31/07/2013

BD : des chats trop mignons

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Ils sont des vedettes sur internet. Logique que des éditeurs de BD aient eu envie de profiter de leur notoriété mondiale. Non, il ne s'agit pas des One Direction mais des... chats ! Brrémaud écrit des gags sensibles et très mignons, comme les chats et les propriétaires (généralement des jeunes femmes) de cette série qui en est déjà à son cinquième tome. Il y a le chat indépendant, celui souffrant de boulimie (comme sa maîtresse), le très digne et prétentieux Egyptien ou les bébés, si craquants, les fameux « lolcats » du net. Cela se lit comme une friandise sans prétention. Mieux vaut être propriétaire d'un matou pour saisir toutes les nuances. A moins que l'on se contente des superbes dessins de Paola Antista. Une dessinatrice italienne passée par l'école Disney. Ses couleurs pastels sont délicieuses et les jeunes femmes, dont Manon l'héroïne la plus présente, véritablement charmantes.

 

« Chats ! » (tome 5), Hugo BD, 9,99 €


07:43 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chats, brrémaud, antista, hugobd

30/07/2013

BD : Singes hurleurs dans "Monkey Bizness" d'Eldiablo et Pozla

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Dans un futur totalement déjanté imaginé par Eldiablo, le scénariste, les animaux ont pris le pouvoir sur terre. Les humains, complètement dégénérés, vivent au fond de la jungle comme des sauvages. Par contre les deux personnages principaux, des singes intelligents et retors, sont radicalement urbains. Un mandrill et un gorille, adeptes de la défonce en tout genre, alcool bien sûr, mais aussi herbe et champignons. De sacrés lascars ces deux, toujours à chercher le coup fumant. Forcément, ils ont quelques ennemis. Quand ils échappent à l'incendie de leur caravane, ils décident de trouver le coupable. Une longue errance, ponctuée de bastons et de fuites. Constitué d'histoires courtes indépendantes, cet album de 130 pages dessiné par Pozla au trait faussement crade, multiplie les personnages excentriques, du cochon maire aimant les jeunes éléphantes au lapin usurier en passant par l'humain décidé à reprendre le domination de la planète. C'est hilarant, percutant, incisif et pas du tout politiquement correct. Un régal !

 

« Monkey Bizness » (tome 2), Ankama, 14,90 €


29/07/2013

Livre : Mauvaise éducation dans la jeunesse dorée américaine

 

Plongée chez les jeunes surdoués américains pour les enquêteurs de Jonathan Kellerman. Mais être intelligent n'interdit pas de devenir tueur.

 

tricheurs, jonathan kellerman, seuil, polar, milo sturgis, alex delawareLe rêve américain où tout le monde peut réussir à force de travail est sérieusement écorné dans ce polar de Jonathan Kellerman, la 25e enquête d'Alex Delaware, le psychologue employé à temps partiel par la police de Los Angeles. Il est sollicité par le grand chef, surnommé carrément « Dieu » par ses hommes pour seconder l'enquêteur Milo Sturgis. Ce duo improbable (un scientifique et un flic de base, homo, boulimique et franc-tireur) est un des ingrédients des best-sellers de cet auteur connaissant la Californie et la société américaine comme sa poche. Pas de truand au générique du roman, mais une immersion dans le monde éducatif de la haute société. Toute l'enquête tourne autour d'une école privée, sorte d'institut réservé aux fils de millionnaires les préparant à l'examen d'entrée des grandes universités. Un monde à part où les règles ne semblent pas les mêmes que dans la vraie vie.

Avant d'arriver dans les jardins et beaux bâtiments de Windsor Prep, Milo se coltine plus classiquement un cadavre. Elise Freeman est professeur remplaçante dans cette fabrique de grosses têtes dorées. Elle est retrouvée morte, nue dans sa baignoire. On pourrait penser à un suicide si ce n'était les kilos de neige carbonique la recouvrant... Cela a tout l'air d'un crime, d'autant que la perquisition dans l'appartement de la belle prof met au jour un DVD dans lequel elle confie, face à la caméra, faire l'objet de harcèlement sexuel de la part de trois de ses collègues professeurs.

