01/03/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Jouer pour gagner

Certains comédiens n'exercent ce métier que pour briller. Ils rêvent du haut de l'affiche, de leur nom en lettres gigantesques, de récompenses suprêmes, de fans en délire. Malheureusement, pour l'immense majorité d'entre eux, leur égo démesuré ne va pas forcément de pair avec une notoriété planétaire.

Leonardo DiCaprio est talentueux. Personne n'en doute. Mais il n'avait jamais obtenu la petite statuette américaine. Comme pour conjurer le sort, il accepte le rôle principal particulièrement physique de « The Revenant ». Il enchaîne les rencontres avec la presse du monde entier avec deux anecdotes répétées inlassablement : j'ai dormi dans la carcasse d'un cheval mort et mangé du foie de bison cru.

A l'écran ses péripéties paraissent longuettes, mais marchent à la perfection. Pourtant Matt Damon dans « Seul sur Mars » ou Eddie Redmayne et son extraordinaire transformation dans « The Danish Girl » auraient largement mérité eux aussi de monter sur scène dans la nuit de dimanche à lundi.

Deux soirs avant, Catherine Frot reçoit enfin le césar. Toujours nommée, jamais récompensée, l'actrice n'a jamais désespéré de l'emporter. Pourtant elle aurait pu elle aussi rater la marche supérieure face aux performances de Cécile de France dans « La belle saison » ou de Loubna Abidar dans « Much loved ». Deux films plus politiques (libération des femmes et prostitution au Maroc) que la comédie de Xavier Giannoli sur cette Castafiore (« Margueritte ») à la voix de casserole.

Finalement, Frot et DiCaprio, même combat, même victoire.

Cinéma : 'Je ne suis pas un salaud' mais tout prouve le contraire

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Dans la catégorie 'film social', il y a les réalisations optimistes (majoritaires) et puis d'autres qui ne font aucunes concessions avec la dure réalité. 'Je ne suis pas un salaud' d'Emmanuel Finkiel est le prototype de cette seconde catégorie. Le monde décrit durant ces 1 h 50 est sans espoir. Le personnage principal, Eddie (Nicolas Duvauchelle), chômeur, alcoolique, violent, imbu de sa personne et colérique atout contre lui. Sa belle gueule est ses jolis tatouages ne suffisent pas à le sauver d'une société de plus en plus sans pitié pour les ratés. Ce qui pourrait le auver, c'est ce qui reste de sa famille : un fils et la mère de cette dernière qui n'a pas complètement abdiqué malgré tous les coups (parois au sens premiers) vaches qu'il lui a infligé.

Faux témoignage

Un soir, très aviné, il est pris à partie par un groupe de jeunes. L'alcool aidant, il les provoque. Bagarre, coup de tournevis dans le dos... Réveil aux urgences. Eddie devient presque un héros. Pour la première fois il est du côté des victimes. Quand on lui présente plusieurs supsects potentiels, il reconnait Ahmed. Ce n'est pas lui, il le sait parfaitement, mais il persiste dans ses déclarations. Le réalisateur, dans ce film d'une noirceur absolue, focalise l'attention du spectateur sur Eddie. Plus le temps passe moins il ne trouve grâce aux yeux du public. Et de prouver sans cesse l'inexactitude du titre. Le film déroute par le point de vue très noir d'Eddie. Cela en devient parfois insupportable. Preuve que Nicolas Duvauchelle, dans le rôle principal, a plus que donné vie à cet homme dont le seul problème reste sa propension à essayer d'être parfait.

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29/02/2016

Cinéma : Et Jacqueline devint une star...

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Omniprésente bien que muette, Jacqueline, "La vache" du film de Mohamed Hamidi, crève l'écran. Tout comme son propriétaire, Fatah (Fatsah Bouyahmed).

 

 

Le cinéma, s'il doit faire réfléchir sur les maux de notre monde, peut aussi distraire et émouvoir. Sans s'affranchir du premier principe. Ils sont trop rares les films qui tout en faisant passer un excellent moment aux spectateurs, les éduquent, les enrichissent et œuvrent en catimini à construire une société tolérante et apaisée. Ne boudez pas cette chance ni votre plaisir, précipitez-vous dans les salles qui programment "La vache" de Mohamed Hamidi. Vous en sortirez avec des étoiles dans les yeux, quelques larmes et une formidable envie de vous dépasser, tel le héros de ce road-movie en tous points remarquable. Fatah (Fatsah Bouyahmed) cultive son jardin et prend soin de Jacqueline, sa vache, dans ce petit village du bled algérien. Il vit chichement mais heureux, à bichonner sa Tarentaise placide et vaillante, auprès de sa femme et de ses deux filles.

La faute à la poire

Ce modeste paysan, en plus de fredonner les tubes des années 80 avec son accent (hilarante version de "Li dimons de minuit"...) rêve de participer au Salon de l'agriculture de Paris. Comme il l'explique à ses amis, c'est un peu "La Mecque des paysans". Le jour où il reçoit son invitation, pour lui et Jacqueline, il saute de joie. Problème : le déplacement n'est pas pris en charge. Il demande l'aide du village. Tous se cotisent pour payer la traversée en bateau. Mais arrivé à Marseille, c'est à pied qu'il va rejoindre la capitale. Un homme et une vache sur les routes... Toute ressemblance avec "La vache et le prisonnier" n'est pas fortuite. Mohamed Hamidi, scénariste et réalisateur du film, avoue un hommage au chef-d'œuvre de Verneuil. Il fallait donc un acteur à la forte personnalité pour supporter la comparaison avec Fernandel. Fatsah Bouyahmed impose son personnage de paysan rêveur et un peu naïf avec une virtuosité de tous les instants. Gringalet, chauve et timide, il attire immédiatement la sympathie. Dans son périple, il recevra l'aide de plusieurs personnes, sans jamais rien demander. Il succombe aux plaisirs locaux, notamment une eau-de-vie de poire qui va lui gâcher la vie et permettre de créer une réplique prochainement culte : "C'est la faute à la poire !" Jacqueline, épuisée par le voyage, doit rester quelques jours au repos. Fatah trouvera étable et table accueillante chez Philippe, un comte ruiné (Lambert Wilson), bourru et pédant au premier abord mais qui lui aussi succombera à la gentillesse de Fatah. Le film se termine en apothéose au Salon de l'agriculture, avec une séquence très émouvante, preuve que tout n'est pas perdu si un tel film parvient à faire pleurer les Français grâce à une histoire d'Arabes et de ruminant.

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Jamel Debbouze, militant de l'humour

 

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Producteur et interprète du film de Mohamed Hamidi, Jamel Debbouze ne s'est pas économisé pour assurer la promotion de ce film qu'il qualifie de "réconciliateur, rassembleur, drôle et touchant". Auréolé du Grand prix au Festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez en janvier dernier, "La vache" signe la seconde collaboration entre l'acteur franco-marocain et le réalisateur d'origine algérienne. En 2011, ils étaient unis dans la belle aventure de "Né quelque part", l'histoire d'un jeune obligé de retourner au bled. Cette fois le héros fait le chemin inverse, abandonnant la vie simple et rurale de son village pour se frotter à la frénésie de la société européenne. Le message est à chaque fois le même : montrer au public que l'on peut vivre en bonne harmonie, malgré nos différences. L'aventure de Fatah induit aussi une série de belles rencontres. La France montrée dans le film pourrait sembler un peu trop angélique mais dans la réalité, il se trouve certainement plus d'hommes et de femmes capables de s'entraider, sans tenir compte de l'origine, la couleur de peau ou la religion, que de racistes rejetant en vrac tout ce qui n'est pas "de souche". Dans 20 ou 30 ans, espérons qu'aux générations futures restera cette image de la France et pas celle des intégristes de Daech ou des identitaires repliés sur leurs valeurs rances.

