09/09/2016

Cinéma : "Frantz" ou la quête d'un pardon impossible

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Un an après la fin de la grande guerre, un soldat français tente de se faire pardonner. "Frantz", film très esthétique et en noir et blanc de François Ozon sur la résilience.

Tourné en grande partie en noir et blanc dans une petite bourgade allemande, "Frantz" de François Ozon fait partie de ces films au fort pouvoir de rémanence. Pris par l'histoire, on n'est pas sensible immédiatement à la beauté des images. Puis, une fois sorti de la salle, des flashs picturaux nous reviennent en mémoire. Les gros plans sur le visage lumineux de l'actrice principale, ces branches d'arbres qui bruissent dans le vent, les ambiances des cafés en Allemagne comme en France, avec en toile de fond une fierté nationale qui appelle à de nouveaux combats, le cimetière, calme et reposant. Une époque reconstituée, sans beaucoup de moyens, mais avec toute son âme.

Mensonge pieu

D'âme, il en est beaucoup question dans ce film sur le pardon. Adrien Rivoire (Pierre Niney), jeune soldat français fraîchement retourné dans le civil après l'Armistice, se rend dans cette petite ville allemande qui accueille la tombe de Frantz. Lui aussi soldat. Dans l'autre camp. Et moins chanceux puisqu'il est mort au combat. Il croise dans le cimetière Anna (Paula Beer), la fiancée inconsolable de Frantz. Entre ces deux jeunes que tout oppose, une complicité, une amitié, voire plus, va se nouer. Malgré l'ambiance générale qui pousse la majorité des Allemands à cracher au passage d'Adrien. Adrien prétend avoir connu Frantz avant la guerre, quand ils étaient étudiants à Paris. Il raconte à Anna et aux parents du jeune Allemand disparu leurs visites au Louvre, les soirées dans les cafés animés, leur passion pour la musique, le violon en particulier. Le père (Ernst Stötzner), après avoir rejeté violemment Adrien, accepte de l'écouter et va éprouver beaucoup de plaisir à retrouver une partie de la vie de son fils. Mais tout n'est que mensonge. La relation entre Adrien et Frantz est tout autre.

Longtemps durant la première partie du film on suspecte une relation homosexuelle. Il n'en est rien, François Ozon a respecté le scénario original du film de Lubitsch. Adrien est simplement le meurtrier de Frantz, croisé dans une tranchée sous la mitraille des deux camps. Il veut se faire pardonner, tout dire aux parents. Anna l'en dissuade, veut se raccrocher désespérément à ce bel inconnu si charmeur qui lui rappelle tant son amour. Frantz, omniprésent au début du film, va peu à peu s'effacer des mémoires et Adrien comme Anna vont enfin accepter de tourner la page.

François Ozon, sans la moindre ostentation, raconte comment un mensonge peut parfois être plus constructif que la cruelle vérité. Même si vivre avec ce secret est une souffrance de tous les jours pour les initiés.

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Radieuse Paula Beer

Frantz__2.jpgUn amateur éclairé du cinéma de François Ozon souligne combien le réalisateur sait mettre en valeur les actrices qu'il choisit. Après Ludivine Sagnier ou Marine Vatch, il braque son objectif sur la belle Paula Beer. Jeune actrice allemande pleine d'avenir, elle endosse le rôle d'Anna avec une grâce touchante. Belle, elle se dissimule derrière des habits de veuve, elle qui pourtant n'était que fiancée. Elle refuse les avances d'un notable persuadé qu'il saura lui faire oublier son malheur. Par contre elle se trouve toute tourneboulée quand Adrien évoque ces poèmes français que Frantz aimait plus que tout. Sa tristesse initiale va lentement s'estomper pour laisser place à une joie de vivre qui lui manquait tant.

Remarquable en veuve éplorée, Laura Beer l'est encore plus quand elle enfile une robe vaporeuse pour aller au bal au bras du "Français", malgré les regards désapprobateurs de ses amis allemands, torturés, déjà, par l'envie de revanche. Certes elle est belle, bonne actrice, tant en allemand qu'en français, mais cette joliesse, ce mignon minois, doit aussi beaucoup à la délicatesse de François Ozon. Il filme ce visage avec une rare intensité, comme si Paula Beer portait en elle toute la finalité du film : le malheur, la résilience, l'espoir d'une vie meilleure, la décision de vivre, malgré la peine. Seule une grande actrice peut relever un tel défi.

07/09/2016

Cinéma : "Comancheria", le combat des nouveaux cowboys contre les banques

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Comancheria", film du Britannique David MacKenzie, a un peu des airs de "True Detective". La faute aux comédiens, parfaits dans leur complémentarité. Ils sont quatre à se partager la vedette, chacun avec un rôle fort, à la mesure de leur talent.

D'abord les hors-la-loi, les frères Toby (Chris Pine) et Tanner (Ben Foster). Ils braquent des banques. Ce ne sont pas des experts. Ils commencent dans le métier. Pour preuve ils n'attaquent que des petites succursales, toujours de la même société, dans ce Texas de l'Ouest, rural et pétrolier. Et ils ne raflent dans les caisses que les petites coupures. Ce dernier détail fait tiquer Marcus (Jeff Bridges), vieux ranger proche de la retraite. Son instinct lui dit que ces deux braqueurs sont en réalité à la recherche d'une certaine somme. Flanqué de son coéquipier Alberto (Gil Birmingham), mi-Comanche mi-Mexicain, il se lance sur leurs traces, espérant que leur arrestation sera le dernier fait d'arme d'un vieux policier fatigué.

Le film, sous ses airs de thriller classique, se double de plusieurs réflexions. Les frères sont devenus braqueurs par nécessité. Cet argent ils en ont besoin pour racheter l'hypothèque de la banque sur le ranch de leur mère récemment morte. De l'argent qu'ils entendent blanchir dans un de ces nombreux casinos, dernière ressource des Indiens. Ce côté social montre toute l'avidité de ces entreprises financières dénuées d'empathie, capables de ruiner des familles entières après quelques belles promesses.

Double duo

Côté police, c'est un autre enjeu. Marcus endosse avec plaisir le rôle du flic raciste et persévérant. Il se moque de son coéquipier, mais pour rien au monde ne lâcherait la piste des voleurs comme un chien reniflant un os à ronger. Jeff Bridges, à des lieux de son rôle du Dude dans "The Big Lebowsky", arrive à être touchant dans son combat épuisant. Il représente une certaine Amérique, une époque révolue où servir son pays était gratifiant. Mais ce qui fait le plus penser à "True Detective", reste le duo formé par Chris Pine et Ben Foster. Le premier abandonne ses habituels personnages propres et gentils pour un fils avide de vengeance. Le second, remarquable de violence et de folie, est le véritable Indien du film, celui qui a une conception de la vie et de la mort radicalement différente. Un jusqu'au-boutisme qui donne toute sa force à ce remarquable film d'action.

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Nick Cave au Castillet.

La musique de "Comancheria" est signée Nick Cave. Le rocker australien est devenu un habitué du 7e art. Il a de nombreuses musiques de films à son actif depuis quelques décennies. Nick Cave sera également dans quelques salles de cinéma le jeudi 8 septembre à 20 h (le Castillet à Perpignan dans la région) pour présenter en séance unique son nouvel album, Skeleton Tree. Réalisé par Andrew Dominik, "One More Time With Feeling" retrace l'enregistrement de ce 16e album studio, entrecoupé de commentaires du musicien.

 

04/09/2016

Cinéma : "Divines" ou le désespoir des cités au féminin

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Comment s'en sortir quand on est une fille vivant dans une cité ? "Divines" de Houda Benyamina montre la quasi impossibilité de réussir sa vie dans ces quartiers dits "défavorisés".

Si proches de nous. Si loin aussi. Les cités ou quartiers défavorisés sont à quelques pas de nos villes resplendissantes arborant mobilier urbain moderne et bacs de fleurs parfaitement entretenus. Zones de non-droit pour certains, ce sont surtout des impasses, des culs-de-sac, pour leurs habitants. Comme une prison à l'air libre, la case réinsertion en moins... Le cinéma nous permet de plonger dans ces endroits ignorés, abandonnés. Souvent caricaturaux, les films noircissent le trait. Ou tentent d'embellir cette laideur absolue. "Divines" de Houda Benyamina, auréolé de la Caméra d'or au dernier festival de Cannes, a parfois des airs de documentaire. Pourtant ce sont bien des actrices professionnelles qui portent cette histoire forte et prenante.

