18/01/2015

Livre : Gros tirages, énormes rires

Fioretto et Haudiquet imaginent les prochains best-sellers. Des pastiches beaucoup plus marrants que les originaux...

 

fioretto, haudiquet, chiflet, humourHabituellement, début janvier, je profite d'une baisse notable de l'actualité pour lire nombre de nouveaux romans. Cette année, quelques décérébrés armés ont bousculé mon train-train annuel. Résultat je passe à côté de best-sellers potentiels. Par chance, dans ma PAL (pile à lire) se trouve en tête la dernière production de Pascal Fioretto et Vincent Haudiquet « Concentré de best-sellers » paru chez Chiflet & Cie.

Les deux humoristes, devenus des piliers de Fluide Glacial, ont imaginé pour les fainéants les quatrièmes de couverture des prochains romans de nos meilleurs (ou du moins les plus vendus...) écrivains. Du concentré de pastiche hilarant. Il y en a pour tous les goûts. Classés par thèmes, les auteurs brocardés vont des « difficiles » (Annie Ernaux fait les soldes chez But), aux « obligatoires » (Beigbeder fait la queue à la Poste pour expédier un Colissimo) en passant par « les auteurs pour dames ». Dans cette dernière catégorie, saluons le titre du prochain pavé de Katherine Pancol, « La tranquille audace des mouches bleues du jardin du Luxembourg », roman gigogne où « la valse trépidante des synonymes, des répétitions et des zeugmes peut commencer... »

Pour chaque auteur, on peut lire un résumé du roman ainsi qu'une biographie non politiquement correcte. Pour Bernard-Henri Lévy sa bio débute ainsi : « il nait en Algérie en 1948, puis s'installe à Neuilly qui a l'avantage d'être plus près du Flore. » On rit aussi en découvrant que Virginie Despentes, « capable d'écrire un livre en six jours, telle un Simenon sous Red Bull, ne se lasse jamais de nous surprendre par la noirceur de son style et de ses ongles. »

 

Le cas Houellebecq

S'ils sont presque tendres avec quelques écrivains épinglés, le duo a parfois la dent très dure. Patrick Poivre-d'Arvor en prend pour son grade. Son prochain best-seller, « Notre-Dame du côté de chez Swann » met en relief son goût prononcé pour les « emprunts » littéraires que les magistrats ont trop souvent tendance à renommer « plagiats » dans leurs jugements. D'ailleurs ce livre imaginaire est co-édité par le tribunal de commerce de Paris...

Quant à la vedette de la véritable rentrée littéraire de janvier, un certain Michel Houellebecq, il a droit à un chapitre complet à son nom. Pas étonnant pour cet ovni totalement inclassable. Dans son prochain roman, il raconte comment il charge Pascal et Vincent de lui écrire son prochain roman. Ces « écrivaillons fatigués » acceptent « de rédiger le prochain faux Houellebecq : l'histoire d'un type qui a vendu à Google un système de localisation par satellite du point G de toutes les femmes de la planète. » Un roman avec beaucoup de scènes de sexe et un final sanglant « Michel se fait assassiner par une Femen »...

Finalement, en un seul livre je peux rire de 80% de la production littéraire française. Fioretto et Haudiquet devraient entrer à l'Académie française, ça dériderait les cacochymes gâteux verdâtres qui ont un grand besoin de lifting.

 

« Concentré de best-sellers » de Pascal Fioretto et Vincent Haudiquet, Chiflet & Cie, 14,50 euros

 

11/01/2015

Livre : Un privé trop fleur bleue

Dick Henry, dit «l’Expéditif», est un privé redouté. Efficace et intransigeant, il n'a qu'une faiblesse, sa petite amie, Lynette, une vamp aux jambes fabuleusement belles.

 

sturgess, dick henry, polar, calmann-LévyLes amateurs de romans policiers américains vont adorer. « L'expéditif », premier livre de p.g. sturgess (il paraît qu'il tient à ce que son nom soit écrit sans majuscules...) a des airs de Raymond Chandler ou de Dashiell Hammett. La faute au héros, Dick Henry, le fameux « expéditif ». Un détective privé, ancien flic comme il se doit, reconverti dans les affaires toujours à la limite de la légalité. Votre locataire ne paie plus ses loyers ? Dick saura trouver les arguments « frappants » pour qu'il retrouve le droit chemin. Les travaux dans votre maison se révèlent bâclés ? L'artisan acceptera de tout refaire après une visite de « courtoisie » mémorable.

Dick Henry accepte tout. Même les filatures peu glorieuses d'épouses suspectées d'être infidèles. Un comble quand on sait que le mari est producteur de films pornographiques.

Mais Dick Henry a besoin de beaucoup d'argent pour combler l'amour de sa vie, Lynette. Une hôtesse de l'air qui n'est à Los Angeles que par intermittence. Cela donne l'occasion à des scènes très « hot » sous la plume de p. g. sturgess particulièrement inspiré : « Nous avions établi de vrais rapports d'adultes. C'était du rapide, c'était plaisant. On baisait, on parlait, on cuisinait, on riait, on baisait. On voyait peu la lumière du jour mais beaucoup d'étoiles. » Lynette est l'unique faiblesse de Dick Henry. Et cela le sera encore plus quand il découvrira l'identité de l'épouse volage, une certaine Judy Benjamin. Mais comment l'Expéditif va-t-il pouvoir se sortir de ce pétrin ?

Ce roman noir est un véritable bijou de littérature américaine. Les personnages sont sombres à souhait, les scènes entre cocasses et violentes, les situations explosives. De plus, vous avez une ribambelle d'histoires parallèles à l'intrigue principale, de la fausse fiancée philippine qui tente d'escroquer un veuf en fin de vie au parcours sanglant d'Arturo, un gamin de Manille, amoureux de l'Amérique. Aussi passionnant que foisonnant.

 

« L'expéditif », p.g. sturgess, Calmann-Lévy, 18,90 €

 

07/01/2015

Livre : Héros de BD en chair et en os

De qui Hergé s'est-il inspiré pour imaginer le professeur Tournesol ? les Dalton ont-ils existé ? Jugurtha a-t-il survécu aux prisons romaines ? Toutes les réponses dans ce livre érudit de Philippe Mouret.

 

héros, tournesol, mouret, papillon rougeLa bande dessinée puise dans l'Histoire pour enrichir les trames de ses récits. Nombre d'auteurs ont totalement réinventé la vie de célébrités. F'Murrr a dressé le portrait d'une Jeanne d'Arc à mille lieues de la fameuse pucelle. Ou du moins de l'Histoire officielle. On croise Jules César dans les séries à succès que sont Astérix ou Alix. Une même base historique, deux personnages assez différents.

A côté de ces exemples, il existe une foule de héros de BD qui sont directement inspirés de personnages moins connus du grand public. Philippe Mouret dans ce livre qui se lit comme une encyclopédie a tenté de démystifier certaines figures moins célèbres. L'auteur, journaliste à Midi Libre, amoureux de Sète, lui-même scénariste à ses heures, assure depuis quelques années la rubrique BD dans le quotidien de Montpellier. Sa connaissance exhaustive du 9e art associée à une curiosité insatiable lui permet de nous apprendre quantité d'anecdotes. Sur les héros de BD, mais également sur les hommes et femmes qui ont servi d'exemple.

