12/04/2017

Cinéma : Père raté et fils par procuration

 


Loïc (Gérard Jugnot) a tout raté avec son fils. Même à son enterrement il arrive en retard. Un paradoxe pour cet ancien pilote de rallye. Il y a 20 ans, quand ce bébé est venu agrandir sa famille, il ne pensait que voiture, compétition et victoires. Toujours sur les routes, il est absent. Et quand sa femme divorce, il choisit sa carrière sportive et ne demande même pas la garde alternée. 20 ans plus tard, il n’a plus que des regrets et sombre dans une grave dépression. Pourtant le malheur de l’un fait le bonheur d’un autre. Mort dans un accident de voiture, le cœur du fils de Loïc a été transplanté sur un autre jeune, malade et en attente de greffe. Cet organe de son fils, toujours battant ailleurs, obsède Loïc. Il va donc sortir de sa déprime pour se lancer à la recherche du receveur. Le voir, le rencontrer, comprendre et tenter de reconstruire sur de nouvelles bases une vie à la dérive.



Normalement, la loi française interdit aux familles des donneurs de connaître l’identité du receveur. C’est même puni sévèrement par la loi. Mais Gérard Jugnot passe outre pour le besoin de son film (un ami chirurgien pirate le fichier) et quitte sa Bretagne pluvieuse pour Toulon et sa rade radieuse. Là il observe Hugo (François Deblock) dans sa vie quotidienne. Et Loïc n’en croit pas ses yeux. Celui qui vit avec le cœur de son fils mène une existence dissolue. Cascades en scooter volé, nuits dans des boîtes de nuit à boire plus que de raison et chercher la bagarre. Le père éploré respecte pourtant sa parole donnée au chirurgien de ne pas le contacter directement jusqu’à ce qu’il lui sauve la mise lors d’un braquage foireux.
La première partie du film, uniquement en mode observation, permet à Gérard Jugnot de faire un joli numéro de l’adulte catastrophé face à l’insouciance des jeunes. Quand ils se parlent enfin, le courant ne passe pas. Hugo, longtemps condamné à ne pas quitter sa chambre pour cause de constitution chétive est dé- terminé à rattraper le temps perdu depuis sa transplantation réussie. Et cela durera ce que cela durera, avec cependant un rêve d’avenir : aller en Australie et se donner une seconde chance. Fin de la première partie, chacun dans son monde.
■ Provence VS Bretagne
Mais quelques semaines plus tard, Hugo vient frapper à la porte de Loïc. Seul, désargenté, il se raccroche à cette ultime bouée, ce père de procuration par cœur interposé. Sans trop de trémolos, les deux caractères opposés vont se rapprocher. Loïc va reprendre goût à la vie, veillant sur ce grand enfant, comme pour rattraper le temps non passé avec son véritable fils. De son côté, Hugo va découvrir un homme bourru mais foncièrement gentil. Et enthousiaste quand il parle mécanique. Surtout le jeune Toulonnais va tomber amoureux d’une jolie Bretonne (Gaia Weiss), trouver sa voie dans la cuisine et se stabiliser.
Plus qu’une gentille comédie, ce film de Gérard Jugnot est un hymne à la seconde chance. Seconde chance pour un père absent, seconde chance pour un malade redevenu autonome après une greffe, seconde chance pour un jeune à la dérive. Trop optimiste ? Mais dans le fond, n’est-ce pas ce que l’on voudrait tous pour notre existence et se dire, au final, malgré les coups et les embûches, « C’est beau la vie quand on y pense ».
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La 11e réalisation de Gérard Jugnot

Il a mis beaucoup de temps pour revenir à la réalisation. Gérard Jugnot, consacré comme acteur comique du temps de la troupe du Splendid, a beaucoup écrit et joué les « petits gros » avant de se lancer derrière la caméra. Auréolé du succès des Bronzés, il s’écrit un rôle sur mesure dans « Pinot simple flic », énorme succès aux box office, 2,4 millions d’entrées. Devenu valeur sûre du cinéma comique français, il multiplie les premiers rôles chez les autres et se réserve quelques personnages plus profonds dans ses propres films.
Un premier avant-goût dans « Casque bleu » puis la consécration avec « Monsieur Batignole » sur la triste époque de la collaboration et de la déportation des Juifs. Plus de 1,5 million d’entrée en 2002 malgré la gravité du sujet. Jugnot, avec l’âge, se bonifie et confirme. Et puis il participe à l’énorme succès des « Choristes » l’année suivante. Tout lui réussi jusqu’à la sortie de « Rose et noir » en 2009. Ce film en costumes sur l’inquisition et l’homosexualité manque complètement sa cible. Moins de 80 000 entrées. Plus qu’un bide...
Un arrêt net à une carrière florissante. Jugnot se tourne alors vers la télévision, accepte des petits rôles et met beaucoup de temps pour revenir à la réalisation avec cette comédie optimiste qu’est « C’est beau la vie... » Il y retrouve quelques uns de ses fidèles comme Bernard Le Coq ou Isabelle Mergault, sa grande copine de radio, avec qui il a traversé plusieurs décennies, progressant ensemble des très petits rôles des débuts (figuration pour Jugnot, dévêtus pour Mergault), au succès éclatant, au théâtre comme au cinéma. 

05/04/2017

Cinéma : DRH, directrice du rabaissement humain dans "Corporate"


Une machine impitoyable à broyer les salariés. Le rôle d’Émilie Tesson-Hansen (Céline Sallette) dans cette multinationale est clair. Sans équivoque. Gérer le personnel de la branche financière. Mais surtout, mettre en place le plan imaginé par son chef pour faire craquer les employés jugés indésirables par la direction. Froide, inhumaine, sans le moindre pathos : Émilie se dévoue entièrement à son entreprise, pour honorer son contrat, prouver à ses supérieurs qu’elle est digne de confiance et apte à prendre d’encore plus grandes responsabilités. Cela a un prix. Pas son salaire, mirobolant, mais le risque d’en faire un peu trop face à des collaborateurs faibles.

Le pire pour une directrice des ressources humaines arrive quand un des plus anciens du service, placardisé, ostracisé et mis sur la touche, las de ne pouvoir obtenir un rendez-vous avec elle, la suit dans la rue. C’est là, loin de son cadre du travail, comme débarrassée de sa carapace, qu’elle lui dit la vérité. "Bien sûr que la direction veut se débarrasser de vous. Et c’est ce qu’il vous reste de mieux à faire...» Quelques secondes de vérités, comme pour soulager la conscience de cette femme apparemment odieuse mais par ailleurs mère d’un petit garçon, élevé par son mari, au chômage...
■ Élimination des salariés
Le lendemain, au bureau, grand bruit dans la cour puis hurlements du personnel. L’élément à virer a choisi la solution expéditive : suicide sur son lieu de travail. Immédiatement une réunion de crise menée par le directeur (Lambert Wilson) tente de trouver une explication autre que les difficultés du salarié dans son travail. Mais tout accuse Émilie. Et quand l’inspection du travail décide de déclencher une enquête, la DRH sent que cette mort va compromettre ses chances de progression au sein du groupe.
Film social, résolument engagé contre la souffrance au travail, « Corporate », premier film de Nicolas Silhol souffre de quelques imperfections inhérentes au genre parfois plus proche d’un téléfilm de France 3 qu’un long-métrage méritant le grand écran. La différence vient de la distribution.
Céline Sallette, à contre-emploi dans son rôle d’executive-woman, donne une profondeur insoupçonnée à son personnage. Notamment au contact de l’inspectrice du travail Marie Borrel interprétée par la très naturelle et pugnace Violaine Fumeau. Le film prend alors des airs de thrillers avec l’affrontement, tout en symboles, de ces deux femmes aux idéaux si antagonistes. La guerre aussi entre deux conceptions du monde du travail répondant en écho aux programmes de la présidentielle, d’un côté les candidats du travail, de l’autre des travailleurs.
➤ « Corporate » de Nicolas Silhol (France, 1 h 35) avec Céline Sallette, Lambert Wilson, Stéphane De Groodt et Violaine Fumeau.

