02/11/2015

Livre : Deux Simenon dans l'Histoire

Georges est romancier mondialement connu. Christian un raté qui sombre dans le nazisme. L'histoire de la fratrie Simenon vue par Patrick Roegiers.
 
Loin de ne concerner que l’Allemagne et l'Italie, le fascisme puis le nazisme ont contaminé toute l'Europe. En Belgique, le plus ardent défenseur de de la suprématie aryenne était Léon Degrelle, fondateur du mouvement Rex. Catholique, Wallon, populiste et férocement opposé aux Juifs, il a plongé dans le moule du Furher. Son mouvement, avant la déclaration des hostilités, sans déplacer les foules, remportait un beau succès. En se penchant sur la destinée de « L'autre Simenon », Patrick Roegiers raconte surtout cette période trouble de la Belgique. Quand le fanatisme autorisait la violence. Au milieu des années 30, Léon Degrelle sillonne le pays. Il tient meeting sur meeting. L'entrée étant payante, il remplit les caisses de son parti politique.
Dans le public un certain Christian Simenon, frère de Georges, le déjà très célèbre romancier, créateur du commissaire Maigret. Christian est fasciné par les gesticulations de cet homme sur l'estrade. Le roman plonge le lecteur dans la frénésie de ces réunions publiques qui parfois ressemblent plus à des combats de boxe. Il décrit Degrelle : « Rien n'était spontané dans son attitude. Tout était étudié. Tel un roué comédien, il implorait paumes ouvertes, menaçait du doigt, comprimait d'une main son coeur ou tendait vers le ciel l'index de l'imprécateur. Faussement furieux, il se dressait sur ses ergots et gérait à la perfection ses effets. (…) Le public frissonnait d'aise. Les hourras s'amplifiaient. La salle tanguait sous la verbosité déferlante du pétroleur populiste et carriériste mégalomane. » Léon Degrelle est un personnage abject, mais en ces temps troublés, il parvient à s'imposer.
 
Un vrai tueur
Et dès que la Belgique est envahie par les troupes nazies, il se retrouve en première ligne pour dénoncer, déporter, emprisonner, torturer et tuer. Christian Simenon reste en Belgique, contrairement à son frère qui trouve refuge en France. Mais si le premier collabore ouvertement avec l'occupant, le second n'est pas aussi irréprochable que ce que l'Histoire retiendra. Il a fait partie de ces millions d'hommes et de femmes qui n'ont pas résisté. Sans véritablement collaborer non plus. Mais presque. Ce qui vaudra à Georges Simenon une brève interdiction de publier à la Libération.
Le destin de Christian est plus tragique. Patrick Roegiers revient avec une rare violence sur le massacre de Courcelles et la participation de Christian. De simple fonctionnaire de Rex, il devient un tueur. Consentant. « Et soudain, l'envie de tuer lui était venue comme une folie nécessaire. Il s'était désigné pour cette mission. Et il devait l'accomplir. » Dès qu'il presse sur la gâchette, il sait que c'en est fini de sa vie. Il bascule de l'autre côté, celui qui lui permet enfin de faire quelque chose que son frère, lui n'a jamais fait. Sur le papier Georges a raconté des centaines de meurtres, mais n'a jamais tué. Christian, si.
Avec des faits historiques incontestables, Patrick Roegiers a imaginé cet affrontement indirect entre deux frères rivaux. Mais ce n'est qu'un roman puisque la fin imaginée par l'auteur belge est différente de la réalité. Un récit puissant, au style riche et très imagé, qui dévoile un pan ignoré de l'histoire de l'Europe.
Michel Litout
« L'autre Simenon », Patrick Roegiers, Grasset, 19 €
 

 

 

27/10/2015

Livre : L'Afrique relevée de « Petit Piment »

 
Abandonné par ses parents dix jours après sa naissance, Petit Piment grandit dans un orphelinat du Congo. De quoi gâcher une vie racontée dans sa verve habituelle par Alain Mabanckou.
 
Bébé abandonné à l'entrée d'un orphelinat, Moïse est baptisé par Papa Moupelo, le prêtre qui vient chaque semaine faire chanter les gamins de l'institution. Moïse n'est qu'une petite partie de son nom, long comme un jour sans pain. Mais c'est sous le sobriquet de Petit Piment que cet enfant va faire parler de lui.
Le roman d'Alain Mabanckou, à la première personne, est construit à l'inverse d'une vie. Au début, on galère, puis arrive le temps de l'épanouissement. Avec Petit Piment, c'est l'inverse. Tant que Papa Moupelo venait chaque semaine, la vie valait le coup. Mais du jour au lendemain il disparaît. Encore gamin, notre héros ne comprend pas que le religieux vient d'être victime de la révolution socialiste imposée par le pouvoir. Terminés les chants liturgiques, place aux odes au président. Sous la houlette du directeur, un certain Dieudonné Ngoulmoumako, la vie change. Brimades, punitions, corrections : c'est l'enfer. Les gardiens sont intransigeants, les autres pensionnaire pires. Notamment des jumeaux qui font régner la terreur dans les dortoirs. Quand ils s'en prennent à Bonaventure, le meilleur ami de Moïse, ce dernier décide de le venger. Subrepticement, il introduit une forte dose de piment dans la nourriture des tyrans. Ils passent une nuit terrible. Les trois jours suivants sont abominables. Voilà comment le gamin de Pointe-Noire devient Petit Piment. Les deux caïds, flairant le gars dégourdi et peu impressionnable, lui pardonnent et le nomment second de leur bande.
La première partie du roman, entièrement située dans l'orphelinat, est la plus émouvante. Encore enfant, Petit Piment a un fond d'humanité, de gentillesse et d'empathie. Malgré les coups durs, les injustices et un horizon bouché, il croit encore en l'Homme, comme si l'enseignement de Papa Moupelo persistait tel un phosphène au fond de la rétine. Le drame de Petit Piment, c'est sa gentillesse. Et sa peur de décevoir. Quand les jumeaux décident de s'évader, il n'ose pas refuser de participer au plan. Et le voilà devenu petit voyou dans le grand marché de Pointe-Noire.
 
Ami des prostituées
Heureusement il croisera une nouvelle fois une bonne âme qui tentera de le sauver. Maman Fiat 500 est une mère maquerelle. Elle se prend d'amitié pour ce gentil garçon, serviable et si prévenant pour ses dix filles. Surtout il ne juge pas sa profession quand elle lui explique. « A-t-on jamais cherché à savoir ce qu'il y a derrière chaque femme qui marchande ses attributs ? On ne naît pas pute, on le devient. (…) Et puis on franchit le pas, on propose à un passant son corps avec un sourire de circonstance, parce qu'il faut aguicher comme dans tout commerce. On se dit que ce corps, même si on le déprécie un soir, on le lavera le lendemain afin de lui rendre sa pureté. Et on le lave une fois à l'eau de javel, on le lave deux fois avec de l'alcool, puis on ne le lave plus du tout, on assume désormais ses actes parce que les eaux de la terre ne pourront jamais procurer de la pureté à qui que ce soit. » Dans le giron de Maman Fiat 500, quelques douces années s'écoulent.
Mais la malédiction frappe de nouveau. Et cette fois ce ne sont pas quelques pincées de poudre de piment qui le sortiront d'affaire. Aussi tragique que l'histoire de ce continent, le roman d'Alain Mabanckou raconte surtout l'énorme gâchis de talent et d'intelligence causé par la misère d'une majorité et l'ambition d'une minorité.
Michel Litout

 

