07/01/2016

Cinéma : Le coupable était trop beau

Coupable parfait, un chauffeur de taxi va passer plusieurs mois en prison. 'Arrêtez-moi là', film implacable de Gilles Bannier avec l'excellent Réda Kateb.

Une erreur judiciaire est souvent la somme d'autres erreurs, petites mais graves de conséquence. "Arrêtez-moi là", film de Gilles Bannier, décortique le fonctionnement de la police et de la justice, énorme machine qui broie les innocents quand tout les accuse. La 'victime' est chauffeur de taxi. Samson (Réda Kateb) aime ce métier plein de paradoxes. Il permet de travailler en solitaire tout en rencontrant des gens tous très différents les uns que les autres. Samson, célibataire calme et sans histoire, apprécie d'autant son emploi qu'il lui permet de passer ses journées en compagnie de son chat et d'écouter de la bonne musique.

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A Nice, il récupère à l'aéroport une jeune femme (Léa Drucker) et la conduit à Grasse. Sur place, Samson va accumuler les petites erreurs qui vont transformer sa vie en cauchemar. Il accepte d'entrer dans la maison de sa cliente le temps qu'elle fasse l'appoint. Il en profite pour aller aux toilettes.

Accablant

Seconde erreur, il laisse ses empreintes digitales sur la fenêtre ouverte. De retour en ville, alors qu'il a terminé son service, il accepte de transporter gracieusement deux étudiantes éméchées. L'une d'entre elles vomit dans son taxi. Nouvelle erreur quand il décide d'aller immédiatement le laver à la vapeur. Le lendemain, deux policiers sonnent chez lui et lui demandent de le suivre au commissariat. Il se retrouve en garde à vue et ne sera plus libre durant des mois. Un coupable idéal pour des policiers menant l'enquête à charge. La petite fille de la cliente de Grasse a été enlevée dans la soirée. Quand on retrouve les empreintes de Samson sur la fenêtre des WC, son sort est joué. Au cours des interrogatoires, filmés avec brio, dans une tension allant crescendo, Samson comprend petit à petit ce qu'on lui reproche. Et malgré ses dénégations il est mis en examen et écroué. Son avocat commis d'office (Gilles Cohen) ne lui sera d'aucun secours.

Le film, tel un mécanisme de précision, montre comment quelques soupçons se transforment en intime conviction et même en preuves, aussi fragiles soient-elles. Pourtant la fillette n'est pas retrouvée. L'étoile Réda Kateb Et jamais Samson ne modifiera son témoignage. Le spectateur, comme paralysé, ne sait que penser. Il veut croire Samson, mais n'a pas la certitude de son innocence. Arrive le procès, avec son lot de coups de théâtre, d'espoir et de désillusion. Tiré d'une histoire vraie, ce scénario a le mérite de mettre en évidence un concept trop souvent négligé : la présomption d'innocence.

Un film dur et âpre, qui doit beaucoup à l'interprétation parfaite de Réda Kateb, étoile montante du cinéma français.

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Un rôle à César pour Réda Kateb 

réda kateb, bannier, nice, europaOn ne connaît pas encore les acteurs sélectionnés pour les prochains César, mais Réda Kateb devrait faire partie des trois favoris. Cet acteur qui a débuté dans les séries télé après un peu de théâtre impose sa nonchalance et son calme dans tous les personnages qu'il compose. Son charme aussi. Qui passe par une grande douceur. Dans le film de Gilles Bannier, il interprète un chauffeur de taxi. Un métier qu'il a déjà endossé pour le premier film de Ryan Gosling, l'étrange et bizarre 'Lost River'. Une carrière américaine pour ce comédien tout terrain qui a débuté dans 'Zero Dark Thirty'. Il y campe un terroriste torturé par Jason Clarke. L'an dernier on l'a remarqué dans 'Loin des hommes' et le très réussi 'Hippocrate' pour lequel il remporte le césar du meilleur second rôle masculin. Avec 'Arrêtez-moi là', il devrait logiquement monter dans la catégorie supérieure. Il porte le film, présent dans toutes les scènes, passant par tous les états. Mais il aura fort à faire cette année. Il risque de se retrouver confronté à deux monstres : Fabrice Luchini dans 'L'hermine' et Vincent Lindon dans 'La loi du marché'.

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06/01/2016

DVD : Des bruits de la vie au son électro

Zac Efron en DJ surdoué dans 'We are your friends' film musical moderne.

zac efron, dance, electro, musique, studiocanalLes amateurs de musique techno vont adorer ce film de Max Joseph. Pas forcément pour la bande son, de qualité, mais pour l'image résolument positive d'une mode musicale trop souvent décriée. Qui dit musique techno dit drogues, raves sauvages, excès... Aux USA, cela permet aussi à ces magiciens de l'assemblage de sons de bâtir des fortunes en faisant danser des milliers de jeunes et moins jeunes dans des clubs spécialisés ou en plein air. Cole Carter (Zac Efron) est un passionné. Il ne vit que pour la musique électronique. Il mixe et compose sur son vieil ordinateur. Avec ses copains, il tente de percer. Mais la lutte est rude.

Un tournage cool

Sa chance tourne quand il croise la route de James (Wes Bentley), une célébrité de la scène électro californienne. Ils vont travailler ensemble et le petit jeune va rapidement égaler voire dépasser la vedette. Une histoire d'ascension sociale basique, avec des hauts, des bas, une petite critique sociale, un embryon de romance et une scène finale qui rattrape largement les quelques longueurs et lourdeurs de l'ensemble. On vibre sur l'élaboration de ce morceau qui permettra à Cole de passer un cap. Professionnellement et humainement.

Zac Efron est crédible en DJ même si parfois il semble un peu trop « propre ». Dans les bonus du DVD et du blu-ray un reportage explique comment le jeune acteur s'est transformé en véritable DJ, prenant des cours et investissant dans du matériel pour se mettre à niveau. Quelques reportages courts donnent aussi un aperçu de l'ambiance très cool du tournage où la musique était toujours présente.

« We are your friends », Studiocanal, 14,99 euros

 

31/12/2015

DVD : Joann Sfar filme une très jolie oie blanche qui se rebelle

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Adapté d'un roman de Sébastien Japrisot, 'La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil' est un thriller esthétique.

 

 

Dans la catégorie des films que l'on aime avant même de le voir, 'La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil' cumule plusieurs atouts. Le titre. Long et explicite sans en dire trop. Le réalisateur. Joann Sfar, génial avec 'Gainsbourg', toujours très inspiré dans ses bandes dessinées. L'actrice principale. Freya Mavor, rousse incandescente aux jambes interminables et l'air mutin. L'origine. Le script est tiré d'un roman de Sébastien Japrisot. Mais à l'arrivée, on est un peu déçu, comme frustré de ne pas exactement retrouver ce que l'on espérait dans cette somme d'ingrédients alléchants. L'explication on la trouve dans les bonus du DVD. Joann Sfar dans un long entretien de près de 30 minutes, revient sur le projet. Il n'aimait pas le scénario. Mais adorait le roman. Alors il a tenté de trouver un compromis. D'autant que son producteur ne voulait pas qu'il fasse du Sfar. Mais il ne sait rien faire d'autre. Alors il a tourné un film comme il aurait aimé en voir quand il était jeune. Un long clip vidéo de 90 minutes dans lequel on ne peut que tomber amoureux de l'actrice principale. Peu de moyens, zéro figurants, décors sommaires et manquant de liant entre eux, c'est finalement le montage final qui a sauvé le projet de la catastrophe selon le réalisateur qui semble presque renier ce troisième film dans sa carrière, toujours le plus difficile à faire.

