Iacub car certains critiques ont comparé son « Belle et Bête » aux romans d'Angot. Il est vrai qu'Angot a elle aussi complaisamment romancé ses amours, ne privant pas le lecteur de détails croustillants. Le principal reproche fait à Iacub est d'avoir séduit DSK pour écrire son livre. Une impression résumée dans un tweet de Mickaël Frison « Mi-homme mi-cochon. Mi-livre mi-torchon. »

Je ne sais pas si la littérature ressortira grandie de ces querelles de coucheries étalées sur la place publique, mais la machine à fantasmes a toujours fait courir les foules. 

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce lundi en dernière page de l'Indépendant.

15:17 Publié dans Humeur, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : iacub, dsk, angot, polémique, cochon, stock

24/02/2013

BD : Guerre totale selon Frissen et Snejbjerg

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Quand de méchants extraterrestres se réveillent après des millénaires de léthargie, c'est le monde entier qui entre en guerre. Un conflit total thème de cette série de SF écrite par Jerry Frissen (Lucha Libre) et dessiné par Peter Snejbjerg. Comme dans toute histoire s'inspirant ouvertement des romans de genre (avant on disait de série Z ou de gare), il y a les humains, faibles et dépassés, et les créatures supérieures, fortes et sans pitié. Si les méchants font penser à des démons décharnés, le « bon », Helius, a le physique d'un premier de la classe. Menton carré, regard déterminé, il va se battre contre les abominations. Mais rien ne sera possible sans l'aide des petits humains, courageux et idéalistes. Pas de second degré dans cet hommage au genre. Juste une histoire prenante et des personnages emblématiques le tout dessiné par un spécialiste des comics aux compositions spectaculaires.

« World War X » (tome 1), Le Lombard, 12 euros


23/02/2013

BD : Chasse au Krakken pour Asgard et Seiglind

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Asgard Pied-de-fer, le chasseur de Krakken, accepte de défier un serpent géant terrorisant une partie des mers du Nord. A la fin de la première partie de cette BD écrite par Nury et dessinée par Meyer, le lecteur est quasi persuadé que le monstre est mort. Dès les premières pages du second tome, il revient, blessé et encore plus agressif. Un combat définitif s'engage avec les survivants. Dans la neige, les eaux glacées, les fjords sauvages, Asgard et la belle Seiglind vont lutter contre les éléments et le serpent-monde. 60 pages d'une rare tension. La preuve est faite que la BD, loin d'être un média immobile, peut parfaitement retranscrire le mouvement avec quelques traits judicieusement placés dans une mise en page dynamique.  Mieux que du cinémascope !    

« Asgard » (tome 2), Dargaud, 13,90 euros


08:27 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : meyer, nury, asgard, viking, dargaud

22/02/2013

Chronique : Boire la tasse sur TF1 avec Splash

 

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Ce soir, sur TF1, finale de Splash. Le prototype d'émission se prêtant au buzz sur internet grâce aux réseaux sociaux ou à un extrait vidéo détourné.

Le principe : demander à des célébrités (enfin, des people de seconde zone, les habitués de la Ferme et autre téléréalité un peu dégradante) de sauter dans une piscine depuis un plongeoir. Cela commence à 3 mètres pour aller jusqu'à 10. Un jury note et (surtout) le public vote à coup de SMS surtaxés.

Dans le genre « mieux disant culturel » TF1 n'est jamais allé aussi bas. Quelques professionnels s'offusquent, Mireille Dumas trouve l'émission « monstrueuse ».

Sur Twitter aussi les commentaires fusent. Très méchant pour Dédo : « Splash sur TF1 aurait vraiment pu être une excellente émission. Mais ils ont laissé l'eau dans la piscine. » Les tenues des plongeurs aussi sont source de tweets. Clément Lefert, médaillé olympique, fait sensation dans un « mini short moulant taille 12 ans ».

L'émission permet également de se rincer l'œil, même si l'on se serait passé d'entrevoir un quart du téton droit d'Eve Angeli...


Pour se montrer dans ce genre de show, il faut avoir les nerfs solides. Le danger est réel et les retombées imprévisibles. Sheryfa Luna, en hésitant de très longues minutes est devenue la risée de Twitter. Mais finalement, refuser le grand saut serait peut-être le moins bête des choix. Peut-être que TF1 cherche tout simplement sa première « mort en direct », titre d'un film prémonitoire de Bertrand Tavernier ?    