« Petit Piment », Alain Mabanckou, Seuil, 18,50 €
 

20/10/2015

Poche : Le détroit du loup

 
Près de la mer de Barents, où les nuits sont sans fin en hiver et les jours interminables en été, Olivier Truc lance ses deux enquêteurs atypiques sur la piste d'une nouvelle affaire. Klemet et Nina sont affectés à la police des rennes. Le roman débute au détroit du Loup. Il sépare la toundra de l'île de la Baleine. Une zone très prisée pour ses immenses prairies. Lors de la traversée, un jeune éleveur meurt noyé. Les traditions des Sami, les tribus autochtones, sont mises à mal par les autorités norvégiennes. Le partage des terres pose problème, celui des richesses de la mer aussi. Car ce polar, après cette mise en bouche naturaliste, se déroule ensuite en grande partie dans le milieu de l'exploitation pétrolière. Des enjeux financiers considérables qui attisent les appétits de certains. Les éleveurs de rennes sont parfois un obstacle au développement. (Points, 8,60 €)

17/10/2015

Livre : Lettres de Marcel Pagnol

 
Recueil de lettres adressées à des collègues et amis, ce livre coordonné par son petit-fils Nicolas permet de cerner l’extraordinaire professionnalisme de Marcel Pagnol. S’il débute au théâtre, très vite il se tourne vers le cinéma et invente le statut de scénariste-réalisateur-producteur. Une seule casquette pour être absolument maître de ses œuvres. Par contre il ne peut pas se passer de comédiens. Alors il choisit les meilleurs et leur offre des rôles de légende. De Fernandel à Raimu, il a permis à ces Provençaux de conquérir toute la France. Mais pas sans difficultés quand on découvre les rapports parfois houleux du réalisateur avec ces stars de l’époque. La première partie, la plus passionnante aussi, retrace les longues années de collaboration entre Pagnol et Raimu. Les deux hommes s’apprécient, mais leurs caractères entiers brouillent parfois les cartes. Les fâcheries sont récurrentes. Violentes parfois. Même les huissiers sont intervenus... Pourtant on retient surtout l’indéfectible amitié des deux hommes..
 

 

J’ai écrit le rôle de ta vie”, Robert Laffont, 21 euros.
 

DE CHOSES ET D'AUTRES : Hoquets de rire avec la version papier du Bilboquet Magazine


Plus c'est gros, plus on y croit. Certains sites internet, pour augmenter leur audience, mettent en avant des informations insolites et étonnantes. L'internaute de base, toujours à l'affût de nouvelles sensations, se laisse attraper par des titres racoleurs pour ne pas dire mensongers. Un boulevard pour les amateurs de pastiches. C'est ainsi que Bilboquet Magazine a vu le jour en 2012.
Des milliers de clics plus tard, les "ancêtres" vont pouvoir eux aussi se bidonner sans être obligés de taquiner le "mulot". Un livre, en papier, avec couverture en couleurs (illustrée par Vuillemin), doté d'une mise en page aussi criarde que bariolée digne des magazines people de la grande époque. En plus des articles réellement étayés comme "437 crises d'épilepsie lors du dernier défilé Desigual" ou "Le voleur des deuxièmes chaussettes enfin sous les verrous", quelques rubriques spécifiques dont ces tests pratiques sur les couverts en plastique ou le matelas à champagne (version luxe du matelas à eau).
Mais mon histoire préférée reste celle du "hipster qui s'étouffe à mort en boutonnant sa chemise jusqu'en haut". J'en ris encore !
"Bilboquet Magazine", Hugo Desinge, 14,95 euros

09:57 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : bilboquet, hugo desinge, rire

06/10/2015

Roman : Bêtes de scène dans "Mémoires fauves" de René Guitton

La jeune compagne d'une rock-star tombe amoureuse du vieux directeur artistique du label. Ménage à trois musical dans « Mémoires fauves » de René Guitton.

 

mémoires fauves, rené, guitton, calmann-lévy, musiqueRoman choral, « Mémoires fauves » de René Guitton débute par le coup de foudre d'un homme qui ne croit pourtant plus en l'amour. Michel Beaumont, directeur respecté d'un label de musique, est l'antithèse des artistes qu'il chapeaute. A eux la lumière et l'exposition médiatique, à lui la coulisse, le travail ingrat sans la moindre reconnaissance du public. Mais c'est dans son tempérament. Il est la « force tranquille » d'un milieu trop fougueux et pressé. A l'image de Fauves, le phénomène rock du moment. Ce jeune chanteur, originaire du Proche-Orient (Egypte et Liban), est devenu en quelques années la voix de sa génération. Une personnalité engagée, rebelle, sans cesse sur la brèche pour défendre les faibles, les pauvres. Fauves ne travaille pas pour Michel mais a tenu absolument à le rencontrer pour lui « vendre » son nouveau projet. Avec sa compagne, Aurélie, grand reporter elle aussi habituée aux pages People des magazines, il veut donner la parole aux animaux. Enregistrer partout sur la planète les cris de ces espèces menacées et les orchestrer pour en faire une symphonie sauvage.

Au cours de l'entretien, le jeune chanteur s'enflamme et explique d'où lui vient ce nom atypique : « Si je m'appelle Fauves, c'est pour leur rendre hommage, les rappeler à l'esprit de ceux qui les détruisent. Fauves au pluriel parce que je suis pluriel moi-même à travers tous les fauves que je porte en moi et représente, tous les fauves à la fois, avec la force des uns, la férocité des autres, leur fragilité et leurs craintes aussi. Je rugis leur rage à la face des humains, et rugirai encore et toujours leur mémoire, pour briser l'instinct des hommes. » Une sacrée profession de foi pour un homme à fleur de peau. Mais cela ne touche pas Michel, habitué aux caprices et lubies de certaines personnalités un peu trop investies. Il refuse. Sec et cassant. Sans détour. Fin de l'entretien. Fauves est furieux, Aurélie gênée.

 

Récit puissant

Cette dernière, dès le lendemain contacte Michel pour s'excuser. Ils déjeuneront ensemble et ce qui devait arriver arriva : le vieux (il a 55 ans) directeur casanier tombe sous le charme de la jeune, ravissante et brillante journaliste. Qui elle non plus n'est pas insensible au charme suranné et très cultivé du beau gosse grisonnant. Arrivé à ce point du roman, on se demande pourquoi René Guitton a passé toutes ces pages à décrire Fauves, le cocu de l'affaire. Tout simplement car le chanteur cache bien son jeu. Il n'est pas dupe et ses sens en éveil devinent l'amour naissant entre Aurélie et Michel.

La dernière partie du roman change totalement de registre. On entre dans le journal intime du chanteur, dans ses mémoires, autre version d'une vérité cachée. La relation amoureuse à la guimauve s'efface pour un texte d'une rare puissance. Fauves se raconte et son verbe emporte tout sur son passage. Des mémoires que l'on n'est pas prêt d'oublier.

Michel Litout

 

« Mémoires fauves », René Guitton, Calmann-Lévy, 18 €

 

25/09/2015

Livre : Les tourments d'une mère

 

Colm Tóibín imagine les tourments d'une mère face au sacrifice de son fils. Une réécriture de la mort de Jésus dans « Le Testament de Marie. »

 

Colm Tóibín, jésus, marie, dieu, robert laffontJamais elle n'a cru à cette légende. Jamais elle n'a cautionné son sacrifice. Jamais elle n'a accepté son départ, son abandon. Mais jamais, non plus, elle n'a cessé de l'aimer, son fils, le sien, pas celui de Dieu. Marie raconte à la première personne les derniers moments de son fils, Jésus. Elle se sent obligée de dire sa vérité car depuis quelques temps deux hommes viennent la voir tous les jours pour qu'elle raconte une version très déformée de la crucifixion et des dernières heures de celui qu'ils considèrent comme le fils de Dieu. Or Marie sait que la réalité est tout autre.

