19/07/2017

DVD : Comment être belle malgré la maladie

 


Florence Foresti tente depuis quelques années de se défaire de son image de comique fofolle et excessive. Tentée par le théâtre et le cinéma, elle parvient parfois à décrocher des rôles plus ambitieux.
Comme dans « De plus belle », premier film d’Anne-Gaëlle Daval spécialement écrit pour la comique. Un personnage complexe, meurtri dans son corps et ses convictions personnelles. A un peu plus de 40 ans, Lucie a frôlé la mort. un cancer du sein détecté heureusement assez tôt. Chimio, rayons... Le protocole mis en place par son chirurgien, par ailleurs petit frère (Jonathan Cohen), a porté ses fruits. Elle est en rémission et la scène d’ouverture montre tous ses amis fêter son retour à la vie dans une boîte de nuit.
Tout le monde fait la fête, danse, boit... Sauf Lucie. Comme si elle sentait que tout cela n’est qu’écume en surface d’une vie sans but ni amour. Et ce ne sont pas les gros sabots de Clovis (Mathieu Kassovitz), dragueur impénitent, qui vont la faire changer d’avis. Lucie en plus d’être devenue un peu hypocondriaque, doit subir les foudres de sa mère (Josée Drevon), peau de vache qui ne cache jamais sa préférence pour son fils.
De tous les personnages secondaires, c’est elle qui crève l’écran. La prestation de Florence Foresti, à côté des autres actrices (Nicole Garcia et Olivia Bonamy) semble un peu en deçà. Pourtant elle porte sur ses épaules tout le film, ses cours de « strip-tease thérapeutique » donnant une couleur très cabaret à cette comédie un peu trop léchée pour être émouvante.
Dans les bonus, la réalisatrice, qui a débuté comme costumière dans la série Kaamelott d’Alexandre Astier, raconte sa relation avec sa comédienne principale, quelques images du tournage montrant Florence Foresti comme on la connaît : souriante, virevoltante et provocatrice.  
➤ « De plus belle », Studiocanal, 19,99 € le DVD


13/07/2017

DVD et blu-ray : Plusieurs invités surprise au « Dîner des vampires »

 

Les Anglais maîtrisent à merveille le contre-pied cinématographique. Quand ils se lancent dans un film de genre, de vampires en l’occurrence, ils ne peuvent s’empêcher de détourner le propos pour le transformer en une vaste rigolade épinglant, au choix, l’isolationnisme de la Grande-Bretagne, son rapport avec l’armée et même comment il est bon d’accueillir les migrants. Une ribambelle de sujets tous plus sérieux les uns que les autres, abordés dans ce film de vampires, par ailleurs désopilant, car ce n’est pas parce qu’on saigne à tout va que l’on doit se priver de rigoler un peu avant avec la nourriture.
« Le dîner des vampires » («Eat local » dans sa version originale) débute comme un reportage sur la situation de l’Angleterre en plein débat sur le Brexit. Cinq personnes, assises autour d’une table, discutent sur des « quotas » à respecter, des «migrants » à accueillir et de la possibilité de transgresser les consignes « continentales ».Il faut quelques minutes au spectateur pour comprendre qu’autour de cette table, il n’y a que des vampires, plus que centenaires, qui sont très à cheval sur les règles. Au point qu’ils font le procès, en quelques minutes, d’un des leurs ayant osé dépassé son quota d’humain, s’attaquant même à des enfants.

■ Attaque de militaires
Sentence : la mort. Immédiate. Et son remplacement dans la foulée.Ça tombe bien Vanessa (Eve Myles, déjà vue dans Torchwood, Dr Who et Broadchurch) a ramené ce soir-là un Rom, jeune, gentil et débrouillard. Serait-il intéressé à devenir Immortel ? Mais va falloir qu’il se décide vite car au même moment une armée de militaires attaque la ferme isolée où se dé- roule le dîner pour abattre cette sale engeance de vampires. Un peu pour rendre service au Vatican, beaucoup pour donner des échantillons à des sociétés de cosmétiques à la recherche de nouveaux produits pour assurer la jeunesse éternelle aux femmes modernes.
Un film très réjouissant de mauvais esprit, signé Jason Flemyng, première réalisation de cet acteur qui a déjà des dizaines de rôles à son actif.
➤ « Le dîner des vampires », Marco Polo Productions, 12,99 € le DVD et 14,99 € le blu-ray

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12/07/2017

DVD et blu-ray : « Split » ou la horde qui est en nous

 


A la base, « Split », film horrifique de M. Night Shyamalan,est une réflexion médicale assez élaborée sur le trouble dissociatif de l’identité. Le scénario est basé en grande partie sur les relations entre un patient(James McAvoy) et sa psychiatre (Betty Buckley). Le malade souffre de ce fameux trouble, mais puissance 23. Quand le docteur le reçoit,il est parfois Dennis ou Patricia à moins qu’il n’ait endossé l’identité de Hedwig, Kevin ou Barry Ils sont 23 au total, une véritable horde. Pour en faire un film passionnant, ce qui est le cas, il fallait trouver un ressort particulier et surtout un acteur hors normes. L’idée c’est que parmi les multiples identités qui se disputent la même enveloppe charnelle, se trouve un vrai psychopathe. Au dé- but du film, trois jeunes filles, après un anniversaire, se font raccompagner chez elles par un parent. Mais l’adulte n’a pas le temps de pénétrer dans l’habitacle que Dennis prend sa place.Trois coups de gaz somnifère et les filles se réveillent enfermées dans une pièce sans fenêtre, meublée de lits de camps.
■ Formidable James McAvoy
Un long cauchemar va débuter pour le trio car si Dennis n’ose pas trop les toucher, il n’en va de même de Patricia. Mais parfois c’est Helwig qui vient apporter les repas aux prisonnières. Helwig,de son propre aveu, est un gamin de 9 ans. Il va nouer une relation plus poussée avec Casey (Anya Taylor Joy), celle des trois qui comprend le plus vite ce qui leur arrive. Casey introvertie, taciturne, dure. Un traumatisme dans l’enfance l’a transformée. Elle saura manipuler Helwig pour tenter de s’échapper.
Le nouveau film de M. Night Shyamalan est un petit bijou de précision et d’intelligence. On pourrait lui reprocher d’être très bavard, voire beaucoup trop, mais les longs dialogues entre le malade et son toubib donnent toute leur intensité aux différents changements de personnalités. James McAvoy, dans ce rôle totalement fou, a été salué par la critique et le public car avec simplicité, il parvient parfaitement à passer d’homme à femme, d’adulte à enfant, de lettré à brute épaisse. Le final, avec un soupçon de fantastique, est expliqué dans les bonus parle réalisateur qui en une simple phrase dévoile son idée de départ. Mais on n’en dira pas un mot ici car dans les films de ce réalisateur talentueux mais parfois inégal, la fin est toujours surprenante, voire multiple puisqu’une alternative est proposée dans les suppléments.