Milo a besoin du renfort d'Alex car le sujet est très sensible. A Windsor Prep, il n'y a que des rejetons de pontes de la haute société et de notables. Dont le propre fils du chef de la police qui demande ouvertement à Milo d'être le plus discret possible dans ses investigations. Ce n'est pas dans les habitudes du flic bourru, mais il s'exécute sachant parfaitement que c'est le prix à payer pour conserver sa liberté d'action.

 

Un troupeau de suspects

L'enquête débute donc avec trois suspects nommément désignés par la victime. C'est tout l'intérêt de ce polar, où les évidences sont souvent trompeuses. Milo va devoir développer des trésors de diplomatie pour obtenir le droit d'interroger les professeurs incriminés. Deux hommes et une femme qui ont effectivement pour point commun d'avoir couché avec la victime qui se révèle au fil des pages beaucoup moins blanche que prévu. Jonathan Kellerman glisse nombre de peaux de bananes sous les pieds de ces « intellectuels » qui mettent leur savoir au service des gosses de riches. Lors du troisième interrogatoire, après avoir dressé un topo de la situation, le suspect s'exclame « Mon Dieu, c'est kafkaïen ! » Alex, le narrateur, ne peut s'empêcher de remarquer que le précédent prof « avait employé le même terme. Sans les quelques histoires pondues par le Pragois tourmenté, comment les enseignants s'y prendraient-ils pour qualifier leur désarroi ? »

Les trois profs mis en cause par Elise Freeman, non seulement parviennent à se disculper, mais en plus donnent de nouvelles pistes aux deux enquêteurs. Le lecteur va suivre pas à pas les recherches de Milo, se lançant dans toute sorte de direction, de la famille à Elise en passant par son petit ami, ses élèves préférés et même le conseil d'administration de Windsor Prep. Il faudra beaucoup d'obstination à Milo et Alex pour finalement découvrir les coupables et surtout le véritable mobile de ce crime peu banal.

Michel LITOUT

 

« Les tricheurs » de Jonathan Kellerman, Seuil, 19,90 €


28/07/2013

La Sibylle et le marquis

nicolas bouchard, 10/18, sibylleLa Sibylle, la voyante de la Révolution imaginée par Nicolas Bouchard rencontre le marquis de Sade, vieux et malade mais toujours très imaginatif... Troisième et dernier volet des aventures de la Sibylle, ce roman est parfois aussi sulfureux que l'œuvre de Sade. Nicolas Bouchard pour les besoins de l'intrigue a du décrire certaines scènes quasi insoutenables. Sade, assagi depuis ses années de prison, n'est pas le monstre que l'on croit. Il s'alliera temporairement à la Sibylle pour tenter de sauver sa tête. Et par certains aspects, il est diablement sympathique. (10/18, 8,40 €)

27/07/2013

BD : les voleurs planétaires de Jake Raynal

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Il y a voleur et voleur. Ruben, Elias et Prev, un trio originaire des Balkans, survit en France en cambriolant des villas cossues. D'autres volent plus gros. Comme le responsable d'une organisation de redistribution d'aides alimentaires internationales. Il détourne des millions de dollars destinés à la reconstruction de la Somalie après la guerre civile du début des années 2000. Embauchés par des Africains, Ruben et sa bande vont tenter une première incursion dans l'hôtel particulier parisien de l'escroc. Ils tombent nez à nez avec sa collection d'animaux empaillés. Girafe, rhinocéros et léopards. Ces derniers, par la magie africaine, s'animent et font fuir les cambrioleurs. Mais ce n'est que partie remise.

La seconde partie de cette série très réaliste de Jake Raynal porte un regard désabusé sur notre société. Il semble que l'argent n'existe que pour permettre aux malhonnêtes de donner libre cours à leur soif de pouvoir. Le zeste de fantastique concourt à rendre inclassable cette BD définitivement atypique.

