31/07/2017

Livres de poche : l’imagination de Brussolo ensoleille votre été

 
 
Serge Brussolo écrit beaucoup. Et il n’a jamais renié ses débuts dans le livre de poche. Au contraire, il poursuit à proposer des romans in- édits à petit prix. Et cette année il a en a même sorti deux, dans deux styles différents. Dans « Cheval rouge » aux éditions du Masque, Rex Heller est célèbre pour avoir incarné dans sa jeunesse Rodeoman, un cow-boy justicier nanti de super pouvoirs, héros de la série télévisée à succès Cheval rouge. Hélas, gravement blessé au cours d’un rodéo, il a perdu l’usage de ses jambes et s’est vu contraint d’arrêter sa carrière d’acteur. Des décennies plus tard, Heller, devenu milliardaire, est à la tête d’un parc à thème, Rodeoman city, glorifiant l’Ouest sauvage des pionniers. Dans cette sorte d’enclave mégalomaniaque hors du temps, il se comporte en tyran.
➤ « Cheval Rouge », Editions du Masque, 8 €
 
 
 
Autre style dans « Les geôliers » paru en février dernier chez Folio SF. Il y a quinze ans, Debbie Fevertown s’échappait de Dipton après avoir tué sans pitié son mari et ses deux fils. Aujourd’hui, Jillian Caine est engagée par le réalisateur Dieter Jürgen pour écrire le scénario d’un biopic retraçant la vie de la meurtrière. Jill rencontre des gens qui ont connu Debbie et ont partagé son quotidien, se rend sur les lieux du crime et découvre que la réalité n’est peut-être pas celle que les médias ont décrite à l’époque. Quels mystères recèle l’étrange ville de Dipton ? Que cache ce culte insolite dédié aux arbres ? Et qui sont ces mystérieux gardiens que l’on nomme - à voix basse - les Geôliers ? Serge Brussolo renoue avec le thriller fantastique et nous offre un roman sous haute tension qui se lit d’une traite.
➤ « Les geôliers », Folio SF, 8,20 €
 

30/07/2017

Thriller : Une mère « Épiée » par un mauvais ange

 
 
Elle est seule mais avec le sentiment inquiétant d’être épiée en permanence. Marnie, le personnage principal de ce thriller de Michael Robotham, n’a pas la vie facile. Mère d’une adolescente un peu rebelle, Zoe, et d’un petit garçon de quatre ans, Elijah, passant beaucoup de temps dans un placard à discuter avec Malcolm, son « ami imaginaire », elle est au bout du rouleau. Il y a un an, Daniel, son mari, journaliste, a disparu du jour au lendemain.
L’administration ne peut pas le considérer comme mort puisqu’aucun corps n’a été retrouvé. Par contre ses créanciers eux n’ont aucun doute et se retournent vers Marnie pour se faire rembourser. Des créanciers pas du tout accommodants car flirtant avec la pègre : Daniel, joueur compulsif, a cumulé une dette de 30 000 livres.
Pour tenter de reprendre pied, Marnie suit une thérapie avec Jo O’Loughlin, le psychologue héros récurrent des romans de Michael Robotham. Acculée, elle accepte finalement de rembourser « en nature » les prêteurs. Pour la quatrième fois, au début du roman, elle va officier comme « escorte » dans un hôtel de la capitale britannique. Un crève-cœur pour cette jolie jeune femme mais la pression est trop forte et l’homme de main, Quinn, particulièrement violent. Le roman prend un tour différent quand le fameux Quinn est découvert assassiné dans la Tamise, la gorge tranchée par un couteau. De cuisine selon les experts. Marnie est interrogée par la police. Mais aussi par les truands persuadés qu’elle cherche à se rebeller.
 
■ Jo le sauveur
Perdue, elle décide de se confier à Jo qui, touché par ses accents de vérité, met son copain Ruiz, ancien flic, sur le coup. Mais après Quinn, c’est le concierge de l’immeuble de Marnie qui est retrouvé mort. Lui aussi s’en était pris peu auparavant à la locataire. Tout le début du roman se compose comme une interrogation lancinante : Marnie est-elle capable d’avoir une double personnalité ? Est-elle victime ou coupable ? A moins qu’elle ne soit protégée par un ange gardien impitoyable.
Le roman se lit d’une traite, égrenant ses révélations au compte-gouttes, revenant sur le passé de Marnie, les précédents drames jusqu’à la révélation finale qui laissera pantois même les plus imaginatifs des amateurs de polars.  
➤ « Épiée » de Michael Robotham, Lattès, 22 €
 