Colm Tóibín, écrivain irlandais au verbe lyrique et puissant, a écrit un tout nouveau testament avec les yeux d'une mère bouleversée par l'aveuglement de son fils, comme pris au jeu de ses disciples qu'elle décrit comme une « horde écumant le pays telle une avide nuée de sauterelles en quête de détresse et de peine. » Pour elle il n'y a pas eu de miracles, pas de signes divins, juste un aveuglement. Quand ces deux visiteurs viennent chez elle, Marie leur interdit de s'assoir sur une chaise. « J'ai décidé qu'elle resterait vide. Elle appartient à la mémoire, elle appartient à un homme qui ne reviendra pas, dont le corps est poussière mais qui avait autrefois une puissance dans le monde. Il ne reviendra pas. La chaise est pour lui car il ne reviendra pas. » Les deux hommes, sans doute des apôtres chargés de la protéger ou de la surveiller la contredisent. « Ton fils reviendra ».Et Marie de répondre : « Cette chaise est pour mon mari ».

 

Chair, os et sang

Le roman, court et intense, revient sur quelques passages de la vie de Jésus. Les noces de Cana ou la résurrection de Lazare. Mais l'essentiel du texte raconte le dernier jour, le jugement par Pilate puis la montée vers la colline et la mise en croix. Un symbole encore très présent dans les cauchemars de la narratrice. « J'ai eu le souffle coupé en voyant la croix. Elle était déjà toute prête. Elle l'attendait. Bien trop lourde pour être portée. » Cachée dans la foule qui réclame la mort de celui qui prétend être le fils de Dieu, Marie vit intensément ce fameux chemin de croix.

Mais elle y voit tout autre chose. Quand elle croise son regard, elle pousse un cri, veut se précipiter vers lui. « C'était l'enfant à qui j'avais donné naissance et voilà qu'il était plus vulnérable qu'il ne l'avait été même alors. Quand il était bébé, je m'en souviens, je le berçais en pensant que j'avais désormais quelqu'un pour veiller sur moi quand je serais vieille. Si j'avais pu imaginer, même en rêve, qu'un jour viendrait où je le verrais ainsi, tout sanglant au milieu d'une foule zélée avide de le faire saigner davantage, j'aurais crié de même, et ce cri aurait jailli d'une partie de moi qui est le centre de mon être. Le reste n'est que chair, os et sang. » Une mère, souffrant pour son enfant malgré ses errements et trahisons, voilà la vérité que raconte Colm Tóibín dans ce remarquable texte.

Michel Litout

 

« Le Testament de Marie », Colm Tóibín, Robert Laffont, 14 €

 

18/09/2015

Livres : Noblesse belge en perdition

Amélie Nothomb dans « Le crime du comte Neville » dresse un portrait étonnant de la noblesse belge actuelle, entre tradition et décrépitude.

 

amélie nothomb, noblesse, neville, albin michelLes temps sont durs pour les nobliaux du plat pays. Prenez les Neville. Le comte, Henri, n'arrive plus à joindre les deux bouts. Malgré son travail bien rémunéré, ses finances sont un gouffre sans fin. La faute au domaine du Pluvier, dans la famille depuis des siècles mais beaucoup trop cher à entretenir. La retraite approchant, le pauvre comte doit se résoudre à faire l'impensable : vendre.

Comme chaque fin août, depuis une vingtaine d'années, Amélie Nothomb nous gratifie d'un nouveau roman assuré de ventes conséquentes. Une tradition devenue immuable, comme la chute des feuilles en automne ou l'achat d'un nouveau cartable pour le petit dernier. Chaque année on se laisse avoir par ce petit livre (à peine 130 pages) qui ne nous prend que deux heures de notre précieux temps mais qui parvient quand même à nous en mettre plein la vue. La faute à ce style simple et efficace, entre rédaction de 3e et brillantes envolées lyriques bourrées de références.

 

Sérieuse et Cléophas

Ce roman nous touche également par ses personnages aux prénoms improbables. La fille du comte, 17 ans, vient de faire une fugue. Elle s'appelle Sérieuse... Une voyante, partie la nuit cueillir des herbes spéciales, lui vient en aide. Le lendemain, elle contacte le comte pour qu'il récupère sa progéniture. La voyante fait alors une révélation au père : il tuera un invité lors de sa prochaine réception au château. Comment va-t-il réagir ? « Si l'un de ses amis s'était vu adresser une prophétie semblable et l'avait raconté à Henri, celui-ci aurait éclaté de rire et lui aurait dit avec la dernière conviction de ne pas croire à ces histoires de bonne femme. Malheureusement, il était presque comme tout le monde : il ne croyait les prédictions que si elles le concernaient. Même le sceptique le plus cartésien croit son horoscope. » Cette annonce perturbe au plus haut point le comte car la prochaine réception, où il compte dépenser ses dernières économies, devait être somptueuse, flamboyante. Pour une bonne raison : il n'y en aurait plus d'autres.

Toute la subtilité du roman consiste à raconter l'étonnant cheminement de l'esprit du comte et de sa fille Sérieuse. Tuer un invité lui est égal. D'autant que certains méritent amplement la mort comme ce Cléophas de Tuynen, odieux parmi les odieux. Par contre que l'infamie retombe sur ses proches lui est insupportable. Devenu meurtrier, il ira en prison mais surtout sa femme et ses enfants seront exclus du petit milieu de la noblesse belge. Sérieuse a alors une idée pour tirer son père de l'embarras.

La suite du roman se résume à ce tête-à-tête entre le père et sa fille. Des dialogues d'une extraordinaire force, au déroulé implacable et à la fin prévisible. A moins qu'Amélie ne nous sorte de son chapeau une astuce, un revirement, un rebondissement digne des romans d'Agatha Christie. En inversé puisque l'on sait qui est le meurtrier mais que l'identité de la victime est incertaine jusqu'à la dernière page. Et voilà comment, une fois de plus, Amélie Nothomb, par sa voix singulière, parvient à charmer anciens et nouveaux lecteurs.

 

« Le crime du comte Neville », Amélie Nothomb, Albin Michel, 15 €

 

15/09/2015

Livres : Le roman des beaux parleurs

 

Derrida, Foucault, BHL, Althusser... Belle brochette d'intellectuels dans le roman phénomène de Laurent Binet. Avec une question lancinante : qui a tué Roland Barthes ?

 

Laurent Binet, grasset, barthes, sollers, BHLLa bonne littérature a l'immense avantage de rendre plus intelligent. Du moins, de se croire plus intelligent. Démonstration parfaite avec « La septième fonction du langage » de Laurent Binet, faux roman policier et véritable ouvrage de vulgarisation de sémiologie. Le lecteur pourra lire des passages savants sur les recherches de Roland Barthes, Michel Foucault ou Philippe Sollers tout en se distrayant au cœur d'une intrigue mêlant réalité historique et pure invention romanesque. Un cocktail gagnant-gagnant qui a déjà permis à l'auteur de remporter le prix du roman FNAC 2015. Par contre il brille par son absence dans la première sélection du Goncourt. Les jurés n'ont certainement pas le besoin de se sentir intelligents...

D'abord les faits. Le 25 février 1980, Roland Barthes est renversé par une camionnette en plein Paris. Grièvement blessé, il est hospitalisé. Un mois plus tard il rend son dernier souffle dans cette chambre où tous ses amis (et ennemis) lui ont rendu visite. Pour l'Histoire officielle, il s'agit d'un bête accident. Mais le romancier préfère y voir un assassinat, motivé par une découverte explosive de Barthes : « La septième fonction du langage ».

