30/08/2013

BD : Paris, la ville souterraine du final de "Catacombes"

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La capitale est une des plus belles villes du monde. Une cité millénaire aux multiples secrets. Paris et ses catacombes sont les véritables vedettes de cette série écrite par Jack Manini et dessinée par Michel Chevereau. L'histoire se déroule à deux époques différentes, au cours de ces moments où le quotidien se transforme en Histoire : la Libération et Mai 68. En 44, Jeanne, résistante, disparaît dans ces souterrains abandonnés et dangereux. 24 ans plus tard, en pleine révolution étudiante, son fils Antoine cherche toujours à comprendre ce qui est arrivé à sa mère. La troisième et dernière partie laisse de côté le pan « fleur bleue » du récit pour explorer le côté obscur des catacombes. Entre fantastique, légende urbaine et vengeance, si l'intrigue s'appuie sur un rebondissement déjà maintes fois utilisé (gémellité), elle déroute par sa fin à mille lieues du politiquement correct.

 

« Catacombes » (tome 3), Glénat, 13,90 €


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29/08/2013

Livres : Maternités douloureuses dans "Chambre 2" de Julie Bonnie

 

Chaque accouchement est une histoire différente. Béatrice travaille dans une maternité et raconte ces expériences cachées derrière les portes des chambres. Le roman vient de remporter le Prix FNAC 2013.

 

chambre 2, julie Bonnie, belfond, maternit, rentrée littéraire 2013Premier roman entre réalisme et poésie, « Chambre 2 » de Julie Bonnie parle de maternité. De femmes surtout. Ces mères, heureuses, angoissées, désemparées, qui entrent dans leur chambre seules et en ressortent avec le « fruit de leurs entrailles ». La narratrice, Béatrice, est auxiliaire de puériculture. Un travail comme un autre. Un travail normal. Encore adolescente, Béatrice est devenue danseuse nue dans un spectacle de musiciens déjantés. La scène, la communion avec le public... Elle a tiré un trait dessus. « Je ne danse plus, je n'explose plus. Je travaille en blouse. Comme tout le monde ici. Je suis interchangeable (…) Je suis un numéro. C'est ce que je suis venue chercher. Devenir tellement normale que personne ne connaîtra ma folie. » Est-elle véritablement folle ? Le lecteur ne cesse de se poser la question tout au long de ce roman cru et sensuel.

 

Bébé perdu

La femme normale commence sa tournée par la chambre 2. Un rituel, une obligation. Depuis des années une femme délire sur son bébé perdu. Maternité ou asile psychiatrique... Ces êtres à fleur de peau font obligatoirement penser à Béatrice à celle qu'elle a été, dans sa jeunesse. La découverte d'un univers musical et d'une liberté totale. Amoureuse de Gabor, le musicien, elle danse pour lui. Rien que pour lui. Le coup de foudre est réciproque. Béatrice part en tournée avec le groupe et monte sur scène. Elle danse, de plus en plus nue, améliorant au jour le jour son numéro. Des années de vagabondage, avec des enfants à la clé, malgré la vie sur les routes.

 

Expériences personnelles

Julie Bonnie a beaucoup puisé dans son expérience pour ce premier roman forcément un peu autobiographique. Elle aussi a connu la scène. En première partie de Louise Attaque, avec le groupe Cornu. Elle décrit parfaitement la communion régnant entre les différents membres du groupe, obligés de partager les bons comme les mauvais moments. Et comme son héroïne, un jour, elle a abandonné sa carrière artistique pour travailler dans une maternité. Elle y a croisé des centaines de mères, mais n'en a conservé qu'une petite dizaine dans ce récit très imagé. Le mélange entre le travail à la maternité et les souvenirs de tournée est distillé habilement. Jusqu'à la bascule, l'événement de trop qui ouvre les yeux à Béatrice. Elle trouve enfin sa place dans ce monde sans pitié.

Plus que le parcours d'une femme, « Chambre 2 » explore les multiples voies empruntées par une seule et même personne. Unique... et multiple. Femme et mère comme cette scène inoubliable du second accouchement de Béatrice.