Nouvelles d’ici et d’ailleurs

Pascal Graff a enseigné aux quatre coins du monde. Dans des petits paradis comme Saint-Martin aux Antilles, ou dans des endroits moins bien lotis comme Mayotte. Il a également séjourné en Andorre. Un citoyen du monde, écrivain de toujours, partageur avec ces histoires vécues ou imaginées. « La présentation du roi » est son second recueil de nouvelles. On sera plus particulièrement sensible à cette balade autour du lac de Matemale. L’auteur y croise une famille à deux vitesses. Mais cela n’empêche pas l’amour. Plein de fraîcheur aussi le récit du périple d’une classe d’Andorrans à Paris. Pascal Graff, professeur d’histoire-géographie les encadre et se laisse entraîner par leur enthousiasme et émerveillement face aux étrangetés de la ville-lumière. Simple et émouvant.
➤ « La présentation au roi », Les presses littéraires, 12 €
 

29/07/2017

BD : Retour sur la débâcle française dans "Une génération française"

 


Alors que le film « Dunkerque » de Christopher Nolan vient de sortir sur les écrans, le second tome de la série historique « Une génération française » se passe aussi en partie lors de l’opération Dynamo. Le premier tome racontait la jeunesse dorée puis la déroute de Martin Favre, un jeune artilleur. Il est sauvé du peloton d’exécution par un tankiste français, Tanguy Brettin d’Arçonet. Ce fils de militaire refuse de rendre les armes. Il est volontaire pour retarder la progression des Allemands en route pour Dunkerque. Avec quelques soldats déterminés, il tient un pont et stoppe les hordes nazis quelques heures, juste ce qu’il faut pour que l’évacuation des soldats britanniques et français soit un succès. Pour raconter ces trois destins de jeunes Français face à la guerre, Thierry Gloris, le scénariste, a choisi trois dessinateurs différents. Eduardo Ocana pour l’artilleur Martin, Manuel Garcia pour Tanguy qui vient de paraître et Ana-Luiza Koehler pour la jeune sœur de Martin, Zoé, titre en librairie le 23 août prochain.
➤ « Une génération française » (tome 2), Soleil Quadrants, 14,50 € 

28/07/2017

BD : 1966, année hallucinante

 


Jack Cool est détective privé. Un vieux de la vieille, avec santiags sur le bureau, clope au bec et rouflaquettes car ses aventures se déroulent en 1966. Quand le gendre du directeur des usines Cadillac à Detroit disparaît, Jack est réquisitionné pour retrouver le fugueur. Traumatisé par la guerre du Vietnam, le jeune homme a rejoint la Californie pour se faire « désenvoûter » par le gourou de l’église de Satan. Devenu clochard, il termine sa vie errante dans la communauté des Merry Pranksters. Rebaptisé Jésus-Gris (à cause de la crasse), il passe par une première phase d’initiation en ingurgitant quelques pilules de LSD, une drogue pas encore illégale, qui lui permet de voir la vie d’une façon beaucoup plus positive. Là, il mettra à profit ses connaissances en mécanique pour retaper le bus scolaire aux couleurs criardes nécessaire pour continuer le « Magic Trip » à travers les USA. Cette nouvelle série, écrite par Jack Manini, plonge le lecteur au cœur des années hippies de cette Amérique coincée entre une guerre meurtrière, les revendications des minorités noires et une jeunesse désabusée, avide de plaisirs faciles et de paradis artificiels. L’arrivée de Jack Cool dans l’entourage de Jésus-Gris va bouleverser l’ordre des choses. Un premier tome dessiné par Olivier Mangin qui a déjà signé « La guerre des amants », déjà avec Manini, chez Glénat.
➤ « Jack Cool, 1966 », Bamboo Grand Angle, 13,90 €

27/07/2017

DVD et blu-ray : « Grave », le film qui pourrait vous convertir au véganisme

 


Qui, dans sa vie, n’a pas sucé son doigt légèrement coupé. Un réflexe inconscient. Dans « Grave », film de Julia Ducournau, le personnage principal, Justine (Garance Marillier) aussi suce un doigt d’où une goutte de sang perle. La suite est moins commune. Au point que jamais plus vous ne sucerez votre doigt sans vous remémorer cette scène. Celle-là et d’autres. Car « Grave », présenté au dernier festival de Cannes dans le cadre de la semaine de la critique, fait parti de ces rares long-métrages qui marquent durablement les spectateurs. Culte avant même sa sortie en salles. Car à Cannes, quelques privilégiés ont eu la bonne (ou mauvaise idée) de ne pas supporter le côté crescendo de l’histoire. Pourtant tout commence calmement. Les parents de Justine la conduisent à l’Ecole vétérinaire pour son entrée en première année. 
Accueillie par sa sœur qui l’a pré- cédé d’une année, elle n’échappe pas au bizutage. Violent. Jet de sang frais d’animaux, sortie nocturne en petite culotte et surtout ingestion d’un rein de lapin, cru. Or Justine est végétarienne. Depuis toujours. Comme sa sœur. Normalement. Mais en une année les choses changent. Après avoir fait une allergie, elle prend goût à ce nouveau met qu’est la viande. Surtout le côté cru. Mais entre aimer et adorer, il y a une nuance. 
Le film, souvent glaçant, est d’une froideur abyssale. On suit pas à pas la dérive de Justine vers ses mauvais penchants, une malédiction familiale impossible à conjurer. Un grand film d’horreur dont on a toutes les clés grâce au long entretien avec la réalisatrice proposé en bonus.
➤ « Grave », Wild Side Vidéo, 19,99 € le DVD, 24,99 € 

