28/02/2017

Livres de poche : histoires d'amours multiples, futures et familiales


Olympe est une femme pressée. 37 ans, galeriste réputée, elle butine de Paris à New York avec cette énergie conquérante, irrésistible, qu’engendre la liberté en étendard. Ce qu’elle désire, elle le prend. Jusqu’au jour où, rencontrant trois indociles (ses semblables, ses pareils), elle se prend au jeu de l’art et de l’amour. Murielle Magellan, au style direct et vif, dresse le portrait réussi d’une femme d’aujourd’hui.
➤ « Les indociles », Pocket, 6,95 €


Émile a quinze ans. Il vit à Montargis, entre un père doux-dingue et une mère qui lui teint les cheveux en blond depuis toujours, parce que, paraît-il, il est plus beau comme ça. Quand la fille qui lui plaît plus que tout l’invite à Venise pour les vacances, il est fou de joie. Seul problème, ses parents décident de l’accompagner... Dans ce road-book d’Ivan Calbérac, l’humour se mêle à l’émotion.
➤ « Venise n’est pas en Italie », Le Livre de Poche, 7,60 €


Jean-Michel sombre dans la nuit, absent à tout. Sa femme lutte à ses côtés, espérant que son amour inébranlable pourra faire revivre l’homme qu’il était avant. Face au déclin de ce père tant aimé, sa fille trouve un moyen de tenir le malheur à distance en tenant un journal. À travers ce vibrant hommage à son père, Marie Griessinger tente de conjurer le mauvais sort. Tout s’efface, mais les écrits restent.
➤ « On reconnaît le bonheur au bruit qu’il fait en s’en allant », Milady Poche, 6,90 €


De choses et d'autres : On regrette déjà iTélé

 Dans la nuit de dimanche à lundi, iTélé a cédé la place à Cnews. Pendant les premières heures, les réseaux sociaux ont beaucoup jasé sur la nouvelle mouture de la chaîne d’info du groupe Canal +. Pas à cause de la moyenne d’âge des recrues (entre Elkabbach et Poivre d’Arvor, on frise l’exploitation du quatrième âge) mais de deux séquences qui, au minimum mettent mal à l’aise. Dans les journaux de la nuit, à propos de la famille disparue à Orvault, interview surréaliste de Lilie Delahaie présentée comme « profileuse ». Devant une entrée de métro, elle explique avoir rêvé d’un « jeune qui assassinait sa famille ». Un cauchemar qui se déroulait au bord de la mer, avec de grandes vagues « comme la Bretagne ou la Loire-Alantique »... Moi-même, j’ai récemment rêvé d’une Peugeot (voiture du fils, activement recherchée par les enquêteurs). A qui dois-je révéler cette information vitale ? A la rédaction de Cnews ou aux policiers ?
Second éclat de la nouvelle chaîne pour son premier jour, un dé- bat sur la chirurgie esthétique. A 9 heures du matin. Un « expert » raconte avec naturel comment il agrandit les pénis au repos avec des injections d’acide hyaluronique. Selon lui, un homme n’est pas perturbé par son pénis en érection mais quand il est au repos. Le fameux « complexe du vestiaire » à propos duquel Pascal Praud, ancien journaliste sportif, s’est longuement épanché. Visiblement, il sait de quoi il parle... 

(Chronique parue le 28 février en dernière page de l'Indépendant)

27/02/2017

Roman : Cyril Massarotto invente le monologue à deux

 



"QUELQU’UN À QUI PARLER". Cyril Massarotto joue avec le temps. Son narrateur va dialoguer avec son double enfant.

