27/05/2016

Cinéma : Machiavélique, "Elle" cache son jeu

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Présenté samedi à Cannes, dans les salles dès ce mercredi, le dernier film de Paul Verhoeven raconte la dérive d'une femme, victime et manipulatrice, jouée par Isabelle Huppert.

Est-elle perverse ? Manipulatrice ? Voire complètement folle ? Le personnage de Michèle (Isabelle Huppert), au centre du film "Elle" de Paul Verhoeven, restera longtemps une énigme pour le spectateur. Cela débute par des cris en arrière-plan de l'image fixe d'un chat noir. La caméra avance et on découvre une femme en train d'être violée par un homme cagoulé. Michèle, patronne d'une société de production de jeux vidéo, vient de se faire agresser chez elle. L'homme s'enfuit. Elle se relève comme si de rien n'était. Nettoie la pièce, jette ses habits, prend un bain où un peu de sang colore la mousse abondante. Une première scène choc avant de découvrir le quotidien de Michèle. Cette grande bourgeoise, froide et souvent arrogante, mène son entreprise d'une main de fer. Elle est associée à sa meilleure amie (Anne Consigny), par ailleurs épouse de son amant occasionnel. Déjà, le réalisateur casse les barrières de la bienséance avec cette histoire de tromperie purement physique. Ce qui n'empêche pas l'héroïne de draguer de façon éhontée, le soir de Noël, son voisin (Laurent Lafitte), marié à une sainte femme pratiquante (Virginie Efira) trop accaparée par la diffusion de la messe de Minuit pour voir ce petit jeu pervers.

Père serial killer

Par ailleurs, Michèle a un fils, grand dadais persuadé de s'affirmer en devenant père alors qu'il n'est que le jouet de sa copine du moment. Cela devient encore plus glauque avec les parents. La mère (Judith Magre), abominablement liftée, s'envoie en l'air avec un gigolo. Le père est en prison depuis plus de 30 ans après avoir massacré une trentaine de personnes un soir de folie dans sa paisible banlieue de province. Arrivé à ce niveau de bizarrerie, on se demande comment le réalisateur va pouvoir aller plus loin. Le violeur va alors de nouveau entrer en scène. Il envoie des messages à sa victime, viole de nouveau son intimité, la maltraite. Mais n'est-ce pas ce qu'elle désire au final quand elle reconnaît que "cette relation est tordue, c'est comme une maladie." Sans être trop démonstratif dans le sexe et la violence, le film de Paul Verhoeven est brillant car transgressif. L'angoisse est palpable dans nombre de scènes. Chaque personnage, de banal, se transforme par quelques attitudes ou réflexions en monstres de perversité en puissance. On devine ainsi ce qui a attiré le réalisateur à adapter ce roman de Philippe Djian. Bredouille à Cannes, "Elle" aurait pourtant largement mérité le prix d'interprétation féminine pour son actrice principale qui s'est donnée corps et âme dans cette incroyable descente aux enfers.

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 Paul Verhoeven, le Hollandais violent

Ses plus grands succès, il les a tournés aux USA. Pourtant Paul Verhoeven est Néerlandais et avant de connaître la gloire avec "Basic Instinct" ou "Robocop" il a tourné six longs-métrages dans son pays d'origine. Le dernier film européen, "Le quatrième homme" a quelques résonances avec "Elle". Sexe et violence (mais ce sont deux ingrédients omniprésents dans toute l'œuvre de Paul Verhoeven surnommé le 'Hollandais violent') mais également le côté pervers et machiavélique de l'héroïne. En 1983, la femme mante religieuse était interprétée par Renee Soutendijk. Jeune et belle, elle est au moins aussi dangereuse qu'Isabelle Huppert dans le film de 2016. Avant de s'attaquer au marché américain, Verhoeven a réalisé un film moyenâgeux d'aventure de commande, "La chair et le sang". Rutger Hauer et Jennifer Jason Leigh portent ce film de genre d'une rare subversité. Pour certains fans, c'est l'œuvre majeure du réalisateur, pour d'autres une simple ébauche de tous les thèmes de ses futures réalisations. Dans "Elle", au climat si trouble, on retrouve un peu de cette perversité angoissante. Comme si le cinéaste européen retrouvait ses racines en tournant pour la première fois en français.

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22/05/2016

Festival de Cannes, paillettes et découvertes

Tapis rouge, marches dégoulinantes de stars, télévisions du monde entier. À Cannes, le festival résonne toujours du grand barnum médiatique. Cependant, loin de ce décorum, des milliers de professionnels s'y retrouvent pour bosser. Programmateurs, distributeurs ou producteurs, rarement dans la lumière, néanmoins essentiels à la magie du 7e art.

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Huit jours au festival, près de 40 films visionnés. A Cannes, Jonathan Salas ne chôme pas. Directeur et programmateur du cinéma Castillet à Perpignan, il s'apprête pour la troisième année consécutive à visionner "quatre au minimum, parfois cinq longs-métrages par jour". Ceux de la sélection officielle mais également des compétitions parallèles comme la Quinzaine ou la semaine de la Critique. Vous ne le croiserez pas aux soirées, pourtant si courtisées par les festivaliers. "Jeudi soir j'étais invité à la soirée de 'Rester vertical' d'Alain Guiraudie. Mais vu l'heure, plus d'une heure du matin, j'ai décliné. Par contre je suis allé à l'apéritif organisé par le distributeur du film. L'occasion de rencontrer des interlocuteurs parisiens que j'ai toutes les semaines au téléphone pour élaborer ma programmation au Castillet mais que je ne rencontre qu'à Cannes." C'est le côté people et relations publiques du festival. Un aspect essentiel du rendez-vous. "Cannes c'est un des événements médiatiques parmi les trois plus importants au monde après les Jeux Olympiques et le Mondial de foot" n'hésite pas à souligner Christophe Leparc, directeur du festival Cinémed.

Mélange des genres

Ce 'bling bling' ne touche pas trop Jonathan Salas. Les stars, il en accueille parfois à Perpignan, mais ce n'est pas à Cannes qu'il remplit son carnet d'adresse. "Je suis plutôt dans la relation professionnelle avec les distributeurs qui eux traitent avec les agents." Alors, Cannes trop paillettes ? "Non, répond Jonathan Salas, le festival permet de faire venir un public et des médias pour des films difficiles. Un mélange des genres où on met au même niveau, en compétition, des films avec des stars et d'autres très pointus, très art et essai. Et c'est ça finalement qui est bien." Donc le séjour à Cannes pour certains, boulot-boulot, mais la semaine reste "très plaisante" reconnaît Jonathan Salas. S'il ne décide pas de la date de sortie des films, fixée par les distributeurs, il emmagasine quand même le plus de sensations possibles sur les œuvres que le public ne verra que dans quelques mois. Voire jamais. Dès les premiers jours il a repéré une petite perle. 'Victoria' avec Virginie Efira et Vincent Lacoste : "Le film de Justine Triet n'est pas mal du tout. Pour l'instant c'est l'un de mes préférés. Une comédie qui pourrait faire une bonne surprise en salle." Et puis il y a les 'grands', ceux qui ne déçoivent jamais. "Je suis impatient de voir le Ken Loach et 'Mademoiselle' du Sud-Coréen Park Chan-wook. Mais pour l'instant je n'ai pas d'invitation et ça m'embête un petit peu...»