Drogue et religion

Dounia (Oulaya Amamra) est surnommée la Bâtarde. Sa mère, vivant dans un camp de roms, multiplie les aventures. Le père ? Un homme de passage, à l'identité inconnue. L'adolescente de 16 ans, pour survivre à cette réalité, se forge une carapace. Dure, méchante, intransigeante, elle est le plus souvent habillée comme un garçon, tête cachée par une capuche. Sa meilleure amie, Maimouna, (Déborah Lukumuena) cache elle aussi ses cheveux. Mais pas pour la même raison. Cette grande et forte noire, à la candeur touchante, fille d'imam, va régulièrement à la mosquée vêtue de la burqa. Mais au lycée, en situation d'échec comme 80 % de ses camarades, elle se dévergonde, notamment au contact de Dounia, obsédée par l'envie de gagner de l'argent. Beaucoup d'argent, le signe de réussite ultime dans les quartiers. Ce ne sera pas avec son BEP d'hôtesse d'accueil qu'elle pourra se payer des vacances à Phuket. Alors elle regarde autour d'elle et constate que certains s'en sortent plutôt pas mal. Comme Rebecca (Jisca Kalvanda), plus grosse dealeuse de la région. Au culot, avec le renfort de Maimouna, elle propose ses services à cette femme tigresse, collectionnant les amants "bogosse" aux abdos de fer comme d'autres les pin-up aux lèvres refaites. Le film raconte dans le détail cette plongée dans la délinquance, l'argent facile et les risques inhérents.

Dounia prendra beaucoup de coups dans l'aventure, mais ne déviera jamais de son but qu'elle chante sur l'air d'Abba : "Money, money, money !" Une apologie de l'argent qui dérange parfois mais qui semble prégnante dans ce milieu. Comme si la possession matérielle (voiture, parfum, chaussures de marque) était le seul but capable de faire bouger ces jeunes depuis trop longtemps à la dérive. Même l'amour (Dounia tombe sous le charme d'un jeune danseur) ne parvient pas à la remettre sur le "droit" chemin.

Tel un uppercut, "Divines" ne laisse pas le spectateur intact. Gare à la redescente en sortant de la salle.

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 Guerrière et féline

divines, Oulaya Amamra, Houda Benyamina, cités, drogue, argentOulaya Amamra, dans le rôle de Dounia, crève l'écran du début à la fin. Un personnage complexe à faire vivre car traversé d'une multitude d'émotions et de transformations physiques. Au début du film, elle est un garçon manqué, arrogante parfois, provocatrice, toujours à la limite dans un milieu éducatif qu'elle rejette en bloc. La jeune actrice a longtemps été élève de Houda Benyamina quand elle animait des ateliers de théâtre dans ces cités si bien racontées dans "Divines". La réalisatrice a longtemps hésité à l'engager, la trouvant top jeune, trop fragile. Finalement elle s'est imposée à force de persuasion et de préparation "En plus de sa folie et de sa puissance, elle a apporté à Dounia un sens de l'humour et une gentillesse qui étaient embryonnaires dans les précédentes étapes d'écriture", se souvient-elle. Pour Oulaya Amamra, "Dounia, c'est une guerrière, mais elle aussi est féline ! Quand elle va devoir vaincre ses peurs, elle va être obligée de se féminiser." On découvre sous la capuche du sweet une femme capable de séduire, de donner le change et d'utiliser sa meilleure arme, sa beauté, pour arriver à ses fins. Un travail de comédienne comme on en voit rarement dans le cinéma français. Encore très jeune Oulaya Amamra voudrait maintenant intégrer le conservatoire. Une envie de théâtre qui lui donne des airs d'Isabelle Adjani, quand elle alternait films de Truffaut, succès comme "La gifle" et grands classiques à la Comédie française.

03/09/2016

DVD : Chocs de l'adolescence « Quand on a 17 ans »

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Entre violence et tendresse, André Téchiné utilise son écriture cinématographique subtile pour transmettre les sentiments ambivalents de l'adolescence. "Quand on a 17 ans" explore les doutes de la jeunesse, sa volonté de s'affirmer tout en testant ses limites.

 

 

On retient avant tout de ce film les performances des deux jeunes acteurs mis à rude épreuve par un scénario sans compromis. Si Kacey Mottet Klein a déjà été vu dans plusieurs réalisations, confirmant son talent, Corentin Fila fait ses premiers pas à l'écran et sa beauté, sa grâce féline font mouche très rapidement.

Corps à corps

Le premier interprète Damien, le fils d'une médecin (Sandrine Kiberlain). Son père, militaire, pilote un hélicoptère de combat au Moyen Orient. Il vit dans l'ombre de cet homme, héroïque et absent. Au lycée, il est dans la même classe que Tom. A l'opposé, ce dernier n'a pas de père. Ni de mère. Ce grand métis a été adopté par un couple d'agriculteur. Dans la montagne (le film se passe dans les Pyrénées), il aide à l'exploitation et parcours de nombreux kilomètres à pied dans la neige pour aller en cours. Une situation qui émeut le médecin. Elle propose aux parents de Tom de l'héberger chez elle. Problème : Tom déteste Damien. Et c'est réciproque. Défis du regard dans un premier temps, puis bagarre ouverte dans la cour du lycée. Obligés de cohabiter, ils se tournent autour comme deux fauves. Ils décident finalement de régler leur différent dans la montagne. Des combats au corps à corps d'une rare violence. Sans que l'on s'en doute, André Téchiné décrit une relation d'amour-haine qui finalement explosera au grand jour.

Un film au message de tolérance d'une grande force. Le réalisateur de plus de 70 ans prouve une nouvelle fois qu'il est à l'écoute de notre société et de sa jeunesse comme dans "Les roseaux sauvages" tournés dans la région.

"Quand on a 17 ans", Wild Side Vidéo, 14,99 €

 

09:43 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : téchiné, kiberlain, 17 ans

28/08/2016

DVD : Vacances tragiques autour d'une piscine

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Remake très modifié de "La piscine" de Jacques Deray, "A Bigger Splash" de Luca Guadagnino avec Tilda Swinton, Ralph Fiennes et Dakota Johnson est le film parfait pour rester dans l'ambiance caniculaire de cet été 2016. Sur une petite île italienne au large de la Sardaigne, avec la Tunisie en ligne d'horizon, une rock star cherche calme et tranquillité. Opérée des cordes vocales, elle doit rester muette encore de longues semaines. Installée dans une villa luxueuse avec son boyfriend du moment, elle se partage entre balade dans la garrigue, séances de bronzette et plouf dans la piscine. Un séjour paisible qui vole en éclat quand son ancien amant et mentor dans la musique, débarque à l'improviste avec sa très jeune fille. Ce ménage à quatre provoque de fortes tensions, jusqu'au point de rupture. Ce huis clos au grand air offre un formidable rôle à Ralph Tiennes, exubérant au possible, passionné, manipulateur et sorte de démon de la star. Dakota Johnson, dans la fille lascive et provocante est parfaite et Tilda Swinton, partagée entre son passé tumultueux et son présent sage, ne sait plus quoi faire. Le film vaut essentiellement pour les performances d'acteurs au summum de leur art.

"A bigger splash", Studiocanal, 19,99 euros

 

27/08/2016

Cinéma : L'inexorable envie de fuite en avant de "Rester vertical"

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Face à l'adversité il faut "Rester vertical", titre du film d'Alain Guiraudie au cours duquel ses personnages semblent en permanence chercher un ailleurs inaccessible.

 

 

 

 

Si "L'inconnu du lac" a fait scandale lors de sa sortie, "Rester vertical", dernier film d'Alain Guiraudie ne devrait pas lui non plus passer inaperçu. Le réalisateur filme des scènes d'amour sans détour, avec un réalisme qui se moque des apparences et des codes du genre. Côté politique, il aborde également des sujets très clivants comme l'euthanasie assistée ou, de façon indirecte, la GPA, gestion pour autrui réclamée par la communauté homosexuelle. Reste que ce n'est pas l'essentiel du film, ancré dans le réel, mais avec surtout des personnages déboussolés, perdus dans leur propre vie qu'ils n'assument plus.

