06/04/2017

De choses et d'autres : Se retrousser les manches


Long ce débat à 11. Très long. Mais pour les chaînes d’info, notamment BFMTV, il fallait continuer dans la foulée à le transformer en événement historique et dé- crypter immédiatement les interventions des uns et des autres. Un « After débat » avec en plateau des journalistes politiques habitués des projecteurs.
Parmi eux, Anna Cabana du Journal du Dimanche n’a pas caché sa stupéfaction face à l’attitude de Philippe Poutou. On sentait que la désinvolture du candidat du NPA, son vocabulaire, jusqu’à ses vêtements l’ont heurtée. On peut ne pas être d’accord avec les propositions d’un candidat. Mais pourquoi juger son apparence plutôt que son programme ? Anna Cabana n’a pas aimé que Poutou ne participe pas à la photo de famille. « Et alors ? » pourrait-il répondre comme d’autres. S’est-il rendu sur le plateau pour se retrouver immortalisé à côté de Marine Le Pen comme Nathalie Arthaud qui doit maudire le tirage au sort ? Sûrement pas. Elle stigmatise le fait qu’il ne porte pas de veste. Voire de costume. Attention, sujet sensible.
Enfin elle a osé cette incroyable critique en affichant une moue de dégoût très perceptible : « Il s’est retroussé les manches ». Rappelons à Mme Cabana que Philippe Poutou, ouvrier, incarne la signification de l’expression. Souvent sur un chantier ou une chaîne de production, on doit effectivement se retrousser les manches. Un monde abstrait pour des journalistes politiques totalement coupés des réalités. 
(Chronique parue le 6 avril en dernière page de L'Indépendant)

05/04/2017

Cinéma : DRH, directrice du rabaissement humain dans "Corporate"


Une machine impitoyable à broyer les salariés. Le rôle d’Émilie Tesson-Hansen (Céline Sallette) dans cette multinationale est clair. Sans équivoque. Gérer le personnel de la branche financière. Mais surtout, mettre en place le plan imaginé par son chef pour faire craquer les employés jugés indésirables par la direction. Froide, inhumaine, sans le moindre pathos : Émilie se dévoue entièrement à son entreprise, pour honorer son contrat, prouver à ses supérieurs qu’elle est digne de confiance et apte à prendre d’encore plus grandes responsabilités. Cela a un prix. Pas son salaire, mirobolant, mais le risque d’en faire un peu trop face à des collaborateurs faibles.

Le pire pour une directrice des ressources humaines arrive quand un des plus anciens du service, placardisé, ostracisé et mis sur la touche, las de ne pouvoir obtenir un rendez-vous avec elle, la suit dans la rue. C’est là, loin de son cadre du travail, comme débarrassée de sa carapace, qu’elle lui dit la vérité. "Bien sûr que la direction veut se débarrasser de vous. Et c’est ce qu’il vous reste de mieux à faire...» Quelques secondes de vérités, comme pour soulager la conscience de cette femme apparemment odieuse mais par ailleurs mère d’un petit garçon, élevé par son mari, au chômage...
■ Élimination des salariés
Le lendemain, au bureau, grand bruit dans la cour puis hurlements du personnel. L’élément à virer a choisi la solution expéditive : suicide sur son lieu de travail. Immédiatement une réunion de crise menée par le directeur (Lambert Wilson) tente de trouver une explication autre que les difficultés du salarié dans son travail. Mais tout accuse Émilie. Et quand l’inspection du travail décide de déclencher une enquête, la DRH sent que cette mort va compromettre ses chances de progression au sein du groupe.
Film social, résolument engagé contre la souffrance au travail, « Corporate », premier film de Nicolas Silhol souffre de quelques imperfections inhérentes au genre parfois plus proche d’un téléfilm de France 3 qu’un long-métrage méritant le grand écran. La différence vient de la distribution.
Céline Sallette, à contre-emploi dans son rôle d’executive-woman, donne une profondeur insoupçonnée à son personnage. Notamment au contact de l’inspectrice du travail Marie Borrel interprétée par la très naturelle et pugnace Violaine Fumeau. Le film prend alors des airs de thrillers avec l’affrontement, tout en symboles, de ces deux femmes aux idéaux si antagonistes. La guerre aussi entre deux conceptions du monde du travail répondant en écho aux programmes de la présidentielle, d’un côté les candidats du travail, de l’autre des travailleurs.
➤ « Corporate » de Nicolas Silhol (France, 1 h 35) avec Céline Sallette, Lambert Wilson, Stéphane De Groodt et Violaine Fumeau.