Nos rêves d’enfant prennent-ils fin un jour ? Cette question est lancinante dans le nouveau roman de Cyril Massarotto. L’ancien instituteur des Pyrénées-Orientales, devenu écrivain à plein-temps, semble encore nostalgique du contact avec les enfants. Ils tiennent régulièrement une grande place dans ses livres et ce huitième opus ne déroge pas à la règle. Samuel le narrateur, fête ses 35 ans.
■ Un simple coup de fil
Seul. Employé dans une société spécialisée dans les habits pour chien, il n’a quasiment pas de vie sociale en dehors des repas avec ses voisins du dessous, les « M & M’s » Marcel et Marceline. Il passe ses journées dans son petit bureau à imaginer des slogans publicitaires. Depuis très longtemps. Trop. Mais son patron, un tyran l’apprécie : il peut le martyriser à loisir. Un peu désenchanté donc le Samuel, à se remémorer l’époque où il était plein d’ambition (devenir écrivain...) entouré de copains, heureux chez ses parents. Il se souvient tellement bien de l’époque qu’il a toujours en mémoire le numéro de téléphone de la maison.
Sur une impulsion il le compose et quelqu’un décroche. À l’autre bout du fil, la voix d’un enfant. Un gamin de 10 ans. Samuel aussi. Le jeune. L’excellente idée de départ de Cyril Massarotto (les dialogues entre Samuel 35 ans et Samuel 10 ans) lui permet ensuite de dé- rouler son intrigue en toute décontraction car le lecteur est happé par cette relation dans laquelle il ne peut que se projeter. L’occasion d’émouvoir ou d’amuser. Côté émotion les larmes silencieuses de l’enfant et cet aveu de l’adulte « C’était ma grande fierté : personne n’a jamais su que j’étais un petit garçon désespéré ». On imagine facilement que Cyril Masarrotto a beaucoup mis de lui-même dans le personnage de Samuel. Entre sa phobie de l’avion et ses envies d’écrire, il a certainement puisé dans ses souvenirs.
Cela ne l’empêche pas de glisser dans le fil du roman des considérations plus générales qui sont devenues un peu sa marque de fabrique. Sur l’amitié : « Chacun sait plus ou moins comment l’on fait pour tenter de séduire quelqu’un, mais il n’y a pas de recette pour se faire des amis ». Les ruptures : « La vie après un amour envolé se couvre d’une boue épaisse dans laquelle on patauge en essayant de ne pas se noyer. » Reste ce dialogue vivifiant entre un enfant plein d’espoir et un adulte résigné. Un dialogue constructif qui permettra à Samuel de s’envoler, au propre comme au figuré.  
➤ « Quelqu’un à qui parler », Cyril Massorotto, XO éditions, 18,90 €

De choses et d'autres : Les craintes de Trump


Il a beau être devenu l’homme le plus puissant du monde, Donald Trump n’en reste pas moins prévoyant. Avant même de prendre possession de la Maison Blanche, il a tout compris au fonctionnement des nouvelles technologies. Selon une enquête de CNN, Trump depuis une dizaine d’années, achète tous les noms de domaines possibles et imaginables autour de son nom. Plus de 3 600 au total. Pour ses affaires bien évidemment (son nom est aussi sa marque) mais aussi avec des arrière-pensées plus étonnantes. En effet il a fait une razzia du côté des noms négatifs. Si après l’élection de Nicolas Sarkozy il était possible de créer un site internet à l’appellation explicite de Sarkozy-dé- gage.com, inutile d’essayer pour Trump. Déjà pris. Par le principal intéressé. De même que les variantes qui associent son patronyme à toutes sortes de mots peu reluisants tels escroc, voleur, fraudeur ou les phrases simples comme « Trump doit partir » ou « Votez contre Trump ». Du verrouillage médiatique de très haut niveau.
Alors pour contrer le président US si décrié il ne reste plus que... la sorcellerie. Des sorciers du monde entier se sont donné rendez-vous vendredi soir devant la Trump Tower pour lancer un sort au vainqueur de l’élection. Le rituel sera reconduit à chaque lune décroissante jusqu’à son départ du bureau ovale. Paradoxal car si Trump avait vécu au Moyen âge, avec sa chevelure tirant sur le roux, il aurait vite terminé son mandat sur un bûcher. Pour sorcellerie justement. 

26/02/2017

DVD et blu-ray : The Magicians, une série entre fantastique et merveilleux

 


Adapté des romans de Lev Grossman (parus en France aux éditions de l’Atalante), « The Magicians » a des airs d’Harry Potter pour jeunes adultes. La saison 1, composée de 13 épisodes, nous plonge dans l’école de Brakebills, une école secrète où les jeunes ayant un don sont repérés et canalisés. Le personnage principal est Quentin (Jason Ralph), amateur de tour de cartes et surtout grand rêveur. Il ne se sépare jamais de ses chroniques de Fillory, série fantastique pour enfants. Introverti, il se dévergondera au contact d’Alice (Olivia Taylor Dudley), une surdouée qui est à la recherche de son frère, disparu de Brakebills quelques années plus tôt. Un duo épaulé par un voyageur, médium capable de se déplacer de monde en monde et deux dandys très borderline (Hale Appleman et Summer Bishil). Quentin découvrira alors que Fillory existe véritablement, mais que c’est un monde plus dangereux que le pays coloré décrit dans les romans. On apprécie particulièrement dans cette série les rapports complexes entre les jeunes magiciens. Des histoires d’amour se nouent, mais ce n’est pas l’essentiel de l’intrigue.
Un premier arc décrit le parcours de Julia (Stella Maeve), meilleure amie de Quentin et refusée à Brakebills. Elle rejoindra des sorciers dissidents qui veulent détruire l’école. Et dans les derniers épisodes, toute la bande va se rendre à Filory pour tenter de tuer « La Bête », le grand méchant de la série. Quelques effets spéciaux permettent de donner du crédit aux tours et autres enchantements.
Les décors de l’école sont d’une grande beauté mais la suite, à Fillory, annonce encore plus de surprise et de féerie. La saison 1, disponible en DVD avec de nombreux bonus dont un bêtisier, des scènes coupées et un long reportage sur le monde imaginé par Lev Grossman, va être diffusée prochainement sur la chaîne Syfy en France, la saison 2 étant déjà à l’antenne aux USA.
➤ « The Magicians », Universal Pictures Vidéo, 29,99 € le coffret blu-ray, 24,99 € le DVD.