La fermière et le scénariste

Le héros, Léo (Damien Bonnard) est un scénariste en perdition. Son producteur lui réclame un début d'histoire, quelques scènes, juste de quoi justifier les nombreuses avances déjà consenties. Mais Léo est sec. Il erre sur le Causse Méjean, homoncule dans une nature grandiose. Il croise le chemin de Marie (India Hair), jeune bergère. Elle surveille son troupeau de brebis, un fusil à l'épaule. Les attaques de loups se multiplient. Léo et Marie, presque comme dans un film romantique à la "Farrebique", se plaisent, s'aiment. Le scénariste abandonne ses tracas d'écriture pour vivre le parfait amour dans cette ferme appartenant au père de Marie, Jean-Louis (Raphael Thiéry). Un an plus tard, Léo cache pourtant bien des choses à Marie, la mère de son enfant. Il va régulièrement dans une petite bourgade pour tenter de rencontrer Yoann, jeune éphèbe qu'il rêve de faire apparaître dans son prochain film. Léo a la sexualité aussi sinueuse que les routes de Lozère où est tourné le film, comme toujours dans les créations d'Alain Guiraudie, parfait exemple de récits politiquement non corrects. Quand Marie quitte la ferme, abandonnant le bébé à un Léo désemparé, le film bascule dans la fable sociale grinçante. Un homme seul, avec un bébé, sans domicile fixe ni revenus ? Difficile de s'intégrer dans le paysage français policé. La suite du film consiste à plusieurs allers-retours entre la ferme sous la menace des loups, le marais poitevin et une druidesse très nature, et Brest, sa grisaille et ses clochards. En passant par Séverac-le-Château, village d'Aveyron où Léo fausse compagnie à des gendarmes, personnages récurrents de tous les films de Guiraudie. Pour boucler cette histoire, il fallait l'intervention d'un élément extérieur fort. Le loup, dont la menace a plané tout le long du film peut entrer en scène.

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Partir, toujours partir

rester vertical,gay,guiraudie,berger,loupMoins extravagant que ses précédents longs-métrages, "Rester vertical" d'Alain Guiraudie charme par ces magnifiques paysages d'une nature dure et généreuse. Les scènes sur Causse donnent une furieuse envie d'aller s'y balader, seul, comme Léo, avec un simple petit sac à dos. À moins que les plus bucoliques ne préfèrent les promenades en barque dans le marais poitevin noyé de soleil. Images et décors d'une rare beauté, contrepoints d'une histoire âpre. Cinquième film d'Alain Guiraudie, "Rester vertical" a parfois des ressemblances avec "Le roi de l'évasion", son troisième long-métrage. Léo, recherché par son producteur puis par les gendarmes, au lieu de faire face à l'adversité, choisit la fuite. Dans "Le roi de l'évasion" aussi le personnage principal prenait ses jambes à son cou quand la situation devenait trop compliquée. Autre ressemblance entre les deux films, le milieu social. Il y est beaucoup question de paysans et de personnes isolées. Et d'envie de tout plaquer pour aller vivre ailleurs, mieux, forcément mieux. Quand Léo se retrouve bloqué dans des buissons, c'est comme quand Armand et Curly fonçaient dans les bois. Ils parvenaient à semer les chiens de la gendarmerie en marchant dans une rivière. Léo, de la même façon, disparaît aux yeux de son producteur en se plongeant dans le marais poitevin. Et puis il y a la question de l'homosexualité. Chez Alain Guiraudie, elle semble généralisée. Quasiment tous les personnages du "Roi de l'évasion" étaient homosexuels, du commissaire aux agriculteurs en passant par Armand, représentant de commerce. Même constat dans "Rester vertical où, étrangement, le père de Marie, ogre terrifiant, devient tout doux quand il avoue à Léo qu'il a envie de lui...

21/08/2016

DVD et blu-ray : Colocation en folie dans "Five" avec Pierre Niney

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Avant de réaliser son premier film, Igor Gotesman a roulé sa bosse dans des formats courts à la télévision. Mais quand il décide de se lancer dans le grand bain, une évidence s'impose : il doit gonfler son court-métrage « Five ». Une belle histoire de colocation entre potes amis depuis l'école primaire. Le projet bénéficiera de l'apport du nom de Pierre Niney, jeune acteur français tout terrain mais au fort potentiel comique. Avec plus de 500 000 entrée en salles, « Five » a connu un beau succès mais pourrait devenir culte dans les prochaines années en raison de scènes particulièrement déjantées.

Sam (Pierre Niney), profite de la fortune de son père pour assurer la belle vie à ses quatre amis, trois gars et une fille. Mais quand le paternel coupe les vivres, il doit trouver une solution pour assurer le loyer d'un immense appartement dans Paris. Ce n'est pas avec ses pourboires de voiturier qu'il pourra honorer sa signature. Alors, sans rien dire à ses copains, il se lance dans le commerce d'herbe, à petite échelle puis à un niveau plus important. La belle vie jusqu'à un problème avec son fournisseur.

C'est alors la fuite en avant avec de gros risques dont celui de voir ses potes eux aussi victimes de la vindicte du trafiquant. On peut laisser de côté le volet intrigue assez basique pour pleinement profiter de ces scènes hors normes, inhabituelles dans le cinéma français souvent trop sage. La scène du paillasson, l'entrevue avec le dealer, le 'pignolage' ou les hallucinations sous ecstasy sont autant d'incongruités trop rares.

Le meilleur reste la négociation de la soirée avec Barnabé (Pascal Demolon), milliardaire excentrique en présence d'une Fanny Ardant (dans son propre rôle) totalement hilare. On peut d'ailleurs constater dans le bêtisier offert à la fin du DVD toute la difficulté de garder son sérieux dans un tel contexte. Fous rires assurés.

« Five », Studiocanal, 14,99 € le DVD ou le blu-ray

 

10:04 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : five, niney, studiocanal, cannabis

20/08/2016

Cinéma : Le voyage sans limites de l'équipage de Star Trek

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Star Trek est entre de bonnes mains. La reprise de la franchise par J. J. Abrams était réussie. La suite est au niveau. Normal, le producteur de «Lost» et réalisateur du dernier «Star Wars» est resté à la production exécutive confiant la mise en scène à Justin Lin.

Ce volet permet de mieux comprendre la mentalité des différents membres d'équipage. Mais ce n'est quand même pas un film psychologique... Action et batailles spatiales composent la majorité du film. Avec pour une fois une utilisation très bonne de la 3D, largement au niveau du "Réveil de la Force". On retrouve l'Enterprise aux limites du monde connu. Le capitaine James T. Kirk (Chris Pine), le fils donc, offre à un peuple alien un vieil artefact de leur civilisation. Refus violent de leur part. Kirk échappe à leur furie et se pose de plus en plus de questions sur son utilité. A quoi bon sillonner la galaxie pour consolider la paix ? Un gros cafard pour le commandant du fameux vaisseau spatial. Au point qu'il envisage de démissionner pour occuper un poste à terre, ou du moins sur une station spatiale gigantesque.

Spock (Zachary Quinto) aussi gamberge. Son mentor vient de mourir n excellente façon pour les scénaristes de rendre hommage au regretté Leonard Nimoy n et il pourrait se consacrer au projet de nouveau Vulcain. Mais la routine ne dure jamais bien longtemps dans ce milieu. Un navire en détresse demande de l'aide à la Fédération. Après un atterrissage en catastrophe sur une planète inconnue, une seule survivante a pu prendre la fuite. Une mission parfaite pour les homes de l'Enterprise, enchantés de rompre avec la monotonie du quotidien.

Une nouvelle E.T.

Après le passage d'une nébuleuse, l'attaque est brutale et sans pitié. Des milliers de petits missiles, comme autant de guêpes, transpercent la coque. Ils sont pilotés par des klingons avides de revanche. On voit alors l'incroyable : la destruction du vaisseau. Une longue séquence de près d'une demi-heure jusqu'au crash de la soucoupe sur la planète Altamid. Perdu aux confins de l'univers, sur une planète hostile, pourchassé par des méchants menés par Krall (Idris Elba), le capitaine se retrouve seul avec Checkov. Spock, blessé, est heureusement en compagnie de McCoy, médecin tout terrain. Quand à Scotty, il est sauvé par une ravissante extraterrestre qui devrait revenir dans le 4e volet de la série.