 

L'outil du pouvoir

Au début des années 80, Mitterrand n'est que le candidat perpétuel de la gauche. Giscard est au pouvoir et règne sur la France tel un roitelet plein d'ambition. La mort de Barthes est suspecte. Il demande donc directement à un de ses policiers les plus fidèles, le commissaire Jacques Bayard, de trouver les coupables. Rien que par le portrait de ce flic « ancienne génération », le roman de Laurent Binet vaut le détour. Caricature du bourgeois réactionnaire hanté par la possible arrivée des communistes au pouvoir au sein de l'union de la gauche, il va devoir interroger pléthore d'intellectuels, tous plus incompréhensibles les uns que les autres. Bayard « réquisitionne » un jeune prof, Simon Herzog chargé de « traduire » les déclarations des Foucault, Sollers et autres intellectuels de haut vol gravitant autour de Roland Barthes.

Cet improbable duo, tels des Laurel et Hardy de la culture et de l'inculture, vont remuer ciel et terre pour retrouver la fameuse septième fonction du langage découverte par le sémiologue et mobile du crime. Car pour Laurent Binet, pas de doute, Roland Barthes a bien été assassiné. Il révèle même par qui dans le roman. L'enquête est surtout un bon prétexte pour se replonger dans cette année 1980, quand la France était sur le point de basculer à gauche. Il est justement beaucoup question de Mitterrand dans ces pages. Barthes, quelques heures avant son accident, déjeunait avec le candidat de la gauche : « Barthes se dit qu'il a en face de lui un très beau spécimen de maniaque obsessionnel : cet homme veut le pouvoir et a cristallisé dans son adversaire direct toute la rancœur qu'il pouvait éprouver envers une fortune trop longtemps contraire.(...) La défaite est décidément la plus grande école. »

Mais pourquoi tout le monde recherche cette hypothétique septième fonction ? Tout simplement car « celui qui aurait la connaissance et la maîtrise d'une telle fonction serait virtuellement le maître du monde. Sa puissance serait sans limite. » Alors entre les universitaires jaloux, les politiques en mal de popularité, les services secrets et mouvements révolutionnaires, cela complote à tire-larigot autour de la dépouille de Barthes. Bourré de références, hommages et moqueries, ce roman se dévore comme un thriller américain, avec l'intelligence en plus.

 

 

« La septième fonction du langage », Laurent Binet, Grasset, 22 €

 

12/09/2015

Livre : Le va-et-vient des couples

L'alchimie de l'amour étudiée au microscope dans ce premier roman signé Nathalie Côte. Mais gare au retour de bâton.

 

cote, nathalie, flammarion, poles, couplesSi vous êtes encore en vacances au bord de la mer ou dans un camping de la région, ne vous précipitez pas trop vite sur ce roman. Surtout si vous vivez en couple depuis quelques années. Vous verrez que la vie à deux , si elles présente quelques inconvénients, au final, quand on est « casé » il vaut mieux tout faire pour assurer cette position sociale si fragile.

C'est l'été. Deux couples avec enfants sont sur le départ. Cap au sud, dans un appartement réservé dans une résidence avec piscine. Les Bourdon et les Laforêt vont devenir voisins durant quelques jours. Ils pourraient devenir amis. Voire amants. Mais ce roman subtil et acide de Nathalie Côte nous mène encore plus loin.

Arnaud et Claire, Vincent et Virginie. Le premier est un mari modèle mais sa femme ne l'aime plus. Le second voudrait devenir riche vite et facilement. Il joue toutes les économies de la famille en bourse sur le net alors que sa femme, complexée par ses rondeurs, est d'une jalousie maladive. Les vacances ressemblent à une compétition bien glauque, celui qui mentira le plus à l'autre.

 

Le sourire sincère

Arnaud souffre d'une addiction aux sites pornos. En total décalage avec son image de père parfait et de passionné de macro-photographie de plantes rares. Claire a décidé de divorcer. Elle veut l'annoncer durant leurs vacances. D'autant qu'elle vient de rencontrer un riche industriel qui lui fait miroiter une vie de luxe et de plaisirs. Pourtant elle hésite : « Combien de femmes rêveraient d'un mari comme lui ? D'accord, mais il se repose sur elle pour toutes les choses importantes, il est marié avec son appareil photo et ne sait rien faire dans un lit. Quoi qu'elle dise, elle aura tort. Malgré la culpabilité et l'ennui, elle n'arrive pas à prendre cette décision que l'évidence impose. » Dans l'autre appartement, les mensonges foisonnent aussi. Vincent, victime d'une belle escroquerie comme il y en a tant sur la toile, perd en trois jours l'argent économisé pour acheter le 4X4 promis à Virginie. L'orage gronde dans le couple. Le directeur de la résidence est obligé d'intervenir et de mettre en pratique sa formation sur le sourire et les découvertes du neurologue Guillaume-Benjamin Duchenne : « grâce à des réophores placés sur le visage d'un cobaye et traversés par un courant alternatif, il a pu démontrer qu'un sourire sincère impliquait obligatoirement le mouvement du grand zygomatique en même temps que la contraction du muscle orbitaire de l'œil, muscle qui échappe à notre contrôle. Ce sourire infalsifiable est appelé en hommage à son découvreur le sourire de Duchenne. » Des sourires, il y a en beaucoup au fil des pages enlevées. Jaunes parfois tant les protagonistes sont ridicules dans leurs grandes décisions définitives ou leurs renoncements pathétiques.

Comme le courant alternatif de l'expérience, la vie d'un couple passe par des hauts et des bas, un incessant va-et-vient entre bonheur et désespoir, envie de continuer ou de tout plaquer. Cet examen clinique sans concession tient de l'expérience ultime. Pourtant, au final, rien ne change. Notre société est ainsi faite : pour la majorité, le couple reste pour longtemps le socle de l'harmonie familiale, au détriment de l'épanouissement personnel. En avoir conscience adoucit un peu la peine...

 

« Le renversement des pôles », Nathalie Côte, Flammarion, 16 €

 

08/09/2015

BD : Enquête en Suède autour du "Prédicateur"

 

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Les éditions Actes Sud, en publiant la trilogie Millénium, ont mis en avant le roman noir scandinave. D'autres auteurs ont émergé en France derrière le regretté Stieg Larsson. Camilla Läckberg a elle aussi remporté un beau succès avec les enquêtes du couple Erica et Patrick. Logiquement ses polars se retrouvent adaptés en bande dessinée, chez Casterman. Olivier Bocquet signe l'adaptation, Léonie Bischoff les dessins. Pour ce second titre, l'action se déroule toujours dans la petite ville suédoise de Fjallbacka. Erica est sur le point d'accoucher. Patrick tente de prendre quelques jours de vacances. Mais le flic ne reste pas longtemps inactif. Le cadavre d'une jeune fille est découvert en rase campagne. Et près du corps martyrisé, deux squelettes. Une enquête à cheval entre deux époques, avec des histoires de descendance dans une famille très religieuse, dominée par la figure du père, un pasteur surnommé « Le Prédicateur ». Les 128 pages permettent de conserver le souffle du roman original. Le dessin simple et efficace de Léonie Bischoff est parfaitement adapté à ce récit parfois dur. Il est vrai que le sérial killer sévissant dans les parages est d'une rare noirceur.

