15/11/2016

BD : Sangre, une vengeance en sept parties

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Nouvelle héroïne dans l’univers de Troy issu de l’imagination foisonnante d’Arleston. Sangre est une fillette dans les premières pages de l’album dessiné par Adrien Floch (Les naufragés d’Ithaq). Elle accompagne ses parents en chemin pour vendre leur production agricole. Une bande d’écumeurs les attaque. Le père et le frère de Sangre sont assassinés sous ses yeux, sa mère enlevée par cette bande de sept sauvages chevauchant des dragons. Dès lors, Sangre n’a qu’une idée, se venger. On la retrouve adulte, dotée du pouvoir de figer le temps, sur la trace d’un prêtre qui a aidé les tueurs. Une série d’Arleston un peu plus sombre, moins comique, mais très prenante. Huit tomes sont prévus pour clore le premier cycle.

➤ « Sangre » (tome I), Soleil, 14,95 €

 

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14/11/2016

BD : Le nouvel Ulysse est une femme

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A l’heure des romans graphiques trop souvent au dessin bâclé par manque de temps, saluons les 272 pages des « Voyages d’Ulysse » écrites par Sophie Michel et dessinées par Emmanuel Lepage avec l’adjonction de tableaux et esquisses de René Follet. Jules Toulet, jeune peintre sans le sou, voyage dans la Méditerranée. Il embarque sur le navire de Salomé dont le port d’attache est Santorin en Grèce. La jeune femme recherche un peintre, un certain Ammôn, spécialisé dans les représentations des classiques grecs. Cette belle histoire où Lepage est Toulet et Ammôn, Follet, son maître dans la vraie vie, est aussi celle d’une femme qui se comporte comme un homme dans un monde très machiste. On pourrait rester de longues minutes devant chaque dessin, planche et esquisse tant les deux illustrateurs sont talentueux. Des originaux que l’on peut admirer jusqu’au 16 novembre à la galerie Daniel Maghen, 47 quai des Grands-Augustins, à Paris

➤ « Les voyages d’Ulysse », Daniel Maghen éditions, 29 €

 

 

13/11/2016

BD : Les Tuniques Bleues, entre 60e album et hommage des nouvelles générations

 

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60 ! Le compte est bon. Le 60e album des Tuniques Bleues vient de paraître. Lambil et Cauvin continuent la saga de Blutch et Chesterfield avec une régularité parfaite. Malgré l’âge, 78 ans pour le plus jeune, 80 pour le plus âgé. Alors certes on ne retrouve plus la fraîcheur et l’humour du début, mais le côté madeleine fonctionne parfaitement. D’autant que « Carte blanche pour un Bleu » donne l’occasion à Blutch de revisiter quelques décors cultes et retrouver des personnages marquants. Le tout pour rendre la mémoire à un Chesterfield devenu amorphe depuis une énième charge.

 

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On peut lire ce 60e titre en parallèle avec le recueil d’histoires courtes réalisé par quelques « jeunes » des éditions Dupuis. Des versions comiques (Sti, Dutto, Pau, Munuera) d’autres plus réalistes et sombres comme cette charge contre l’esclavagisme de Schwartz ou la protection des Indiens par Renaud Collin. Des hommages comme pour mieux prendre conscience de la richesse de cet univers qui a débuté en 1968 dans les pages du journal Spirou, soit bientôt un demi-siècle.

➤ « Les Tuniques bleues » (tome 60), Dupuis, 10,60 €

➤ « Des histoires courtes des Tuniques Bleues par… », Dupuis, 19 €

 

 

07/11/2016

Ces femmes-là, elles sont « super » !

comics,stan lee,super hérosSUPERHÉROS. Au commencement il n’y avait que des hommes : Superman, Batman, Spiderman. Et puis les femmes ont, elles aussi, eu des super pouvoirs. Bonnes à la castagne, effrontées et souvent très belles, elles s’imposent dans un monde beaucoup moins macho qu’il n’y parait.