Le professeur Tournesol, personnage de l'univers de Tintin, est l'exemple parfait. Il apparaît dans « Le Trésor de Rackham le rouge » en 1944. Un inventeur farfelu qui propose à Tintin de tester son bathyscaphe révolutionnaire en forme de requin. Loin d'être une pure invention, Tournesol est directement inspiré d'Auguste Piccard, un Suisse, concepteur d'un sous-marin révolutionnaire et passionné par l'aviation. Après avoir tutoyé les sommets (16201 mètres accroché à un ballon), il bat de nouveaux records, de profondeur cette fois. Son petit-fils, Bertrand, assure la relève : il a parcouru 6000 kilomètres d'une traite aux commandes de Solar Impulse, un avion solaire.

 

Des Dalton... à Dominique de Villepin

Philippe Mouret s'intéresse aussi à des héros parfois tombés dans l'oubli. Jugurtha, sous le pinceau de Hermann puis de Franz, a longtemps été un des personnages principaux du journal de Tintin. Les scénarios de Jean-Luc Vernal l'ont envoyé aux quatre coins de la planète, de l'Asie à l'Afrique en passant par les îles britanniques. En réalité, Jugurtha, roi de Numidie, a tenté de défier Rome. En vain. Capturé, humilié, il est jeté en prison et y meurt, six jours plus tard, étranglé. Si les deux premiers albums racontent la véritable histoire, la suite (à partir de « La nuit des scorpions ») est comme une revanche imaginée par le scénariste. Jugurtha s'évade juste avant son exécution, fuit Rome et tente de se faire oublier loin, très loin de l'empire. Cela a donné une superbe série, entre aventure et philosophie, avec parfois des soupçons de fantastique. En la comparant à Thorgal, Philippe Mouret permet aussi de remettre à sa juste place des histoires de qualité mais passées de mode.

Parmi les autres exemples du bouquin, un gros volet sur Lucky Luke. Si le cowboy qui tire plus vite que son ombre est totalement inventé, il n'en est pas de même pour les Dalton, Calamity Jane ou Billy the Kid. Leurs véritables vies sont retracées, sans fard, par le journaliste de Midi Libre.

Enfin ne manquez pas le chapitre sur Dominique de Villepin. Car oui, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac a lui aussi servi d'inspiration à des auteurs de BD... Comme le fait remarquer Philippe Mouret dans la courte présentation de l'ouvrage : « Aujourd'hui plus que jamais, le réel enrichit et nourrit l'imaginaire. »

 

« La véritable histoire des héros de BD », Philippe Mouret, Le Papillon Rouge éditeur, 20,50 euros

 

02/01/2015

Livre : Scandales à la sauce islandaise

Sous prétexte d'une enquête policière classique, Arni Thorarinsson passe au scanner le fonctionnement de la presse en Islande et les jeux subtils des hommes politiques locaux.

 

Arni Thorarinsson, islande, einar, métailiéUn roman policier d'Arni Thorarinsson est tout sauf simple. Il faut s'accrocher dans les premières pages de « L'ombre des chats » vu le nombre de personnages. Normal, l'action se déroule au cours d'un mariage où les deux-tiers des protagonistes du livre se retrouvent. En premier lieu Einar, le journaliste vedette du Journal du Soir. Cet enquêteur hors pair, limier implacable à la plume aussi acérée que libre, est un ami et collègue des amies des mariées. Deux mariées, car en Islande, beaucoup plus tôt qu'en France, le mariage entre personnes du même sexe est possible. Même devant les autorités religieuses, en l'occurrence un pasteur.

Cela n'empêche pas les fâcheux de s'inviter à la noce. Quelques perturbateurs directs, non pas par idéologie, mais à cause de l'alcool, de vieilles rancunes ou simplement d'histoires d'argent. Einar regarde tout cela distraitement. Il est surtout tracassé par deux SMS qu'il vient de recevoir sur son téléphone. Des allusions graveleuses et bourrées de fautes d'orthographe. Qui a bien pu lui a envoyé ces horreurs ? Il aura la solution quelques jours plus tard, grâce à l'intervention de la responsable informatique du journal (on ne dira jamais assez de bien de ces hommes et femmes, toujours sur la brèche et pourtant disponibles pour dépanner ou aider ces écrivaillons handicapés du mégabit). Einar a donc subi des avances sexuelles de la part du numéro 2 du parti socialiste, futur numéro 1, possible Premier ministre. Un élu qui justement est au cœur d'une des enquêtes d'Einar, une tonitruante histoire de corruption. Le tout au moment même où la majorité du capital du Journal du Soir va peut-être changer de mains. Et comme par hasard c'est le pire ennemi du numéro 2 du PS qui ambitionne de contrôler l'influent quotidien...

 

Double suicide

N'importe quel auteur se serait largement contenté de cette intrigue pour boucler les 300 pages du polar. Arni Thorarinsson non. Il rajoute à cette histoire déjà passablement touffue un double suicide assisté par ordinateur (dont une des deux mariées du début du roman), le passage à tabac d'un employé modèle, la fuite en Europe de l'ancienne maîtresse d'Einar, toujours recherchée pour escroquerie et l'aménagement de nouveaux voisins dans l'immeuble du journaliste. Un couple victime de la crise qui a trois chats très indépendants, ces fameux chats qui donnent le titre au roman. Bref, impossible de s'ennuyer dans ce genre de livre. Notamment quand Einar juge ces hommes politiques magouilleurs et imbus de leurs personnalités. « Ces types se posent en hérauts de la liberté et de la vérité, mais uniquement quand ça les arrange. N'ont-ils pas conscience du paradoxe ? A moins qu'ils ne soient schizophrènes ? Je l'ignore. En revanche, je sais que ce genre d'hommes dirigent le pays et sans doute le monde entier. Pourquoi ? Justement parce qu'ils sont comme ça. »

Autant polar que roman social et politique, « L'ombre des chats » est une nouvelle preuve éclatante de l'incroyable richesse de la littérature islandaise, petit pays par le nombre d'habitants, géant des lettres par l'excellence de ses auteurs.