30/03/2017

De choses et d'autres : une photo de Claudia Cardinale, retouchée pour l'affiche du festival de Cannes, fait polémique

 
Et si pour une fois on ne se penchait pas sur ce qui va se passer le 7 mai mais plutôt le 17. Ce jour-là, après des mois à s’interroger sur l’identité du locataire de l’Élysée, plus personne ne s’y intéressera. Le 17 mai débute le 70e festival de Cannes. Strass, paillettes, fêtes auront pris le dessus sur les affaires, costumes et autres trahisons. Même s’il faut se méfier des certitudes. Premier problème, le président du jury Pedro Almodovar ne cache pas sa passion pour la corrida. Et les « vegans » de demander son boycott. De plus, comme cette année 2017 semble définitivement placée sous le signe de l’embrouille, la présentation de l’affiche officielle a immédiatement dé- généré en polémique. On y voit Claudia Cardinale, jeune, virevoltant dans une large jupe fendue. Une photo prise en 1959 sur un toit de Rome.
Photo connue qui a fait tiquer certains. En effet, si l’on compare le document original et l’affiche, on constate que la star a perdu une taille après un rabotage des cuisses et des hanches grâce aux pinceaux électroniques d’un logiciel de retouche photographique.
Le culte de la maigreur a atteint de tels sommets en ce XXIe siècle, qu’un « créatif » s’octroie le droit de modifier la perfection. Car n’en déplaise à ces néo-esthètes, les courbes de Claudia Cardinale incarnent l’idéal de la beauté.
Alors par pitié, trafiquez tous les mannequins anorexiques que vous voulez (et qui provoquent de toute manière plus d’effroi que de rêve), mais laissez les légendes intactes. 

29/03/2017

Cinéma : "Orpheline", manuel de survie féministe en milieu mâle

ORPHELINE. Quatre actrices pour interpréter la vie d’une même femme blessée


Trop souvent, les films français manquent de finition et de maîtrise. Quelques fausses notes dans l’interprétation, un montage à la serpe, des éclairages de téléfilms... « Orpheline » est l’antithèse de ces approximations qui gâchent le plaisir du cinéphile, voire le désespèrent. Mais la maîtrise absolue de la réalisation ne doit pas faire oublier le message.


Arnaud des Pallières, réalisateur primé du ténébreux « Michael Kohlhaas » a trouvé l’équilibre parfait entre forme et fond. Pourtant le parti était risqué de raconter la vie d’une femme sur quatre périodes de sa vie, avec autant d’actrices différentes et en reculant dans le temps.
■ Féminismes
S’il a mis plus de trois années à écrire le scénario, le découpage, trouver la distribution, tourner et reprendre à plusieurs reprises le montage final, ce n’est pas du luxe. Juste la volonté que le spectateur soit happé par l’existence de cette femme tentant de survivre dans un univers dominé par le genre masculin, sa violence, son désir et in fine l’asservissement des femmes.
Dénoncé par certaines féministes pour son côté voyeurisme et sexiste, « Orpheline » est pourtant un film de femmes, pour les femmes, contre les hommes. Exactement contre la « marchandisation » des femmes par certains hommes. Leur formatage aussi dès l’enfance, à vé- nérer le mâle tout puissant, à n’envisager leurs vies qu’à l’abri de leur prétendue protection.
Passée cette longue introduction pour expliquer pourquoi il faut absolument aller voir « Orpheline », sachez qu’en plus vous aurez l’occasion de voir réunies trois des meilleures actrices de la nouvelle génération. Avec, par ordre d’entrée en scène, Adèle Haenel, Adèle Exarchopoulos et Solène Rigot. Elles interprètent le même personnage, toujours en fuite sous diverses identités. Renée (Adèle Haenel) est institutrice. Avec son compagnon Darius (Jalil Lespert), elle tente d’avoir un enfant. A recours à la fécondation in vitro et va enfin devenir mère à 27 ans. Mais un matin, la police défonce la porte et arrête Renée. Jugée, condamnée, emprisonnée, elle doit répondre des agissements de Sandra, la jeune femme de 20 ans qui a commis un important vol.
■ Blessure d’enfance
Sandra (Adèle Exarchopoulos) prend le relais du récit. Montée à Paris, elle a répondu à une petite annonce d’un homme cherchant à adopter une fille. Relation trouble avec ce bookmaker qui en plus lui trouve un emploi dans un hippodrome. Là où elle commet son vol avec la complicité de Tara (Gemma Arterton).
Comment Sandra est-elle arrivée à Paris, nouveau recul dans le temps. Elle se nomme Karine (Solène Rigot), à 13 ans, en paraît 18, est tabassée par son père (Nicolas Duvauchelle), sort la nuit et couche avec tout ce qui lui tombe sous la main. Pourquoi, comment ? Voilà Kiki (Vega Cuzytek), petite fille de 6 ans, jouant à cache-cache dans une casse de voitures.
Un film à rebrousse-poil, dans lequel on recule dans le temps comme quand on en appelle à ses souvenirs et qu’au fur et à mesure de la réflexion, on recule de plus en plus dans son enfance, se souvenant des bons et mauvais moments. Pour l’héroïne d’Arnaud de Pallières, on comprend au dé- but du film que sa future maternité est le premier signe positif d’une vie couverte de plaies et de coups. Une lueur d’espoir, une occasion inespérée de s’amender, de se fixer, d’envisager l’avenir avec sérénité.
Reste que le déterminisme de notre société, malgré une réelle évolution des mentalités, ne laisse que peu de latitudes aux femmes en recherche d’émancipation. Il est là le message du film, charge puissante contre les hommes, par un homme qui avoue avoir eu l’impression de devenir une femme lors de l’écriture et du tournage du film. 
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Trio magique


La virtuosité cinématographique permet de passer très rapidement sur le pari le plus audacieux du film : faire interpréter l’héroïne par trois actrices différentes en fonction de son âge. Pari d’autant plus risqué qu’elles ont toutes les trois quasi le même âge. Mais la personnalité de chacune, leurs qualités de comédiennes font que l’on ne remet jamais en cause ce concept. Et grâce à une construction millimétrée, le passage d’une époque à l’autre se fait en douceur, avec la volonté affichée (et maîtrisée) du réalisateur « d’avoir un temps d’avance sur le spectateur ».


L’autre difficulté pour les interprètes était de tourner leur partie sans avoir vu les autres. Un peu comme si elles se contentaient d’un court-métrage. Solène Rigot dans la peau de Karine (13 ans), n’avait aucune idée de la prestation de ses deux amies. Elles se sont contenté d’une lecture du scénario en commun avant le tournage. Quelques éléments matériels ont permis de les rapprocher, mais c’est surtout l’œil du réalisateur qui a permis l’identification.
La répartition des rôles s’est fait comme une évidence. Solène Rigot, la plus menue, fragile, interprète cette adolescente en pleine période de rébellion contre son père. Et comme pour mieux se soustraire à sa domination, elle se donne au premier venu, fuguant, découchant, trompant les hommes rencontrés sur son véritable âge. Elle est crédible sans être vulgaire.
Adèle Exarchopoulos aurait pu interpréter le rôle de Renée. Mais finalement le réalisateur a préféré lui donner celui de Sandra, la vingtaine, paumée à Paris et prête à tout pour prendre sa chance et se sortir de cette vie sans but.
Adèle Haebnel, dans le rôle de la femme mûre, celle qui semble avoir tiré un trait sur son passé mouvementé, est particulièrement émouvante. Car elle semble marquée par une malédiction venue de la petite enfance. Elle qui n’a pas eu de mère, élevée à la dure par son père ferrailleur, rêve de donner tout son amour à l’enfant qu’elle porte enfin. Mais le passé la rattrape et une nouvelle fois elle prend la fuite pour ne pas devoir accoucher en prison.
Au-delà de l’histoire, forte et basée en partie sur la véritable vie de la co-scénariste, Christelle Berthevas, « Orpheline » est de ces rares films qui offrent des rôles en or à des comédiennes, loin des comédies hystériques ou des biopics améliorés. La vie d’une femme. Simplement. 

DVD et blu-ray : L’amour, la vie, l’avenir

Si les histoires d’amour finissent mal en général, qu’en est-il de l’Histoire de l’amour ? Réponse en regardant ce film de Radu Mihaileanu sorti l’an dernier et dont les versions DVD et blu-ray sont en vente aujourd’hui avec en bonus de nombreuses scènes coupées.
Une œuvre fleuve avec en toile de fond le drame de la seconde guerre mondiale, les séparations, les déportations massives des juifs, leur extermination méthodique, le retour des rares rescapés. Le réalisateur a fait le choix de mélanger les époques, sans transition, passant d’un monde à un autre.