 

Décembre 1941, un nouveau personnage entre avec fracas dans l’univers des super héros qui se cantonnent à cette époque dans les comics publiés aux USA. La princesse Diana est une Amazone. Seule sur son île paradisiaque, elle voit débarquer un aviateur américain. Ce dernier l’emmène dans son mode et elle devient Wonder Woman. La première super héroïne vient de naître. Le succès est immédiatement au rendez-vous et la jolie brune armée d’un lasso magique et des ses bracelets anti-balles, obtient six mois plus tard un titre spécifique à son nom. La consécration. Dans ce monde exclusivement masculin des super héros américains, cette première femme dotée de pouvoirs va rapidement se transformer en apôtre du féminisme. Même si au fil des décennies (et d’une certaine « morale » typiquement américaine) elle a parfois été réduite à une simple femme au foyer... Dans les années 70, Wonder Woman franchit un nouveau cap avec la série télévisée où le rôle titre est incarné par Linda Carter. Totalement kitch, mais plein de charme un demi-siècle plus tard. L’an prochain, au début de l’été, le film « Wonder Woman » devrait confirmer que les femmes aussi peuvent attirer les foules. Le personnage, interprété par Gal Gadot, a déjà fait une apparition dans le récent « Batman VS Superman ». Mais cette fois elle sera la vedette incontestée d’un long-métrage réalisé par Patty Jenkins.

■ Girl power

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Même si les comics, comme la société en général, sont loin de la parité, les femmes occupent de plus en plus d’espace. Que serait Superman sans Loïs Lane ? Spider- man serait-il si cool s’il n’y avait pas la belle Mary ? Mais ce ne sont que des rôles annexes. Importants mais surtout de fairevaloir. Pourtant les femmes ayant des pouvoirs sont légion dans les « teams ». Parmi les Avengers on trouvez la Guêpe dans la série dessinée et la Veuve Noire dans les films sortis ces dernières années. Un quart des quatre Fantastiques est féminin. Paradoxalement c’est la femme invisible... Chez les super-vilains aussi les femmes sont de plus en plus présentes. La dernière en date, qui a crevé l’écran cet été dans «Suicide Squad» a un parcours complexe. Comme si la psychologie féminine était forcément plus élaborée que celle des mâles bêtement primaires. Harley Queen (Margot Robbie) est à la base une psychiatre folle amoureuse du Joker, ennemi mortel de Batman. Mais elle parviendra à se défaire de son emprise pour devenir la bad girl dont on rêve tous de devenir amoureux. Provocante et effrontée, ce n’est pas elle qui va faire la vaisselle en plus de ses missions. Elle incarne à la perfection l’avenir des super- héroïnes : des femmes fortes et à la personnalité développée. Il y en aura de plus en plus dans l’univers foisonnant des super héros. Comme dans la vraie vie, on l’espère... 

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 Stan Lee, le maitre-étalon des comics

comics,stan lee,super hérosIcône de la Pop culture américaine, Stan Lee fait partie de ces auteurs qui n’ont obtenu une reconnaissance mondiale que sur la fin de leur carrière. Scénariste de bande dessinée, il a longtemps pondu des kilomètres d’intrigues, toutes plus alambiquées les unes que les autres, multipliant les personnages et les coups de théâtre. Nouveau feuilletoniste de la fin du XXe siècle, son génie a finalement été admis quand des chercheurs et exégètes ont analysé les mondes imaginaires qu’il a mis sur pied. Pour la première fois, un Français se penche sur le phénomène. Jean- Marc Lainé signe une biographie critique sur cet « Homère du XXe siècle ». Celui qui a quasiment tout créé de l’univers Marvel, de Spider-man à Captain America en passant par Hulk ou les X-Men n’est pas le plus offensif pour la cause des femmes, mais il a toujours tenté de les valoriser. L’exemple le plus flagrant étant Misses Marvel, «le pendant féminin de Captain Marvel. Elégante et raffinée, elle devient un dragon dès qu’il s’agit de préserver ses droits, jusque dans l’art délicat de la négociation de salaire. » Très complète, cette biographie s’adresse essentiellement aux passionnés, ceux qui connaissent tout de l’univers Marvel.