Longues attentes

Ainsi va Cannes pour les ouvriers du 7e art : être accrédité ne permet pas toujours de voir les films que l'on désire. Et parfois on trépigne à attendre une place hypothétique plutôt que de déguster le chef-d'œuvre diffusé en exclusivité mondiale. Si Jonathan Salas passe presque toutes ses journées enfermé dans les salles, d'autres assistent au festival sans quitter le sous-sol du Palais. C'est là que se tient le marché du film. Distributeurs, producteurs, chaînes de télévision, tous enchaînent les rendez-vous pour acheter, vendre, monter des projets que l'on retrouvera peut-être en sélection dans quelques années dans les salles au-dessus. Cannes reste le poumon de cet art si particulier, entre strass, réflexion et gros sous. Une industrie à part qui n'empêche pas l'émotion. "L'an dernier, se souvient Jonathan Salas, 'Le fils de Saul' (film sur la Shoah Ndlr) m'a filé une sacrée claque. C'était très dur de sortir de la salle, retomber dans l'ambiance du festival et d'enchaîner sur un autre film."

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La montée des marches, "désuet mais tellement drôle" 

 

Cannes, il connaît parfaitement. Il fait partie des rares à participer à la sélection des films en compétition. Depuis 2008, Christophe Leparc est secrétaire général de la Quinzaine des réalisateurs. Il assure également la fonction de délégué artistique pour le festival de Montpellier, Cinémed. Un rendez-vous dont il a pris la direction depuis l'an dernier, avec Aurélie Filippetti, ancienne ministre de la Culture, à la présidence. "Je suis beaucoup plus sur la Quinzaine que sur Cinémed durant le Festival de Cannes. Mais le fonctionnement de Cinémed est assez collégial, trois collaborateurs sont présents pour voir des films et avoir des rendez-vous. Mon poste à la Quinzaine permet de préparer leur travail. Avant, j'ai repéré des films, des personnes pour les projets qu'on a et ensuite je transmets à l'administratrice ou au responsable de la sélection." Par contre, il n'a pas le temps de voir les films. Qu'il a de toute manière visionnés en amont, pour faire la sélection. "Je suis très fier des trois films italiens retenus à la Quinzaine cette année. Ils montrent trois générations de réalisateurs, trois genres différents. Preuve que le cinéma italien n'est pas mort et que non seulement il y a des grands maîtres comme Marco Bellocchio qui sont à la hauteur et qui savent se renouveler et des trentenaires qui assurent la relève."

Cinéma tunisien

La Quinzaine s'achevant vendredi, Christophe Leparc s'accorde le plaisir de visionner un film de la sélection par festival, avec montée des marches à la clé. "Cette année j'irai voir 'Elle' de Paul Verhoeven. C'est rigolo la montée des marches, un rituel désuet mais tellement drôle." Le Festival de Cannes, dix jours intensifs, mais aussi des moments cinématographiques. Christophe Le Parc se souvient, "en 2001, je travaillais pour le festival, j'étais crevé et 'Mulholland Drive' de David Linch a eu un effet complètement hypnotique. Je me disais 'Je ne comprends pas tout mais qu'est-ce que c'est bien'. Il y avait quelque chose de fascinant qui allait bien avec la fatigue cannoise. Au bout de dix jours de festival on est dans un état second, j'étais fatigué mais surtout fasciné. Je n'avais pas tout l'intellect pour comprendre le film mais c'était incroyablement jouissif." Une fois la Quinzaine achevée, Christophe Leparc remettra sa casquette Cinémed. Avec plein d'idées pour la seconde édition sous sa responsabilité. Dont un focus sur le cinéma tunisien, de plus en plus inventif depuis le printemps arabe.

21/05/2016

LIVRE : Larousse fait son cinéma

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Envie de tout savoir sur le cinéma ? Ce dictionnaire va vous aider. Référence dans le monde de l'encyclopédie, le Petit Larousse propose de balayer toute l'histoire du 7e art en un ouvrage compact de plus de 1 000 pages. L'édition 2016, comme l'originale parue en 2014, est organisée en deux parties. Un dictionnaire classique de plus de 3 000 notices classées par ordre alphabétique, avec pour chacune d'elles une fiche technique et un résumé du film, ainsi qu'un commentaire critique pour les œuvres majeures. Une partie encyclopédique suivie de très nombreuses filmographies. Elles sont classées par genres mais aussi par pays, réalisateurs ou acteurs. Sans oublier les palmarès détaillés des Oscars, des Césars et du Festival de Cannes. Un dictionnaire à ranger près de votre vidéothèque ou de votre télévision pour choisir intelligemment ces films considérés comme des chefs-d'œuvre au moment de leur sortie.

"Le Petit Larousse des films", 19,95 euros

 

20/05/2016

DVD : Gare aux aigreurs d'estomac avec "Pension complète"

pension complète, dubosc, lanvin, studiocanalOn croyait le genre disparu depuis la mort de Michel Galabru en début d'année. Et pourtant il existe toujours des films dont le tournage ne semble justifié que par le désir d'acteurs ou de réalisateurs de faire de l'argent facile pour payer leurs impôts. "Pension complète" de François Siri semble totalement rentrer dans cette catégorie. Franck Dubosc et Gérard Lanvin ayant cassé le box-office dans "Camping", il y a quelqu'un qui a pensé qu'en réunissant les deux acteurs dans un autre film, les millions d'entrées étaient assurées. Pas la peine d'écrire un scénario original, contentons-nous de reprendre la trame de "La cuisine au beurre" avec Fernandel et Bourvil. Pour s'assurer de la participation des deux stars, en plus d'un cachet conséquent, appâtons-les avec un tournage en Corse dans un hôtel-restaurant gastronomique réputé. Le titre, "Pension complète", prend alors toute sa dimension. Mais comme l'a fait remarquer un critique cinéma plein de bons sens lors de la sortie du film en salles, "ce n'est pas forcément dans les vieilles marmites qu'on mijote les meilleurs plats".

Le film n'est cependant pas si catastrophique que cela. Le problème consiste en une impression de superficialité, de distanciation qui nuit au propos. Comme si le réalisateur, au moment du montage final, a coupé tout ce qui fait qu'une intrigue se construit par ses à-côtés. Résultat on a l'impression que cette comédie manque cruellement de corps. Il y a pourtant quelques personnages secondaires intéressants, comme le cuistot obsédé sexuel, la belle-sœur alcoolique et camée (Audrey Dana, méconnaissable).