 

« Cambrioleurs » (tome 2), Casterman, 13,95 €


26/07/2013

BD : Futur froid dans "Winterworld" de Dixon et Zaffino

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Si les scientifiques prévoient un réchauffement climatique, les auteurs de BD imaginent plutôt notre avenir sous une chape de glace. C'est le cas de Chuck Dixon, vieux routier des comics américains, associé dans « Winterworld » à Jorge Zaffino, dessinateur argentin mort il y a dix ans, à 42 ans. Scully, marchand ambulant toujours flanqué de son glouton Rah-rah tente de survivre en troquant des vestiges de la civilisation à des tribus d'attardés. Dans le premier chapitre, il est attaqué par des dégénérés aveugles. Il réussit à prendre la fuite avec l'aide de Wynn, une jeune orpheline. Une escapade de courte durée. Repris, ils sont revendus comme esclaves à la ferme. Cette communauté, encore plus impitoyable, cultive légumes et élève des animaux sous un dôme protégé du froid, un ancien stade de base-ball que l'on devine être situé dans l'Etat du Texas. En noir et blanc, cette BD de 140 pages est considérée comme le chef d'œuvre de Zaffino. Une BD idéale au cœur de l'été pour tous ceux qui cherchent un peu de fraîcheur.

 

« Winterworld », Delcourt, 13,95 €


25/07/2013

BD : Génie à deux roues

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Dans la caravane du tour de France 2013, une BD était à l'honneur, le 44e tome des aventures humoristiques de Léonard par Turk et De Groot. Estampillé « Album officiel », « Tour de génie » débute par une longue histoire complète de 30 pages sur l'invention de la Grande boucle par notre génie préféré. De la caravane publicitaire aux sponsors en passant par l'UCI, tout sort de l'intelligence phénoménale de Léonard. Et tout est testé par son pauvre disciple, pas à la fête durant les premiers tours de roues. Par chance Léonard inventera également un breuvage à base d'épinards, de piments et d'oignons : le fameux EPO. On parle donc beaucoup dopage dans cette suite de gags. Pas sûr que tout le peloton apprécie cet humour pourtant très fin. Les dernières pages sont occupées par des gags classiques, toujours aussi efficaces tant au niveau du scénario que du dessin typiquement « gros nez » de Turk.

« Léonard » (tome 44), Le Lombard, 10,60 €


 

 

24/07/2013

Le papillon de Siam

maxence fermine, siam, asie, livre de pocheMaxence Fermine raconte avec une forte empathie le périple asiatique de Henri Mouhot, à croire que le romancier était dans les bagages de l'explorateur. Durant des années, inlassablement, le Français va sillonner les forêts, vallées impénétrables et montagnes vertigineuse à la recherche du rarissime papillon de Siam. Il le croisera une fois, mais sera incapable de la capturer. Désespéré, prêt à abandonner, il va par hasard découvrir les ruines d'une ville inconnue. Une seconde fois sa vie va basculer. Henri Mouhot n'a pas trouvé son papillon, mais il a révélé au monde entier Angkor, ville-temple considérée comme la 8e merveille du monde... (Le Livre de Poche, 5,60 €)


23/07/2013

Livre : François Garde met la descendance en pièces dans "Pour trois couronnes"

 

Chargé de mettre à jour l'héritage d'un riche industriel, le narrateur du roman de François Garde découvre une incroyable histoire de descendance.

 

françois Garde, pour trois couronnes, gallimardQuand on invente son métier, il ne faut pas s'étonner s'il évolue avec le temps. Le narrateur du roman de François Garde est curateur aux documents privés. En clair, il effectue le classement des papiers d'une personne décédée. Il faut être minutieux, curieux et surtout discret. Un travail de recherche, d'archivage, de recherche pour déblayer en quelques jours le fardeau de la paperasse d'une vie. Cela fait quelques années que Philippe Zafar vit correctement de cette activité à New York. Lui, le fils d'immigré libanais, a coupé les liens avec sa famille et trouvé sa voie.

Son destin, professionnel et personnel, bascule quand il accepte de travailler pour la veuve de Thomas Colbert. Ce dernier, un marin français devenu richissime industriel américain, était à la tête d'une fortune colossale au moment de sa mort à plus de 80 ans. Sans enfant, la veuve hérite. Mais un document retrouvé dans les papiers de son mari l'intrigue. Elle demande donc à Zafar, réputé pour son efficacité et sa discrétion, de déterminer s'il est bien de la main de Colbert et surtout sa signification.