● « Stan Lee, Homère du XXe siècle », Jean-Marc Lainé, Fantastik, 25 €

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Encore plus d’héroïnes à la télévision

 

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Si le cinéma n’a pas encore joué à fond la carte féminine, les séries télé ont franchi le pas depuis longtemps. Depuis Wonder Woman, les héroïnes sont très présentes dans les feuilletons tirés des comics américains. Parmi les plus récentes, notons «Supergirl» avec Melissa Benoist ou «Agent Carter» actuellement en diffusion sur TMC tous les samedis. Tirée de l’univers Marvel, l’histoire se déroule durant la seconde guerre mondiale. Peggy Carter, grand amour du Captain America, se transforme la nuit en justicière et espionne. Deux saisons ont été tournées. « Jessica Jones » a elle aussi eu beaucoup de difficultés dans la vie. A l’origine, adolescente sans intérêt, elle acquiert des pouvoirs après un accident. Beaucoup plus tard, elle les perd et redevient humaine. Mais son envie de combattre pour le bien demeure et elle ouvre une agence de détective privé. C’est cette histoire qui est racontée dans le 13 épisodes de la première saison produite et diffusée sur Netflix. Le succès étant au rendezvous Jessica Jones et son monde assez sombre sera de nouveau sur la plateforme de vidéo à la demande l’an prochain. Une production très féministe puisque tous les épisodes de la saison 2 seront confiés à des réalisatrices. Dernier exemple de ces personnages féminins marquant dans les séries de superhéros, celui de la cheerleader de «Héros», création originale de Tim Kring. Parmi les personnages récurrents, Claire Bennet interprétée par Hayden Panettiere a marqué toute une génération. Cette ado américaine dans tout ce qu’il y a de plus caricatural (pompom girls, blonde et vaguement décérébrée...) cache un pouvoir qui la rend quasiment immortelle. Elle ne paye pas de mine mais est presque la plus puissante de tous les héros imaginés de la série.

(Dossier paru le dimanche 30 octobre dans l'Indépendant.)

 

 

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06/11/2016

BD : La fausse route de Bob Morane

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Reprendre de vieux héros est parfois aventureux. Bob Morane, héros de romans de gare signés Henri Vernes et transposé en BD par Coria durant de longues décennies ne restera pas dans l’histoire de la BD par son originalité. Les intrigues, entre espionnage et fantastiques, manquaient de corps. Pour relancer le personnage, il est fait appel à deux scénaristes aux univers beaucoup plus complexe : Luc Brunschwig (« Le pouvoir des innocents ») et Aurélien Ducoudray (« The Grocery »). Toujours dessinée par Armand, l’aventurier est devenu conseiller du président du Nigeria. Il fait la promotion d’un casque éducatif qui a tout l’air d’être un vecteur d’abrutissement des masses. Bob devenu Mauvais ? Le second tome lui ouvre les yeux. Il comprend son erreur, reprend sa liberté et va (peut-être) s’allier avec son pire ennemi, M. Ming. Le malaise de l’épisode initial passé, on va pouvoir passer aux choses sérieuses.

➤ « Bob Morane Renaissance » (tome 2), Le Lombard, 13,99 €

 

 

05/11/2016

BD : Calvin Wax, méchant d’entre les méchants de "XIII Mystery"

 

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Pour faire vivre (entendre multiplier les sorties de nouveautés pour profiter du succès de la série) les éditions Dargaud ont lancé « XIII Mystery », série d’histoires indépendantes mettant en valeur les personnages secondaires de la série imaginée par Van Hamme et Vance. Loin d’êtres des œuvres alimentaires, ces albums, confiés à des scénaristes et dessinateurs confirmés, sont passionnants. Le 10e titre, consacré à Calvin Wax, est un des meilleurs. Il est vrai que cet homme de l’ombre, conseiller du président et foncièrement à droite, est un sujet de roman à lui seul. Fred Duval raconte les débuts de la grande conjuration pour rendre les USA à un pouvoir blanc et raciste. Calvin Wax est le numéro 2 du complot des Dix et on découvre comment il « nomme » le numéro 1. Son action est résumée lors de cet embryon de confession page 27 : « Chantage, pression, coercition, extorsion, pot-de-vin, trahison, j’ai embrassé et digéré toutes les faiblesses et perversions humaines pour les transformer une à une en avantages politiques... » Plus qu’un méchant, Calvin Wax est la pire saloperie que peut compter la planète terre. Il méritait bien un album rien que pour lui.

