30/09/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Plus rance que blanche

Ses nombreuses bourdes et déclarations tonitruantes ont longtemps provoqué rires et moqueries. Bien que privée de tout mandat depuis plusieurs mois, Nadine Morano, en star des réseaux sociaux et de télévision, est toujours sollicitée sur les plateaux pour donner son avis (et donc celui de son parti, les Républicains), sur tout et n'importe quoi.

Mais samedi soir elle a sorti une énormité : la France est un "pays de race blanche". Et d'ajouter : "Je n'ai pas envie que la France devienne musulmane". A priori, si une telle déclaration sortait de la bouche de Jean-Marie Le Pen, sa fille relancerait immédiatement une nouvelle procédure pour l'exclure du parti d'extrême-droite.

Nadine Morano se défend d'appartenir au Front National, elle clame par contre son sarkozisme zélé (tendance Droite forte). Loin de reconnaître sa boulette, elle persiste. D'autant que les premières indignations viennent de la gauche bien pensante, son ennemie de toujours. Heureusement d'autres voix condamnent sans ambages cette dérive raciste. NKM hier sur Europe 1 se montre la plus violente : "Je trouve ces propos exécrables." Plus subtil, Alain Juppé tweete un message repris des centaines de fois : "Un signe d'amitié ce matin à nos compatriotes d'Outre-Mer qui ne sont pas tous de "race blanche" mais qui sont tous Français à part entière."

Souvent Nadine Morano, par ses jugements à l'emporte-pièce, me rendait hilare. Samedi, la nausée m'a submergé, incapable de me reconnaître dans cette France plus rance que blanche.

29/09/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Merci Wiki

 Antoine Bello, écrivain, a offert une année de ses droits d'auteur à l'encyclopédie en ligne et participative Wikipédia. Une somme avoisinant les 50 000 euros en signe de sa reconnaissance pour la mine d'informations trouvées sur ce site enwikipédia, bello, don, écrivains, plagiat perpétuelle expansion.

Wikipédia, à ses débuts, était souvent décriée car peu fiable. N'importe qui pouvait y écrire n'importe quoi. Les phases de vérification et de validation ne représentaient pas la priorité. L'essentiel consistait à grossir le plus possible pour se placer systématiquement en tête des réponses aux questions les plus pointues dans les moteurs de recherche. Quelques scandales plus tard (décès "prématurés" de certaines personnalités, biographies trop flatteuses pour d'autres et même réécriture de l'Histoire), la communauté a passé vraiment plus de temps à vérifier les informations. De source peu crédible, Wikipédia est devenue référence absolue.

Dans plusieurs de ses romans, Antoine Bello reconnaît y avoir puisé anecdotes et informations, voire même inspiration. Juste retour des choses, indirectement, il "rémunère" ainsi les contributeurs bénévoles de Wiki. La démarche est noble, Antoine Bello appartient à ceux qui reconnaissent derrière chaque notice ou entrée, le travail de fourmis des passionnés dotés d'un immense "appétit pour la connaissance et son partage."

A comparer avec l'attitude hypocrite d'autres auteurs (Michel Houellebecq le cas le plus célèbre), politiques ou journalistes qui pillent allègrement Wikipédia grâce au "copier-coller, ni vu ni connu"...

DE CHOSES ET D'AUTRES : Anniversaire gratuit

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Mille cinq cents dollars la chanson. Très rémunérateur si la composition remporte un succès planétaire. La Warner Music, multinationale américaine, a cru conclure une excellente affaire en rachetant en 1988 les droits du cultissime "Happy birthday". Et de partir à la chasse aux utilisations de cette chanson universelle dans la moindre production audiovisuelle.

Un musicien et une réalisatrice préparent un film sur cette fameuse chanson, Warner leur réclame comme de juste 1 500 dollars. Mais comme ils maîtrisent bien le sujet, ils portent l'affaire devant le tribunal.