De choses et d'autres : À fond la caisse... à savon


En venant travailler au guidon de mon scooter hier, j’aperçois au loin une jolie voiture rouge avec écrit en gros, GTI. Une Ferrari au moins, vu la couleur et la forme. J’ai beau rouler en 125 cm3 , je doute de pouvoir la rattraper malgré les deux voies. Et puis, rapidement, je la double avec une facilité déconcertante. La « GTI » rouge est en réalité une voiturette. Face à la tramontane, elle dépasse difficilement les 40 à l’heure. Bizarre comme les apparences sont parfois trompeuses. On croit voir un bolide, c’est une limace. La dernière fois que j’ai eu cette impression, c’était à l’inverse quand jeune, j’ai acheté une AlfaRoméo. Même d’occasion, au début des années 80, une Alfa prenait des airs de grande sportive. Nerveuse et rapide. Je me suis provoqué quelques frayeurs, j’avoue. Sa réputation n’était pas usurpée. Du moins pour moi, jeune conducteur inexpérimenté. Et j’étais fier de posséder une voiture de la même marque que les bolides de Formule 1. Sauf qu’à cette époque, Alfa-Roméo sur les circuits, ce n’était pas la panacée. Bien au contraire. Même avec Ricardo Patrese au volant, les belles Italiennes semblaient se traîner comme des campingcars surchargés un 1er juillet. Et souvent elles ne terminaient pas la course, trouvant le moyen, tout en restant en queue de peloton, de casser moteur, suspension ou boîte de vitesse. Parfois, j’avais l’impression avec ma vieille occasion, de pouvoir surpasser Patrese. Un peu comme hier quand j’ai doublé la fausse Ferrari. 
(Chronique parue le 5 avril  en dernière page de L'Indépendant)

04/04/2017

BD : Le mystère du peintre catalan

 


La Catalogne aime ses peintres. La région est un creuset de talents, certains immensément célèbres à l’image de Dali, d’autres tombés dans l’oubli comme Vidal Balaguer. Ce fils de pharmacien de Sabadell a vécu à Barcelone à la fin du XIXe siècle. Un surdoué, incapable de vivre de son art car il ne voulait pas vendre ses toiles. « Natures mortes » raconte la fin de sa vie, aussi mystérieuse que son œuvre. Vidal, comme nombre d’artistes à cette époque, a une muse. Son modèle, Mar, qui est en couverture de l’album écrit par Zidrou et dessiné par Oriol. Mar a disparu du jour au lendemain. Depuis Vidal déprime. Il est passé par l’École de la Llotja où il se lie d’amitié avec un certain Picasso. Dans son appartement encombré de peintures inachevées, il vivote en acceptant les commandes de commerçants. Il dessine des oranges, de la butifarra. Ce qu’il ne comprend pas, c’est qu’une fois la peinture achevée, les objets disparaissent. Pris d’un doute, il va dans un parc et peint un arbre. Le lendemain, comme les natures mortes ou sa muse, il n’existe plus. Une malédiction d’un genre nouveau qui donne l’occasion à Zidrou d’expliquer la disparition du personnage principal en décembre 1899. Entre fantastique, poésie et désespoir, ce roman graphique se prolonge par une exposition, en mai prochain à Barcelone, des 11 toiles retrouvées du peintre maudit.
➤ « Natures mortes », Dargaud, 14,99 €

De choses et d'autres : Katana contre Marseillaise


L’électeur de base est de plus en plus curieux. Avant de décider pour qui il glissera son bulletin dans l’urne, il veux tout savoir de son futur élu. Programme bien évidemment, mais pas seulement. Après leurs goûts en matière de culture (de la littérature aux séries télé), un magazine spécialisé vient d’envoyer aux candidats un questionnaire sur leurs tendances geeks. Si à propos de la culture tout le monde a répondu, il n’en va pas de même pour « Geek, le Mag ». Pas étonnant face à des questions pour le moins farfelues comme « Qui emmèneriez-vous dans la Moria ? » ou « Quel premier conseil donneriez-vous à vos concitoyens en cas d’attaque extraterrestre ? » Nous ne saurons donc pas ce que ferait François Fillon face à une invasion, si Macron emmènerait Valls dans la ville souterraine (une bonne occasion pour s’en débarrasser) ni quelle est la meilleure arme selon Benoît Hamon pour affronter une horde de zombies.
Seuls Jean Lassalle, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ont accordé quelques minutes aux interrogations de ces illuminés. Pour la dernière question sur les zombies, Marine Le Pen, rationnelle, prouve en plus qu’elle s’y connaît en morts-vivants (ceux de The Walking Dead au moins) puisqu’elle choisit le Katana de Michonne « plus maniable qu’une arme à feu ». Jean Lassalle confond un peu les séries et répond « Mon nez, le tarpif », le mot d’argot ressemblant au Tardis du Dr Who. Enfin je ne donne pas cher de la cervelle de Nicolas DupontAignan, persuadé qu’il fera fuir les affamés en entonnant la Marseillaise. Pas sûr qu’il arrive au refrain... 
(Chronique parue le 4 avril en dernière page de l'Indépendant)

03/04/2017

Livre : Les pouvoirs déclinants du héros de "Super normal"

 

 

 