Il s'agit d'une lettre manuscrite de trois pages racontant l'aventure d'un soir d'un marin de passage dans un port. Abordé par un homme dans un bar, il lui promet une belle somme contre un travail simple. Le marin accepte, est conduit dans une maison dans la ville haute et fait l'amour, en présence d'un médecin et d'un autre homme, à une femme au visage couvert d'un voile. Un quart d'heure de labeur payé « trois belles couronnes d'or, avec une tour au revers. » Zafar va se passionner pour cette histoire. Elle va lui répondre en écho à sa propre condition, Libanais n'ayant pas connu son pays de naissance.

Une minutieuse recherche va lui permettre de situer la ville où la marin a reçu les trois couronnes. Bourg-Tapage est la capitale d'une île tropicale, dans l'hémisphère sud, ancienne colonie où une paix fragile s'est installées après une guerre civile meurtrière entre les « Insulaires » et ceux du « dehors ».

 

Guerre civile à Bourg-Tapage

Un tiers du roman se déroule sur cette île imaginaire, mix entre Haïti, la Réunion et la Nouvelle-Calédonie. Un homme s'est levé pour exiger plus de justice pour les « Insulaires ». L'éternel affrontement entre colons et colonisés. Benjamin Tobias, fils d'un riche propriétaire et d'une simple Insulaire, a vu la fortune de son père disparaître. Devenu syndicaliste puis politicien, il mène la révolte. Pacifiquement, même si ses revendications sont nationalistes et mettent en avant une préférence nationale exclusive. Jusqu'à ce jour funeste ou une bombe explose sous sa voiture. Quatre mois plus tard, le coupable n'est toujours pas démasqué, l'île est à feu et à sang.

Zafar découvre l'histoire de Bourg-Tapage par l'intermédiaire d'un historien local qui raconte comment la politique de Tobias a modifié les mentalités. « Ceux d'ici » vous considèrent comme un étranger. « Désormais vous ne pouvez plus avoir avec eux de relations dépourvues d'arrières-pensées. Un mur s'est établie entre eux et vous, que vous n'avez pas vu s'élever, mais qui désormais, quoi qu'il advienne, ne s'abattra plus. Ils sont, eux, les gens d'ici. Vous êtes, vous, du dehors. » Les casques bleus de l'ONU sont encore en ville quand Zafar y passe quelques jours. Il va identifier le médecin, le marin, la femme. Et la descendance, fruit du travail payé trois couronnes d'or. Une filiation qui va faire vaciller l'empire de Colbert et le calme retrouvé de Bourg-Tapage.

Ce texte de François Garde, entre aventure et réflexion philosophique sur la filiation, envoute le lecteur, l'oblige à se questionner sur son arbre généalogique, ses ancêtres, sa descendance. On n'en sort pas indemne, même si tout est joué d'avance.

Michel LITOUT

 

« Pour trois couronnes » de François Garde, Gallimard, 20 €


15/07/2013

BD : Cercles emmêlés

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Seconde partie du Cercle, le nouveau comics made in France de chez Delcourt. Comme aux USA, les parutions sont rapprochées. Deux mois après la première partie, voici la seconde. La troisième et dernière sera en vente fin août. Le Cercle est constitué d'anonymes dotés de pouvoirs surnaturels. L'un entend des voix, l'autre perçoit les véritables couleurs de la réalité. Après l'assassinat du mentor, Adam, Pia semble être la suivante sur la liste. Ses amis vont tout faire pour la protéger et bénéficier de l'aide de Lorelei, une « entité neutre » qui arrive à manipuler la volonté des humains. L'essentiel de la seconde partie écrite par Andoryss et dessinée par Nesskain, est consacrée à l'explication des deux mondes cohabitant. Le réel et l'invisible. Les membres du Cercle sont à la lisière, une sorte de no man's land entre les deux. Les entités neutres vont se révéler plus complexes que prévu et le « méchant » prendra la forme étonnante d'une fleur de magnolia.

Etonnants, parfois un peu emmêlés, ces cercles captiveront les amateurs de fantastique urbain.

 

« Le Cercle » (tome 2), Delcourt, 14,95 €