S'inventer une vie

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Pourtant, la jeune Dany restera longtemps dans les mémoires de ceux qui ont vu ce thriller ouvertement esthétique (et pas esthétisant). Dany (Freya Mavor) est une secrétaire effacée dans une société de publicité. Elle tape au kilomètre des projets et rapports dictés par son patron Michel (Benjamin Biolay). Ce dernier lui demande de venir chez lui taper un long texte qu'il doit rendre le lendemain. Elle accepte. Ce sera aussi l'occasion de revoir Anita (Stacy Martin), son ancienne collègue qui a terminé dans le lit du patron et l'a épousé. Dany, rousse, naïve, myope et seule, s'imagine dans les bras de son patron. Mais ce dernier l'ignore. Le lendemain, il lui demande de le raccompagner à l'aéroport avec sa voiture américaine, une Thunderbird. Au retour, Dany ne retourne pas à Paris, met le cap au sud pour voir la mer. S'inventer une vie, des aventures… Elle sera servie, se demandant si c'est elle qui a tué cet homme dans le coffre de la voiture. Au point de se demander sir elle n'est pas folle. Véritable film psychologique, faux thriller (même s'il y a effectivement des morts, du sexe et de la violence), 'La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil' est entièrement porté par Freya Mavor. L'actrice anglaise, surtout connue pour son rôle dans la série 'Skins', d'une beauté époustouflante, est filmée avec délicatesse par un Joann Sfar très inspiré.

'La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil', Wild Side Vidéo, 19,99 euros le DVD, 24,99 euros le blu-ray.

 

30/12/2015

DVD : Pour survivre, ne jamais se retrouver à trois

Une fille, deux garçons. Dans un monde post-apocalyptique, les problèmes commencent pour 'Les survivants'.

survivantsQue se serait-il passé si, en plus d'Adam et Eve, Dieu avait imposé la présence d'un deuxième homme ? Ce postulat est au centre du film de Craig Zobel. Dans un monde frappé par une catastrophe nucléaire, toute vie s'est éteinte de la surface de la terre. Toute ou presque. Il reste une zone, en altitude, qui est épargnée par les radiations. Une petite ville qui n'est plus habitée que par une unique survivante, Ann (Margot Robbie). En compagnie de son chien, elle cultive son jardin et trouve le temps long. Un jour elle croise le chemin de Loomis (Chiwetel Ejiofor), un ingénieur qui a lui survécu grâce à une combinaison hermétique qu'il était en train de mettre au point quand la catastrophe s'est déclarée. Il vient de marcher des jours et des jours, à la recherche d'un lieu où il lui serait possible de se défaire de cette seconde peau. Il croit être arrivé au paradis, prend un bain dans une rivière et tombe gravement malade. Il est sauvé par Ann, ravie d'avoir enfin de la compagnie. La science de l'homme alliée à la foi de la femme permettent enfin un peu d'espoir dans ce monde mourant.

La première partie du film, directement sorti en DVD, raconte la rencontre et cet apprentissage mutuel. Les nouveaux Adam et Eve vont-ils surmonter les épreuves ? Pas le temps de répondre qu'un troisième larron entre en jeu : Caleb (Chris Pine). Les problèmes commencent.

Tourné en Nouvelle-Zélande, ce film adapté d'un célèbre roman de SF s'appuie essentiellement sur l'interprétation des trois acteurs. Dans le lot, Chiwetel Ejiofor a la tâche la plus ardue car son personnage est le plus ambiguë. Il s'en tire à merveille et donne un côté inquiétant à l'ensemble.

'Les survivants', Seven Sept, 14,99 euros le DVD, 19,99 euros le blu-ray.

 

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24/12/2015

Cinéma : La Tunisie rebelle et joyeuse d'"A peine j'ouvre les yeux"

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Portrait d'une génération en quête de liberté dans "A peine j'ouvre les yeux", film de Leyla Bouzid sur la Tunisie d'avant la révolution de 2011.

Farah (Baya Medhaffar) n'a pas 18 ans. Elle vient de passer son bac et cette brillante élève l'obtient avec la mention très bien. Cela fait la joie de sa mère Hayet (Ghalia Benali) qui la verrait bien en médecin dans quelques années. Mais Farah a d'autres projets. Son groupe de musique compte plus que ce diplôme. Elle interprète les compositions de Borhène (Montassar Ayari) et va pour la première fois chanter en public.

En quelques plans, Leyla Bouzid, la scénariste et réalisatrice du film "À peine j'ouvre les yeux" décrit le dilemme de Farah, jeune fille déterminée, avide de découverte, d'amour et de liberté. Ce pourrait être simple si l'on n'était pas en 2010, sous le règne de Ben Ali, président tout puissant d'une Tunisie laïque mais étouffée par la censure et la corruption. Ce film autant politique que musical permet de comprendre pourquoi la jeunesse de ce pays a fini par se révolter. Farah, belle et libre, vit sa vie de femme sans contrainte. Elle flirte avec Borhène qui la transcende en muse. Leur complicité, sur scène et à la vie, est belle à voir. Mais ce n'est pas sans heurts ni difficultés.

Des "rêves délavés"

Les textes de Borhène sont engagés. Il se lamente pour son pays : "À peine j'ouvre les yeux, je vois des gens éteints, coincés dans la sueur, leurs larmes sont salées, leur sang est volé et leurs rêves délavés". Des chansons sans conséquence tant qu'elles ne quittent pas le garage où ils répètent, mais dès qu'elles sont interprétées en public, dans un de ces bars de nuit qui attire la jeunesse désœuvrée, les ennuis commencent. Dès le lendemain, Hayet reçoit un message d'avertissement sur son téléphone portable.

Et rapidement la situation se dégrade. Les jeunes musiciens voient les portes se fermer devant leurs tentatives d'organiser des concerts. Jusqu'à ce que Borhène soit interpellé et passé à tabac. La description de cette paranoïa permanente dans une Tunisie espionnée, observée et bridée fait froid dans le dos. Farah, accepte de se mettre en retrait à la demande de sa mère. Mais la tentation est trop forte. Elle retourne dans le groupe, chante des textes de plus en plus engagés. La police va l'enlever. Des forces de l'ordre qui ont tous les droits dans cette dictature qui ne dit pas encore son nom.

On ressort du film la tête pleine de sons et de chansons prenantes. Composées par Khyam Allami et réellement interprétées par la jeune et talentueuse Baya Medhaffar, elles sont l'arme de destruction massive de cette génération en pleine rébellion, avant de faire la révolution. Une année plus tard, l'Histoire bascule. Ce n'est pas dans le film, mais tout le monde sait que le printemps arabe a pris sa source dans ces mouvements lancés par des jeunes qui ont risqué leur vie pour quelques vers de poésie et l'envie de vivre pleinement, loin des carcans, des privations et des brimades. 

Ce film est une ode à la liberté, la jeunesse et la musique.

09:32 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : baya medhaffar, bouzid, shellac

23/12/2015

Un patrimoine cinématographique à redécouvrir

Restaurations remarquables de chefs-d'œuvre du cinéma français.

christian-Jaque, le vigan, disparus, pathé, goupi, pere noel, véryLe cinéma, heureusement, ne se résume pas à des blockbusters. Inventé en France, il a longtemps permis à des artistes de s'exprimer simplement, avec leur cœur et leur âme. Pathé, fort d'un catalogue grandiose, s'est lancé dans la restauration de quelques œuvres légendaires de la production hexagonale. Cinq titres viennent d'être dévoilés, trois des années 40, deux autres plus récents avec Alain Delon en vedette. "Les disparus de Saint-Agil", "L'assassinat du Père Noël" et "Goupi mains rouges" ont pour point commun qu'il s'agit de l'adaptation de romans de Pierre Véry. L'écrivain français, spécialiste du genre fantastico-policier, a mis sa plume au service des meilleurs cinéastes de l'époque.