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20/02/2016

Cinéma : Faire son deuil avec lenteur dans « Ce sentiment de l’été »

 

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Un beau matin d'été. Un jeune couple se réveille. La femme se lève. L'homme se rendort. Sasha part travailler. Lawrence (Anders Danielsen Lie, photo) reste au lit. Ils vivent à Berlin. Elle traverse une partie de la ville, va à son atelier et une fois son labeur terminé, rentre chez elle. En chemin, au milieu d'une pelouse, elle s'écroule. Cinq jours plus tard, Sasha est morte. Lawrence débute son long travail de deuil.

Film sur la mort, le chagrin et la renaissance, « Ce sentiment de l'été » de Mikhaël Hers impose rapidement son rythme, ses silences, son image. Voyage introspectif dans l'âme des survivants, il décortique ce sentiment d'absence quand un être cher part. Car Sasha est morte à 30 ans. Sans avoir réalisé ce qu'elle rêvait, seule et avec l'homme qu'elle aimait. Un amour réciproque. Lawrence est comme perdu, absent, comme abandonné. Heureusement les parents de Sasha prennent la paperasse administrative en main. Aux obsèques, une simple soirée à discuter de la morte, il y a aussi Zoé (Judith Chemla), la jeune sœur de Sasha. Elle lui ressemble énormément. Trop pour Lawrence qui ne peut s'empêcher de la revoir sous ses traits. Une année plus tard, on retrouve Zoé à Paris. Elle vit désormais seule, élevant tant bien que vaille son fils. Lawrence vient passer quelques jours, il se rapproche de Zoé avec pour seul sujet de conversation Sasha. L'un comme l'autre vivent encore dans le souvenir de la morte. La troisième partie se déroule à New York. Lawrence, Américain, est revenu chez lui. Il aide sa soeur dans un magasin d'antiquités. Il commence à sortir la tête de l'eau. Toujours en plein été, Zoé arrive. Ils vont encore mieux apprendre à se connaître et s'entraider pour définitivement tourner la page. Ce film, d'une grande tendresse, loin d'être triste, est en réalité une ode à la vie. La mort a touché Lawrence et Zoé. Mais ne les a pas coulés. Il faut du temps pour colmater les brèches. Une fois les peines du cœur réparées, la navigation peut reprendre.

 

 

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13/02/2016

DVD : La gentille étudiante et le méchant vieux monsieur

étudiante,heri,brasseur,calbérac,tonquédec,schmidt,studiocanalIl est vieux et bougon. Elle est jeune et joyeuse. Comment vont-ils pouvoir cohabiter ? Tout le pitch du film est contenu dans cette interrogation. Monsieur Henri (Claude Brasseur) a un caractère totalement opposé à celui de Constance (Noémie Schmidt). Ce veuf taciturne vit seul depuis des décennies. Son fils Paul (Guillaume de Tonquédec), décide de louer une chambre du grand appartement à une étudiante qui pourra ainsi veiller sur le vieil homme misanthrope et à la santé parfois vacillante. Cette comédie d'Ivan Calbérac est adaptée de sa pièce de théâtre. Une comédie qui débute sur les chapeaux de roues.

Situation scabreuse

Les premières confrontations entre Henri et Constance ont une force comique puissante et rare. Elle répond du tac au tac aux méchancetés du papy qui semble y trouver son compte. Mais la vie à Paris est dure pour la jeune femme. Malgré un petit boulot de serveuse, elle ne parvient pas à payer son loyer. Une situation qui donne l'idée à Monsieur Henri d'utiliser Constance pour casser le couple de son fils. Cela pourrait virer à la comédie scabreuse, c'est au contraire très touchant. Saluons les interprétations parfaites des confirmés Brasseur, de Tonquédec et Frédérique Bel mais surtout celle de Noémie Schmidt, jeune actrice suisse qui endosse ce premier rôle avec un naturel et une facilité déconcertants. Dans les bonus communs aux DVD et blu-ray, un long making of où le réalisateur parle de son travail de direction d'acteur et de réécriture. Un long passage est également consacré à la très belle musique de Laurent Aknin. Musique qui tient un rôle très important dans la suite du film.

"L'étudiante et Monsieur Henry", Studiocanal, 16,99 euros le DVD et le blu-ray.

 

12/02/2016

Cinéma : Les monstres de "Chair de poule" passent du papier au grand écran

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Pas loin de 200 histoires dans la collection, presque autant de monstres sortis de l'imagination de R. L. Stine : la collection "Chair de poule" a passionné (et terrorisé) des millions d'adolescents. Un succès planétaire qui a logiquement intéressé plusieurs producteurs américains. Tim Burton avait pris une option sur cet univers gentiment fantastique mais longtemps le projet est resté dans les cartons. Finalement l'univers des livres est enfin adapté au cinéma mais c'est Rob Letterman ("Monstres contre Aliens") qui réalise le film, centré sur le personnage de R. L. Stine. Il est interprété par le phénoménal Jack Black, toujours aussi comique malgré ses nombreuses apparitions dans des comédies formatées.

 

 

 

Comme les romans s'adressent aux adolescents, il est normal que le film soit lui aussi destiné aux teenagers américains. Même si les lecteurs de "Chair de poule" ont tous aujourd'hui plus de 30 ans, voire des cheveux blancs. Et pour plaire au plus grand nombre, le scénario utilise les ficelles classiques de la famille en deuil. Gale Cooper et son fils Zack (Dylan Minnette) débarquent dans la petite ville de Madison au fin fond des USA. Gale est la nouvelle proviseur adjointe du lycée. Lycée où Zack fait sa rentrée avec l'étiquette traumatisante du nouveau. Ils tentent de changer de ville pour oublier la mort, l'année dernière, du père et mari.

Monstres en liberté

Gale se consacre à son travail, Zack à sa voisine. Hannah (Odeya Rush), jolie brune piquante, est claquemurée chez elle. Son père ne veut pas qu'elle sorte. Elle ne se prive pas de désobéir, entraînant Zack dans des balades nocturnes étonnantes. Mais c'est rien à côté de la découverte de la bibliothèque du père d'Hannah. Ce sont les manuscrits des romans "Chair de poule". Ils sont cadenassés. Zack en ouvre un par erreur. L'abominable homme des neiges est immédiatement libéré et sème la panique en ville.

Un effet boule de neige, ce sont des centaines de monstres qui se déchaînent. Pour sauver la ville de Madison, Zack, Hannah, Stine et Champ (Ryan Lee) vont devoir multiplier les ruses. Si le début du film est typique des comédies juvéniles, rapidement les monstres viennent mettre une sacrée pagaille à l'ensemble. Des zombies aux nains de jardin en passant par un loup-garou et un lutin machiavélique, les effets spéciaux s'en donnent à cœur joie. L'humour est omniprésent. Par les gaffes de Champ, les répliques de Jack Black, les mimiques de certains monstres...