Dans le New York du début des années 2000, Léo (Derek Jacobi), un serrurier à la retraite vit seul. Il n’a plus qu’un ami, Bruno, comme lui originaire de Pologne. La Pologne, des décennies plus tôt. Léo et Alma (Gemma Arterton) filent le parfait amour au village. Mais les nazis approchent. Ils se jurent fidélité, s’aiment une fois et la jeune femme va se réfugier à New York. Elle emporte deux promesses : que Léo n’aime personne d’autre qu’elle et qu’il lui écrive un roman. C’est la fameuse « Histoire de l’amour », roman volé, disparu puis retrouvé, fil rouge du film. Un manuscrit qui sera rendu à Léo par une autre Alma (Sophie Nélisse), jeune fille qui elle aussi rêve de devenir «la femme la plus aimée du monde».
Tourné en grande partie à New York, le film du réalisateur d’origine roumaine s’éclaire avec de multiples touches d’humour et des personnages drôlatiques comme le petit frère de la jeune Alma, persuadé qu’il est un des élus qui portent le monde sur leurs épaules. Bonne excuse pour ne pas faire les courses ou la vaisselle... 
➤ « L’histoire de l’amour », Wild Side Vidéo, 14,99 € le DVD, 19,99 € le blu-ray. 

23/03/2017

DVD : Rap et peinture dans "Tour de France"


Gérard Depardieu ne pouvait pas rêver de meilleur rôle pour son état d’esprit de ces dernières années. S’il a voulu s’exiler en Belgique, qu’il a pris la nationalité russe, ce n’est pas pour fuir la France et ses impôts. Plus justement, il veut être ailleurs, sur les routes, à la découverte du monde.


Dans « Tour de France », film de Rachid Djaïdani, il interprète Serge, un vieil homme fatigué, lancé dans un tour de France des ports de France. A chaque escale, des ports de la Manche à La Rochelle en passant par Sète ou Marseille, il reproduit une peinture de Joseph Vernet, peintre marin du XXIIIe siècle. Un voyage qu’il veut accomplir avec son fils. Mais ce dernier se décommande et confie le volant de la vieille camionnette paternelle à un ami : le rappeur Far’Hook (Sadek). Le tête à tête entre le Français aigri et le jeune arabe fait des étincelles. Mais rapidement les deux trouvent un terrain d’entente. Serge a besoin d’un chauffeur et Far’Hook, pris dans une embrouille entre bandes rivales, doit se faire oublier durant quelques semaines.

Le film, petit budget mais vrai road-movie, est parfois émouvant, parfois grave, voire énervant quand on détaille les histoires de rivalités entre rappeurs. Il est aussi un peu moralisateur.
Reste Depardieu. Excellent. Toujours excellent. Sa masse, ses murmures, ses emportements. Certes il fait du Depardieu, que du Depardieu. Mais il incarne si bien cette France un peu désuète, nostalgique et râleuse mais toujours aussi foncièrement bonne, solidaire et fraternelle. Ce n’est pas le frais minois de la Miss Univers qui devrait être pris pour modèle afin d’incarner la nouvelle Marianne mais la bonne bouille et le gros nez de Gérard Depardieu.
● « Tour de France », Studiocanal, 19,99 €

22/03/2017

Cinéma : Les Catherine (Frot et Deneuve) au carré dans "Sage femme"


SAGE FEMME. Deux femmes, l’une sage, l’autre moins, vedettes du film de Martin Provost.


Le constat est de Martin Provost, scénariste et réalisateur de « Sage femme » : « Le casting dans un film, c’est presque plus important que la technique. » Pour son film sur la rencontre entre deux femmes que tout oppose, il a écrit l’histoire en pensant, d’emblée à Catherine Frot et Catherine Deneuve. Un projet risqué car il n’est jamais évident de convaincre des actrices de rejoindre une production.
Par chance, il a su les convaincre et leur permettre d’interpréter ces deux personnages forts. Pourtant leurs techniques sont radicalement différentes selon le réalisateur. « Catherine Frot est très structurée, tout doit être clair dans sa tête, alors que Catherine Deneuve est comme une équilibriste, elle est dans l’instant, la vérité de l’instant. » Deux tempéraments opposés, comme dans le film, qui finalement se complètent, se bonifient.
Claire (Catherine Frot), est sagefemme dans une petite maternité sur le point de fermer. Elle vit simplement pour son métier avec passion et dévouement. Quand elle reçoit un appel de Béatrice (Catherine Deneuve), elle préfère dans un premier temps l’ignorer. Cette femme, l’ancienne maîtresse de son père, ne lui a laissé que de mauvais souvenirs. Sa bonté cependant lui impose de la rencontrer. Elle se rend chez elle, dans Paris, découvre une femme encore très belle, mais taraudée par les remords. Un premier entretien froid. Béatrice a quitté le père de Claire du jour au lendemain. Il y a plus de 20 ans. Depuis plus une seule nouvelle.
Béatrice demande, l’air enjouée et désinvolte des nouvelles de cet homme, le seul qu’elle a aimé selon elle. Claire se braque, devient sèche. Et finalement décide de tout raconter, sans prendre de pincettes. Une vérité qu’elle lui crache au visage : peu de temps après son départ, son père s’est suicidé de chagrin, une balle dans le cœur.
■ Duo de rêve
On imagine le choc pour Béatrice. Mais aussi pour Claire, comme si la meurtrière de son père revenait la hanter. La richesse du film, son humanité, réside dans la personnalité de Claire. Sage-femme, elle aime la vie, donner la vie. Et malgré la douleur, sait pardonner. Car Béatrice, empêtrée dans des problèmes d’argent (elle a toujours joué et trop souvent perdu) lui demande de l’aide.
Les deux femmes vont se rapprocher et tenter de s’apprivoiser. Par nécessité pour Béatrice quand elle se retrouve à la rue, par compassion pour Claire. L’envie aussi de changer la direction de sa vie. Noyée dans son travail, elle s’est oubliée. Au contact de Béatrice elle va se redécouvrir et même tomber amoureuse d’un voisin (Olivier Gourmet), chauffeur routier libre et compréhensif.
Un formidable duo d’actrices, qui donne envie de vivre, d’oublier les soucis, de profiter des moments présents et de relativiser toutes ces rancœurs du passé ou incertitudes de l’avenir. Une superbe bouffée d’optimisme avec une histoire toute simple, preuve que le cinéma, parfois, sait étonner sans esbroufe. Mais pour cela on ne peut que donner raison à Martin Provost, le casting est important. Dans « Sage Femme » il est éblouissant. 
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Maternité, mères et accouchements
 
 

En fil rouge du film de Martin Provost, on découvre le métier de sage-femme et l’évolution des maternités françaises. Claire officie depuis plus de 20 ans dans ce service. Elle est devenue l’experte, celle qui a accompagné la naissance d’enfants comme cela se passe depuis la nuit des temps. Elle en a sauvé aussi beaucoup, apte à trouver toutes les solutions quand un problème surgit. Mais ce modèle semble passé de mode en France. Le service dans lequel elle travaille va fermer. Trop petit... Elle ne se retrouve pas au chômage. Au contraire son expérience est convoitée par le gros centre qui va récupérer les accouchements. Mais pour elle « hors de question d’aller travailler dans cette usine à bébé ».
Pour les besoins du film, l’actrice a appris les gestes pour aider une maman à mettre au monde. Et Martin Provost, particulièrement à cheval sur la réalité de ses images, a tenu à filmer de véritables accouchements. Un challenge pour Catherine Frot qui explique, dans le dossier de presse, « J’ai d’abord demandé à assister à des accouchements afin de savoir si je pourrais éventuellement avoir des gestes appropriés. J’ai réalisé que tout ça était finalement très naturel, très normal. J’ai pris ensuite des cours avec une ancienne sage-femme qui m’a fait répéter sur des mannequins. J’étais un peu inquiète à la première prise une fois sur le plateau, mais tout s’est merveilleusement bien passé. D’habitude, mon métier d’actrice m’oblige à être dans l’illusion et là j’ai dû aller au-delà de ça, sans état d’âme » Une « vérité » évidente dans le film qui dans ces séquences a des airs de documentaire.
Catherine Frot réalise l’exploit d’être crédible en toute occasion : quand elle tombe amoureuse, quand elle rejette Béatrice, quand elle apprend qu’elle va devenir grand-mère. Et quand elle aide de véritables bébés à naître...

