10/09/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Pétillante Pétronille

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Amélie Nothomb imagine dans « Pétronille » l'histoire d'une lectrice fan, grande buveuse de champagne et écrivain en devenir. Un roman miroir ?

 

"Chère Amélie Nothomb, je me permets de vous écrire comme le font régulièrement des centaines de vos lecteurs. Vous puisez, dites-vous, des idées dans cette correspondance. Votre dernier roman, « Pétronille » chez Albin Michel, emprunte une nouvelle fois ce chemin. Vous repérez Pétronille, le personnage principal, un soir dans une librairie, à la fin d'une séance de dédicaces. Elle pourrait endosser le rôle de bonne compagne, ou plus exactement « convigne », de beuverie, songez-vous.

Garçon manqué issue du peuple, la pétillante Pétronille entre dans la danse avec plaisir. Vous la traînez dans les bars et soirées où le champagne coule à flot.

Autofiction oblige, je me demande cependant si votre penchant pour cette boisson est véritable ou fantasmé. Les quantités ingurgitées semblent astronomiques. Pour tout vous dire, j'avais parfois l'impression en lisant ce roman, très plaisant au demeurant, de parcourir une plaquette publicitaire pour Veuve Clicquot, Dom, Krug et autres Taittinger. Vous êtes la championne du placement produit. Si chaque marque citée vous envoie une caisse en dédommagement, vous aurez de quoi faire la fête pour les six prochains mois.

La rebelle Pétronille, de lectrice, devient elle aussi romancière. Une concurrente, donc. Cela ne vous effraie pas. Il est vrai que personne (à part cette année une certaine Valérie T) ne peut rivaliser avec vos tirages monstrueux. J'aimerais tant que, tel Georges Perec, vous donniez corps à cette Pétronille.

 

Vinaigre de miel

Dans votre roman, vous résumez en quelques phrases les œuvres de l'auteur imaginaire. « Vinaigre de miel » reprend l'argument des « Jeunes filles » de Montherlant : un écrivain à succès reçoit des lettres de lectrices énamourées. « Le Costals de Montherlant sortait vainqueur de la confrontation, le Schwerin de Pétronille terminait phagocyté par les donzelles ». Selon vous, le second titre est tout aussi alléchant : « Il y était question de l'adolescence contemporaine. Le héros, Léon, sorte d'Oblomov de quinze ans, entraînait sa famille entière dans son vertige nihiliste. Le livre me fascina plus encore que le premier. Il avait une manière subtile et drôle de prêcher le désespoir. » En découvrant ces lignes, chère Amélie Nothomb, on a la bizarre impression que vous parlez autant de vous que de Pétronille, que vous dévoilez au lecteur forcément frustré, des idées de romans que vous n'avez malheureusement jamais menés à leur terme. Mais il se pourrait aussi que je me trompe et que Pétronille n'est qu'une pure invention, la compagne de beuverie parfaite que vous cherchez toujours dans les files d'attente de vos séances de dédicace.

Sachez, Amélie, que si Pétronille vous pose un lapin, c'est avec joie que je la remplacerai au pied levé. Du moins si vous acceptez de vous mettre au coca. Je ne supporte pas le champagne..."

Michel LITOUT

 

« Pétronille », Amélie Nothomb, Albin Michel, 16,50 €

 

01/09/2014

Rentrée littéraire : Chair bourreau

« La dévoration » de Nicolas d'Estienne d'Orves mène trois récits en parallèle : l'histoire d'un écrivain, d'une lignée de bourreaux et d'un cannibale japonais.

 

dévoration, nicolas d'estienne d'orves, albin michel, cannibalePrésenté parfois comme une apologie du cannibalisme, « La dévoration » est un roman beaucoup plus complexe et profond. Certes, une partie est consacrée à Morimoto, un étudiant japonais qui a dévoré sa petite amie néerlandaise à Paris. Nicolas d'Estienne d'Orves s'est ouvertement inspirée d'un fait divers célèbre. Mais ce n'est qu'un petit tiers du roman. L'essentiel, le plus passionnant aussi, est le portrait en creux d'un écrivain qui n'en peut plus de signer chaque année le même best seller. Surement pas par hasard, ce personnage de fiction s'appelle aussi Nicolas. Nicolas Sevin, comme son créateur, aime l'opéra. Après une rupture douloureuse, il s'est imposé un régime draconien pour devenir ce romancier qui vend des milliers d'exemplaires à chaque nouveauté. Le même métier que sa mère. Mais elle fait dans la littérature jeunesse.