Mais ils ne sauvent pas le film où on voit essentiellement Franck Dubosc (cuisinier aussi crédible que Sarkozy quand il dit "J'ai changé"), Gérard Lanvin (qui ne veut pas admettre qu'il a plus de 60 ans et que les rôles de jeune premier, c'est râpé) ou Pascale Arbillot dont le charisme et le sex-appeal ne font même pas le poids face à celui de Nadine Morano. Par contre on conseillera à tous les élèves en école de cinéma de visionner le making-of, excellente leçon portant sur le thème "la technique ne sauve pas un film".

"Pension complète", Studiocanal, 12,99 euros

 

19/05/2016

Cinéma : "The Nice Guys", humour subversif à la sauce hollywoodienne

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Quand deux acteurs ne se prennent pas au sérieux et se lâchent complètement, cela donne le pire comme le meilleur. On a droit au meilleur dans "The Nice Guys", comédie policière et d'action du surdoué Shane Black (scénariste de "L'Arme fatale" et réalisateur de "Iron Man 3").

Deux détectives privés que tout oppose doivent travailler ensemble sur une affaire de disparition dans le Los Angeles de la fin des années 70. Le premier, Jackson Healy (Russell Crowe), est souvent missionné pour expliquer à des hommes mûrs que la jeune femme qu'ils draguent est mineure. Son meilleur allié : son poing américain. Le second, Holland March (Ryan Gosling), prend tout ce qui passe à sa portée. Il boit comme un trou, a une fille trop intelligente et s'en tire toujours car c'est un excellent acteur quand la situation devient conflictuelle.

Jolies filles

L'un endosse le costume du gros dur, blasé mais encore capable d'empathie, le second celui du gaffeur, bête comme ses pieds mais au charme certain dès qu'il y a une jolie fille dans les parages. Et justement des pin-up, il en est beaucoup question dans ce film dont le propos mélange allègrement pollution de l'atmosphère, corruption et émergence de la pornographie dans la vie de tous les jours. La star du X, Misty Mountains (devinez ce qui dans sa plastique s'apparente à des montagnes), est assassinée. Elle venait de tourner dans un film "expérimental" dont l'autre héroïne est une certaine Amélia (Margaret Qualley). Holland la cherche, à la demande de la tante de Misty. Mais Amélia charge Healy de dissuader Holland de se montrer trop présent.

La première rencontre entre le futur duo est explosive. Cassage de gueule et bras cassé (au propre) concluent le rendez-vous peu galant. Mais au gré des révélations des uns et des autres, il se trouve qu'Amélia est véritablement en danger, qu'elle n'est pas si blanche que cela et que l'union faisant la force, Healy et Holland s'associent. Ils seront aidés dans leurs recherches par Holly (Angourie Rice), fille de Holland et révélation du film. À peine adolescente, elle joue comme une adulte dans un milieu où sexe, drogue et meurtres sont le banal quotidien.

Si Russel Crowe est parfois touchant, donnant une dimension très humaine à son personnage, Ryan Gosling a définitivement abandonné toute crédibilité dans son rôle. Il joue à fond le privé idiot, couard et inefficace. Chaque apparition, déduction ou tentative de séduction sont ponctuées d'éclat de rire du public qui est toujours avide de stars capables de se moquer de leur propre statut. Car le Ryan Gosling "Nice Guys" est l'antithèse du Ryan Gosling "Drive". Mais n'est-ce pas la meilleure façon de prouver qu'on a du talent ?

15/05/2016

DVD : De « La fille du patron » tu ne tomberas pas amoureux...

loustau,fille patron,wild side vidéoLe cinéma français persiste et signe dans sa veine sociale. "La fille du patron", premier film d'Olivier Loustau, mélange deux univers : l'usine et le rugby. Pour corser le tout, il y greffe une histoire d'amour et de classe. L'ensemble est parfois confus et un peu foutraque, à la limite de la caricature, mais il se dégage malgré tout une poésie et une force indéniables. Notamment en raison de quelques scènes de groupe, véritables moments virtuoses, comme dans les vestiaires des ouvriers ou dans les tribunes du stade. Plus que dans les relations amoureuses entre les deux principaux protagonistes, c'est dans ces plans que l'on retrouve le métier d'Olivier Loustau, acteur depuis une vingtaine d'années et acteur récurrent d'Abdellatif Kechiche (L'esquive, Vénus noire et La graine et le mulet). S'il s'est réservé le rôle principal, Vital, ouvrier et entraîneur de l'équipe de rugby de l'entreprise au bord du dépôt de bilan, il a également demandé à nombre de véritables ouvriers ou joueurs de rugby amateurs de passer devant la caméra pour interpréter leur propre rôle. Cela donne ces moments de bravoure d'une rare sincérité.

Vital, marié mais dont le couple bat de l'aile, est le genre d'homme taciturne et froid qui se révèle excellent meneur d'hommes. Quand Alix (Christa Théret), une jeune ergonome, vient faire une étude dans l'entreprise, elle le choisit comme "cobaye". Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'Alix est la fille du patron. Quand le secret est éventé, elle peut difficilement faire son travail et Vital la rejette. Mais entre ces deux idéalistes, bien décidés à profiter de la vie, l'attirance est trop forte. Mais pour les collègues de Vital, quitter sa femme pour aller dans les bras de la belle et jeune fille du patron, c'est comme trahir sa classe sociale, passer à l'ennemi. En filigrane, l'interrogation de chacun sur ses pulsions, ses coups de foudre, sa déraison...

Dans les bonus, à ne pas manquer "Face à la mer" un court-métrage d'Olivier Loustau, tourné à Sète, sur le milieu des petits patrons de pêche.

"La fille du patron", Wild Side Vidéo, 14,99 euros le DVD

 

14/05/2016

Un livre sur l'entourage de Marilyn Monroe

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Quintessence de la vedette hollywoodienne, Marilyn Monroe, plus d'un demi-siècle après sa mort prématurée, reste un mystère, une légende. Tout (et son contraire) a déjà été écrit sur sa vie, son œuvre et surtout les derniers mois de sa vie. Sébastien Cauchon, présenté comme un "cinéphile et collectionneur, spécialiste de Marilyn Monroe", apporte un nouvel éclairage sur les dernières semaines de la vie de l'actrice. Pour cela il dresse le portrait de douze proches ou collaborateurs, ayant partagé les derniers moments de l'inoubliable interprète de "Certains l'aiment chaud" ou des "Misfits". Il y a Eunice, sa femme de compagnie, celle qui lui a trouvé la maison à Hollywood où elle a tenté de retrouver le goût de vivre, en vain. Inez, la comptable, Ralph, le psychanalyste ou Evelyn la doublure. Tous étaient dans le premier cercle, employés mais aussi amis de la jeune actrice en plein doute existentiel. Était-elle finie comme certains le prétendaient ? Sa beauté du passé, son talent une vue de l'esprit ? Sans donner de véritable explication sur le suicide, Sébastien Cauchon, en décrivant l'entourage, la vie quotidienne, plante un décor et une intrigue qui ne peut que se terminer de cette façon...