➤ « XIII Mystery » (tome 10), Dargaud, 11,99 €

 

01/11/2016

BD : L’horreur sous toutes ses coutures

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Halloween oblige, le mois d’octobre est propice aux sorties d’albums jouant sur la peur des lecteurs. Les éditions Glénat ont fait le pari de lancer une collection dédiée à cet univers particulier. « Flesh Bones » fleure bon l’hommage à la série B. Ces albums copieux (plus de 120 pages) aux couvertures souples et en noir et blanc sur un papier volontairement granuleux sont de bonnes parenthèses frisson dans notre quotidien manquant parfois cruellement d’exceptionnel. Trois titres viennent de sortir dont le sexy « Blood Red Lake » de Bec (scénario) et Arlem (Dessin). Quatre étudiants (deux geeks et deux filles canons) vont fêter la fin des études sur un lac perdu dans la montagne. En route ils croisent la route d’un tueur psychopathe. Du sexe, de la violence, encore du sexe, un peu de fantastique, la recette est simple et marche à la perfection.

➤ « Blood Red Lake », collection Flesh Bones, Glénat, 14,95 € 

 

29/10/2016

BD : "Sept héros" oubliés

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Tous les super-héros n’ont pas la même volonté de sauver le monde. L’idée de base de cet album écrit par Mathieu Salvia et dessiné par Philippe Briones tient dans ce constat. Hector, vieillard discret, vit caché. Cela fait des années qu’il a abandonné toute velléité de voler. Car comme Superman, il peut voler. Il se cache mais est finalement retrouvé par un organisme d’état qui veut étudier ces super-héros, vieillissants mais qui pourraient encore être utiles. Hector se retrouve avec une femme invisible, un homme caoutchouc ou une passe-muraille. Ils sont six à chercher à s’enfuir. Le septième, comme toujours dans les histoires de superhéros, a choisi le côté sombre. La bataille finale est dantesque.

➤ « 7 héros », Delcourt, 15,50 €

 

09:27 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : salvia, briones, sept, héros, delcourt

28/10/2016

BD : Au cœur de la terreur avec un "Infiltré"

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Seconde partie du thriller nordique « Infiltrés » dessiné par Olivier Thomas et écrit par Olivier Truc et Sylvain Runberg. L’équipe de Suzanne Hennings est sur les dents. Cette unité d’élite anti-terroriste danoise surveille un groupe néo-nazi sur le point de commettre un attentat. Un homme a infiltré les extrémistes. Entre attentat aveugle avec quantité d’explosifs livrés par la mafia serbe et action ciblée exécutée par un tueur à gages, Suzanne ne sait où donner de la tête. L’album, au découpage très cinématographique, bourré de suspense, permet au lecteur d’être au plus près des terroristes. Une histoire qui doit beaucoup aux connaissances d’Olivier Truc, journaliste expert de ces milieux après de nombreuses enquêtes.

➤ « Infiltrés » (tome 2/2), Soleil Quadrants, 14,95 €

 

 

26/10/2016

Cinéma : La ronde qui ne compte pas pour des prunes

La bande dessinée jeunesse a longtemps eu un problème avec le sexe féminin. Il a fallu attendre longtemps pour que des héroïnes s’accaparent les premières pages des magazines. Les éditions Dupuis ont ouvert la voie avec la pulpeuse Natacha. Dans les années 90, une autre fille a percé dans le 9e art : Tamara. Elle aussi avait des formes généreuses comme l’hôtesse de l’air de Walthéry, mais l’adolescente imaginée par Zidrou et Darasse se désespère de ces courbes un peu trop marquées.