Dans ses œuvres, Nicolas Sevin explore les parts sombres de l'âme humaine. Ses héros sont des tueurs, des massacreurs, avides de sang et de meurtres.

Le cocktail fait recette mais son éditrice, Judith, est lasse. Elle pousse Nicolas à changer de dimension. Sans parler d'autofiction, elle lui suggère d'écrire sur lui. Mais n'est-ce pas ce qu'il fait déjà ? Et Nicolas de se demander si les tueurs qu'il met en scène ne sont pas tout simplement son moi profond qui n'ose pas franchir le pas.

 

Bourreau de père en fils

A côté de ce récit très parisien et bourgeois, Nicolas d'Estienne d'Orves glisse de courts chapitres étalés sur plusieurs siècles sur le fameux bourreau Rogis. A la base, c'est un bon boucher, obligé de changer de métier pour éviter l'échafaud. La chair et le sang, il connaît. Couper, trancher sont des gestes qu'il maîtrise. Voilà comment il se transforme en cet être qui fait froid dans le dos et transmet son savoir et sa charge à sa descendance.

Le roman exerce un sorte de fascination malsaine auprès du lecteur. Entre les expériences sexuelles extrêmes de l'écrivain, l'abnégation de l'homme en noir passant de la hache à la guillotine (comme d'autres de la machine à écrire à l'ordinateur) au cannibale qui parle à la première personne n'épargnant aucun détail macabre, le choc est parfois rude. Mais en fait on entre dans un autre monde quand on pénètre le quotidien de Rogis, Morimoto ou Nicolas. Ce dernier semble parfois véritablement fou et déconnecté de la réalité. « Le monde bouge et je reste immobile; l'univers tourne autour de moi. Je suis le seul point fixe d'une cosmogonie frémissante. J'ai donc tous les droits, comme un dieu. Je tends la main et saisis des bribes du réel. De l'autre côté commence l'univers parallèle, celui où tout est possible, un monde sans limites, sans morale. » Le mot est lâché : la morale. Difficile de lire ces pages sans avoir parfois des haut-le-cœur. Mais il faut bien se dire, et se convaincre, que ce n'est que de la littérature. Et que les pires crimes, les plus horribles perversions et monstrueuses déviances ne comptent pas tant qu'elles restent de simples mots imprimés sur du papier.

 

« La dévoration », Nicolas d'Estienne d'Orves, Albin Michel, 20 €

 

30/08/2014

DE CHOSES ET D'AUTRES : Occupé !

occupé, pastor, monsieur D, petit coin, hugo, desingeRien de tel en début de week-end que de faire provision de bonnes blagues et autres informations insolites pour briller à la mi-temps, autour du barbecue ou lors des soirées.

Exemples : épatez tout le monde en demandant de quoi est fait un pinceau en poil de chameau. Le piège est énorme. Et pourtant, il s'agit de fourrure d'écureuil. Et les îles Canaries, d'où tirent-elles leur nom ? Pas des oiseaux mais des chiens (Canis en latin) qui pullulaient dans l'archipel. Bien après, les oiseaux ont pris le nom de l'île...

A ceux qui trouvent les orchidées gracieuses et délicates, rappelez que leur nom vient du mot "orchis" qui signifie testicule en grec ancien. Tout de suite moins glamour.

Si vous cherchez une mine inépuisable de bizarreries, pensez Anglais. Leur respect de la royauté implique l'interdiction formelle de coller un timbre la tête en bas s'il représente la Reine.

Un volcan islandais menace de se réveiller. Tous ressortent l'anecdote des vols cloués au sol. Soyez plus original en expliquant qu'un autre volcan islandais a provoqué... la révolution française. En 1783 son éruption s'est soldée par un immense nuage de cendres sur l'Europe, a perturbé climat, récoltes et le peuple français, affamé, s'est indigné...