➤ « Split », Universal Pictures Video, 14,99 € le DVD, 17,99 € le blu-ray


07/07/2017

DVD et blu-ray : « Clown » ricanant et affamé


Avant même le roman « It » de Stephen King, il existait une importante frange de la population qui a une réelle phobie des clowns. Une mode qui inspire Jon Watts, le réalisateur de ce film sorti aux USA en 2014. A la base c’est une simple annonce diffusée sur internet. Jon Watts veut attirer l’attention sur lui. Réussi. Eli Roth décide de le produire et même d’interpréter le clown maléfique. Le film n’est pas qu’une simple série B.Certes le scénario n’est pas génial, mais la réalisation, l’interprétation et surtout la réalisation place l’ensemble au dessus de la moyenne. On apprécie particulièrement  les moments où l’angoisse est réelle et les spectateurs scotchés à leur fauteuil parla trouille de ce qui va arriver. Un premier film qui a ouvert bien des portes à Jon Watts. Pour preuve il vient de réaliser « Spiderman Homecoming », dernière aventure de l’homme araignée à l’affiche aucinéma dès mercredi prochain...
➤ « Clown », Wild Side, 14,99 € le DVD, 19,99 € le blu-ray.

12:35 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : clown, jon watts, horreur, wild side

06/07/2017

Cinéma : Moi, moche et méchant 3, double dose de méchanceté

MOI, MOCHE ET MÉCHANT 3. Gru se découvre un frère jumeau. Lui aussi voudrait devenir un vilain. 

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Deux nouveaux personnages donnent tout son sel à cette troisième déclinaison de «Moi, moche et méchant», film d’animation de Pierre Coffin et Kyle Balda. Un nouveau super méchant, aussi redoutable que ridicule, et le jumeau de Gru. Il y a toujours les Minions, mais juste en appoint, pour semer quelques gags dans une intrigue digne des meilleurs films d’espionnage. Premier à faire son apparition, Balthazar Bratt (voix française de David Marsais du Palmashow). Dans les années 80, enfant, il était la vedette d’un feuilleton à la télévision. Un méchant adoré parles enfants. Jusqu’à ce que sa voix mue, l’acné gagne du terrain et qu’une fine moustache n’éclose. Terminé l’enfant-star. La série est arrêtée, Balthazar Bratt viré et oublié. Un traumatisme pour cet homme qui aujourd’hui vit toujours dans les années 80 et n’a qu’un idée, se venger de cette humiliation. Il vole le plus gros diamant du monde grâce à ses chewing-gums, le tout sur une bande son allant de Michaël Jackson à Madonna. Mais Gru et Lucy, agents d’exception,récupèrent le diamant. par contre il n’arrivent pas à arrêter Bratt. Sanction immédiate dans cette police qui a des airs d’Amérique à la Trump : licenciés. L’ancien super méchant, devenu homme au foyer, mari et père des trois adorables et espiègles petites filles, se retrouve désœuvré. C’est le moment que choisit le second personnage pour faire son entrée : Dru. Le frère jumeau de Gru vit dans le luxe. Riche entrepreneur de ce petit pays aux airs de Grèce, lui aussi s’ennuie. Il n’a qu’une envie : devenir à son tour, comme son père et son frère un méchant.

■ Affaire de famille
Alors pourquoi ne pas faire un casse ensemble ? Gru, qui a définitivement abandonné le côté obscur, tente de le raisonner. Mais face aux multiples gadgets (dont une voiture fusée bourrée de technologie et sur armée) de son frère, il accepte un dernier coup. En réalité il a l’intention de voler le diamant à Balthazard (qui entretemps a réussi son coup dans un musée français...) et de gagner ainsi sa réintégration. Le film, toujours aussi parfait en ce qui concerne l’animation réalisée en grande partie par des artistes français, prolonge l’humanisation de Gru. Après avoir appris la paternité dans le premier film, puis découvert l’amour dans le second, il se frotte à la famille. Sa mère avait toujours prétentu que son papa était mort et enterré. En réalité il est parti avec le second bébé. Mieux que la garde alternée, la fratrie partagée... Le problème réside dans le fait que Dru semble bien mieux que Gru. La fortune mais aussi l’humour, l’espièglerie et... des cheveux blonds et soyeux qui font envie au chauve. Il faudra donc qu’il apprenne à aimer ce frère, le comprendre et partager. Sacré challenge pour Gru qui a déja donné son cœur à Lucy. Un fil rouge qui verra son couronnement lors de la bataille finale digne d’un Godzilla contre Balthazar Bratt. Les amateurs de la franchise ne seront pas déçus, les nouveaux venus apprécieront. Gru, Lucy, les minions et les trois filles n’ont pas fini de nous distraire. 