D'après eux, "Happy birthday" date du XIXe siècle. A la base il s'agit d'une comptine destinée aux jardins d'enfants. Les juges viennent de trancher. "Happy Birthday" est tombée dans le domaine public. L'histoire ne dit pas combien Warner a racheté les droits d'une chanson gratuite...

Une escroquerie comme une autre. Peut-être qu'au moment des négociations, les vendeurs ont fait miroiter les millions de droits sonnants et trébuchants que représente une ritournelle entonnée dans le moindre repas d'anniversaire, quasiment partout dans le monde puisqu'elle a été traduite en 18 langues.

Personnellement, légèrement allergique aux fêtes d'anniversaire (surtout le mien), j'aurais préféré une autre issue au procès. Ainsi, quand mes proches commenceraient à entonner l'air popularisé par Marilyn Monroe dans une version présidentielle torride, je crierais "Stop ! Vous n'allez quand même pas offrir 1 500 dollars au grand capital !".

28/09/2015

BD : Soldats inhumains dans "Drones" au Lombard

 

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La guerre est en pleine mutation. Si certains sont encore à monter des opérations commando avec risque de corps à corps, d'autres préfèrent utiliser toutes les nouvelles technologies pour prendre zéro risque. Les USA sont devenus experts dans cette technique, les nouveaux pilotes ne quittent plus leurs bases aériennes. Ils se contentent de piloter à distance des drones meurtriers. Sylvain Runberg dans « Drones » pousse cette logique à son maximum. Dans un futur proche, la Chine est devenue une poudrière. Les démocraties occidentales profitent du régime de fer pour implanter des usines à bas coût. Le peuple se rebelle et des groupes de libération harcèlent les polices locales. Sous couvert de lutte contre le « terrorisme », les armées européennes mènent des opérations de représailles. Dessiné par Louis, ce premier tome présente surtout les deux principaux personnages de Drones. D'un côté Yun Shao, la rebelle chrétienne, meneuse d'hommes et autonomiste. De l'autre Louise Fernbach, pilote de drone pour l'armée européenne, capable de tuer des dizaines de personnes puis, deux heures plus tard, d'aller chercher ses enfants à l'école. La guerre aseptisée avec des soldats inhumains. Cela fait peur....

 

« Drones (tome 1), Le Lombard, 13,99 €

 

20:11 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : drones, runberg, louis, guerre, lombard

BD : Tyler Cross se fait la belle

 

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Son premier album a fait sensation. Le second est encore meilleur... Tyler Cross s’affirme comme la nouvelle vedette du polar en images. Tyler coule des jours heureux au bord de la mer avec son amoureuse. Il accepte malgré tout un dernier coup. Facile. Sans risque. Une grosse embrouille en réalité. Il finit donc au pénitencier d’Angola à la Nouvelle-Orléans. Une prison qui fonctionne comme une petite entreprise. Il va donc devoir trouver une solution pour se faire respecter, puis se faire la belle. Cela lui prendra plus de 100 pages. Il devra éliminer le cador des Italiens, trouver quelques complices, échafauder un plan pour s’évader. Tout se préparant à récupérer le magot du coup “facile” et bien évidemment se venger des imprudents qui lui ont fait cette entourloupe. Véritable thriller écrit par Fabien Nury, ce roman graphique est mis en image par Brüno, virtuose des ambiances en noir et blanc. La pagination exceptionnellement longue lui permet de dérouler à l’envi les scènes essentielles, comme la bagarre dans le pénitencier ou la fuite dans les bayous. Du grand art, passionnant et palpitant.

