23/02/2017

DVD : avec "Nocturama", la nuit, la jeunesse se meurt

 


Déconcertant. Abrupt. Sombre. Il n’y aura jamais assez de termes pour décrire la première impression à la fin de « Nocturama », film de Bertrand Bonello qui sort en DVD. Parler du terrorisme est particulièrement risqué ces dernières années. Le projet, dans les tuyaux depuis 2011, a mis longtemps avant d’être bouclé. Et entretemps il y a eu le 13 novembre 2015... Cela n’a pas empêché le réalisateur de Saint-Laurent et de l’Apollonide d’aller jusqu’au bout de son idée. Un film dual, en deux parties bien distinctes. La première heure se déroule dans Paris. Sept jeunes, sans un mot, se déplacent rapidement. Ils prennent le métro, vont dans des parkings souterrains, récupèrent des sacs plastiques. La tension est permanente, la caméra les suit dans cette course effrénée qui ne laisse que peu de temps de respiration au spectateur pris dans cette maestria effrénée.
■ Attentats
Une longue mise en place qui finalement aboutit à une série d’attentats simultanés dans divers lieux de la capitale. Un directeur de banque est abattu à bout portant, des bombes font exploser un étage d’une tour dans la Défense, des voitures et même une salle de réunion du ministère de l’Intérieur. On comprend aux cibles que ces jeunes sont en rébellion contre la société, mais il n’y a pas de message frontal dans Nocturama. Au contraire, le réalisateur raconte dans un entretien en bonus au DVD qu’il est parti du constat que la France est devenue une « cocotte-minute » prête à exploser. Et d’estimer que « de temps en temps dans l’Histoire, il y a une insurrection, une révolution. Un moment où les gens disent stop. Il y a un refus. » C’est ce que portent ces jeunes issus de tous les milieux. Avec quelques symboles forts comme cette gamine de banlieue qui badigeonne la statue de Jeanne d’Arc d’essence avant d’y mettre le feu.
Une fois les attentats perpétrés, ils se donnent tous rendez-vous dans un grand magasin juste avant la fermeture des portes. Un ami, employé comme vigile, neutralise le système de surveillance. La seconde partie du film passe de la vitesse à la lenteur, de la lumière à l’obscurité. Ils attendent, sans nouvelles des événements à l’extérieur. Ils sont coupés du monde et décident, pour passer le temps de profiter de toute cette société de consommation triomphante. Musique à fond, beaux habits, maquillage et bijoux, ils s’offrent une parenthèse. Comme pour oublier qu’ils sont devenus depuis quelques heures des meurtriers.
Ce portrait de la jeunesse insurgée sonne juste. Le réalisateur a fait un savant mélange en jeunes acteurs et amateurs, recrutés directement dans ces milieux d’extrême gauche toujours à la limite de la lutte armée, du terrorisme. Un film parfaitement maîtrisé au niveau de la réalisation, à la bande son très soignée, la première partie directement écrite par le réalisateur pour amplifier la tension, la seconde composée de reprises comme « My Way » ou la musique d’Amicalement vôtre. C’est virtuose, même si on regrette une fin un peu pauvre en propositions, sans la moindre surprise pour le spectateur.
 ➤ « Nocturama », Wild Side Vidéo, 14,99 € le DVD


22/02/2017

Cinéma : pour ne pas oublier d'où vient le Front national


CHEZ NOUS. Lucas Belvaux réalise un film engagé contre l’extrême droite. Selon lui, même « dédiabolisé » le Front national a toujours des relents de racisme qu’il cherche à cacher.


Dans ce Nord de plus en plus sinistré socialement, le lien social se délite. Pauline Duhez (Emilie Dequenne) est une fille de Hénart, la ville imaginaire du film « Chez nous » de Lucas Belvaux. Elle y est née, son père, ancien syndicaliste et militant communiste y a toujours travaillé. Devenue infirmière libérale, à domicile, elle s’occupe de ses patients avec beaucoup d’empathie. Souvent des personnes âgées dépendantes, seules et tristes. Pour elle non plus la vie n’est pas tous les jours facile. Divorcée, elle élève ses deux enfants seule. Malgré les horaires à rallonge. Un matin, elle découvre une de ses mamies morte dans la cuisine. Le médecin de la ville, le docteur Berthier (André Dussolier) constate le décès et en profite pour inviter Pauline à dîner chez lui. Pauline a beaucoup d’affection pour le médecin familial qui a tout fait pour permettre à sa mère de guérir d’un cancer. En vain.
■ Candidate
Lors du repas, en tête à tête, Berthier aborde la politique. Cela débute par le classique « tous les mêmes » suivi du « tous pourris » pour finalement faire l’apologie d’Agnès Dorgelle (Catherine Jacob), la présidente du Bloc, le parti d’extrême droite qui cherche à conquérir le pouvoir. Et Berthier de proposer à Pauline de s’engager aux prochaines municipales comme tête de liste pour le Bloc. Elle rétorque qu’elle ne s’en sent pas capable, mais Berthier lui explique qu’elle sera entourée de jeunes diplômés, qu’elle est la meilleure pour comprendre la population de la ville, qu’elle connaît tout le monde. Et surtout que tout le monde l’apprécie.
Pauline va longtemps hésiter. Elle change d’avis après une nouvelle dispute avec son père, retraité, malade, acariâtre, déçu. Et surtout après les conseils d’une amie, enseignante mais qui ne cache plus ses penchants pour la préférence nationale.
Le début du film est un peu déconcertant car tout cela semble trop beau. Le médecin près de ses patients, la jolie infirmière un peu paumée, le vieux militant de gauche râleur... En réalité c’est ce que le Bloc veut nous faire croire. Berthier, intime avec la présidente, lui « vend » litté- ralement Pauline. Parfaite pour le rôle. Et surtout sans la moindre casserole. Car lui, déjà élu une fois, a quelques faits d’armes qui pourraient, s’ils étaient découverts, compromettre sa carrière. Cela n’empêche pas le second du parti (ressemblant étrangement à Louis Aliot) de faire une enquête discrète sur la perle rare du Nord. Tout se passe parfaitement jusqu’à la découverte de la relation de Pauline avec un autre enfant de Hénart, Stanko (Guillaume Gouix), vieille connaissance de Berthier. Ensemble ils ont cassé de l’arabe (ce que Stanko continue à faire avec ses amis néo-nazis et identitaires). Berthier va changer de visage et ordonner sèchement à Pauline de choisir entre sa carrière politique et Stanko, presque la menacer.
Le film change de registre. Chantage, manipulation, mensonges : la seconde partie démasque le parti qui cherche à se refaire une virginité avec des candidats neufs mais qui conserve dans ses rangs, et souvent aux postes de décision, les plus extrémistes et racistes de ses membres, comme protégés par ces nouveaux visages.
Alors que la gauche, déchirée, semble avoir définitivement abandonné toute chance de contrer le FN, ce film est un courageux manifeste pour ouvrir les yeux aux futurs électeurs qui en croyant sanctionner les sortants risquent de faire bien pire.