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Minions mis sur la touche 


La polémique fait rage dans les milieux autorisés, ceux qui hurlent sans cesse « Bananas ! » à la moindre apparition d’une chose vaguement jaune. Les minions sont peu présents dans l’action de ce troisième « Moi, moche et méchant ». Mis sur la touche, oubliés, abandonnés... Enfin pas tout à fait. En réalité la horde des drôles de bêtes jaunes à salopettes vit très mal le changement de vie de Gru. Ils appréciaient quand il leur demandait d’aller faire les 400 coups pour semer la terreur partout. Devenu gentil ils s’ennuient. Et se rebellent, préférant quitter la cave de la maison. Une errance qui dure tout le film, permettant de lui donner un ton plus léger. Formidables machines à gags, les minions font une intrusion dans une émission de téléréalité du genre « Nouvelle star ». Face à un jury interloqué puis enthousiaste, ils entonnent une chanson qui devrait être reprise en chœur par les plus jeunes spectateurs. Ensuite c’est la case prison qui les attend. Là, contrairement aux apparences, ils vont rapidement savoir se faire respecter. On jubile face aux scènes inversées, les gros balèzes bodybuildés redoutant d’aller se doucher car quelques minions utilisent déjà les installations. Et puis ils s’évadent, croisent de nouveau la route de Gru et apportent leur touche à l’explosion finale. Dire qu’ils sont absents serait mentir. mais ils ont un rôle moins important et surtout n’entrent plus en résonance avec les autres personnages principaux. Là est sans doute le problème, Gru devenu gentil, ils perdent de leur importance. À moins qu’un nouveau méchant n’éclose et propose de les adopter...

DVD et blu-ray : avec des "si" on fait un bon film


Un fantasme de femme ? Ou un cauchemar d’homme ? Bref, ce matin, en se réveillant, Jeanne (Audrey Dana) a un truc en plus. Du genre pendouillant entre les jambes. Jeanne a quelques problèmes avec les hommes. Femme entreprenante et décidée, elle n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Quand elle se découvre presque homme, sa vie bascule.Une idée de base simple, transformée en une tornade de gags et de situations souvent improbables. Mais le pitch du film l’étant déjà beaucoup, pourquoi s’en priver. 
Une comédie française avec quelques bons acteurs dans des rôles sur mesure comme Christian Clavier en médecin interloqué ou Alice Belaïdi en copine rigolarde. Dans les bonus justement,une longue discussion entre elle et la réalisatrice.
➤ « Si j’étais un homme », Wild Side, 14,99 € le DVD, 19,99 € le blu-ray. 

12:23 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dana, homme, clavier, belaïdi, wild side

30/06/2017

DVD et blu-ray : « Fences » ou les devoirs de la famille face aux droits du père

 


Adapter une pièce de théâtre au cinéma n’est pas toujours aisé. Il faut savoir capter l’âme du texte pour ne pas ennuyer le spectateur. Denzel Washington en jetant son dévolu sur « Fences » d’August Wilson a pris tous les risques.


Cette histoire de famille, au cœur d’un quartier pauvre de Pittsburg, est tout sauf glamour. Reste des personnages sublimes, au parcours chaotique mais emblématique de la difficulté de s’affirmer quand on a le malheur de naître noir dans une Amérique blanche. À la fin des années 50, Troy (Denzel Washington) est employé municipal au service du ramassage des ordures.
Du lundi au vendredi, à l’arrière du camion, il vide les poubelles de tous les déchets de cette société de consommation amé- ricaine en pleine expansion. Il rêve de devenir chauffeur. Mais pas un seul Noir n’a encore eu une telle promotion. Alors il râle une fois revenu à la maison. Le vendredi soir il boit une bouteille de gin et revient sur son destin brisé de sportif de haut niveau. Un homme aigri, froid et dur, sans cesse dans l’invective envers ses deux fils. L’aîné vivote en étant musicien. Le second, pas encore majeur, espère devenir footballeur professionnel. Des sujets d’affrontements incessants dans une famille qui ne tient que par la bonté et la compréhension de la mère, Rose, interprétée par une Viola Davis couronnée de l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle.
Incompréhension, trahison, rejet : la vie de cette famille est déjà compliquée quand Troy annonce à sa femme une nouvelle qui va bouleverser le fragile équilibre. Saga humaine d’exception, « Fences » bouleverse et interpelle le spectateur, partagé entre l’admiration du jeu des acteurs et les choix de vie de ces hommes et femmes dictés par l’honneur et la religion. Dans les bonus, on en apprend notamment un peu plus sur August Wilson, dramaturge américain au parcours déroutant. 
➤ « Fences », Paramount Pictures, 19,99 €

29/06/2017

Cinéma : Humour glacial par « Grand froid »


Rire de la mort, fallait oser. Gérard Pautonnier pour son premier long-métrage signe une comédie noire et mortifère. Noire... comme l’humour. Mortifère... parce qu’il y a des morts. Du moins en théorie puisque les personnages principaux travaillent dans une entreprise de pompes funèbres. La maison Zweck ne va pas très bien. Le patron, Monsieur Zweck (Olivier Gourmet) se désespère du manque de travail. Comme si dans cette petite ville de province indéfinissable, les vieux s’étaient donné le mot pour ne plus mourir. Alors il tente d’occuper ses deux employés comme il peut. Eddy (Arthur Dupont), est chargé de passer le corbillard au « carwash » (expression typiquement belge, comme le film). Georges (Jean-Pierre Bacri), le plus vieux, va en repérage dans les salles d’attente du médecin pour essayer de détecter le quidam sur le point de trépasser.