26/07/2017

Avec Valérian, la SF entrait dans les pages du journal Pilote



1967. Pilote, le journal de bande dessinée créé par Goscinny, Uderzo et Charlier, se cherche encore un peu. Le formidable succès d’Astérix donne l’opportunité à Goscinny, par ailleurs rédacteur en chef, de s’intéresser à d’autres styles. Pourquoi pas la science-fiction ? Pour occuper ce créneau il fait confiance à un jeune duo encore inexpérimenté et à peine rentré d’un long périple aux USA. Pierre Christin imagine Valérian, agent spatio-temporel. Mézières dessine ses aventures et le flanque d’une présence féminine impertinente pour la BD de l’époque, Laureline. Quelques albums plus tard, Valérian est devenue une référence pour toute une génération de dessinateurs et même de cinéaste car avant Luc Besson, Georges Lucas a «emprunté» quelques trouvailles au duo Christin-Mézières. La sortie du film permet aux éditions Dargaud de ressortir la vingtaine de titres de la série qui constitue désormais un classique. On apprécie également la sorti d’un numéro exceptionnel du défunt Pilote consacré à Valérian. Longues interviews des créateurs et surtout quantité d’histoires courtes signées des «grands» de la BD d’aujourd’hui, de Blutch à Larcenet en passant par Juillard, Pétillon et Bajaram. Sans oublier la sortie, le 22 septembre prochain, de «Shingouzlooz Inc», une aventure de Valérian vu par Wilfrid Lupano (Les vieux fourneaux) et Mathieu Lauffray (Long John Silver). 




Luc Besson : « Il faut avoir une rigueur absolue sur le récit»


Trois semaines avant la sortie du film sur les écrans, Luc Besson a reçu dans ses locaux de la Cité du cinéma quelques journalistes de la presse quotidienne régionale et expliqué ses choix et sa méthode de travail.
Sur l’élaboration du scénario : «Tout vient de l’histoire. Il n’y a pas un alien qui ne sert à rien. Jamais. Il faut avoir une rigueur absolue sur le ré- cit, sur chaque phrase. Chaque petite scène donne une information. C’est de l’horlogerie en terme de scénario et puis on fabrique les pièces. Le film se passe en 24 heures, mais s’est dilué sur sept ans. Donc tous les fils très minces pour la cohérence, la continuité émotionnelle, le rythme, l’évolution du personnage dans son arc, avec tous ces truc là on a mille fois l’occasion de casser le film. C’est ça le cauchemar du metteur en scène, cette responsabilité qu’il a tout le temps de gérer cette cohé- rence qui fait que quand on voit le film on a l’impression que c’est normal.»
La fidélité à la bande dessinée : « Avec les 29 albums on arrive à bien s’imprégner de l’univers. Après comme je m’entends très bien avec Christin et Mézières je les ai fait beaucoup parler pour essayer de cerner l’âme. Mais très vite Christin m’a dit que je devais sortir des bulles et des cases, «on a plus envie que tu nous surprenne que tu nous respecte». C’est lui qui m’a libéré. Ils ne sont pas intervenus directement sur le scénario mais Mézières venait voir les dessins au fur et à mesure et Christin m’a parfois guidé sur les personnages.»
Son rôle sur le plateau de tournage : « On me pose en moyenne une question toutes les dix secondes. On vous demande une extrème sensibilité et en même temps, vous êtes obligé d’être un gé- néral d’armée. Il y a 2000 personnes et quand vous dite «barre à gauche !», tout le monde doit partir à gauche. Le vrai secret, c’est de bien préparer. Ensuite comme tout le monde a compris que le film était plus grand qu’eux, les gens arrivaient le matin avec la patate et l’envie d’être à la hauteur. On s’est tellement préparé qu’on a terminé avec trois jours d’avance...»
Une suite serait en projet : «Si ça marche, oui. Mais d’abord je prendrai quelques jours de vacances en Grèce. Mais pas tout de suite. Avant je vais dans 17 pays faire la promotion du film...» 