Vous en voulez d'autres ? Faites comme moi, plongez-vous dans "Occupé ! Le bouquin du petit coin" (12,95 €) d'où sont tirées ces anecdotes. La sixième édition vient de paraître aux éditions Hugo Desinge. Grâce aux trouvailles d'Annie Pastor et aux dessins de Monsieur B. vous captiverez votre auditoire après chaque passage aux commodités.

 

DE CHOSES ET D'AUTRES : Occupé !

26/08/2014

Livres : Bienvenue à Yumington

Entre thriller classique et pur fantastique, « Waldgänger » de Jeff Balek est aussi une expérience d'écriture autour d'un univers transmédia.

 

balek, yumington, brageloneYumington est une ville imaginaire. Elle sert de décor au roman « Waldgänger » de Jeff Balek. Une cité qui a sa propre vie sur le net à travers site (yumington.com) et réseaux sociaux (Twitter et Facebook essentiellement). En fait tout a débuté il y a quelques années par la volonté de l'auteur de proposer un feuilleton pour smartphones. Chaque jour il racontait l'histoire de Blake, ancien soldat à qui il arrivait des aventures incroyables. Édité en numérique, l'intégrale des épisodes termine finalement sous la forme d'un gros bouquin papier de plus de 400 pages chez Bragelone.

En 2025, les forces armées de Yumington sont en intervention au Moyen-Orient. Le commando de Blake doit protéger des archéologues sur le point de faire une découverte capitale. Il n'a pas le temps d'arriver sur le lieu des fouilles qu'il est attaqué. Son collègue, touché par une balle, prend feu. Lui aussi est frappé à la tête et sent son visage se consumer. Il tombe dans un trou, se retrouve nez à nez avec un squelette brandissant une épée. Blake, dans un dernier geste, s'en empare. Black-out.

Quelques jours plus tard il se réveille dans un hôpital. Défiguré, mais en vie. Il est rapatrié dans sa famille à Yumington. Accueil glacial de sa femme et de sa fille. Blake, convalescent, se découvre de nouveaux pouvoirs. Au début ce sont des flashes incontrôlables. Comme des hallucinations. Jusqu'à ce qu'il « voit » sa fille en train d'acheter de la drogue dans la rue. Il s'y rend et tue le présumé dealer. Blake devient alors l'ennemi public de Yumington et doit se cacher pour échapper à ses poursuivants.

 

Vengeance impitoyable

Il trouve refuge auprès d'un vieil original qui semble en savoir énormément sur ses nouvelles capacités de Waldgänger, un proscrit islandais qui se réfugiait dans les forêts. Et d'expliquer à Blake « Vous voilà donc livré au néant, Vous n'existez plus. Vous êtes mort en quelque sorte. Mort aux yeux de la société. Ou tout au moins vous n'existez plus que sous la forme d'une espèce de cauchemar, de croque-mitaine. » Blake se métamorphose, devient quasi invincible, omniscient. Mais pas forcément heureux, bien au contraire. « La vengeance nourrit ma rage comme l'oxygène alimente l'incendie. C'est tout ce quartier, toute cette ville, que j'ai envie de raser, de détruire jusqu'au dernier de ses habitants. A cet instant précis, le désir de tuer naît au plus profond de mon être. C'est un être archaïque, reptilien, qui surgit en moi. Une âme mauvaise et assoiffée de mort. » Yumington tremble, le Waldgänger est lâché et sa détermination est terrible.

Écrit de façon très cinématographique, à coup de courts chapitres très dynamiques, le roman déroute au début. Un style qui s'apparente à notre nouvelle habitude de consommer du bref, du vite lu et allant droit à l'essentiel. A l'arrivée, cela donne une impression de lecture en apnée, sans jamais de répit dans l'enchaînement des combats et autres coups de théâtre, particulièrement nombreux pour relancer sans cesse l'intérêt. Yumington prend forme et c'est naturellement que l'on poursuit l'exploration de la ville virtuelle sur internet. Une suite est en cours de publication, directement en numérique. L'action se déroule en 2075 et c'est toujours le très efficace Jeff Balek qui est aux manettes.

 

« Waldgänger », Jeff Balek, Bragelone, 22 €

 

07:57 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : balek, yumington, bragelone

11/08/2014

Livre : Paroles de comateux dans "Ces lieux sont morts" de Patrick Graham

Exploration macabre de l'inconscient d'hommes et de femmes plongés dans le coma au sommaire de « Ces lieux sont morts » de Patrick Graham.