Le début du film, tiré d’un roman de Joël Egloff paru aux éditions Buchet-Chastel, sert de mise en bouche. Il plante le décor du quotidien de cette équipe de bras cassés composée du patron, incroyablement radin, du jeunot, rêveur et un peu abruti et de l’ancien, râleur blasé obnubilé par sa propre mort. Une succession de gags et de situations ubuesques donne le ton : la comédie sera grinçante et sans tabou.
■ Enfin un « client »
Quand un couple de bourgeois pousse la porte de la boutique, les affaires repartent. Une veuve, accompagnée de son frère, veut enterrer son défunt mari. Problème le cimetière est loin. Très loin. De tout. La cérémonie religieuse expédiée, croque-morts, cercueil, famille, curé et garçons de cœur partent dans deux voitures sur des routes désertes et enneigées. Le reste du film se passe essentiellement dans les deux habitacles. La relation des deux employés de la maison Zweck, avec un Jean-Pierre Bacri toujours aussi brillant dans ces rôles de bougons où personne ne lui arrive à la cheville et la révélation Arthur Dupont au potentiel comique énorme. De l’autre côté, rien ne va plus pour la veuve et le curé (Sam Karmann, trop rare au cinéma ces dernières années), bloqués sur un lac gelé...
Tourné en Belgique pour la partie « bar et magasin » puis en Pologne avec ses extérieurs sales et enneigés, ce premier film souffre de quelques maladresses, mais dans l’ensemble il parvient à son but premier : faire rire. A gorge déployée. Et aussi à nous faire réfléchir sur notre mort. Et vous, connaissez-vous déjà l’épitaphe que vous mettrez sur votre pierre tombale ? 

28/06/2017

Cinéma : Deux belles âmes prennent la route

VISAGES VILLAGES. Agnès Varda et JR à la rencontre de la France rurale.



Totalement improbable. Et pourtant merveilleux. Comment Agnès Varda, princesse de la Nouvelle Vague, cinéaste du réel et monstre sacré du cinéma d’art et essai, a-t-elle trouvé la ressource et la force pour se lancer dans la réalisation de ce film avec JR, photographe à la démarche originale, transcendant l’anonymat et le grand format dans les rues ? « Je suis allé la voir chez elle, se souvient JR. Le lendemain elle est venue dans mon atelier. Le surlendemain on partait en tournage, à l’aventure. »


Une sacrée aventure, qui va durer deux années, à raison de quelques jours de tournage par mois, Agnès Varda, bientôt 90 ans, ayant besoin de repos pour récupérer de ces escapades fatigantes. Son idée à elle : aller à la rencontre des gens vivant dans les villages. Son but : photographier ces inconnus dans son « camion magique » et afficher leurs visages sur les murs disponibles près de chez eux. Ou carrément sur leur habitation comme c’est le cas dans la première séquence, dans le Nord, sur la maison de corons de Jeannine, promise à la démolition (lire ci-contre).
On va donc aller à la rencontre de Français et Françaises, du Sud, du Nord, de l’intérieur ou du bord de mer. Des actifs, des retraités, loin de la civilisation ou au cœur de leur lieu de travail. Un instantané d’une certaine France, diverse et fascinante. Une France que l’on connaît sans toujours y accorder plus d’attention. C’est aussi la grande qualité de ce film, entre fiction et documentaire, entre intime et universel.
■ Montage aux petits oignons
Le montage, supervisé par Agnès Varda qui avoue que c’est son activité préférée dans la fabrication du cinéma, permet de lier ces sé- quences a priori disparates. Le génie c’est de mêler les relations et sentiments des deux artistes, parfois émerveillés en même temps, mais aussi pas toujours d’accord. JR parvient à transformer Agnès en modèle, ses rides et adorables petits pieds s’affichant sur des wagons de marchandises pour traverser la France. Agnès bougonnant contre le culte du secret de JR, refusant de parler de sa vie privée et encore plus de retirer son chapeau et ses lunettes noires.
Un fil rouge qui pourrait être agaçant mais qui au final se transforme en grand moment de cinéma, de ces scènes qui, n’en doutons pas, deviendront mythiques dans quelques générations. Exercice appliqué de narration cinématographique qui devrait être enseigné à tous les apprentis réalisateurs et scénaristes.
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Un film "avec les gens"
 
 

 

« Résister à la paresse et à l’imbécillité », tel est le credo d’Agnès Varda. Son moteur aussi pour continuer à tourner, photographier, exposer. A 89 ans elle ne voulait plus se lancer dans de grands projets, mais le travail de JR, sa démarche, sa sympathie aussi, l’ont convaincue. Leur première rencontre semble de l’ordre du coup de foudre. D’un petit jeune qui a toujours eu de la tendresse pour les vieilles personnes. D’une mamie pour qui le partage est essentiel. Alors elle a conduit JR dans le Nord, à la rencontre des descendants des derniers mineurs de fond. JR a reproduit des photos d’époque en grand format et les a collées sur ces maisons de briques. Ils ont sonné aux portes, pour avoir des témoignages et sont tombés sur Jeanine. Une résistante, dernière à habiter dans cette rue. Une première séquence prometteuse. Avec une histoire et de l’émotion.

Décision est prise de multiplier les déplacements, d’en faire un film. JR pensait que le seul nom d’Agnès Varda lui ouvrirait toutes les portes du financement. Que nenni. « Je suis une célébrité à la marge » note malicieusement la cinéaste qui n’a pourtant plus rien à prouver. Ils se sont battus, sont passés par le crowfunding et ont mené à bien leur projet. Le triomphe à Cannes (Œil d’or du meilleur documentaire) a donné raison à JR qui refuse d’être un « bagnard publicitaire » et qui de ce fait réalise un film « sans les marques, avec les gens ».

23/06/2017

De choses et d'autres : Paris à l'espagnole


Je viens de passer trois jours à Paris. Bien choisi ma période moi... Trois jours totalement caniculaires, étouffants, avec alerte pollution à la clé. A la descente du TGV, mardi, j’ai eu des relents d’arrivées sous les tropiques, quand on ouvrait la porte de l’appareil et qu’une bouffée de chaleur enveloppait les pauvres touristes occidentaux peu habitués à de telles différences de températures. Un Paris presque équatorial. Et pas un brin de vent, ni tramontane, ni marinade qui rafraîchissent un peu en cas de fortes chaleurs. En surface le goudron fond. Mais le pire est au sous-sol, dans le métro qui prend des airs d’enfer. Dans les couloirs, ça va à peu près, mais dans les rames, notamment les plus anciennes totalement dépourvues de climatisation, c’est intenable. Et l’accessoire à la mode est l’éventail. La ligne 6 a des airs andalous. D’autant qu’un des buts de ma visite est de voir en avant-première « Que dios nos perdone », film de Rodrigo Sorogoyen (sortie en France le 9 août). Un thriller implacable sur le Madrid de 2011, entre viol de femmes âgées, visite du pape pour les JMJ et début de l’insurrection des Indignés. « Petit problème technique, prévient l’organisateur, il n’y a pas de climatisation dans la salle...» Normal, ce vieux cinéma de quartier, spacieux et au cachet certain, n’a pas anticipé le réchauffement climatique. Cela tombe bien finalement car le film se déroule l’été, en pleine canicule. On est plongé dans l’ambiance quand un des héros constate que « les gens sentent plus » (je confirme dans le métro). Et comme de nombreuses Espagnoles sont dans la salle, les éventails sont authentiques et maniés avec une grâce indéniable.
(Chronique parue le 23 juin 2017 en dernière page de l'Indépendant)