Chronique "ÇA BRUISSE SUR LE NET" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant.

 

 

12:33 Publié dans Humeur, Web | Lien permanent | Commentaires (0)

21/02/2013

BD : Chanteur harcelé ou la fausse vraie vie de Dominique A

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Dominique A a des problèmes. Le chanteur français se retrouve héros d'une bande dessinée dans laquelle un tueur tente de lui faire la peau. Pourquoi ? C'est la question qu'il se pose, le lecteur aussi, et dont on n'a la réponse que dans les toutes dernières pages. Dominique A, son crâne rasé, ses tenues sobres, ses chansons à texte... Il est à l'opposé de la star qui, comme Lennon, rend fous des fans dérangés. Au début, il reçoit une lettre anonyme de menace. Son manager, indécrottable optimiste, y voit un signe positif. Le début de la gloire. Dominique a une autre théorie. Le fou existe. Il veut vraiment lui faire la peau. Ecrit par Arnaud Le Gouëfflec et dessiné par Olivier Balez, cet album a tout l'air d'un thriller. C'est en fait la biographie déguisée d'un artiste français, discret mais essentiel. Dominique A qui, dans la vraie vie, n'a peur de rien, a accepté d'écrire la préface, avant même que la BD soit achevée. Au final, on découvre enfin un album qui nous surprend, hors des sentiers battus.

« J'aurai ta peau Dominique A », Glénat, 16 €


20/02/2013

Roman : L'amour, la mer, la mort

Le métier de pêcheur est rude, mais ils n'en changeraient pour rien au monde, ces « Moissonneurs de l'Opale » dont Daniel Cario dépeint si bien toutes les facettes.

 

cario, cote d'opale, presses de la cité, terroirSur la côte d'Opale, en 1900, pas question de mélanger les torchons et les serviettes. Dans le village d'Etaples, le quartier de la Marine abrite les familles de pêcheurs. Les hommes partent en mer toute la semaine, les femmes sont sautrières (elles ramassent les crevettes) ou autres petits métiers d'appoint, toujours en rapport avec leur mer nourricière. Ces margats (marins) éprouvent un profond mépris pour les quénias – fermiers et autres travailleurs de la terre, lesquels le leur rendent bien.

Rivalité ancestrale qui n'est pas pour arranger les affaires de Cathy et Gabin. La première, fille de Guillaume Dormont, l'un des patrons-pêcheurs les plus respectés, devient sautrière dès ses 14 ans. Le second, même âge, fraîchement débarqué dans le pays, est aussi blond que les blés que cultivent ses grands-parents. Mais, c'est bien connu, l'amour n'a que faire de ce genre d'antagonisme.

Non, à vrai dire, Cathy a bien d'autres sujets de préoccupations. Elle découvre que Gabin connaît « d'avant » Angèle, surnommée la « Crabesse », femme étrange et solitaire qui se prend d'affection pour la jeune fille. Mais flotte entre ces trois-là le fantôme d'une certaine Sophie, la fille aujourd'hui disparue d'Angèle et amour d'enfance de Gabin. Le sosie de Cathy. Silences, mystères, malaise. La jeune sautrière finit par se demander si c'est elle qu'on aime, ou son image.

 

La rudesse du métier

Le moins que l'on puisse dire de Daniel Cario, c'est qu'il est bien documenté. Ses descriptions des métiers de la mer en ce début de siècle s'avèrent passionnantes, au point qu'il est difficile de lâcher les « Moissonneurs » en cours de lecture.

On apprend mille et une choses sur le quotidien des hommes en mer mais aussi des femmes, obligées non seulement d'être présentes à l'arrivée du chalutier pour réceptionner le poisson frais pêché et ensuite d'aller le vendre à la criée. Ce n'est que le début de la journée pour les épouses des pêcheurs, dites « matelotes », pour la plupart sautrières aussi.

Elles empoignent leur harnachement et accomplissent, pieds nus, même en plein froid, les cinq kilomètres qui séparent le village de la plage. « Elle (…) déplia son filet et s'aventura dans le flot, après avoir assuré son panier contre sa hanche et son tamis derrière elle. A pousser le haveneau, Cathy avait le temps de réfléchir... ». C'est un euphémisme d'affirmer que la température de l'eau en hiver sur la côte d'Opale est plutôt fraîche. Ces femmes courageuses y entrent cependant jusqu'à la taille, ou pire, perdent pied et boivent carrément la tasse, puis, la pêche terminée, trempées jusqu'aux os, sont obligées de refaire le trajet de retour, toujours à pied, grelottantes.