Christian-Jaque signe peut-être son chef-d'œuvre avec "Les disparus de Saint-Agil". Une histoire palpitante, une bande de gosses d'une rare spontanéité (dont Mouloudji à la voix trainante et dans des rôles de figuration Aznavour et Reggiani) et deux stars de l'époque : Michel Simon et Erich Von Stroheim. Dans ce pensionnat pour garçons, les trois membres de la société secrète des "Chiche-capons" complotent. Leur but : aller en Amérique. Mais en pleine nuit, dans la salle de sciences naturelles, un homme mystérieux apparaît dans l'ombre d'un squelette. Dans les bonus, en plus d'un reportage très complet sur le processus de restauration, Noël Véry, fils du scénariste, mène plusieurs entretiens avec des spécialistes de la littérature populaire, Pierre Tchernia et Robert Rollis dont c'était le premier rôle.

Occupation

Réalisé en pleine occupation allemande, "L'assassinat du Père Noël" est le premier film produit par la Continental, la société française voulue par Goebbels. Toujours Christian-Jaque à la réalisation sur une histoire de Pierre Véry, mais avec Harry Baur en vedette. Entre conte et intrigue policière, l'histoire se déroule aux alentours de Noël, dans un village de montagne isolé par de fortes chutes de neige. Superbes images et décors dignes de la Belle et la Bête rattrapent ce film un peu suranné.

christian-Jaque, le vigan, disparus, pathé, goupi, pere noel, véry"Goupi mains rouges" de Jacques Becker est une satire du monde paysan. Tourné vers la fin de la guerre, il met en vedette Fernand Ledoux mais surtout Robert Le Vigan. Ce spécialiste des seconds rôles (il est également à l'affiche des deux précédents films) interprète Goupi Tonkin, un colon nostalgique de l'Indochine à l'esprit dérangé. Robert Le Vigan, certainement un des plus grands acteurs français du XXe siècle. Sa carrière a cependant été brève. Promis au plus bel avenir, il a fait les mauvais choix durant l'Occupation. Non seulement il a accepté de tourner pour les Allemands, mais il a participé à nombre d'émissions de Radio Paris au cours desquelles il a déversé son fiel antisémite. Il fuit en Allemagne après le débarquement puis il est capturé et jugé. Condamné à dix ans de travaux forcés, il rejoindra l'Argentine au milieu des années 50 où il vivra pauvrement jusqu'à sa mort dans la misère en 1972. Ces trois films permettent de le redécouvrir dans toute sa démesure, notamment quand il est face à Michel Simon dans les "Disparus" où il livre une composition inquiétante et glaciale.

"Les Disparus de Saint-Agil", "L'assassinat du Père Noël" et "Goupi Mains rouges", Pathé, 19,99 euros chaque coffret DVD + blu-ray.

 

18/12/2015

Cinéma : Monsieur Sim, naufragé de la vie

 


A quoi voit-on que l'on devient dépressif ? Quand on se met à parler à son GPS comme Jean-Pierre Bacri dans "La vie très privée de Monsieur Sim", il est souvent trop tard.



Bavard ce monsieur Sim. Dramatiquement bavard, même mortellement ennuyeux. La preuve dans la scène d'ouverture du film de Michel Leclerc. François Sim (comme la carte…) prend place en classe affaires de l'avion qui le conduit en Italie voir son père. Il raconte à son voisin ses récents déboires. Sa femme l'a quitté, il a perdu son travail et est en pleine dépression. Mais il essaie de rebondir. Il a des projets. Qu'il ne pourra cependant pas détailler à son infortuné voisin. Ce dernier a préféré mourir plutôt que de continuer à entendre la litanie de ce dépressif invasif. Le vol à côté d'un cadavre sera une nouvelle histoire à raconter par cet étrange monsieur Sim interprété par Jean-Pierre Bacri.

Souvenirs d'enfance

Adaptée d'un roman de Jonathan Coe, cette histoire mêle allégrement situations hilarantes et grandes désespérances. François Sim ne supporte plus cette solitude. Au point qu'il drague même les jeunes filles dans les aéroports. Poppy (Vimala Pons) hante les halls pour enregistrer des annonces de départs d'avions, sons qu'elle revend à des maris infidèles en mal d'alibis sonores. Poppy est fascinée par ce quinquagénaire qui parle si bien de son ancienne femme Caroline (Isabelle Gélinas). Elle l'invite à une soirée organisée par son oncle Samuel (Mathieu Amalric). François ne délaisse Poppy que le temps de découvrir l'histoire d'un navigateur en solitaire disparu en mer après avoir fait semblant de boucler un tour du monde.
Une destinée qu'il va longtemps ruminer dans son nouveau travail, représentant en brosse à dent. Au volant d'une rutilante Peugeot hybride, il met le cap au sud pour révolutionner l'hygiène dentaire. En théorie. Dans les faits, il retourne dans la ville de son enfance. Retrouve son premier amour et découvre le secret de son père, le secret de sa naissance. Un peu perdu face à ce flot d'émotions, il passe ses nerfs sur Emmanuelle. Elle n'est pas contrariante Emmanuelle. Toujours prête à "recalculer l'itinéraire" puis à donner de bons conseils "restez sur la file de gauche". N'ayant presque plus de relation avec les humains, Sim tombe littéralement amoureux de la voix de son GPS (Jeanne Cherhal).
Le film de Michel Leclerc fait partie des rares œuvres qui vous font aller très loin dans l'introspection. Comme le héros, on se pose des questions sur notre parcours, nos choix, renoncements et mensonges. Cela ne se fait pas toujours sans casse. François Sim, en éclaireur des naufragés de la vie, donne l'exemple. Jean-Pierre Bacri est très convaincant dans ce rôle de "dépressif joyeux", comme le définit le réalisateur du film.
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Jean-Pierre Bacri bougon génial
 


Quand il n'écrit ou ne tourne pas avec sa compagne Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri accepte quelques rôles chez des cinéastes qui ne cachent pas leur admiration face à ce géant du 7e art français. Le personnage de Monsieur Sim semble coller à merveille à ses mimiques entre bougon râleur et éternel optimiste, ravi de la vie. Son visage à la Droopy passe du rire aux larmes avec une étonnante facilité. Il nous touche. Tout le temps. Dans le film de Michel Leclerc, il est clair que François Sim est un grave dépressif qui s'ignore. Son ex-femme lui demande s'il voit quelqu'un. Lui ne s'imagine même pas malade… Pourtant, ce soutien psychologique il se le trouve tout seul dans la voix si harmonieuse de ce GPS si docile. Au point de lui jouer des tours, enchaînant les tours de rond-point comme les enfants de manège, juste pour entendre les hésitations de la machine, perdue dans cette ronde incertaine. Mais tourner en rond ne mène nulle part. Un jour Sim-Bacri va enfin aller de l'avant, vers l'inconnu, vers soi. Un cheminement intérieur qui le bouleverse, comme le spectateur qui oublie les rires de la première partie pour cette difficile remise en cause personnelle et incontournable.

DE CHOSES ET D'AUTRES : Star Wars VII, fort, très fort !

 
Beaucoup de nostalgie, encore plus de combats (dans l'espace et à terre, avec des sabres-lasers), quelques rebondissements, une fin très ouverte : Le réveil de la Force, épisode VII de la saga Star Wars n'a rien du chef-d'œuvre immortel, mais plaira à toutes les générations.
J.J. Abrams, le réalisateur, a essentiellement voulu jouer avec les mythes de sa jeunesse. Sur un canevas presque imposé, il pose ses personnages, ressort de la naphtaline quelques madeleines intergalactiques ou "vieux tas de ferraille" et multiplie les références aux épisodes précédents.
N'attendez pas que je vous révèle les nœuds de l'intrigue. Je ne vous imposerai pas ce que j'aurais eu horreur de subir. Mais comme on s'en doutait un peu, un personnage emblématique de la saga meurt dans cet épisode. Il vaut mieux également réviser l'arbre généalogique des six précédents films pour démêler convenablement les liens de parenté entre les uns et les autres.
Avec un sacré brio, J.J. Abrams instille beaucoup d'émotion dans ce 7e volet. Il peut remercier ses acteurs, anciens comme nouveaux, pour des performances irréprochables. Parmi les nouveaux venus, Oscar Isaac semble sous-exploité, ce qui n'est pas le cas de Daisy Ridley et John Boyega. Quant à Adam Driver, dans un genre radicalement différent, il se révèle aussi bon que dans "Girls", la série de Lena Dunham.
Saluons enfin la fidélité de J.J. Abrams pour certains compagnons de route comme Greg Grunberg (Alias, Super 8, Star Trek) ou Ken Leung (Lost, Person of Interest). On aura beaucoup de plaisir à les retrouver dans l'épisode VIII.