"Marilyn 1962" de Sébastien Cauchon. Stock. 18 euros.

12/05/2016

Cinéma : faites votre propre festival de Cannes

Si les stars du cinéma sont à Cannes, quelques films présentés en exclusivités sur la croisette sortent dans la foulée. Woody Allen ce mercredi, Jodie Foster jeudi et le Bruno Dumont vendredi.

Jusqu'au 22 mai, la planète cinéma vivra sur le tempo imposé par le festival de Cannes. Des œuvres fortes, des auteurs originaux, des acteurs d'exception... Le tout réservé aux festivaliers. Enfin pas complètement car le Festival de Cannes, chaque année, permet à quelques films de profiter de cette exposition médiatique mondiale pour assurer une promotion à leur sortie française. Et cette année, le public est chanceux car de nombreux films, le jour même de leur présentation sur la Croisette, seront à l'affiche dans les salles.

Le film d'ouverture, hors compétition, sera le premier à ouvrir le bal dès aujourd'hui. "Cafe Society", de Woody Allen, se passe à Hollywood dans les années 30. Un jeune Américain, devenu coursier, tombe amoureux d'une starlette. Amours compliquées dans un milieu où tout est possible. Cette comédie au cours de laquelle Woody Allen retrouve les USA et l'époque bénie de la gloire du cinéma, met en vedette Jesse Eisenberg et Kristen Stewart. Du moins ce sont les têtes d'affiche jeunes et bankables présentées sur les marches. Dans le film, ce sont surtout Steve Carell et Blake Lively qui sont sur le devant.

Demain jeudi, nouvelle sortie décalée dans les cinémas de la région avec Monster Money, nouveau film de la très francophile Jodie Foster. Celle qui a fait ses premiers pas à Cannes dans les années 70, encore adolescente (notamment dans Taxi driver), revient présenter son film, lui aussi hors compétition. Casting de rêve pour ce film avec George Clooney et Julia Roberts. L'histoire d'un présentateur vedette de la télé américaine qui donne des conseils financiers à ses auditeurs. Mais l'un d'entre eux, ruiné, décide de prendre en otage en direct son mauvais conseiller. Le film a des airs de réquisitoire contre les médias et la finance. A découvrir dès demain.

Drôles de flics

Vendredi, place à Ma Loute" de Bruno Dumont. Premier film en compétition qui sort le jour même de sa présentation au jury présidé par George Miller (lire ci-contre). Cannes synonyme de prise de tête ? Pas toujours puisque dimanche c'est "The Nice Gys" qui sera dévoilé et programmé dans la foulée dans les cinémas de la région.

Le film de Shane Black est une comédie qui s'annonce désopilante avec deux monstres du cinéma américain en contre-emploi : Ryan Gosling et Russel Crowe. Ils interprètent des détectives privés calamiteux chargés d'enquêter sur le prétendu suicide d'une starlette. Humour à tous les niveaux avec côté féminin la sublime Kim Basinger et la non moins charmante Margaret Qualley, vue dans Palo Alto et fille d'Andy McDowell.

Enfin mardi soir, sortie du nouveau Pedro Almodovar, "Julieta", également en compétition au festival. Mais nous en reparlerons la semaine prochaine...

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"Ma Loute", un Bruno Dumont burlesque

Certains réalisateurs, une fois primés à Cannes, reviennent régulièrement au festival. Cette année plusieurs habitués sont dans la sélection, de Xavier Dolan aux frères Dardenne en passant par Olivier Assayas et Bruno Dumont. Ce dernier, multiprimé avec La vie de Jésus, L'Humanité ou Flandres, change totalement de genre.

Vendredi "Ma Loute" sera diffusé pour la première fois et immédiatement programmé dans les cinémas de la région. Bruno Dumont, cinéaste du Nord (devenus "Hauts de France"...) plante une nouvelle fois ses caméras sur la côte d'Opale. Il abandonne le drame social pour le burlesque. Une seconde incursion après le feuilleton "Mon p'tit Quinquin" diffusé avec succès sur Arte. Dans les années 1910, il suit quelques extravagants bourgeois interprétés par Fabrice Luchini, Juliette Binoche et Valeria Bruni Tedeschi. Une histoire de passeurs, de belles maisons mais aussi de meurtre et d'enquête policière. Comme dans la série télé, les deux flics, interprétés par des acteurs amateurs, semblent totalement surréalistes. Un duo comique absolu où l'on retrouve toute l'originalité du réalisateur qui aime plus que tout les gueules cassées, sortant du cadre, du moule. C'est aussi le cas de Brandon Lavieville, incroyable interprète du personnage qui donne son nom au film. A ne pas manquer, dès vendredi dans vos salles !

07/05/2016

Cinéma : Tu ne seras pas un vendeur mon fils !

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Premier film de Sylvain Desclous, "Vendeur" permet au spectateur de plonger dans le monde impitoyable de la vente de cuisines. Présenté comme ça, le film n'est pas très alléchant. Et pourtant il ne manque pas d'intérêt grâce à ce décalage entre un sujet peu vendeur (justement !) et une réflexion beaucoup plus profonde sur le monde du travail et la transmission de père en fils. Comme pour "La loi du marché", il s'agit d'un long-métrage social, entre dénonciation et résignation d'un modèle économique aliénant, tant pour les vendeurs que les acheteurs. On n'en sort pas indemne, plein de questionnement sur sa propre utilité (ou nuisance) dans ce monde à bout de souffle et totalement dénué d'humanité.

Serge (Gilbert Melki) est le meilleur. Ce vendeur fait exploser les chiffres. Il propose ses services aux plus offrants, allant de magasin en magasin, au volant de sa voiture sportive, comme une légende transformée en réalité. La journée il cajole les clients, les persuadant d'acheter des cuisines forcément trop chères pour leur budget. Mais le crédit à taux variable n'a pas été inventé pour les chiens. Les pigeons par contre...

Le soir, il brûle son pactole dans des bars huppés, en champagne et cocaïne, fréquentant des prostituées qui lui donnent un semblant d'amour. Pourtant Serge a dû avoir une vie normale dans le passé. Il a un fils, Gérald (Pio Marmai) qu'il voit occasionnellement. Gérard n'a pas suivi les traces de son père que l'on devine très absent dans sa jeunesse. Il a ouvert un restaurant avec sa compagne. Mais l'Urssaf l'a rattrapé. Criblé de dettes, il doit fermer son établissement et demande à son père de le recommander pour devenir, comme lui, vendeur dans un magasin de cuisines.

