03/07/2017

Polar : Âme prisonnière d’un amas de chair

 


Ne pas devenir folle. Continuer à y croire. Survivre. Sarah s’accroche. Mais comme le laisse entendre le plan du roman noir d’Elsa Marpeau, son histoire passe par trois phases : le paradis, le purgatoire puis l’enfer.
Sarah est la femme active typique de notre société. Jeune,belle, célibataire, à force de travail et de persuasion elle est parvenue à se faire une place dans un monde exclusivement masculin : les rallyes automobiles. Jusqu’au jour du crash. Une sortie de route à pleine vitesse. Son copilote est tué sur le coup. Elle, ramassée en morceaux. Des plaies mais surtout une colonne vertébrale abîmée. Elle va se retrouver bien malgré elle définitivement sur quatre roues. Moteur et vitesse en moins.
■ Immobilité
La première partie du roman passe du pessimisme à l’espoir. Sarah broie du noir. Après de multiples opérations et un long séjour à l’hôpital, elle est envoyée dans un centre de rééducation sur les hauteurs du Massif central. « Elle passera le printemps, l’été au centre, clouée dans son fauteuil. Cet ersatz grimaçant de sa voiture. Avant elle se confondait avec l’acier et le vent; aujourd’hui elle est acier et immobilité. » Le désespoir la gagne jusqu’à sa rencontre avec Clémence. Une autre cabossée de la vie. Cancer du sein. Suivi d’une dépression. Elle est belle, joyeuse, dessine et peint avec talent.
Un rayon de soleil pour le quotidien morne de Sarah.Les soins quotidiens d’un kiné très doux et investi la font progresser et elle n’est pas indifférente au regard ténébreux d’un aide soignant. Peut-elle devenir amoureuse ? Dans son état ? « À moins d’un pervers pour qui les blessures sont autant de fentes ouvertes sur des pénétrations inédites, personne ne peut la trouver attirante ». Et de conclure, mais peut-être à tort, « qui pourrait toucher sans dégoût ce corps brisé ? »
Le roman est une longue introspection dans la tête de cette handicapée. Il bascule dans l’angoisse quand Clémence disparaît du jour au lendemain. Sarah est persuadée qu’elle a été enlevée, qu’il se trame des choses affreuses dans ce centre loin de tout. De quoi devenir folle. Jusqu’à son entrée dans l’enfer, dernière partie de ce roman d’une rare âpreté dans ses cinquante dernières pages.
 ➤ « Les corps brisés » d’Elsa Marpeau, Série Noire Gallimard, 19 €

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