22/06/2017

DVD et blu-ray : Chasser ses cauchemars au plus profond de la forêt

 


Drame psychologique, film d’horreur, déambulation forestière ? Impossible de cataloguer «Dans la forêt», film de Gilles Marchand où on retrouve un peu de l’esprit de Dominik Moll, coscénariste. Tourné dans la forêt suédoise, cette histoire vire rapidement à l’épreuve initiatique pour les deux enfants de la distribution.
Tom (Timothé Vom Dorp) et Ben (Théo Van de Voorde) vont rejoindre pour un mois de vacances leur père (Jérémie Elkaïm) en Suède où il vit et travaille depuis sa séparation avec la mère des enfants. Perdus dans ce pays qu’ils ne connaissent pas où l’on parle une langue incompréhensible, ils sont totalement dé- pendant de leur père. Un homme mystérieux, qui semble préférer le plus jeune, Tom, lui racontant des histoires à faire peur et tentant de le persuader qu’il est différent, qu’il a un don. Première frayeur pour le spectateur. Ce n’est qu’un début. Tom a des visions, il
est hanté par un homme défiguré, le «Diable» comme il explique à son frère, ado et moqueur. Mais quand ils partent à trois passer quelques jours dans une cabane au cœur des bois, le diable devient omniprésent et l’angoisse, renforcée par le jeu pour une fois impeccables des enfants, transforme le film en boule d’angoisse oppressante. Que va-t-il se passer dans ces forêts isolées, le père est-il fou, le salut viendra-t-il de ces trois campeurs croisés par hasard ?
Coproduit par Jérémie Elkaïm, le film laisse un peu sur sa faim sur les explications de ces étranges phénomènes, reste une ambiance, des décors et quelques images fortes, que tout être normal risque de retrouver un jour ou l’autre dans ses pires cauchemars.
Dans les bonus, le réalisateur revient longent sur la genèse du projet, le choix des acteurs et la difficulté du tournage effectué à la dure en conditions réelles.
➤ «Dans la forêt», Pyramide Vidéo, 19,99 €

21/06/2017

Cinéma : Une vie parallèle kafkaïenne qui vous met "K. O."


K.O. Fabrice Gobert, créateur des Revenants, continue dans la veine du fantastique réel


Vous est-il parfois arrivé de vous réveiller avec la désagréable sensation de ne plus savoir qui vous êtes ? Comme une rupture dans univers cohérent pour basculer dans un monde parallèle, souvent kafkaïen. Cette perception de glissement de la réalité, Antoine Leconte (Laurent Lafitte) va la vivre intensément. Mais ne peut pas s’y habituer. Logique, ce qu’il dé- couvre est une inversion de son existence, un univers où il se retrouve à la place des hommes et femmes qu’il humilie au quotidien. Le second film de Fabrice Gobert, créateur de la série les Revenants pour Canal +, est assimilable à une longue errance dans un labyrinthe pour le personnage principal. Pour comprendre le cauchemar, il faut connaître vraie vie de cet homme brillant mais exécrable. Antoine est le directeur d’une chaîne de télévision. Il a réussi et méprise ceux qui n’ont pas su, comme lui, s’imposer dans ce monde de requins. Il a une horde de collaborateurs toujours prêts à accomplir ses moindres envies. Répondre illico à ses ordres implacables « Une cigarette ! », « trouve mon avocat ! ». Ses sentences expéditives « Vire-le ! ». Un roi à qui personne ne résiste. Le prototype du salaud incapable de la moindre empathie. Les 20 premières minutes permettent au spectateur de le cerner, de le détester. Mais il y a heureusement ceux qui lui résistent : un syndicaliste, sa femme ou un présentateur laissé en bord de route. Ce dernier craque. Il coince Antoine dans un ascenseur et lui tire dessus. Ecran noir pour le producteur télé...
■ A la météo
Quand il reprend ses esprits à l’hôpital, il quitte immédiatement cette chambre sinistre et rentre chez lui. Mais le code de la grille de son hôtel particulier ne fonctionne plus. Il crie, réclame qu’on lui ouvre. La police intervient, l’embarque. Antoine ne comprend pas. D’ordinaire tout le monde le reconnaît. A petit matin, il repart à la télévision. Les gens le reconnaissent mais ne semblent plus le redouter. Il prend alors conscience que tout à changé. Il est le présentateur météo. La direction de la chaîne est occupée par sa secrétaire, sa maîtresse est femme du patron, sa femme présentatrice vedette vivant avec l’animateur qui lui a tiré dessus. Après un moment d’abattement, il va tenter de reconquérir son empire. Mais ses envies de promotion sont balayées : présentateur météo tu es, présentateur météo tu resteras... On participe intensément à ce cauchemar éveillé, projeté dans ce personnage, obligé d’ouvrir les yeux sur sa vie d’avant, plus minable que brillante finalement. Un fantastique parfaitement maîtrisé, une narration linéaire mais aux multiples rebondissements, des acteurs au summum de leur art : « K. O. » redonne confiance dans l’avenir du cinéma fran- çais capable d’inventer, de surprendre et de proposer des idées nouvelles.
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Réminiscence des « Revenants »