25/02/2017

BD : Oublier les malheurs de l’enfance




Espé, après avoir illustré des séries réalistes scénarisées par Corbeyran (Le Territoire, Sept jours pour une éternité ou Châteaux Bordeaux), délaisse ces mondes imaginaires pour se pencher sur une histoire triste et dramatique : la sienne. Il a huit ans et sa maman est souvent absente. Elle fait des crises. Seule solution : l’hospitaliser dans une clinique psychiatrique. Sous forme de petites histoires courtes, il raconte comment il vit cette situation si compliquée. Une mère entre folle hystérique et zombie rendue amorphe par les médicaments. Mais il a quand même de beaux moments, comme cette balade en famille au Pic de Nore près de Carcassonne. Rarement une BD parvient à ce point à émouvoir le lecteur. Une réussite qui en plus se termine sur une note optimiste avec la naissance du premier enfant de l’auteur, dans une maternité d’Ariège où il a décidé de s’installer avec sa petite famille.
➤ « Le perroquet », Glénat, 19,50 € 

09:17 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : perroquet, enfance, espé, glénat

De choses et d'autres : Parlez-vous le baraki ?




Il existe des spécificités locales qui méritent le détour. Carrément une encyclopédie en ce qui concerne le baraki, terme belge se rapprochant du beauf français. Philippe Genion, expert en belgitude (c’est son troisième ouvrage sur le sujet) résume ce livre par ce sous-titre savoureux : « De l’art de vivre en jogging en buvant de la bière ». Il faudrait aussi rajouter « en mangeant des frites et des fricadelles avec les doigts devant un match de foot à la télé ». Il suffit de passer quelques jours dans n’importe quelle petite ville du Plat Pays wallon pour en croiser des dizaines dans les friteries, cafés et autres lieux publics où ils aiment se rencontrer. Dé- couvrir le quotidien d’un baraki est hilarant.
Je n’aime pas me moquer des gens (jusqu’à preuve du contraire, le baraki reste vaguement humain), mais je ne peux que me gondoler aux descriptions de l’auteur. A 99 % masculin, le baraki n’est jamais efféminé mais peut parfois se décliner au fé- minin : « Les femelles barakies portent le plus souvent des tee-shirts ornés de petites perles style faux diamants ou de petits clous en métal argenté formant des lettres genre Macumba Club ». Et à la fin du livre, conquis, vous vous exclamerez, « Alley, encore une jatte ? »
➤ « L’encyclopédie du baraki », Philippe Genion, Points, 10 €

24/02/2017

BD : Paul Dini et le justicier masqué




De l’influence des héros imaginaires dans nos vraies vies, tel aurait pu être le titre de cet album de BD dessiné par Eduardo Risso et écrit par Paul Dini. Ou plus exactement des héros que l’on a imaginé. Paul Dini raconte dans ces pages comment Batman, le personnage dont il écrivait les aventures (Batman, la série animée) au moment des faits, lui a permis de surmonter l’épreuve. Dini dans cette autofiction se décrit comme un geek heureux, gagnant bien sa vie en faisait ce qu’il aime le plus : raconter des histoires. Mais un soir, dans un jardin public, il est agressé par deux jeunes voyous. Laissé pour mort, le crâne défoncé. Et de se demander pourquoi dans la réalité il n’y a pas de super-héros masqué pour vous défendre. Une longue introspection très édifiante sur l’état d’esprit actuel des Américains, blancs, cultivés et célibataires.
➤ « Dark Night, une histoire vraie », Urban Comics, 14 €

23/02/2017

DVD : avec "Nocturama", la nuit, la jeunesse se meurt

 