 

« Tyler Cross » (tome 2), Dargaud, 16,95 euros

 

19:54 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tyler cross, prison, nury, bruno, dargaud

27/09/2015

BD : De la rural fantasy fromagère

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Wilfrid Lupano, excellent scénariste des « Vieux fourneaux » chez Dargaud, tel un couteau suisse multitâches, peut écrire sur tout et n'importe quoi. Comme des défis qu'il se lancerait, histoire de renouveler des genres manquant cruellement de variétés. Prenez la fantasy. Rien de plus manichéen et finalement peu enchanteur que ces univers de trolls, dragons, mages et autres héros flamboyants. Avec Lupano, la fantasy entre dans une nouvelle ère, celle dite « rurale et fromagère ». Pistolin, paisible berger, vit du commerce de ses pécadous, fromages issus de la fermentation du lait de ses cornebiques. Un berger simple, dans tous les sens du terme. Pas très futé notre paysan. Quand des mercenaires déciment son troupeau (il ne lui reste plus qu'une seule et unique biquette, Myrtille), il fait le serment de se venger et de tuer tous les mages du royaume. Le voilà donc parti en vadrouille pour trouver une solution à son problème. Il rencontre dans son périple une gentille fée, Pompette, adorant la potion magique, surtout si elle est très alcoolisée. Dessinées par Relom (Andy et Gina), ces pérégrinations un peu foutraques sont aussi improbables que réjouissantes. De l'humour extrême servi par un dessinateur réaliste qui s'ignorait.

 

« Traquemage » (tome 1), Delcourt, 14,95 €

 

Cinéma : L'amitié dans sa version égoïste

 

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Ami faire-valoir, ami roue de secours. Dans 'Les deux amis' de Louis Garrel, le partage n'est pas équitable entre Clément (Vincent Macaigne) et Abel (Louis Garrel).

 

Dans le vif du sujet dès la première minute. On croit aller voir une comédie française légère sur l'amitié et l'amour dans un triangle classique de deux garçons et une fille et on se retrouve dans la froide réalité d'une prison pour femmes. Mona (Golshifteh Farahani) sort des quelques minutes de bonheur que lui offre la douche du matin. Ensuite c'est la course. À travers les longs couloirs puis dans les transports en commun. En semi-liberté, elle travaille pour une sandwicherie dans la gare du Nord à Paris. Ce qu'elle a fait pour aller en prison, on ne le saura pas. Ce qu'elle fait pour en sortir est au centre du film. La semi-liberté implique une discipline de fer. Pas d'alcool, pas de retard, filer droit...

Le prix à payer pour retrouver sa dignité, sa fierté. Alors quand Mona rencontre Clément (Vincent Macaigne) doux dingue intermittent du spectacle, elle est sur ses gardes. Clément tombe fou amoureux et se lance dans une cour effrénée. Mona n'ose pas lui avouer la vérité. Le soir, elle prétexte un retour en banlieue chez ses parents pour s'éclipser. Alors Clément lui offre un cadeau. Sans le savoir il touche juste. Un oiseau en cage. Belle parabole qui est l'élément déclencheur du film. Mona refuse, rompt. Vincent, désespéré, demande conseil à son meilleur ami Abel (Louis Garrel). Ce dernier, écrivain raté, gardien de nuit dans un parking, multiplie les conquêtes après avoir été plaqué par son grand amour. Il est devenu cynique, froid. La face sombre de son duo avec Clément, malheureux en amour mais toujours capable de s'enflammer.

Caméra amoureuse

Louis Garrel, dont c'est le premier film en tant que réalisateur, ne s'est pas donné le beau rôle. Incapable d'aider son ami, il va au contraire le trahir après avoir kidnappé Mona. La jeune femme se retrouve, sans le vouloir, en cavale. Un drame pour son avenir. Mona désespérée, Clément rejeté, Abel au double jeu : rien ne va plus dans le trio. Sans rien apporter de grand nouveau au genre, ce long-métrage vaut surtout par le jeu de ses acteurs. Vincent Macaigne, en second rôle brillant, éternel dépressif, maladroit et touchant, prouve une nouvelle fois l'étendue de son talent. Ses yeux brillent d'amour pour la belle Mona, mais aussi pour Abel, cet ami de toujours, fidèle et honnête. Du moins le croit-il... Louis Garrel, en beau gosse sans scrupule, endosse aussi le rôle de dindon de la farce.

garrel, macaigne, Golshifteh Farahani, Preuve qu'il est clairvoyant. Mais les plus belles scènes restent celles où Mona déploie toute sa grâce et sa folie. La danse dans le bar de nuit, lascive et envoûtante, est filmée avec une caméra littéralement amoureuse.