19/02/2017

Pour Lucas Belvaux, le FN « veut prendre le pouvoir, pas arranger les choses »

Dans une rencontre avec la presse quotidienne régionale, le réalisateur Lucas Belvaux revient sur le message qu’il veut faire passer dans son film « Chez nous » sur les candidats et les électeurs du Front national



L’Indépendant : D’où vous est venue l’envie de réaliser un film politique sur l’extrême droite en France ?
Lucas Belvaux : L’idée du film m’est venue durant le tournage de « Pas son genre », à Arras pendant la campagne des dernières élections municipales. J’aimais beaucoup le personnage principal, une coiffeuse sympathique, volontaire, une fille du peuple pour qui j’avais beaucoup de sympathie. Pendant le tournage, les sondages donnaient entre 30 et 40 % pour le FN. Nous avions parfois 200 figurants sur le plateau. Et statistiquement, cela en faisait entre 60 et 80 qui votaient FN. Je me suis demandé « mais elle, le personnage de Jennifer, comment va-t-elle voter ? » Et surtout, à la fin du film, après qu’elle se soit fait maltraiter par son amoureux philosophe, qui représente la cible des partis populistes, pour qui votera-t-elle après son dépit amoureux ? J’avais cette idée, cette envie de parler du parti et des électeurs mais je ne trouvais pas la forme. Puis j’ai découvert le roman « Le Bloc » de Jérôme Leroy et je me suis appuyé sur cette trame.

« Dans le Nord, voter pour un parti pétainiste n’a aucun sens »

Comment expliquer qu’une jeune femme soit séduite par ce parti ?
Elle travaille dans un secteur où elle est confrontée de 6 h du matin à 22 h le soir à la souffrance. Physique d’abord, et sociale aussi. Au bout d’un moment, elle ne peut répondre à tout, c’est un personnage généreux. Quand elle a la possibilité de s’engager plus, elle le fait car elle est dans une espèce de trou idéologique. Dans cette région, il y a encore ce souvenir de la lutte sociale et en même temps, il y a une rupture dans la transmission sur laquelle prospère le FN. On a une génération, des trentenaires nés au début des années 80, qui ont l’impression que les luttes n’ont abouti à rien. Droite ou gauche, tout ça c’est pareil, les socialistes sont corrompus, et ils n’ont pas tout à fait tort, encore que dans certaines communes où les élus travaillent bien, le FN n’a pas du tout prospéré. Je voulais raconter ce vote contre nature dans une région où il y a eu une résistance très dure dans les mines et maintenant ils votent pour un parti pétainiste et ça n’a aucun sens. On note un rejet de l’élite. Parce qu’on « souffre », on ne veut recevoir de leçon de personne.
Pourquoi sortir le film à moins de deux mois du premier tour ?
On voulait qu’il sorte maintenant, on s’est dépêché pour qu’il soit finalisé pour la campagne électorale. C’est une façon de participer au débat. Ça fait quelques années que le cinéma n’ose plus dire les choses frontalement. Il y a un moment, il faut dire les choses clairement : les gens oublient ce qu’est ce parti fondamentalement. C’est un parti cryptofasciste, raciste, antisémite. Et ce n’est pas la peine d’aller très loin pour s’en rendre compte. Mais les gens sont dans le déni. Pourtant, quand on gratte à peine, on voit réapparaître les vrais fascistes, des nazis. Car aujourd’hui, en 2017 en France, il y a des nazis, des gens qui s’en revendiquent. Notamment l’association des amis de Léon Degrelle, homme politique belge qui a porté l’uniforme SS. Elle publie des revues qui sont des apologies des crimes de guerre ou des nécrologies de combattants SS et dont ses membres sont élus dans les conseils régionaux. Pas ouvertement, ils ne se font pas élire sur ce programme. N’empê- che qu’aujourd’hui il y a des gens qui ont élu des nazis. La grande réussite de Le Pen père a été d’agréger une extrême droite qui était contradictoire. Il y a les fascistes, les Maurassiens, les néo-païens. Aujourd’hui il y a encore des tensions entre eux, mais ce qui les intéresse c’est de prendre le pouvoir, pas d’arranger les choses.
Votre vision de l’actuelle campagne électorale ?
Ça me déprime assez sur le fait que les idées du FN prospè- rent. Quand un syndicaliste policier trouve que « bamboula » c’est acceptable, quand on en arrive là, c’est effrayant. La campagne commence à me faire un peu peur.
(Interview parue dans l'Indépendant le 19 février dernier)
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« On est chez nous »
Avant même sa sortie, le film de Lucas Belvaux a été violemment critiqué par les cadres du Front national. « Un joli navet clairement anti-Front national », selon Florian Philippot. Même élément de langage chez Steve Briois attaquant un « un sacré navet en perspective » et se portant à la rescousse de sa présidente : « Pauvre Marine Le Pen qui est caricaturée par ce pot à tabac de Catherine Jacob ». On appréciera au passage la méchanceté de cette appréciation contre une grande dame du cinéma français qui interprète son personnage sans la moindre outrance, trouvant l’attitude juste d’une femme de fer, poursuivant simplement son unique but par tous les moyens : accéder au pouvoir. Le problème réside bien les méthodes utilisées par le « Bloc », le parti du film, pour arriver à ses fins. La fameuse stratégie de dédiabolisation du FN, mise en place par Marine Le Pen pour faire oublier les provocations du père, n’est qu’un maquillage. Dans les faits, les mêmes décideurs sont toujours dans les instances dirigeantes. Ils n’ont pas perdu par une hypothétique prise de conscience leur profond racisme, antisémitisme et nostalgie d’une France nationaliste et recroquevillée sur ses « valeurs » du passé. « Chez nous » raconte comment la machine infernale va utiliser des hommes et des femmes assez naïfs (comme l’infirmière interprétée par Emilie Dequenne) pour représenter une image propre du mouvement d’extrême droite.

14/02/2017

Cinéma : "Loving" prouve que l'amour est plus fort que les lois


LOVING. Dans les années 50, les vieilles lois américaines de certains états du Sud interdisaient les mariages entre personnes de couleur différente. Les époux Loving ont fait plier les racistes.


Dans la campagne de Virginie, au Sud des USA, la vie s’écoule lentement et sereinement. La famille Loving vit dans un quartier pauvre. Ce sont presque les seuls Blancs dans cette zone. Richard (Joël Edgerton), maçon, passe ses soirées à réparer et customiser des voitures avec des voisins noirs. Et dans la petite bande, il en pince pour Mildred (Ruth Negga), surnommée brindille. Un amour réciproque. Pourtant cette relation n’est pas au goût de tout le monde. Notamment toute la communauté blanche qui vit avec une haine farouche des anciens esclaves. Ils ont pris leur liberté, mais sont encore loin de l’égalité. Pour preuve, il est toujours interdit en 1958 de se marier entre un Blanc et une Noire. Se sentant protégés par leur amour et leurs familles (qui approuvent cette relation), ils vivent même ensemble. Cachés, mais ensemble.
■ Devant la Cour suprême
Quand Mildred tombe enceinte, Richard lui demande sa main. Ils vont donc se marier au Nord, à Washington, là où l’amour est plus fort que les lois. De retour en Virginie, tout bascule un matin quand le shérif local débarque au petit matin, surprend Richard et Mildred dans un même lit et les emprisonne. Paradoxe américain où il est possible de se marier dans un état et interdit de vivre ensemble dans un autre. Rapidement jugés, ils échappent à la prison en promettant de quitter l’état de Virginie pour 25 ans et de ne plus jamais s’y rendre ensemble. Coupés de leur famille, ils tentent de refaire leur vie en ville. Mais Mildred est nostalgique de sa campagne, de sa famille. Elle décide de raconter son histoire à un élu démocrate qui la confie à l’ACLU (Union américaine pour les libertés civiques). L’occasion de porter le combat devant la cour suprême qui ainsi pourrait rendre obsolètes ces lois d’un autre âge. Cette histoire, emblématique de l’évolution de la vie quotidienne partout aux USA, est racontée de façon linéaire et très réaliste par Jeff Nichols (réalisateur de Mud et de Midnight Spécial).
Une première partie qui ressemble presque à une histoire à l’eau de rose. Le maçon maladroit, la jeune fille enthousiaste à l’idée de fonder une famille avec l’homme qu’elle aime... Mais le conte de fée se transforme en véritable cauchemar. Pas de magicienne ni de lutin : juste des juges pétris de convictions religieuses rétrogrades, de shérif raciste et de jeunes avocats, brillants mais encore inexpérimentés.
Pourtant, c’est une happy end qui clôture le film. Pas de celles tirées par les cheveux de comédies lourdingues, non, de celles inespérées qui redonnent foi en la vie et en l’Homme. Une leçon de tolérance qui doit tout à l’amour, seule arme de destruction massive (des pré- jugés) contre laquelle aucune loi ne sera assez forte.
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Joel Edgerton, un Aussie à Hollywood
 