19/03/2017

DVD et blu-ray : Ce Ciel ressemble à l'Enfer

 


Sonia (Noémie Merlant) et Mélanie (Naomi Amarger) n’ont absolument rien en commun. La première a un père d’origine maghrébine. L’islam elle en a beaucoup parlé avec son grand-père quand elle était enfant. La seconde est élève en seconde S, brillante, investie dans une association humanitaire, musicienne dans l’âme (le violoncelle). Toutes les deux tombent dans filets des recruteurs de l’État islamique. Deux parcours différents pour au final une seule et unique ligne d’arrivée : l’enfer de la Syrie, chair fraîche pour de pseudos combattants pour un monde plus religieux. « Le ciel attendra » est un film à montrer à tous les jeunes Français. Sans exception. Marie-Castille Mention-Schaar a monté ce film dans l’urgence.
■ Un mal profond
Car le mal est profond dans notre société. Aidée d’Emilie Frèche au scénario, elle a imaginé le parcours de deux jeunes filles, embrigadées dans les rangs de Daech. Une œuvre de fiction inspirée de parcours réels. Dans le DVD, on trouve en bonus quelques scènes coupées mais surtout un long entretien de la réalisatrice. Marie-Castille Mention-Schaar raconte la genèse du film.
Ses interrogations puis son travail de terrain avec Dounia Bouzaar pour avoir une matière véridique avant l’écriture du scénario en collaboration avec Emilie Frèche. Une fois le projet monté, à trois jours du dé- but du tournage, le 13 novembre 2015 a failli tout remettre en question. Mais après un week-end d’interrogations et une large concertation de l’équipe (et notamment des jeunes actrices), la décision a été prise de continuer. Comme un devoir pour expliquer les dérives de ces adolescentes, comme la jeune fille héraultaise, interpellée il y a quelques jours après avoir épousé un djihadiste avec qui elle comptait commettre un attentat contre la Tour Eiffel. Un nouveau télescopage entre ce film essentiel et l’actualité. 
➤ « Le ciel attendra », UGC, 19,99 € le DVD et le blu-ray

16/03/2017

DVD et blu-ray : L’électro-choc de Wes Craven

 

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On retrouve tout l’univers de Wes Craven dans « Shocker », film d’horreur sorti en 1989 et qui semble la somme de toutes ses obsessions. La version remastérisée proposée en DVD et blu-ray réhabilite ce film culte un peu oublié entre les immenses succès que sont « Les griffes de la nuit » et « Scream ». Son originalité tient surtout à la seconde partie, dans le duel entre Jonathan (Peter Berg) le jeune rugbyman et Pinker (Mitch Pileggi) le tueur en série qui boite. Dans un délire d’effets spéciaux, ils se battent en passant de chaîne en chaîne de télévision. On assiste à une scène hilarante, débarquant sur le plateau d’un télévangéliste récoltant des dons pour contrer « La Bête », ce dernier est balancé sans ménagement dans le public par un Pinker énervé ne pouvant s’empêcher de lui hurler, en plus, de la fermer...
Pourtant tout commence comme un classique teen movie d’horreur. Jonathan, sportif pas futé, aime la belle Alison (Cami Cooper). Ils se bécotent au bord du terrain. Il est maladroit, presque touchant. Mais son passé d’enfant adopté le rattrape. Le « tueur des familles » terrorise la ville. C’est son véritable père et un lien existe toujours entre Pinker et son fils. Ce dernier rêve des futurs crimes du papa démoniaque. Un don de divination qui lui permet d’arrêter le méchant. Mais après qu’il ait sauvagement assassiné Allison. Quelques mois plus tard, Pinker est conduit sur la chaise électrique. Mais cet adepte de la magie noire profite des 100 000 volts pour transporter son esprit démoniaque de corps en corps. Avec un seul et unique but : faire souffrir Jonathan.
■ Comme « Hidden »
L’idée de changer de corps n’est pas nouvelle, on la retrouve dans « Le témoin du mal » (angoissant) ou « Hidden » (chef-d’œuvre dès la scène d’ouverture), mais Wes Craven en profite pour y glisser quelques scènes d’anthologies comme le crachat lancé par une petite fille possédée sur le corps de l’homme quelle vient d’assassiner. Si les effets spé- ciaux numériques ont mal vieilli, on admire quand même la folie finale.
Côté bonus, on apprécie particulièrement les entretiens de deux des acteurs principaux. Mitch Pileggi, excellent en psychopathe violent, a bien changé. Le colosse au crâne rasé a fait carrière dans les séries télé. Il est Skinner, le patron des deux agents de X-Files. Et il a un rôle récurrent aussi dans Supernatural. Camille Cooper, après quelques apparitions dénudées dans des séries B qui n’ont pas franchi l’Atlantique, a tourné le dos à ce milieu pour recentrer sa vie sur des choses plus essentielles. Elle a notamment créé une association pour aider les enfants violés.
Manque Peter Berg, l’acteur principal. Il a longtemps tenté de s’imposer comme un jeune premier. Mais son jeu, déjà limite dans Shocker, ne s’est pas amélioré avec le temps. Il est finalement passé de l’autre côté de la caméra et réalise désormais des blockbusters comme « Traque à Boston » actuellement à l’affiche ou des séries à succès comme « The Leftovers ».
➤ « Shocker », Studiocanal, 10 € le DVD, 14,99 € le blu-ray (sortie le 17 mars)

15/03/2017

Cinéma : Mystérieuse et introuvable City of Z

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THE LOST CITY OF Z. James Gray reconstitue la quête tragique d’un explorateur anglais. 


Eldorado pour les conquistadors, City of Z pour l’explorateur britannique Percival Harrison Fawcett. Les légendes sur la fameuse cité perdue de l’Amazonie, dernier vestige d’une civilisation florissante défunte, ont beaucoup fait fantasmer les écrivains. Mais avant l’invention des satellites, de Google maps et des drones, pour cartographier un pays, une frontière, il fallait se rendre sur place.
Voilà la raison de l’arrivée de Fawcett (Charlie Hunnam) en 1906 dans cette région inexplorée convoitée par la Bolivie et le Brésil. Avec quelques aventuriers recrutés sur place dont le fidèle Henry Costin (Robert Pattinson) et Manley (Edward Ashley), ils remontent le cours d’une rivière jusqu’à sa source. Arrivé au bout de son périple, Fawcett découvre des restes de poteries dans la jungle. Et aperçoit des sculptures gigantesques, proches d’un plateau inaccessible. Il est persuadé que se trouve là la fameuse City of Z, la preuve que derrière ces tribus de « sauvages » se trouve une civilisation perdue qui, il y a des siècles, n’avait rien à envier au brillant et rayonnant empire britannique.
Le retour glorieux en Angleterre de ce fier militaire toujours à la recherche d’honneurs (nous sommes au début du XXe siècle) ne lui suffit pas. Il veut retourner sur place et devenir celui qui a découvert Z. Il sera appuyé par un riche mécène et passera de longues années à tenter de trouver ces ruines. En vain. Il apprendra beaucoup des tribus, rapporte des témoignages sur leurs mœurs, leurs pratiques de chasseurs mais aussi d’agriculteurs, preuve qu’ils ne sont pas si arriérés que veulent le faire croire les autorités locales ou les savants anglais persuadés qu’ils sont tous cannibales.