L'ensemble est un film d'une rare efficacité, mélange de Goonies et de Gremlins. Un spectacle familial par excellence.

11/02/2016

Cinéma : La foi à l'épreuve de la vie dans "Les Innocentes" d'Anne Fontaine

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Comment survivre à l'horreur, comment garder la foi ? Le film "Les innocentes" d'Anne Fontaine apporte une réponse forcément subjective mais d'une réelle beauté.

Hiver 1945. La Pologne vient d'être libérée du joug nazi. Libérée mais aussi envahie par les forces russes. Pour certains, les cinq années de crainte et de peur ne font que commencer. Dans ce pays en ruines, la croix rouge française est en mission pour soigner et rapatrier les soldats tricolores blessés au front. Mathilde Beaulieu (Lou de Laâge), jeune interne, se forme en multipliant les opérations de rafistolage de chairs blessées. Elle est sous la responsabilité de Samuel (Vincent Macaigne), médecin haïssant les Polonais. Pas étonnant quand on sait que toute sa famille est morte dans un camp à quelques kilomètres de là. Fataliste il confie à Mathilde, "Les seuls Polonais que j'aime ce sont ceux du ghetto de Varsovie. Mais ils sont tous morts". Le film d'Anne Fontaine, par cette voix de Samuel, ne se prive pas de dénoncer les persécutions des Juifs par les Polonais, catholiques parfois trop primaires. Mais eux aussi ont souffert. Pour preuve la situation des 30 religieuses d'un couvent isolé dans la campagne. Quand les soldats russes sont arrivés en libérateurs, ils ont profité de cette "prise de guerre". Toutes les religieuses ont été violées.

Grossesses compliquées

Quelques mois plus tard, Mathilde reçoit la visite de l'une d'entre elles. Elle veut l'aide d'un médecin car les grossesses de certaines ne se déroulent pas bien. Inspiré d'une histoire craie, ce film marque un tournant dans la carrière d'Anne Fontaine. Habituée aux histoires de triangle amoureux, elle plonge dans ce drame avec une sensibilité et une compréhension revigorante. Car malgré les drames personnels, les doutes, la violence de la guerre, les horreurs du passé, ce film est résolument optimiste. Mathilde, athée et rationnelle, va souvent revenir dans le couvent, se lier d'amitié avec ces femmes à l'esprit si différent du sien. Elle va surtout parvenir à leur faire accepter leur destin et ces enfants de la honte. Elle recevra l'aide d'une religieuse plus ouverte, sœur Maria, interprétée par Agata Buzek, actrice polonaise qui crève l'écran. L'amitié entre ces deux femmes que tout oppose permettra de sauver les enfants et les jeunes femmes craignant la damnation éternelle pour n'avoir pas respecté (pourtant à leur corps défendant) leur vœu de chasteté. Entièrement tourné en Pologne dans un monastère désaffecté (l'église polonaise a refusé de prêter un de ses couvents pour le tournage...), le film oppose la froideur des lieux à la chaleur des cœurs des hommes et femmes, tous liés par les mêmes épreuves. Et au final, la vie l'emporte sur la foi.

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Et Lou de Laâge devint adulte

lou.jpgÀ 25 ans, Lou de Laâge quitte pour la première fois son statut d'adolescente, éternelle espoir du cinéma français. En endossant l'uniforme de ce jeune médecin français, plongée dans les horreurs de la guerre, elle devient adulte. Femme aussi. Très libre. Avec Samuel, elle forme un couple atypique. Ils se vouvoient, travaillent ensemble, dansent parfois et se donnent du bon temps dans les bras l'un de l'autre. Médecin par vocation, elle désire ardemment sauver des vies même si dans les conditions difficiles d'un pays exsangue elle se contente de rafistoler des corps. Aussi quand elle pénètre la première fois dans le couvent et découvre des religieuses vivant comme une honte absolue leur maternité non désirée, elle brise un peu sa carapace. Elle fera tout pour les aider. Elles et les enfants qu'elles portent. Elle se substituera à leur mère supérieure, enferrée dans ses principes et sa doctrine religieuse au point de commettre l'irréparable. Un rôle tout en nuance pour Lou de Laâge. Elle s'en tire parfaitement, dosant avec subtilité ses émotions et son expression, de plus en plus épanouie au fil des semaines et des naissances. Son interprétation de Mathilde devrait lui ouvrir d'autres horizons, elle qui jusqu'à maintenant a essentiellement joué des rôles d'adolescente allumeuse et torturée ("Respire" ou "L'attente").

09/02/2016

Cinéma : "Chocolat", être humilié pour pouvoir exister

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Au début du XXe siècle, le clown « Chocolat » brillait sur les pistes des cirques avec son comparse Footit. Roschdy Zem signe le biopic du premier artiste noir célèbre. Humilié, mais célèbre.

Omar Sy est devenu l'acteur français le plus connu au monde. Comme Jean Dujardin après « The Artist », il s'est lancé dans une carrière américaine thésaurisant le succès d'« Intouchables ». A la différence que le colosse originaire de Trappes, après des années à jouer le « noir » de service dans des sketches bas de gamme, est considéré comme un comédien à part entière au pays de l'oncle Sam. Il participe ainsi à quelques-uns des plus gros succès de ces deux dernières années comme « Jurassic World » ou « X-Men, Days of Future Past ». Cela ne l'empêche de revenir en France pour tourner des scénarios soigneusement choisis. Il porte littéralement « Chocolat » le nouveau film de Roschdy Zem. Ce biopic du clown Chocolat a bien des ressemblances avec le parcours d'Omar Sy. A la fin du XIXe siècle, un jeune esclave est acheté à Cuba et placé dans une exploitation en Europe. Après de nombreux petits boulots, il découvre le cirque. Sa vigoureuse constitution et sa peau très noire lui permettent d'endosser le personnage d'un cannibale qui, accompagné d'une guenon, fait simplement peur aux enfants venus au cirque rire des péripéties des clowns. Un clown, justement, le repère et lui propose de devenir son compère de scène. Footit (James Thiérrée) sera le meneur et Chocolat l'Auguste.

 

Battu mais content

Un duo irrésistible quand Footit commence à maltraiter ce « nègre » selon le vocable de l'époque, qui encaisse les coups sans se révolter comme tout bon domestique qu'il est. Un rôle de composition pour Chocolat qui a pour véritable nom Rafaël Padilla. Une identité qu'il oublie face à la gloire, l'argent et les filles faciles. Chocolat dépense beaucoup à la table des casinos et se moque des brimades quotidiennes tant que le public rie. Footit y trouve son compte. Il gagne deux fois plus que la véritable vedette qui pour lui ne reste qu'un accessoire comme un autre. Le film, dans sa rudesse des rapports entre maître et esclave, permet au spectateur de découvrir la mentalité profondément raciste qui prospérait à l'époque dans cette France, si fière de ses colonies. Chocolat tente de se rebeller, de faire reconnaître son talent, mais l'éveil des consciences n'interviendra que bien plus tard, quand dans les années 60 un vaste mouvement de décolonisation a rendu honneur et indépendance à nombre de pays. L'image des Noirs auprès de la population changera radicalement, même si le film de Roschdy Zem dénonce en filigrane un certain racisme latent toujours très présent dans notre société. Le film permet à Omar Sy de s'illustrer dans des numéros hilarants et de donner une belle épaisseur à son personnage. Même si les auteurs ont pris quelques libertés avec la véritable histoire de Chocolat, la trame principale reste la même, de l'esclavage à la gloire puis l'oubli et la mort dans la misère.