 

ces lieux sont morts, coma, patrick graham, fleuve noirSearl, médecin dans un grand hôpital américain, a une spécialisation peu commune. Il a en charge le réveil de traumatisés plongés dans le coma. Dans ces vastes salles, des hommes et femmes dorment, parfois depuis des mois et des mois. Ils sont coupés du monde. Parfois reprennent conscience. C'est là que Searl intervient le plus rapidement possible. Il a développé une technique pour retenir l'esprit de « l'éveillé » dans la réalité. Car souvent, en constatant ce qu'il est devenu, il retourne volontairement dans « ces lieux morts ».

Patrick Graham, l'auteur de ce roman terrifiant, a distillé une petite dose de science-fiction dans la réalité médicale de Searl. Grâce à des diffuseurs olfactifs, le médecin parvient à guider la volonté des endormis vers des lieux de leur enfance. Pour qu'ils reprennent conscience de leur réalité dans les meilleures conditions possibles. Il se branche en parallèle et intervient directement dans leur esprit. Une astuce littéraire pour permettre au héros de pénétrer l'esprit des différents protagonistes de ce thriller. Car rapidement cela se complique.

 

Fillette enlevée

Retardé au travail par l'arrivée d'une femme grièvement blessée dans un accident de la circulation, il ne peut pas rejoindre sa seconde femme, Becka, et ses trois enfants né d'un premier mariage. Ils partent donc à quatre, dans une voiture de location, en pleine tempête de neige, rejoindre un chalet isolé dans la montagne. On est en décembre, à quelques jours de Noël. En chemin, ils sont harcelés par un gros camion transportant des billes de bois. Après une halte dans une station-service, ils prennent à leur bord Liam, un jeune auto-stoppeur qui va dans la même localité rejoindre sa grand-mère.

Il apparaît que Liam est un dangereux serial-killer. Il écorche Becka et les deux ainés et enlève Kirsten, la plus jeune. La première partie du roman se lit d'une traite. 150 pages qui pourtant son peu de choses à côté des suivantes.

Searl est au chevet de ce qui reste de sa famille, une femme et deux ados plongés dans le coma. Kirsten est introuvable. Mais chaque semaine, en pleine nuit, elle appelle son père et lui dit son angoisse d'être prisonnière. La suite du roman se focalise sur la fillette, comment elle survit dans l'obscurité en compagnie de deux autres jeunes filles, Mila et Taylor. Pour donner encore plus de corps à ce roman très dense, Patrick Graham fait intervenir un shérif cancéreux et en fin de vie, une section spéciale du FBI, des vagabonds rejetant toute société de consommation et fait voyager le lecteur des routes de l'Australie au désert du Nevada en passant par le grand rassemblement de Burning Man. Bref, des heures et des heures de dépaysement, d'angoisse et de coups de théâtre. Le tout est sombre, très sombre, comme notre inconscient...

Michel LITOUT

 

« Ces lieux sont morts », Patrick Graham, Fleuve Noir, 20,90 €

 

04/08/2014

Livre : Justice à retardement

Un industriel allemand est assassiné dans sa chambre d'hôtel. Le tueur, Fabrizio Collini reconnaît le meurtre mais refuse de s'expliquer. Son avocat va enquêter dans le passé.

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La société allemande, tout en triomphant mondialement au niveau sportif ou économique, n'en finit pas de solder son passé. Il y a moins de 70 ans, la terreur nazie s'abattait sur la totalité de l'Europe. La défaite a permis de juger certains responsables, mais d'autres sont passés à travers les mailles du filet. De simples exécutants, loyaux à leur supérieurs et leur pays, ou des hommes et femmes, en état de juger et donc complices actifs de crimes de guerre et de génocide ?

Cette interrogation, sorte de devoir d'inventaire jamais véritablement achevé, est au centre du terrible roman de Ferdinand von Schirach, « L'affaire Collini ». L'auteur, par ailleurs avocat au barreau de Berlin depuis 1994, est un fin connaisseur de la justice de son pays. Une partie du roman porte d'ailleurs sur les droits des accusés, la façon dont les affaires criminelles sont instruites et la méthode de désignation des avocats commis d'office.

