21/03/2017

Thriller : Gamins américains à l’école de la vengeance

 


Un innocent, une fois condamné, peut devenir la pire des racailles. Car rien de plus marquant et de formateur que l’injustice. Le nouveau thriller de Claire Favan, romancière française mais qui aime placer ses intrigues dans l’Amérique actuelle, raconte d’abord une erreur judiciaire.
Max, un jeune Américain, vivant seul avec sa mère, survivant en accumulant les petits boulots, est accusé du meurtre d’un adolescent, son meilleur ami. Il nie, mais l’enquête, expédiée et à charge, le condamne à la réclusion à perpétuité. Quelques années plus tard, le véritable meurtrier est retrouvé. Max est libéré et largement indemnisé. Mais cela ne lui fait pas oublier le shérif qui l’a arrêté, l’avocat qui l’a mal défendu, le juge qui l’a condamné ou le maton qui l’a placé entre les mains de son colocataire de cellule.
Max sort de son enfermement avec un seul et unique but : se venger. Il achète un campingcar et rode dans l’entourage de ses tortionnaires. Il est patient. Et surtout a envie de faire du mal indirectement à ses victimes. Il enlève trois de leurs très jeunes enfants et les dresse littéralement comme des chiens. Cameron, Randall et Dylon deviendront ses bras armés. Des gamins coupés du monde, endoctrinés pour haïr la société, formés pour tuer vite et sans le moindre remord.
Trois anges de la mort que Max teste en groupe ou en solo. A trois, ils peuvent massacrer une famille de quatre personnes. En solitaire ils tuent des clochards, des dealers ou des commerçants pour voler le contenu du tiroir-caisse. Cameron, le premier formé, est le plus intelligent, Randall le plus fort et violent, Dylon le plus lâche, mais il sait aussi tuer froidement, même des « innocents » s’il est en difficulté.
■ Ange ou flic ?
Toute la première partie du roman est consacrée à cette phase d’apprentissage, au domptage de ces petits anges. A la fin, Cameron, persuadé que Max lui ment, dé- cide de s’enfuir. Il sera adopté par une famille de Floride. La seconde partie de déroule 15 ans plus tard. Cameron, comme pour se racheter de ses années de violence qui sont toujours restées secrètes, est devenu policier.
Un inspecteur brillant, aux résultats exceptionnel. Normal car « entre sa connaissance pratique du mal et l’apprentissage de la théorie, Cameron a une bonne longueur d’avance sur les flics lambda. » Sur la piste d’un tueur en série, il le localise après avoir utilisé comme appât la seule rescapée de ses griffes. Une arrestation largement médiatisée, c’est comme ça que Max retrouve la trace de Cameron. Max qui depuis a d’autres anges tout aussi bien dressés qu’il va lancer aux trousses de son premier enfant, celui qui l’a trahi.
Un univers très sombre, où toutes les limites sont bannies. Pourtant à la base, Max comme Cameron n’ont pas de prédestination à la violence. Ils deviennent tueurs par hasard, au gré des erreurs de certains ou de la volonté des autres. C’est aussi la principale interrogation du roman de Claire Favan : dans le fond, n’est-on pas tous un peu prédestinés à devenir des assassins ?  
➤ « Dompteur d’anges » de Claire Favan, Robert Laffont, 20 €

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