31/03/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Tabou, Tintin

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Pas touche à la houppette ! Tintin, tel le dieu de la bande dessinée moderne, est devenu quasiment intouchable. Hergé, avant de mourir, a clairement dit qu'il ne voulait pas que son personnage lui survive. Sa veuve, Fanny, en fait encore plus. La moindre case extraite des albums est considérée comme une œuvre d'art, il est donc interdit de la reproduire sans l'autorisation de la fondation chargée de veiller sur l'héritage. Les avocats des éditions Moulinsart sont sollicités au moindre dérapage.

Dernier exemple en date un blog intitulé "Le petit XXIe", résumant l'actualité forte du jour en une seule image tirée des aventures du journaliste belge. Une idée pas vraiment novatrice, les animateurs du blog, journalistes à Libération, se contentent de prolonger au quotidien le numéro historique paru au lendemain de la mort d'Hergé (le 3 mars 1983), uniquement illustré de dessins du maître de la Ligne Claire.

Si les éditions Moulinsart sont dans leur bon droit, elles ont une nouvelle fois énervé les fans du petit reporter avec un jusqu'au-boutisme quasiment intégriste. Tintin, de héros contemporain, semble se figer dans un carcan passéiste de plus en plus rigide. Là où les majors américaines autorisent les fans à utiliser les images des super-héros (du moment que ce n'est pas pour les dénigrer), Moulinsart bloque toute initiative, même positive.

Cela n'augure rien de bon pour la parution, en 2052, d'un possible nouveau Tintin, une année avant que les droits patrimoniaux ne tombent dans le domaine public.

Chronique "De choses et d'autres" parue lundi en dernière page de l'Indépendant. 

30/03/2014

BD : gare au Ninja malvoyant de Blind Dog Rhapsody

 

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Si vous aimez les dialogues qui claquent et font sourire, cette BD est pour vous. Eric Hanna, le scénariste, a visiblement pris beaucoup de plaisir à imaginer les échanges entre ce héros non voyant, son maître fantôme ayant l'apparence d'un raton laveur et la pauvre serveuse de bar au chômage dont la principale utilité est d'avoir... de gros seins. Ça a le format d'un comics américain, mais l'histoire ressemble plus à un manga. Le héros, sans nom précis, est généralement nommé « sale bâtard blanc infirme ». Une insulte qu'il n'apprécie que moyennement. Expert en art martial, bien qu'il soit aveugle, il peut décimer une armée en quelques secondes. Sur les 100 pages de ce premier tome, il y a bien 40 pages de baston pure, avec os broyés et cervelles apparentes. Redec, le dessinateur, excelle dans ces combats aux noms si poétiques comme « attaque surprise de la queue cachée du crapaud » ou « Botte secrète de la chaussure flottante ». On rit beaucoup à la maladresse du héros, aux idées salaces du raton laveur et à la mégalomanie du méchant. Quant à Maï, la serveuse à forte poitrine, elle a d'autres atouts pour fasciner le lecteur.

 

« Blind Dog Rhapsody » (tome 1), Delcourt, 15,95 €

 

29/03/2014

BD : Brumes ensorcelantes

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On a parfois l'impression que toutes les sagas de fantasy se ressemblent. Il est vrai que la trame est souvent la même. Un ou une élue, des dieux en colère, quelques vaillants guerriers le tout saupoudré de trahisons. « Les brumes d'Asceltis », série écrite par Nicolas Jarry n'échappe pas à la règle. Mais on y retrouve quelques détails qui font la différence. Même après le changement de dessinateur (Istin a passé la main à Leoni et Negrin), Elya la jeune sylve reste sympathique. Mais surtout il y a la petite fée Nahi, si gironde avec ses petites ailes. Et aussi Galea, la blonde qui va prendre soin d'un bébé au destin immense. Galea peu vêtue, servante puis prostituée, mais au cœur d'or et prête à se sacrifier pour sauver l'enfant. Ce sixième tome voit le regroupement de tous les personnages principaux, une « convergence » qui se transforme en passage vers un autre monde.

 

« Les brumes d'Asceltis » (tome 6), Soleil, 13,95 €

 

28/03/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Comme NKM, allez voter, mais avec classe !

