29/11/2015

Livre : Politique fiction à droite toute !

Pour beaucoup d'observateurs, l'élection de 2017 sera une revanche de 2012 entre Hollande et Sarkozy. Geoffroy Lejeune imagine la victoire d'un outsider : Éric Zemmour.
 
Faut-il aimer se faire peur ? Imaginer le pire pour se contenter du raisonnable ? On se pose forcément la question en refermant ce livre de politique fiction signé par un rédacteur de « Valeurs actuelles », hebdo ouvertement à droite pour ne pas dire à l'extrême droite. Geoffroy Lejeune se met dans la peau d'un journaliste chargé de couvrir la campagne présidentielle de 2017. Affecté au staff de Marine Le Pen, il se réjouit d'être enfin dans le camp qui a toutes les chances de l'emporter. Mais avant cela il raconte comment, en coulisses, tout se met en place. Par exemple il détaille la façon dont Sarkozy l'emporte aux primaires des Républicains et fait le ménage autour de lui. Il découvre également comment le Front National se retrouve profondément divisé depuis que sa présidente décide de la dédiabolisation et surtout de l'inflexion de la ligne vers un nationalisme protecteur qui doit beaucoup aux idées de Chevènement. Conséquence, les plus à droite du FN se rebellent. Le père, mais surtout la nièce, Marion, obligée de quitter le parti pour désaccord et tentée de se retirer de la vie politique.
Mais un phénomène va la faire changer d'avis. Quelques conseillers occultes, dont le sulfureux Patrick Buisson, sont persuadés que les Français ne veulent pas d'un remake de 2012. Ils font tout pour qu'un outsider émerge. L'énorme succès de librairie du « Suicide français » d'Éric Zemmour les persuadent qu'il peut être l'homme de la situation. Clairement à droite, mais pas trop sectaire, apprécié par une large frange de la population pour sa façon d'exprimer avec des mots simples ce que certains pensent sans oser le dire. De plus, considéré par les autres candidats comme un saltimbanque, il cache bien son jeu.
 
Zemmour, du saltimbanque au président
Buisson se lance dans la bataille quand il est persuadé que Sarkozy n'a plus aucune chance de l'emporter, tant devant Hollande que Le Pen, mal conseillé par une Carla beaucoup trop à gauche selon certains. Le conseiller qui a enregistré secrètement ses conversations avec l'ancien président se réjouit de lui annoncer sa décision : « Nous ne travaillerons plus ensemble, Nicolas, c'est fini. Tu ne peux plus gagner et je ne te fais plus confiance. Tu as trahi, tu trahiras. » Sarkozy se montre menaçant mais Buisson a cette réplique qui éclaire peut-être l'ancien président sous un jour nouveau : « Je te connais par cœur, Nicolas. Tu as beaucoup de défauts, mais le pire d'entre eux, c'est que tu ne sais pas tuer. C'est ta plus grande faille. » Trop gentil Sarkozy ? Étonnant, mais c'est bien sous cet aspect qu'il est décrit.
Par contre Hollande est machiavélique. Il devine l'impact Zemmour. Une division supplémentaire de la droite qui ne peut que lui être bénéfique. Sauf si il parvient à coiffer sur le poteau les autres candidats. Il va alors ratisser très large, de NKM à Marion Maréchal-Le Pen, en passant par quelques apparatchiks de gauche. Ce texte se lit comme un thriller, avec trahison et coups de théâtre. Il y a même quelques morts célèbres. Comme un antidote à ceux qui croient trop vite que tout est déjà joué.
Michel Litout
« Une élection ordinaire », Geoffroy Lejeune, Ring, 18 euros
 

 

 

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