17/12/2015

DVD : Quatre bannis et de la dynamite dans "Sorcerer" de William Friedkin

Renaissance dans un coffret réservé aux cinéastes exigeants de 'Sorcerer' de William Friedkin avec Roy Scheider.

S'il est difficile de prévoir à l'avance le succès d'un film, il est encore plus compliqué de tabler sur son échec. En 1977, quand sort 'Sorcerer' de William Friedkin, tout laisse à penser que cette grosse production, tournée durant près d'une année en pleine jungle de République Dominicaine, attirera autant de spectateurs que 'French Connection' et 'L'Exorciste', les deux précédents films du réalisateur américain. Même si le casting n'est pas au niveau du projet initial (il devait réunir Steve McQueen, Marcelllo Mastroianni et Lino Ventura), l'histoire reste la même : remake du 'Salaire de la peur' de Clouzot. Le film sera un bide retentissant. Deux semaines à l'affiche, peu d'entrées et une déferlante qui va précipiter sa disparition dans les limbes cinématographiques : la sortie de 'Star Wars'.
Friedkin mettra de longues années pour se remettre de cet échec. D'autant qu'il considère ce film comme sa meilleure réalisation. Aujourd'hui encore il persiste quand il prétend qu'il ne changerait rien au résultat final. Il faudra attendre près de dix ans pour qu'il retrouve son brio dans le palpitant 'Police Federale Los Angeles'.
'Sorcerer' est le récit de la rédemption de quatre bannis. Quatre hommes aux destins tragiques, inéluctables. Il y a un tueur à gage sud-américain, Nilo (Francisco Rabal), un terroriste palestinien Kassem (Amidou), un banquier français véreux Serrano (Bruno Cremer) et un gangster américain Scanlon (Roy Scheider).

Tournage en enfer

 



Roy Scheider, à la fin des années 70, est un acteur qui monte. Sa performance dans 'Les dents de la mer' l'a propulsé au sommet. Par contre les autres acteurs, européens, sont totalement inconnus aux USA. C'est certainement le principal handicap de ce film injustement oublié. Sa ressortie en DVD et blu-ray dans un coffret riche de bonus et d'un livret de 50 pages, permet enfin à cette œuvre de bénéficier d'une reconnaissance méritée.
Le scénario est basique. Quatre scènes d'ouverture permettent de présenter les héros. L'un tue sans remords, l'autre pose des bombes dans la foule, le troisième a ruiné sa belle-famille et le dernier, pour quelques milliers de dollars, participe au braquage d'une église. Acculés, recherchés, ils n'ont d'autre solution que l'exil. Un pays d'Amérique du Sud, sur un chantier de forage pétrolier. Quand il faut récupérer des caisses de dynamite instable à plusieurs kilomètres, ils sont volontaires pour conduire les camions. Un long et dangereux périple dans la jungle.
Le tournage, éprouvant, a souvent failli être abandonné. Chaleur, humidité, accident : rien n'est épargné aux équipes. Le long-métrage est finalement achevé dans la douleur, pour le résultat que l'on sait…
Film noir sur le destin et la rédemption, 'Sorcerer' a l'étiquette de production maudite. Le coffret offre un long entretien enregistré en février dernier entre William Friedkin, 80 ans, l'œil vif et la parole taquine et Nicolas Winding Refn, le jeune prodige danois dont le "Drive" est directement inspiré des productions de Friedkin.

'Sorcerer', La Rabbia & Wild Side, 19,99 euros le pack DVD, 24,99 le pack blu-ray.

16/12/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Luke Skywalker pour toujours

Mark Hamill personnifie pour toujours Luke Skywalker. Quasiment inconnu quand George Lucas le choisit pour incarner la vedette de son nouveau film, Star Wars, Hamill n'est pourtant pas un débutant. Il a derrière lui des dizaines d'apparitions dans des séries télé et des téléfilms. Par contre il n'a pas du tout percé au cinéma. Le réalisateur visionnaire, contre l'avis de ses producteurs, ne veut pas de stars dans son film. La véritable vedette doit être l'histoire et les effets spéciaux. Mais le succès aidant, les trois principaux rôles propulsent leurs interprètes au sommet.
Si Harrison Ford a parfaitement négocié l'après Star Wars, Carrie Fisher a rencontré un peu plus de difficulté pour continuer d'exister artistiquement. Quant à Mark Hamill, il est presque tombé dans l'oubli, multipliant les séries B et les doublages voix. Un acteur un peu fantasque, qui a frôlé la catastrophe à la fin du tournage du premier épisode. Selon la légende, un accident de voiture l'aurait quasiment défiguré. Il n'a pu revenir dans L'empire contre-attaque qu'après de longues opérations de chirurgie esthétique. En réalité il s'est cassé le nez, ce qui a surtout atténué son air poupin.
Le secret absolu préservé par la production autour du Réveil de la Force, à l'affiche dès demain, concerne aussi le rôle de Luke. Pas une seule photo n'a filtré. Simple apparition ou présence importante ? Tous les passionnés se demandent surtout si le Jedi ne serait pas passé du mauvais côté de la Force. Ce serait un coup de théâtre digne de J. J. Abrams, le réalisateur. 
Réponse aujourd'hui...

15/12/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Nostalgie étoilée

A chacun ses madeleines. Si d'aucuns se souviennent avec nostalgie de Thierry La Fronde et du Vélosolex, mon panthéon de bons souvenirs se place dans un autre registre. Mes goûts me portent sur la revue Métal Hurlant, les ordinateurs Amstrad, les sabres-lasers et la trilogie Star Wars. Cette dernière tient une place à part dans mon imaginaire. Trop jeune pour voir les deux premiers films au cinéma, je n'ai découvert la saga qu'avec l'ultime épisode, "Le retour du Jedi" (que j'ai, honte à moi, orthographie Djedaï dans un fanzine en 1983). Mercredi, l'épisode VII de Star Wars sera enfin sur tous les écrans. Un succès planétaire annoncé qui a tout du marketing commercial. Et pourtant...
A 50 ans passés, je bous d'impatience de replonger dans l'univers de la "Force". Oubliés les attentats, les élections et la COP 21. Une seule chose m'importe : que devient Luke Skywalker (Mark Hamill) dans le film de J. J. Abrams et à quoi ressemble Adam Driver en Kylo Ren, le nouveau "grand méchant" qui a le lourd privilège de remplacer Dark Vador.
Pour patienter, je relis le très informé "Star Wars décrypté" de Fabrice Labrousse et Francis Schall. Ce pavé de 650 pages regorge d'anecdotes souvent méconnues. On apprend par exemple que le bourdonnement du sabre-laser imaginé par Ben Burtt est "la combinaison du moteur d'un vieux projecteur et des parasites captés par le tube cathodique de son téléviseur, parasites générés par le câble défectueux de son magnétophone". Vivement mercredi pour entendre de nouveau ce son.

10/12/2015

Cinéma : "Back home", vies fantômes


Comment continuer à vivre une fois que le pilier d'une famille disparaît ? Cette interrogation est au centre du film de Joachim Trier, avec Isabelle Huppert en vedette.