Tout débute en 2001. Dans une chambre d'hôtel à Berlin, un homme se faisant passer pour un journaliste, prend rendez-vous avec Hans Meyer, industriel allemand. Une fois en tête à tête, Fabrizio Collini, le faux journaliste et véritable force de la nature, sort un révolver de son manteau, fait agenouiller Meyer et l'abat de plusieurs balles dans la tête. Puis, « de sa chaussure, il retourna le corps. Soudain, il asséna un coup de talon dans la face du cadavre, le regarda, puis lui donna un autre coup. Il ne pouvait plus s'arrêter, il tapait et tapait encore, sang et substance blanche giclaient sur son pantalon, sur le tapis, sur le bois du lit. » Un meurtre horrible, un émoi considérable.

 

Meurtre inexplicable

Collini s'étant constitué prisonnier dans le hall de l'hôtel, l'instruction peut débuter immédiatement. Il faut cependant lui trouver un avocat. Le jeune Leinen, installé à son compte depuis quelques semaines, est de permanence. Malgré sa totale inexpérience des procès d'assises il accepte de prendre la défense du géant muet. Cet homme, d'origine italienne, est venu travailler en Allemagne durant les années 50, fuyant la misère de son pays. Sans casier judiciaire, discret, il est à la retraite depuis peu.

Rien ne semble pouvoir expliquer de coup de folie. Même à son avocat il ne dit rien de son mobile. Leinen, qui a accepté de défendre Collini sans connaître l'identité du mort, a un gros coup au moral en découvrant qu'il s'agit d'Hans Meyer. Il a côtoyé cet homme durant sa jeunesse. C'était le grand-père de son meilleur ami. De Johanna aussi, son amour de jeunesse inachevé, qui se concrétise finalement à la faveur des événements tragiques. Pris entre son amitié avec la famille de la victime et sa détermination d'avocat, Leinen va aller jusqu'au bout. En creusant dans le passé de Hans Meyer, il risque de perdre Johanna, mais aussi y trouver le mobile, l'explication qui pourrait inverser les rôles, Collini devenant la victime de ce drame.

Écriture puissante, passion tourmentée, professionnalisme à toute épreuve : ce roman ne manque pas d'intérêt. Reste avant tout de cette « Affaire Collini » une leçon d'Histoire et l'exhumation de pratiques peu glorieuses dans une Allemagne qui, des années après la fin de la guerre, a bien caché son double jeu.

Michel LITOUT

 

« L'affaire Collini », Ferdinand von Schirach (traduction Pierre Malherbet), Gallimard, 16,90 €

 

30/07/2014

Livre : Les petits soldats du diable de Maxime Chattam

Maxime Chattam, dans « La patience du Diable » développe sa théorie de la violence latente, facile à réveiller à qui sait manipuler les esprits.

 

maxime chattam, la patience du diable, santa, violence, albin michel Maxime Chattam, comme Franck Thilliez, joue la carte des héros récurrents. Face au duo Sharko et Lucie de Thilliez, Ludivine se retrouve seule. Car Maxime Chattam n'est pas tendre avec ses personnages. Dans le précédent thriller « La conjuration primitive », Alexis le compagnon et collègue de la gendarme de la section de recherches est tombé au combat contre une ribambelle de serial killers. C'est donc seule, un peu dépressive et totalement obsédée par son travail que le lecteur retrouve Ludivine. Elle fait maintenant équipe avec Segnon, un géant Antillais, marié et père de deux enfants. Alexis est remplacé par Guilhem, une tête, plus porté sur les recherches en informatique que par le travail de terrain, au contact des tueurs et autres malades dangereux. Lui est sur le point de se marier. Des collègues normaux, comme pour canaliser une héroïne qui a tendance parfois à déraper.

Le mal, la violence, sont au centre de ce thriller aux accents très ésotériques. Tout débute par l'interception d'un go-fast sur l'autoroute du Nord. Opération mouvementée. Ludivine s'en tire bien, même si une nouvelle fois elle a pris beaucoup trop de risques. Tête de mule et tête brûlée vont souvent de pair... Par contre pas un gramme de drogue dans les bolides. Juste un sachet énigmatique qui se révèle être... de la peau humaine. Maxime Chattam franchit un cran dans l'horreur. Il lance ses personnages aux trousses d'un dépeceur qui aurait tout à fait eu sa place dans la série télé « True Detective », sauf que son antre n'est pas en Louisiane mais dans une vieille masure du Nord.