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James Thiérrée, clown dans l'âme

 

chocolat,omar sy,zem,thierree,clown,gaumontSi Omar Sy a découvert l'univers du cirque et de la comédie clownesque à l'occasion du film de Roschdy Zem, James Thiérrée, son partenaire, est au contraire un pro de ce monde du cirque. Petit-fils de Charlie Chaplin, il a suivi ses parents dans les incessantes tournées du cirque familial. Très jeune il a arpenté la piste ronde en tant qu'acrobate, mime et... clown. Plus tard il prendra des cours de comédie et fera de nombreuses apparitions dans des films européens ou américains. Dans « Chocolat », c'est lui qui a mis au point les numéros du duo. Il a insufflé un peu de modernité et de surréalisme aux scénettes présentées au début du XXe siècle par les deux véritables artistes. Il a amplifié la grâce et l'agilité de Chocolat, gommant en partie sa gaucherie qui faisait tant rire le public, pour transformer chutes et fuites en ballet aérien. Son propre rôle est très physique. Mais cela ne fait pas peur à James Thiérrée, déjà remarqué dans le film « Mes séances de lutte » de Jacques Doillon. Déjà un duo fusionnel. Avec Sara Forestier, ils se battaient tout au long des 90 minutes du film, une lutte amoureuse déconcertante.

07/02/2016

Braquage, cavale, otages : les « Enragés » font mal

 

 

enragés, wild side video, lambert wilson, gouix, bava, hannezoPremier film d'Éric Hannezo, « Enragés » est le remake d'une série B signée Mario Bava. Ce jeune réalisateur, qui a longtemps travaillé dans le milieu de la télévision (journaliste chez Delarue et aux services des sports de France 2 et TF1), a sans doute voulu en mettre un peu trop. On sent qu'il a cherché à se faire plaisir en multipliant les références aux réalisations qu'il place dans son panthéon. Résultat, malgré une patte technique affirmée, il se perd un peu dans les dédales d'un scénario trop fragmenté et des personnages trop nombreux pour être correctement développés psychologiquement. Cela démarre un peu comme Drive. Sabri (Guillaume Gouix) est au volant d'une puissante routière. Il attend la sortie de ses complices en plein braquage d'une banque. Mais au moment où ils sortent en courant du bâtiment, une patrouille de police passe. Début des problèmes pour le quatuor. Course poursuite en ville (le film a été tourné à Montréal, donnant des airs US à l'ensemble) puis sacrifice du chef blessé (Laurent Lucas, toujours aussi bon dans ces rôles sans nuances). Repérés, les trois survivants se réfugient dans un centre commercial et parviennent à prendre la fuite en prenant une otage (Virginie Ledoyen). Ils changent de voiture et interceptent un père de famille (Lambert Wilson) conduisant sa fillette malade à l'hôpital. A six dans la voiture, ils vont sillonner le pays, multipliant les mauvaises rencontres (motards, épicier acariâtre, villageois avinés), laissant leur trace en rouge sang comme un petit Poucet pour adultes.

Le film, un peu lent malgré une réalisation punchy, semble basculer dans le hors-norme quand la voiture s'arrête, en pleine nuit, dans un village reculé où se déroule une cérémonie digne d'une secte satanique. Un peu de fantastique et d'horreur auraient bonifié cette première réalisation, mais ce n'est qu'une fête traditionnelle. Regrets d'une bonne idée mal exploitée. Reste la fin. Un twist incroyable vient tout bousculer. Preuve qu'il y avait bien des scénaristes derrière ce road movie qui paraissait très creux jusqu'au dénouement. Les bonus offrent un long making-of de plus d'une heure au cours duquel on suit, au jour le jour, les doutes et enthousiasmes du réalisateur.

« Enragés », Wild Side Vidéo, 14,99 euros le DVD, 19,99 euros le blu-ray.

 

 

21/01/2016

DVD : famille, je vous aime

Avec 'Une famille à louer', Jean-Pierre Améris réalise une comédie sensible.

Une mère de famille (Virgine Efira), obligée d'élever seule ses deux enfants issus de deux « coups de foudre » différents est contactée par un milliardaire dépressif et renfermé (Benoît Poelvoorde). Accepterait-elle de louer sa famille pour qu'il se rende compte, durant trois mois, des effets positifs de la vie de famille ? « Il y a beaucoup de mon parcours dans ce film » explique Jean-Pierre Améris. « Avec Benoît Poelvoorde j'ai trouvé mon alter-égo. Durant l'écriture du scénario, c'était déjà lui. Il est d'ailleurs lui aussi maniaque et angoissé dans le vie. »

Le réalisateur a aussi abordé des thématiques plus pointues, comme ses références (les comédies américaines) et sa volonté de styliser au maximum le film. On est clairement dans la caricature parfois, mais les acteurs parviennent à donner une belle humanité à ces deux contraires que tout attire. A l'arrivée il y a un film sensible, dans l'air du temps (la famille recomposée) et tout public. « J'ai voulu un peu constituer ma famille idéale » confie Jean-Pierre Améris qui avouera qu'il n'aurait jamais imaginé pourvoir vire un jour autrement que seul... On rit à ces étonnements des uns et des autres, on est également touché car, comme le dit si bien Jean-Pierre Améris, « la comédie ce n'est pas juste de la grosse poilade. Cela doit aussi être émouvant. »

Pour la sortie en DVD de ce film, Studiocanal a soigné les bonus. Presque une heure de making of sont proposés sous forme de quatre petits films sur l'univers des divers protagonistes. On découvre d'abord ce qui inspire Jean-Pierre Améris, puis ces sont Virginie Efira et Benoît Poelvoorde qui parlent longuement de leurs personnages. Enfin vous saurez tout sur la fabrication des deux décors principaux : la maison toute de guingois de la jeune chômeuse et la villa froide et inhumaine du milliardaire.

« Une famille à louer », Studiocanal, 14,99 euros le DVD, 15,99 euros le blu-ray.

 

19/01/2016

Cinéma : Un festival de rattrapage avec Télérama

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Durant une semaine, les meilleurs films de 2015 selon Télérama sont reprogrammés dans vos cinémas.

Il existe la télé de rattrapage, le cinéma aussi permet aux retardataires de profiter du meilleur de l'année passée. L'initiative est à mettre à l'actif du magazine culturel Télérama. La rédaction a sélectionné une quinzaine de films et avec l'association française des cinémas d'art et d'essai, les reprogramment sur une semaine, à un tarif préférentiel pour ceux qui ont le passe offert avec le numéro de cette semaine.