 

« Le prédicateur », Casterman, 18 €

 

01/09/2015

Livre : Insomnies brésiliennes

 

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Un quartier dans une petite ville brésilienne. Une dizaine de maisons, des voisins qui se connaissent, s'apprécient, se soutiennent en cas de coup dur. Vanessa Barbara, dans ce premier roman s'affirme en excellente portraitiste des gens simples. Sans doute des restes de son premier métier, journaliste dans un quotidien de Sao Paulo où elle signe des chroniques du quotidien. L'essentiel de l'action tourne autour d'Otto. Un vieux monsieur à la retraite, très solitaire depuis la mort de son épouse, Ada. Une mort brutale, inattendue. Elle se lève un matin, comme tous les autres matins, s'assied sur le bord du lit et puis plus rien. Ada, son rire, sa curiosité, sa gentillesse ont définitivement disparu de l'univers d'Otto.

Otto et Ada ont mené une longue vie de couple en s'aimant tendrement. Plein d'imagination aussi. Par exemple pour fêter leur anniversaire de mariage, ils ont changé les appellations : « Si l'idée était, pour chaque année de mariage supplémentaire de trouver quelque chose de plus noble pour symboliser leur union, alors les tulipes et le chou-fleur étaient tout indiqués. Il y avait eu les noces de gâteau à la carotte et aussi une année où ils avaient décider de fêter leurs noces d'os, juste pour le plaisir de l'assonance, tout en reconnaissant volontiers que l'os n'était en rien supérieur à la turquoise, à l'argent ou au corail. L'année de la disparition d'Ada, ils auraient célébré leurs noces de couverture à carreaux. » Otto croise aussi le chemin d'un pharmacien spécialiste des effets secondaires des médicaments, un ancien soldat japonais de la guerre du Pacifique et un facteur farceur.

Le roman n'aurait pu refléter que tristesse et nostalgie, mais l'esprit brésilien, résolument optimiste et farfelu le rend totalement imprévisible et attachant. Tout un petit monde réjouissant qui permet de relativiser les malheurs du quotidien.

« Les nuits de laitue », Vanessa Barbara, Zulma, 17,50 €

 

 

 

31/08/2015

Livres : Mère et fille, destin croisé et "Du même sang"

Lucy n'a quasiment pas connu sa mère, disparue quand elle était enfant. Dix ans plus tard, la jeune femme se retrouve confrontée à une autre disparition.

 

mcHugh, calmann-lévy, thrillerPremier roman de Lara McHugh, « Du même sang » est un thriller remarquablement construit, à l'ambiance trouble et aux nombreuses interrogations. Dans cette campagne reculée de l'Amérique profonde, il ne fait pas bon d'être une trop belle femme. Si en plus, on est une « étrangère » en l'occurrence originaire d'un autre état que le Missouri, on se retrouve rapidement avec toute la population à dos, accusée d'être une sorcière. Lila, quand elle arrive dans la petite ville d'Henbane au cœur des montagnes sauvages d'Ozark, est une jeune fille orpheline, un peu rebelle et à problèmes. Elle vient d'être placée comme employée dans la ferme de Crete Dane. Il a également une épicerie bar restaurant et plusieurs biens immobiliers. Il est riche et ambitieux. Lila va travailler pour lui, dans les champs puis au restaurant. Là elle rencontre Carl, le petit frère de Crete. Ouvrier dans le bâtiment, taciturne, il tombe amoureux de Lila. Elle aussi se jette dans ses bras. Rapidement une petite fille, Lucy, vient égayer le foyer.

Ce passé de Lucy, le lecteur ne le découvre que vers la moitié du roman. Un passé proche qui pèse encore sur les épaules de celle qui est devenue une adolescente. Lucy, indépendant, habituée à vivre seule depuis la disparition de sa mère et que son père, travaille loin et ne revient à la maison que pour noyer son chagrin dans l'alcool. Le roman de Lara McHugh alterne les points de vue. Lucy et Lila en priorité, puis quelques personnages secondaires. Les deux jeunes femmes semblent vivre les mêmes affres à dix années d'intervalle. La vie rêvée de Lila semble beaucoup moins heureuse qu'il n'en a l'air. Un terrible secret familial pèse sur ses épaules. Carl ne parle jamais de sa mère à Lucy. Mais quand Cheri, la meilleure amie de cette dernière disparaît, elle ne peut s'empêcher de mettre en relation ce fait divers avec sa propre histoire.

 

Récits parallèles

Quand le corps de Cheri est retrouvé démembré sommairement caché dans le tronc d'un immense arbre en bord de rivière, Lucy décide de faire toute la lumière sur ce meurtre. Et en remontant la piste, elle va croiser des hommes et des femmes qui dix ans plus tôt étaient également au centre de la vie de sa mère. Lila a-t-elle été victime du même tueur ? Mais pourquoi le corps n'a jamais été retrouvé ? En posant ces questions, Lucy comprend vite qu'elle met les pieds dans les plats. Jusqu'où peut elle aller sans subir le même sort que sa mère et son amie ? On suit avec anxiété sa progression, qui correspond au récit de Lila dix ans plus tôt. Jusqu'à ce dramatique dernier jour. Réflexion sur les liens familiaux, les secrets et l'entraide dans les petites communautés, ce roman pourrait facilement être adapté au cinéma ou en série, à la façon True Detective (saison 1), avec fausses pistes et véritables horreurs. D'ailleurs un projet existe avec Jennifer Garner en vedette.

 

 

« Du même sang » de Laura McHugh, Calmann-Lévy, 20,50 €

 

17/08/2015

Livre : Cascade au Mont Aigoual

Solitude et reconstruction pour une jeune femme dans le rude climat des Cévennes au menu de ce roman de Catherine Velle.

 

aigoual, nuages, un pas, velle, anne carrièreMelting pot de genres dans ce roman signé Catherine Velle. « Un pas dans les nuages » a des airs de terroir avec ses longues odes à la beauté des Cévennes, un embryon de thriller avec un mystérieux « méchant » qui en veut la belle héroïne et enfin un petit côté fleur bleue avec la romance entre la solitaire et le météorologue taciturne. Cette hésitation dans l'orientation principale du texte est la seule réservé à émettre. On est forcément un peu déçu car ces 350 pages sont un peu courtes pour bien développer l'intrique policière, donner réellement l'envie d'aller crapahuter sur les pentes du mont Aigoual et vibrer à cette histoire de coup de foudre un peu téléphonée, météo oblige. Reste un roman idéal pour se distraire en vacances, dépaysant et sans prise de tête.

Alex, le personnage principal, découvre sa nouvelle vie dans les premières pages. Elle a accepté un poste d'animatrice d'une petite radio locale diffusant dans les Cévennes, sur une dizaine de communes isolées. Musique classique, nouvelles et météo composent l'essentiel des quelques heures de programmation quotidienne. Cette radio, lancée par un misanthrope incapable de se remettre de la perte de sa femme dans un accident de voiture, émet depuis un studio installé dans le grenier de la grande maison perchée sur les contreforts du Mont Aigoual. Il y fait très froid l'hiver, humide au printemps et à l'automne, paradisiaque en été, excepté lors des violents orages.

 

Seule avec sa chienne

Isolée, Alex s'installe en compagnie de sa chienne Pharaonne. La jeune femme cherche à oublier son passé. Il y a encore un an, elle était cascadeuse au cinéma. C'est elle qui doublait sa sœur jumelle, jeune actrice plein d'avenir. Mais cette dernière meurt dans un chute de cheval après avoir usurpé l'identité d'Alex. La presse à scandales a monté l'affaire et Alex est accusée d'être une jalouse ayant tué sa sœur. Après une hospitalisation, elle se remet lentement de la perte de sa « moitié » et tente de repartir à zéro perdue dans la montagne.

