30/11/2014

Livre : N'ouvrez jamais les yeux !

Dans un monde futuriste, plongé dans l'obscurité par nécessité, Josh Malerman fait trembler ses lecteurs sans jamais décrire la menace qui anéanti la planète.

 

malerman, bird box, calmann-levyLe premier incident est apparu en Russie. Un homme est pris de folie subite. Il tue plusieurs de ses proches et se suicide. Des phénomènes qui se reproduisent et se propagent. Comme une épidémie. Un premier cas est signalé en Alaska. Puis ce sont les autres états d'Amérique qui sont touchés. Les tueries suicidaires sont localisées puis généralisées. En quelques semaines il n'est plus question que de cela partout dans les médias. Après bien des suppositions erronées, il semble que les crises sont déclenchées par la vue de quelque chose. Certains parlent de « créatures » qui seraient en train d'envahir la planète. Mais cela reste en l'état de supposition. En fait, personne ne peut témoigner après avoir été touché par l'épidémie. Alors certains se disent que la meilleure façon de survivre reste de ne plus regarder dehors, de ne plus jamais ouvrir les yeux et de rester cloitré dans sa maison en espérant que cela va passer.

Ce préambule est expliqué dans les premières pages très percutantes et angoissantes de « Bird Box », premier roman de Josh Malerman, auteur américain également chanteur et parolier d'un groupe rock. La situation est décrite par l'intermédiaire de Malorie. Quand les premières crises sont apparues, elle vient d'apprendre qu'elle est enceinte. Elle n'a pas le temps de prévenir le père, rapidement le pays se met à l'arrêt. Plus de téléphone, de télévision, réseau internet coupé. Elle s'enferme dans la maison avec sa sœur, son seul soutien. Mais cette dernière, supportant moins bien la claustration volontaire, craque et regarde par la fenêtre. Elle finira deux heures plus tard dans la baignoire, totalement vidée de son sang après s'être tailladée les veines.

 

Voyage à l'aveugle

Malorie, paniquée à l'idée de se retrouver seule, va oser s'aventurer dehors et rejoindre une maison servant de refuge pour les derniers humains doués de raison. Elle y restera quatre ans.

Le roman est en fait scindé en deux parties, se déroulant en parallèle. Les scènes flashback où Malorie raconte son arrivée dans la maison, sa rencontre avec les autres survivants, comment ils ont mis au point une technique pour ne jamais plus prendre le risque de voir la cause de leur malheur. L'autre partie du roman se déroule quatre ans plus tard, Malorie doit quitter la maison avec deux enfants, une fille et un garçon sans prénoms, les yeux recouverts d'un bandeau, totalement aveugles dans un environnement hostile, pour descendre la rivière sur une barque rejoindre une hypothétique communauté à l'abri.

Entre paranoïa et survie, l'avenir de l'humanité semble sérieusement compromis. Il y a pourtant encore de l'espoir puisque Malorie attend un enfant. Mais la jeune fille ne peut s'empêcher de paniquer en imaginant ce que sera leur avenir. « L'accouchement auquel Malorie s'attend désormais ressemble à celui d'une mère louve : bestial, douloureux, inhumain. Il n'y aura pas de docteur, pas de sage-femme. Pas de médicaments ». Dans les faits, ce sera pire et constitue peut-être le passage le plus marquant de ce roman d'anticipation aux multiples scènes d'anthologie.

 

« Bird Box » de Josh Malerman, Calmann-Lévy, 20,90 €

 

 

 

 

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