 
Originaire d’Australie (Sydney) exactement, Joël Edgerton, à l’image de Mel Gibson, Russel Crowe ou Nicole Kidman, fait partie de ces acteurs talentueux repérés par Hollywood. Après quelques productions dans leur pays d’origine, ils sont castés pour des rôles plus ambitieux dans des productions appelées à inonder le monde. Joël Edgerton, excellent dans le rôle de Richard Loving, a commencé à se faire un nom dans la série « Nos vies secrètes ». Quand il décroche son premier rôle aux USA, ce n’est pas moins que pour la Guerre des étoiles de Georges Lucas. Il est le demi-frère de Dark Vador dans les épisodes 2 et trois de la saga. Ensuite, tout s’enchaîne très vite. Il collectionne les rôles, de boxeur à garde du corps en passant par chausseur ou pilote d’hélicoptère. Il passe du film de genre (remake de The Thing) aux grands classiques (participation à Gatsby the magnifique, version Baz Luhrmann) sans oublier les films noirs.

C’est d’ailleurs dans une production de ce genre qu’il croise pour la première fois Jeff Nichols dans « Midnight Express ». Un film entre polar et fantastique, à l’ambiance très particulière, preuve que Nichols et Edgerrton excellent dans tous les styles. Ils se retrouvent donc pour « Loving ». Jeff Nichols avait remarqué une ressemblance frappante entre l’acteur et le personnage. Le métier de l’acteur a suffi pour que d’Australien de base se métamorphose en homme du sud des USA, frustre mais formidablement amoureux de sa « brindille ».
Un ouvrier, taciturne, peu causant, comme portant sur les épaules des années de malédiction qu’il est bien décidé à oublier en se donnant corps et âme à son amour absolu. Un grand rôle, ingrat et difficile, qui donne tout son sel à cette formidable histoire d’amour.

DVD et blu-ray : Un "Toro" fougueux et dangereux


Non sorti en salles, ce film espagnol de Kike Maillo vaut pourtant largement nombre de films d’actions français ou même américains. Ce jeune réalisateur, originaire d’Andalousie, a décroché son diplôme à Barcelone et a déjà réalisé une série pour la télévision catalane TV3.

Pour cette histoire de deux frères pris dans les filets de la mafia et qui tentent de s’en sortir, il a sorti l’artillerie lourde côté cascades, bagarres et paysages. Et la distribution aussi a de la gueule avec Mario Casas (beau gosse et gros biscotos), Luis Tosar (parfait en père aimant mais débordé) et José Sacristain (grand du cinéma espagnol à la carrière prestigieuse). Du très bon donc, avec en prime les paysages de l’Andalousie, plages et constructions modernes. Toro, plus jeune des frères Lopez, travaille pour Romano, le notable de la ville à qui tout (ou presque appartient). Et ce qui lui échappe directement, il le rackette avec l’aide des frères. Mais Toro en a assez. Il décide d’arrêter ces boulots violents.


Pour une dernière intervention, tout dérape. Poursuivis par la police, l’aîné est tué d’une balle perdue. Toro écope de cinq années de prison. On le retrouve à quelques mois de sa sortie définitive. Il est en conditionnelle. Tous les jours il sort pour conduire les touristes de l’aéroport aux hô- tels de luxe. Avant de rejoindre sa cellule, il va roucouler avec sa fiancée, institutrice. Mais Lopez, son frère, endetté, n’arrive pas à rendre ce qu’il doit à Romano. Les sbires de ce dernier enlèvent sa fille. Acculé, il demande l’aide de Toro qui va abandonner ses rêves de tranquillité pour une course-poursuite sanglante et meurtrière. On apprécie particulièrement dans ce thriller les cascades très spectaculaires sur la plage d’Almeria ou les personnalités tortueuses des seconds rôles, avec une préférence pour Romano interprété par José Sacristain étonnamment crédible dans la peau de ce vieillard vicieux pourtant très croyant et attaché aux traditions.
Le DVD et blu-ray offrent en prime un long making of de plus de 30 minutes parsemé d’interviews du réalisateur et des acteurs.
 ➤ « Toro », Wild Side Vidéo, 14,99 € le DVD et 19,99 € le bluray (sortie le 22 février, en VOD le 17 février).


10/02/2017

DVD et blu-ray : Rions avec les gros bras de la CIA

 

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Rien ne vaut des acteurs ne se prenant pas au sérieux pour réaliser une bonne comédie. Le duo de « Agents presque secrets », film de Rawson Marshall Thurber est l’exemple parfait. Kevin Hart, acteur noir surtout connu pour ses succès sur scène est là où on l’attend (et il excelle). Par contre Dwayne Johnson est plus surprenant. L’ancien champion de catch sous le pseudo de « The Rock », après quelques films d’action où ses muscles étaient pris au premier degré, s’est diversifié avec une autodérision de très bon aloi.

Dans ce film d’espionnage à l’intrique un peu légère, il interprète un agent secret américain de la CIA qui tente de découvrir qui va acheter les codes secrets des satellites pilotant les missiles nucléaires. A moins que cela ne soit lui le méchant. Kevin Hart ne le sait pas exactement. Mais là n’est pas le problème car ce grand baraqué capable d’assommer trois hommes en deux secondes est un ancien collègue du lycée. A l’époque il était le petit gros dont tout le monde se moquait. Alors que Kevin, brillant, se voyait gouverneur, il végète en petit comptable. Deux personnalités opposées, qui donnent aux scénaristes une quantité quasi illimitée de gags.

On rit beaucoup, encore plus en visionnant le bêtisier, très fourni dans ce genre de distribution avec deux acteurs toujours capables de partir dans des improvisations démentielles.

 ➤ « Agents presque secrets », Universal Vidéo, 14,99 €

 

03/02/2017

DVD et Blu-ray : Dany Boon en "Radin"

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Dany Boon a un immense talent. Il sait faire rire avec peu de choses. Mais il a aussi la mauvaise habitude de se répéter dans ses rôles et surtout de se prendre pour un jeune premier ou un acteur au fort potentiel dramatique. « Radin ! », film signé Fred Cavayé, avait tout pour devenir une comédie culte. Il suffisait d’en faire des tonnes dans le portrait de ce radin congénital. Mais comme le héros doit s’amender, la seconde partie de l’histoire tente de nous tirer des larmes de ce personnage pathétique. Dommage.