"Star Trek - Sans limites" est le film le plus proche d'un épisode de la série d'origine. On retrouve tous les ressorts des épisodes qui ont fait la légende de ce feuilleton de science-fiction. Équipage prisonnier, chef seul face à l'adversité, menace de destruction du monde libre... A la différence que cela dure 2 heures et que l'on ne s'ennuie pas une minute. Regrettons simplement l'ajout d'une moto, totalement incongrue mais qui semble être à la base des cascades les plus en vogue ces dernières années.

Enfin saluons l'esprit de camaraderie de J. J. Abrams qui a toujours un petit rôle pour son pote Greg Grunberg. Vu dans «Alias», «Lost» ou «Heroes», il a l'incroyable chance de jouer dans les deux "Star" du moment... Trek et Wars.

19/08/2016

Cinéma : Père et fille, triangle compliqué de "Toni Erdmann"

Wilfried semble ne plus comprendre sa fille Ines, femme d'affaires allemande ambitieuse vivant en Roumanie. Il s'immisce dans sa vie en se grimant en "Toni Erdmann", coach gaffeur.

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Présenté en compétition officielle en mai dernier à Cannes, "Toni Erdmann" de Maren Ade a longtemps fait la course en tête. Les critiques présents aux projections plébiscitaient le film de la jeune Allemande tant pour son histoire, sa réalisation que le brio des deux comédiens principaux. Mais les critiques ne font pas le palmarès de Cannes et Maren Ade est revenue bredouille de la Croisette devant simplement se contenter du prix de la critique internationale.

Un peu long (2 h 40), ce chassé-croisé entre un père et sa fille, sans cesse entre la comédie et le drame, ne méritait peut-être pas la palme, mais c'est fort regrettable pour les deux acteurs, excellents dans des rôles particulièrement compliqués à interpréter. Ils resteront cependant longtemps dans les mémoires des spectateurs. Peut-être la plus belle récompense pour un comédien.

Un nouveau père

La scène d'ouverture plante le décor. Un livreur de colis est accueilli par Wilfried (Peter Simonischek). Mais il prétend que le courrier est pour son frère, Toni, qui vient de sortir de prison. Il revient une minute plus tard grimé en Toni avec perruque, lunettes et fausses dents. Wilfried, malgré son âge avancé (il est professeur de musique en fin de carrière) est un peu gamin sur les bords. Et très mythomane. Un peu malheureux aussi. Divorcé, vivant seul avec son très vieux chien, il n'a plus beaucoup de nouvelles de sa fille, Ines (Sandra Hüller), responsable du bureau roumain d'une société de conseil en entreprise. Son boulot consiste à réduire les coûts, voire délocaliser. Une tueuse dans un monde de plus en plus capitaliste. Pas souvent présente, au point que Wilfried va jusqu'à louer les services d'une fausse fille, pour quelques dîners en tête à tête et lui couper les ongles des pieds. À moins que ce ne soit une de ses nombreuses inventions.

A la mort du chien, Wilfried quitte l'Allemagne et débarque à l'improviste chez sa fille. C'est peu de dire que cela se passe mal. Alors pour tenter de renouer les liens avec cette belle jeune femme qui lui semble totalement inconnue, il ressort sa perruque et ses fausses dents et se déguise en Toni Erdmann, coach. Tout l'attrait du film réside en cette incommunicabilité viscérale entre père et fille. Avec l'arrivée d'une tierce personne, un nouveau départ semble possible. Faut-il encore qu'Ines accepte de jouer le jeu, ce qu'elle n'ose pas au début. Sérieuse, trop sérieuse, elle ne peut pas prendre les choses à la légère.

Jusqu'au jour de son anniversaire. Une contrariété va la faire basculer du côté paternel, dans la zone trouble de l'extravagance et de l'humour. Une renaissance et des retrouvailles, tout le sel de cet excellent film intelligent et bourré de scènes hilarantes.

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Une robe serrée et toute une vie change

toni erdmann, maren ade, sandra hullerInes, tout en se débattant dans son travail où une femme est forcément sans cesse sur la sellette, doit subir les excentricités de son père, devenu Toni Erdmann sous sa perruque, ses fausses dents et parfois ses lunettes. Il invente sans cesse de nouvelles histoires, devenant coach de Ion Tiriac (célèbre joueur de tennis roumain devenu homme d'affaires milliardaire) puis conseiller pour les multinationales et même ambassadeur d'Allemagne spécialiste de la peinture sur œuf. Ines, froide et rationnelle, prend beaucoup sur elle pour ne pas craquer. Mais inconsciemment le travail de sape de son père fait effet.

Le jour de son anniversaire, elle organise une soirée chez elle. Elle a acheté une nouvelle robe. Un peu étroite. Elle se débat avec la fermeture éclair quand un premier invité sonne. Sur un "coup de tête", expression favorite de son père, elle va faire quelque chose qui marque la bascule de sa vie trop sérieuse et guindée. Elle risque d'exploser en vol, mais qu'importe si la conséquence est de se sentir mieux dans sa peau et son corps.

Une belle apologie du "lâcher prise", même si la réalisatrice préfère parler de situation permettant de "s'assumer pleinement".

13/08/2016

DVD et blu-ray : Petit Pelé deviendra grand

pelé, brésil, footabll, suède, ginga, wild side vidéoEn plein jeux olympiques de Rio, pour oublier un peu les déboires tricolores, rien de tel qu'un petit biopic pour se changer les idées. Mais pour rester dans le ton, intéressons-nous à un sportif brésilien. "Pelé, naissance d'une légende" raconte la jeunesse du grand joueur de foot. Gamin, il joue au foot pieds nus dans la rue avec une pelote de tissus. Pauvre, il cire des chaussures pour aider sa famille. Mais il a de l'or dans les pieds et un recruteur le repère. Il ira au club des Santos et intègrera l'équipe nationale pour revenir de la Suède, à 17 ans, champion du monde. Sur près d'un tiers du film, Pelé n'est qu'un enfant, volontaire mais tiraillé entre l'envie de jouer au foot et de faire plaisir à ses parents. Il choisira le foot un peu plus tard, imposant au plus haut niveau ce jeu instinctif et magique que les Brésiliens désignent sous le nom de Ginga. Un peu trop académique parfois, le film devient plus palpitant durant la compétition en Suède. On retrouve avec plaisir dans le rôle de l'entraîneur brésilien Vincent d'Onofrio, acteur américain tout terrain capable de passer des vestiaires de foot à la police criminelle de New York sans oublier ses débuts en soldat névrosé dans "Full Metal Jacket". Un DVD accompagné d'un élégant livret de 48 pages reprenant les grandes unes de la presse sportive française sur la carrière du dieu vivant du football.

"Pelé, naissance d'une légende", Wild Side Vidéo, 19,99 € le DVD, 24,99 € le blu-ray.

 

12/08/2016

Cinéma : Messieurs les fantômes, méfiez-vous de ces quatre filles !

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La nouvelle génération d'humoristes américains est féminine.
Les sceptiques (avec un fond de machisme) sont de plus en plus obligés de se rendre à l'évidence, ces femmes-là savent rire. D'elles bien évidemment, des hommes aussi et surtout. Avec talent et sans tabou. Dernier exemple en date avec le remake de "SOS Fantômes". Paul Feig a repris l'univers du classique américain (avec Bill Murray et Dan Ackroyd qui font des apparitions très réussies dans le film qui sort ce mercredi) mais au lieu de confectionner son équipe de chasseurs de fantômes avec les piliers mâles de l'émission "Saturday Night Live" il a recruté quatre actrices et auteurs de ce programme culte aux USA. On retrouve donc par ordre d'apparition Kristen Wiig, Melissa McCarthy, Kate McKinnon et Leslie Jones.

 

 

Une charmante quadra, timide et à l'esprit scientifique, une ronde farfelue, une virago blonde très habile de ses mains dès qu'il faut fabriquer une arme et une grande black, experte en histoire de la ville et grande gueule.

Beau... mais idiot !