 

Ultraviolence

A côté de ces scènes de pure action, l'auteur développe sa théorie sur la violence innée des hommes dans la bouche de Ludivine : « L'homme est programmé pour la violence depuis qu'il est homme, pour survivre, c'est ce qui l'a hissé au sommet de la pyramide alimentaire. Mais les tueurs en série, eux, sont une sorte de quintessence de ça, de l'ultraviolence, de l'ultradomination. » Et puis en parallèle, les actes de violences gratuites se multiplient en France. Deux adolescents font un carnage dans un TGV, un homme abandonné par sa femme tue tous les clients d'un restaurant... Une ambiance malsaine, diabolique selon Ludivine qui se met à croire à l'intervention d'un monstre manipulateur.

Et l'amour dans tout cela ? Ne pourrait-il pas sauver la jeune femme ? C'est compliqué comme on le constate en lisant ces quelques lignes : « L'humanité avait longtemps cru aux vertus de l'alchimie en cherchant à transformer le plomb en or alors que l'unique alchimie de ce monde était plus cruelle. L'amour se transformait en une souffrance incommensurable sitôt que la mort le faisait passer dans son alambic sinistre. Le néant résiduel pour témoigner de la substance même de l'amour. » Vous voilà prévenu, avec Maxime Chattam, noir c'est noir. Passionnant aussi car c'est un grand conteur qui, comme ses héros, retombe toujours sur ses pieds d'indécrottable rationaliste.

Michel LITOUT

« La patience du diable », Maxime Chattam, Albin Michel, 22,90 €

 

 

21/07/2014

Livre : Fuite désespérée dans "Monstres en cavale" de Cloé Mehdi au Masque

Damien, le personnage principal de ce roman de Cloé Mehdi, n'a que 13 ans quand il tue sauvagement son père et sa petite sœur. Six ans plus tard, il est en cavale.

 

monstres en cavale, cloé Mehdi, le masque, beaune, polarChaque année, les éditions du Masque, en association avec le festival de Beaune, publient un premier roman policier inédit. Véritable creuset de talent, ce prix permet à des auteurs en devenir de mettre le pied à l'étrier. Le cru 2014 est exemplaire de la démarche. « Monstres en cavale » est un gros bouquin de 600 pages, denses et bourrées d'invention. Pourtant son auteur, Cloé Mehdi, n'a que 22 ans. Elle a remporté quantité de concours de nouvelles avant de se lancer dans ce récit au long cours. Malgré son jeune âge, elle a quasiment 10 ans d'expérience... Et sans doute beaucoup plus d'années à occuper le devant de la scène littéraire noire.

Sans être à proprement parler un polar, « Monstres en cavale » évolue dans un monde où les héros sont recherchés par la police alors que les forces de l'ordre et les autorités ont tout de salauds en puissance. Le personnage principal, Damien, est un jeune homme de 18 ans. A peine majeur mais déjà 6 années derrière les barreaux. Damien, à 13ans, est devenu l'assassin le plus précoce de France. Un soir, quand sa mère rentre dans le petit pavillon de banlieue, elle découvre Damien sur le pas de la porte. Recouvert de sang il vient de tuer son père et sa petite sœur. Sous son bras, il a encore la tête de cette dernière qu'il a consciencieusement découpé. Après un procès retentissant, il est incarcéré en prison.

 

Pays de liberté

Le roman débute véritablement six ans plus tard. Il est sur le point d'être transféré. Terminé l'étroite cellule, place à une grande... cage. Dans ce futur fantasmé de Cloé Mehdi, la société française a un peu changé. Pour que les détenus ne soient plus à la charge de la société, des sociétés privées ont obtenu le droit de les exhiber comme de vulgaires animaux. « Le safari des monstres », en plein cœur de Paris, est un des plus célèbres. La patronne, Madame Rose, sélectionne avec rigueur ses pensionnaires. Damien est une recrue de choix, de quoi faire frissonner les familles voyeuses.