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Acte essentiel de la démocratie, le vote peut devenir glamour. Carrément orgasmique pour certains. Dans le dernier VSD, découvrez Nathalie Kosciusko-Morizet dans un de ces "moments de grâce" dont elle a le secret. La main suspendue au-dessus de l'isoloir, l'enveloppe encore au bout de ses doigts fins, elle rejette la tête en arrière, yeux fermés, cheveux en plein mouvement, telle une star hollywoodienne.

 

 

 

Je ne sais si elle ferait une bonne maire de Paris, mais dans le cas où elle échouerait dans sa conquête de l'Hôtel de ville, sa reconversion en mannequin est assurée. Même quand elle fume une clope en compagnie de SDF elle est lumineuse. A moins que tout cela ne soit qu'une mise en scène savamment orchestrée. Dans le secret de l'isoloir, elle fait la gueule comme tout le monde, craignant la défaite. Voire déchire rageusement le bulletin de son adversaire...

Un secret bien gardé car NKM n'a pas posté sa "selfisoloir", phénomène récurrent et distrayant de la longue journée de vote du premier tour des municipales. De petits malins ont eu la drôle idée de se photographier en cachette, bulletin de vote apparent, une fois le rideau tiré. Et de publier le cliché sur Twitter, Instagram et autre réseau social. L'exercice manque de variété mais présente l'avantage de favoriser la participation. Je suis sûr que certains se déplaceront dimanche uniquement pour exhiber leur bobine sur internet dans l'isoloir. Histoire de montrer aux amis qu'on est à la pointe de la tendance...

Mais positivons, cette nouvelle mode (éphémère par définition) est quand même beaucoup moins débile qu'un Harlem Shake.

Chronique "De choses et d'autres" parue ce vendredi en dernière page de l'Indépendant.

 

27/03/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Chroniques mort-nées

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Trouver une idée, une réflexion, un sourire ; bref un sujet pour cette chronique quotidienne s'apparente parfois à un véritable chemin de croix. Quand le vide résonne dans mon crâne tel l'écho dans le gouffre de Padirac, je n'ai plus que deux solutions : jeter l'éponge (j'ai déjà grillé trois jokers depuis le début de l'année) ou me lancer dans une recherche tous azimuts espérant en ressortir quelque chose d'exploitable.

Hier donc, à moins de 60 minutes de l'heure limite, j'ai phosphoré sur quelques thèmes. Les triangulaires aux municipales ? J'ai plein d'idées. Mais le propos est trop sérieux (risqué plus exactement) pour en rire.

Sur Twitter je découvre la dernière nouveauté commercialisée par la société Dorcel : un vibromasseur avec caméra intégrée. Là c'est le côté scabreux qui m'arrête rapidement.

Pourquoi ne pas me lancer dans une descente en flèche de Johnny Hallyday, acteur dans le dernier Lelouch ? Problème, j'ai vu le film en avant-première et à mon grand étonnement, j'ai trouvé le rocker vieillissant touchant dans son rôle de père délaissé.

 

Se moquer des chanteurs qui rêvent de faire carrière au cinéma, représente un filon pour certains (dont moi, j'avoue). Réalité de plus en plus infondée. Patrick Bruel, par exemple, se montre excellent dans l'adaptation des "Yeux jaunes du crocodile", roman de Katherine Pancol.

Reste la téléréalité. Trop convenu.

Sur le point d'abandonner, je m'aperçois que je suis trop long. Une fois de plus...

Chronique "De choses et d'autres" parue ce jeudi en dernière page de l'Indépendant

Cinéma : George, marionnettiste en sursis dans "Aimer, boire et chanter", dernier film d'Alain Resnais

Trois couples et un malade. Avec cette configuration inhabituelle, Alain Resnais imagine nombre de combinaisons dans Aimer, boire et chanter, son dernier film.

 

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George ! George ! George ! Elles sont trois, trois femmes mariées (Caroline Silhol, Sandrine Kiberlain et Sabine Azéma), toutes les trois de plus en plus obnubilées par ce fameux George, véritable vedette du dernier film d’Alain Resnais, « Aimer, boire et chanter ». Mais qu’a-t-il de si exceptionnel ce George dont tout le monde parle mais que l’on ne voit jamais ? Il est charmeur, vif, séduisant, plein d’allant... et condamné. Un cancer qui ne lui laisse que six mois à vivre.