Michel Litout

 

« L'ombre des chats », Arni Thorarinsson, Métailié, 20 €

 

01/01/2015

Livre : Sous la ville rouge

frégni, marseille, folioCharlie Hasard, le personnage principal de « Sous la ville rouge » de René Frégni rêve de devenir écrivain. Passionné de boxe, vivant reclus dans son petit appartement marseillais, il espère le coup de fil de la maison d'édition parisienne. Mais il ne reçoit que des lettres types de refus... Charlie s'obstine, relance, réécrit. Il est au bord du suicide quand enfin il reçoit le coup de fil salvateur. Mais il faut passer le filtre du comité de lecture. Un veto annihile tous les espoirs de Charlie. Le personnage imaginaire n'a pas de seconde chance. Et il décide de dire sa façon de penser à ce tueur de talents. Avec ses poings de boxeur. L'écriture de René Frégni, tranchante, aiguisée, dissèque les illusions de son héros. Jusqu'à la folie.(Folio, 5,60 €)

 

21:43 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : frégni, marseille, folio

22/12/2014

Cadeaux de Noël : trois beaux livres marqués BD

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Écrite par Pierre Dubois, émérite elficologue barbu, « L'effroyable encyclopédie des revenants » fait suite à celle présentant les fantômes. La différence est infime, mais essentielle pour ce spécialiste de l'étrange et du surnaturel. Ces 230 pages à la mise en page particulièrement soignée, sont richement illustrées par Carine-M et Elian Black'Mor. Pleines planches en couleurs (essentiellement du rouge et du noir) ou dessins à l'encre de Chine s'intégrant dans les textes, ces « horreurs » sont paradoxalement très belles. Cette encyclopédie peut aussi se picorer par petits bouts. La table des matières donne les thèmes abordés et la liste des contes repris dans ces pages, comme « La chasse maudite », « L'auberge du Larzac » ou « Le revenant de la bouteille », hilarant récit de la mort et des obsèques de Toine, pilier de bar, fainéant et grand amateur de beuverie. Sa mort est consécutive à une bagarre avec une brouette malotrue : il finit noyé dans une fosse à purin... Alors il est revenu hanter ses copains de bistrot car « Ivre, mort et ivre mort, c'est bonnet blanc et blanc bonnet ».

« L'effroyable encyclopédie des revenants », Glénat, 39,50 €

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Gothique et violent, ce conte mélange habilement bande dessinée classique et récit littéraire. Hubert en a écrit le scénario, Gatignol donné vie graphiquement aux personnages. L'action se déroule dans une vallée isolée. Des géants y règnent en maîtres. Le plus grand d'entre eux, le roi, bafre en compagnie du reste de sa famille. Au menu : des humains. Crus ou cuits. De géants, ils sont devenus ogres. La reine, après avoir accouché de triplés dégénérés, est de nouveau enceinte. Mais au lieu de mettre au monde un fort et gros bébé qui lui aurait déchiré les entrailles, elle donne naissance à un petit avorton. Le roi lui ordonne de l'avaler sur le champ. Elle fait semblant et confie Petit à sa tante pour qu'elle l'élève dans le plus grand secret. Qui sont ces ogres ? D'où viennent-ils ? Petit va-t-il détrôner son père ? Toutes ces questions rythment les 150 pages qui peuvent se lire comme une simple BD ou un beau livre richement illustré.

« Petit », Soleil, collection Métamorphoses, 26 €

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Les Bidochon retournent au musée. Le couple des Français très moyens imaginé par Binet semble pourtant totalement imperméable à la beauté. Certes, mais quand il pleut, un musée est bien pratique pour pique-niquer à l'abri. Il suffit de dégotter une toile dans le style du « Déjeuner sur l'herbe » de Manet pour que l'illusion soit parfaite. Le grand écart est absolu mais très amusant. Binet, par ailleurs excellent peintre, a donné l'occasion à ses personnages de commenter vingt toiles exposées à Caen et Lyon. Tous les styles sont représentés, de « Vénus et Adonis » de Cornelis Van Haarlem au « Canapé » d'Antoni Tapies. Les œuvres sont reproduites pleine page, en vis-à-vis du dessin en noir et blanc de Binet. Ensuite, Patrick Ramade et Pierre Lacôte détaillent la vie de l'artiste, explicitent la peinture et la replacent dans son contexte historique. Voilà comment Raymonde et Robert Bidochon vont vous donner envie d'aller faire un tour dans ces deux musées. Non pas pour manger un sandwich au saucisson devant le « Coucher à l'italienne » de Jacob Van Loo, mais admirer ces chefs-d'œuvre de la peinture européenne, toutes époques confondues.

« Un 2e jour au musée avec les Bidochon », Fluide Glacial, 25 €

 

21/12/2014

Beau livre : Poire géante et magique

 

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Plus spécialement pour les plus jeunes, ne manquez pas « La fabuleuse histoire de la poire géante » de Jakob Martin Strid, un auteur danois à l'univers parfois proche de celui de Richard Scarry. Dans la petite ville de Solby, vivent sous un même toit Mitcho le chat et Sebastian l'éléphant. Ils découvrent une bouteille sur la plage qui contient un message de l'ancien maire, JB, leur demandant de le rejoindre sur l'île mystérieuse. Dans la bouteille il y a également une petite graine. Les deux amis la sèment et dans la nuit un poirier pousse à toute vitesse, chargé d'une énorme poire, une poire géante. Voilà le début de cette aventure où on croise un dragon marin mécanique, des pirates amateurs de pastèque et quelques spectres. Les dessins sont d'une étonnante richesse, regorgeant de détails. Un monde enchanté qui fera rêver petits et grands.

 

« La fabuleuse histoire de la poire géante », PKJ Pocket Jeunesse, 19,90 euros.

 

03/12/2014

Livre : Marseille la cosmopolite

A Marseille, rien n'est comme ailleurs. Dans la police par exemple, un flic a pour prénom Yugurthen. Bertrand du Chambon nous raconte son histoire.

 

yugurthen, bertrand du chambon, marseille, seuilA moitié juif, à moitié arabe (berbère exactement) : Yugurthen Saragosti est un cas à part. Policier à Marseille, il est souvent en duo avec Volpellio, plus classique dans sa vie et ses apparences. Gros, gras, fan de l'OM, d'origine Corse, il est sans cesse sur la corde raide entre légalité et magouille avec d'anciens truands. Pourtant la paire fonctionne bien et les résultats sont souvent là.

La première enquête de ce policier que l'on espère récurrent débute par la découverte d'un cadavre. Classique. Un « nonide » dans le jargon de la maréchaussée. Un non-identifié qui se révèle être un jeune beur, pauvre. Qui a pu le massacrer dans le quartier des Arnavaux. Et pourquoi ? Yugurthen s'intéresse d'autant à cette affaire qu'il reconnaît le mort. Il s'appellait Sadak et venait du Nord de la France. Il espérait repartir du bon pied à Marseille après quelques malheurs familiaux. Yugurthen a été son bienfaiteur durant quelques mois. Il l'a hébergé et aidé comme il a pu. Et puis Sadak a disparu. Il semblait aller mieux et avait trouvé du réconfort dans les bras d'une certaine Nadia.

Notre flic atypique va donc creuser cette affaire, sans jamais révéler à sa hiérarchie qu'il connaissait bien la victime. Sadak a vécu un grand amour avec une jeune femme. Ils ont eu un bébé. Mais quelques jours après la naissance, il est mort. Depuis lors, Sadak sombre. Rejetté par la femme qu'il aime, il devient SDF. Nadia doit certainement savoir ce qu'il faisait avant de mourir. Surprise, Nadia n'est pas une femme mais un travesti. Bien connu des milieux échangistes de Marseille. Et depuis quelques temps, elle se vendait avec un jeune homme qui ressemble étrangement à Sadak. L'affaire se corse. Du beau monde risque d'être mouillé.