Un quatuor qui se partage la vedette avec un bel équilibre, se renvoyant la balle dans des dialogues intenses qui parfois lorgnent vers une grosse vulgarité voulue, comme pour prouver au public de base que les pires atrocités peuvent aussi sortir des bouches sensuelles de ces charmantes demoiselles. La première chasse aux fantômes se déroule dans une vieille maison new-yorkaise. L'occasion pour Kristen Wiig de copieusement se faire arroser de liquide ectoplasmique. Ensuite le métro est attaqué mais leur véritable acte de bravoure se déroule dans un concert de hard rock où les métaleux, au début, pensent que l'apparition monstrueuse fait partie du show. Effets spéciaux soignés et grosses explosions apportent un plus technologique par rapport au film d'origine. Mais la véritable trouvaille de cette suite consiste à avoir casté Chris Hemsworth dans le rôle du standardiste de la jeune entreprise. Le beau gosse, remarqué pour ses muscles dans Thor, interprète un abruti de première. Une bimbo... au masculin. Et dans ce registre, les quatre filles (tout en admirant ses attraits physiques indéniables) sont d'une méchanceté crasse. Le tout renforcé par la bêtise abyssale jouée à la perfection par un acteur qui a certainement plus d'humour que ce qu'il laisse entrevoir dans ses autres productions. Rien que pour la dizaine de scènes où il apparaît, il faut aller voir "SOS Fantômes" et rire de bon cœur. Une vengeance délicieuse pour tous les hommes qui en ont assez de ces gravures de mode qui de plus semblent avoir un QI d'universitaire.

08:45 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sos fantômes, suite, cinéma

11/08/2016

Cinéma : Quand les enfants prennent leur famille en main

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Et si les enfants étaient parfois plus sérieux et responsables que les parents ? Ce concept est à la base de "C'est quoi cette famille ?" de Gabriel Julien-Laferrière.

Famille recomposée, je vous hais. Du moins les parents qui ont de véritables tableaux de service pour savoir qui garde qui. Les enfants, ballottés d'un père à une belle-mère sans oublier les grands-parents se retrouvent quasiment sans domicile fixe. Cela arrive désormais à plus de la moitié des petits Français tant le divorce et le remariage sont entrés dans les mœurs de ces adultes peu responsables. Bastien, 13 ans, est l'exemple extrême. Il se retrouve au centre d'une immense famille recomposée avec pas moins de six demi-frères et sœurs et huit parents. Une véritable tribu qui se croise, vit quelques soirées ensemble, n'a pas le temps de partager quoi que ce soit avant que la garde change, les habitudes aussi. Il a l'impression d'être une tortue, avec toute sa vie contenue dans son petit sac à dos. Il en a marre. Pour l'instant il vit avec sa mère Sophie (Julie Gayet) et son beau-père actuel Hugo (Lucien Jean-Baptiste). Mais il sent qu'il y a de l'eau dans le gaz entre ces deux-là, malgré la naissance d'un adorable petit garçon cinq ans auparavant.

L'appartement des enfants

Redoutant un nouveau divorce (et donc obligatoirement un nouveau mariage dans peu de temps), il va tout faire pour que les choses changent. Son idée : tous les enfants habiteront dans un immense appartement. En permanence. Ensuite ce sont aux différents parents à assurer un tour de garde pour qu'ils ne vivent pas complètement seuls, même si cette première hypothèse a la préférence des plus âgés de la fratrie. Le spectateur craint que l'idée de base ne s'essouffle rapidement. Mais c'est sans compter avec le talent de Gabriel Julien-Laferrière qui, en plus de parfaitement diriger les enfants, sait faire jouer les ressorts de la comédie chez les adultes. Son casting pour l'occasion est assez malin. Julie Gayet, la plus "normale" du lot, joue les équilibristes entre ses deux ex, Philippe (Thierry Neuvic) et Claude (Philippe Katerine). Sans compter sur la dépression de sa sœur, Agnès (Julie Depardieu) qui se mélange à la tribu par défaut. Rajoutez un papa geek (Arié Elmaleh) et une grand-mère foldingue et légèrement nymphomane (Chantal Ladesou) et vous avez une succession de situations toutes plus hilarantes les unes que les autres. Avec en plus, un final en musique qui n'est pas sans rappeler un peu "La famille Bélier". Une comédie pour toutes les générations, que l'on soit une famille recomposée ou pas.

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Claudia Tagbo, un humour irrésistible

Parmi les six parents de la famille recomposée du film de Gabriel Julien-Laferrière, Claudia Tagbo  endosse le rôle de la mère excessivement possessive.

famille, divorce, tagbo, gayet, neuvic, depardieuAvec Hugo (père du jeune narrateur Bastien), elle a conçu dans sa jeunesse Eliot, devenu grand ado un peu trop sérieux. La faute à sa mère qui le couve comme un poussin à peine éclôt. La comédienne, repérée dans le Jamel Comedy Show, donne de sa personne pour rendre cette caricature de mère totalement irrésistible. Autant elle est sèche et presque méchante avec les autres adultes (et en plus horriblement jalouse des années après sa rupture avec Hugo), autant elle est prête à tous les sacrifices pour son fils qui lui ne demande qu'à s'émanciper.

Son bagout, son accent africain exagéré, ses tenues : tout n'est que caricature et c'est bien la force de cette actrice qui n'en a que faire de son "image". Elle veut avant tout faire rire. Et ça marche à tous les coups. Claudia Tagbo que l'on retrouve d'ailleurs dans une autre sortie de la semaine puisqu'elle prête sa voix à une des chasseuses de fantômes du remake de "SOS fantômes".

05/08/2016

DVD et blu-ray : Les frères Coen entre hommage et critique d'Hollywood dans "Ave Cesar !"

Plus cinéastes qu'auteurs dans "Ave, César", les frères Coen ont surtout décidé de se faire plaisir en signant ce grand film sur le Hollywood des années 50. Un luxe de décors et de costumes, des acteurs toujours dans l'ironie, une intrigue sur fond de guerre froide, même si le tout semble un peu décousu, on est devant un grand film comme seuls savent les réaliser des Américains entre modernité et fascination du passé.

Sous prétexte de montrer le travail de "fixer" d'Eddie Mannix (Josh Brolin), "Ave, César" raconte une journée ordinaire de cet homme, employé par un grand studio pour surveiller les stars du moment. Il commence par rattraper la bévue d'une charmante starlette sur le point de se faire photographier dans des tenues et poses très compromettantes. Depuis son bureau, il gère tout ce qui se dit et fait sur les nombreux plateaux. Avec la volonté que tout se passe pour le mieux. En clair que les caprices des stars soient peu nombreux et l'investissement des actionnaires très rentable. Entre une charmante naïade spécialisée en comédie musicale aquatique (Scarlett Johansson) enceinte et incapable de savoir qui est le père, un acteur de légende cible de kidnappeurs, reconverti dans le péplum religieux (George Clooney) et un gentil cowboy obligé de tourner dans un vrai film avec de vraies répliques, les difficultés s'accumulent.

D'autant qu'il vient de recevoir une proposition d'emploi dans une tout autre branche : l'aviation. Un secteur en plein développement contrairement au cinéma qui risque de disparaître à brève échéance avec la montée en puissance de la télévision.

L'ensemble donne des impressions de film à sketches, avec quelques moments de bravoure comme la scène où un cinéaste lettré et distingué (Ralph Fiennes) tente d'apprendre à articuler au garçon vacher (Alden Ehrenreich) grimé en dandy portant le smoking. Moins convaincantes les scènes du complot communiste dans la demeure hyperluxueuse du danseur vedette Burt Gurney, interprété par Channing Tatum. De plus, l'idée d'un film sur la foi semble assez éloignée du résultat final. Car Eddie Mannix, qui se confesse chaque jour, est bien le seul véritable croyant au royaume du fric et des apparences. Pour preuve la scène finale de George Clooney, prouesse d'émotion, se terminant par un gag totalement inattendu.

"Ave César !", Universal, 17,99 € le DVD, 19,99 € le blu-ray.

 

 

 

29/07/2016

DVD et blu-ray : Le premier eco-terroriste de l'espace dans "Silent Running"

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Tourné au début des années 70, "Silent Running", film de science-fiction aux effets spéciaux soignés, est en réalité un des premiers manifeste pour la préservation de l'environnement sur terre. Dans un futur proche, la pollution a eu raison de toute végétation sur la planète bleue. Pour sauver un hypothétique avenir, il est décidé de recréer des dômes accueillant un grand échantillon de la flore terrestre. Dômes lancés aux confins de l'espace, aux bons soins de quatre astronautes plus ou moins motivés.