Tamara est grosse, sa quête de l’amour en devient plus compliquée. Sur grand écran, cette BD beaucoup moins superficielle qu’il n’y paraît, devient une comédie entre leçon de vie, romance à l’eau de rose et scènes de la vie scolaire en milieu hostile. Moins osé que la BD, le film d’Alexandre Castagnetti, fait une première infidélité au physique de Tamara. Héloïse Martin, l’interprète de la replète jeune femme est tout sauf grosse. Un petit peu enveloppée peut-être. A moins que cela ne soit les gros pulls qui faussent son apparence. Mais une fois cet aspect occulté, on se retrouve face à un divertissement très prenant. Le casting y fait beaucoup. Car à côté de la « star » Rayanne Bensetti, belle gueule découverte sur TF1 et parfait dans le rôle de Diego, l’amoureux de Tamara, on trouve de très bons comédiens, judicieusement utilisés pour des respirations très réussies dans l’intrigue.

La mère de Tamara, Sylvie Testud, est touchante dans sa recherche d’amour perpétuelle. Son petit ami, beaupère de Tamara et père de la petite Anaïs, Cyril Gueï évite la caricature. Nos deux préférées restent Blanche Gardin, irrésistible dans le rôle de la voisine alcoolique et surtout Jelilah, meilleure amie de Tamara, interprétée par Oulaya Amamra, jeune comédienne surdouée, à mille lieues de son rôle de dealeuse désespérée dans Divines. 

Redécouvrir la BD

Pour la sortie du film, les éditions Dupuis proposent un album hors série de la série de Zidrou et Darasse reprenant les histoires à l’origine du long-métrage. L’occasion de retrouver la Tamara originelle, beaucoup plus enveloppée qu’Héloïse Martin, mais tout aussi craquante.

➤ « Tamara, la revanche d’une ronde », Dupuis, 10,60 €

 

10:16 Publié dans BD, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tamara, bensetti, rayane, dupuis, ugc, martin

24/10/2016

BD : LE SPIROU ANIMALIER DE FRANK PÉ

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N’en déplaise aux puristes, l’idée de confier les destinées de Spirou à d’autres auteurs permet de moderniser un héros parfois trop conventionnel. En parallèle des aventures officielles signées par Yoann et Velhmann, d’autres s’approprient le célèbre groom rouge. Comme Frank Pé (dessin) et Zidrou (scénario). « La lumière de Bornéo », longue histoire de 88 pages, décrit un Spirou devenu adulte. En jean et blouson de cuir, il claque la porte quand la nouvelle direction de son journal veut qu’il édulcore un reportage. Il devient ainsi le premier « héros de BD sans emploi ». Il va se laisser vivre, apprendre à peindre, flâner et retrouver le cirque de Noé et sa ménagerie. Mais aussi la jeune fille de Noé. Choc de génération qui donne tout son sel à l’album. L’intrigue, sur l’art et l’exploitation des animaux, permet à Frank de dessiner et de peindre ce qu’il aime le plus. Beau, intelligent, beau, touchant. Vraiment beau...

➤ « La lumière de Bornéo », Dupuis, 16,50 €

 

17/10/2016

BD : Braquage poétique

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Si vous feuilletez par hasard l'album "Je viens de m'échapper du ciel" par hasard dans une librairie vous avez de fortes chances de penser que ce roman graphique en noir et blanc est dessiné par Munoz. Poe, le loser qui gravite dans ces nouvelles de Carlos Salem, ressemble étrangement à Alack Sinner. Pourtant l'album est de Laureline Mattiussi, une dessinatrice française qui manie le noir et blanc avec une rare virtuosité. Poe est amoureux de Lola. Mais il passe ses nuits avec une sorte d'ange. Ou un fou barbu. Imaginaires. Mais en réalité il est avec Harly, gangster de son état. Casses manqués, beuveries, délires paranoïaques : l'univers de cette BD est un peu policière et beaucoup poétique. Ou l'inverse. A vous de voir...