Michel LITOUT

 

« Chambre 2 », Julie Bonnie, Belfond, 17,50 €

PS : Le 12e Prix du Roman Fnac a été décerné jeudi 29 août à Julie Bonnie pour son premier roman, "Chambre 2". Créé en 2002, le Prix du Roman Fnac, qui ouvre le bal des distinctions littéraires d'automne, réunit un jury de 400 adhérents et de 400 libraires de la Fnac.(AFP)


BD : Afrique décimée dans "Nu-Men" de Fabrice Neaud

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La bande dessinée de science-fiction a encore de beaux jours devant elle. Notamment quand des auteurs comme Fabrice Neaud s'en emparent. Dessinateur réaliste exigeant, il s'est illustré en dessinant, sur plusieurs années, son journal que l'on pourrait presque qualifier d'intime. Dans « Nu-Men » il projète toute notre société dans une cinquantaine d'années. La surpopulation, notamment de l'Afrique, a été en partie résolue par l'apparition de nouvelles maladies. Un virus combinant le sida et ebola a fait le vide autour de lui. Dans ce futur très technologique, les militaires et les chercheurs sont main dans la main. Ils ont mis au point une combinaison permettant à des soldats d'élite de faire des sauts dans le temps et l'espace. Sur ce décor, trois personnages sont mis en lumière. Anton, soldat bodybuildé, Suzy, une fillette aux pouvoirs infinis et Emma, un médecin, prise entre le marteau et l'enclume. Une série brillantissime à mettre en parallèle avec le « Aâma » de Frederik Peeters.

 

« Nu-Men » (tome 2), Soleil Quadrants, 13,95 €


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28/08/2013

Livres : Japons made in France par Nothomb et Reverdy

Si Amélie Nothomb nous emmène dans le Japon de son enfance, Thomas B. Reverdy explore un pays marqué par la catastrophe de Fukushima.

 

Le Japon fascine toujours autant les écrivains français. Deux exemples en cette rentrée littéraire avec le nouveau roman d'Amélie Nothomb et celui de Thomas B. Reverdy. Si le premier est très subjectif, emmenant le lecteur dans les pas d'une star de la littérature revenant sur les lieux de son enfance, le second, implacable de réalité, montre un pays écartelé entre traditions et malédiction scientifique.

Nothomb, amélie, thomas, reverdy, flammarion, albin michel, roman, rentrée littéraire« La nostalgie heureuse », titre du roman d'Amélie Nothomb, est la traduction d'une notion typique au japonais. L'écrivain a passé son enfance au Japon. Fille de diplomate, elle maitrise la langue et les mœurs de ce pays si étonnant pour l'esprit cartésien d'un Occidental de base. Elle a puisé dans ses souvenirs pour signer quelques uns de ces romans emblématiques, « Stupeurs et tremblement » ou « Ni d'Eve ni d'Adam ». A l'occasion du tournage d'un documentaire sur cette célèbre plume francophone, la télévision française veut la mettre en scène sur les lieux de son enfance. C'est ce tournage qui est raconté, sans détours, dans un récit méritant de moins en moins le titre de roman.

Amélie Nothomb raconte comment elle vit réellement ce retour au Pays du Soleil levant, à mettre en parallèle avec les images qu'elle offre à la caméra. Elle joue un rôle. Son rôle d'écrivain fantasque et hyper sensible. En réalité elle est souvent indifférente à ces décors et surtout perdue. Pour avoir des séquences encore plus fortes, la réalisatrice filme ses retrouvailles avec sa nounou. Une vieille dame un peu gâteuse. Elle ne sait même pas que son pays a été frappé par une catastrophe nucléaire sans précédent. Et l'auteur de la laisser dans l'ignorance. « Si son cerveau n'a pas enregistré le drame, c'est que sa capacité de souffrance était saturée. A quoi bon infliger Fukushima à cette femme qui a vécu les bombardements de la Seconde Guerre mondiale ? » La ville martyre est incontournable. Il faut y filmer l'écrivain. Mais c'est au-dessus des forces d'Amélie Nothomb, malade physiquement face à « des moignons de maisons qui se dressent dans le néant. »

Le Japon de 2012 (année du voyage) n'a plus rien à voir avec le pays de l'enfance, réinventé dans les souvenirs d'une romancière beaucoup plus sensible que l'image propagée auprès du public. Finalement, tout à l'air factice, même cette « nostalgie heureuse »...