➤ « Radin ! », TF1 Vidéo, 12,99 € le DVD, 16,99 € le blu-ray

 

 

19:14 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dany boon, cavayé, radin, tf1

02/02/2017

DVD et Blu-ray : Soko redonne vie et grâce à Loïe Fuller, « La danseuse »

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Un corps massif, un visage rarement rieur, une démarche lourde et une propension à cacher ses formes sous des couches de tissus : Loïe Fuller n’avait rien pour faire carrière dans le spectacle, aux Folies Bergères notamment. Pourtant cette jeune franco-américaine, en débarquant de son Far-west natal à la fin du XIXe siècle, va devenir en quelques spectacles la coqueluche du tout-Paris. Son secret, animer des mètres de soie grâce à d’immenses bâtons dans des lumières fortes avec des variations de couleur.

 

 

Cette danse du serpentin qu’elle a inventé à New York, presque par hasard, va le rendre très célèbre à Paris. La presse est enthousiaste, le public conquis. Elle décroche même un engagement à l’opéra de Paris. Le film de Stéphanie Di Giusto, présenté à Cannes, a fait forte impression. Il offre un beau premier rôle à Soko, actrice française atypique. Un rôle physique qu’elle affectionne, où les entraînements ne sont pas simulés. Car le drame de Loïe Fuller est tout entier dans sa technique. Trop éprouvante, usante, fatigante, elle lui détruit le corps. Sans compter les dégâts occasionnés à ses yeux par les projecteurs électriques. Sa carrière comme sa gloire, sont très éphémères. Mais des années plus tard sa trace est toujours là car beaucoup la considèrent comme la première étoile de la danse contemporaine.

Le film sort en DVD et blu-ray alors qu’il fait un carton presque plein pour les nominations aux César. Soko pour la meilleure actrice mais également Mélanie Thierry pour le second rôle féminin, Gaspard Ulliel pour le second rôle masculin et la très jeune mais très talentueuse Lily-Rose Deep dans la catégorie révélation féminine pour son interprétation d’Isadora Duncan, autre danseuse américaine qui a littéralement volé la vedette à Loïe Fuller dans le Paris des années folles. On rajoute une sélection parmi les meilleurs premiers films et deux nominations techniques (décors et costumes) et on comprend que cette « Danseuse » a tout pour plaire au plus grand public.

 ➤ « La danseuse », Wild Side Vidéo, 19,99 €.

 

01/02/2017

Cinéma : « Jackie », la veuve ensanglantée

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Jackie Kennedy était à côté de son mari quand une balle lui a explosé la tête. Le film de Pablo Larrain raconte ce drame du point de vue de la First Lady, interprétée par Natalie Portman.

 

 

Trois jours. Le film de Pablo Larrain présenté comme un biopic ne couvre en réalité que trois jours de la vie de Jackie Kennedy, celle qui reste la plus célèbre des First Lady. Du 22 novembre 1963, date de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy au 25, date de ses obsèques.

Les amateurs de grandes histoires romantiques avec sanglots et bonheur pour ponctuer les grandes dates d’une vie en auront pour leurs frais même si quelques flash-backs permettent un peu de contextualiser la vie du couple Kennedy à la Maison Blanche, notamment lors d’un concert prestigieux de Pablo Casals. Le cinéaste chilien, pour son premier film en anglais, tourné en grande partie à Paris, a pris le parti de se concentrer sur la vision de cette femme, à qui tout réussit, adulée des foules, qui voit sa vie s’écrouler en trois jours. Non seulement elle perd son mari dans des conditions abominables (elle a tenté de remettre le cerveau en miettes de son époux dans le crâne ouvert alors que la décapotable filait à vive allure vers un hôpital), mais elle devra quitter dans l’urgence cette Maison Blanche qu’elle aimait tant, se retrouvant quasiment à la rue si la famille Kennedy ne lui était pas venue en aide.

■ Confessions

Le film débute par l’arrivée d’un journaliste américain chargé de recueillir la première interview de Jackie Kennedy (Natalie Portman) une semaine après les obsèques de son mari. Une femme qui fume cigarettes sur cigarettes, qui se confie sans peine mais ponctue chacune de ses déclarations par un intransigeant « Vous ne publierez pas cela ». Elle entend conserver jusqu’au bout l’imprimatur de sa vie, comme pour mieux préserver la mémoire de son mari, éphémère président qui n’a pas eu le temps de réaliser ses projets, obligé, dans l’urgence, de gérer la crise des missiles à Cuba. Natalie Portman incarne la partie la moins connue de la vie de Jackie, l’épouse et mère, soumise et dépendante d’un homme devenu trop puissant et éloigné d’elle. Elle reste longtemps dans le tailleur rose Chanel, taché du sang de son mari, à tenter de comprendre, de réaliser ce qui s’est passé. C’est dans cette tenue souillée qu’elle assiste à la prestation de serment du vice-président Johnson dans l’avion présidentiel. Elle ne se changera qu’une fois revenue, seule, dans la Maison Blanche qu’elle a considérablement embellie durant ses deux années de présence.

Dès le lendemain, il faut qu’elle organise les obsèques avec le frère Bobby (Peter Sarsgaard) mais aussi qu’elle fasse ses cartons : la femme de Johnson est déjà dans les couloirs en train de donner des ordres pour changer la décoration et les tapisseries. Grâce à des images d’archives, l’intérieur de la bâtisse a été reconstitué, permettant à Natalie Portman de déambuler, en veuve nostalgique, dans ces pièces chargées d’histoire. Un dernier tour dans son royaume de Camelot comme elle l’explique au journaliste.

Solide au niveau reconstitution historique, le film de Pablo Larrain évite les trémolos, gommant toute émotion, comme si face à ce bouleversement mondial d’ampleur, les sentiments s’effaçaient au profit de la raison d’État. 

25/01/2017

Cinéma : Les Puissants passent à confesse

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Petit film italien, « Les Confessions » de Roberto Ando aborde la problématique du pouvoir des Puissants sur le devenir des peuples. Comment quelques économistes à la tête des ministères des 8 plus grandes puissances mondiales peuvent, dans le calme feutré d’un palace, jeter à la rue toute la population d’un pays ? Sans le dire ouvertement, ce faux thriller fait référence à la Grèce qui, un temps, a failli être éjectée de la zone euro, comme mise au ban des nations pour une faute originelle inacceptable dans ce monde de la finance : voter pour des hommes voulant faire de la politique autrement, contre les influences de l’argent, du capitalisme et de la spéculation.

 

 

En Allemagne, dans ce manoir isolé de tout et de tous, ce sont des hommes et des femmes sans cœur qui mettent les dernières touches à leur pacte pour remettre un peu d’ordre dans leur monde. Sous la houlette de Daniel Roché (Daniel Auteuil), directeur du Fond monétaire international, ils sont presque parvenus à un accord. Deux représentants rechignent encore : l’Italie et le Canada. Pour la première fois, en plus des négociations secrètes, Roché a désiré inviter à ce conclave des représentants de la société civile. Une romancière pour enfant mondialement célèbre, un chanteur de folk tout aussi connu dans le monde entier et... un prêtre italien ayant fait vœu de silence.