26/09/2015

BD : La face cachée de Barcelone

 

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Christophe Arleston, quand il n’invente pas des jeux de mots rigolos pour ses séries de fantasy (Lanfeust, Trolls de Troy...), voyage beaucoup. Ces déplacements lui ont sans doute donné l’envie de les transformer en idée de série. Reste que la réalité ne l’intéresse que moyennement. Ce qu’il aime par-dessus tout c’est s’évader dans des mondes imaginaires, différents. Il a donc élaboré le canevas de la série “Ekhö, monde miroir” pour le dessinateur italien Alessandro Barbucci (WITCH, Sky Doll). La terre a un double. Comme une version inversée à travers un miroir. Deux mondes indépendants l’un de l’autre où se retrouvent deux humains normaux, Fourmille et Yuri. Ils ont fait le grand saut au cours d’une traversée de l’Atlantique en long-courrier. Quand ils arrivent à New York, c’est dans la réplique de la ville monde, celle où le fantastique et la magie ont droit de cité, contrairement à la technologie et aux sciences. Fourmille va tenter de s’adapter, devenir détective privée et mener des enquêtes en divers points de ce nouveau monde. Pour la quatrième aventure, elle découvre une ville de Barcelone encore plus baroque que la réelle. Elle devra sauver de la police son amie Grace (stripteaseuse) accusée d’avoir volé au grand artiste, un certain Salvator Dali, ses dernières créations. On apprécie les nombreux clins d’œil comme ce produit mis au point par le peintre pour ramollir les objets ou l’apparition d’un maître cuisinier, caricature savoureuse de Montalbà. Barbucci, qui vit désormais à Barcelone, a truffé aussi les rues de la ville de groupes de manifestants arborant les couleurs sang et or et réclamant une indépendance qui semble tout aussi hypothétique dans le monde miroir d’Ekhö... 

 

« Ekhö, monde miroir » (tome 4), Soleil, 14,50 euros (édition grand format en noir et blanc, 29,95 euros)

 

19:46 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ekho, arleston, barbucci, soleil

DVD : Défense de jouer au "Ouija"

ouija, horreur, jeuIl ne faut pas jouer seul au 'Ouija'. Quelques teenagers américains vont le regretter dans ce film d'horreur de Stiles White.Une planche avec l'alphabet dessiné dessus, un bout de bois avec une lentille grossissante au centre : un ouija, jeu qui a connu une belle renommée il y a quelques années aux USA. Au XIXe siècle, il était réservé aux adeptes de spiritisme désireux de contacter les esprits des morts. Par la suite c'est devenu une simple distraction pour les jeunes, pour connaître l'avenir. Ou se faire peur... Les scénaristes de 'Ouija', film réalisé par Stiles White (son premier film après avoir signé une dizaine de scripts tous plus horrifiques les uns que les autres) ont ressorti ce jeu des catacombes des soirées des teenagers américains pour en faire un film assez terrifiant.

Une fois la première mort violente présentée en long et en large, on peut découvrir les différents membres du groupe qui va être décimé au fil des minutes. Trois filles et deux garçons. Classique. Tout part de la volonté de Laine (Olivia Cooke) de comprendre pourquoi sa meilleure amie Debbie s'est suicidée. Elle retrouve un vieux Ouija dans la chambre de sa copine et persuade ses amis de se lancer dans une partie pour contacter leur amie récemment disparue. Avec un minimum d'effets spéciaux (excepté à la fin où, au contraire, il y en a un tout petit peu trop), le film parvient à faire peur de bout en bout. Quelques passages sont plus flippants que d'autres. La palme à la scène du grenier. Les acteurs manquent dans l'ensemble de charisme, exceptées l'interprète principale et Ana Coto qui joue la petite sœur de Laine, tendance gothique. Un excellent divertissement à voir en groupe, histoire de casser l'angoisse en riant. Ou au contraire de se faire encore plus peur...