Le créateur et réalisateur (13 des 16 épisodes) de la série « Les Revenants » Fabrice Gobert aime la veine fantastique. « Le fantastique me permet de traiter les choses de manière pas trop frontale, il permet ce petit pas de coté qui ouvre vers le spectaculaire, le ludique, le surprenant », explique Fabrice Gobert à l’AFP. « Le but, c’était de laisser au spectateur la possibilité de s’interroger sur l’histoire : Antoine Leconte se demande qui il est, il erre entre ses cauchemars, ses fantasmes, ses rêves, ses ambitions, ses peurs », dit le réalisateur. En plus de l’ambiance fantastique, « K. O. » permet au réalisateur de retrouver des comédiens qu’il a déjà dirigés dans la série composée de deux saisons et qui vient d’être adaptée aux USA. Clotilde Hesme joue une assistante de Leconte, toujours disponible. Pour tout. Car elle est aussi sa maîtresse. Mais en toute discrétion car le patron ne doit pas afficher ses préférences. Dans l’autre réalité, elle est à la tête de la chaîne, mariée et enceinte jusqu’aux yeux (comme dans la série...). L’occasion pour la comédienne de jouer deux personnages totalement différents, de la soumission à l’autoritarisme bon enfant. Autre acteur remarqué dans les Revenants et de retour dans K. O. : Jean-François Sivadier. Son air mystérieux fait merveille dans la seconde partie, quand il fait découvrir à Leconte le monde du combat clandestin à main nue. Juste pour de l’argent et avoir la possibilité de se défouler après une journée d’humiliations au travail. Violent mais si vrai...

14/06/2017

DVD et blu-ray : Mariage, tromperies et mensonges

 


Le genre de la comédie française a encore de beaux jours devant lui. La preuve avec « Faut pas lui dire », film de Solange Cicurel avec une pléiade de bonnes actrices, de Jenifer Bartoli (la chanteuse, excellente) à Camille Chamoux en passant par Stéphanie Crayencour et Tania Garbarski. Quatre cousines préparent le mariage de la plus jeune. Mais l’une des demoiselles d’honneur découvre que le futur marié la trompe. Que faire ? « Faut pas lui dire ! » décident-elles à l’unisson, provoquant une cascade de quiproquos et de situations ambiguës. Une vision très joyeuse et ouverte de notre société amoureuse.
➤ « Faut pas lui dire », Orange Vidéo, 14,99 €

DVD et blu-ray : L’Amérique du porte à porte

 


Comme dans tout film américain indépendant qui se respecte ces trois dernières années, il y a une référence à Donald Trump dans « American Honey », plongée grâce à la caméra mobile et virevoltante d'Andrea Arnold dans une jeunesse qui tente de survivre avec de petits boulots. Présenté à Cannes l’an dernier, il sort en vidéo alors que le milliardaire est entre temps arrivé au pouvoir.
Star (Sasha Lane) croise Jake (Shia LaBeouf) sur le parking d’un supermarché et trouve que ses habits ressemblent à ceux de maître du monde aux cheveux peroxydés. Par contre, le reste est très éloigné : longue tresse, percings aux sourcils,tatouages apparents.Pourtant Jake n’a qu’un but dans la vie, comme Trump, « faire de l’argent ». Il est vendeur de magazines, fait du porte à porte avec sa bande de démarcheurs tous plus barjots les uns que les autres, coachés par Crystal (Riley Keough), la patronne qui empoche 80% des ventes en échange du gîte, du couvert et du transport.



Ce road trip à travers les USA, des quartiers les plus huppés aux zones infâmes,repaires de fumeurs de crack, ne fait pas dans l’esthétique. Par contre, si vous êtes en manque d’une bouffée de réalisme social sans compromis, vous apprécierez ce long film (2 h 30) mais sans la moindre longueur tant on est immergé dans le quotidien de cette troupe hétéroclite. On apprécie l’attirance de Star pour Jake, les fractures de certaines vendeuses comme Pagan (Arielle Holmes) obsédée par Dark Vador ou QT, ancienne d’un gang du Panama.
Et puis il y a les rencontres. Émouvante avec un camionneur rêvant de bateau, décalée avec les trois cowboys qui ne savent plus quoi faire de leur fric ou si triste avec ces trois enfants laissés à l’abandon par une mère défoncée à la meth. Une Amérique sans masque ni maquillage,personnifiée par une majorité d’acteurs amateurs qui ont certainement connu les mêmes galères avant de se retrouver devant la caméra d’Andrea Arnold.
➤ « Américan Honey », Diaphana, 19,99 €

13/06/2017

Cinéma : Une famille unie autour du vin

 


Une année. Il faut une année complète pour « fabriquer » un vin. Mais il en faut beaucoup plus dans cette Bourgogne pour que le breuvage gagne ses lettres de noblesse. Il existe des crus où le vin doit être vite bu, d’autres où il ne gagne ses galons de grand cru qu’à l’issue de longues années de maturation, en fûts puis en bouteilles. Dans l’exploitation familiale au cœur d’une région devenue riche à force de faire des breuvages d’exception, le temps de la relève est venu. Le patriarche, malade, est hospitalisé depuis des années. Juliette (Ana Girardot) a pris la relève, un peu contrainte et forcée. Son jeune frère, Jérémie (François Civil), l’aide un peu, mais il est fort occupé par la naissance de son fils et le travail sur l’exploitation de son épouse.