Le moine Roberto Salus (Toni Servillo) semble totalement incongru dans cet univers de luxe et de plaisirs. Lors du repas d’arrivée, il refuse les plats car il ne mange pas le soir. Ne dit pas un mot, évidemment, et à la fin des agapes, quand les ministres sirotent un digestif que l’on imagine fort et raffiné, il débarrasse la table, mettant dans l’embarras l’armée de serviteurs déboussolés par cette entorse au protocole. Salus, doux rêveur ou conscience éveillée ? Le spectateur se pose la question au début du film. À la fin aussi tant la mécanique de Roberto Ando est bien huilée.

■ Secret de la confession

Si Roché a invité Salus, c’est pour se confesser. L’homme considéré comme le plus puissant de la planète a-t-il quelque chose à se faire pardonner ? Mystère dans un premier temps. D’autant que le lendemain, Roché est retrouvé mort dans sa chambre, étouffé dans un sac plastique appartenant à Salus. Suicide ? Le moine est mis en examen. Début de l’enquête policière. Et des soupçons multiples et variés. Le refus de répondre aux questions du religieux, sous couvert de secret de la confession, complique sérieusement la donne. La ministre canadienne (Marie-Josée Croze) avait-elle une liaison avec Roché ? La romancière (Connie Nielsen), insomniaque, en sait-elle plus qu’elle ne le prétend ?

Le suspense n’est en réalité qu’un prétexte pour faire réfléchir sur la marche du monde. Et de l’importance de la spiritualité dans cette société ayant élevé l’argent au rang de Dieu planétaire. Le tout magnifié par des images léchées, au cadrage soigné et lumière très travaillée. Sans compter la qualité de tous les acteurs, Toni Servillo en tête. 

19/01/2017

DVD : "Moka" ou le deuil impossible d’une mère

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Emmanuelle Devos est de tous les plans de « Moka », second film du Suisse Frédéric Mermoud. Ce réalisateur a déjà tourné avec elle « Complices » et cherchait une histoire lui permettant « d’épuiser » son actrice fétiche, sa muse. En découvrant le roman de Tatiana de Rosnay il a eu le déclic. Cela donne un thriller au rythme parfois un peu lent mais transcendé par une actrice atypique à l’immense talent.

 

 

Diane (Emmanuelle Devos), après quelques mois en maison de repos, quitte ce cocon pour reprendre sa quête, sa seule raison de vivre. Il y a huit mois, son fils Luc est renversé par une voiture qui prend la fuite. Diane veut retrouver la conductrice. Comprendre pourquoi elle ne s’est pas arrêtée. Elle a embauché un détective. Ses résultats sont maigres. La voiture serait de couleur Moka, a quatre phares à l’avant, immatriculée en France et conduite par une blonde. Un recoupement lui permet d’avancer les noms de trois personnes.

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Diane, qui vit à Lausanne en Suisse, traverse le lac pour aller à Evian, là où est installée la propriétaire d’une BMW suspecte. La mère éplorée a rapidement la certitude que Marlène (Nathalie Baye) est bien la conductrice qui a brisé la vie de son fils. La sienne aussi. Une rencontre fortuite lui permet d’acheter un revolver. C’est armée qu’elle va s’incruster dans la vie de Marlène pour trouver le courage de se faire vengeance. Mais rien ne se passe comme prévu. Car Marlène, avenante, gentille, a beaucoup de points communs avec Diane. Notamment une fille. On sent Diane prise de doute. Pesant le pour et le contre. Tout un travail intérieur retranscrit à la perfection par Emmanuelle Devos. Les scènes entre cette dernière et Nathalie Baye sont d’une intensité, d’une force et d’une tension dignes des grands drames américains. Et cerise sur le gâteau, la fin de cette histoire très noire est positive.

Dans les bonus du DVD, un long entretien du réalisateur permet de mieux comprendre son cheminement et sa méthode de travail, notamment avec son actrice principale. Emmanuelle Devos qui est également en vedette du court-métrage de Frédéric Mermoud « Le créneau », joli exercice en noir et blanc datant de 2007.

➤ « Moka », Pyramide vidéo, 19,99 €

 

18/01/2017

Cinéma : Une jeunesse en mal d'envol dans "Corniche Kennedy" de Dominique Cabrera

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CORNICHE KENNEDY. Ils sont jeunes, Marseillais et vivent dans l’insouciance. Seule distraction, plonger dans la mer, à quelques centimètres des rochers. Dangereux mais si grisant.

 

 

Marseille, sa lumière, sa jeunesse et la Méditerranée. Dominique Cabrera a planté ses caméras sur la corniche, pour saisir ces moments magiques, ceux du passage de l’adolescence à l’âge adulte. De Marseille, l’actualité nous donne l’image d’une ville gangrenée par la violence et les trafics. Une réalité montrée aussi dans ce film aux lectures multiples. A la base, tout débute par des cris. De joie. Des jeunes, entre 16 et 20 ans, s’élancent de la route et plongent dans la mer. Une dizaine de mètres de hauteur, des risques fous.

De la terrasse de sa villa, Suzanne (Lola Creton) les regarde. Elle ne devrait pas. Dans une semaine elle passe le bac et doit réviser. Mais la fille des beaux quartiers n’en peut plus de rester enfermée. Elle prend son sac de plage et va se mêler à la bande qui bronze sur les rochers après leurs sauts. Un premier contact rugueux, mais quand elle accepte de sauter malgré son vertige tétanisant, avec l’aide de Mehdi (Alain Demaria) et Marco (Kamel Kadri), non seulement elle se sent revivre mais découvre avec émerveillement cette insouciance, prémices des amours de jeunesse. Terminées les révisions, Suzanne traîne de plus en plus avec Marco et Mehdi, écumant les « spots » jusqu’aux plus dangereux et vertigineux.

■ Acteurs de leurs vies

Le film, entièrement tourné en extérieur, est une ode à la vie au grand air et à Marseille. Mais si l’eau de la Méditerranée est claire, sur terre, tout est plus trouble. Marco, sans emploi, vivote en rendant des services à un truand. Il conduit des voitures, transporte de la drogue sur de courtes distances. Et devient une cible pour les policiers qui veulent faire tomber le gros caïd. Une policière (Aïssa Maïga) va tenter de le retourner.

Une intrigue policière pour faire monter la tension. Car à Marseille, dès qu’on ne marche pas droit, on risque de se faire « rafaler », mot tristement devenu courant dans le langage des jeunes. On apprécie dans ce long-métrage, en plus des décors d’une rare beauté, l’interprétation des jeunes, toujours juste.

Si Lola Creton est une actrice professionnelle, ce n’est pas le cas de ses deux amoureux. Marseillais, plongeurs aguerris, ils ont été contactés par la réalisatrice quand elle faisait des repérages. Ils ont cette spontanéité qui donne une incroyable force à des scènes a priori banales. 

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Roman solaire

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Maylis de Kerangal semble la romancière à la mode actuellement dans le cinéma français. Après « Réparer les vivants », « Corniche Kennedy » est à son tour adapté avant la sortie, dans quelques mois de « Naissance d’un pont » (prix Médicis 2010) adapté par Julie Gavras. De ce roman sur Marseille et sa jeunesse, la réalisatrice a gardé le côté solaire du roman. « La fidélité au roman ne s’exprime pas sur le plan du scénario mais dans les énergies primitives du texte qui se retrouvent à l’écran » a noté Maylis de Kerangal dans des notes de productions.