Cela donne l'occasion de voir quantité de chef d'oeuvre au prix imbattable de 3,50 euros la place. La sélection est subtilement équilibrée entre films français et étrangers. Côté francophone, trois poids lourds font partie des « élus », « Dheepan » de Jacques Audiard, « Marguerite » de Xavier Giannoli et « La loi du marché » de Stéphane Brizé. Ces productions qui ont très bien marché et qui se laisseront regarder une nouvelles fois par les amateurs. Le festival

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Télérama permet aussi à des réalisations plus confidentielles de bénéficier d'une seconde exposition. C'est le cas de « Trois souvenirs de ma jeunesse » d'Arnaud Desplechin, « Fatima » de Philippe Faucon et « Comme un avion » de Bruno Poldalydès. Les productions étrangères sont très diversifiées de « Mia Madre » de Nanni Moretti (Italie) e,n passant par « Mustang » (Turquie), « L'homme irrationnel » ou « Birdman » (USA).

Mais s'il est bien un film à ne pas manquer dans ce best-of de l'année, cela reste « Taxi Téhéran » de Jafar Panahi. Sous forme de documentaire, on découvre la vie quotidienne de la capitale iranienne, entre envie d'émancipation et censure omniprésente.

Dans la région, le festival Télérama se décline dans quatre endroits : au Castillet de Perpignan, au Cinéma de Narbonne, au Colisée de Carcassonne et au Clap Cinéma de Port-Leucate.

07/01/2016

Cinéma : Le coupable était trop beau

Coupable parfait, un chauffeur de taxi va passer plusieurs mois en prison. 'Arrêtez-moi là', film implacable de Gilles Bannier avec l'excellent Réda Kateb.

Une erreur judiciaire est souvent la somme d'autres erreurs, petites mais graves de conséquence. "Arrêtez-moi là", film de Gilles Bannier, décortique le fonctionnement de la police et de la justice, énorme machine qui broie les innocents quand tout les accuse. La 'victime' est chauffeur de taxi. Samson (Réda Kateb) aime ce métier plein de paradoxes. Il permet de travailler en solitaire tout en rencontrant des gens tous très différents les uns que les autres. Samson, célibataire calme et sans histoire, apprécie d'autant son emploi qu'il lui permet de passer ses journées en compagnie de son chat et d'écouter de la bonne musique.

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A Nice, il récupère à l'aéroport une jeune femme (Léa Drucker) et la conduit à Grasse. Sur place, Samson va accumuler les petites erreurs qui vont transformer sa vie en cauchemar. Il accepte d'entrer dans la maison de sa cliente le temps qu'elle fasse l'appoint. Il en profite pour aller aux toilettes.

Accablant

Seconde erreur, il laisse ses empreintes digitales sur la fenêtre ouverte. De retour en ville, alors qu'il a terminé son service, il accepte de transporter gracieusement deux étudiantes éméchées. L'une d'entre elles vomit dans son taxi. Nouvelle erreur quand il décide d'aller immédiatement le laver à la vapeur. Le lendemain, deux policiers sonnent chez lui et lui demandent de le suivre au commissariat. Il se retrouve en garde à vue et ne sera plus libre durant des mois. Un coupable idéal pour des policiers menant l'enquête à charge. La petite fille de la cliente de Grasse a été enlevée dans la soirée. Quand on retrouve les empreintes de Samson sur la fenêtre des WC, son sort est joué. Au cours des interrogatoires, filmés avec brio, dans une tension allant crescendo, Samson comprend petit à petit ce qu'on lui reproche. Et malgré ses dénégations il est mis en examen et écroué. Son avocat commis d'office (Gilles Cohen) ne lui sera d'aucun secours.

Le film, tel un mécanisme de précision, montre comment quelques soupçons se transforment en intime conviction et même en preuves, aussi fragiles soient-elles. Pourtant la fillette n'est pas retrouvée. L'étoile Réda Kateb Et jamais Samson ne modifiera son témoignage. Le spectateur, comme paralysé, ne sait que penser. Il veut croire Samson, mais n'a pas la certitude de son innocence. Arrive le procès, avec son lot de coups de théâtre, d'espoir et de désillusion. Tiré d'une histoire vraie, ce scénario a le mérite de mettre en évidence un concept trop souvent négligé : la présomption d'innocence.

Un film dur et âpre, qui doit beaucoup à l'interprétation parfaite de Réda Kateb, étoile montante du cinéma français.

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Un rôle à César pour Réda Kateb 

réda kateb, bannier, nice, europaOn ne connaît pas encore les acteurs sélectionnés pour les prochains César, mais Réda Kateb devrait faire partie des trois favoris. Cet acteur qui a débuté dans les séries télé après un peu de théâtre impose sa nonchalance et son calme dans tous les personnages qu'il compose. Son charme aussi. Qui passe par une grande douceur. Dans le film de Gilles Bannier, il interprète un chauffeur de taxi. Un métier qu'il a déjà endossé pour le premier film de Ryan Gosling, l'étrange et bizarre 'Lost River'. Une carrière américaine pour ce comédien tout terrain qui a débuté dans 'Zero Dark Thirty'. Il y campe un terroriste torturé par Jason Clarke. L'an dernier on l'a remarqué dans 'Loin des hommes' et le très réussi 'Hippocrate' pour lequel il remporte le césar du meilleur second rôle masculin. Avec 'Arrêtez-moi là', il devrait logiquement monter dans la catégorie supérieure. Il porte le film, présent dans toutes les scènes, passant par tous les états. Mais il aura fort à faire cette année. Il risque de se retrouver confronté à deux monstres : Fabrice Luchini dans 'L'hermine' et Vincent Lindon dans 'La loi du marché'.

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06/01/2016

DVD : Des bruits de la vie au son électro

Zac Efron en DJ surdoué dans 'We are your friends' film musical moderne.

zac efron, dance, electro, musique, studiocanalLes amateurs de musique techno vont adorer ce film de Max Joseph. Pas forcément pour la bande son, de qualité, mais pour l'image résolument positive d'une mode musicale trop souvent décriée. Qui dit musique techno dit drogues, raves sauvages, excès... Aux USA, cela permet aussi à ces magiciens de l'assemblage de sons de bâtir des fortunes en faisant danser des milliers de jeunes et moins jeunes dans des clubs spécialisés ou en plein air. Cole Carter (Zac Efron) est un passionné. Il ne vit que pour la musique électronique. Il mixe et compose sur son vieil ordinateur. Avec ses copains, il tente de percer. Mais la lutte est rude.

Un tournage cool

Sa chance tourne quand il croise la route de James (Wes Bentley), une célébrité de la scène électro californienne. Ils vont travailler ensemble et le petit jeune va rapidement égaler voire dépasser la vedette. Une histoire d'ascension sociale basique, avec des hauts, des bas, une petite critique sociale, un embryon de romance et une scène finale qui rattrape largement les quelques longueurs et lourdeurs de l'ensemble. On vibre sur l'élaboration de ce morceau qui permettra à Cole de passer un cap. Professionnellement et humainement.

Zac Efron est crédible en DJ même si parfois il semble un peu trop « propre ». Dans les bonus du DVD et du blu-ray un reportage explique comment le jeune acteur s'est transformé en véritable DJ, prenant des cours et investissant dans du matériel pour se mettre à niveau. Quelques reportages courts donnent aussi un aperçu de l'ambiance très cool du tournage où la musique était toujours présente.