Photographe de guerre, Isabelle Reed (Isabelle Huppert), depuis des années, est souvent en reportage sur les points les plus dangereux de la planète. De longues absences au cours desquelles sa famille continue de vivre comme si de rien n'était. Ses deux garçons, Jonah (Jesse Eisenberg) et Conrad (Devin Druid), vont au lycée, s'amusent avec leurs copains sous la responsabilité de leur père Gene (Gabriel Byrne), professeur qui a fait un trait sur sa carrière d'acteur pour permettre à sa femme de vivre pleinement sa passion professionnelle. Au début du film, Gene est dans l'agence de presse qui employait sa femme pour préparer une exposition hommage. Isabelle, après des années à risquer sa vie au milieu des bombes, parfois blessée, avait enfin décidé de ne plus "partir". Un retour à la maison qu'elle a voulu définitif. Peu de temps après, elle se tue dans un accident de la circulation, à quelques kilomètres de sa maison. Une version officielle loin de la vérité. Isabelle s'est suicidée, lasse de cette non-vie. Comme si elle avait l'impression d'être de trop dans sa famille, qu'ils pouvaient vivre exactement de la même façon que quand elle n'était pas là.

Les fils et la mère

Ce postulat expliqué en début de film par le réalisateur norvégien Joachim Trier, est porté par des acteurs au jeu d'une rare intensité. Isabelle Huppert, en mère incomprise et photographe de talent, est celle qui doit jouer avec le plus d'intériorité. Au cours de flashbacks ou de rêves, elle semble comme absente, tout en étant présente. Un fantôme avant et après sa mort.
Gabriel Byrne, le mari, n'est pas le gentil fonctionnaire qu'il donne parfois l'impression d'être. Il a longtemps harcelé sa femme pour qu'elle cesse ses missions trop dangereuses. Pas par peur de la perdre (comme si leur amour s'était étiolé inexorablement), mais pour protéger leurs fils de cette mort redoutée qui pourrait les détruire.
Finalement, le drame a lieu et l'essentiel du film, très intimiste pour ne pas dire introspectif, raconte les parcours des fils, Jonah et Conrad. Le premier, brillant universitaire, sera professeur comme son père. Marié, il vient d'être papa d'une petite fille. Il bascule de l'autre côté de la famille au moment même où la préparation de l'exposition sur sa mère le pousse à replonger dans ses jeunes années. Il se remet dramatiquement en question, se découvrant plus complexe qu'il ne le croyait.
Quant à Conrad, il est l'archétype du lycéen renfermé sur lui. Brillant, intelligent, il a un gros problème avec la réalité. En permanence un casque sur les oreilles, mais sans la moindre musique, il s'écoute respirer, observe son entourage, tombe amoureux d'une cheerleader aussi idiote que mignonne, passe ses nuits à jouer en ligne à des jeux vidéos où, sous l'apparence d'un elfe ou d'un barbare, il trucide tout ce qui bouge. Incompris, tant par son père que ses professeurs. La puissance du film est là, dans cette description d'une cellule familiale bancale, en pleine décomposition en raison de l'omniprésence du fantôme de la mère absente. On craint parfois le pire, mais c'est un joli message d'espoir qui est délivré au final. La vie sera toujours plus forte que la mort, même quand elle s'allie avec les fantômes du passé. Isabelle (Isabelle Huppert) s'éloigne inexorablement de son mari Gene (Gabriel Byrne). Encore plus quand elle décide de ne plus partir en reportage.

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Jeunesse introvertie

Joachim Trier, après des films réalisés dans son pays d'origine et des succès d'estime dans les festivals (notamment à Cannes), passe à la vitesse supérieure. Une coproduction internationale, tournée en grande partie à New York, avec quelques acteurs de premier plan venus de divers horizons. Isabelle Huppert pour la partie française, Jesse Eisenberg en caution du "jeune acteur américain brillant et de séducteur". Mais la véritable révélation du film reste Devin Druid, l'interprète de Conrad, l'adolescent introverti. Il a composé un personnage complexe et torturé, refermé sur lui-même, incapable de communication, comme paralysé par la vie, la vraie. Pour déclarer sa flamme à la jolie Mélanie (Ruby Jerins), il écrit un long texte dans lequel il se dévoile sans pudeur. Mais au lieu de lui remettre en main propre, il le dépose sur le paillasson de l'entrée et s'enfuit en courant dans la rue, souriant, heureux d'avoir osé. Le réalisateur a parfaitement exploité cette pépite en devenir. Il en est pleinement conscient quand il confie "Je suis très fier d'avoir eu la chance de travailler avec Devin Druid avant que son talent ne s'impose à tous". Personne n'en doute et on reverra certainement cet acteur surdoué dans d'autres productions à la mesure de son aura.

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02/12/2015

Cinéma : Les amours interdits de 'Marguerite et Julien'

Frère et sœur, Marguerite et Julien s'aiment d'un amour fou. Une passion mortelle racontée par Valérie Donzelli.



Le scénario original est de Jean Gruault. Destiné à François Truffaut, il est longtemps resté au fond d'un tiroir. Œuvre sulfureuse et oubliée, elle est exhumée par Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm qui la transforment en fable tragique portée par l'interprétation d'Anaïs Demoustiers, exceptionnelle dans le rôle de cette jeune femme passionnée, exclusive, désespérée. Tout commence comme un conte raconté à des enfants dans un dortoir. Dans un grand château, la famille de Ravalet vit heureuse. Le seigneur vit dans l'opulence, entouré de sa femme et de ses trois enfants. Les deux derniers, Julien (Jérémie Elkaïm) et Marguerite (Anaïs Demoustiers), sont inséparables. Ils jouent, apprennent et dorment ensemble. Deux gamins complices et en parfaite harmonie. Julien aime peindre sa sœur.

Éloignement

Une proximité qui inquiète l'oncle de la famille (Sami Frey). Il décide de séparer le frère et la sœur, persuadé que cette dernière détourne le premier du droit chemin. Pendant que Julien découvre la vie aux quatre coins de l'Europe, Marguerite se morfond dans le château dans l'attente de son retour. Ses parents tentent de la marier. Mais elle refuse tous ses prétendants. Quand Julien revient, devenu un beau jeune homme, l'amour enfantin se transforme en passion incontrôlable. Ils consomment et deviennent un sujet de conversation avant d'être pourchassés. Inspiré de la véritable histoire incestueuse de deux jeunes nobles au XVIIe siècle, cette histoire est transposée dans une époque indécise, mélange entre un lointain passé et des éléments très contemporains. Ce choix déstabilise un peu le spectateur, cherchant en vain quelques repères tangibles pour s'arrimer au récit. Mais une fois ce concept accepté, on entre véritablement dans le film, essentiellement une relation fusionnelle entre deux amoureux seuls contre tous.
La jeune Anaïs Demoustiers dans ce rôle entre folie et désespoir prouve une nouvelle fois qu'elle peut endosser tous les rôles, son joli minois s'adaptant à toutes les extravagances. Elle est convaincante, beaucoup plus que Jérémie Elkaïm, sans doute trop investi dans un projet qu'il porte depuis des années avec son ancienne compagne et réalisatrice Valérie Donzelli.

28/11/2015

Cinéma : Rêverie audoise des frères Larrieu

Tourné dans la Montagne noire, "21 nuits avec Pattie" des frères Larrieu est un film fantasmagorique sur la force sensuelle et érotique de la nature en été.


Pattie existe. Le personnage principal du nouveau film d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu n'a rien d'imaginaire. Les cinéastes français au parcours si singulier ont écrit ce scénario original (ils ont jusqu'à présent surtout adapté des œuvres littéraires comme "L'amour est un crime parfait" de Djian ou "Les derniers jours du monde" de Dominique Noguez) l'été dans la maison familiale de Castans dans la Montagne noire audoise. Cette amie racontait sans cesse ses conquêtes sexuelles, ses exploits avec les gars du pays, son goût pour le sexe, la chair, le plaisir. Un univers qui parle à ces créateurs filmant à la perfection la beauté féminine et les mystères de la passion. Pattie au centre de l'intrigue, il suffisait ensuite de dérouler une histoire qui s'adapte aux décors d'origine.