Paru en 1977, ce roman de Robert Mayer est considéré par tous les passionnés de comics comme une œuvre culte. Un basculement vers un enrichissement du genre. Alors qu’auparavant les héros étaient sans peur et sans reproches, vivant des aventures linéaires sans relief, ce journaliste newyorkais les a humanisés. L’histoire se déroule alors que les superhéros ont tous disparus. Devenus inutiles. Le plus célèbre d’entre eux est retombé dans l’anonymat sous le nom de David Brinkley. Marié, père de deux petites filles, il a pris du poids, est devenu journaliste rewriter (celui qui reste dans un bureau) et il n’utilise, bien entendu, plus ses pouvoirs. Mais quand une vague d’attaques embrase la ville, il ressort son uniforme. Le roman, en plus d’être particulièrement marrant, ouvre aussi des pistes qui n’étaient pas d’actualité à l’époque comme l’écologie ou la fascination du peuple pour les loosers.
Une pépite qui tombe à point pour comprendre la mode des superhéros qui déferle sur le monde depuis une dizaine d’années.
➤ « Super Normal » de Robert Mayer, Aux forges de Vulcain, 21 €

Chronique "De choses et d'autres" : La chorale des onze


Nouvelle grande première dans cette campagne présidentielle atypique. Après le renoncement du président sortant, le candidat mis en examen et le débat des cinq favoris, place à la grande mêlée. Mardi soir ils seront onze sur le plateau de BFM et Cnews à tenter de persuader les électeurs que leur programme est le meilleur. Onze installés en demi-cercle devant les deux journalistes. Quelques minutes pour convaincre. Car vu le nombre, le temps de parole s’étrécit.
Les favoris auraient pu s’en passer. Par contre les «petits» y trouveront peut-être la seule occasion de se distinguer. Comme ils ne font pas partie du sérail et n’ont absolument rien à perdre, ils se permettront peut-être d’éreinter les pros de la politique. Philippe Poutou, adversaire de la langue de bois, devrait asséner des mots très durs au «banquier». Dupont-Aignan tentera de supplanter un Fillon qu’il estime discrédité. Cheminade veut marcher sur les platebandes de Le Pen.
Le plus imprévisible reste Jean Lassalle. Béarnais au verbe haut, un peu poète, ses envolées à l’Assemblée nationale ont créé le buzz. Qu’il entonne un chant de berger en direct, sa cote grimpera en flèche. S’ils ne veulent pas se faire éliminer à cette «battle», les autres candidats devront relever le gant comme dans The Voice. Marseillaise à droite, Internationale à gauche. Un exercice doublement compliqué pour Macron, qui se sentira obligé de reprendre, en canon, un couplet sur deux de chacun des chants emblématiques. 

02/04/2017

Livres de poche : New York, ville inspirante


New York et une multitude de personnages sont au centre de cette saga de plus de 1200 pages qui se déroule entre le 31 décembre 1976 et le blackout du 13 juillet 1977. « City on Fire » de Garth Risk Hallberg avait fait le buzz lors de sa sortie en 2016 notamment en raison de l’à-valoir « historique » qu’a reçu son auteur (deux millions de dollars) pour un premier roman.
➤ « City on Fire », Le Livre de Poche, 12,10 €

 

 

Florence Gordon est directe, brillante, acariâtre et passionnée. Maî- tresse femme, elle est capable de ré- duire les imbéciles au silence d’une seule de ses piques acérées. Les mé- moires de cette intellectuelle new-yorkaise sont l’œuvre de Brian Morton, professeur au Sarah Lawrence College et à l’université de New York.
➤ « La vie selon Florence Gordon », 10/18, 8,10 €

 

 


« Anna était la femme de ma vie. Nous devions nous marier dans trois semaines. Bien sûr que je l’aimerais quoi qu’elle ait pu faire. » Sauf que la jeune femme avoue à son amoureux l’horreur... Guillaume Musso est un expert dans son domaine de prédilection : le thriller. On tourne les pages aimanté par ce drame aux multiples rebondissements. Son nouveau roman, « Un appartement à Paris », vient de paraître aux éditions XO.
➤ « La fille de Brooklyn », Pocket, 8,20 €

01/04/2017

BD : soldat et "vétéran" à la dérive


Qui est Maxime Danjou ? Qu’a-t-il à voir avec Théodore Brunoy ? « Le Vétéran », nouvelle série historique de Frank Giroud (lui aussi un « vétéran », mais de la BD) et Mezzomo (dessinateur de la regrettée série Luka) entraîne le lecteur dans la Normandie de 1815, après Waterloo. Maxime est persuadé d’avoir été blessé dans la bataille. Il porte effectivement une cicatrice à la tête, mais une femme, son épouse, affirme qu’il s’appelle Théodore. Il se rend dans son manoir et semble comme dans un mode étranger. Pourtant tout prouve qu’il est bien ce riche propriétaire terrien… Il va devoir enquêter sur le passé de cet homme pour se réapproprier son identité. Une intrigue complexe et passionnante, telle un cauchemar éveillé qui verra sa conclusion dans la seconde partie.
➤ « Le vétéran » (tome 1), Glénat, 14,95 € 

09:34 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vétéran, giroud, mezzomo, glénat