■ Tournage éprouvant
Le film de James Gray, belle et profonde épopée entre Angleterre guindée et chaleur moite de la forêt équatoriale, montre surtout la lente et inexorable dérive de Fawcett vers une obsession capable de prendre le dessus sur tout, même sa famille. Après l’intermède de la première guerre mondiale, blessé, il se retire et semble avoir tiré un trait sur sa folle entreprise. Mais c’est son fils, Jack (Tom Holland), devenu adulte qui le pousse à repartir. Ensemble ils vont aller encore plus loin à l’intérieur de l’enfer vert. Et y disparaître à jamais.
Habitué à des films urbains, tournés à New York, James Gray, esthète du 7e art, a pris d’énormes risques pour ce film. Loin de son confort de travail habituel, il a plongé ses acteurs dans une ambiance éprouvante. Chaleur, humidité, bestioles en tous genres et surtout le choix de tourner en 35 mm, comme pour retrouver les lourdeurs de l’expédition de Fawcett. Cela donne une impression harassante, de lutte quotidienne pour survivre, avancer, sans jamais savoir ce qu’il y aura derrière le prochain arbre. Si ce n’est que ce sera dangereux et mortel.
Du très grand cinéma d’aventure comme on n’en fait plus beaucoup, les autres réalisateurs préfèrent utiliser les techniques de réalité virtuelle, « motion capture » et autres fonds verts permettant aux acteurs, une fois la prise achevée, de rentrer dans le confort douillet de leurs palaces hollywoodiens. 
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Robert Pattinson barbu et transpirant
 
Vom Boot aus beobachtet Henry Costin (Robert Pattinson) den undurchdringlichen Dschungel


L’icône masculine, si craquante dans Twilight au point d’être admirée et adulée par des millions d’adolescentes en mal d’amour, change totalement de registre dans le film de James Gray. Preuve que Robert Pattinson, formé au théâtre britannique, a de réelles qualités d’acteurs en plus d’une belle gueule. Pourtant ce n’est pas ce qui est mis en avant dans son personnage de Henry Costin. Aventurier anglais vadrouillant dans cette Amérique du Sud de tous les dangers, il sait manier le revolver. Et la bouteille. Les premiers contacts avec le très rigoureux Fawcett sont tendus. Il est vrai que Costin, barbu, sale et suant, n’est pas un compagnon de rêve. Désinvolte, résigné, il se révèle pourtant un compagnon d’une rare efficacité pour l’obstiné explorateur.
Robert Pattinson, dans ce second rôle effacé, en fait juste assez, sans jamais tenter de se mettre en avant. Un bon soldat qu’il deviendra, fidèle à son supérieur au point de demander à le rejoindre dans cet autre enfer que sont les tranchées françaises. Pas la moindre conquête féminine pour l’acteur. Une exception dans sa filmographie.
Dans sa vie privée il en va tout autrement. Après sa liaison très glamour avec Kristen Stewart, l’autre actrice vedette de la saga des vampires pour ados, il a multiplié les conquêtes, comme pour tenter d’oublier la belle qui depuis a fait son coming-out. Depuis quelques années il se serait « stabilisé » avec la chanteuse anglaise FKA Twigs. Mais les rumeurs vont bon train. D’autant qu’un nouveau Twilight serait en chantier avec la reformation, à l’écran, du célèbre couple. 

09/03/2017

DVD et blu-ray : « Rusty James », pépite restaurée

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De tous ses films, Francis Ford Coppola a toujours affirmé que son préféré, celui qui a une place particulière dans son cœur, reste et restera « Rusty James ». Cette nouvelle édition en blu-ray nous permet de redécouvrir ce long-métrage devenu culte depuis sa sortie en 1983. En plus d’une distribution ébouriffante, ce « teen movie » a changé bien des codes du genre. Par sa lumière, sa musique et son montage, déroutant pour l’époque, simplement moderne aujourd’hui.
Rusty James (Matt Dillon) est une petite frappe de Tulsa en Oklahoma. Amoureux de Patty (Diane Lane), il ne va au lycée que pour y rencontrer ses amis et sa copine. La plupart du temps, il joue au billard dans des bars malfamés. C’est là qu’il apprend que le caïd de la bande adverse veut en découdre avec lui. Rusty aime se battre. Dans une friche industrielle, la baston générale sous la caméra de Coppola ressemble à un ballet de danse contemporaine. Rusty, grièvement blessé, est sauvé in extremis par son grand frère Motorcycle Boy (Mickey Rourke). Le film explore, plus que les dérives adolescentes, les difficiles relations dans une famille ravagée. Le grand frère, après des années de dérive violente, s’est assagi. Il tente de persuader son petit frère de ne pas prendre la même voie. Le père, alcoolique (Dennis Hooper), est le repoussoir et le lien du trio.
Cela a ouvertement des airs de tragédie grecque et on trouve également dans les seconds rôles, excusez du peu, Nicolas Cage, Tom Waits ou Laurence Fishburne. Pour mieux comprendre ce classique, en plus du blu-ray simple riche de nombreux bonus comme le commentaire audio de Coppola, 20 minutes de scènes coupées et un making of à Tulsa, un coffret est proposé avec un livre de 200 pages signé Adrienne Boutang.
➤ « Rusty James », Wild Side Video, 19,99 € le blu-ray simple, 49,99 € le coffret

02/03/2017

DVD et blu-ray : le ver est dans le fruit avec "Viral"

« Viral » a de airs de film de zombies mais son propos est un peu plus complexe. Il donne l’explication, presque scientifique, de la mutation observée chez certains humains. En cause un ver, sorte d’alien qui prend possession des corps, comme dans le légendaire « L’invasion des profanateurs ». L’action se déroule dans une petite ville des USA, perdue au milieu du désert. Là, deux sœurs (Sofia Black d’Elia et Alaleigh Tipton) se retrouvent seules face à la contamination générale de la population. Le secteur mis en quarantaine, elles devront tenter de se protéger de ces « choses » cherchant à dominer le monde à grands coups de crachats sanglants en pleine face… C’est gore, mais pas trop. La romance est un peu appuyée, les effets spéciaux rares mais réussis. Un petit film de série B sans trop de prétention mais parfaitement réalisé, avec tous les codes du genre par le duo Henry Joost et Ariel Schulman.
➤ « Viral », Wildside vidéo, 14,99 € le DVD, 19,99 € le b-r. 

10:01 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : viral, wildside, joost, schulman

01/03/2017

Cinéma : Le retour des Ecossais fous de "Trainspotting"

TRAINSPOTTING 2. Danny Boyle a osé. Osé faire une suite à Trainspotting, son film culte de la fin des années 90. Les jeunes Écossais ont vieilli. Leur folie est toujours source d'incroyables péripéties.
 
 
La sortie de « Trainspotting » en 1996 a pour beaucoup été un choc inoubliable. Danny Boyle y mettait en vedette une jeunesse écossaise gangrenée par la drogue. Film devenu culte, lançant la carrière du réalisateur britannique mais également des acteurs principaux dont Ewan McGregor qui depuis a conquis Hollywood. Vingt ans plus tard, Danny Boyle reprend la même bande et plonge en pleine nostalgie un public de fans qui, comme lui et les personnages, a pris 20 ans dans les dents. Cela aurait pu être une opportunité pour relancer une carrière déclinante (on a vu en France quelques catastrophes issues de tels montages financiers), mais c’est un formidable film parfaitement dosé entre clins d’œil, nostalgie et remise en question. Avec ce petit plus qui va avec l’âge : l’optimisme.
Il y a 20 ans, Mark « Rent Boy » (Ewan McGregor) trahissait ses potes et partait avec le magot. Aujourd’hui il est de retour à Glasgow. Pour la première fois. Il est rangé. Une compagne, un boulot honnête aux Pays-Bas. C’est un malaise cardiaque qui le pousse à vouloir revoir son pays natal, si dé- testé, mais qui lui manque tant. Pendant ce temps, les trois escroqués ont continué vaille que vaille leur vie de merde sous la pluie et le crachin de Glasgow. Spud (Ewen Bremner), toujours junkie, tente encore une fois de décrocher. En vain. Il écrit une ultime lettre à la mère de son fils et se lance dans une nouvelle tentative de suicide. Simon « Sick Boy » (Jonny Lee Miller), tout en tenant le bar dé- sert de sa tante, utilise les charmes de sa petite amie du moment Veronica (Anjela Nedyalkova) pour faire chanter des maris volages. Quant à Begbie (Robert Carlyle) il croupit en prison depuis des années.
■ Begbie le furieux
Mark décide de rendre visite à Spud et le sauve in extremis. Les retrouvailles avec Simon sont plus agitées. Il n’a pas pardonné. Reste qu’il a besoin de Mark pour une nouvelle arnaque. Donc, ils se rabibochent. Le problème viendra de Begbie. Il parvient à s’évader et quand il apprend que Mark est dans les parages, il pète de nouveau les plombs et se lance dans une vendetta redoutable.
Le film, enlevé, rythmé par une bande-son très vintage, est un ré- gal. Surtout si l’on a déjà vu le premier. On retrouve des lieux emblématiques comme les toilettes crasseuses du pub, lieu du pire trip d’héroïnomane du cinéma. Ou le retour à la campagne, pour rendre hommage à Tommy. Car c’est la grande nouveauté du film, il y a du sens et de l’empathie. Les trois copains à la dérive (Mark a beaucoup embelli sa situation à Amsterdam) vont se comprendre, s’unir, s’épauler et trouver leur voie. Le personnage de Spud prend une dimension plus importante, plus centrale dans l’intrigue. Le grand dadais, touchant de maladresse et de frousse, va trouver un dérivatif à l’héroïne. Et même Begbie va prendre conscience que son monde, fait de colère et de violence, ne peut pas être bon pour ses proches.
Et comme dans toute combine il faut un gagnant, ce ne sera pas Mark qui cette fois l’emportera mais le personnage qui en aura le plus besoin. Et qui sans doute le mérite le plus. 
 