Les différences sont pourtant nombreuses, le commissaire de police devient une femme dans le film et la relation amoureuse entre la jeune bourgeoise et un des « sauteurs » du roman est plus compliquée au cinéma car Suzanne n’arrive pas à choisir entre les deux amis. On peut donc relire le roman paru en poche chez Folio sans hésitation.

 

13/01/2017

DVD : Le blues des soldats après les batailles

 

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Engagez-vous, vous verrez du pays » vantaient de vieilles publicités pour l’armée fran- çaise. Ce fameux « Voir du pays » est au centre du film de Delphine et Muriel Coulin. Pourtant, les militaires français dont l’histoire est racontée n’en ont pas beaucoup vu de la région où ils ont combattu. Depuis une base reculée en Afghanistan, ils ne verront que quelques montagnes enneigées, des villages déserts... À la fin de leur séjour de six mois, ils connaîtront mieux Chypre, île où se déroule le film.

Avant de revenir dans leur famille, les militaires passent par un « sas » de trois jours dans un hôtel 5 étoiles. Pour se réhabituer à la vie simple et insouciante. Les réalisatrices suivent deux jeunes femmes, engagées et combattantes. Aurore (Ariane Labed) et Marine (Soko) sont amies depuis l’enfance. La première est heureuse de quitter le champ de bataille. D’autant qu’elle a été prise dans une embuscade, a été blessée et a vu mourir trois de ses camarades. L’autre, taciturne, perpétuellement énervée, à fleur de peau, redoute ce sas. Car en plus de la détente (sorties touristiques, plage et boîtes de nuit), les gradés procèdent à un débriefing et une évaluation psychologique. Les militaires du rang doivent notamment raconter et revivre, en réalité virtuelle, leurs traumatismes. Ce sera très dur pour Aurore. Encore plus pour Marine qui n’est pas allée l’aider, la défendre, sous le feu ennemi.

Les actrices, dans deux caractères opposés, sont particulièrement crédibles. Des rôles physiques, éprouvants, mais qui n’occultent pas le côté humain. Un film à montrer à tous les jeunes tentés par un engagement dans l’armée française.

➤ « Voir du pays », Diaphana Vidéo, 19,99 € le DVD

 

12/01/2017

Blu-ray : Indémodable « Petit baigneur »

 

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Un demi-siècle. Cette année 2017 marque le 50e anniversaire du tournage dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales du film « Le Petit Baigneur », réalisé et interprété par Robert Dhéry. On retrouvait dans cette comédie burlesque Louis de Funès et Michel Galabru en tête d’affiche. Le film, dépoussiéré, vient de sortir en blu-ray, comme pour mieux profiter des dé- cors lumineux des Cabanes de Fleury et de Collioure. Le scénario basique (l’inventeur d’un voilier révolutionnaire est sollicité par deux entrepreneurs) est surtout l’occasion pour Robert Dhéry de jouer à la Tati et De Funès de piquer des colères mémorables. Quant à Galabru, en clairon d’une fanfare, il se lamente à qui mieux mieux après que la décapotable de De Funès lui a roulé sur le pied.

Ce n’est pas un chef-d’œuvre du 7e art, mais ces 90 minutes permettent de revoir quelques lieux emblématiques de la région avant l’invasion massive des touristes. Notamment les rues étroites et tortueuses de Collioure ou le côté sauvage du littoral audois. Une jolie bouffée de nostalgie, la haute définition en plus.

➤ « Le petit baigneur », Studiocanal, 14,99 €

 

11/01/2017

Cinéma : Paris reste "Ouvert la nuit"

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Une nuit dans Paris, tel est le programme du film signé Edouard Baer. Paris et ses artistes, ses paumés, ses lieux de fête et de déprime. Venez voir, c’est « Ouvert la nuit ».

Paris, ville lumière, ville qui ne dort jamais, est la vedette invisible de « Ouvert la nuit », écrit, réalisé et interprété par Edouard Baer. Une œuvre très personnelle, qui pourrait exaspérer les allergiques au parisianisme. Pour éviter cette réaction, il suffit de se dire que les personnages ne sont pas comme nous, plutôt des animaux de foire pour qui tout est différent. Leur normalité n’a rien de commun avec la nôtre. Jamais ils ne regardent la télévision, jamais ils ne cuisinent ou mettent leur réveil afin de se lever le matin pour prendre le métro.

Au milieu du zoo, Luigi (Edouard Baer), directeur d’un théâtre. Un millier de pépins lui tombent dessus à la veille d’une première. Deux plus importants que tout : trouver un singe pour le spectacle et combler le trou financier pour payer les salaires en retard. En compagnie de Faeza, la stagiaire de sciences-po (Sabrina Ouazani) il se lance dans un road-movie mouvementé à travers les rues d’une capitale aux multiples visages.

■ Théâtre en grève

Des rencontres magiques ou décevantes. Comme ce dresseur d’animaux (Jean-Michel Lahmi) qui a consacré dix années à éduquer la guenon qui pourrait sauver la pièce de Luigi. Ou cette milliardaire, généreuse mécène propriétaire du théâtre mais qui ce soir a décidé d’humilier une dernière fois cet artiste trop futile à ses yeux de grande bourgeoise capitaliste.

 

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Mais Luigi, tout en étant dans la panade la plus complète, ne se laisse pas abattre. Avec le chéquier du théâtre, il fait la tournée des grands ducs dans les bars branchés. Par contre sur les planches, rien ne va plus. Les techniciens menés par Marcel (Grégory Gadebois) se mettent en grève. Le redoutable syndicaliste hausse le ton. Luigi va donc tenter de le convaincre de reprendre le travail en allant chez lui. Faeza découvre une autre facette de Luigi. Marcel vit dans une véritable tribu africaine et c’est en boubou qu’il reçoit son patron, le chouchou de ces dames. Un des meilleurs passages du film, dépaysant mais si représentatif de Paris, ville multiculturelle et ouverte.

Les catastrophes au théâtre s’enchaînent : un acteur se blesse et le metteur en scène meurt d’une crise cardiaque en pleine nuit. Sans argent et sans singe, Luigi croit que tout est terminé. Mais comme Edouard Baer est un indécrottable optimiste, il déniche une « happy end » dans une pirouette totalement improbable. Mais la normalité, dans ce monde... 

10:00 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ouvert la nuit, baer

08/01/2017

DVD et blu-ray : Débarquement immédiat !

Ils se connaissent très bien depuis « Mais qu’est-ce qu’on a fait un bon dieu » : Philippe de Chauveron a voulu retrouver Ary Abittan et Medhi Saddoun dans une comédie autour des migrants. José (Ary Abittan), policier à la PAF, doit reconduire Akim (Medhi Saddoun) en Afghanistan. Mais l’avion a un problème et doit se poser à Malte. Commence une galère pleine de péripéties comiques pour le duo renforcé d’un second policier interprété par un Cyril Lecomte au potentiel comique énorme et malheuresuement souvent pal exploité.