 

Coup de foudre au volant

Bertrand du Chambon, dont c'est le premier polar, a un style étonnamment riche et varié. Si Yugurthen a des réflexions à la limite de la philosophie, ses camarades (dont le fameux Volpellio) sont beaucoup plus terre-à-terre pour ne pas dire triviaux. Cela n'empêche pas notre policier de jouer le joli-coeur. Notamment quand il croise la route d'une mignone automobiliste. « Des cheveux châtain foncés, bien lisses et tirés en arrière avec quelques chose de flou, de floconneux... Des yeux vert d'eau soulignés d'un mascara sombre, des paupières un peu plissées, coquines. Un petit nez retroussé. Une bouche assez large, pulpeuse, faite pour le sourire et le baiser. » Coup de foudre dans les embouteillages marseillais, très présents dans le roman. Elle se nomme Mélodie et sera d'une grande utilité dans l'enquête. Mais l'auteur semble l'avoir inventée surtout pour pimenter son récit de quelques scènes qui auraient eu leur place dans les San-Antonio, quand l'autre célèbre flic français de la littérature policière enchaînait les aventures toutes plus chaudes les unes que les autres. Il est comme ça Yugurthen (et c'est pour ça qu'on l'aime tant) : philosophe et égrillard.

 

« Yugurthen », Bertrand du Chambon, Seuil, 18 €

 

30/11/2014

Livre : N'ouvrez jamais les yeux !

Dans un monde futuriste, plongé dans l'obscurité par nécessité, Josh Malerman fait trembler ses lecteurs sans jamais décrire la menace qui anéanti la planète.

 

malerman, bird box, calmann-levyLe premier incident est apparu en Russie. Un homme est pris de folie subite. Il tue plusieurs de ses proches et se suicide. Des phénomènes qui se reproduisent et se propagent. Comme une épidémie. Un premier cas est signalé en Alaska. Puis ce sont les autres états d'Amérique qui sont touchés. Les tueries suicidaires sont localisées puis généralisées. En quelques semaines il n'est plus question que de cela partout dans les médias. Après bien des suppositions erronées, il semble que les crises sont déclenchées par la vue de quelque chose. Certains parlent de « créatures » qui seraient en train d'envahir la planète. Mais cela reste en l'état de supposition. En fait, personne ne peut témoigner après avoir été touché par l'épidémie. Alors certains se disent que la meilleure façon de survivre reste de ne plus regarder dehors, de ne plus jamais ouvrir les yeux et de rester cloitré dans sa maison en espérant que cela va passer.

Ce préambule est expliqué dans les premières pages très percutantes et angoissantes de « Bird Box », premier roman de Josh Malerman, auteur américain également chanteur et parolier d'un groupe rock. La situation est décrite par l'intermédiaire de Malorie. Quand les premières crises sont apparues, elle vient d'apprendre qu'elle est enceinte. Elle n'a pas le temps de prévenir le père, rapidement le pays se met à l'arrêt. Plus de téléphone, de télévision, réseau internet coupé. Elle s'enferme dans la maison avec sa sœur, son seul soutien. Mais cette dernière, supportant moins bien la claustration volontaire, craque et regarde par la fenêtre. Elle finira deux heures plus tard dans la baignoire, totalement vidée de son sang après s'être tailladée les veines.

 

Voyage à l'aveugle

Malorie, paniquée à l'idée de se retrouver seule, va oser s'aventurer dehors et rejoindre une maison servant de refuge pour les derniers humains doués de raison. Elle y restera quatre ans.

Le roman est en fait scindé en deux parties, se déroulant en parallèle. Les scènes flashback où Malorie raconte son arrivée dans la maison, sa rencontre avec les autres survivants, comment ils ont mis au point une technique pour ne jamais plus prendre le risque de voir la cause de leur malheur. L'autre partie du roman se déroule quatre ans plus tard, Malorie doit quitter la maison avec deux enfants, une fille et un garçon sans prénoms, les yeux recouverts d'un bandeau, totalement aveugles dans un environnement hostile, pour descendre la rivière sur une barque rejoindre une hypothétique communauté à l'abri.

Entre paranoïa et survie, l'avenir de l'humanité semble sérieusement compromis. Il y a pourtant encore de l'espoir puisque Malorie attend un enfant. Mais la jeune fille ne peut s'empêcher de paniquer en imaginant ce que sera leur avenir. « L'accouchement auquel Malorie s'attend désormais ressemble à celui d'une mère louve : bestial, douloureux, inhumain. Il n'y aura pas de docteur, pas de sage-femme. Pas de médicaments ». Dans les faits, ce sera pire et constitue peut-être le passage le plus marquant de ce roman d'anticipation aux multiples scènes d'anthologie.

 

« Bird Box » de Josh Malerman, Calmann-Lévy, 20,90 €

 

 

 

 

20/11/2014

Livre : Rennes contre pétrole

La mer de Barents pourrait devenir le nouvel eldorado des compagnies pétrolières. Mais exploiter l'or noir n'est pas sans danger pour la région.

 

rennes, pétrole, truc, laponie, mer de barents, klemet, ninaLa Norvège est l'un des pays les plus riches du monde. La découverte de gisements pétroliers dans ses eaux a transformé cette zone rude en machine à pétrodollars. Les richesses en hydrocarbures de la Mer du Nord sont considérables mais restent quantité négligeable face aux nouvelles découvertes dans la Mer de Barents, encore plus au nord, pas loin du cercle arctique. Dans cette région, où les nuits sont sans fin en hiver et les jours interminables en été, Olivier Truc lance ses deux enquêteurs atypiques sur la piste d'une nouvelle affaire. Klemet et Nina sont affectés à la police des rennes. Cette structure, un peu assimilable aux garde-chasses dans nos contrées, est chargée de régler les différents entre éleveurs Sami, le nom local des Lapons, premiers habitants de la région. Sur ces vastes étendues, les troupeaux bougent au gré des saisons. Pas de propriété, juste des habitudes ancestrales. Au printemps, époque où se déroule ce roman, les hordes de rennes rejoignent les terres du nord en train de se libérer de la neige. Parmi les difficultés rencontrées par les éleveurs, le passage de certains détroits.

Le roman d'Olivier Truc, journaliste français installé en Norvège depuis de longues années, débute au détroit du Loup. Il sépare la toundra de l'île de la Baleine. Une zone très prisée pour ses immenses prairies. Pour l'atteindre, les troupeaux composés de centaines de bêtes, doivent se jeter à l'eau et rejoindre la rive malgré les courants. Erik, jeune éleveur, est caché derrière des rochers. Il observe son troupeau. Pour l'instant tout se passe parfaitement « concentrés sur la rive opposée, les rennes nageaient en une longue file indienne qui ressemblait à la pointe d'une flèche. » Mais tout à coup, un homme surgit et leur fait délibérément peur. « Les rennes de tête s'étaient mis à tourner en rond, au milieu du détroit. Une ronde mortelle. Plus les rennes y seraient nombreux, plus le tourbillon généré serait violent. Plus ils risquaient d'être aspirés et de se noyer. » Le jeune Sami tente d'intervenir en barque, mais il est pris dans la panique et meurt englouti dans les eaux glaciales.