« We are your friends », Studiocanal, 14,99 euros

 

31/12/2015

DVD : Joann Sfar filme une très jolie oie blanche qui se rebelle

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Adapté d'un roman de Sébastien Japrisot, 'La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil' est un thriller esthétique.

 

 

Dans la catégorie des films que l'on aime avant même de le voir, 'La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil' cumule plusieurs atouts. Le titre. Long et explicite sans en dire trop. Le réalisateur. Joann Sfar, génial avec 'Gainsbourg', toujours très inspiré dans ses bandes dessinées. L'actrice principale. Freya Mavor, rousse incandescente aux jambes interminables et l'air mutin. L'origine. Le script est tiré d'un roman de Sébastien Japrisot. Mais à l'arrivée, on est un peu déçu, comme frustré de ne pas exactement retrouver ce que l'on espérait dans cette somme d'ingrédients alléchants. L'explication on la trouve dans les bonus du DVD. Joann Sfar dans un long entretien de près de 30 minutes, revient sur le projet. Il n'aimait pas le scénario. Mais adorait le roman. Alors il a tenté de trouver un compromis. D'autant que son producteur ne voulait pas qu'il fasse du Sfar. Mais il ne sait rien faire d'autre. Alors il a tourné un film comme il aurait aimé en voir quand il était jeune. Un long clip vidéo de 90 minutes dans lequel on ne peut que tomber amoureux de l'actrice principale. Peu de moyens, zéro figurants, décors sommaires et manquant de liant entre eux, c'est finalement le montage final qui a sauvé le projet de la catastrophe selon le réalisateur qui semble presque renier ce troisième film dans sa carrière, toujours le plus difficile à faire.

S'inventer une vie

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Pourtant, la jeune Dany restera longtemps dans les mémoires de ceux qui ont vu ce thriller ouvertement esthétique (et pas esthétisant). Dany (Freya Mavor) est une secrétaire effacée dans une société de publicité. Elle tape au kilomètre des projets et rapports dictés par son patron Michel (Benjamin Biolay). Ce dernier lui demande de venir chez lui taper un long texte qu'il doit rendre le lendemain. Elle accepte. Ce sera aussi l'occasion de revoir Anita (Stacy Martin), son ancienne collègue qui a terminé dans le lit du patron et l'a épousé. Dany, rousse, naïve, myope et seule, s'imagine dans les bras de son patron. Mais ce dernier l'ignore. Le lendemain, il lui demande de le raccompagner à l'aéroport avec sa voiture américaine, une Thunderbird. Au retour, Dany ne retourne pas à Paris, met le cap au sud pour voir la mer. S'inventer une vie, des aventures… Elle sera servie, se demandant si c'est elle qui a tué cet homme dans le coffre de la voiture. Au point de se demander sir elle n'est pas folle. Véritable film psychologique, faux thriller (même s'il y a effectivement des morts, du sexe et de la violence), 'La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil' est entièrement porté par Freya Mavor. L'actrice anglaise, surtout connue pour son rôle dans la série 'Skins', d'une beauté époustouflante, est filmée avec délicatesse par un Joann Sfar très inspiré.

'La dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil', Wild Side Vidéo, 19,99 euros le DVD, 24,99 euros le blu-ray.

 

30/12/2015

DVD : Pour survivre, ne jamais se retrouver à trois

Une fille, deux garçons. Dans un monde post-apocalyptique, les problèmes commencent pour 'Les survivants'.

survivantsQue se serait-il passé si, en plus d'Adam et Eve, Dieu avait imposé la présence d'un deuxième homme ? Ce postulat est au centre du film de Craig Zobel. Dans un monde frappé par une catastrophe nucléaire, toute vie s'est éteinte de la surface de la terre. Toute ou presque. Il reste une zone, en altitude, qui est épargnée par les radiations. Une petite ville qui n'est plus habitée que par une unique survivante, Ann (Margot Robbie). En compagnie de son chien, elle cultive son jardin et trouve le temps long. Un jour elle croise le chemin de Loomis (Chiwetel Ejiofor), un ingénieur qui a lui survécu grâce à une combinaison hermétique qu'il était en train de mettre au point quand la catastrophe s'est déclarée. Il vient de marcher des jours et des jours, à la recherche d'un lieu où il lui serait possible de se défaire de cette seconde peau. Il croit être arrivé au paradis, prend un bain dans une rivière et tombe gravement malade. Il est sauvé par Ann, ravie d'avoir enfin de la compagnie. La science de l'homme alliée à la foi de la femme permettent enfin un peu d'espoir dans ce monde mourant.

La première partie du film, directement sorti en DVD, raconte la rencontre et cet apprentissage mutuel. Les nouveaux Adam et Eve vont-ils surmonter les épreuves ? Pas le temps de répondre qu'un troisième larron entre en jeu : Caleb (Chris Pine). Les problèmes commencent.

Tourné en Nouvelle-Zélande, ce film adapté d'un célèbre roman de SF s'appuie essentiellement sur l'interprétation des trois acteurs. Dans le lot, Chiwetel Ejiofor a la tâche la plus ardue car son personnage est le plus ambiguë. Il s'en tire à merveille et donne un côté inquiétant à l'ensemble.

'Les survivants', Seven Sept, 14,99 euros le DVD, 19,99 euros le blu-ray.

 

08:44 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0)

24/12/2015

Cinéma : La Tunisie rebelle et joyeuse d'"A peine j'ouvre les yeux"

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Portrait d'une génération en quête de liberté dans "A peine j'ouvre les yeux", film de Leyla Bouzid sur la Tunisie d'avant la révolution de 2011.

Farah (Baya Medhaffar) n'a pas 18 ans. Elle vient de passer son bac et cette brillante élève l'obtient avec la mention très bien. Cela fait la joie de sa mère Hayet (Ghalia Benali) qui la verrait bien en médecin dans quelques années. Mais Farah a d'autres projets. Son groupe de musique compte plus que ce diplôme. Elle interprète les compositions de Borhène (Montassar Ayari) et va pour la première fois chanter en public.

En quelques plans, Leyla Bouzid, la scénariste et réalisatrice du film "À peine j'ouvre les yeux" décrit le dilemme de Farah, jeune fille déterminée, avide de découverte, d'amour et de liberté. Ce pourrait être simple si l'on n'était pas en 2010, sous le règne de Ben Ali, président tout puissant d'une Tunisie laïque mais étouffée par la censure et la corruption. Ce film autant politique que musical permet de comprendre pourquoi la jeunesse de ce pays a fini par se révolter. Farah, belle et libre, vit sa vie de femme sans contrainte. Elle flirte avec Borhène qui la transcende en muse. Leur complicité, sur scène et à la vie, est belle à voir. Mais ce n'est pas sans heurts ni difficultés.

Des "rêves délavés"

Les textes de Borhène sont engagés. Il se lamente pour son pays : "À peine j'ouvre les yeux, je vois des gens éteints, coincés dans la sueur, leurs larmes sont salées, leur sang est volé et leurs rêves délavés". Des chansons sans conséquence tant qu'elles ne quittent pas le garage où ils répètent, mais dès qu'elles sont interprétées en public, dans un de ces bars de nuit qui attire la jeunesse désœuvrée, les ennuis commencent. Dès le lendemain, Hayet reçoit un message d'avertissement sur son téléphone portable.