➤ «Débarquement immédiat», UGC Vidéo, 14,99 €

05/01/2017

DVD et blu-ray : « Divines » ces filles de la banlieue

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Coup de cœur de nombreux festivaliers lors de la dernière édition de Cannes, « Divines » de Houda Benyamina a finalement remporté la Caméra d’or. Le film a des airs de documentaire. Pourtant ce sont bien des actrices professionnelles qui portent cette histoire forte et prenante. Dounia (Oulaya Amamra) est surnommée la Bâtarde. Sa mère, vivant dans un camp de roms, multiplie les aventures. L’adolescente de 16 ans, pour survivre à cette réalité, se forge une carapace. Dure, méchante, intransigeante, elle est le plus souvent habillée comme un garçon, tête cachée par une capuche.

■ Gentille Maimouna

Sa meilleure amie, Maimouna, (Déborah Lukumuena) cache elle aussi ses cheveux. Mais pas pour la même raison. Cette grande et forte noire, à la candeur touchante, fille d’imam, va régulièrement à la mosquée vê- tue de la burqa. Mais au lycée, en situation d’échec comme 80 % de ses camarades, elle se dévergonde, notamment au contact de Dounia, obsédée par l’envie de gagner de l’argent. Beaucoup d’argent, le signe de réussite ultime dans les quartiers. Ce ne sera pas avec son BEP d’hôtesse d’accueil qu’elle pourra se payer des vacances à Phuket. Alors elle regarde autour d’elle et constate que certains s’en sortent plutôt pas mal. Comme Rebecca (Jisca Kalvanda), plus grosse dealeuse de la région. Au culot, avec le renfort de Maimouna, elle propose ses services à cette femme tigresse, collectionnant les amants « bogosse » aux abdos de fer comme d’autres les pin-up aux lèvres refaites. Le film raconte dans le détail cette plongée dans la délinquance, l’argent facile et les risques inhérents. Dounia prendra beaucoup de coups dans l’aventure, mais ne déviera jamais de son but. Même l’amour (Dounia tombe sous le charme d’un jeune danseur) ne parvient pas à la remettre sur le « droit » chemin. Les bonus du DVD, en plus de quelques scènes coupées dont une longue balade amoureuse dans un supermarché vide, donnent beaucoup la parole à la réalisatrice qui explique sa démarche. 

➤ « Divines », Diaphana vidéo, 19,99 €

 

04/01/2017

Cinéma : Enseigner avec tout son cœur

 

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Sara Forestier incarne une institutrice passionnée par son travail dans « Primaire », film de Hélène Angel. Une femme déchirée par l’évolution de son métier et ses difficultés personnelles. 

 

 

Lieu préservé entre tous, l’école primaire doit être protégée. Pour s’en persuader, il suffit d’aller voir « Primaire », en salles ce mercredi. Un film qui fait du bien, d’où l’on ressort les yeux baignés de larmes, rempli d’émotion, le cœur plein d’espoir. De ces œuvres qui ne paient pas de mine mais dont on se souvient longtemps car elles nous font mieux comprendre la chance que l’on a de vivre dans un pays qui fait beaucoup pour sa jeunesse. Florence (Sara Forestier) est professeur des écoles. Institutrice dans sa tête. Elle est jeune mais n’a pas encore accepté le nouveau verbiage de l’Éducation nationale. Cette année elle a la classe de CM2. Difficiles les CM2 car c’est leur dernière année dans ce cocon qu’est l’école primaire. La rentrée suivante se fera au collège. Là, rien ne sera pareil.

■ Émouvant spectacle de fin d’année

Alors Florence, sans trop s’attacher, donne le maximum pour qu’ils ne soient le mieux formés possible. Dans cette classe, il y a Denis. Il lève toujours la main pour répondre. Elle ne l’interroge jamais. Denis en veut à sa maî- tresse. Encore plus à sa mère quand il la voit, dans l’appartement de fonction qu’ils occupent au-dessus des classes, préparer ses cours ou corriger sa copie. La très bonne idée du film est d’opposer cette maîtresse exemplaire à son fils qui se sent dé- laissé. Au point qu’il fait des pieds et des mains pour rejoindre son père qui travaille en Indonésie. De père, Sacha n’en a pas. Sacha quasiment abandonné par sa mère et qui au bout d’une semaine de vie en solitaire est confié à Mathieu (Vincent Elbaz) l’ancien petit ami de la mauvaise mère. Une relation particulière va s’instaurer entre Florence et Sacha, comme si elle avait besoin de s’occuper de cet enfant dé- laissé alors qu’elle n’arrive pas à voir que son fils a besoin de plus de présence maternelle. Denis va repousser Sacha dans un premier temps, puis devenir son meilleur ami quand il comprendra que sa mère est attirée par Mathieu.

Un embryon de romance qui n’enlève rien à la force du scénario, axé essentiellement sur la vie dans cette classe de CM2. On se régale de leurs préparatifs du spectacle de fin d’année, notamment quand intervient Carlie, une autiste intégrée au groupe. Ce film, véritable plaidoyer en faveur du corps enseignant, nous permet de retrouver nos années de primaire, quand la maîtresse (ou le maître) était le centre de notre petit univers

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"Un animal sauvage"

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Dans ses notes de production, Hélène Angel explique pourquoi elle a rapidement choisi Sara Forestier pour interpréter cette institutrice, si fragile dans sa vie privée, si forte face à ces gamins. « J’ai eu le coup de foudre. Sara, c’est un animal sauvage ! En tant que femme, elle n’est pas dans des rapports de séduction codés. En tant qu’actrice, elle ne « fabrique » pas. Elle vibre, elle a donné force et souffle au personnage. » Un portrait que ne doit pas renier la principale intéressée.

Cette comédienne de 30 ans, dans le métier depuis ses 15 ans, a déjà deux césar à son palmarès. Sa fraîcheur lui permet de tout oser. Du drame social comme « La tête haute » au mauvais film d’horreur « Humains » en passant par le polar psychologique « L’amour est un crime parfait », elle a déjà touché à tous les genres. Même les plus inclassables quand elle interprète une jeune femme qui se bat avec son partenaire et amant (souvent dans de la boue) dans « Mes séances de lutte » de Jacques Doillon. Sans oublier ses débuts fracassants dans « L’esquive » d’Abdellatif Kechiche.

Mais la belle ne se contente pas d’un seul côté de la caméra. Après une première expérience sur un court-métrage, elle s’est lancée dans la réalisation de son premier long-métrage. « M », dont elle signe aussi le scénario, est l’histoire d’une fille bègue qui s’épanouit au contact d’un pilote kamikaze. Le film est en cours de montage et pourrait sortir pour la fin de l’année.

31/12/2016

DVD et blu-ray : Jason Bourne toujours aussi percutant

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Le plus célèbre fugitif du cinéma d’action américain est de retour. Jason Bourne (Matt Damon) rempile pour un quatrième opus disponible en DVD, blu-ray et 4K. L’occasion de ressortir les précédents films dans ce format offrant une résolution encore meilleure sur les nouveaux téléviseurs. Comme au cinéma. Du moins les exploitants qui ont les projecteurs de dernière génération…

La CIA, grandes oreilles toujours à l’affût, est sur le pied de guerre. Depuis un centre de hackers islandais, quelqu’un vient de pirater la base de données américaine. En quelques secondes le pirate récupère le détail de certaines opérations top secrètes, notamment celles ayant trait au passé de Jason Bourne. La chef du service cybercriminalité, Heather Lee (Alicia Vikander) trouve le nom du pirate. Une pirate exactement, Nicky Parsons (Julia Stiles) qui fait le lien avec les précédents films. Nicky contacte Bourne car elle est persuadée que l’agent secret est toujours à la recherche de la vérité sur son passé. Elle se rend en Grèce pour lui remettre ces fameux dossiers. Suivie à la trace par Heather et ses satellites, elle sera éliminée par l’Atout (Vincent Cassel) le méchant du film. Une exécution qui est filmée en pleine révolution de rue dans une Grèce en proie aux pires émeutes de ces dernières années.