 

Le pays interdit

Nothomb, amélie, thomas, reverdy, flammarion, albin michel, roman, rentrée littéraireLe Japon de Thomas B. Reverdy est lui beaucoup plus réel. Mais tout aussi dramatique. Fukushima a causé des mutations profondes dans ce pays. « Les évaporés », titre du roman, ce sont ces hommes et femmes qui disparaissent du jour au lendemain. Dettes, chômage... les raisons sont souvent économiques. Ils préfèrent changer de vie et d'identité plutôt que d'infliger l'infamie à leur famille. Kaze, employé dans une société de courtage financier, quitte son foyer en pleine nuit. Il n'emporte qu'une valise. Il rejoint les parias dans une banlieue sordide. Sa fuite st causée par les menaces de la mafia. Il a été un peu trop curieux sur certains transferts de fonds. Dans sa nouvelle vie, il devient ferrailleur, il vide les caves de maisons inhabitées. Mais les Yakusas retrouvent sa trace.

Il part donc au nord, dans cette zone interdite où nul ne le retrouvera. Il deviendra un de ces ouvriers chargé de « nettoyer » la zone ravagée par le tsunami et contaminée par la fuite. « Ils allaient faire ce qu'ils faisaient déjà à Tokyo, ils seraient même mieux payés pour le faire : débarrasser les choses que personne ne voulait toucher. » L'histoire de Kaze est vécue à travers la recherche de Yukiko, sa fille, revenue des USA avec Richard, un détective privé chargé de retrouver le père « évaporé ». La richesse du roman est dans cette triple évocation. La vision japonaise est donnée par Kaze, l'occidentale par Richard alors que Yukiko, immigrée de retour au pays, nuance l'impression d'ensemble. Un roman remarquable de finesse dans l'analyse des sentiments des uns et des autres.

Michel LITOUT

« La nostalgie heureuse », Amélie Nothomb, Albin Michel, 16,50 €

 

« Les évaporés », Thomas B. Reverdy, Flammarion, 19 €


27/08/2013

BD : Amérique musulmane dans "Jour J, Colomb Pacha"

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Et si... Si les musulmans avaient conservé l'Espagne avant l'Inquisition. Christophe Colomb, au lieu de chercher des fonds auprès de la Reine d'Espagne, aurait affrété des caravelles pour Allah. La série Jour J de Pécau et Duval, les scénaristes attitrés, propose une des uchronies les plus originales de la collection. Colomb, converti et rebaptisé Abdel, prend possession des Amériques au nom d'Allah le miséricordieux. Mais comme dans la véritable Histoire, les autochtone ne se laissent pas faire. Ils ne font pas le poids face aux fusils des colons. Mais les scénaristes compliquent encore le récit en faisant intervenir un troisième groupe, preuve que l'Amérique, tout en n'étant pas encore découverte, était très fréquentée. Violent et parfois presque trop manichéen, cet album est dessiné par Emem. Il abandonne les décors futuristes de Carmen McCallum pour un Nouveau Monde sauvage et vierge. Ses corps-à-corps sont étonnants de virilité et de brutalité.

 

« Colomb Pacha, Jour J », Delcourt, 14,30 €


08:20 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : colomb, amérique, pécau, duval, emem, delcourt

22/08/2013

BD : Anastasia, tsarine déchue

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Les soubresauts de la révolution russe est une mine pour les scénaristes maniant le romantisme avec dextérité. Patrick Cothias et Patrice Ordas en font partie, c'est indéniable. En juillet 1918, Lénine fait exécuter toute la famille du tsar. Seule Anastasia, une des filles, échappe à la mort. Du moins dans le récit imaginé par les auteurs français. Placée sous la protection du comte Félix Vodoline, il la fait passer pour une lointaine cousine. Au fil des mois, la BD, dessinée par Nathalie Berr, raconte comment la belle héritière se rapproche du fier noble alors que les Rouges volent de victoire en victoire. Protéger Anastasia devient de plus en plus compliqué. Vodoline envisage une fuite en Allemagne. Retrouver une autre femme persuadée d'être Anastasia. Les passages où intervient cette dernière sont très réussis, Nathalie Berr semble parfaitement maîtriser l'imagerie de la folie.

 

« Nous, Anastasia R. » (tome 2), Bamboo Grand Angle, 13,90 €


21/08/2013

BD : L'odeur du foot dans "IRS Team" de Desberg et Bourgne

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Si vous croyez que le foot, comme l'argent, n'a pas d'odeur, n'ouvrez pas le premier tome de cette nouvelle BD écrite par Desberg. On retrouve Larry B. Max, le héros de la série principale, totalement accaparé par une affaire de blanchiment d'argent autour du ballon rond. Il forme une équipe d'élite, le fameux Team, pour s'attaquer à un milieu où brasser des milliards est monnaie courante. Dans son équipe, deux « infiltrés » permettent de mieux cerner les pratiques courantes de ce petit monde persuadé d'avoir tous les droits en dehors des lois. Un jeune footballeur brésilien et une charmante call-girl, une WAG (wife and girlfriend) de star sportive dont raffole les tabloïds. Mais l'action se déroule aussi autour des agents de joueurs ou des représentants des fédérations nationales. Aldin, un tueur à gages implacable, est l'arme idéale pour faire passer certains messages. Larry, lui, tente de démasquer le cerveau de cette organisation. Une mission risquée. Marc Bourgne, au dessin, se met largement au niveau d'un Vrancken créateur graphique des personnages.