Et rapidement la situation se dégrade. Les jeunes musiciens voient les portes se fermer devant leurs tentatives d'organiser des concerts. Jusqu'à ce que Borhène soit interpellé et passé à tabac. La description de cette paranoïa permanente dans une Tunisie espionnée, observée et bridée fait froid dans le dos. Farah, accepte de se mettre en retrait à la demande de sa mère. Mais la tentation est trop forte. Elle retourne dans le groupe, chante des textes de plus en plus engagés. La police va l'enlever. Des forces de l'ordre qui ont tous les droits dans cette dictature qui ne dit pas encore son nom.

On ressort du film la tête pleine de sons et de chansons prenantes. Composées par Khyam Allami et réellement interprétées par la jeune et talentueuse Baya Medhaffar, elles sont l'arme de destruction massive de cette génération en pleine rébellion, avant de faire la révolution. Une année plus tard, l'Histoire bascule. Ce n'est pas dans le film, mais tout le monde sait que le printemps arabe a pris sa source dans ces mouvements lancés par des jeunes qui ont risqué leur vie pour quelques vers de poésie et l'envie de vivre pleinement, loin des carcans, des privations et des brimades. 

Ce film est une ode à la liberté, la jeunesse et la musique.

09:32 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : baya medhaffar, bouzid, shellac

23/12/2015

Un patrimoine cinématographique à redécouvrir

Restaurations remarquables de chefs-d'œuvre du cinéma français.

christian-Jaque, le vigan, disparus, pathé, goupi, pere noel, véryLe cinéma, heureusement, ne se résume pas à des blockbusters. Inventé en France, il a longtemps permis à des artistes de s'exprimer simplement, avec leur cœur et leur âme. Pathé, fort d'un catalogue grandiose, s'est lancé dans la restauration de quelques œuvres légendaires de la production hexagonale. Cinq titres viennent d'être dévoilés, trois des années 40, deux autres plus récents avec Alain Delon en vedette. "Les disparus de Saint-Agil", "L'assassinat du Père Noël" et "Goupi mains rouges" ont pour point commun qu'il s'agit de l'adaptation de romans de Pierre Véry. L'écrivain français, spécialiste du genre fantastico-policier, a mis sa plume au service des meilleurs cinéastes de l'époque.

Christian-Jaque signe peut-être son chef-d'œuvre avec "Les disparus de Saint-Agil". Une histoire palpitante, une bande de gosses d'une rare spontanéité (dont Mouloudji à la voix trainante et dans des rôles de figuration Aznavour et Reggiani) et deux stars de l'époque : Michel Simon et Erich Von Stroheim. Dans ce pensionnat pour garçons, les trois membres de la société secrète des "Chiche-capons" complotent. Leur but : aller en Amérique. Mais en pleine nuit, dans la salle de sciences naturelles, un homme mystérieux apparaît dans l'ombre d'un squelette. Dans les bonus, en plus d'un reportage très complet sur le processus de restauration, Noël Véry, fils du scénariste, mène plusieurs entretiens avec des spécialistes de la littérature populaire, Pierre Tchernia et Robert Rollis dont c'était le premier rôle.

Occupation

Réalisé en pleine occupation allemande, "L'assassinat du Père Noël" est le premier film produit par la Continental, la société française voulue par Goebbels. Toujours Christian-Jaque à la réalisation sur une histoire de Pierre Véry, mais avec Harry Baur en vedette. Entre conte et intrigue policière, l'histoire se déroule aux alentours de Noël, dans un village de montagne isolé par de fortes chutes de neige. Superbes images et décors dignes de la Belle et la Bête rattrapent ce film un peu suranné.

christian-Jaque, le vigan, disparus, pathé, goupi, pere noel, véry"Goupi mains rouges" de Jacques Becker est une satire du monde paysan. Tourné vers la fin de la guerre, il met en vedette Fernand Ledoux mais surtout Robert Le Vigan. Ce spécialiste des seconds rôles (il est également à l'affiche des deux précédents films) interprète Goupi Tonkin, un colon nostalgique de l'Indochine à l'esprit dérangé. Robert Le Vigan, certainement un des plus grands acteurs français du XXe siècle. Sa carrière a cependant été brève. Promis au plus bel avenir, il a fait les mauvais choix durant l'Occupation. Non seulement il a accepté de tourner pour les Allemands, mais il a participé à nombre d'émissions de Radio Paris au cours desquelles il a déversé son fiel antisémite. Il fuit en Allemagne après le débarquement puis il est capturé et jugé. Condamné à dix ans de travaux forcés, il rejoindra l'Argentine au milieu des années 50 où il vivra pauvrement jusqu'à sa mort dans la misère en 1972. Ces trois films permettent de le redécouvrir dans toute sa démesure, notamment quand il est face à Michel Simon dans les "Disparus" où il livre une composition inquiétante et glaciale.

"Les Disparus de Saint-Agil", "L'assassinat du Père Noël" et "Goupi Mains rouges", Pathé, 19,99 euros chaque coffret DVD + blu-ray.

 

18/12/2015

Cinéma : Monsieur Sim, naufragé de la vie

 


A quoi voit-on que l'on devient dépressif ? Quand on se met à parler à son GPS comme Jean-Pierre Bacri dans "La vie très privée de Monsieur Sim", il est souvent trop tard.



Bavard ce monsieur Sim. Dramatiquement bavard, même mortellement ennuyeux. La preuve dans la scène d'ouverture du film de Michel Leclerc. François Sim (comme la carte…) prend place en classe affaires de l'avion qui le conduit en Italie voir son père. Il raconte à son voisin ses récents déboires. Sa femme l'a quitté, il a perdu son travail et est en pleine dépression. Mais il essaie de rebondir. Il a des projets. Qu'il ne pourra cependant pas détailler à son infortuné voisin. Ce dernier a préféré mourir plutôt que de continuer à entendre la litanie de ce dépressif invasif. Le vol à côté d'un cadavre sera une nouvelle histoire à raconter par cet étrange monsieur Sim interprété par Jean-Pierre Bacri.

Souvenirs d'enfance

Adaptée d'un roman de Jonathan Coe, cette histoire mêle allégrement situations hilarantes et grandes désespérances. François Sim ne supporte plus cette solitude. Au point qu'il drague même les jeunes filles dans les aéroports. Poppy (Vimala Pons) hante les halls pour enregistrer des annonces de départs d'avions, sons qu'elle revend à des maris infidèles en mal d'alibis sonores. Poppy est fascinée par ce quinquagénaire qui parle si bien de son ancienne femme Caroline (Isabelle Gélinas). Elle l'invite à une soirée organisée par son oncle Samuel (Mathieu Amalric). François ne délaisse Poppy que le temps de découvrir l'histoire d'un navigateur en solitaire disparu en mer après avoir fait semblant de boucler un tour du monde.
Une destinée qu'il va longtemps ruminer dans son nouveau travail, représentant en brosse à dent. Au volant d'une rutilante Peugeot hybride, il met le cap au sud pour révolutionner l'hygiène dentaire. En théorie. Dans les faits, il retourne dans la ville de son enfance. Retrouve son premier amour et découvre le secret de son père, le secret de sa naissance. Un peu perdu face à ce flot d'émotions, il passe ses nerfs sur Emmanuelle. Elle n'est pas contrariante Emmanuelle. Toujours prête à "recalculer l'itinéraire" puis à donner de bons conseils "restez sur la file de gauche". N'ayant presque plus de relation avec les humains, Sim tombe littéralement amoureux de la voix de son GPS (Jeanne Cherhal).
Le film de Michel Leclerc fait partie des rares œuvres qui vous font aller très loin dans l'introspection. Comme le héros, on se pose des questions sur notre parcours, nos choix, renoncements et mensonges. Cela ne se fait pas toujours sans casse. François Sim, en éclaireur des naufragés de la vie, donne l'exemple. Jean-Pierre Bacri est très convaincant dans ce rôle de "dépressif joyeux", comme le définit le réalisateur du film.
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Jean-Pierre Bacri bougon génial
 