 

Le courage des plongeurs

Un début de roman dramatique au cœur d'une région que les lecteurs du précédent livre d'Olivier Truc, « Le dernier Lapon », commencent à bien connaître. Les traditions des Sami, les tribus autochtones, sont mises à mal par les autorités norvégiennes. Le partage des terres pose problème, celui des richesses de la mer aussi. Car ce polar, après cette mise en bouche naturaliste, se déroule ensuite en grande partie dans le milieu de l'exploitation pétrolière. Des enjeux financiers considérables qui attisent les appétits de certains. Les éleveurs de rennes sont parfois un obstacle au développement. C'est le cas de la ville d'Hammerfest, capitale de l'île de la Baleine et base avancée des prospecteurs. Une île artificielle a déjà vu le jour au large pour exploiter le gaz. Les recherches se poursuivent, à de très grandes profondeurs, grâce au courage des plongeurs.

Ce milieu très particulier est radiographié par l'auteur qui retrouve ses réflexes de journalistes. Mais il parvient également à développer l'intrigue (il y aura d'autres morts violentes) tant policière que personnelle. Notamment la sauvage Nina, fille du Sud, fascinée par le grand Nord et qui aura l'occasion de renouer des liens avec son père, retiré au bout du bout du monde. En plus de la bonne dose de dépaysement, ce roman est aussi (et surtout) prenant par la psychologie des deux personnages récurrents que l'on espère retrouver prochainement dans une nouvelle aventure.

Michel Litout

 

« Le détroit du Loup », Olivier Truc, Métailié, 19 €

18/11/2014

Livre : La révélation du plaisir

De l'enfant innocent à l'adulte manipulateur, Ismaël Jude retrace dans « Dancing with myself » toute l'éducation sensuelle et sexuelle d'un garçon d'aujourd'hui.

 

ismael jude, verticalesChaque homme, chaque femme, découvre de façon différente les tourments de la sexualité. Ismaël Jude, dans son premier roman, s'intéresse à la naissance de ce trouble dans l'enfance. Le narrateur, un jeune enfant d'à peine dix ans, joue encore aux cow-boys et aux indiens dans sa province reculée. Ses parents tiennent une discothèque, un dancing exactement, lieu de débauche pour les « ploucs » des environs. Un jour, c'est l'effervescence au village et à la discothèque. Bella Gigi, strip-teaseuse parisienne est en représentation. Pour l'enfant, ce n'est qu'une femme comme une autre. Certes elle sent meilleur et a de plus gros lolos, mais c'est une femme. Sa différence tient au fait qu'elle « montre sa chatte » comme le fait remarquer un client et des copains de classe. Et l'enfant de s'imaginer un animal dressé qu'elle exhibe devant les hommes.

Le premier roman d'Ismaël Jude débute donc par un terrible malentendu. Trop jeune, trop tendre, le narrateur est encore insensible aux charmes du sexe dit faible. Ensuite vient l'adolescence et les nuits plus agitées. Il partage sa chambre avec sa cousine de trois ans plus âgée. Toujours attiré par ces mystères féminins, il tente de l'apercevoir nue dans la salle de bain. Il découvre l'excitation, l'érection, la masturbation.

 

Voyeur assumé

Ce qui n'est qu'un jeu innocent d'enfant, devient beaucoup plus malsain quand il atteint l'âge adulte et rejoint Paris pour ses études. Il ne cherche pas à conquérir les jeunes étudiantes, se contente de les observer à la dérobée, de saisir les fugaces images de cuisses qui se découvrent, d'une bretelle de soutien-gorge ou du blanc d'une petite culotte. Il a 18 ans et se voit ainsi : « Tout ce qui intéresse le coureur de jupons m'indiffère : arracher un baiser, ramener une femme chez moi, attirer son regard, son attention. Ma pratique consiste bien au contraire à ne pas l'attirer du tout afin de jouir en contrebande. J'aime les femmes à leur insu. C'est peu dire que je me complais dans cet anonymat, l'anonymat est une condition nécessaire à la survie de mon espèce paradoxale. Moins elles me remarquent, plus je jouis. »

Entre voyeur et exhibitionniste, il n'y a souvent qu'une mince frontière. La dérive va aller en s'accentuant, le texte d'Ismaël Jude passant, de chapitre en chapitre, de roman d'éducation à brûlot pornographique. La rencontre d'un autre étudiant, adeptes de soirées bisexuelles, va changer la donne. Tout en entretenant sa perversion de voyeur exhibitionniste, il accepte de franchir le pas et de donner du plaisir à ses partenaires qui deviennent multiples et variées.

On ne sait pas exactement où l'auteur veut conduire son héros et les derniers chapitres sont parfois difficilement supportables par leur crudité et hardiesse. Mais paradoxalement c'est la touche finale essentielle et nécessaire au simple portrait d'un mâle du siècle.

 

« Dancing with myself », Ismaël Jude, Verticales, 16,50 euros

 

08:16 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ismael jude, verticales

15/11/2014

Livre : Organes de l'enfer

Lucie et Sharko, les héros récurrents des thrillers de Franck Thilliez, s'effacent un peu pour laisser libre cours à l'histoire de Camille et Nicolas, sur fond de trafic d'organes.

 

lucie, sharko, thilliez, fleuve noirPas facile de conserver son statut de policiers baroudeurs quand on vient d'avoir des jumeaux. En choisissant d'orienter ses romans vers le genre du feuilleton, Franck Thilliez prend un risque. Sharko, le flic de cinquante ans, tombé fou amoureux de sa collègue Lucie, 20 ans de moins, tente de se remettre de ses malheurs. Il a perdu femme et enfants dans une précédente aventure. Comme Lucie, radicalement changée depuis l'assassinat de ses deux petites filles. Leur monde est noir, plein de tueurs en série et de monstres pour qui le mal est le seul moteur pour avancer. Comme pour conjurer cette malédiction ils ont décidé de retenter l'aventure d'être parents. A la fin du précédent roman, Lucie accouche de jumeaux. Sharko est aux anges, ses grosses mains maladroites se transformant en puits de tendresse pour Jules et Adrien. Image de bonheur et de paix. Thilliez sait parfois être tendre avec ses personnages. Mais jamais longtemps...

Par chance pour Sharko et Lucie, il va donner les premiers rôles d'« Angor », son nouveau roman, à deux personnages plus jeunes. Durant les premiers chapitres on suit les pas de Camille Thibault. Cette jeune gendarme, affectée dans le Nord de la France, a subi un gros coup du sort. Une maladie cardiaque la condamnait. Heureusement elle a bénéficié de la transplantation d'un cœur. Depuis, malgré la prise régulière et à heure fixe de plusieurs médicaments, elle mène une vie quasi normale. Si l'on excepte son obsession pour découvrir l'identité du donneur. En France, le secret médical interdit au greffé de connaître le passé de l'organe qui lui permet de rester en vie. Camille utilise toutes ses entrées pour tenter de savoir à qui appartenait ce cœur qui bat dans sa poitrine et semble lui parler. Le roman est proche du fantastique quand la gendarme se réveille en sueur, avec l'image d'une femme enchaînée qui l'appelle à l'aide. Qui est cette femme ? La donneuse ? Une victime ?