Tout change quand Jean (Pio Marmai) est de retour. Jean, l’aîné, le grand frère protecteur ayant préféré faire le tour du monde que de rester les pieds collés à cette terre collante quand il pleut trop. Cela fait plus de quatre ans qu’il n’a pas donné signe de vie. Installé en Australie à la tête d’un immense vignoble, il revient du jour au lendemain, à quelques jours du début des vendanges. Du décès du père aussi. Mais la vigne, elle, se moque de la mort. Le raisin est arrivé à maturité. Il faut lancer la récolte. Un beau symbole de la suprématie totale et absolue, quoi qu’il arrive, de la vie sur la mort, de la continuité face à l’abandon.
Ce film « agricole » du réalisateur du « Péril Jeune» ou de « L’auberge espagnole » s’intéresse avant tout aux trois enfants, perdus face à l’enchaînement des difficultés. Car en plus des vendanges, il faut gérer l’héritage. Et les lois françaises font que pour conserver le domaine en l’état, il faut payer 500 000€ de droits de succession. Or les frères et la sœur, s’ils ont des problèmes de riches, n’en ont pas les moyens.
■ Réconciliations
De plus, Jean est partagé entre ces racines et sa nouvelle vie. Car s’il est revenu tenter de se réconcilier avec son père mourant, il a laissé en Australie une compagne et un petit garçon de 4 ans. Pour lui, il est évident qu’il faut vendre. Mais Juliette, pourtant toujours en admiration devant ce grand frère qui l’a aidé, éduqué et protéger, ne veut pas qu’il décide pour elle. Jérémie, hésitant, va tenter d’oublier les rancœurs contre son frère qui n’est même pas venu aux obsèques de leur mère.
Le film montre aussi, sur une année complète au fil des travaux de la vigne (de la taille aux vendanges) comment ces trois, éloignés par la force des choses, vont se retrouver et gagner en complicité. C’est au final le véritable intérêt de plus de « Ce qui nous lie », qui bascule de film ancré dans la réalité viticole pré- sente vers une histoire universelle sur la famille, ses joies, séparations et retrouvailles. Notamment quand, dans l’adversité, les trois, comme dans leur enfance heureuse, s’unissent et font face à toutes les difficultés.
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De la vigne au vin
 


Tout en consacrant l’essentiel de l’intrigue aux personnages, le film de Cédric Klapisch prend parfois des allures de documentaires quand il est question de la vigne et du vin. Les premières images montrent ces vignobles aux couleurs changeantes au fil des saisons. De l’austère dépouillement de l’hiver à vert tendre du bel été en passant par l’or de l’automne. La vigne, filmée sous toutes ses coutures, est presque un personnage à part entière, aux humeurs changeantes mais toujours au rendez-vous des saisons. Que cela soit la taille ou les vendanges, les propriétaires l’arpentent inlassablement, surveillant chaque cep et guettant le moindre signe de maladie jusqu’au jour du début des vendanges. En quelques scènes joyeuses, le réalisateur capte la dureté de cette période mais aussi sa joie liée au travail de groupe.
Ensuite vient le travail dans le chai. Le pressage, l’assemblage et le vieillissement. C’est aussi là, dans cette fraîcheur ancestrale que le vin est élaboré par petites touches personnelles, habitudes et goût des vignerons.
Sans verser dans la démonstration un peu trop pédagogique, on sort de ce film avec un savoir supplémentaire. Surtout on apprend que certains goûteurs-testeurs, dont ceux de la famille de Jean, Juliette et Jérémie, ne crachent pas. Au contraire, ils dégustent jusqu’au bout et profitent de cette ivresse divine provoquée par l’alcool. La fonction première du vin que des aristocrates de la dégustation ont trop souvent tendance à occulter.

DVD et blu-ray : « Seuls » face à ses propres cauchemars


Il n’est jamais facile d’adapter une bande dessinée au cinéma. Les ratages sont beaucoup plus nombreux que les réussites. Du bon côté il y a les grands classiques (Astérix, le Marsupilami), les héros de comics (Spiderman, XMen),les romans graphiques (Lulu femme seule) et les séries plus inclassables comme « Seuls » de Vehlmann et Gazzotti. Prépubliée dans les pages du journal Spirou depuis une quinzaine d’années, éditée par Dupuis,la série raconte comment cinq enfants se réveillent un matin seuls dans leur immense ville. Dix tomes sont parus donnants quelques explications sur ce qui leur est véritablement arrivé. Personnages forts et attachants,intrigue pleine de suspense et de rebondissements, virtuosité graphique de Gazzotti : la BD remporte un véritable succès. La richesse de l’univers imaginé par Vehlmann (par ailleurs scénariste des aventures de Spirou) a logiquement attiré des réalisateurs.


C’est David Moreau qui a été les plus convaincant. Il s’est lancé dans l’adaptation des cinq premiers albums. Première idée : vieillir un peu les protagonistes. Car certaines actions de ces survivants urbains sont délicates. Comment faire conduire une Maseratti à une fillette de 12 ans ? Seconde idée : changer de personnage pivot. Dodji (Stéphane Bak) dans la BD s’efface au profit de Leïla (Sofia Lesaffre). Troisième idée :instiller un embryon de romance entre Leïla et Dodji. Par contre on retrouve le personnage véritablement angoissant du Maître des couteaux.
Le film débute par quelques images de la vie d’avant de Leïla. Une fille très renfermée, un peu garçon manqué, en rupture avec sa famille et ses rares amis. Et puis, au petit matin, elle se réveille,plus personne dans l’appartement, rues désertes, même l’hôpital où son frère était soigné est abandonné. Elle rencontre d’autres jeunes et tente de survivre.
Le film bascule ensuite dans le thriller pur et dur, avec une fin très ouverte qui devrait permettre de donner une suite à cette première partie assez réussie dans l’ensemble.
 ➤ « Seuls », Studiocanal, 14,99 €

07/06/2017

DVD et blu-ray : la quête du jeune Chiron dans « Moonlight »

 


Oscar du meilleur film en début d’année, la seconde réalisation de Barry Jenkis est de ces histoires qui marquent durablement le spectateur. Pour sa simplicité, sa violence et sa beauté. Une œuvre très forte, servie par des comédiens tous au diapason d’un metteur en scène en état de grâce. De plus, le message porté par ce parcours initiatique dans l’Amérique de Trump donne une puissance encore plus importante à ce manifeste pour la tolérance et les différences. L’histoire de Chiron, jeune noir américain vivant dans le ghetto de Miami avec sa mère droguée (Naomie Harris), est racontée dans trois parties différentes. Quand il a 11 ans (Alex R. Hibbert),14 ans (Ashton Sanders) et 24 ans (Trevante Rhodes). Trois acteurs pour un même personnage qui change de nom au fil des époques.