 
Robert Carlyle crève l'écran
 
 
 
Du premier volet de Trainspotting, deux acteurs ont particulièrement émergé. Ewan McGregor (Star Wars) en premier lieu et dans une moindre mesure Robert Carlyle. Après des rôles dans des drames sociaux typiques du cinéma anglais, il explose dans le rôle de Begbie, énervé chronique, alcoolique et violent. Essai transformé avec sa participation à « The Full Monty », l’histoire des chômeurs stripteaseurs. Tout en tournant en Angleterre, il est aussi de nombre de films américains. Il devient un « méchant » récurrent, spécialiste de seconds rôles savoureux.
En même temps il accepte souvent les participations à des séries télé populaires et son visage devient de plus en plus connu. Notamment quand il devient le personnage principal de « Stargate Universe » pour deux saisons et le grand méchant de « Once upon a time ».
Dans Trainspotting 2 il porte sur ses épaules l’essentiel du volet comique du film de Danny Boyle. Sa technique pour s’évader est osée mais surtout hilarante. Et quand il découvre le retour de Mark, son pire ennemi, à Glasgow, il se transforme en fou furieux capable de tout. En cavale, ses déguisements, ratés, attirent toujours l’attention. Sans compter que ses longues années de prison ont eu des effets néfastes sur sa libido et sa virilité. Alors se lancer dans une course-poursuite dans les faubourgs de la capitale écossaise, après avoir ingurgité six comprimés de viagra n’est pas chose aisée. Autant que de ne pas rire à gorge déployée dans le cinéma

DVD et blu-ray : comment dire l'inacceptable ?


De « Juste la fin du monde » de Xavier Dolan, on retiendra une ambiance moite et trouble dans une famille à fleur de peau. Le fils prodige, Louis (Gaspard Ulliel, césar du meilleur acteur la semaine dernière) revient au pays après avoir connu la célébrité. Il y retrouve sa mère (Nathalie Baye), son frère aîné (Vincent Cassel), sa jeune sœur (Léa Seydoux) et sa belle-sœur (Marion Cotillard). Retrouvailles explosives pour un week-end. Ils ont tous beaucoup à se dire. Beaucoup à se reprocher aussi. Cris, pleurs, rires… La vie. Pourtant si Louis est revenu c’est pour leur annoncer l’inacceptable : il est malade, condamné. Dans quelques semaines il sait qu’il sera mort. Formidable adaptation d’une pièce de théâtre, « Juste la fin du monde » en DVD c’est la possibilité de revoir les performances des acteurs, notamment de Gaspard Ulliel, un peu négligée lors de la sortie du film, mais qui est essentielle pour l’équilibre de l’ensemble. Un grand moment. Mais c’est devenu une habitude avec les films du jeune Canadien surdoué qu’est Xavier Dolan.
➤ « Juste la fin du monde », Diaphana, 19,99 €

23/02/2017

DVD : avec "Nocturama", la nuit, la jeunesse se meurt

 


Déconcertant. Abrupt. Sombre. Il n’y aura jamais assez de termes pour décrire la première impression à la fin de « Nocturama », film de Bertrand Bonello qui sort en DVD. Parler du terrorisme est particulièrement risqué ces dernières années. Le projet, dans les tuyaux depuis 2011, a mis longtemps avant d’être bouclé. Et entretemps il y a eu le 13 novembre 2015... Cela n’a pas empêché le réalisateur de Saint-Laurent et de l’Apollonide d’aller jusqu’au bout de son idée. Un film dual, en deux parties bien distinctes. La première heure se déroule dans Paris. Sept jeunes, sans un mot, se déplacent rapidement. Ils prennent le métro, vont dans des parkings souterrains, récupèrent des sacs plastiques. La tension est permanente, la caméra les suit dans cette course effrénée qui ne laisse que peu de temps de respiration au spectateur pris dans cette maestria effrénée.
■ Attentats
Une longue mise en place qui finalement aboutit à une série d’attentats simultanés dans divers lieux de la capitale. Un directeur de banque est abattu à bout portant, des bombes font exploser un étage d’une tour dans la Défense, des voitures et même une salle de réunion du ministère de l’Intérieur. On comprend aux cibles que ces jeunes sont en rébellion contre la société, mais il n’y a pas de message frontal dans Nocturama. Au contraire, le réalisateur raconte dans un entretien en bonus au DVD qu’il est parti du constat que la France est devenue une « cocotte-minute » prête à exploser. Et d’estimer que « de temps en temps dans l’Histoire, il y a une insurrection, une révolution. Un moment où les gens disent stop. Il y a un refus. » C’est ce que portent ces jeunes issus de tous les milieux. Avec quelques symboles forts comme cette gamine de banlieue qui badigeonne la statue de Jeanne d’Arc d’essence avant d’y mettre le feu.
Une fois les attentats perpétrés, ils se donnent tous rendez-vous dans un grand magasin juste avant la fermeture des portes. Un ami, employé comme vigile, neutralise le système de surveillance. La seconde partie du film passe de la vitesse à la lenteur, de la lumière à l’obscurité. Ils attendent, sans nouvelles des événements à l’extérieur. Ils sont coupés du monde et décident, pour passer le temps de profiter de toute cette société de consommation triomphante. Musique à fond, beaux habits, maquillage et bijoux, ils s’offrent une parenthèse. Comme pour oublier qu’ils sont devenus depuis quelques heures des meurtriers.
Ce portrait de la jeunesse insurgée sonne juste. Le réalisateur a fait un savant mélange en jeunes acteurs et amateurs, recrutés directement dans ces milieux d’extrême gauche toujours à la limite de la lutte armée, du terrorisme. Un film parfaitement maîtrisé au niveau de la réalisation, à la bande son très soignée, la première partie directement écrite par le réalisateur pour amplifier la tension, la seconde composée de reprises comme « My Way » ou la musique d’Amicalement vôtre. C’est virtuose, même si on regrette une fin un peu pauvre en propositions, sans la moindre surprise pour le spectateur.
 ➤ « Nocturama », Wild Side Vidéo, 14,99 € le DVD


22/02/2017

Cinéma : pour ne pas oublier d'où vient le Front national


CHEZ NOUS. Lucas Belvaux réalise un film engagé contre l’extrême droite. Selon lui, même « dédiabolisé » le Front national a toujours des relents de racisme qu’il cherche à cacher.