 

Coup de foudre

En parallèle à la quête de la greffée, le lecteur découvre les débuts d'une nouvelle enquête du service de Sharko. Le vieux commissaire a abandonné ses responsabilités pour les confier au jeune et brillant Nicolas Bellanger. Ils se déplacent dans une forêt. Sous un arbre arraché par l'orage, une cavité abritait une femme, sauvage et aveugle. Elle était enfermée dans le noir depuis des années. Durant le premier tiers du roman, les deux histoires se déroulent en parallèle. Camille finit par découvrir l'identité de son donneur qui est aussi l'homme qui retenait prisonnière la femme inconnue. Nicolas croise la route de Camille. Coup de foudre.

Si Nicolas s'abandonne, Camille reste sur la défensive. Elle vient d'apprendre que son cœur de substitution est en train de lâcher. Il ne lui reste que quelques semaines à vivre. C'est récurrent dans les romans de Franck Thilliez, les amours sont toujours très compliquées...

Ce pavé de plus de 600 pages est quand même très éloigné de la bluette à l'eau de rose. Le lecteur suit les héros en Espagne, en Argentine, et dans les catacombes de Paris, au-delà du Styx, le fleuve des enfers. Et croise le chemin de quelques psychopathes de la pire espèce, adeptes du maniement du bistouri à vif.

 

 

« Angor », Franck Thilliez, Fleuve Noir, 21,90 €

 

06/11/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Cent livres ivres

cent titres, mélois, foenkinos, grasset,renaudot« Parlotte » de David Fouette-Nikos a remporté le prix Renaudot. Oups, pardon, j'ai mal lu. Le véritable lauréat est David Foenkinos pour « Charlotte ». En fait j'ai détourné par anticipation la couverture à la manière de Clémentine Mélois. Cette jeune écrivain-artiste vient de publier chez Grasset le livre le plus réjouissant de la rentrée littéraire.

« Cent titres » présente cent couvertures de livres réels ou imaginaires. Le principe est simple : prenez un chef-d'œuvre de la littérature, passez-le à la moulinette des jeux de mots abscons et vous obtenez un fou rire garanti. Avez-vous déjà lu « Du côté de Sichuan » de Proust ou « Wifigénie » de Racine ? Moins dramatique que l'original, « Légume des jours » de Boris Viande vous apportera votre ration quotidienne de vitamines.

Claude Levi-Strauss est doublement à l'honneur : « Cinq cent un » (comme les jean's) et « Tristes sunlights des tropiques » où un indigène arbore de superbes lunettes de soleil. Ces « Méditations poétiques » de Lamartine semblent normales si ce n'est, en couverture, la représentation du visage poupon de Martine, l'héroïne pour enfants.

Une page blanche remplie de ratures illustre « Maudit Bic » de Melville. On rit d'avance à ce titre inédit de Sade, « Justine Bieber ou les malheurs de la vertu ». Clémentine Mélois précise pour les incultes que « Justin Bieber est un chanteur-compositeur canadien à mèche. »

La plus compliquée à comprendre reste « Coyotte » de Jacques Lacan... Un indice, il y est question d'une chanson d'Hubert Félix-Thiéfaine à propos d'une spécialité de Franche-Comté...

Réponse en image :

01/11/2014

Livre : Stéphane Mandelbaum, le peintre voyou

Dessinateur virtuose aux noirs desseins, Stéphane Mandelbaum est mort assassiné en 1986. Gilles Sebhan revient sur ce parcours sombre et sanglant.

 

Stéphane Mandelbaum, sebhan, impressions nouvellesLes destins tragiques inspirent Gilles Sebhan. Cet écrivain au parcours hors normes, après s'être penché sur Jean Genet et Tony Duvert, l'écrivain maudit, signe une biographie de Stéphane Mandelbaum. Ce jeune Belge a exposé ses dessins dans quelques galeries avant de basculer dans la violence et la délinquance. A 26 ans, après avoir participé au vol d'un tableau de Modigliano, il est retrouvé assassiné, le visage brûlé à l'acide, dans un terrain vague près de Namur. Lui, qui a dessiné des atrocités absolues, finit comme un de ses portraits, défiguré, horrible.

Il ne s'agit pas à proprement parlé d'une biographie. Comme toujours avec Gilles Sebhan, il y a beaucoup d'autofiction. L'écrivain découvre Mandelbaum en trouvant sur le net la reproduction d'un dessin érotique. Le trait interpelle Sebhan. Il prend rendez-vous avec le galeriste qui vend l'œuvre et rapidement le destin de Mandelbaum va occuper de plus en plus de place dans la vie de l'écrivain. Une obsession qui trouve sa conclusion dans ce livre, entre réflexion sur l'art, les parias et la folie.

Fils d'un peintre juif émigré de Pologne, Mandelbaum a de très sérieux problèmes de comportement. Il ressemble un peu au jeune Steve, héros du film « Mommy » de Xavier Dolan. Hyperactif, parfois violent, rêveur, instable. Stéphane a cependant un bon exutoire : le dessin. Un crayon en main il ne cesse de noircir des feuilles de papier. Un don. Mais ses créations sont rarement montrables. Scènes pornographiques, personnages nazis, séances de tortures dans des camps d'extermination... On retrouve dans son art tout son esprit torturé.

 

Enfant génial

Mais comme avec Tony Duvert (écrivain tombé dans l'oubli après des écrits pédophiles), Gilles Sebhan a tenté d'aller au-delà des apparences. Avec de nombreux témoignages, des proches comme des amis, on comprend que Mandelbaum, juif errant, est un volcan en pleine activité, menaçant sans cesse d'exploser. « Maître du monde, c'est ce qu'il voulait être » écrit l'auteur au début du livre. Il finira petit voyou, assassiné par ses complices après un partage de butin qui tourne mal.

Aujourd'hui il ne reste que peu de dessins de Stéphane Mandelbaum. Trop sulfureux. De toute manière sa carrière artistique était déjà achevée quand il a basculé dans la délinquance. Il se faisait appeler Malek, comme pour rejeter sa judéité, et ne dessinait plus, « Comme d'autres, le silence était en train de gagner l'enfant génial. Lui qui n'avait cessé de griffonner se trouvait pris au piège du réel. » A l'image de l'histoire de Tony Duvert, Gilles Sebhan entraîne le lecteur dans son enquête, quasi policière. Il mélange témoignages et interprétations personnelles. Et Mandelbaum acquiert alors cette humanité qui a semblé lui faire défaut de son vivant. Seul regret au final, qu'il n'y ait aucune œuvre de Stéphane Mandelbaum reproduite dans l'ouvrage. On comprend le parti-pris, mais on ne peut s'empêcher, après coup, d'aller chercher sur internet ces images terribles.