Vendre ou ne pas vendre ?

Autant Serge n'a aucun scrupules à gruger ses clients, autant Gérald refuse de vendre pour vendre. Conséquence, ses résultats sont mauvais et le patron (Pascal Elso) le vire. Serge intervient pour lui sauver la mise, donne des conseils et le fils, excellent comédien, se met dans le rôle du vendeur, multipliant les contrats. Avec les dérives classiques : alcool, filles faciles et perte de la notion de réalité. Serge, malade, se désespère de voir son fils devenir, comme lui, un bloc d'égoïsme et d'arrivisme. Mais comment empêcher la mauvaise graine de pousser quand c'est soi-même qui l'a semée et renforcée à grands coups de conseils comme de l'engrais puissant ?

Bourré d'anecdotes sur ce monde très particulier de la vente, le film est parfois un peu lent. Par contre il n'est jamais manichéen. S'il y a des vendeurs, c'est qu'il y a des acheteurs. Les dérives ne sont que les conséquences de patrons avides de chiffres d'affaires, de records et autres "performances" pour plastronner dans les foires et salons. Le film dénonce ces pratiques, mais se penche surtout sur l'incompréhension entre un père et son fils. Sa force est de ne pas faire la morale ni l'apologie d'une pratique contre une autre. Chacun est libre. La rédemption, si elle existe, n'est que le fruit d'une prise de conscience personnelle.

La fin du film est optimiste. Elle aurait tout aussi bien pu être dramatique.

08:56 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vendeur, melki, marmai, desclous

06/05/2016

DVD et blu-ray : Le capitalisme se mord la queue dans "The Big Short"

big short, mckay, pitt, bale, carell, gosling, paramountPire que les attentats de septembre 2001, la crise des subprimes aux USA a failli mettre tout un pays à genoux en 2007. Un scandale financier aux répercussions mondiales, jetant des millions d'Américains à la rue, incapables de rembourser les emprunts immobiliers généreusement attribués par des banques totalement dénuées d'éthique. Cette bulle financière est au centre du film d'Adam McKay intitulé "The Big Short" et sous-titré "Le casse du siècle". Les sommes en jeu sont astronomiques. Ce ne sont pas quelques millions de dollars que certains traders ont perdus (ou gagnés) en spéculant, mais des dizaines de milliards.

La distribution est époustouflante. Le carré d'as d'Adam McKay est composé de Christian Bale, Steve Carell, Ryan Gosling et Brad Pitt. Le premier interprète le Dr Michael Furry, un gestionnaire de fonds. Le seul, bien avant tout le monde, à avoir pris conscience de la fragilité de ces obligations composées de prêts "pourris". Cet homme asocial, qui ne sait pas interagir avec les autres humains, ne comprend qu'une seule chose : les chiffres. Il a décortiqué des milliers de prêts hypothécaires pour se persuader que tout cela n'était pas viable. Après quelques projections, il a la certitude que tout va s'écrouler en 2007.

 

D'autres ont la même démarche. Mark Baum (Steve Carell), investisseur certainement trop idéaliste, trouve là une occasion rêvée pour dénoncer l'inconscience des banques, aidées dans leur "complot" par les agences de notation. Enfin deux jeunes geeks (John Magaro et Finn Wittrock) sentent eux aussi le coup parfait pour profiter de la cupidité d'un système en roue libre. Le paradoxe de toute cette affaire, c'est que les seuls qui ont eu l'intuition de l'arnaque, vont eux aussi profiter du système. En prédisant la chute des subprimes, ils savent que leurs mises de départ vont être multipliées par 100.

Face à la dégringolade du marché, le gouvernement US intervient, sauve les banques. Par contre il n'a rien fait pour les milliers de contribuables qui ont tout perdu. Le film d'Adam McKay dénonce aussi cet état de fait. Et surtout il annonce que loin d'avoir compris la leçon, certains organismes financiers ont mis en place de nouvelles obligations, copies conformes des subprimes. Quelques gagnants, des millions de perdants, telle est la logique de ce capitalisme triomphant.

"The Big Short, le casse du siècle", Paramount, 20 euros le DVD, 25 euros le combo DVD + blu-ray.

 

30/04/2016

Cinéma : Dalton Trumbo, sa vie est un scénario

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Il a remporté deux Oscars du meilleur scénario. Mais jamais en son nom propre. Américain et communiste, Dalton Trumbo a dû subir les foudres du maccarthysme. Jay Roach en a fait un film.

Si Hollywood a transformé le cinéma en véritable industrie, cela n'a pas empêché l'éclosion de talents singuliers. Pour faire un bon film, il faut de l'argent, des stars mais surtout et avant tout une bonne histoire. Même s'ils ne sont pas les plus célèbres, les scénaristes sont à la base de tous les succès. Une vérité qui a traversé les âges et les modes. Durant les années 50, en pleine Guerre froide, certains auteurs progressistes ont fait le choix d'adhérer au parti communiste. Un militantisme qui n'était pas du goût des plus « patriotes ». Sous prétexte de contrer un complot de l'intérieur, certains politiques ont stigmatisé ces artistes sur leurs choix politiques. Une liste noire a donc été élaborée sur dénonciation.

Liste noire

Des milliers d'hommes et de femmes qui ont tout perdu du jour au lendemain. Licenciés, chassés de leurs maisons, mis en prison : cette période peu reluisante de l'histoire des USA a pris fin dans les années 60 avec l'arrivée de Kennedy au pouvoir. Hollywood, pour faire un exemple, a convoqué dix créateurs devant une commission d'enquête du Congrès.

Parmi eux: Dalton Trumbo (Bryan Cranston). Écrivain, reconverti dans l'industrie cinématographique, il invente des histoires comme d'autres fument les cigarettes : les unes après les autres. Le film de Jay Roach, basé sur des documents d'archives, reprend minutieusement la descente aux enfers de cet homme pourtant exemplaire. Il perd son titre de scénariste le mieux payé au monde et passe une année en prison à subir les humiliations des gardiens et des autres détenus. A sa sortie, il est sur la liste noire. Interdiction aux producteurs de l'employer. Il devra accepter des travaux alimentaires, sous pseudonymes, pour subvenir aux besoins de sa famille. Cela ne l'empêche pas d'être toujours aussi brillant, il remporte ainsi deux oscars du meilleur scénario pour « Vacances romaines » (1953) et « Les clameurs se sont tues » (1957).