Dans ce Nord de plus en plus sinistré socialement, le lien social se délite. Pauline Duhez (Emilie Dequenne) est une fille de Hénart, la ville imaginaire du film « Chez nous » de Lucas Belvaux. Elle y est née, son père, ancien syndicaliste et militant communiste y a toujours travaillé. Devenue infirmière libérale, à domicile, elle s’occupe de ses patients avec beaucoup d’empathie. Souvent des personnes âgées dépendantes, seules et tristes. Pour elle non plus la vie n’est pas tous les jours facile. Divorcée, elle élève ses deux enfants seule. Malgré les horaires à rallonge. Un matin, elle découvre une de ses mamies morte dans la cuisine. Le médecin de la ville, le docteur Berthier (André Dussolier) constate le décès et en profite pour inviter Pauline à dîner chez lui. Pauline a beaucoup d’affection pour le médecin familial qui a tout fait pour permettre à sa mère de guérir d’un cancer. En vain.
■ Candidate
Lors du repas, en tête à tête, Berthier aborde la politique. Cela débute par le classique « tous les mêmes » suivi du « tous pourris » pour finalement faire l’apologie d’Agnès Dorgelle (Catherine Jacob), la présidente du Bloc, le parti d’extrême droite qui cherche à conquérir le pouvoir. Et Berthier de proposer à Pauline de s’engager aux prochaines municipales comme tête de liste pour le Bloc. Elle rétorque qu’elle ne s’en sent pas capable, mais Berthier lui explique qu’elle sera entourée de jeunes diplômés, qu’elle est la meilleure pour comprendre la population de la ville, qu’elle connaît tout le monde. Et surtout que tout le monde l’apprécie.
Pauline va longtemps hésiter. Elle change d’avis après une nouvelle dispute avec son père, retraité, malade, acariâtre, déçu. Et surtout après les conseils d’une amie, enseignante mais qui ne cache plus ses penchants pour la préférence nationale.
Le début du film est un peu déconcertant car tout cela semble trop beau. Le médecin près de ses patients, la jolie infirmière un peu paumée, le vieux militant de gauche râleur... En réalité c’est ce que le Bloc veut nous faire croire. Berthier, intime avec la présidente, lui « vend » litté- ralement Pauline. Parfaite pour le rôle. Et surtout sans la moindre casserole. Car lui, déjà élu une fois, a quelques faits d’armes qui pourraient, s’ils étaient découverts, compromettre sa carrière. Cela n’empêche pas le second du parti (ressemblant étrangement à Louis Aliot) de faire une enquête discrète sur la perle rare du Nord. Tout se passe parfaitement jusqu’à la découverte de la relation de Pauline avec un autre enfant de Hénart, Stanko (Guillaume Gouix), vieille connaissance de Berthier. Ensemble ils ont cassé de l’arabe (ce que Stanko continue à faire avec ses amis néo-nazis et identitaires). Berthier va changer de visage et ordonner sèchement à Pauline de choisir entre sa carrière politique et Stanko, presque la menacer.
Le film change de registre. Chantage, manipulation, mensonges : la seconde partie démasque le parti qui cherche à se refaire une virginité avec des candidats neufs mais qui conserve dans ses rangs, et souvent aux postes de décision, les plus extrémistes et racistes de ses membres, comme protégés par ces nouveaux visages.
Alors que la gauche, déchirée, semble avoir définitivement abandonné toute chance de contrer le FN, ce film est un courageux manifeste pour ouvrir les yeux aux futurs électeurs qui en croyant sanctionner les sortants risquent de faire bien pire.

19/02/2017

Pour Lucas Belvaux, le FN « veut prendre le pouvoir, pas arranger les choses »

Dans une rencontre avec la presse quotidienne régionale, le réalisateur Lucas Belvaux revient sur le message qu’il veut faire passer dans son film « Chez nous » sur les candidats et les électeurs du Front national



L’Indépendant : D’où vous est venue l’envie de réaliser un film politique sur l’extrême droite en France ?
Lucas Belvaux : L’idée du film m’est venue durant le tournage de « Pas son genre », à Arras pendant la campagne des dernières élections municipales. J’aimais beaucoup le personnage principal, une coiffeuse sympathique, volontaire, une fille du peuple pour qui j’avais beaucoup de sympathie. Pendant le tournage, les sondages donnaient entre 30 et 40 % pour le FN. Nous avions parfois 200 figurants sur le plateau. Et statistiquement, cela en faisait entre 60 et 80 qui votaient FN. Je me suis demandé « mais elle, le personnage de Jennifer, comment va-t-elle voter ? » Et surtout, à la fin du film, après qu’elle se soit fait maltraiter par son amoureux philosophe, qui représente la cible des partis populistes, pour qui votera-t-elle après son dépit amoureux ? J’avais cette idée, cette envie de parler du parti et des électeurs mais je ne trouvais pas la forme. Puis j’ai découvert le roman « Le Bloc » de Jérôme Leroy et je me suis appuyé sur cette trame.

« Dans le Nord, voter pour un parti pétainiste n’a aucun sens »

Comment expliquer qu’une jeune femme soit séduite par ce parti ?
Elle travaille dans un secteur où elle est confrontée de 6 h du matin à 22 h le soir à la souffrance. Physique d’abord, et sociale aussi. Au bout d’un moment, elle ne peut répondre à tout, c’est un personnage généreux. Quand elle a la possibilité de s’engager plus, elle le fait car elle est dans une espèce de trou idéologique. Dans cette région, il y a encore ce souvenir de la lutte sociale et en même temps, il y a une rupture dans la transmission sur laquelle prospère le FN. On a une génération, des trentenaires nés au début des années 80, qui ont l’impression que les luttes n’ont abouti à rien. Droite ou gauche, tout ça c’est pareil, les socialistes sont corrompus, et ils n’ont pas tout à fait tort, encore que dans certaines communes où les élus travaillent bien, le FN n’a pas du tout prospéré. Je voulais raconter ce vote contre nature dans une région où il y a eu une résistance très dure dans les mines et maintenant ils votent pour un parti pétainiste et ça n’a aucun sens. On note un rejet de l’élite. Parce qu’on « souffre », on ne veut recevoir de leçon de personne.
Pourquoi sortir le film à moins de deux mois du premier tour ?
On voulait qu’il sorte maintenant, on s’est dépêché pour qu’il soit finalisé pour la campagne électorale. C’est une façon de participer au débat. Ça fait quelques années que le cinéma n’ose plus dire les choses frontalement. Il y a un moment, il faut dire les choses clairement : les gens oublient ce qu’est ce parti fondamentalement. C’est un parti cryptofasciste, raciste, antisémite. Et ce n’est pas la peine d’aller très loin pour s’en rendre compte. Mais les gens sont dans le déni. Pourtant, quand on gratte à peine, on voit réapparaître les vrais fascistes, des nazis. Car aujourd’hui, en 2017 en France, il y a des nazis, des gens qui s’en revendiquent. Notamment l’association des amis de Léon Degrelle, homme politique belge qui a porté l’uniforme SS. Elle publie des revues qui sont des apologies des crimes de guerre ou des nécrologies de combattants SS et dont ses membres sont élus dans les conseils régionaux. Pas ouvertement, ils ne se font pas élire sur ce programme. N’empê- che qu’aujourd’hui il y a des gens qui ont élu des nazis. La grande réussite de Le Pen père a été d’agréger une extrême droite qui était contradictoire. Il y a les fascistes, les Maurassiens, les néo-païens. Aujourd’hui il y a encore des tensions entre eux, mais ce qui les intéresse c’est de prendre le pouvoir, pas d’arranger les choses.
Votre vision de l’actuelle campagne électorale ?
Ça me déprime assez sur le fait que les idées du FN prospè- rent. Quand un syndicaliste policier trouve que « bamboula » c’est acceptable, quand on en arrive là, c’est effrayant. La campagne commence à me faire un peu peur.
(Interview parue dans l'Indépendant le 19 février dernier)
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« On est chez nous »
Avant même sa sortie, le film de Lucas Belvaux a été violemment critiqué par les cadres du Front national. « Un joli navet clairement anti-Front national », selon Florian Philippot. Même élément de langage chez Steve Briois attaquant un « un sacré navet en perspective » et se portant à la rescousse de sa présidente : « Pauvre Marine Le Pen qui est caricaturée par ce pot à tabac de Catherine Jacob ». On appréciera au passage la méchanceté de cette appréciation contre une grande dame du cinéma français qui interprète son personnage sans la moindre outrance, trouvant l’attitude juste d’une femme de fer, poursuivant simplement son unique but par tous les moyens : accéder au pouvoir. Le problème réside bien les méthodes utilisées par le « Bloc », le parti du film, pour arriver à ses fins. La fameuse stratégie de dédiabolisation du FN, mise en place par Marine Le Pen pour faire oublier les provocations du père, n’est qu’un maquillage. Dans les faits, les mêmes décideurs sont toujours dans les instances dirigeantes. Ils n’ont pas perdu par une hypothétique prise de conscience leur profond racisme, antisémitisme et nostalgie d’une France nationaliste et recroquevillée sur ses « valeurs » du passé. « Chez nous » raconte comment la machine infernale va utiliser des hommes et des femmes assez naïfs (comme l’infirmière interprétée par Emilie Dequenne) pour représenter une image propre du mouvement d’extrême droite.

14/02/2017

Cinéma : "Loving" prouve que l'amour est plus fort que les lois


LOVING. Dans les années 50, les vieilles lois américaines de certains états du Sud interdisaient les mariages entre personnes de couleur différente. Les époux Loving ont fait plier les racistes.