« Mandelbaum ou le rêve d'Auschwitz » de Gilles Sebhan, Les Impressions Nouvelles, 13 €

 

 

 

14/10/2014

Livres : Étonnants premiers romans

Toute rentrée littéraire offre son lot de premiers romans. Des voix originales se font entendre au milieu des ténors des lettres françaises.

 

demarty, en face, delrue, flammarion, seuilAmateurs de vocabulaire rare et précieux, « En face » de Pierre Demarty va vous ravir. Soit vous êtes très fort et la lecture du roman se déroule sans encombre, soit vous avez quelques lacunes et le renfort d'un dictionnaire se révèle rapidement indispensable pour saisir toutes les nuances de l'histoire de cet homme qui quitte son appartement du jour au lendemain. De « l'éblouissement des splendeurs vernales » à la « maïeutique par l'humiliation et la fermentation » en passant par « le totem pulsatile » le verbe de Pierre Demarty est riche. Un peu trop parfois, cela frôle l'overdose. Comme une démonstration de virtuose qui parvient à jouer une partition compliquée mais peu harmonieuse au final.

Il y a également quelques listes pour donner encore plus de foisonnement à ce roman. Des animaux exterminés (dodo, patomachère ou rythine) ou des villes improbables, jamais visitées par le héros mais qui ornent les timbres qu'il collectionne (Keszthely, Oranjestad, Udaipur...). Pourtant l'idée du roman est excellente. Un homme, normal à en être indécent, lassé de sa vie, décide de louer l'appartement situé juste en face du quatre pièces qu'il occupe depuis des décennies avec femme et enfant. Il disparaît tout en observant sa famille...

Le problème, c'est qu'il ne se passe pas grand chose. Et quand cela devient un peu animé, l'auteur choisit une voie qui étonnera (voire chagrinera) le lecteur qui est allé jusque là...

 

Fuite vers le Sud

demarty, en face, delrue, flammarion, seuilLa famille aussi est au centre du roman d'Arnaud Delrue. Les secrets de famille plus exactement. Philippe, le narrateur, est aux obsèques de sa sœur. Il y a également la mère et la petite dernière Marie. Particulièrement touché par la mort de sa sœur, Philippe tente de reprendre une vie normale. Employé dans une compagnie d'assurance, il séduit la stagiaire qui espère un CDI, s'amuse avec ses collègues, passe des journées à la campagne au bord d'un lac dans une propriété prêtée par le médecin de famille.

Mais au fil des pages, ce joli paysage se craquelle. Quelles étaient exactement les relations de de Philipe et de sa sœur. Et quel rôle a exactement la petite Marie.

La tension va aller crescendo, pour atteindre son summum après une fuite désespérée vers le Sud. Sans jamais trop en dire, ce premier roman aborde un problème épineux et tabou. L'auteur en parle avec détachement, sans jamais juger ses personnages.

 

« En face », Pierre Demarty, Flammarion, 17 €

« Un été en famille », Arnaud Delrue, Seuil, 16 €

 

 

06/10/2014

Livre : L'étrange trio du cinéma français

Jean-Pierre Rassam, producteur, Claude Berri, acteur, réalisateur et producteur, Maurice Pialat, réalisateur. Trois hommes autour d'une table de poker, trois génies du 7e art.

 

rassam, berri, pialat, donner, grassetLe cinéma est friand de grandes et belles histoires. Avec si possible des personnages forts pour les porter. La littérature aussi. Christophe Donner, écrivain passionné de cinéma, a tout mélangé pour signer un roman détonnant dans cette rentrée littéraire parfois trop spirituelle. Sous le titre improbable de « Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive », citation attribuée à Orson Welles au festival de Cannes en mai 68, il raconte la trajectoire fulgurante de Jean-Pierre Rassam, fils de millionnaire devenu producteur de cinéma par défi et ennui. Il croise la première fois les routes de Claude Berri et de Maurice Pialat autour d'une table de jeu. L'argent n'est pas un problème pour le descendant d'un de ces nababs des pétrodollars. Au cours de cette partie mémorable, Claude Berri perd. Comme il n'a pas d'argent, il met en jeu son oscar obtenu quelques mois plus tôt pour son court-métrage « Le Poulet ». Rassam l'emporte. Mais Berri ressort heureux. Il vient de rencontrer Anne-Marie, la sœur de Rassam. Ils tombent fou amoureux l'un de l'autre. Cela compense l'attitude narquoise de Pialat qui vient de lui annoncer qu'il couche avec Arlette, la sœur de Berri.

Ces trois hommes sont donc liés par le cinéma, mais aussi la famille, devenant tous plus ou moins beaux-frères les uns des autres. Christophe Donner, une fois planté le cadre des relations de ce trio qui a bousculé le cinéma français, peut parsemer son récit d'anecdotes sur la création de quelques chefs-d'œuvres entrés au panthéon du cinéma.

 

Des films de légende

Claude Berri est le premier à remporter un succès populaire d'ampleur avec « Le vieil homme et l'enfant ». Il raconte sa jeunesse, quand, petit juif, en pleine occupation allemande, il est recueilli et caché par un vieux Français (Michel Simon) profondément antisémite. Pialat ne cache pas sa jalousie. Plus âgé, persuadé d'être beaucoup plus talentueux, il n'a pas encore fait de film important. Rassam, plus pour embêter Berri que pour gagner de l'argent, produit « Nous ne vieilliront pas ensemble ». Le drame avec Jean Yanne et Marlène Jobert dépasse le million d'entrées. Pialat est lancé. Rassam, en trois ans a déjà produit quantité de succès au box-office. Notamment le film scandale de Marco Ferreri, « La grande Bouffe » sur lequel il est régulièrement intervenu.

La fin du roman se consacre essentiellement au parcours de Jean-Pierre Rassam. Sa rencontre avec Jean Yanne et sa décision de le financer. Quelques années magiques où tout ce qu'il lance réussi. C'est beaucoup plus laborieux pour Claude Berri qui s'obstine à raconter sa vie, se donnant toujours le premier rôle malgré un jeu limité.

Truffé de moments de bravoure comme le sauvetage des enfants de Milos Forman dans Prague assiégée par les chars russes ou les repérages de Godard dans les camps d'entraînements palestiniens, le roman prend des airs de reportage. Mais comme au cinéma, il ne faut pas toujours croire que tout est vrai. Les trucages et effets spéciaux ne sont pas une invention du IIIe millénaire. Mentir, ou du moins enjoliver la réalité, reste avant tout un acte de pure création.