Le chemin sera long avant de pouvoir de nouveau signer de son véritable nom. Il reviendra sur le devant de la scène en participant à deux chefs-d'œuvre que sont « Spartacus » avec Kirk Douglas et « Exodus » d'Otto Preminger. Le film de Jay Roach est un biopic comme sait si bien les réaliser la fameuse industrie d'Hollywood. Avec beaucoup de pathos quand les relations du héros avec sa femme (Diane Lane) se dégradent ou qu'il doit faire face à la rébellion de sa fille adolescente (Elle Fanning dans un rôle à 1000 lieues de la petite princesse de Maléfique). L'homme est charmeur, borné, brillant et talentueux. Avec tant de qualités, on ne peut qu'avoir beaucoup d'ennemis.

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 Une peau de vache avec un beau chapeau

dalton trumbo, usa, communisme, scénariste, hollywoodLes fameux "dix d'Hollywood", scénaristes et réalisateurs américains accusés d'être membres du parti communiste, ont bataillé contre le syndicat des acteurs dirigé par John Wayne et Ronald Reagan. Mais leur pire ennemie fut Hedda Hooper (Helen Mirren). Ancienne actrice du muet, elle quitte le feu des projecteurs durant les années 40. Sa reconversion dans le journalisme lui permet de toujours briller en société. Elle tient une rubrique de potins sur le tout Hollywood. Rubrique très suivie. Mais elle est aussi très extrémiste dans ses avis. Elle profite de sa tribune et de sa notoriété pour détruire ceux qui ne lui plaisent pas. Dans le film, elle prend Dalton Trumbo comme tête de turc. Véritable peste, capable de tous les chantages pour arriver à ses fins, elle est la "méchante" du film. Pour l'interpréter, Helen Mirren fait des prouesses. Pas évident de jouer avec des chapeaux farfelus, signe de reconnaissance d'Hedda Hooper, qui, en plus de ses opinions politiques exécrables, manquait horriblement de bon goût.

24/04/2016

DVD et blu-ray : Que la Force envahisse votre télé

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Après la conquête du monde à travers les salles obscures, le septième volet de Star Wars débarque chez vous, en blu-ray et DVD. Un peu plus de 10 millions de spectateurs ont acheté un ticket pour aller découvrir la suite très attendue de la saga de George Lucas.

Cinq mois après sa sortie au cinéma, le film de JJ Abrams s'attaque au marché du DVD et du blu-ray. Une déferlante impressionnante part à l'assaut des foyers français. Impossible d'éviter le phénomène, même dans les coins les plus reculés des campagnes. Petit rappel : une vingtaine d'années après la fin du premier cycle, la République se bat toujours pour la liberté. À la tête des armées, la Princesse Leia joue son rôle de force tranquille. Le côté obscur est mené par Snoke avec pour factotum Kylo Ren (Adam Driver). Pour le contrer, la jeune Rey aidée de Finn, un soldat renégat. Le trio de "jeunes" face aux trois anciens. Si Han Solo joue un rôle central et continu, Luke Skywalker n'intervient qu'en dernier ressort, comme pour donner l'envie de voir la suite.

Le scénario ne brille pas par son originalité, mais est le plus fidèle aux trois premiers films de George Lucas. La nostalgie joue à fond, avec cependant suffisamment de nouveautés pour attirer les jeunes spectateurs. Cette édition vidéo propose quantité de bonus (uniquement avec le blu-ray). On peut notamment découvrir quelques scènes coupées qui n'apportent rien à l'intrigue, mais prouvent combien JJ Abrams s'est investi dans ce projet dantesque.

Très instructif également la genèse de BB8, le robot rond et véloce, fidèle à Rey et parfait dans le rôle de compagnon numérique. On apprend notamment qu'il est né sur un coin de nappe, de la main même du réalisateur et comment il est animé par des marionnettistes surdoués.

 

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Trois conditionnements

 

Le réveil de la Force bénéficie de trois conditionnements. Le DVD est le moins cher mais il n'y a aucun bonus. Donc réservé aux rares qui n'ont pas déjà vu le film lors de sa sortie. Les bonus sont par contre très copieux pour la version blu-ray. De plus la haute définition est préférable pour un film bourré d'effets spéciaux. Sur le blu-ray réservé aux bonus, un long documentaire sur le « réveil de la saga », quelques scènes coupées et surtout un reportage sur la première lecture du scénario, avec autour d'une table les anciens et les nouveaux personnages. Les passionnés feront certainement l'acquisition de ces même blu-ray, mais dans un boitier métal du plus bel effet. Par contre, il ne semble pas exister encore de version 3D ou 4K.

 

 

Rendez-vous le 14 décembre

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Depuis son rachat par Disney, l'univers Star Wars est très présent. La machine, lancée par le 7e volet, est également l'occasion de développer des histoires parallèles. Si l'épisode 8 est attendue fin 2017, les fans ne resteront pas sur leur faim avec dès le 14 décembre 2016 la sortie de « Rogue One ». Situé entre les épisodes III et IV de la saga originelle, ce film de Gareth Edwards (Godzilla) racontera comment un commando rebelle se lance dans une mission pour voler les plans de l'Etoile Noire. L'occasion de découvrir de nouveaux personnages, de retrouver des robots connus et peut-être d'en savoir un peu plus sur l'origine de Rey...

 

 

20:11 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : star wars, disney, lucas, dvd

16/04/2016

Blu-ray : Tout le génie de Kurosawa dans une version restaurée de "Ran"

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Le film ne date que de 1985 mais nécessitait déjà une restauration. "Ran", chef d'œuvre d'Akira Kurosawa, vient d'être remis à neuf, à partir de la copie d'origine, afin d'être vu sur les nouveaux écrans bénéficiant de la technologie HD4K. Kurosawa, incompris dans son pays, incapable de financer ses réalisations, trouve des producteurs audacieux en France. Serge Silberman (à qui l'on doit tous les films de Bunuel), investit plusieurs millions de dollars dans cette immense production. Construction de châteaux, 1400 figurants et autant d'armures, 200 chevaux et des centaines de costumes tous cousus à la main : le chantier est gigantesque.

A l'arrivée, ce sont 2 h 40 d'une beauté et d'une force jamais égalées. Dans le Japon du XVIe siècle, le seigneur Hidetora Ichimonji décide de se retirer et de partager son domaine entre ses trois fils, Taro, Jiro et Saburo. Il lègue le clan à l'aîné et renie le plus jeune, trop effronté. Mais l'épouse de Taro profite de sa position pour intriguer. Elle désire la perte de Hidetora. Le vieil homme, dépossédé de tous ses biens au terme d'une bataille sanglante, tombe dans la folie. Seul son plus jeune enfant tente de l'aider. En vain.

Tiré en partie de la tragédie du Roi Lear de Shakespeare, "Ran" montre un Japon féodal où traitrise et honneur sont légion. Cette édition restaurée est complétée par des heures de bonus, notamment un documentaire sur le tournage éprouvant sur les pentes du mont Fuji.