 
Le sexe parlé



Après les Pyrénées et les Alpes, les frères Larrieu ont décidé de filmer cette Montagne Noire qu'ils connaissent si bien pour y avoir passé tous les étés de leur enfance. A Castans, dans ce petit village aux pentes raides, entouré de forêts profondes et de légendes ancestrales, la mort et la vie font bon ménage. Et parfois, la barrière entre les deux états s'estompe au profit d'une situation plus complexe, où la raison est mise sous l'éteignoir des croyances. La mort, Caroline (Isabelle Carré) ne l'a jamais côtoyée. En vacances en Espagne en compagnie de son mari (Sergi Lopez) et ses deux filles, elle doit rentrer d'urgence pour s'occuper des obsèques de sa mère, Isabelle (Mathilde Monnier), morte d'une crise cardiaque. Entre la fille et la mère, cela n'a jamais été l'osmose ni le grand amour. Caroline va s'occuper des tracas administratifs (avis de décès, obsèques, mise en vente de la maison) et retourner bien vite au soleil de la Catalogne. C'est sans compter avec les facéties d'une morte qui aime s'évaporer… Le cadavre disparaît, la gendarmerie enquête, Caroline doit rester à Castans, qui justement est en pleine fête votive estivale.



Elle va donc cohabiter avec Pattie (Karin Viard), la meilleure amie, confidente et femme de ménage de sa défunte mère. Pattie qui ne s'embarrasse pas de fioritures pour entretenir la conversation. Elle parle de ce qu'elle connaît le mieux : le sexe. Et de comparer les techniques, mensurations et habitudes des divers hommes du village qu'elle croise et qu'elle semble avoir tous testés. Pour Caroline, introvertie et à la libido totalement morte, c'est un choc qui n'est pas sans effet. Quelques jours dans la nature exubérante de cette forêt audoise, entre arbres moussus et torrents rafraîchissants, vont changer la personnalité de la blonde Parisienne, sous le regard bienveillant de sa mère, fantôme agissant. Si les dialogues, notamment dans la jolie et élégante bouche de Karin Viard, sont d'une verdeur extrême (à ne pas mettre dans toutes les oreilles), les images restent sages. Belles comme un baiser chaste, préambule à'un déferlement de passion physique, que l'on imagine mais qui n'est pas montré.

26/11/2015

DVD : Papy Terminator revient

Schwarzy bouge encore : vieux mais pas encore obsolète dans le rôle du Terminator.



Difficile de résister à une nouvelle version du film culte "Terminator", toujours avec Arnold Schwarzenegger, dans le rôle-titre, mais avec plus de 30 ans dans les dents (les rouages plus exactement). Curiosité malsaine ? Sentiment peu glorieux rapidement balayé par un film d'action qui s'appuie aussi sur une jeune génération d'acteurs en devenir. Sarah Connor, la femme de John, le sauveur de l'humanité, est interprété par Emilia Clarke, jeune actrice anglaise qui a explosé dans son rôle de dresseuse de dragons dans Game of Thrones. Plus habillée que dans la série HBO, elle apporte une touche de rébellion dans une suite maligne. Le début de "Terminator Genesys" est comparable à l'original de James Cameron. Dans un futur dévasté, les machines sont sur le point de perdre leur guerre contre les hommes. Dernière solution, envoyer dans le passé un robot pour abattre la mère du leader de la révolte.
Un fidèle soldat, Kyle Reese (Jai Courtney) le suit à la trace pour protéger la belle. Mais Sarah se défend très bien seule, aidée par un vieux modèle, version cheveux blanc du méchant du film d'origine. Son "Papy Terminator", protecteur, qu'elle tente d'humaniser. Et comme le propre de l'homme est de rire, Schwarzy endosse son vieux costume de comique quand il grimace un sourire particulièrement flippant. Ces quelques moments de détente permettent de faire passer un déluge d'effets spéciaux et de combats destructeurs. Le tout vaut largement les films d'action contemporains, le scénario s'étale sur trois périodes (1984, 2017 et le futur) et autant de réalités parallèles. Quant au méchant, mieux vaut ne pas en dévoiler l'identité…
Si la version DVD est pauvre en bonus (15 minutes de making of), le blu-ray est riche de près de deux heures de productions originales qui satisferont notamment les amateurs d'effets spéciaux.

"Terminator Genesys", Paramount, 17,99 euros le DVD, 22,99 euros le blu-ray.

13/11/2015

Cinéma : L’amour n’a pas droit de cité chez “Les anarchistes”

Le policier infiltré tombe amoureux d’une belle révolutionnaire.



À la fin du XIXe siècle en France, le pouvoir bourgeois se retrouve face à une menace incontrôlable : le mouvement anarchiste. Très actifs dans le milieu ouvrier, ces idéalistes, férocement individualistes, sont parfois de doux rêveurs. D’autres envisagent de passer à l’action armée. Une période historique passionnante reconstituée fidèlement par Elie Wajeman, le réalisateur de ce film qui mélange allègrement les genres. Entre policier, romance et histoire, “Les anarchistes” est avant tout le portrait croisé d’une bande d’amis, une communauté du genre post-mai 68 avant l’heure.

Voler pour vivre

Dans un grand appartement bourgeois, ils vivent tous les uns avec les autres, partageant repas, discussions, sorties et amour. Des hommes et des femmes libres, qui ont fait le choix de voler. Travailler ils ne veulent plus, pas question de cautionner l’emprise des patrons. Mendier n’est pas dans leur mentalité. Ils cambriolent les bourgeois ou volent dans les banques. Prendre l’argent là où il se trouve... La police, pour démanteler ces groupes, a l’idée de les infiltrer. Jean (Tahar Rahim), jeune agent de police sans famille ni attache, est sélectionné par sa hiérarchie pour infiltrer le groupe d’Elisée Mayer (Swann Arlaud). Ouvrier dans une clouterie, il se lie d’amitié avec Biscuit, un des membres de la troupe. Il sauve Elisée d’une rafle et peut ainsi découvrir leur cache puis s’installer avec eux. Jean va rapidement être écartelé entre travail et amour naissant pour la fougueuse Judith (Adèle Exarchopoulos). “Les anarchistes” pèche un peu par son manque de moyens. Reconstituer le Paris d’il y a un siècle n’est pas toujours aisé.
Mais l’ensemble est rattrapé par les excellentes performances d’acteurs. Tahar Rahim est très convaincant dans son rôle de traître. Motivé par l’envie de progresser socialement, il se découvre une famille, des amis et une femme qui l’aime. Adèle Exarchopoulos, après «La vie d’Adèle », cherche des rôles dans la lignée de son personnage de révoltée. Judith, froide et déterminée, s’abandonne dans les bras de Jean autant par dépit que par amour.
Les autres anarchistes sont tout aussi convaincants, avec une mention spéciale pour Guillaume Gouix, déjà vu dans la série « Les revenants ».

12/11/2015

Cinéma : Arménie, du génocide à la folie


Robert Guédiguian boucle sa trilogie sur le génocide arménien avec « Une histoire de fou ». Récit de la dérive violente d'une génération enragée.



Robert Guédiguian personnifie Marseille. La diaspora arménienne aussi. Le cinéaste engagé à gauche, a plus de mal avec cette notion de racines, de terre natale. Il a pourtant consacré plusieurs films à cette tragédie que constitue le génocide du peuple arménien par la Turquie en 1915. Dans "Une histoire de fou", il semble vouloir refermer la plaie avec ce film débutant en Allemagne en 1921 et se terminant deux générations plus tard, dans le jardin d'une église en ruines dans cette Arménie encore soviétique mais plus pour longtemps. Le film est né d'un constat. Pour les fils de ces réfugiés, ayant échappé par miracle au massacre, la notion d'Arménie "n'existe que grâce au génocide. Nous sommes nés sur une montagne de cadavres." Ce paradoxe, Robert Guédiguian en a fait le cœur du film, avec notamment l'explication de la lutte armée de toute une génération d'exilés.