'Ouija', Universal, 15 euros le DVD, 16,99 euros le blu-ray.

 

11:37 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ouija, horreur, jeu

25/09/2015

Livre : Les tourments d'une mère

 

Colm Tóibín imagine les tourments d'une mère face au sacrifice de son fils. Une réécriture de la mort de Jésus dans « Le Testament de Marie. »

 

Colm Tóibín, jésus, marie, dieu, robert laffontJamais elle n'a cru à cette légende. Jamais elle n'a cautionné son sacrifice. Jamais elle n'a accepté son départ, son abandon. Mais jamais, non plus, elle n'a cessé de l'aimer, son fils, le sien, pas celui de Dieu. Marie raconte à la première personne les derniers moments de son fils, Jésus. Elle se sent obligée de dire sa vérité car depuis quelques temps deux hommes viennent la voir tous les jours pour qu'elle raconte une version très déformée de la crucifixion et des dernières heures de celui qu'ils considèrent comme le fils de Dieu. Or Marie sait que la réalité est tout autre.

Colm Tóibín, écrivain irlandais au verbe lyrique et puissant, a écrit un tout nouveau testament avec les yeux d'une mère bouleversée par l'aveuglement de son fils, comme pris au jeu de ses disciples qu'elle décrit comme une « horde écumant le pays telle une avide nuée de sauterelles en quête de détresse et de peine. » Pour elle il n'y a pas eu de miracles, pas de signes divins, juste un aveuglement. Quand ces deux visiteurs viennent chez elle, Marie leur interdit de s'assoir sur une chaise. « J'ai décidé qu'elle resterait vide. Elle appartient à la mémoire, elle appartient à un homme qui ne reviendra pas, dont le corps est poussière mais qui avait autrefois une puissance dans le monde. Il ne reviendra pas. La chaise est pour lui car il ne reviendra pas. » Les deux hommes, sans doute des apôtres chargés de la protéger ou de la surveiller la contredisent. « Ton fils reviendra ».Et Marie de répondre : « Cette chaise est pour mon mari ».

 

Chair, os et sang

Le roman, court et intense, revient sur quelques passages de la vie de Jésus. Les noces de Cana ou la résurrection de Lazare. Mais l'essentiel du texte raconte le dernier jour, le jugement par Pilate puis la montée vers la colline et la mise en croix. Un symbole encore très présent dans les cauchemars de la narratrice. « J'ai eu le souffle coupé en voyant la croix. Elle était déjà toute prête. Elle l'attendait. Bien trop lourde pour être portée. » Cachée dans la foule qui réclame la mort de celui qui prétend être le fils de Dieu, Marie vit intensément ce fameux chemin de croix.

Mais elle y voit tout autre chose. Quand elle croise son regard, elle pousse un cri, veut se précipiter vers lui. « C'était l'enfant à qui j'avais donné naissance et voilà qu'il était plus vulnérable qu'il ne l'avait été même alors. Quand il était bébé, je m'en souviens, je le berçais en pensant que j'avais désormais quelqu'un pour veiller sur moi quand je serais vieille. Si j'avais pu imaginer, même en rêve, qu'un jour viendrait où je le verrais ainsi, tout sanglant au milieu d'une foule zélée avide de le faire saigner davantage, j'aurais crié de même, et ce cri aurait jailli d'une partie de moi qui est le centre de mon être. Le reste n'est que chair, os et sang. » Une mère, souffrant pour son enfant malgré ses errements et trahisons, voilà la vérité que raconte Colm Tóibín dans ce remarquable texte.

Michel Litout

 

« Le Testament de Marie », Colm Tóibín, Robert Laffont, 14 €