"Ran", Studiocanal, coffret deux blu-ray, 24,99 euros

 

08:20 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ran, kurosawa, studiocanal

15/04/2016

Cinéma : Fritz Bauer, chasseur de nazis

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S'il est présenté comme un "héros allemand" dans le film de Lars Kraume, Fritz Bauer était bien seul quand il tentait de juger, en Allemagne, les nazis en fuite.

Un homme en colère et impuissant. Tel est Fritz Bauer (Burghart Klaubner), procureur chargé des enquêtes spéciales à la fin des années 50 en Allemagne de l'Ouest. D'origine juive, il a connu la prison durant les années 30 quand il était membre de la social-démocratie. Libéré, il trouve refuge au Danemark puis en Suède. On ne le sait pas toujours, mais des hommes ont tenté de s'opposer à la montée du nazisme. A la fin de la guerre, il fait partie des rares juifs à avoir choisi de revenir dans son pays. Pour le servir. Ce juriste d'exception n'a qu'une envie : que les criminels de guerre en fuite soient jugés dans leur pays. Une obligation si la nouvelle Allemagne veut tirer un trait sur ce passé d'abominations. Sa colère vient des oppositions rencontrées dans son travail. Beaucoup de fonctionnaires de la démocratie chrétienne sont en réalité des nazis blanchis qui continuent à protéger les responsables de la solution finale. "Nos enquêtes n'avancent pas" hurlent-ils à ses adjoints dont le jeune Karl Angermann (Ronald Zehrfeld).

Sur la piste d'Eichmann

Il tente de mettre en place le procès des gardiens d'Auschwitz (lire ci-contre) mais surtout espère capturer des officiers qui ont trouvé refuge en Argentine. La lettre d'un ancien déporté, lui-même exilé près de Buenos Aires lui redonne espoir. Adolf Eichmann, le grand organisateur de la déportation de millions de Juifs, vivrait tranquillement sous une nouvelle identité. Problème, si Bauer dit à la police allemande qu'il a repéré la cache de ce criminel, des taupes risquent de prévenir immédiatement le tueur nazi. Le film de Lars Kraume tourne autour de ce cas de conscience. Il existe une solution pour qu'Eichmann soit capturé : le Mossad israélien. Mais donner ses informations aux services secrets de Tel Aviv pourrait le conduire en prison. Il choisit finalement cette solution, se justifiant auprès d'Angermann "Si l'on veut sauver notre pays, il faut savoir le trahir". Eichmann sera capturé, jugé en Israël et pendu. Fritz Bauer poursuivra son combat. Jusqu'à sa mort en 1968. Plus qu'un biopic, ce film est une œuvre de salubrité publique pour les générations actuelles.

Fritz Bauer était effectivement seul contre tous à l'époque. Mais son opiniâtreté l'a transformé en héros allemand. Quant aux procès Auschwitz, ils ont duré de longues années. Un des derniers devait s'ouvrir aujourd'hui, mais Ernst Tremmel, qui avait 19 ans à l'époque des faits, est mort la semaine dernière, à 93 ans.

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 Un second film sur le même sujet sensible

Comme s'il fallait plusieurs générations pour comprendre, les jeunes cinéastes allemands actuels s'intéressent à cette période compliquée de l'après-guerre. La partition du pays entre Ouest et Est occupait tous les esprits. Le nazisme semblait une période à oublier. Place à la reconstruction. Mais dans les administrations, certains procureurs particulièrement attachés à la justice, se sont battus pour que les responsables et tous leurs auxiliaires soient jugés pour les millions de morts de la Shoah. "Le labyrinthe du silence" de Giulio Ricciarelli, sorti récemment en DVD (Blaq out), revient sur le même sujet que "Fritz Bauer, un héros allemand". Il raconte l'histoire d'un jeune procureur à peine sorti de l'école, cantonné aux infractions routières. Il découvre avec stupéfaction l'existence des camps d'extermination. Et les horreurs qui y ont été commises par l'armée allemande. D'une rigueur absolue, il considère que tout meurtrier doit être poursuivi. Même s'il a commis ses crimes en tant que soldat "obligé" d'obéir aux ordres de ses supérieurs. Il va tenter de retrouver le maximum de ces tortionnaires en recueillant le témoignage des rescapés. Mais le chemin est long, semé d'embûches, tel un véritable labyrinthe où il est vite fait de se perdre. Il croise à un moment le chemin de Fritz Bauer (interprété dans ce premier film par Gert Voss) qui ne pourra que lui conseiller de persévérer.

 

DVD : "Un plus Une", un Lelouch exotique

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Malgré la présence de Jean Dujardin au générique, la véritable vedette de "Un + Une", dernier film de Claude Lelouch, est l'Inde. Le long-métrage, tourné sur place, au milieu de millions de figurants, raconte la rencontre entre un homme désinvolte et une femme sérieuse et spirituelle (Elsa Zylberstein). Tout les oppose mais ils sont attirés l'un vers l'autre. Le DVD propose un making-of très complet et de longues interview des acteurs et les conséquences dans leur vraie vie de ce tournage particulier.

"Un + une", Metropolitan, 12,99 euros le DVD, 20 euros le blu-ray

 

08/04/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Flatulences mortuaires

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Les cinéastes comme tous les artistes peuvent se contenter de touiller les bonnes recettes à l'infini. Style le troisième volet des Visiteurs. Et puis il y a les autres, ces frapadingues toujours à la recherche de ce qui ne s'est jamais fait.

Dans le genre, "Swiss Army Man" des Américains Daniel Kwan et Daniel Scheinert (sortie mi-juin en France) en impose. Production indépendante très remarquée au festival de Sundance, deux stars s'affichent au générique : Paul Dano et Daniel Radcliffe. Le premier s'est fait connaître dans "Little Miss Sunshine", le second est l'interprète d'Harry Potter.

 

 

 

Paul Dano dans "Swiss Army Man" se coule dans la peau d'un naufragé solitaire sur une île déserte. À bout, il décide de se pendre quand il aperçoit sur la plage un homme étendu. Il oublie son suicide et court secourir Daniel Radcliffe sauf que lui est vraiment mort. Première bizarrerie, une des vedettes tient le rôle d'un cadavre. Ne supportant plus la solitude, Paul Dano transporte le cadavre à travers la jungle, joue avec lui comme avec une grosse peluche, découvre qu'il peut émettre quelques sons, notamment de puissantes flatulences (je ne m'étendrai pas sur l'état du corps d'un noyé.) Seconde bizarrerie, ces gaz vont permettre au héros de survivre, de retrouver espoir et même de fuir l'île en transformant Radcliffe en jet-ski. Faut-il vous faire un dessin pour expliquer le mode de propulsion ?

Tout cela raconté par des critiques, semblait vraiment n'importe quoi. Depuis 24 heures la bande-annonce est en ligne. Harry Potter est peut-être mort sais son interprète pète toujours... la forme.