Bien sûr, l'histoire se passe en 1900, et le progrès a considérablement amélioré les conditions de travail. N'empêche, la vie de ces gens à l'époque donne à réfléchir et permet de relativiser pas mal de nos petites récriminations.

Outre une intrigue savamment ficelée, Daniel Cario nous offre ici un roman bien écrit, chaleureux et riche en découvertes.

Fabienne HUART

« Les Moissonneurs de l'Opale », Daniel Cario, Presses de la Cité (Terres de France), 21 euros.


19/02/2013

Livre : Loulou, mieux que Grey

Grey, le personnage principal de « 50 nuances » est parfait. Dans la vraie vie, les hommes ressemblent plus au Loulou de Rossella Calabrio

 

loulou, rossella calabrio, albin michel, greyLa littérature contemporaine pille sans vergogne le net. Exactement, les comités de lectures ne se privent plus de feuilleter des romans qui n'existent que sous forme d'e-book en autoédition. En 2012, le phénomène éditorial mondial a pour titre « Cinquante nuances de Grey » de E. L. James aux éditions Lattès. Des millions d'exemplaires vendus en 12 mois. Mais ce texte sulfureux date en fait de 2011. Il a été mis en vente directement par l'auteur et uniquement en version numérique, sur le site des fans de la trilogie Twilight. Repéré par un éditeur curieux, acheté, c'est le roman-jackpot. Aussi un peu l'arbre qui cache la forêt. Pour un succès, combien de déceptions ?

L'édition traditionnelle gagne également en réactivité à l'image du net. Le best-seller de James à peine imprimé, de multiples parodies font leur apparition sur la toile. Rossella Calabrio, une blogueuse italienne, sent le filon. Les Grey, bêtes de sexe, beaux, attentionnés et romantiques, ne courent pas les rues en Italie. Les hommes normaux sont plutôt tendance Loulou : vantards, sales et très égoïstes (surtout quand ils entendent le mot préliminaires). Elle a donc décliné dans un pastiche hilarant les « 49 nuances de Loulou », publiées en France chez Albin Michel. Moins érotiques que les exploits de Grey, les travers du Loulou font beaucoup rire (surtout vous mesdames).

 

La perfection contre l'invention

En petit chapitres courts et percutants, cette excellente connaisseuse des choses du sexe décrit minutieusement les travers de l'homo erectus de base. Par exemple, Grey a des paroles qui enchantent les sens de Julie (l'héroïne, la partenaire) « Oh oui, laisse-toi aller... » susurre Grey. Avec Loulou, le laisser aller est d'un tout autre genre : « Dis donc, tu crois pas que tu te laisses aller ? » interroge-t-il en fixant « la petite banane de graisse qui surmonte le pubis de sa Julie ». Le best-seller de James a une réputation sulfureuse. Il est vrai que certains passages sont dignes des textes ayant fait la réputation du « bondage », technique de sado-masochisme très en vogue le siècle dernier. La comparaison de Rossella Calabrio touche juste : « Monsieur Grey aime attacher sa belle aux montants du lit pour être aux commandes. Le Loulou aime s'attacher au canapé pour être à la télécommande. »

On pourrait croire que la critique est virulente, définitive. Qu'il n'y a pas photo. Pourtant on devine au fil des pages une véritable tendresse pour le Loulou. La maladresse congénitale pendant l'acte du Loulou casse un peu le charme et la plénitude de la chose quand elle est parfaitement maîtrisé par un expert en galipettes, mais « avec Monsieur Grey, la Julie n'aurait pas ri aux larmes comme elle l'a fait avec son Loulou. » Finalement, l'auteur fait comprendre aux femmes que Grey c'est bien, mais cela manque quand même de surprise. La perfection lasse. Avec Loulou, vous serez toujours étonné.

Et voilà comment les deux plus gros succès éditoriaux de ces derniers mois viennent d'un e-book et d'un recueil de notes de blog.

Michel Litout

« Quarante-neuf nuances de Loulou », Rossella Calabro, Albin Michel, 12 €