Quand il n'écrit ou ne tourne pas avec sa compagne Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri accepte quelques rôles chez des cinéastes qui ne cachent pas leur admiration face à ce géant du 7e art français. Le personnage de Monsieur Sim semble coller à merveille à ses mimiques entre bougon râleur et éternel optimiste, ravi de la vie. Son visage à la Droopy passe du rire aux larmes avec une étonnante facilité. Il nous touche. Tout le temps. Dans le film de Michel Leclerc, il est clair que François Sim est un grave dépressif qui s'ignore. Son ex-femme lui demande s'il voit quelqu'un. Lui ne s'imagine même pas malade… Pourtant, ce soutien psychologique il se le trouve tout seul dans la voix si harmonieuse de ce GPS si docile. Au point de lui jouer des tours, enchaînant les tours de rond-point comme les enfants de manège, juste pour entendre les hésitations de la machine, perdue dans cette ronde incertaine. Mais tourner en rond ne mène nulle part. Un jour Sim-Bacri va enfin aller de l'avant, vers l'inconnu, vers soi. Un cheminement intérieur qui le bouleverse, comme le spectateur qui oublie les rires de la première partie pour cette difficile remise en cause personnelle et incontournable.

DE CHOSES ET D'AUTRES : Star Wars VII, fort, très fort !

 
Beaucoup de nostalgie, encore plus de combats (dans l'espace et à terre, avec des sabres-lasers), quelques rebondissements, une fin très ouverte : Le réveil de la Force, épisode VII de la saga Star Wars n'a rien du chef-d'œuvre immortel, mais plaira à toutes les générations.
J.J. Abrams, le réalisateur, a essentiellement voulu jouer avec les mythes de sa jeunesse. Sur un canevas presque imposé, il pose ses personnages, ressort de la naphtaline quelques madeleines intergalactiques ou "vieux tas de ferraille" et multiplie les références aux épisodes précédents.
N'attendez pas que je vous révèle les nœuds de l'intrigue. Je ne vous imposerai pas ce que j'aurais eu horreur de subir. Mais comme on s'en doutait un peu, un personnage emblématique de la saga meurt dans cet épisode. Il vaut mieux également réviser l'arbre généalogique des six précédents films pour démêler convenablement les liens de parenté entre les uns et les autres.
Avec un sacré brio, J.J. Abrams instille beaucoup d'émotion dans ce 7e volet. Il peut remercier ses acteurs, anciens comme nouveaux, pour des performances irréprochables. Parmi les nouveaux venus, Oscar Isaac semble sous-exploité, ce qui n'est pas le cas de Daisy Ridley et John Boyega. Quant à Adam Driver, dans un genre radicalement différent, il se révèle aussi bon que dans "Girls", la série de Lena Dunham.
Saluons enfin la fidélité de J.J. Abrams pour certains compagnons de route comme Greg Grunberg (Alias, Super 8, Star Trek) ou Ken Leung (Lost, Person of Interest). On aura beaucoup de plaisir à les retrouver dans l'épisode VIII.

17/12/2015

DVD : Quatre bannis et de la dynamite dans "Sorcerer" de William Friedkin

Renaissance dans un coffret réservé aux cinéastes exigeants de 'Sorcerer' de William Friedkin avec Roy Scheider.

S'il est difficile de prévoir à l'avance le succès d'un film, il est encore plus compliqué de tabler sur son échec. En 1977, quand sort 'Sorcerer' de William Friedkin, tout laisse à penser que cette grosse production, tournée durant près d'une année en pleine jungle de République Dominicaine, attirera autant de spectateurs que 'French Connection' et 'L'Exorciste', les deux précédents films du réalisateur américain. Même si le casting n'est pas au niveau du projet initial (il devait réunir Steve McQueen, Marcelllo Mastroianni et Lino Ventura), l'histoire reste la même : remake du 'Salaire de la peur' de Clouzot. Le film sera un bide retentissant. Deux semaines à l'affiche, peu d'entrées et une déferlante qui va précipiter sa disparition dans les limbes cinématographiques : la sortie de 'Star Wars'.
Friedkin mettra de longues années pour se remettre de cet échec. D'autant qu'il considère ce film comme sa meilleure réalisation. Aujourd'hui encore il persiste quand il prétend qu'il ne changerait rien au résultat final. Il faudra attendre près de dix ans pour qu'il retrouve son brio dans le palpitant 'Police Federale Los Angeles'.
'Sorcerer' est le récit de la rédemption de quatre bannis. Quatre hommes aux destins tragiques, inéluctables. Il y a un tueur à gage sud-américain, Nilo (Francisco Rabal), un terroriste palestinien Kassem (Amidou), un banquier français véreux Serrano (Bruno Cremer) et un gangster américain Scanlon (Roy Scheider).

Tournage en enfer

 



Roy Scheider, à la fin des années 70, est un acteur qui monte. Sa performance dans 'Les dents de la mer' l'a propulsé au sommet. Par contre les autres acteurs, européens, sont totalement inconnus aux USA. C'est certainement le principal handicap de ce film injustement oublié. Sa ressortie en DVD et blu-ray dans un coffret riche de bonus et d'un livret de 50 pages, permet enfin à cette œuvre de bénéficier d'une reconnaissance méritée.
Le scénario est basique. Quatre scènes d'ouverture permettent de présenter les héros. L'un tue sans remords, l'autre pose des bombes dans la foule, le troisième a ruiné sa belle-famille et le dernier, pour quelques milliers de dollars, participe au braquage d'une église. Acculés, recherchés, ils n'ont d'autre solution que l'exil. Un pays d'Amérique du Sud, sur un chantier de forage pétrolier. Quand il faut récupérer des caisses de dynamite instable à plusieurs kilomètres, ils sont volontaires pour conduire les camions. Un long et dangereux périple dans la jungle.
Le tournage, éprouvant, a souvent failli être abandonné. Chaleur, humidité, accident : rien n'est épargné aux équipes. Le long-métrage est finalement achevé dans la douleur, pour le résultat que l'on sait…
Film noir sur le destin et la rédemption, 'Sorcerer' a l'étiquette de production maudite. Le coffret offre un long entretien enregistré en février dernier entre William Friedkin, 80 ans, l'œil vif et la parole taquine et Nicolas Winding Refn, le jeune prodige danois dont le "Drive" est directement inspiré des productions de Friedkin.

'Sorcerer', La Rabbia & Wild Side, 19,99 euros le pack DVD, 24,99 le pack blu-ray.