26/04/2017

Cinéma : Musique contre horreurs nazies dans le film "Django"

DJANGO. Musique tzigane et jazz manouche face à la persécution par les nazis. 


L a salle est guindée. Sérieuse. Dans le parterre, des civils français. Aux balcons les officiers allemands. Tous attendent la prestation de Django Reinhardt et sa formation le Hot Club de France. Nous sommes à Paris en 1943. La France est occupée par l’armée allemande. Elle règne en maître sur la capitale. Les rafles ont débuté. Juifs, homosexuels, militants politiques et gitans sont les premiers visés. Django, manouche d’origine belge, est un musicien reconnu. Il déplace les foules. Encore plus depuis que les interprètes américains ont quitté l’Europe en guerre.


Dans ce monde de violence, sa musique est une formidable échappatoire pour ceux qui le peuvent. Lui est en dehors de tout. Seules comptent sa guitare, sa musique, sa femme Naguine (Beata Palya) et sa mère Negros (Bimbam Merstein). Sur scène, il se transforme, fait swinguer sa guitare, entraîne le public dans des rythmes inconnus. Et malgré la tristesse d’un pays à terre, un petit espoir renaît, quelques notes de musiques envoûtantes pour faire oublier le quotidien composé de bombardement, de rafles et de rationnement. Résultat le public se lève, se trémousse, danse...
Le film d’Etienne Comar, jusqu’à présent scénariste, montre comment on peut accepter quelques minutes d’insouciance dans un long cauchemar grâce à la beauté de la musique. Mais la réalité rattrape tout le monde. Même Django, persuadé pourtant de pouvoir échapper à tout en raison de son talent. Quand les autorités allemandes dé- cident qu’il doit se produire à Berlin, devant les troupes pour remonter le moral des soldats du front de l’est, des amis lui conseillent de ne pas s’y rendre. Au motif qu’il risque ne plus jamais revenir.
■ Fuite vers la Suisse
Ce refus est le début de ses ennuis. La gestapo découvre tout à coup qu’il est gitan. Une « sous-race » selon la terminologie aryenne. Ne se sentant plus en sécurité, il profite des réseaux de sa maîtresse Louise de Clerk (Cécile de France) pour tenter de rejoindre la Suisse. Avec femme et mère, il se rend incognito à Thonon-les-Bains et attend dans une grande villa puis dans la roulotte de « frères » manouches, le signal de la résistance.
Ce biopic, fortement romancé, n’est pas un résumé savant de la vie de ce musicien d’exception. Seulement une petite partie de sa vie, au moment où il comprend que même avec des doigts de fée courant sur le manche d’une guitare et une parfaite maîtrise du rythme, un gitan reste un gitan pour les Allemands racistes. Aveugle face à cette réalité, il va la deviner petit à petit durant sa cavale pour finalement la subir de plein fouet, obligé de fuir en plein hiver à travers les montages pour sauver la vie de sa famille.
Porté par Reda Kateb, le film, en plus d’une impression de vérité absolue, est parsemé de morceaux de musique qui le transforment parfois en superbe concert filmé. Et comme à l’époque, les rythmes jazz et manouche mélangés donnent une furieuse envie de taper du pied en mesure pour les discrets, de se lever de son siège et de danser pour les plus audacieux.

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