 
Thelirian, l'exemple

Le film débute comme un documentaire. En 1921, Soghomon Thelirian, un jeune idéaliste arménien, abat froidement dans la rue Talaat Pacha, principal responsable du génocide. Le procès permet de mettre en lumière ce crime contre l'humanité perpétré en toute impunité en 1915 en pleine guerre mondiale. A la surprise générale, Thelirian est acquitté. La suite se déroule à Marseille durant les années 70. Aram (Syrus Shahidi), étudiant, se revendique de Thelirian. Il accuse ses parents Hovannes et Anouch (Simon Abkarian et Ariane Ascaride) d'avoir abandonné le combat. Avec d'autres jeunes il rejoint l'armée de libération de l'Arménie. Il participe à un attentant en plein Paris. Une bombe tue l'ambassadeur de Turquie. Elle blesse aussi grièvement un cycliste qui passait par hasard. Pendant qu'Aram prend la fuite pour intégrer un camp au Liban, sa mère va tenter de présenter ses excuses au blessé, Gilles Tessier (Grégoire Leprince-Ringuet). Le film raconte la dérive d'Aram et la rage de Gilles. Jusqu'à leur rencontre dans une petite cour d'un hôtel à Beyrouth. "J'essaie d'être tous les personnages à la fois", confie Robert Guédiguian qui endosse à tour de rôle le point de vue des deux protagonistes de l'histoire. Avec pour lien le rôle de la mère, tenu par une émouvante Ariane Ascaride. Sans porter le moindre jugement sur l'action violente des années 70, avec pose de bombes tuant des innocents, Robert Guédiguian reconnaît simplement que c'est depuis cette période que le génocide arménien a commencé à occuper les premières pages des journaux. Si aujourd'hui de nombreux pays ont condamné la Turquie, cette dernière campe sur sa position. "Cette histoire c'est la folie de l'Humanité", considère Robert Guédiguian. D'où le nom de ce film qui replace la tragédie arménienne dans une globalité mondiale.

11/11/2015

Cinéma : James Bond, 007 à jamais

 


L'espion le plus célèbre de la planète est de retour dans "Spectre", superproduction avec Sam Mendès derrière la caméra, Léa Seydoux et Monica Bellucci dans les rôles des femmes fatales et Daniel Craig, pour la quatrième fois dans le costume de James Bond. Retour sur un phénomène.


De Londres à Tanger en passant par Mexico, le nouveau James Bond permet au héros interprété par Daniel Craig de beaucoup voyager. Il y affronte le chef de "Spectre", une organisation mondiale, le mal incarné par un homme froid et calculateur qui a les traits de Christoph Waltz. Pour adoucir ce face-à-face mouvementé, rythmé par des explosions, des combats et des courses-poursuites (dans les rues de Rome cette fois), deux femmes sont en vedette. Une veuve, rapidement consolée par le bel anglais, Monica Bellucci, et une orpheline, tout aussi rapidement réconfortée par Bond qui n'a pas l'empathie sélective, Léa Seydoux. Le film de plus de 2 h 20, le 24e de la série, ne souffre pas du moindre temps mort. Passée la scène d'ouverture (plan séquence virtuose dans des rues de Mexico noires de monde), on retrouve tout l'univers créé par Ian Fleming dans les années 50 et perpétué depuis sur grand écran.

 
Modernes contre anciens

Le nouveau M (Judy Dench n'est plus de la partie depuis la fin dramatique de Skyfall) pique une grosse colère. Les écarts de Bond nuisent au service. D'autant qu'un certain C, politicien ambitieux, veut le moderniser, voire le démanteler. Heureusement il reste toujours l'adorable Moneypenny (Naomie Harris) et l'ingénieux Q (Ben Whishaw) pour prêter main-forte à l'espion de plus en plus isolé. Sam Mendès, après le formidable succès de Skyfall, a longtemps hésité avant de signer pour un nouvel opus. Daniel Craig semble avoir mis tout son poids dans la balance pour convaincre le réalisateur qu'il pouvait encore apporter quelque chose à la franchise. Le résultat est époustouflant, du début à la fin. Tout en conservant cette dimension humaine insufflée au personnage depuis "Casino Royale". "Spectre" s'annonce comme un des plus gros succès de cette année 2015, "Daniel Craig paraît à son apogée. Il maîtrise le rôle à la perfection. Pour bon nombre d'amateurs, il est désormais le chaînon manquant entre Sean Connery et Timothy Dalton. À la fois, violent et tourmenté, cynique et vulnérable", souligne Guillaume Evin, spécialiste du personnage de Bond. Le film met une nouvelle fois une actrice française en vedette, Léa Seydoux, interprète de Madeleine Swann (clin d'œil des scénaristes à la littérature française, preuve qu'il n'y a pas que des incultes à Hollywood). Si dans un premier temps, elle rejette violemment l'espion anglais responsable de la mort de son père, elle va vite découvrir un homme déterminé à la protéger quoi qu'il arrive. Menacée par les sbires de Spectre, elle échappe à une tentative d'enlèvement en pleine montagne et montre des talents étonnants à la bagarre dans un train marocain. Elle finira dans les bras de James après cette jolie réplique : "Et maintenant, qu'est ce qu'on fait ?" Comme si ce n'était pas évident. Enfin, saluons le petit rôle, mais très lumineux, de Monica Bellucci. Celle qui a été auditionnée mais non retenue pour "Demain ne meurt jamais", est totalement irrésistible en veuve de 50 ans. Car Bond séduit toutes les générations.

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"Spectre", paroles des comédiens
 
Lors d'une conférence de presse récemment à Paris, les principaux acteurs de ce 24e James Bond se sont confiés.
 
Daniel Craig : "Je suis prêt à tourner de nouveau avec Sam Mendès"
"Quand j'ai accepté d'interpréter James Bond, je savais que c'était un rôle difficile à jouer. J'ai demandé aux producteurs si je pouvais participer au processus, à donner mon avis et à être vraiment présent. Ils ont accepté et très généreusement ils m'ont également crédité du titre de coproducteur de ce dernier Bond. Tourner un James Bond est un immense défi, c'est quand même huit mois de tournage. Mais je suis entouré de gens extrêmement talentueux et je ne suis qu'une toute petite partie de cette équipe. Je suis un grand fan de Léa Seydoux et dès que je l'ai vue, j'ai voulu jouer avec elle. Nous avons eu beaucoup de chance car quand on prépare un James Bond, on fait des listes d'acteurs et ils ont tous accepté. Je suis évidemment prêt à retourner avec Sam Mendès. Mais actuellement, ce n'est pas d'actualité. En ce moment, tous, nous n'avons qu'une envie : ne plus penser à James Bond".
 
Léa Seydoux : "Loin du cliché de la femme objet"
"Lorsqu'on a un appel pour passer un casting pour James Bond, on n'y croit pas, on se dit que ça ne marchera jamais, c'est comme le loto, on joue mais on sait qu'on ne gagnera jamais. D'ailleurs, j'ai totalement raté mon premier essai. Mais ensuite, mon agent m'a dit que Sam Mendès m'avait beaucoup appréciée et au rendez-vous suivant, il m'a accueillie les bras ouverts en me disant 'bienvenue dans la famille'. En lisant le scénario j'ai constaté que c'était une James Bond's girl plus moderne, qu'ils voulaient s'éloigner du cliché de la femme objet. Madeleine est un vrai personnage, qui a un trajet émotionnel et qui va devoir affronter son passé. Et finalement, elle a beaucoup de points communs avec le James Bond actuel". La suite ? Je n'ai pas de projet en ce moment, mais j'adorerais interpréter une super-héroïne !".
 
Monica Bellucci : "Une femme mûre et féminine"
"J'ai été très surprise de l'appel de Sam Mendès car je me suis dit : 'Qu'est ce que je fais à 50 ans dans un James Bond ?'. Mais lui cherchait une femme mûre à mettre à côté de James Bond. Lucia, la veuve, n'a plus la jeunesse mais elle a une féminité encore vivante qui lui sauve la vie. Que l'on fasse les méchantes ou les gentilles, il y a toujours quelque chose de magique à interpréter une James Bond's girl. Ce sont des rôles objet, mais peu importe... Je ne suis restée qu'un mois sur le plateau de "Spectre", ce qui est peu quand on pense que je tourne depuis trois ans dans le prochain Kusturica".
 