 

« IRS Team » (tome 1), Le Lombard, 12 €


20/08/2013

BD : Dessinateurs inspirés dans l'Atelier Mastodonte

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Raconter le quotidien d'un atelier de dessinateurs de BD n'est pas nouveau. Le Gang Mazda a fait les beaux jours des pages de Spirou. Dans ce même hebdomadaire, depuis plus d'une année, l'Atelier Mastodonte fait rire et sourire les amateurs de 9e art. A la base c'est une idée de Lewis Trondheim, l'homme qui a toujours trois projets sur le feu. Il propose à des collègues de le rejoindre dans ce local où l'émulation et l'esprit de camaraderie bonifiera les projets de chacun. Yoann, Alfred, Tébo, Bianco, Pedrosa... il y a du beau monde chez Mastodonte. Ils signent à tour de rôle des gags en demi planche, se répondant comme dans l'illustre Tac au tac. Le mélange des personnalités permet de toucher toutes les sensibilités. Poésie avec Bianco, écolo avec Pedrosa, pince sans rire avec Lewis, totalement délirant avec Julien Neel et sa marionnette, Ramuald, véritable vedette américaine de l'album. Sans oublier les « invités », de Bouzard à Stan et Vince en passant par Delaf et même Bilal qui dessine la couverture.

 

« L'atelier Mastodonte », Dupuis, 14,50 €


17/08/2013

BD : Sport et argent, la mauvaise alliance de "Dunk"

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Denis Robert, journaliste d'investigation à l'origine de la découverte de l'affaire Clearstream, a mis entre parenthèse son métier de base, le temps de signer quelques romans d'anticipation. « Dunk », paru en 2009 chez Julliard, est aujourd'hui décliné en série BD avec Franck Biancarelli au dessin et Denis Robert himself à l'adaptation. Dans ce futur proche, tous les peuples se passionnent pour le sport. Et les jeux d'argent qui vont avec. Les mafias ont également compris tout l'intérêt de ce vaste mouvement de numéraires. Mieux que la drogue, le contrôle des sportifs devient très lucratif. Le héros, Steve Moreira est un basketteur émérite. Ce soir, il doit faire perdre son club. Il oublie la consigne. Remporte la partie mais le paie cash : tabassage en règle, genou en mille morceaux. Steve va devoir réviser son plan de carrière. Cela tombe bien, un milliardaire lui fait une proposition alléchante. Pas très optimiste cette histoire. Une toute petite élite semble jouer avec les millions d'Humains. Mais est-ce encore de l'anticipation ?

 

« Dunk » (tome 1), Dargaud, 13,99 €


16/08/2013

BD : "Wunderwaffen" ou les nazis triompahants

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Troisième volet de « Wunderwaffen », série de guerre d'uchronie écrite par Richard D. Nolane et dessinée par Maza. Nous sommes en 1946. Le débarquement allié a échoué, les nazis ont eu le temps de mettre au point le moteur à réaction et de se doter d'une flotte aérienne dominatrice. Toute l'originalité de cette série tient au fait que les avions en action ont réellement existé. Sous forme de prototypes ou de simples plans. Le souci ensuite, c'est que les héros sont des pilotes allemands. Ils n'approuvent pas les idées de Hitler mais sont quand même loyaux. Résultat ils descendent quantité d'avions anglais ou français dans des combats où toute la technologie nazie est glorifiée. On peut craindre que certains nostalgiques du bruit des bottes ne voient que ce côté de la BD. Pourtant dans ce futur imaginaire, la solution finale existe toujours, et les SS ont même trouvé une autre utilisation pour les millions de déportés juifs. En conclusion, vivement que les Alliés remettent l'Histoire en bon ordre et donnent une bonne pâtée à ces tortionnaires sadiques.

 

« Wunderwaffen » (tome 3), Soleil, 14,50 €