Dans la campagne de Virginie, au Sud des USA, la vie s’écoule lentement et sereinement. La famille Loving vit dans un quartier pauvre. Ce sont presque les seuls Blancs dans cette zone. Richard (Joël Edgerton), maçon, passe ses soirées à réparer et customiser des voitures avec des voisins noirs. Et dans la petite bande, il en pince pour Mildred (Ruth Negga), surnommée brindille. Un amour réciproque. Pourtant cette relation n’est pas au goût de tout le monde. Notamment toute la communauté blanche qui vit avec une haine farouche des anciens esclaves. Ils ont pris leur liberté, mais sont encore loin de l’égalité. Pour preuve, il est toujours interdit en 1958 de se marier entre un Blanc et une Noire. Se sentant protégés par leur amour et leurs familles (qui approuvent cette relation), ils vivent même ensemble. Cachés, mais ensemble.
■ Devant la Cour suprême
Quand Mildred tombe enceinte, Richard lui demande sa main. Ils vont donc se marier au Nord, à Washington, là où l’amour est plus fort que les lois. De retour en Virginie, tout bascule un matin quand le shérif local débarque au petit matin, surprend Richard et Mildred dans un même lit et les emprisonne. Paradoxe américain où il est possible de se marier dans un état et interdit de vivre ensemble dans un autre. Rapidement jugés, ils échappent à la prison en promettant de quitter l’état de Virginie pour 25 ans et de ne plus jamais s’y rendre ensemble. Coupés de leur famille, ils tentent de refaire leur vie en ville. Mais Mildred est nostalgique de sa campagne, de sa famille. Elle décide de raconter son histoire à un élu démocrate qui la confie à l’ACLU (Union américaine pour les libertés civiques). L’occasion de porter le combat devant la cour suprême qui ainsi pourrait rendre obsolètes ces lois d’un autre âge. Cette histoire, emblématique de l’évolution de la vie quotidienne partout aux USA, est racontée de façon linéaire et très réaliste par Jeff Nichols (réalisateur de Mud et de Midnight Spécial).
Une première partie qui ressemble presque à une histoire à l’eau de rose. Le maçon maladroit, la jeune fille enthousiaste à l’idée de fonder une famille avec l’homme qu’elle aime... Mais le conte de fée se transforme en véritable cauchemar. Pas de magicienne ni de lutin : juste des juges pétris de convictions religieuses rétrogrades, de shérif raciste et de jeunes avocats, brillants mais encore inexpérimentés.
Pourtant, c’est une happy end qui clôture le film. Pas de celles tirées par les cheveux de comédies lourdingues, non, de celles inespérées qui redonnent foi en la vie et en l’Homme. Une leçon de tolérance qui doit tout à l’amour, seule arme de destruction massive (des pré- jugés) contre laquelle aucune loi ne sera assez forte.
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Joel Edgerton, un Aussie à Hollywood
 
 
Originaire d’Australie (Sydney) exactement, Joël Edgerton, à l’image de Mel Gibson, Russel Crowe ou Nicole Kidman, fait partie de ces acteurs talentueux repérés par Hollywood. Après quelques productions dans leur pays d’origine, ils sont castés pour des rôles plus ambitieux dans des productions appelées à inonder le monde. Joël Edgerton, excellent dans le rôle de Richard Loving, a commencé à se faire un nom dans la série « Nos vies secrètes ». Quand il décroche son premier rôle aux USA, ce n’est pas moins que pour la Guerre des étoiles de Georges Lucas. Il est le demi-frère de Dark Vador dans les épisodes 2 et trois de la saga. Ensuite, tout s’enchaîne très vite. Il collectionne les rôles, de boxeur à garde du corps en passant par chausseur ou pilote d’hélicoptère. Il passe du film de genre (remake de The Thing) aux grands classiques (participation à Gatsby the magnifique, version Baz Luhrmann) sans oublier les films noirs.

C’est d’ailleurs dans une production de ce genre qu’il croise pour la première fois Jeff Nichols dans « Midnight Express ». Un film entre polar et fantastique, à l’ambiance très particulière, preuve que Nichols et Edgerrton excellent dans tous les styles. Ils se retrouvent donc pour « Loving ». Jeff Nichols avait remarqué une ressemblance frappante entre l’acteur et le personnage. Le métier de l’acteur a suffi pour que d’Australien de base se métamorphose en homme du sud des USA, frustre mais formidablement amoureux de sa « brindille ».
Un ouvrier, taciturne, peu causant, comme portant sur les épaules des années de malédiction qu’il est bien décidé à oublier en se donnant corps et âme à son amour absolu. Un grand rôle, ingrat et difficile, qui donne tout son sel à cette formidable histoire d’amour.

DVD et blu-ray : Un "Toro" fougueux et dangereux


Non sorti en salles, ce film espagnol de Kike Maillo vaut pourtant largement nombre de films d’actions français ou même américains. Ce jeune réalisateur, originaire d’Andalousie, a décroché son diplôme à Barcelone et a déjà réalisé une série pour la télévision catalane TV3.

Pour cette histoire de deux frères pris dans les filets de la mafia et qui tentent de s’en sortir, il a sorti l’artillerie lourde côté cascades, bagarres et paysages. Et la distribution aussi a de la gueule avec Mario Casas (beau gosse et gros biscotos), Luis Tosar (parfait en père aimant mais débordé) et José Sacristain (grand du cinéma espagnol à la carrière prestigieuse). Du très bon donc, avec en prime les paysages de l’Andalousie, plages et constructions modernes. Toro, plus jeune des frères Lopez, travaille pour Romano, le notable de la ville à qui tout (ou presque appartient). Et ce qui lui échappe directement, il le rackette avec l’aide des frères. Mais Toro en a assez. Il décide d’arrêter ces boulots violents.


Pour une dernière intervention, tout dérape. Poursuivis par la police, l’aîné est tué d’une balle perdue. Toro écope de cinq années de prison. On le retrouve à quelques mois de sa sortie définitive. Il est en conditionnelle. Tous les jours il sort pour conduire les touristes de l’aéroport aux hô- tels de luxe. Avant de rejoindre sa cellule, il va roucouler avec sa fiancée, institutrice. Mais Lopez, son frère, endetté, n’arrive pas à rendre ce qu’il doit à Romano. Les sbires de ce dernier enlèvent sa fille. Acculé, il demande l’aide de Toro qui va abandonner ses rêves de tranquillité pour une course-poursuite sanglante et meurtrière. On apprécie particulièrement dans ce thriller les cascades très spectaculaires sur la plage d’Almeria ou les personnalités tortueuses des seconds rôles, avec une préférence pour Romano interprété par José Sacristain étonnamment crédible dans la peau de ce vieillard vicieux pourtant très croyant et attaché aux traditions.
Le DVD et blu-ray offrent en prime un long making of de plus de 30 minutes parsemé d’interviews du réalisateur et des acteurs.
 ➤ « Toro », Wild Side Vidéo, 14,99 € le DVD et 19,99 € le bluray (sortie le 22 février, en VOD le 17 février).


10/02/2017

DVD et blu-ray : Rions avec les gros bras de la CIA

 

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Rien ne vaut des acteurs ne se prenant pas au sérieux pour réaliser une bonne comédie. Le duo de « Agents presque secrets », film de Rawson Marshall Thurber est l’exemple parfait. Kevin Hart, acteur noir surtout connu pour ses succès sur scène est là où on l’attend (et il excelle). Par contre Dwayne Johnson est plus surprenant. L’ancien champion de catch sous le pseudo de « The Rock », après quelques films d’action où ses muscles étaient pris au premier degré, s’est diversifié avec une autodérision de très bon aloi.

Dans ce film d’espionnage à l’intrique un peu légère, il interprète un agent secret américain de la CIA qui tente de découvrir qui va acheter les codes secrets des satellites pilotant les missiles nucléaires. A moins que cela ne soit lui le méchant. Kevin Hart ne le sait pas exactement. Mais là n’est pas le problème car ce grand baraqué capable d’assommer trois hommes en deux secondes est un ancien collègue du lycée. A l’époque il était le petit gros dont tout le monde se moquait. Alors que Kevin, brillant, se voyait gouverneur, il végète en petit comptable. Deux personnalités opposées, qui donnent aux scénaristes une quantité quasi illimitée de gags.

On rit beaucoup, encore plus en visionnant le bêtisier, très fourni dans ce genre de distribution avec deux acteurs toujours capables de partir dans des improvisations démentielles.

 ➤ « Agents presque secrets », Universal Vidéo, 14,99 €