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Encyclopédie et roman
 

 Présenté comme le spécialiste français de James Bond, Guillaume Evin a de nouveau mis tout son savoir à la disposition de ceux qui auraient quelques lacunes. "James Bond, l'encyclopédie 007", soit 224 pages richement illustrées avec une multitude d'anecdotes et la présentation chronologique des 24 films composant la saga. Ce beau livre qui sera du plus bel effet sous les sapins de Noël, est une mine d'informations. En plus de longs articles sur la production des films, le choix des acteurs pour le rôle-titre et celui des James Bond's Girls, indispensables au succès des films, des éclairages plus anecdotiques vous permettront de tout savoir sur les différentes voitures conduites (et parfois massacrées) par l'espion ou des armes qu'il a utilisées pour faire un sort aux méchants. On apprécie particulièrement les nombreuses photos des tournages, pour mieux comprendre l'ambiance qui régnait sur les plateaux. Tel Sean Connery, endormi sur relax, quelques bouteilles de bière vides abandonnées par terre ou Roger Moore au volant du bolide le plus étonnant de la saga : une 2CV jaune, criblée de balles. Au rayon des méchants, à côté des grandes légendes que représentent Donald Pleasance, Christopher Lee ou Christopher Walken, les Français ne sont pas en reste avec Michaël Lonsdale, Louis Jourdan et plus récemment Mathieu Amalric.
"James Bond, l'encyclopédie 007", Hugo Image, 24,95 €.
En roman aussi....

Avant de s'animer sur grand écran, James Bond est un héros de romans. Ian Fleming a signé une quinzaine de titres avant de mourir en plein succès au milieu des années 60. Depuis, l'espion a déserté les librairies. Mais fort du succès des derniers films, notamment depuis que Daniel Craig a repris le rôle, l'idée de nouveaux romans a titillé les héritiers. Une nouvelle fois, Anthony Horowitz s'est mis derrière la machine à écrire. Après avoir ressuscité Sherlock Holmes, l'écrivain anglais a plongé dans l'univers de Ian Fleming. Pour être le plus fidèle possible, il s'est appuyé sur des notes originales censées être le support d'un épisode des aventures de 007 dans le milieu de la course automobile. Un roman qui file à toute vitesse, avec cette pointe de nostalgie si agréable.
"Déclic Mortel", Anthony Horowitz, Calmann-Lévy, 18 €.

 

 

 

 







Cinéma : singes charmeurs


Documentaire réalisé par Mark Linfield et Alastair Fothergill (USA, 1 h 21), narratrice : Claire Keim. 

Pour son sixième long-métrage, la société de production Disneynature emmène petits et grands 'Au royaume des singes'. Durant 1 000 jours, les équipes de Mark Linfield ont suivi une tribu de macaques à toque dans la forêt du Sri Lanka. Un documentaire animalier scénarisé, avec de véritables 'acteurs' tant ces singes ont des bouilles et des personnalités facilement reconnaissables. L'héroïne, Maya, une femelle de 8 ans, a un enfant, Kip, qu'elle doit défendre face aux velléités du mâle dominant. Chercher de la nourriture, défendre son territoire, fuir face aux attaques de prédateurs : le quotidien de la petite troupe n'est pas de tout repos. 
Parmi les seconds rôles, le chef d'une tribu ennemie a une gueule impossible à oublier : balafré de partout, il respire la méchanceté. Le moment de l'éclosion des termites ailés est également à mettre dans l'anthologie des scènes cultes du cinéma animalier. 
Au final, le spectacle proposé est éblouissant. Précision des cadrages, beauté des décors, péripéties entre rire et larmes, l'histoire de Maya est contée avec beaucoup de sensibilité par Claire Keim, très impliquée dans la protection de la nature.

05/11/2015

Cinéma : Quand l'univers de Tardi s'anime

Dans un Paris imaginaire ressemblant à la ville du XIXe siècle, « Avril et le monde truqué » est un formidable voyage dans l'imaginaire du dessinateur Jacques Tardi

Déjà auréolé par le Cristal du film d’animation au festival d’Annecy, « Avril et le monde truqué », long-métrage de Christian Desmares et Franck Ekinci, est la transposition de l’univers graphique de Jacques Tardi (Adèle Blanc-Sec, Brindavoine) sur grand écran. Mais au lieu de se contenter de l’adaptation d’une BD déjà existante, le scénariste, Benjamin Legrand, a pioché dans les ambiances, personnages et époques mises régulièrement en images par le dessinateur connu également pour son adaptation de Nestor Burma.
L’action se déroule à Paris, forcément, celui du début du siècle dans une version uchronique, tendance steampunk. Dans cette France toujours dirigée par la descendance de Napoléon III, le moteur à vapeur règne encore en maître absolu. Les savants n’ont pas encore découvert l’électricité ni mis au point le moteur à explosion. Logique, tout esprit un peu imaginatif est enlevé par une mystérieuse organisation. Comme si l'évolution était condamnée à faire du surplace. En fait tout a commencé en 1870, quand un savant présente à l’empereur un sérum de son invention capable de transformer les soldats en hommes invincibles.


Une explosion plus tard, la face du monde est changée. Pas de guerre entre la France et la Prusse, plus de développement technique et l’épuisement des ressources en charbon. La suite de l’histoire se déroule en 1941, sous le règne de Napoléon V, l’arrière petite-fille du savant cherche toujours à recréer la formule du vaccin alors que la police, dont l’inénarrable inspecteur Pizoni, est sur ses traces.

Matou bavard
Avril (Marion Cotillard à la voix), orpheline, vit seule avec son chat Darwin (Philippe Katerine), matou malin doté de la parole à la suite d’une autre expérience ratée, dans un appartement secret aménagé au sommet d'une statue équestre grandiloquente. Elle cherche ses parents et son grand-père, disparus après une descente de police. Le scénario, bourré de rebondissements, fait la part belle aux décors d’un Paris imaginaire, avec deux tours Eiffel, transformées en gare de départ d’immenses paquebot-téléphériques. Mais il y a également nombre d’autres inventions dans ce film qui surfe de Verne à Hergé en passant par Conan Doyle, la fin du film se déroulant dans ce fameux monde truqué, au plus profond des entrailles de la Terre.
L'histoire, pleine de rebondissements, bénéficie d'une animation à la limite de la perfection, tout en respectant le trait de Tardi. Même si le dessinateur s'est retiré du projet trop chronophage pour ses autres projets, l'équipe a rendu avec fidélité le style incomparable du créateur d'Adèle Blanc-Sec. La preuve que le film d'animation, loin d'être l'apanage des multinationales américaines, peut s'adresser à tous les publics sans trahir l'esprit de son créateur.

Aussi une œuvre de papier
 

Ce projet, initié par Benjamin Legrand, a mis de longues années avant de voir le jour. La genèse est racontée  dans une beau livre richement illustré par Tardi. A la base, celui qui a déjà été scénariste de Tardi (Tueurs de cafards), voulait utiliser l'univers du dessinateur pour lancer une série animée entre science-fiction et fantastique. Des savants fous, un chat qui parle, des lézards méchants, une petite fille débrouillarde et quantité d'inventions dans un univers steampunk. Tardi a commencé à mettre sur papier ces idées, premiers croquis repris dans le livre « L'histoire d'un monde truqué » paru chez Casterman. Finalement les aventures d'Avril sont devenues un long-métrage qui, dans un premier temps devait être réalisé par Jacques Tardi lui-même. Mais pressé par le temps, il n'a pas pu aller plus loin que l'élaboration d'un storyboard détaillé des premières scènes. Ce sont ces dessins qui composent l'essentiel du livre, une  cinquantaine de pages où l'on retrouve toute la poésie et l'invetion du long-métrage.
« Histoire d'un monde truqué, Casterman, 136 pages, 25 euros.