Jeune, il est surnommé Little par ses camarades. Souffre-douleur des petits caïds, il ne trouve du réconfort qu’auprès de Juan (Mahershala Ali, Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle), le dealer de sa mère. Ce dernier devient un peu son père de substitution. Il est attentif, aimant, protecteur. Pourtant il gagne sa vie en propageant dans ce quart monde la pire saloperie qui puisse exister: le crack.
Adolescent, le jeune garçon retrouve son prénom, Chiron. Il comprend qu’il est différent. Effacé, maigre, timide et surtout homosexuel. Les brimades s’enchaînent. Pour s’en sortir il n’a plus qu’une solution : être encore plus méchant que les autres. Un passage à l’acte violent qui le conduit droit en prison.
On le retrouve 10 années plus tard. Nouveau prénom, nouvelle apparence. Black, dealer intransigeant, est taillé comme un rock. Il a totalement occulté son adolescence souffreteuse et ses attirances masculines. Jusqu’à l’appel, en pleine nuit, de Kevin (Andre Holland),le seul copain qui savait,le seul qu’il a aimé. La troisième partie, extraordinaire d’intensité, filme ces retrouvailles dans un petit restaurant miteux. A côté, « Love Story » fait figure de film comique. Car l’exploit de ce film réside bien dans le romantisme omniprésent, malgré la violence, la drogue, la misère sociale.
Dans le bonus, le réalisateur explique combien ce texte original l’a touché car il comportait de nombreux points communs avec sa propre histoire. Les acteurs témoignent aussi, notamment Andre Holland, exceptionnel dans son rôle de révélateur d’émotion et qui lui aussi aurait mérité un oscar du meilleur second rôle.
➤ « Moonlight », Studiocanal, 19,99 €

05/06/2017

Cinéma : L’animation française dans toute sa beauté dans un beau livre

 

Quel est le point commun entre Topor et les Minions, entre Kirikou et le Petit Prince ? Ce sont tous des auteurs ou personnages du cinéma d’animation qui ont participé depuis quelques décennies à la renommée du savoir-faire français. Topor a dessiné « La planète sauvage », chef-d’œuvre de René Laloux. Des années plus tard, Pierre Coffin, coréalisateur des « Minions » prolonge cette incroyable aventure racontée par Laurent Valière dans ce superbe beau livre truffé d’illustrations. Des hommes, des personnages, des studios, des techniques : rien n’est laissé dans l’ombre de cet art à part entière. A lire pour mieux comprendre ce genre cinématographique et surtout retrouver son âme d’enfant et avoir envie de voir ou revoir ces petits bijoux graphiques.
➤ « Cinéma d’animation, la French Touch » de Laurent Valière, La Martinière, 39,90 €

01/06/2017

DVD et blu-ray : Rêves brisés de « La Communauté »

 


Thomas Vinterberg, réalisateur de « La Communauté », a largement puisé dans ses souvenirs d’enfance pour écrire le scénario de ce film moderne et nostalgique. Moderne car il montre comment dans les années 70 au Danemark, une certaine idée de la solidarité et du collectivisme permettait à des hommes et femmes de vivre en communion avec amis et inconnus. Nostalgie car ces expériences communautaires ont quasiment toutes disparu, victimes de l’évolution de la société de plus en plus individualiste.



Sur l’impulsion de sa femme, présentatrice à la télévision nationale, Erik décide de conserver la vaste maison qu’il vient d’hériter à la mort de son père. C’est beaucoup trop grand pour ce couple uni qui a une fille, Freja, adolescente.Ils ouvrent alors les nombreuses chambres à une dizaine d’amis et tel un entretien d’embauche, décident de qui peut ou ne peut pas vivre avec eux. Le début du film montre cette période enthousiaste. Anna (Trine Dyrholm) retrouve de sa jeunesse avec l’apport de ces nouvelles personnalités. Freja se découvre un frère de substitution et Henrich, le plus sceptique au début, se laisse séduire par la douce folie de ses colocataires. Mais comme trop souvent dans les histoires de couple, l’amour fait des siennes. Heinrich succombe aux charmes d’une de ses étudiantes. Et Anna, dans l’esprit de la communauté, demande à ce qu’elle vienne vivre dans la maison commune. Un ménage à trois impossible...
On retient du film l’interprétation deTrineDyrholm,touchante dans la peau de cette femme blessée qui tente de faire bonne figure. On apprécie aussi les bonus, notamment un long entretien avec le réalisateur qui se livre un peu plus sur son histoire personnelle.
➤ « La communauté », Le Pacte Vidéo, 19,99 €

DVD et blu-ray : La banlieue, toujours plus haut dans "L'Ascension" avec Ahmed Sylla

 


Double dépaysement dans ce film de Ludovic Bernard : la banlieue française et les pentes de l’Everest. S’il s’agit du premier long-métrage de ce réalisateur, il n’est pourtant pas nouveau dans la profession, ayant assuré les fonctions de 1 er assistant-réalisateur de nombreux films dont «Lucy» de Luc Besson ou «Ne le dit à personne» de Guillaume Canet. Pour ce projet personnel, il n’a pas choisi la facilité en décidant d’adapter le récit d’un jeune du 93 qui, pour impressionner sa dulcinée, décide de gravir l’Everest.


Dans le rôle du jeune fou téméraire, on se délecte du sourire permanent d’Ahmed Sylla, humoriste découvert dans les émissions de Laurent Ruquier. Même s’il a encore beaucoup à prouver, il se tire avec les honneurs de ce rôle entre rire, émotion et exploit physique. Il est parfaitement épaulé par Alice Belaïdi et Nicolas Wanczycki dans la peau du guide de haute montagne chargé de conduire Sammy sur le toit du monde.
Dans le DVD et le blu-ray, un long making-of montre les défis techniques du film. Les équipes ont véritablement gravi, à pied, des milliers de mètres de dénivelé pour se retrouver dans le mythique camp de base à plus de 5 364 mètres d’altitude.
➤ « L’ascension », Studiocanal, 14,99 €