« Je viens de m'échapper du ciel", Casterman, 18,95 euros

 

 

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16/10/2016

BD : "Vertigo", vengeance entre gangs

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Si l'action de "Vertigo", histoire complète de 80 pages, se déroule essentiellement à Caracas au Venezuela, l'origine des problèmes du personnage principal, Samuel Santos, vient du Salvador, 14 ans auparavant. Santos, devenu avocat, défend les squatteurs de la tour David, haute de 45 étages et inachevée depuis des décennies. Avant cette existence 'normale', il était membre d'une mara, un gang, au Salvador. Le récit, se déroulant sur deux époques, raconte cette histoire de vengeance différée et d'espoir de renouveau. Car en quittant le Salvador, Santos a laissé un bébé. Est-ce son fils qui vient d'être emprisonné pour meurtre ? Écrite par Nathalie Sergeef, cette histoire âpre et violente est mise en images par Bufi, dessinateur italien maniant à la perfection le réalisme pur et dur.

"Vertigo", Le Lombard, 14,99 euros

 

 

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15/10/2016

BD : Les gangsters à la papa

 

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Du polar rural : le "Mort aux vaches" de François Ravard et Aurélien Ducoudray est de cette veine malheureusement un peu en perte de vitesse. Quatre truands braquent une banque. Quelques millions de francs, car cela se passe dans les années 90. Pour se faire oublier, ils veulent passer un mois au vert, dans la ferme d'un cousin de Ferran, un des quatre pieds nickelés. Ce dernier est accompagné par José, son complice et amant depuis 20 ans, Cassidy, belle et impudique et de Romu, un gaillard, culturiste dopé aux protéines. Normalement ils devraient cultiver une certaine discrétion. D'autant que la famille de Ferran ne sait pas pourquoi ils viennent en "vacances" dans cette exploitation agricole spécialisée dans les races à viande. Mais avec Cassidy, difficile de ne pas être vite en vedette. En une journée elle parvient à attirer les regards des veilles acariâtres du cru, des gendarmes et des prostituées roumaines. Bref, le mois va se résumer en 48 heures très animées. Des dialogues succulents, un peu à la Audiard, des décors entre beauté champêtre et puanteur du fumier et de sacrés personnages : "Mort aux vaches" est idéal pour les lecteurs amateurs d'ambiance vintage.

"Mort aux vaches", Futuropolis, 19 euros

 

09/10/2016

BD : Vie et mort d'Anna Politkovskaïa

Le 7 octobre 2006, Anna Politkovskaïa, journaliste dissidente russe, est abattue devant chez elle. Le jour même de l'anniversaire de Vladimir Poutine, son pire ennemi. La biographie dessinée de cette infatigable protectrice des Droits de l'Homme sort en France pour les dix ans de cette sinistre date. Écrit par Francesco Matteuzzi et dessiné par Elisabetta Benfatto, cet album en noir et blanc raconte les dernières années de la reporter, rendue célèbre après ses articles pour dénoncer les exactions de l'armée russe lors de la première guerre de Tchétchénie. Une femme pleine de doute, qui semblait savoir qu'un jour, elle rejoindrait ces témoins qui ont accepté de lui confier des informations. La BD est complétée par des témoignages et un entretien avec des journalistes italiens ayant connu personnellement Ana Politkovskaïa.

« Anna Politkovskaïa, journaliste dissidente », Steinkis, 16 €

 

 

08/10/2016

BD : Confidences d'une "Aspie"

 

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Ils sont des milliers a être autistes Asperger. Une forme légère de la maladie, souvent indétectable, notamment chez les femmes. Julie Dachez a longtemps vécu avec un mal-être permanent. La faute à ce syndrome Asperger qui la pousse à fuir la compagnie des gens, préférer les animaux et se passionner pour des sujets au point d'en oublier de manger. Quand elle découvre qu'elle est une "Aspie", sa vie change. Elle accepte son anormalité et décide de la faire reconnaître. La BD dessinée par Mademoiselle Caroline raconte cette prise de conscience et devrait permettre à certains Asperger de se reconnaître ou à leurs proches de modifier leur attitude.