Déconcertant. Abrupt. Sombre. Il n’y aura jamais assez de termes pour décrire la première impression à la fin de « Nocturama », film de Bertrand Bonello qui sort en DVD. Parler du terrorisme est particulièrement risqué ces dernières années. Le projet, dans les tuyaux depuis 2011, a mis longtemps avant d’être bouclé. Et entretemps il y a eu le 13 novembre 2015... Cela n’a pas empêché le réalisateur de Saint-Laurent et de l’Apollonide d’aller jusqu’au bout de son idée. Un film dual, en deux parties bien distinctes. La première heure se déroule dans Paris. Sept jeunes, sans un mot, se déplacent rapidement. Ils prennent le métro, vont dans des parkings souterrains, récupèrent des sacs plastiques. La tension est permanente, la caméra les suit dans cette course effrénée qui ne laisse que peu de temps de respiration au spectateur pris dans cette maestria effrénée.
■ Attentats
Une longue mise en place qui finalement aboutit à une série d’attentats simultanés dans divers lieux de la capitale. Un directeur de banque est abattu à bout portant, des bombes font exploser un étage d’une tour dans la Défense, des voitures et même une salle de réunion du ministère de l’Intérieur. On comprend aux cibles que ces jeunes sont en rébellion contre la société, mais il n’y a pas de message frontal dans Nocturama. Au contraire, le réalisateur raconte dans un entretien en bonus au DVD qu’il est parti du constat que la France est devenue une « cocotte-minute » prête à exploser. Et d’estimer que « de temps en temps dans l’Histoire, il y a une insurrection, une révolution. Un moment où les gens disent stop. Il y a un refus. » C’est ce que portent ces jeunes issus de tous les milieux. Avec quelques symboles forts comme cette gamine de banlieue qui badigeonne la statue de Jeanne d’Arc d’essence avant d’y mettre le feu.
Une fois les attentats perpétrés, ils se donnent tous rendez-vous dans un grand magasin juste avant la fermeture des portes. Un ami, employé comme vigile, neutralise le système de surveillance. La seconde partie du film passe de la vitesse à la lenteur, de la lumière à l’obscurité. Ils attendent, sans nouvelles des événements à l’extérieur. Ils sont coupés du monde et décident, pour passer le temps de profiter de toute cette société de consommation triomphante. Musique à fond, beaux habits, maquillage et bijoux, ils s’offrent une parenthèse. Comme pour oublier qu’ils sont devenus depuis quelques heures des meurtriers.
Ce portrait de la jeunesse insurgée sonne juste. Le réalisateur a fait un savant mélange en jeunes acteurs et amateurs, recrutés directement dans ces milieux d’extrême gauche toujours à la limite de la lutte armée, du terrorisme. Un film parfaitement maîtrisé au niveau de la réalisation, à la bande son très soignée, la première partie directement écrite par le réalisateur pour amplifier la tension, la seconde composée de reprises comme « My Way » ou la musique d’Amicalement vôtre. C’est virtuose, même si on regrette une fin un peu pauvre en propositions, sans la moindre surprise pour le spectateur.
 ➤ « Nocturama », Wild Side Vidéo, 14,99 € le DVD


De choses et d'autres : De Mehdi à Marcelin


A l’affiche depuis hier au cinéma, le film « Split » de M. Night Shyamalan raconte l’histoire d’un homme qui a 23 personnalités cohabitant dans son esprit. Une schizophrénie extrême terrifiante. Mehdi Meklat semble, lui aussi, souffrir de cette maladie mentale. Le jeune homme, célèbre depuis ses interventions sur le Bondy Blog, est la coqueluche des médias. Il assure une chronique sur France Inter et vient de publier un roman au Seuil.
A priori l’exemple même du jeune de banlieue qui s’en sort, tout en restant fidèle à son milieu d’origine. Problème, Mehdi est aussi Marcelin. Une schizophrénie issue des réseaux sociaux. Quand il s’est lancé sur Twitter, Mehdi, pas encore connu, a utilisé le pseudonyme de Marcelin Deschamps. Et ses messages étaient tout sauf des appels à la tolérance. Diatribes antisémites, appel au meurtre de Charb, misogynie exacerbée et apologie du terrorisme.
Devenu connu, Mehdi a repris son nom d’origine. Mais les tweets sont restés. Une fois le pot aux roses découvert, il s’est justifié en disant qu’il s’agissait d’un personnage fictif. Histoire d’explorer « la notion d’excès et de provocation ». Pourquoi pas, les comptes parodiques sont légion sur Twitter. Mais encore fallait-il le préciser d’entrée. Pris au premier degré, ces messages de haine ont conforté dans leur position radicale certains lecteurs. Et au final, Mehdi Meklat n’aura fait qu’amplifier la tendance détestable de la libération de la parole raciste.