 

 

Si trois des pilotes n'en peuvent plus de tourner en rond dans la base, le quatrième, Freeman Lowell (Bruce Dern) s'extasie chaque jour un peu plus face à cet équilibre naturel. La quiétude des arbres, les légumes et fruits nourriciers : il est persuadé qu'il est en train de sauver l'avenir de la race humaine. Par contre ses supérieurs ne sont pas de cet avis. Programme trop cher. Abandon immédiat du projet et destruction des dômes par le feu nucléaire. Freeman ne le supporte pas. Au dernier moment, il s'oppose à un de ses collègues et le tue à mains nues. Ensuite il se débarrasse des deux autres et lance son arche de Noé végétale dans l'espace inconnu. Le scénario, un peu faible sur certaines séquences, n'en demeure pas moins d'une incroyable lucidité quant à l'œuvre de destruction de la race humaine sur terre. Est-il encore temps de changer ?

Le film, au début des années 70 se voulait un signal d'alerte. Sans véritable effet quand on voit l'état de la planète un demi-siècle plus tard. Premier film de Douglas Trumbull, "Silent Running", malgré un petit budget, a bénéficié d'effets spéciaux impressionnants. Entre la reconstitution de l'intérieur du vaisseau spatial dans un porte-avions désaffecté ou l'animation de trois robots, "Silent Running" fait partie de ces films pionniers.

Pourtant l'ancien responsable des effets spéciaux de "2001 odyssée de l'espace" n'a pas confirmé dans cette veine. Les bonus du coffret permettent de savoir ce qu'il est devenu. Un long making-of donne aussi une foule d'informations sur le tournage, du choix de Bruce Dern au casting très particulier pour animer les robots.

"Silent Running", Wild Side Vidéo, coffret DVD et blu-ray, 25 €.

 

28/07/2016

Cinéma : La vie secrète de nos animaux dévoilée dans "Comme des bêtes"

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Les animaux de compagnie s'ennuient parfois quand ils sont seuls. Sauf ceux de "Comme des bêtes", dessin animé très réussi sur une bande d'amis à poil et à plumes.

 

 

 Au cœur de l'été, les bonnes surprises au cinéma sont rares. Les studios "Illumination", créateurs des Minions, frappe fort avec "Comme des bêtes", gentil film d'animation (en 3D dans certaines salles) sur la vie cachée de nos animaux de compagnie. L'idée est venue au producteur, Chris Meledandri, en regardant ses propres animaux de compagnie. "Dès qu'on rentre à la maison, leur joie à notre simple vue, nous inciterait presque à nous demander s'ils n'ont pas fait de grosses bêtises pendant notre absence et s'ils n'exagèrent pas un peu pour nous donner le change," explique-t-il dans des notes de production.

De fait, les héros du film vivent souvent pour et par leurs maîtres. Notamment Max, un gentil toutou, en osmose avec sa jeune maîtresse. Mais cette dernière, chaque jour, va travailler. Un concept étranger à Max qui attend patiemment derrière la porte. Comme ses voisins et copains, Chloé la chatte, Mel le chien, un oiseau et un cobaye. Dans cet immeuble de New York où tous peuvent communiquer par l'escalier de service, ils se demandent ce que peuvent bien faire leurs maîtres durant ces longues heures d'absence.

Une place pour deux

Pour Max, la vie rêvée prend fin quand Duke investit l'appartement. Duke est un gros chien, recueilli à la fourrière. Entre eux deux, c'est la guerre pour savoir qui sera le préféré. À la faveur d'une sortie hygiénique dans Central Park, ils affrontent une bande de chats errants et tombent dans les griffes des animaux révolutionnaires réfugiés dans les égouts de la ville. S'en suit une folle course-poursuite au cours de laquelle les deux chiens devront éviter les agents de la fourrière, les révolutionnaires menés par Pompon (lire ci-dessous) et l'indigestion quand ils tombent par hasard dans une fabrique de saucisses.

Truffé de gags, avec des personnalités très marquées pour chaque animal et pas que les rôles principaux, ce film est un véritable rayon de soleil. La preuve que les animaux de compagnie font du bien à leurs maîtres. Sans doute la meilleure publicité pour tous les refuges de la SPA de France et de Navarre. L'histoire enchantera les plus petits (gare aux dégâts collatéraux du merchandising) et fera rire aux éclats les plus grands tant l'humour est omniprésent. On reconnaît d'ailleurs la patte des auteurs des Minions, personnages délirants présents avant le film dans un court-métrage présenté en hors-d'œuvre.

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Le plus adorable des méchants

comme des bêtes,lapinou,max,duke,minions,universalDans tout film qui se respecte, il faut un "méchant". "Comme des bêtes" n'échappe pas à la règle. Dans les égouts de New York, toute une ménagerie d'animaux abandonnés par leurs maîtres fomente une révolution. Crocodiles, chats errants, corniauds, serpents, cochons et iguanes complotent avec le désir de tuer ces humains ingrats. Pour les mener à la victoire finale, il fallait un véritable monstre assoiffé de sang, une bestiole sanguinaire, sans pitié, méchante jusqu'au bout des oreilles.

Formidable idée des scénaristes, cet archétype du mauvais est interprété par Pompon... un adorable petit lapinou blanc à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Ses grands yeux permettent d'apitoyer l'humain. Ensuite il se déchaîne, devient une véritable bête à tuer. Enfin, dans ses rêves seulement car ce ne sont pas ses deux incisives ni ses petites pattes qui font beaucoup de dégâts chez l'ennemi. Il est surtout redoutable par ses sautes d'humeur et son excellence à mener ses troupes.

Dans la version française il a la voix de Willy Rovelli, l'humoriste au timbre haut perché. Et même si Pompon est le méchant, sa peluche risque de se vendre comme des petits pains dans peu de temps.

27/07/2016

Cinéma : En août, le Castillet de Perpignan s'offre un festival d'avant-premières

Si depuis des décennies l'été et plus particulièrement le mois d'août est synonyme de baisse de fréquentation dans les cinémas français, la malédiction n'est pas immuable. Et au Castillet, le cinéma du centre-ville de Perpignan, en plus d'une programmation très large entre art et essai (Carmina !), blockbusters (Jason Bourne) et films pour la jeunesse (Dory, Comme des bêtes), le mardi soir, c'est avant-première. Cinq films remarqués à Cannes, présentés quelques semaines ou même mois avant leur sortie nationale. L'occasion de découvrir ce qui fera certainement l'actualité cinématographique de ces prochains mois.

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Début des hostilités le 3 août à 19 heures avec "Aquarius », film brésilien de Kleber Mendonça Filho avec la sublime Sonia Braga en vedette. Cette dernière a manqué le prix d'interprétation féminine à Cannes au grand désespoir de tous les critiques. L'Aquarius est un immeuble en bord de mer. Une société immobilière veut le racheter mais Clara (Sonia Braga), ancienne critique musicale, refuse de céder.

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Le 9 août à 21 h 30, place à un film français de Houda Benyamina lauréat de la Caméra d'Or 2016. "Divines", présenté également au festival de Prades, a remporté le prix du jury jeunes. "Divines" plonge le spectateur au cœur du malaise des banlieues. Trois jeunes filles, pauvres et fascinées par l'argent, vont tout faire pour réussir. Une critique sociale très acide.

En présence de Radu Mihaileanu

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"L'histoire de l'amour" sera présentée en avant-première le 16 août à 20 heures en présence de son réalisateur, Radu Mihaileanu. De la Pologne des années 30 à Central Park aujourd'hui, le manuscrit d'un livre, "L'Histoire de l'Amour", va voyager à travers le temps et les continents.

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Les deux derniers films seront présentés les 23 et 30 août. "Victoria » de Justine Triet avec Virginie Efira, Vincent Lacoste et Melvil Poupaud (21 h 15) est ce qui se fait de mieux dans la catégorie cinéma français original. La performance de Virginie Efira a particulièrement été remarquée, toujours au festival de Cannes dans la sélection de la semaine de la critique. Victoria, avocate pénaliste en plein néant sentimental, débarque à un mariage où elle y retrouve son ami Vincent et Sam, un ex-dealer qu'elle a sorti d'affaire. Le lendemain, Vincent est accusé de tentative de meurtre par sa compagne. Seul témoin de la scène, le chien de la victime.

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Enfin "Captain Fantastic" clôturera ce mois d'avant-premières au Castillet le mardi 30 août à 21 h 15. Une comédie familiale décalée de Matt Ross avec Viggo Mortensen. Un père élève ses enfants au fin fond de la forêt américain, loin, très loin du progrès. Mais quand ils doivent se rendre dans la ville, tout ce fragile équilibre risque d'être remis en question. Le film sortira nationalement le 12 octobre. Mais les chanceux disponibles le 30 août pourront le découvrir au Castillet.