"La différence invisible", Delcourt, 22,95 €

 

05/10/2016

BD : Le fabuleux roman de Joséphine Baker

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Elle avait deux amours, son pays et Paris. Cette chanson a mondialement fait connaître Josephine Baker. La petite noire américaine, après des débuts difficiles dans le Sud des États-Unis, débarque en France en 1925. Danseuse de moins de 20 ans, elle fait sensation en apparaissant à moitié nue dans la Revue nègre. Le public parisien tombe amoureux de cette espiègle Vénus noire, cette dernière adopte ce pays où elle devient une reine de la nuit. José-Louis Bocquet et Catel racontent sur plus de 500 pages cette vie extraordinaire. Des brimades de sa jeunesse aux combats des dernières années, Josephine Baker semble avoir eu mille vies. Des hauts, des bas, des passions et des folies. Elle a connu les plus grands, inspirés les meilleurs et aimé sans limite. Reste trois films, des disques mais surtout une tribu, les 12 enfants qu'elle adopté et qui portent encore sa mémoire à travers le monde.

"Joséphine Baker", Casterman, 26,95 €

 

02/10/2016

BD : L'envol des oiselles

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Une certaine France du passé, un peu rétrograde, est racontée dans "Filles des oiseaux", nouvel épisode des souvenirs de Florence Cestac. La dessinatrice, longtemps restée dans l'ombre à œuvrer pour les éditions Futuropolis, ose depuis quelques années la BD à la première personne. Son "Démon de Midi" a conquis des milliers de femmes. Place maintenant à la jeune, très jeune Florence Cestac. Normande, fille de paysans, son adolescence n'est pas de tout repos. Elle ne supporte plus les disputes de ses parents. Elle demande alors à être pensionnaire. Bingo ! Elle intègre le pensionnat des Oiseaux, tenu par des religieuses pour les jeunes filles de la grande bourgeoisie. Florence va découvrir un autre monde, plus rigide, mais aussi libre. Notamment quand elle devient la meilleure amie de Marie-Colombe, révolutionnaire avant l'heure. C'est la fin des années 60, mais le mois de mai n'a pas encore tout fait exploser. Ce sera le thème du prochain volume qui s'annonce encore plus subversif. Un regard fin et amusé sur la découverte de la vie et de la liberté par une adolescente.

"Filles des oiseaux", Dargaud, 13,99 euros

 

 

01/10/2016

BD : Le blues des patrons

 

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Mais que devient Laurence Parisot depuis qu'elle n'est plus patronne des patrons ? Elle a quitté les radars médiatiques mais reste au centre de cet album de récits complets signés Isa. La dessinatrice, habituée des pages de Fluide Glacial, raconte les soucis de la pauvre dirigeante mise sur la touche par les dirigeants ringards du CAC 40 au profit d'un fils à papa peu charismatique. Des fils à papa il y en a beaucoup d'ailleurs, d'Arnaud Lagardère aux Dassault. Ces derniers en prennent pour leur grade dans quelques histoires qui sont certainement plus proches de la réalité quand on constate que Le Drian vient de signer avec l'Inde l'achat de 36 avions Rafale. Alors ne vous privez pas de rigoler car jamais les actionnaires ne toucheront de dividendes sur les rires.

"Terreur sur le CAC 40", Fluide Glacial, 12 euros

30/09/2016

BD : Maggy prise au piège

 

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Troisième et ultime volet des aventures de Maggy Garrisson. Une première saison, selon la terminologie devenue à la mode. Imaginée par Lewis Trondheim et dessinée par Stéphane Oiry, Maggy est une jeune Anglaise un peu boulotte, persuadée qu'elle ferait une excellente détective privée. Notamment pour aller dans les pubs boire des bières afin d'obtenir des informations. C'est comme ça qu'elle rencontre son boyfriend, un homme de main de la pègre locale. Début des embrouilles aussi avec la police et quelques-uns de ses éléments les plus corrompus. Le ton de la BD est unique, très cérébral, mais avec aussi son lot d'action (accident de voiture, bagarre dans une cuisine...). Cela ferait un excellent roman noir. C'est déjà une remarquable BD.

"Maggy Garrisson" (tome 3), Dupuis, 14,50 euros