Sous une nouvelle identité, elle relance la radio et parvient, à force de gentillesse et de simplicité, à se faire accepter par les locaux, pourtant aussi rugueux que le climat. Du maire au patron du bar ou de l'épicière en passant par la jeune fille (limite cagole...) en mal de strass et de mer, Catherine Velle dresse le portrait d'hommes et de femmes qu'elle semble parfaitement connaître. Il est vrai qu'elle s'est installée dans sa région d'origine après avoir longtemps travaillé à Paris dans la communication d'un grand groupe de presse féminine.

Elle signe là son cinquième roman, suivant ainsi les pas de sa mère, Frédérique Hébrard la créatrice de « La Demoiselle d'Avignon » et de son grand-père, André Chamson, de l'Académie française, lui aussi grand défenseur des Cévennes. Par contre, les scènes très vivantes se déroulant dans le milieu du cinéma semblent inspirées par la carrière de son père Louis Velle. Un des personnages semble d'ailleurs un portrait craché de cet acteur distingué amateur de jolies femmes et fier de son parcours éclectique.

« Un pas dans les nuages » de Catherine Velle, Éditions Anne Carrière, 19,50 €

 

 

10/08/2015

Livre : La fabrique des Dieux selon Serge Brussolo

Lâchez trois petits dieux sur une planète déserte, mettez-les au travail et vous obtenez un roman de science-fiction foisonnant signé Serge Brussolo, un maître du genre.
 
anges de fer, paradis d'acier, brussolo, folio SFSans limite. Les romans de Serge Brussolo, notamment de science-fiction semblent totalement sans limite. Son imagination féconde ne cesse d'élaborer mondes, peuples, planètes, sociétés et même religions. Il s'était fait un peu rare dans son domaine de prédilection pour explorer d'autres genres comme le roman historique ou le fantastique pour adolescentes (Peggy Sue). Il marque son retour dans une collection de référence : Folio SF. En plus de la réédition de ses œuvres majeures parues en « Présence du futur », il propose des romans inédits. « Frontière barbare » en 2013 et la suite cette année, « Anges de fer, Paradis d'acier ». La religion est au centre de ce roman un peu déroutant au début, mais très cohérent dès que les personnages principaux arrivent sur la planète Almoha.
David Sarella, exovétérinaire, est toujours au service du pape Nothanos III. La religion dominante a du plomb dans l'aile. Les révolutionnaires et dissidents mènent une guerre sans merci. Replié dans une forteresse craquelante, David est chargé d'alimenter les défenses aériennes en munitions. Cela donne une ouverture digne de meilleures attaques aériennes.
Le héros, vieillard dans un corps jeune, ne se console pas de la perte de sa femme. Il a tout fait pour la faire revenir à la vie. En vain. Sa situation change quand le pape (un clone du précédent) l'envoie dans un pénitencier délivrer trois détenus. Pas n'importe qui. Ce sont trois Dieux, neutralisés depuis des siècles, mais qui pourraient de nouveau être utile en cette période trouble de guerre de religion. Le roman prend alors toute son ampleur.
 
Un monde à créer
Une fois sa mission évasion terminée, David, accompagné de sa fille, une redoutable guerrière, vogue vers la planète Almoha. Une boule sans la moindre vie. Mais c'est là que les dieux pourront être utiles. Ils auront une semaine pour rendre Almoha fertile et vivable. Sept jours pour fabriquer un paradis destiné à accueillir les religieux persécutés sur terre. Dans le trio, David apprécie particulièrement Anatalia : « une adolescente aux cheveux roux, à la peau très blanche. Sa beauté surannée évoquait les portraits féminins de l'époque victorienne. » Ces jeunes Dieux, aux pouvoirs immenses, semblent étonnés de leur mission. Mais ils acceptent de se mettre au service du pape (un paradoxe complet).
Comme ils ont carte blanche, les trois mondes qu'ils créent chacun de leur côté est assez déroutante. Anatalia a une vision très enfantine du paradis habité par des moutons, « grosses pelotes d'une laine dont les couleurs changeaient toutes les deux minutes. Ils ne bêlaient pas produisaient à intervalles réguliers, une sonnerie téléphonique des plus incongrues. » Et tout le reste est à l'avenant, entre loufoquerie et délire cauchemardesque. Car il y a aussi quelques animaux nuisibles dans cette jeune planète comme des lions méduses ou des moustiques dont la piqûre provoque l'explosion du corps. Rapidement hors de contrôle, les dieux n'en font qu'à leur tête et réclament des sacrifices humains. Comme si le sang frais servait d'engrais à la terre depuis peu féconde de la planète.
Sous couvert d'aventures spatiales, Serge Brussolo signe une réflexion sur les dérives des religions. Entre dieux virtuels et réels, les exigences sont parfois contradictoires. Mais le clergé restera toujours le grand gagnant de l'abrutissement des masses. Même quand le grand subterfuge (la véritable grande originalité du roman) est découvert par David. Une histoire sans temps mort, avec quantité de rebondissements comme cet extraordinaire conteur sait si bien truffer ses textes jamais insipides.

 

« Anges de fer, paradis d'acier » de Serge Brussolo, Folio SF, 8 €
 

06/08/2015

Livre : Hawaï et son singe d'or

Humour non stop dans ce roman tropical déjanté de Jack Handey, célèbre gagman américain.

 

handey, humour, hawai, singe, seuilHawaï, pour une majorité de Français ce sont des images de cartes postales. Des surfers bronzés, des vahinés peu vêtues voire des policiers télégéniques pour les adeptes des séries américaines du samedi soir sur M6. Il existe un autre Hawaï, celui décrit dans le roman de Jack Handey, auteur américain devenu célèbre après avoir multiplié les brèves anecdotes absurdes dans le revue d'humour « National Lampoon » puis en prêtant sa plume à l'émission satirique « Saturday Night Show », véritable institution télévisée outre-Atlantique. Ce roi du bref, de la réplique cinglante, de la situation absurde s'essaye pour la première fois au roman. Une histoire découpée en courts chapitres (plus de 80) eux-mêmes truffés de dizaines de situations cocasses et invraisemblables. Au total 200 pages et pas moins de 1000 images ou scènes incongrues. On en a pour son argent.

A la base, le narrateur, à priori Jack Handey himself, raconte comment il fait l'acquisition d'une mystérieuse carte indiquant la cachette d'un singe d'or caché dans la jungle près d'Honolulu. Comme il est passablement fauché il saute sur l'occasion. Il est vrai qu'il est au bout du bout au niveau social : « Je songeai un instant à aller réclamer une aide sociale, mais j'étais trop fier pour cela. Je décidai de mendier. Mais il faut se lever de bonne heure pour pouvoir concurrencer les lépreux, les amputés, sans parler des orphelins affamés. » Arrivé à Hawaï, il dégote un boulot de « gardien de crabes sur la plage ». Très fatigant : « Chaque soir, je revenais en marchant de travers comme on dit dans le métier ».

 

Cannibales et hommes-tortues

Vient le grand départ pour la quête du singe d'or. Mais on ne s'improvise pas Indiana Jones quand on ne fait pas la différence entre une antiquité et un simple bibelot pour touristes comme cette danseuse de hula fabriquée en « puantoxite, la forme solide de la puanteur. L'essence pure et cristalline de la puanteur ». Une statuette qui a de plus le pouvoir de « déclencher des catastrophes en chaîne quand on la dépose sur (je ne me rappelle plus quoi). »

Voilà donc notre aventurier en train de remonter les méandres d'une rivière hawaïenne ressemblant plus à l'Amazone qu'à un paisible cours d'eau. Les dangers sont multiples, du diabolique docteur Ponzari, lui aussi à la recherche du singe en passant par les hommes-tortues ou la bizarre tribu des Patangis, aux dictons étonnants comme « Purée de pois au réveil, matelot au dîner. » Il est vrai que « comme beaucoup d'autres tribus, ils pratiquaient le cannibalisme, mais ils n'obligeaient personne à les imiter. » Le roman, bourré de running gags (avec la danseuse de hula ou le docteur Ponzari) est mené à un train d'enfer, multipliant les invraisemblances donnant tout son sel à ces histoires totalement tarabiscotées. Un régal pour les amateurs de non sens. 