■ Le troisième « Bourne » de Paul Greengrass

On retrouve déjà le style de Paul Greengrass, réalisateur des premier et troisième épisodes de la franchise Bourne. Jason, qui vivote en participant à des combats clandestins, retrouve ses réflexes d’espion et va aller de Berlin à Londres trouver des réponses à ses interrogations. Beaucoup d’action pour un Matt Damon au summum de sa forme. En plus de l’Atout (rôle très physique pour Vincent Cassel qui pour le coup fait véritablement peur) il trouve sur sa route le directeur de la CIA (Tommy Lee Jones) bien décidé à effacer définitivement Bourne du passé de l’agence, d’autant que son nouveau projet risque d’être dévoilé par ce dernier.

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On regrettera simplement que la belle Alicia Vikander, sans véritable raison (si ce n’est son ambition personnelle), bascule du bon côté, aidant Bourne à rejoindre Las Vegas pour une dernière demi-heure à couper le souffle. Comme toujours dans ces films on en prend plein les yeux. Par contre n’attendez pas trop des scènes d’explication et de justification. Bourne ne parle pas beaucoup. L’Atout encore moins...

Dans les bonus (beaucoup plus nombreux sur le blu-ray), Matt Damon explique pourquoi il a accepté de reprendre le personnage de Jason Bourne. A ne pas manquer non plus les coulisses de la course-poursuite sur le strip de Las Vegas. Pas une seule image de synthèse pour ce tour de force des cascadeurs.  

➤ « Jason Bourne », Universal, 20 € le DVD, 23 € le blu-ray et 30 € le blu-ray 4K. Il existe également une intégrale des cinq films en blu-ray à 45 €

 

28/12/2016

Cinéma : "American Pastoral", l'histoire de la petite fille qui deviendra terroriste

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American Pastoral, tiré d’un roman de Philip Roth, plus qu’un film sur les mouvements révolutionnaires américains des années 60, est l’histoire d’amour fou d’un père pour sa fille

 

 

Au sortir de la seconde guerre mondiale, ils représentent tout ce que l’Amé-rique avait de merveilleux. Seymour « Le Suédois » Levov (Ewan McGregor) est la star de son lycée. Sportif accompli, il fait des merveilles dans l’équipe de football. Fils d’un industriel, il prend sa succession à la tête d’une ganterie florissante. Seymour tombe amoureux de Dawn (Jennifer Connelly), la plus belle fille du lycée sélectionnée pour le concours de Miss America.

Un couple parfait qui une fois marié, donne naissance à la petite Merry. Une blondinette espiègle, curieuse mais qui a un problème de bégaiement. Seymour a offert un havre de paix à sa famille. Une grande maison à la campagne entourée de prés où broutent les vaches élevées par sa femme, fermière plus par goût que par nécessité. La petite Merry adore ces vaches et joue souvent avec elles. Mais son problème d’élocution la tient éloignée des enfants de son âge. Cela ne l’empêche pas de tout comprendre à la vie. Elle excècre la violence et aime son père. Mais ne comprend pas pourquoi il ne l’embrasse pas comme sa si belle maman. La première partie du film pose les jalons de cette famille trop heureuse.

■ Violence contre guerre

A 16 ans, Merry interprétée alors par Dakota Fanning, entre en pleine rébellion. Les USA, soi-disant pour se protéger, mènent une guerre sans merci au Vietnam. Les images d’enfants massacrés choquent Merry. Elle découvre que d’autres, comme elle, sont contre la guerre. Elle lit Marx, rencontre des militants pacifistes qui pour certains décident d’utiliser les mêmes armes que leurs ennemis.

Explication houleuse entre l’ado et son père, démocrate et progressiste, mais loin, très loin des mouvements révolutionnaires des grandes villes. Il la consigne dans sa chambre et lui conseille, si elle veut vraiment lutter contre la guerre, de ne pas le faire à New York mais plutôt chez elle, dans sa petite ville, près de ses parents.

Quelques jours plus tard, une bombe pulvérise le bureau de poste. Un employé est tué. Merry disparaît.

Le FBI débarque chez les Levov, tous les indices convergent vers Merry, petite fille devenue terroriste. Les parents sont ravagés. Inquiets surtout. Ils sont persuadés, au début, que Merry a été enlevée. Ou manipulée. D’autres bombes explosent, les traces de Merry sont retrouvées sur place. Dawn, en pleine dépression devient presque folle, Seymour s’accroche, cherchant sans relâche sa fille bien aimée. Il la retrouvera dans la seconde partie du film, particulièrement émouvante.

Ce drame de la vie ordinaire, sans jamais juger, nous rappelle combien l’amour est fragile face à certaines situations. Merry aime ses parents. Un amour partagé. Mais face à la violence du monde, parfois, cet amour protecteur ne suffit pas.

Les trois acteurs principaux signent des performances éblouissantes. Jennifer Connelly se métamorphose à plusieurs reprises durant ces quelques années, en fonction de son état mental et de son aptitude à « oublier » le drame. Ewan McGregor, combattant, acharné, ne changera jamais de ligne. Quant à Dakota Fanning, ce sont presque deux rôles totalement différents qu’elle interprète, avant et après la bombe. Loin, très loin de ses personnages de gamine blondinette. 

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Dakota Fanning, petite star surdouée

american pastoral,ewan mcgregor,dakota fanning,connellyEnfant star, Dakota Fanning semble réussir son passage à l’âge adulte. Pas toujours évident pour ces jeunes acteurs et actrices américains très connus dès leur plus jeune âge. La petite Dakota Fanning a d’abord prêté sa jolie bouille pour des sports publicitaires ou des séries télé. Dès ses premiers pas au cinéma, elle se fait remarquer pour ses dons de comédienne. Elle est la plus jeune interprète jamais sélectionnée au Screen Actors Guild Award pour sa prestation dans « Sam je suis Sam » en 2001.

Coqueluche d’Hollywood, elle est la fille, à tour de rôle en fonction des films tournés, de Charlize Théron, Robert de Niro ou Tom Cruise. Avec ce dernier elle est la co-vedette de « La guerre des mondes » de Steven Spielberg.

Devenue adolescente, place à des rôles un peu plus troubles, notamment en devenant une vampire « méchante » de Twilight. Elle y croise une première fois Kristen Stewart. La blonde et la brune se retrouvent peu de temps après dans le biopic « The Runaways ». L’histoire d’un groupe de rock féminin dans les années 70.

Un premier rôle d’adolescente rebelle, mais en moins extrémiste que sa composition dans « American Pastoral ». Dans ce film d’Ewan McGregor, elle passe de la jeune fille rebelle, prête à toutes les extrémités à une femme cassée, amorphe, totalement résignée. Une performance d’actrice époustouflante qui devrait lui ouvrir encore plus de portes dans ce milieu qui parfois a tendance à oublier les enfants devenus célèbres trop tôt.