22/07/2016

Cinéma : Ennemis de rêve pour patriotes US dans "Independance Day : Resurgence"

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La suite d'Independance Day, 20 ans après, relance la fibre patriotique d'Américains toujours décidés à en découdre avec des aliens encore plus méchants et hégémoniques.

 

 

Roland Emmerich, en tournant "Independance Day" en 1996, a un peu inventé le terme de "blockbuster". Équivalent des best-sellers dans l'édition, ces films à gros budget sont formatés pour rapporter un maximum d'argent. Sorti pour le 4 juillet, fête nationale US, cette histoire d'attaque extraterrestre de la Terre a transcendé l'esprit de résistance du peuple américain. Président qui assume ses responsabilités, militaires ne se déclarant jamais battus, civils héroïques : le cocktail a parfaitement marché aux États-Unis et s'est exporté sans difficulté à l'étranger. Bilan : plus de 817 millions de dollars de recettes cumulées. La suite était programmée dans la foulée. Mais...

20 ans plus tard

Résultat ce n'est que 20 ans plus tard que la Terre doit une nouvelle fois faire face à l'armada de bestioles au look entre chasseurs de Prédator et Martiens de la guerre des mondes. Absence notable dans le casting, Will Smith. Trop gourmand au niveau cachet. Les scénaristes, pour intéresser les plus jeunes, ont beaucoup utilisé la ficelle "fils à papa". Parmi les pilotes, Dylan (Jessie Usher) est le fils de Will Smith et Patricia (Maika Monroe) la fille de l'ancien président Whitmore. Un trio complété par Jake Morrison (Liam Hemsworth), beau gosse de service. Ce n'est pas le meilleur du film. Tous manquent un peu de consistance, simples alibis pour les scènes d'action et de bravoure aux commandes des nouveaux chasseurs de l'armée US.

Le meilleur reste les vieux de la vieille, ceux du premier opus et qui ont prolongé leurs personnages avec bonheur. On retrouve Jeff Goldblum avec grand plaisir. L'acteur américain, malheureusement un peu délaissé ces dernières années, prouve que son talent est intact. Tout en sauvant le monde, il parvient même à séduire une psychologue française interprétée par Charlotte Gainsbourg au rôle assez abscons et annexe. Le meilleur reste le réveil du Dr. Brackish Okun interprété par Brent Spiner toujours aussi halluciné. Génial inventeur, au rôle essentiel dans le premier film, il est plongé dans le coma depuis 20 ans. La nouvelle attaque en prévision le sort des limbes. Cul nu, traînant derrière lui deux poches de perfusions, il a cette réplique qui résume un peu tout l'esprit du film "Je suis toujours partant pour dégommer de l'alien !".

Proposé en 3D, avec des séquences de combats aériens dignes des meilleurs Star Wars, le film vaut surtout par sa virtuosité technique. Par contre on ne retrouve pas le souffle du premier, comme si le patriotisme était soluble dans le temps.

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Le choc de 1996 disponible en blu-ray

Lors de sa sortie en 1996, "Independance Day" a remporté un succès incroyable. Ce mélange de film catastrophe et de science-fiction, avec en filigrane le patriotisme des Américains de toutes conditions a touché juste. Si certains critiques ont peu apprécié son côté va-t'en guerre, d'autres ont adoré son côté "résistance". Au niveau cinéma, il y a quelques scènes devenues cultes comme la destruction de la Maison Blanche, une première dans le cinéma américain, surtout avec un tel réalisme. On retiendra aussi l'héroïsme de gens que rien ne destinait à s'élever au-dessus de la masse.

Et puis il y a la révélation Will Smith. L'acteur, surtout connu pour son rôle dans la série humoristique "Le Prince de Bel-Air", change de dimension en interprétant ce pilote de l'US Army, premier à avoir réussi l'impossible : descendre un vaisseau alien. Son arrivée à la base 51, au cœur du désert du Nevada, traînant le cadavre de la bestiole aux longues tentacules est le symbole que rien n'est impossible à ceux qui en ont la volonté. Une première bataille gagnée pour finalement remporter la guerre. Le film est ressorti en juin dans un coffret 4K très haute définition avec deux fins alternatives et un disque avec trois heures de bonus dont plusieurs making-of, notamment sur la fabrication des effets spéciaux.

"Indépendance Day", 20th Century Fox.

 

30/06/2016

Cinéma : Filme, c'est du belge !

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Des comédies les plus délirantes aux films d'auteurs à forte connotation sociale en passant par l'animation, le cinéma belge n'en finit pas de tailler des croupières aux autres productions européennes. Et n'est pas prêt de s'arrêter.

Un pays, deux langues et une production cinématographique incroyablement dynamique. La Belgique, en plus d'être le centre de l'Europe, s'impose depuis deux décennies comme le nouvel Hollywood du Vieux continent. Il ne se passe pas un mois sans qu'un ou plusieurs films belges ne sortent sur les écrans français. Plus dynamique que l'Italie ou l'Espagne, presque au niveau de l'Allemagne, le cinéma belge semble représenter l'autre "exception culturelle" après la France. Au dernier festival de Cannes, les frères Dardenne participaient une nouvelle fois à la compétition. Déjà lauréats de deux palmes, les cinéastes du réel font partie de la branche sociale et politique comme Lucas Belvaux ou Jaco Van Dormael. Des films engagés, détonants, à l'écoute de notre société, qui n'hésitent pas à dénoncer, à dire tout haut ce que la majorité pense mais n'ose pas exprimer. "La fille inconnue" avec Adèle Haenel est revenu bredouille de la Croisette, mais on pourra découvrir cette histoire d'une jeune toubib pleine de doutes le 12 octobre dans toutes les salles de France.

Plus jeune mais tout aussi talentueux, Felix Van Groeningen prouve que les créateurs Flamands ne traînent pas à la remorque des Wallons. Après une "Merditude des choses" décoiffant, il frappe un grand coup avec Alabama Monroe, distribué par les Catalans de Bodega, vainqueur du César du film étranger et nominé aux Oscars. Sa dernière production, "Belgica" sorti en mars dernier, raconte l'épopée d'un bar musical de légende. Une plongée dans la jeunesse belge des années 90-2000.

Collé-serré à l'actu

Plus récent quant à son propos, "Black" (sortie le 24 juin, uniquement en e-cinéma) plonge le spectateur dans la guerre des gangs de la banlieue de Bruxelles. Une histoire d'amour sur fond de lutte entre Noirs et Arabes très révélatrice de l'état réel d'un pays qui a engendré les filières islamistes responsables des attentats de novembre dernier à Paris.

Côté comédie désenchantée, Bouli Lanners et sa bonne bouille rafle tout. Acteur principal de "Tous les chats sont gris" (sortie le 15 juin) il joue et réalise aussi "Les premiers les derniers" (en DVD le 29 juin). Mais le cinéma Belge c'est également, et avant tout pour les fans, des films inclassables, totalement barrés. En juillet, ne manquez pas "Je me tue à le dire" de Xavier Seron. Coproduction franco-belge, on retrouve cependant beaucoup de cet humour grinçant typique outre-Quiévrain. Michel vit avec sa mère. Cette dernière est malade. Se pourrait-il que Michel ait lui aussi un cancer du sein ? Sur cette simple question, réalisateur et acteurs partent loin, très loin dans le délire introspectif.

Le titre du film de Vincent Bal est tout un poème : "La vie est belge" surfe aussi sur cette mode de la belgitude des choses. Le 14 juillet, la bataille entre deux fanfares, l'une flamande, l'autre wallonne permettra de découvrir, en musique, l'incroyable antagonisme de ces ressortissants d'un même pays que tout oppose à cause d'une frontière linguistique infranchissable.

Et comme le cinéma belge ne daignerait se contenter d'une seule niche, ne manquez pas la sortie le 29 juin de "La tortue rouge". Un dessin animé de Michael Dudok de Wit d'une extraordinaire poésie. Fluidité du dessin, beauté des paysages, couleurs lumineuses, cette histoire d'un naufragé sur une île déserte vaut largement toutes les superproductions des grands studios américains.