 

« Mésaventures à Honolulu », Seuil, 16 euros

 

08:19 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : handey, humour, hawai, singe, seuil

31/07/2015

Livre : Conscience alignée

Il y a du Dantec dans « L'alignement des équinoxes », premier roman noir (très noir) de Sébastien Raizer dans la Série Noire qui fête cette année son 70e anniversaire.

 

raizer, alignement, équinoxes, série noire, gallimardPour rester dans les codes du genre, les deux héros du roman policier de Sébastien Raizer sont flics. Des inspecteurs de la criminelle au 36 quai des Orfèvres. Mais Papy Maigret est loin. Même San-Antonio semble banal à côté de Wolf et Silver.

Wolf, le mec, ancien commando dans l'armée, dur et solitaire. Silver, la fille, d'origine asiatique, adoptée par des Français moyens, dure et solitaire. Un couple sans en être un. Jamais ils ne se touchent. Respect, confiance, mais pas un gramme de tendresse entre eux. Logique quand on découvre un peu plus leurs personnalités. Ce ne sont pas des êtres humains que l'on aime croiser la nuit dans une ruelle mal éclairée. Et si par malheur vous vous retrouvez en garde à vue, priez pour ne jamais tomber entre leurs mains.

La police dans ce présent aux airs de futur proche ne supporte plus les dérives du code de procédure pénale. Si chaque suspect a droit à un avocat, bientôt chaque policier devra lui aussi avoir un défenseur tant le moindre clignement d'oeil ou éternuement peut se transformer en « agression caractérisée » ou « moyen de pression psychologique pour faire avouer un témoin ». Ils doivent souvent se contenter de faits divers routiniers comme ce suicide par pendaison d'un gamin dans un centre de réinsertion. « Allé tous crevé, Jihad ! » a-t-il laissé sur un bout de papier. Peu optimiste face à la dérive de notre société, Wolf constate amer que « décidément, le Jihad était à la mode dans ce monde où la mort était la dernière grande aventure qui ne discriminait personne, où l'extrême nihilisme tenait à la fois lieu de destin et de revanche sociale. »

 

Décapité

L'enquête au centre de ce thriller débute véritablement quand une patrouille de nuit est prévenue qu'un homme vient d'être assassiné dans un appartement parisien. Effectivement ils découvrent un corps... la tête quelques mètres plus loin. La tueuse, une jeune femme d'une beauté extrême, est assise dans un coin de la pièce. Devant elle le sabre de samouraï avec lequel elle a décapité sa victime est planté dans le plancher. Elle s'appelle Karen et va envahir l'esprit de Wolf chargé de l'interroger. Si elle reconnaît le meurtre, elle préfère philosopher que de s'expliquer. Le tuer était nécessaire pour atteindre le stade ultime de « l'alignement ». Folle ? Non car Silver comprend parfaitement la signification de cette démarche et que Wolf, lui aussi, semble sensible à cette théorie de « l'alignement des équinoxes » donnant son nom au roman.

Le texte devient encore plus symbolique, chaque personnage ayant plusieurs facettes, interférant les unes sur les autres au gré de leur avancement dans ce fameux « alignement ». En résumé, il est question de fin du monde, de végétalisme, de psychologie, de sexe, d'agriculture biologique (« un oxymore qui ne devrait pas exister ») et bien sûr de mort. Enfin, ce que l'on appelle communément la mort. Dans ce roman, il apparaît que parfois, un esprit a suffisamment de force intrinsèque pour survivre à son enveloppe charnelle.

Beaucoup de fantastique, un peu de technique, de la baston, un « grand méchant » mémorable et vous voilà plongé dans 450 pages qui ne vous laissent pas indemnes. Et même si Sébastien Raizer, Français vivant à Kyoto, ne s'en réfère pas dans ses remerciement (il cite Mishima et Philip K. Dick), ce texte fait furieusement penser aux univers de Maurice G. Dantec. Et comme tout ne se termine pas forcément mal, une suite est annoncée en 2016.

 

« L'alignement des équinoxes », Gallimard Série noire, 20 €

 

25/07/2015

Nouvelles : Brèves existences

S'il y a bien quelques animaux dans ce recueil de nouvelles de David James Poissant, il y est surtout question d'histoires de famille, de pères notamment.

 

david james poissant, albin michel, usa, nouvellesUne nouvelle permet aux bons écrivains de délaisser les longueurs nécessaires pour la bonne compréhension d'un roman pour ne se concentrer que sur l'essentiel, l'humain. Exemple parfait avec « Le paradis des animaux » de David James Poissant. Il semble avoir sélectionné deux thèmes récurrents qui lui semblaient importants et les décline sous une dizaine de formes dans autant de nouvelles.

Il y a donc des animaux au programme. Et des pères. Exactement les relations entre un père et son fils. Si la première thématique semble la plus importante au vu du titre, en fait ce sont les rapports familiaux qui inspirent le plus le jeune auteur américain qui vit en Floride. Ainsi il raconte la rencontre entre un homme et un crocodile dans la maison du père décédé d'un ami. Une lutte presque au corps à corps pour sauver l'animal. Mais en filigrane, le narrateur pense surtout à son fils, jeune adulte qu'il a quasiment renié quand il a découvert son homosexualité. Et en transportant le reptile vers la liberté, il fait un examen de conscience : « J'aurais voulu lui dire : j'aimerais tant te comprendre. J'aurais voulu lui dire : je t'aime. Mais cela, je ne l'ai pas dit. Je ne supportais pas de dire ces mots à mon fils pour la première fois et de ne pas les entendre en retour. »

 

Surdoués cruels

Autre ambiance dans « Remboursement ». Un jeune couple a un enfant surdoué. Si la mère fait tout pour pousser son fils à briller, le père craint de lui gâcher son enfance. La bascule se fait lors d'une soirée entre parents de surdoués où, pour la première fois ils sont invités. La mère rayonne au milieu de ces gens distingués. Le père se tétanise, s'inquiète pour son fils. Les enfants sont à l'étage. Ils jouent. En théorie. Mu par une sorte de pressentiment, il va voir et découvre son gamin : « Assis sur l'abattant des toilettes, les bras ballants, il était en slip. Une épaisse couche de rouge à lèvres s'étalait sur son visage et deux ovales écarlates encerclaient ses mamelons. Il avait la poitrine et les jambes entourées de longs rubans de papier toilette. » Ainsi sont les surdoués : cruels. Le père décide alors de ne plus considérer son fils comme une personne plus intelligente que la moyenne mais comme l'enfant qu'il est, doué certes, mais qui recherche avant tout amour, tendresse et joies simples.

Il s'agit certainement du plus beau texte, le plus optimiste, contrairement à « Amputée », un amour fugitif entre un divorcé et une mineure (animal : gecko) ou « La fin d'Aaron », folie destructrice d'un esprit paranoïaque (animal : abeilles).

Selon son éditeur, « David James Poissant est depuis quelques années l'une des sensations de la scène littéraire américaine. Ses nouvelles ont été distinguées par de nombreuses récompenses. » Vraiment rien d'étonnant ! 

 

« Le paradis des animaux », David James Poissant (traduction de Michel Lederer), Albin Michel, 25 €

 

16/07/2015

Livre : Assassins invisibles

Pour tuer en masse, un virus est plus efficace que deux serial-killers. Les héros récurrents de Franck Thilliez se confrontent à des assassins d'un nouveau genre dans « Pandemia ».