DVD : Stand-up mortel pour Lenny

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Bob Fosse, chorégraphe de génie, n'a que peu tourné de films. Il a cependant rapidement atteint l'excellence. Quand il sort "Cabaret" en 1972, il ne se doute certainement pas que cette histoire remporterait 8 Oscars. Pour son projet suivant, "Lenny", il change de registre. Terminé le musical, place au biopic. En noir et blanc qui plus est.


Lenny de Bob Fosse, extrait 3 Sortie le 13... par carlottafilms

Lenny Bruce, dans les années 50 et 60, a révolutionné la scène comique américaine. Après des débuts assez quelconques, il décide d'abandonner blagues potaches et imitations laborieuses pour improviser sur l'actualité. Il attaque les grands de ce monde et surtout se permet des réflexions sur le racisme ou le sexe. Une parole libérée qui ne plaît pas aux autorités. Il va être harcelé par la police et la justice, jusqu'à sa mort par overdose en 1966. Le film de Bob Fosse, avec Dustin Hoffman en vedette, a remporté un immense succès en 1974. L'occasion de le redécouvrir dans cette version remastérisée, accompagnée d'un livret très complet de Serge Blumenfeld sur les conditions de tournage, la véritable vie de Lenny ou la suite de la carrière, peu reluisante, de Valerie Perrine, interprète de la femme de Lenny, stripteaseuse droguée souvent très émouvante par sa simplicité.

"Lenny", Wild Side Vidéo, combo blu-ray, DVD et livret, 29,99 euros

 

07/04/2016

Cinéma : La liberté, un "avenir" intimidant

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Une femme découvre la liberté quand son mari la quitte et que sa mère meurt. Mais comment trouver sa place quand on se considère comme finie ? Un film comme un devoir de philosophie.

 

 

Jeune réalisatrice de 35 ans, Mia Hansen-Løve a déjà un beau CV derrière elle. Enrichie d'une prestigieuse récompense, celle de meilleure réalisatrice au dernier festival de Berlin pour "L'avenir". Ce film, directement inspiré de la vie de ses parents, est un long questionnement sur le sens de la vie et de l'enseignement. Nathalie (Isabelle Huppert) est professeur de philosophie. Elle vit dans un bel appartement parisien en compagnie de son mari, Heinz (André Marcon), lui aussi professeur. Nathalie a deux enfants devenus adultes et un parcours professionnel exceptionnel. Elle enseigne à des terminales et repère les meilleurs éléments comme Fabien qu'elle a poussé à devenir Normalien. Mais à l'orée de la cinquantaine, cette femme, au quotidien très formaté, voit son existence bouleversée.

Élève modèle

Premier signe, elle ne comprend plus ces jeunes en grève pour l'avenir de leur... retraite. Ensuite son mari lui apprend qu'il a rencontré une femme et va la quitter. Enfin sa mère (Edith Scob, lire ci-contre), tombe malade et devient dépendante. Quand elle meurt, ce sont toutes les chaînes de la vie de Nathalie qui se brisent. Elle se retrouve seule, sans rien devoir à personne. Un tourbillon de liberté qui la déstabilise. Elle va se tourner vers son petit prodige, Fabien, mais là aussi l'incompréhension règne en maître. Dans le rôle principal, Isabelle Huppert rend parfaitement le questionnement froid et très philosophique de cette femme perdue dans un monde qu'elle ne comprend plus. La faute à son embourgeoisement sans doute. Ou cette volonté d'être utile, de prendre en charge la vie de ses proches comme un défi permanent. Son tête à tête avec le chat de sa mère est à ce niveau très symbolique. Le film, parfois un peu trop bavard, retrouve grâce et luminosité quand Nathalie passe quelques jours dans le Vercors, dans la communauté libertaire fondée par Fabien. Une dernière évidence pour cette femme du passé qui a pourtant un avenir à construire. Lequel ? Le film ne le dit pas. Mais il reste positif, comme toutes les réalisations de Mia Hansen-Løve.

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Edith Scob : cinq décennies de seconds rôles

avenir,huppertDans le rôle de la mère dépressive et tyrannique de Nathalie, on retrouve un visage bien connu du cinéma français. Cela fait près de 50 ans qu'Edith Scob incarne un certain type de femme, racée et hautaine. Son premier rôle marquant, elle le doit à Georges Franju. Elle y interprète une des pensionnaires de l'asile psychiatrique de "La tête contre les murs". Ce même Franju lui offre un nouveau rôle de composition avec "Les yeux sans visage", film fantastique terrifiant. La frêle jeune fille va enchaîner les tournages, tant dans des productions populaires ("L'été meurtrier", "Sœur Thérèse.com") que des films d'auteurs, notamment avec Rivette ou Bunuel. Mais elle ne sera jamais en vedette. Une position qu'elle conservera au gré des décennies. Maintenant âgée de plus de 70 ans, elle est abonnée aux 'vieilles' psychorigides, voire carrément folles. Elle expliquait toute la difficulté d'aimer de Benoît Poelvoorde dans "Famille à louer". Dans "L'avenir", elle ne supporte pas les ravages du temps, se conduit comme une fillette capricieuse avec sa fille qui accourt au moindre problème. Elle est souvent dans le même registre, mais toujours avec justesse.

10:03 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : avenir, huppert

Cinéma : Marguerite et Julien, enfants maudits

 

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Le scénario original est de Jean Gruault. Destiné à François Truffaut, il est longtemps resté au fond d'un tiroir. Œuvre sulfureuse et oubliée, elle est exhumée par Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm qui la transforment en fable tragique portée par l'interprétation d'Anaïs Demoustier, exceptionnelle dans le rôle de cette jeune femme passionnée, exclusive, désespérée.

Marguerite aime Julien. Julien aime Marguerite. Mais ils sont frère et sœur. Une passion scandaleuse qui va aller jusqu'au meurtre. Le film, dans sa version DVD, offre un passionnant entretien avec le scénariste de cette œuvre inclassable. Jean Gruault se confie en toute franchise, quelques mois avant sa disparition.

"Marguerite et Julien", Wild Side Vidéo, 12,99 euros

 

 

01/04/2016

DVD :  Le juge amoureux

 

Intelligent, beau, fluide et passionnant : "L'hermine" de Christian Vincent offre à Fabrice Luchini un grand rôle très éloigné de ses trop fréquents cabotinages. Il n'a pas remporté le César pour l'interprétation de ce président de cour d'assises, par contre sa partenaire dans le film, Sidse Babett Knudsen a décroché celui de meilleur second rôle féminin. Luchini s'est consolé avec le prix de l'interprétation au festival de Venise. Des prix mais surtout un film passionnant, notamment pour les amateurs d'histoires judiciaires.

"L'hermine", Gaumont, 19,99 euros