30/08/2017

Cinéma : La grosse déprime du "petit paysan"


La maladie frappe souvent à l’aveugle. Pour les humains mais aussi chez les animaux. Pierre (Swann Arlaud), la trentaine, a repris la ferme de ses parents qui vivent toujours sur place. Célibataire, il consacre tout son temps à son troupeau de vaches laitières. Quand il entend à la télévision que certains animaux en Belgique sont atteints d’une mystérieuse fièvre hémorragique (maladie aussi mystérieuse que la vache folle à ses débuts), il redoute le pire. Alors au moindre signe inquiétant, il appelle son vétérinaire pour être rassuré. Pascale (Sara Giraudeau) joue alors un double rôle. Elle rassure l’éleveur sur la santé de ses vaches et s’enquiert de sa propre santé, de son équilibre, les amours, la solitude car elle reste avant tout sa petite sœur.


Le film, qui s’ouvre par une scène de cauchemar, raconte dans un premier temps cette vie simple, près de la nature, si exigeante aussi. Mais la passion et l’osmose forte entre Pierre et son troupeau font qu’il se sent très à l’aise. Jusqu’au jour où une de ses bêtes se met à saigner du dos. Le premier signe de la fameuse maladie. Le monde de Pierre s’écroule, toute sa vie bascule. Fils de paysan (des éleveurs de vaches laitières), Hubert Charuel a directement puisé dans ses souvenirs pour écrire ce film, son premier.
Dans les années 90, quand des dizaines et des dizaines de troupeaux contaminés par la maladie de la vache folle étaient abattus en prévention, ses parents vivaient dans une tension permanente. Il raconte que sa mère, toujours en activité, lui a confié «Si ça arrive chez nous, je me suicide. » Le suicide dans le monde paysan. Cela aurait pu être le sujet particulièrement d’actualité ces dernières années de ce film.
■ Réalisme
Mais Hubert Charuel est un indé- crottable optimiste. Son héros, face à la maladie, ne veut pas baisser les bras. Il tente dans une sorte de pied de nez au destin de cacher la maladie de la vache. Il l’isole du troupeau, persuadé qu’il n’y aura pas de contagion. Inéluctablement, la vache meurt. Il fait disparaître la carcasse (les paysans solitaires sont pleins de ressources) et déclare simplement à la gendarmerie, comme c’est obligatoire, que sa vache s’est échappée. A la mort d’une seconde bête, il va jusqu’à voler un animal chez un voisin qui a totalement robotisé son exploitation.
Finalement ce sera sa sœur qui va réussir à lui faire entendre raison. La fin a des airs de documentaires. Comme certaines scènes pas simulées comme l’auscultation du cul d’une vache par Sara Giraudeau ou le vêlage délicat mené de main de maître par Swann Arlaud. Un film dans le concret, le réel, le difficile. Car l’agriculture traverse une grave crise. La seule solution pour s’en sortir reste la force morale des hommes et femmes qui la façonnent depuis des siècles. S’il est une « morale » à retenir de ce long-métrage qui a remporté la semaine dernière le grand prix au festival du film francophone d’Angoulême, c’est bien celle-là. 

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Petite entreprise et histoire familiales



Comment, quand on est fils de paysan, devient-on réalisateur de cinéma ? Facile. Il suffit d’avoir des parents cools et un réel talent. Hubert Charuel a donc réussi le concours de la Femis (école nationale du cinéma, section production) avec la bénédiiction de ses parents et a utilisé une partie de sa propre histoire pour ce premier film d’une forte humanité. Comme pour définitivement tirer un trait sur ce futur auquel il semblait promis comme trop de fils de paysan. Il a fait un autre choix.
Une histoire familiale qu’il assume et revendique. Pour preuve, quand il cherche un décor pour le film, il va naturellement dans la ferme de ses parents. Même si la salle de traite est très exiguë, au point de faire cauchemarder le directeur de photographie et encore plus le cameraman. De même c’est avec une sorte d’évidence qu’il a demandé à ses parents de jouer dans le film. Son père dans le rôle du père de Pierre, sa mère endosse le costume strict d’une contrôleuse de qualité. Le plus cocasse étant le grand-père, interprétant un vieux voisin qui semble un peu zinzin bien qu’il comprenne tout ce qui se passe dans l’exploitation de Pierre.
Pour interpréter ce dernier, Swann Arlaud a fait plusieurs séjours d’immersion dans des exploitations en activité. Il a découvert un monde inconnu mais a tiré son épingle du jeu, les éleveurs formateurs regrettant même son départ tant, en quelques jours, il était devenu efficace et travailleur. Conséquence, il a remporté le prix du meilleur acteur au festival du film d’Angoulême. 
➤ « Petit Paysan », drame de Hubert Charuel (France, 1 h 30) avec Swann Arlaud, Sara Giraudeau, Bouli Lanners.

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