 

« Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive » de Christophe Donner, Grasset, 19,50 €

 

08:20 Publié dans Film, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rassam, berri, pialat, donner, grasset

05/10/2014

Livre : Les secrets de Sophia Loren

 

sophia Loren, flammarion

Immense actrice à la beauté rayonnante et éternelle, Sophia Loren a traversé un demi siècle de cinéma mondial. La belle Italienne, dans cette autobiographie pudique et optimiste, ouvre son « coffre aux secrets ». Une boîte renfermant une multitude de photos et de documents, un résumé de sa vie et de sa carrière. Elle parle donc de sa famille, sa grand-mère et sa mère, ses débuts dans les romans-photos et son entrée dans le monde du 7e art. Rapidement sa grâce et sa présence font qu'elle devient un symbole de la beauté féminine. Mais c'est surtout sur sa vie privée, son mariage avec Carlo et la naissance de ses enfants, puis de ses petits-enfants, qu'elle livre les plus belles pages. Une centaines de photos inédites illustrent ce texte parfois émouvant, notamment quand elle parle de ses petits enfants. La preuve qu'une star mondiale, habituée au paillettes, aux honneurs et aux soirées mondaines peut avoir une vie de mère et de grand-mère comme tout un chacun.

 

« Sophia Loren, hier, aujourd'hui et demain », Flammarion, 21,90 €

 

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29/09/2014

Livre : La pendue de Londres de Didier Decoin en poche

pendue, londres, decoin, livre de pocheEn racontant l'histoire de Ruth Ellis, la dernière femme pendue par la justice anglaise, Didier Decoin va beaucoup plus loin que le simple fait divers. Un homme. Une femme. Albert Pierrepoint et Ruth Ellis. Le roman de Didier Decoin, inspiré de faits réels, raconte à distance la seule et unique rencontre entre la jeune femme blonde et l'austère patron d'un pub londonien. Ruth croise le chemin d'Albert le 13 juillet 1955. Dans une prison. Quelques minutes plus tard Ruth est morte, pendue par Albert, exécuteur en chef du royaume britannique.

(Le Livre de Poche, 9,90 €)

21/09/2014

Livre : Blanès et ses fantômes

Un dimanche passé à Blanès, ville balnéaire près de Barcelone, change radicalement la vie d'Éva Elle va y retourner et s'y installer pour tenter de comprendre.

 

blanes, gallimard, jeanmart, barcelone, BolanoLes premiers romans sont souvent (toujours ?) autobiographiques. Hedwige Jeanmart est Belge. Installée depuis quelques années à Barcelone, elle s'est certainement inspirée de sa propre vie pour écrire ce roman. Est-elle Éva, le personnage principal et narratrice ? A moins qu'elle ne ressemble plus à Yvonne, une autre jeune fille vivant dans un camping à Blanès ? En lisant ces lignes, on se pose forcément la question. Du moins au début. Car rapidement l'atmosphère énigmatique, presque fantastique, du roman nous happe. On se retrouve alors avec Éva, dans les ruelles de la cité catalane à la recherche d'une mystérieuse maison et à guetter l'apparition de fantômes.

Tout commence un week-end. Éva demande à son compagnon Samuel s'il est d'accord pour passer la journée à Blanès. Un dimanche hors saison, à déambuler le long de la mer et manger dans un petit restaurant. Puis retour à Barcelone. Sauf que ce soir-là, Samuel est mort. Disparu, volatilisé, envolé... Éva tombe dans un état de prostration. Dans sa jolie maison de Barcelone, elle se coupe du monde. Ne sort plus, ne répond pas au téléphone. Surtout elle s'interroge, tente de trouver des explications à cette mort soudaine. A force de questionnement intérieur, elle parvient à la déduction que c'est la journée à Blanès qui est la cause de tout. Sur un coup de tête elle retourne dans la petite ville, s'installe dans une pension et se remémore sa dernière journée avec Samuel pour tenter de découvrir l'élément déclencheur.

 

Au bord de la folie

La jeune femme décrite dans le roman d'Hedwige Jeanmart a tout de la folle. Ou du moins de l'esprit obsédé par un événement irrationnel. Lors du dernier repas avec Samuel, ce dernier lui a lu un extrait d'un texte de Bolaño. Cet écrivain d'origine chilienne est la célébrité locale. Il semble exercer une fascination très forte sur toute une faune qui s'est installée à Blanès, sur ses traces. Éva va en croiser plusieurs, devenir leurs amis et sans tomber dans leur dévotion, découvrir les charmes vénéneux de Blanès. Son séjour, qu'elle pensait court, se prolonge, s'éternise presque. Elle est comme prisonnière : « Cette appropriation des lieux à ce point désincarnés, où je n'éprouvais absolument rien sinon une solitude et une désespérance sans fond, me dérangea : et si la question n'était plus tant de comprendre ce qui s'était passé mais ce qui était en train de se passer ? Je m'installais à Blanès où tout m'était désagréable et je m'y complaisais. C'était comme si j'acceptais de souffrir d'une maladie et que cette maladie devenait tout pour moi, que je ne pouvais plus m'en passer. » Éva cherche notamment une maison décrite dans un livre de Bolaño.

En sillonnant les petites rues, elle découvre qu'elle n'est pas seule dans ce cas. Il y a par exemple Yvonne, une jeune Belge vivant à l'année sous une tente dans un des campings de Blanès. Un serveur de restaurant aussi, d'origine népalaise. Et d'autres quasi fantômes à la recherche du spectre de Bolaño.

Voyage initiatique, au bord de la folie, ce premier roman est souvent déconcertant. L'auteur semble parfois dépassée par son sujet. Mais cela ne dure pas. Elle reprend les commandes de son héroïne. Même si on a presque l'impression que cette dernière, comme dotée d'une propre vie, tente de nouveau de s'échapper par des chemins de traverse. Reste au final beaucoup d'interrogations et l'envie urgente d'aller visiter Blanès et rencontrer son étrange population. Avec cependant la crainte de se retrouver envoûté par le fantôme de Bolaño.

Michel LITOUT

 

« Blanès », Hedwige Jeanmart, Gallimard, 18,50 €

20/09/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Le bonheur obligatoire

bonheur, joie, fioretto, pocket, plon Pascal Fioretto est génial. Cet auteur, habitué des pages de Fluide Glacial (le numéro d'octobre, un spécial loosers, avec poster central de François Hollande nu), publie régulièrement pamphlets décapants et autres pastiches savoureux aux éditions Chifflet & Cie. Sorti en 2008, « La joie du bonheur d'être heureux » est enfin disponible chez Pocket pour la modique somme de 6,50 euros. L'auteur suit la longue introspection de son héroïne, passe ainsi au karcher les techniques - elles visent toutes à atteindre les tréfonds de son moi - jusqu'à atteindre le nirvana intellectuel. Car notre société ne plaisante pas avec le bonheur. Il convient d'afficher sa joie, d'être heureux à tout prix. Une clique de charlatans en profite, tel le joueur de flûte de Hamelin, qui prennent le contrôle d'esprits faibles, dirigés vers une pensée unique positive. La charge de Pascal Fioretto est puissante. Mais surtout hilarante. En résumé, on pourrait citer l'homme politique le plus décrié de France en ce moment : « Pas facile d'être heureux ! ».

Pascal Fioretto vient également de publier chez Plon un roman au titre toujours aussi alléchant : « Un condamné à rire s'est échappé ».

(Chronique "De choses et d'autres" parue samedi 20 septembre en dernière page de l'Indépendant.)