 

 

Adaptée d’une pièce de théâtre anglaise, cette comédie met en scène trois couples. Colin (Hippolyte Girardot) est le médecin traitant de George. C’est lui qui vend la mèche à sa femme Kathryn qui s’empresse de le répéter à Jack (Michel Vuillermoz), meilleur ami du malade. Par ricochet, Tamara, femme de Jack l’apprend et l’annonce à Monica, l’ancienne compagne de George, aujourd’hui en ménage avec Simeon (André Dussollier), fermier. Des Britanniques aisés et cultivés, qui s’adonnent au théâtre en amateurs. Ils auront l’idée de proposer un rôle à George, histoire de lui changer les idées.

Quatre saisons

Alain Resnais a découpé son film au fil des saisons. L’annonce de la maladie se fait au printemps, les répétitions en été, les représentations en automne. L’hiver...

Rapidement, le rapprochement de George avec Tamara et Kathryn (actrices dans la pièce) va bouleverser leur quotidien. Elles vont tout faire pour l’aider et rapidement tomber sous le charme. Tamara, trompée par son mari, va se sentir désirée. Kathryn, qui s’ennuie mortellement, va redécouvrir la joie des imprévus. Quant à Monica, elle doute de plus en plus de son amour pour le paysan bougon et se met à regretter la vie avec George. Ce dernier, tel un marionnettiste se tenant hors cadre, manipule tout ce beau monde. Le paroxysme sera son idée de passer quinze jours de vacances à Ténérife. Il propose aux trois femmes du film de l’accompagner, séparément. Quand elles l’apprennent, elles sont sur le point de s’écharper. Les maris, trompés par anticipation, ils tombent dans les 36e dessous.

Comédiens impeccables, situations cocasses, rebondissement de dernière minute : “Aimer, boire et chanter” se laisse déguster comme un bon vin gouleyant, frais et plein de saveurs.

Alain Resnais s’est peut-être un peu reconnu dans cet homme de l’ombre, excellent directeur d’acteurs, obtenant ce qu’il veut d’hommes et de femmes fascinés par sa dextérité et son talent.

 

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Resnais ne nous fera plus rêver...

Film posthume, « Aimer, boire et chanter » sera donc l’ultime chapitre de longue et riche filmographie d’Alain Resnais. Décédé le 1er mars, il n’aura pas vu la sortie de son film. Mais savait qu’il était déjà apprécié puisqu’il a été récompensé au Festival de Berlin par le prix du “film ouvrant de nouvelles perspectives”. Une reconnaissance de modernité pour un cinéaste qui n’a jamais cessé d’innover. Malade, il n’était pas à Berlin. Il s’en désintéressait même. Son producteur a confié que Resnais pensait déjà au scénario de son prochain long-métrage.

A l’écoute des nouvelles tendances, Alain Resnais aimait la bande dessinée. Il a collaboré avec Bilal et pour cette comédie anglaise, il a fait appel à Blutch, dessinateur de Fluide Glacial. Les scènes se déroulent dans quatre maisons différentes. Après les images réelles, la liaison avec les décors de théâtre se fait par l’entremise de grandes illustrations de Blutch. C’est lui aussi qui signe l’affiche avec un George toujours aussi énigmatique, planant au-dessus des trois couples, la tête invisible, dans les étoiles.

26/03/2014

BD : Le flic et le vampire

 

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Énorme succès de librairie, le roman « Les vestiges de l'aube » de David S. Khara (Michel Lafon) bénéficie d'une jolie adaptation en BD. Côté textes, c'est Serge Le Tendre qui s'est frotté à cette histoire de flic américain et de vampire. Pour les dessins, Frédéric Peynet et son réalisme à toute épreuve dessine un New York noir à souhait. Barry Donovan est policier. Un bon. Fiable et efficace. Enfin, c'était vrai avant le 11 septembre. Dans l'attentat, il a perdu sa femme et sa petite fille. Depuis il erre de dépression en dépression, hanté par les images du bonheur passé. Quand il se retrouve sur une affaire de tueur en série, il ne se doute pas qu'un certain Werner Von Lowinsky l'observe. Il ne connait cet homme que par internet. Ils échangent sur des forums. Werner revit depuis la découverte du web. Il n'osait plus trop sortir de sa tanière, voir les humains s'agiter lui redonne un peu goût à la vie. Werner va donc aider Barry dans son enquête. Avec ses moyens. Werner est un vampire. Un mélange des genres qui passe parfaitement, entre romantisme et traque policière.