Cinéma : Valérian dans l’ombre de Laureline

VALÉRIAN. Le héros de BD imaginé par Christin et Mézières s’anime face à la caméra de Luc Besson.


Allez voir « Valérian et la Cité des mille planètes », vous ne serez pas déçu. Film français mais formaté pour conquérir le monde, il y a tout ce qui a fait le succès des films de SF de ces dernières années : une bonne histoire, des héros décalés, des monstres et aliens en pagaille, une bonne dose de batailles spatiales, des effets spéciaux époustouflants et un message politique sous-jacent très pertinent. Luc Besson y a mis pas mal de sa fortune, mais surtout tout son cœur et une bonne partie de ses rêves de gosses. Les millions sont bien visibles à l’écran, mais Valérian ne serait pas grandchose sans ce plaisir évident pris par le metteur en scène d’animer les héros de son adolescence, de leur créer des mondes numériques sur mesure et des scènes où l’action le dispute à l’humour. Au début, Valérian (Dane Dehann) farniente sur une plage déserte. Mais l’illusion est vite effacée. Avec sa co- équipière Laureline (Cara Delevingne), il doit se rendre d’urgence sur la planète Kirian infiltrer le Big Market et y récupérer le dernier représentant d’une espèce animale étonnante, le transmuteur. Une longue séquence bourrée d’effets spéciaux. Big Market est le souk du futur. Tout y est virtuel. Ou plus exactement dans une autre dimension, gérée par les propriétaires des commerces.
■ Chabat et Rihanna


Passer de la réalité au marché est très compliqué. Encore plus quand on a l’intention d’y voler quelque chose. La mission se termine par un décollage en urgence à bord du vaisseau de Valérian, scène se terminant par un gag digne des meilleurs Tex Avery. Une sacrée mise en bouche pour ensuite entrer dans le cœur de l’intrigue. Le transmuteur est convoité par un peuple jadis décimé par une guerre dont ils n’ont été que la victime collatérale. Cachés au cœur de la Cité des mille planètes, cette station spatiale immense voguant dans l’espace, ils ont besoin de l’animal pour fabriquer de l’énergie.
Valérian et Laureline, comme souvent dans les BD, sont obligés de désobéir à leurs supérieurs pour choisir le bon côté. Laureline dans ce cadre s’affirme comme la conscience du duo. La tête aussi, Valérian jouant plus le rigolo de service. Un long chemin vers la vérité au cours duquel ils rencontrent un étonnant pirate (interprété par Alain Chabat méconnaissable et visiblement ravi de faire partie de l’aventure) et une créature métamorphe. Bubble qui peut prendre l’apparence qu’elle veut. Du monstre à la carapace rugueuse à la chanteuse langoureuse sous les traits de Rihanna qui a là plus qu’un petit rôle comme annoncé au début. Plus de deux heures de grand spectacle, sans temps mort, avec un final qui en met encore plus dans la vue que les scènes d’ouvertures, déjà impressionnantes.
On ne peut que se féliciter que le cinéma français puisse produire un film de cette ampleur. Il marque sans doute un changement dans le statut de Luc Besson et de sa société Europa. Pour ceux qui en doutaient encore, il se place au niveau des Lucas, Cameron ou Ridley Scott. Un formidable raconteur d’histoires, capables de faire rêver plusieurs générations et ayant suffisamment de plaisir à faire ce métier qu’il envisage de se lancer dès que possible, si le succès est au rendez-vous, dans une suite aux aventures des agents patio-temporel les plus célèbres de la bande dessinée.

25/07/2017

BD : La fin des malheurs de Sophie

 


Créée par Jidéhem, Sophie est une fillette qui a promené ses jupes et robes dans les pages du journal de Spirou dès 1969. Le cinquième et dernier tome de l’intégralité de ses aventures se consacre aux années 1977 à 1994. 275 pages de BD précédées d’une présentation de la fin de carrière de Jidéhem, par ailleurs aide de Franquin sur Gaston et créateur du détective Ginger. La fillette va grandir pour ses trois dernières grandes aventures, plus mouvementées. Le dessin s’aère, se rapproche encore plus de la ligne claire. Mais ce sont les ultimes productions de Jidéhem, forcé à prendre sa retraite et qui est décédé en mai dernier. Un dernier hommage à un grand de la BD belge.
➤ « Sophie » (intégrale 5), Dupuis, 32 € 

09:30 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sophie, jidéhem, spirou, ginger, dupuis