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ADAPTATIONS De la planche à l'écran

Quoi de plus logique que la Belgique, pays de la bande dessinée par excellence (Tintin, Spirou...) utilise ce trésor national pour dynamiser sa production cinématographique. Mais ces pépites ne restent pas toujours dans le giron belge. Tintin adapté par Spielberg, les Schtroumpfs par les studios Sony et le Marsupilami de Franquin s'est animé sous la réalisation d'Alain Chabat.

Les vieux classiques ont également les honneurs du grand écran. Avec plus ou moins de bonheur. Benoît Brisefer (avec Jean Reno et Gérard Jugnot) s'est révélé catastrophique. Tout aussi peu convaincant, mais aux chiffres de fréquentation faramineux (près de 2 millions d'entrées), Boule et Bill a même une suite en chantier.

On attend avec beaucoup plus d'impatience les versions filmées de séries moins connues du grand public, mais de très grande qualité. Il s'agit du second souffle de la BD belge, notamment des trouvailles des éditions Dupuis pour le magazine Spirou. Première en piste, Tamara. La jeune adolescente un peu boulotte, imaginée par Zidrou et dessinée par Darasse, tiendra le haut de l'affiche le 26 octobre. Avec Sylvie Testud (mais pas dans le rôle-titre), cette comédie sur l'amour et les formes, offre à Rayane Bensetti (Danse avec les Stars) le rôle de Diego, le benêt de service.

En 2017, ce sera au tour de la série "Seuls" d'être portée au cinéma. Pas une comédie pour une fois, mais un conte entre science-fiction et fantastique. Dans une grande ville (Bruxelles dans la BD), plusieurs enfants se réveillent et découvrent que les adultes ont disparu. Directement inspiré de "Sa majesté des mouches", le scénario de Fabien Vehlmann s'étire déjà sur une dizaine de tomes avec Bruno Gazzotti au dessin. Le tournage vient de s'achever et tout ce que l'on sait c'est que Dodji, un des meneurs de la bande, sera interprété par Stéphane Bak.

 

Enfin, pour l'anecdote, Pierre-François Martin-Laval (Les Profs, 1 et 2) serait en plein travail d'écriture sur l'adaptation de Gaston Lagaffe. On lui souhaite bien du plaisir tant le personnage de Franquin est atypique.

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 Belges et cultes

Le cinéma belge a cela de passionnant qu'il parvient à enfanter des monstres impossibles à classer dans une case si ce n'est celle des "films cultes". Dans cette longue liste d'OFNI (objets filmés non identifiés) deux titres se détachent.

C'est arrivé près de chez vous. Premier succès de Benoît Poelvoorde datant de 1992, ce faux documentaire de Rémy Belvaux est tourné à la manière de l'émission "Strip-tease". Des journalistes suivent Ben, tueur à gages spécialisé dans l'élimination des personnes âgées. En noir et blanc, d'un mauvais goût assumé, avec des scènes d'une horreur absolue, le film est la première pierre à l'édifice du cinéma belge catégorie "Improbable mais complètement culte".

Dikkenek. 15 ans plus tard, Olivier Van Hoofstadt relève le gant. Son "Dikkenek", (gros cou en bruxellois) mélange de sonorités bruxelloises et de liégeoises (mais le public français ne capte pas encore la différence) tente peut-être de réconcilier deux communautés fratricides et impose François Damiens comme acteur comique d'exception. Ses mimiques quand il photographie de jeunes femmes nues, sa réplique "Man ? Claudy à l'appareil, dis, je viens de m'faire carjacker !" (accent liégeois) ou son récurrent "C'est excessivement énervant" (accent bruxellois) sont presque rentrés dans le langage courant d'une certaine génération. En clair, tout est bon dans "Dikkenek", ce qui n'est pas le cas de la fricadelle...

12:57 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : belgique, cinéma, damiens, jcvd

DVD : Dominé et dominant à l'épreuve de la solitude dans "Les Naufragés"

 

 

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Pour son troisième long-métrage, David Charhon (Cyprien et De l'autre côté du périph') a décidé de joindre l'utile à l'agréable. Après les geeks et la banlieue, il écrit un scénario se déroulant sur une île déserte paradisiaque. Le tournage dure quelques semaines en Thaïlande. Cela donne des images aussi belle que Koh-Lanta et plus typiques que Camping. « Les naufragés », comme nombre de grandes comédies françaises, s'appuie sur un duo que tout oppose. Jean-Louis Brochard (Daniel Auteuil), grand capitaliste, version magouille et caisse noire, quitte la France précipitamment. Un ultime scandale financier lui interdit de rester à Paris au risque de découvrir le confort minimum de « l'hôtel » de la Santé. Coincé dans un pays d'Amérique du sud, il parvient à décoller en plein cyclone à bord de l'avion affrété par William Boulanger (Laurent Stocker), artisan blanchisseur de son état, en voyage de noces, mais sans l'épouse qui a trouvé mieux sur place. L'avion se crashe en mer.

 

Les deux hommes se retrouvent naufragés sur une île tropicale hostile et déserte. Le premier, habitué à se faire servir, a tendance à donner des ordres. Le second, prototype parfait du « trop bon, trop con », se transforme en larbin. Même réduite à deux exemplaires, la société féodale et toujours d'actualité du dominant et du dominé s'impose comme une évidence. On se met à détester Brochard, qui en plus cache une valise pleine de billets. Boulanger, au contraire, est bien sympathique dans sa maladresse. Ils vont tout faire pour quitter leur faux paradis, mais au lieu d'unir leurs forces, fabriqueront chacun de leur côté un radeau avec plus ou moins de réussite.

Le film, sans être exceptionnel, est un bon moment de divertissement. Daniel Auteuil, dans un rôle de fourbe taillé sur mesure, est très crédible. Laurent Stocker, de la Comédie française, n'a pas le charisme de Pierre Richard ou Jacques Villeret mais impose son comique burlesque au fil des scènes. Le DVD offre en bonus quelques scènes coupées, une fin alternative un long making-of et même un bêtisier.

Michel Litout

« Les Naufragés », Wild Side Vidéo, 15,05 euros

 

 

28/06/2016

DVD et blu-ray : Gangsters de légende dans le Londres des années 60

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Les jumeaux Kray ont régné sur Londres durant quelques années. Ces gangsters de la pire espèce, jumeaux, violents et sans pitié, ne sont pas restés très longtemps en activité mais sont devenus des légendes du milieu britannique. Brian Helgeland, surtout connu pour être le scénariste de quelques perles comme "L.A Confidential" ou "Mystic River" passe derrière la caméra pour raconter cette épopée incarnée par Tom Hardy. L'acteur anglais endosse les deux rôles principaux. Ceux de Reggie et Ronnie Gray. Au milieu des années 60, ces petites frappes se font respecter avec les poings. Ils terrorisent puis "protègent" des commerces, mettent en place des trafics de drogue. L'argent leur permet d'acheter des boîtes de nuit et de se payer quelques protections haut placées.

 

 

Un parcours classique de gangsters qui est cependant exceptionnel car ces jumeaux, s'ils sont viscéralement attachés l'un à l'autre et très ressemblant physiquement, sont en réalité très opposés. Si Reggie est calme, pondéré et calculateur, Ronnie est un réel malade mental. Schizophrène, paranoïaque, son homosexualité le classe définitivement dans les cas à part de la folie humaine. Le film montre comment ce tandem va finalement s'autodétruire, juste à cause d'une femme. Frances (Emily Browning), sœur du chauffeur de Reggie, tape dans l'œil du caïd. Il va lui faire la cour pour finalement l'épouser. Avec à la clé la promesse qu'il va se "ranger", cesser ses activités illégales pour vivre simplement avec son épouse. Des promesses qui ne durent pas. La faute à Ronnie qui multiplie les incartades déclenchant une guerre des gangs et relançant les investigations de Scotland Yard.

Le film, entre bluette, scènes d'anthologie (quand Ronnie pique une colère, c'est homérique) et reconstitution historique est remarquablement construit. On ne s'ennuie pas une minute durant ces deux heures entièrement tournées dans les rues de Londres préservées.

Dans les bonus, un documentaire nous en apprend un peu plus sur les véritables frères Kray, ces légendes qui ont finalement terminé leurs jours, en prison pour Reggie, dans un asile psychiatrique pour Ronnie.

"Legend", Studiocanal, 19,99 euros le DVD, 24,99 euros le blu-ray