 

« Les vestiges de l'aube » (tome 1), Dargaud, 13,99 €

 

25/03/2014

BD : Lady Elza enquête

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Elle a du chien cette Lady Elza. Elle a aussi un chien, mais cela na rien à voir. Cette brune piquante, Anglaise jusqu'au bout des bottes de cuir, est née de l'imagination de Jean Dufaux. Pour lui donner un corps, Philippe Wurm a trempé sa plume dans une encre érotico-sensuelle. Une héroïne du style de celles que les fans de BD adorent tomber amoureux dans leurs rêves les plus fous. Au début de l'histoire, la belle cherche un appartement dans Londres suffisamment vaste pour accueillir ses 400 paires de chaussures. Elle pense avoir trouvé la perle rare. Problème, son ancien locataire a été assassiné et toutes les personnes intéressées par ce vaste duplex avec vue sur la Tamise n'ont pu signer le bail pour cause d'accident fortuit, au mieux invalidant, au pire mortel. En fait ce bien immobilier servirait de cachette à des photos compromettantes pour la famille royale. Lady Elza va foncer tête baissée dans le piège, mais sa ruse et son cynisme lui permettront de tirer les marrons du feu. C'est délicieusement british, subtil et alambiqué, du genre Blake et Mortimer en bas résille...

 

« Lady Elza » (tome 2), Glénat, 13,90 €

 

07:23 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : elza, dufaux, wurm, londres, reine, glénat

24/03/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : OK ou KO ?

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Au lendemain d'un premier tour d'élection, certains candidats sont OK, d'autres KO. Deux expressions anglaises entrées dans le langage courant mondial.

OK fête ses 175 ans. Un chercheur affirme que les deux lettres sont apparues pour la première fois le 23 mars 1839 dans un journal de Boston. Le OK est définitivement devenu populaire aux USA l'année suivante quand le candidat démocrate, Martin Van Buren l'a régulièrement employé au cours de sa campagne. Président sortant, il est battu. Le symbole du OK se retrouve KO... L'origine de OK est source de débats depuis des décennies. La thèse principale prétend que la locution serait l'abréviation de "orl korrekt", déformation de "all correct" (tout est correct). Preuve que les ravages des SMS écrits en parler phonétique ne datent pas d'hier.

Formule la plus souvent prononcée ou écrite sur toute la planète (devant maman), OK représente le symbole de cette Amérique triomphante, positive et prometteuse de réponses. Une popularité que l'on retrouve dans le cinéma, du mythique "Règlement à OK Corral" à l'inénarrable "C'est okay !" de Jacouille dans les Visiteurs.


les visiteurs,c'est okay !!! par flboss

Les Américains tentent même de mettre en place une journée mondiale du OK. Je suis pour, si on a l'obligation de répondre OK à toutes les demandes. "Patron, pour mon augmentation ?" "OK", "Chéri, tu me prêtes ta voiture ? "OK", "Maman, je peux sortir ce soir ?" "OK"... Quelle belle journée en perspective. Mais gare au KO le lendemain.

BD : Zita, joyeuse malade

 

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Si pour certains enfants, le langage médical équivaut à de l'hébreu, ce n'est pas le cas pour la petite Zita, surnommée Boule à zéro, héroïne touchante et attachante de la série Boule à zéro écrite par Zidrou et dessinée par Ernst. Zita a 13 ans, en paraît à peine 8 et vit dans cet hôpital depuis 9 ans. Elle souffre d'une sorte de leucémie et a tout subi, des ponctions lombaires, aux bombardements de protons en passant par les chimio. Le sujet est grave, les enfants malades, mais son traitement est particulièrement délicat. Juste ce qu'il faut d'émotion, quelques espiègleries (une spécialité de Zita quand sa maladie la laisse un peu en paix) et des personnages vrais, malades, docteurs, infirmières, visiteurs... Dans ce troisième volume de la série, Zita se fait une nouvelle amie. Evelyne, une gentille blonde. Plus pour longtemps. Son traitement lui fait perdre les cheveux par poignée. Il n'y a que Boule à zéro pour trouver cela marrant. Il est vrai que cheveux et poils ont déserté son anatomie depuis longtemps. Sa copine a une tumeur dans le cerveau. Pour la détruire, le combat va être épique. Avec Zita à ses côtés (elles sont dans la même chambre), ce sera compliqué et douloureux, mais amusant aussi.

 

« Boule à zéro » (tome 3), Bamboo, 10,90 €