 

Franck Thilliez, fleuve noir, sharko, lucien virusRien de plus beau qu'un cygne. Ces oiseaux gracieux se transforment pourtant en messagers de la mort dans les premières pages de « Pandemia », le nouveau thriller de Franck Thilliez. L'alerte est donnée par un guide d'une réserve ornithologique dans le Nord de la France. Trois cadavres de cygnes sauvages au bord d'un lac. Des spécialistes du GIM (Groupe d'intervention microbiologique) sont dépêchés en urgence sur place. La moindre mort suspecte d'oiseaux est prise très au sérieux depuis l'apparition du virus de la grippe H5N1. Johan et Amandine se rendent sur place. Cela va les changer de longues journées passées devant leur paillasse à scruter microbes et autres virus dont ils cherchent en permanence à découvrir les secrets. Amandine est le personnage pivot de ce roman, celle qui sera du début à la fin au centre de l'action, épaulée au fil des chapitres par les flics récurrents de l'univers de Thilliez, le couple Sharko et Lucie, leur chef Nicolas et la petite nouvelle, Camille, gendarme greffée du cœur (voir le précédent roman, Angor, paru récemment chez Pocket). Amandine traque les virus mais a une peur bleue d'eux. Elle est à la limite de la folie : elle se lave les mains 20 fois dans la journée, porte un masque en permanence et vide toutes les deux heures un flacon de lotion antiseptique. Quand elle part travailler le matin, obligée de prendre les transports en communs parisiens, elle sait que tout le monde la remarque. « Comme toujours, on la regarda avec curiosité dans la rame. Son teint d'albâtre, sa protection sur le visage, sa coupe militaire. On devait la prendre au mieux pour une malade atteinte d'une pathologie gravissime et incurable, au pire pour une espèce de junkie. » Dans les cygnes, les deux techniciens découvrent un virus de la grippe jusqu'alors inconnu. Un « mutant » qui vient du porc, est propagé par les oiseaux et peut se transmettre aux hommes. L'alerte est immédiatement donnée. L'action se déroule fin novembre, dans cette période où la traditionnelle épidémie se met en place. Justement, des malades, il y en a de plus en plus au sein des équipes de la criminelle. Lucie notamment est terrassée en quelques heures.

 

Nouveau terrorisme

Le prologue rejoint alors l'action principale : c'est le fameux virus des cygnes qui décime le Quai des Orfèvres. Une action délibérée, un acte de terrorisme d'un genre nouveau. Et la pandémie menace.

Sharko, force de la nature, semble le plus résistant. Il se lance à corps perdu dans l'enquête qui comme toujours avec Thilliez est dense et complexe (et personne ne s'en plaint). Il se retrouve alors à recueillir le témoignage d'un SDF vivant sous les ponts. Malgré son alcoolisme chronique, Jasper est persuadé que plusieurs de ses compagnons d'infortune ont été enlevés par un être étrange, direction les égouts, « quelqu'un habillé tout en noir, avec un genre de robe, un long bec courbé comme un vautour. Il avait des griffes immenses sur chaque main. Des trucs capables de te couper en morceaux. Un oiseau de malheur. Moi, j'ai pensé à un démon. » Le ton est donné. Dans l'antre de ce terrifiant « homme-oiseau », Sharko découvre l'innommable. Mais ce n'est que le supplétif qu'un être encore plus machiavélique, le fameux « Homme en noir » déjà entraperçu dans « Angor ».

Le roman imposant (plus de 600 pages) se lit pourtant dans un état d'urgence, de fébrilité, tant les événements s'enchainent et la tension va crescendo. Certains passages sont âpres, cauchemardesques, tout le monde n'en sort pas indemne. Quant au lecteur, après avoir ingurgité le roman, il risque faire quelques cauchemars à la vue du moindre oiseau, encore plus d'un rat ou d'une bête puce... 

 

« Pandemia », Franck Thilliez, Fleuve Noir, 21,90 €

 

15/07/2015

Romans jeunesse : Rire à tous les âges

Lire et rire, rien de mieux pour se sentir en vacances avant l'heure...

 

pkj, dave lowe, Naïma Murail-Zimmerman, Elizabeth Lepage-Boily, MaudeBenjamin Jinks, neuf ans, déteste les maths. Stinky, son hamster, aime les carottes et, surtout… il parle et a le cerveau d’un génie. Ecrit par Dave Lowe, cette amitié intéressée est pour les plus jeunes. A partir de 7 ans exactement. Benjamin a tout du cancre. L'arrivée de ce hamster de génie dans son foyer va lui permettre de remonter sa moyenne. Mais pour le redoutable instituteur McCreedy, Benjamin triche forcément. Il le dit aux parents du jeune héros. Le père, parieur impénitent, prétend que Benjamin n'a pas triché. Pour en avoir le cœur net, il faut qu'il fasse une interrogation écrite dans la salle, seul, loin de son petit protégé... Comment va-t-il s'en sortir ? Il y a juste ce qu'il faut de merveilleux dans ce petit roman pour faire rêver, mais tout le reste est suffisamment réel pour que les lecteurs s'identifient à Benjamin.

pkj, dave lowe, Naïma Murail-Zimmerman, Elizabeth Lepage-Boily, MaudePour les plus âgés (à partir de 9 ans), place à Timothée Lafarge, petit Français moyen doté de super pouvoirs. Après une piqûre de moustique alien, Timothée voit sa force décupler. Il super-pédale jusqu’à l’école en moins de trois minutes, soulève le bureau du prof avec son index et troue les murs en jouant au ping-pong. Timothée est devenu un super-héros

et pour sauver le monde des super-vilains, il lui faut absolument un nom et un costume de super (sans slip par-dessus).

Mais quand on a une mère envahissante, des jumeaux insupportables pour frère et sœur, un costume qui gratte, et, surtout, quand il n’y a pas un seul méchant à l’horizon, super-héros, ça craint (grave) ! Naïma Murail-Zimmerman, à peine 20 ans, raconte des aventures loufoques et très décalées. Si Timothée est bien super fort, il n'en voit pas l'utilité s'il n'y a pas le moindre super méchant dans son petit village perdu dans la campagne. Rien de glorieux à faire si ce n'est sauver un chat dans un arbre ou rendre service aux profs qui eux, ont tout compris. L'histoire bénéficie en plus d'une mise en page très ludique avec insertion de dessins, d'onomatopées et autres exclamations dans le texte normal.

pkj, dave lowe, Naïma Murail-Zimmerman, Elizabeth Lepage-Boily, MaudeLe dernier roman est plus particulièrement destiné aux adolescents. Adolescentes exactement. Un texte vif et incisif de la Canadienne Elizabeth Lepage-Boily. Lorsqu'on a une mère qui jongle entre les cours de sexologie et les séminaires bouddhistes ; trois sœurs aînées prénommées Ariel, Jasmine et Belle, qui n'ont rien des princesses Disney ; sa meilleure amie sur le point de vous trahir pour Simon Bazin, le plus beau mec du lycée, la vie peut sembler un enfer. Heureusement, Maude, quinze ans, rebelle, blasée et tout simplement irrésistible, ne manque ni d'humour ni de caractère pour traverser cet enfer qu'on appelle l'adolescence. Finement observé, avec un zeste de mauvais esprit et de résignation, ce texte est une mine pour les parents qui ont une adolescente à la maison et qui ne comprennent plus rien à ses agissements.

« Mon hamster est un génie », PKJ, 4,90 €

« Super héros, ça craint (grave) », PKJ, 11,90 €

 

« Maude, comment survivre à l'adolescence », PKJ, 12,90 €