L'entame du roman, par son invention et son parti-pris de noirceur absolue, fait parfois penser à certains textes de Serge Brussolo, avant qu'il ne mette sa plume inventive au service de récits historiques aseptisés. On retrouve dans la description de ce Safari des monstres des outrances et une démesure qui manquent dans une production littéraire française devenue bien sage. Damien, dont on ne sait au début s'il est véritablement un monstre, un demeuré ou une victime, se laisse porter par les événements. Quand une fusillade éclate dans le zoo de la honte, il en profite pour se faire la belle, en compagnie d'une fillette qui elle aussi semble fuir la police. Cab, espiègle et intelligente, est la fille d'un célèbre couple de truands. Son père est mort dans un casse, sa mère a pris la fuite. Depuis elle est surveillée par la police. C'est un des hommes de la mère de Cab qui a déclenché la fusillade. Cab, son frère, Damien et le mercenaire se retrouvent et se lancent dans un road movie à travers l'Europe. Leur but : rejoindre le mythique « pays des neiges émeraude », un lieu où le monde souterrain vit au grand jour, loin de la justice et des policiers.

Lentement, avec une science consommée du coup de théâtre et des rapports humains, Cloé Mehdi nous fait découvrir les psychologies des personnages, Damien et Cab devenant les meilleurs amis du monde dans cette fuite désespérée.

Michel Litout

« Monstres en cavale », Cloé Mehdi, Éditions du Masque, 7,90 €

 

 

 

14/07/2014

Livre : "Le sourire des pendus" en poche

camut, Hug, Livre de poche

 

« W3 », la nouvelle série de Jérôme Camut et Nathalie Hug plonge les lecteurs dans un monde perverti. La mise en bouche de ce roman est percutante. En juillet 2002, des hommes cagoulés pénètrent dans une riche demeure. Ils tuent la femme et enlèvent les enfants avant de se charger du propriétaire des lieux, un célèbre avocat, Eric Moreau. Le tueur s'appelle Ilya Kalinine. Dix ans plus tard, Lara Mendès, jeune journaliste à la télévision, cherche par tous les moyens a découvrir le fin mot de ce meurtre sauvage. Parfaitement découpé, ce roman, déjà sombre dans ses premières pages, devient de plus en plus noir. Les auteurs, en observateurs attentifs des dérives de notre société, mettent en lumière les agissements de véritables monstres. (Le Livre de Poche, 8,90 €)

 

07:24 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : camut, hug, livre de poche

04/07/2014

Livre : Dieu trop puissant

Trop de religion peut nuire gravement à la santé mentale. « Nom de Dieu ! », roman de Philippe Grimbert, le démontre avec éclat.

 

grimbert, nom de dieu, grassetEntre farce et essai philosophique, « Nom de Dieu ! » de Philippe Grimbert se lit comme on suçote lentement une de ces confiseries, sucrées au début, puis devenant très acide pour finalement retrouver la douceur originelle. En découvrant les mésaventures de Baptiste, cadre supérieur dans une fabrique de sucreries, le lecteur passe lui aussi par toute sorte de sensations que l'on peut associer à des goûts. Les premières lignes font presque office de roman social. Heureux, Baptiste a une vie réglée au millimètre. Femme au foyer aimante, enfant brillant à l'école, considération de ses collègues, bénévolat dans une association chrétienne. Son seul problème, c'est le manque de temps. Alors il fait des sacrifices. Notamment dans sa présence à la maison. Quand il ne va pas servir la soupe populaire aux plus démunis, il endosse son costume de clown pour distraire les petits cancéreux de l'hôpital voisin.

Il semble faire don de soi, mais au fond Baptiste est comme les autres. Quand une restructuration est envisagée dans sa société, le directeur des ressources humaines pense immédiatement à lui pour l'annoncer aux condamnés. Sa compassion, sa charité chrétienne, ses mots de réconfort permettent de faire avaler la pilule. Cela lui provoque bien quelques cauchemars, mais il se persuade que si la direction l'a désigné, c'est que Dieu, dans sa grande clairvoyance les a conseillés.

 

Plaqué et licencié

La seconde partie du roman est moins consensuelle. Dieu, dans un moment de faiblesse sans doute, glisse le nom de Baptiste sur la seconde liste des licenciés économiques pour cause de ventes en baisse (et de délocalisation...). Pour couronner le tout, sa femme, qui s'est entichée de son psychanalyste (profession de l'auteur, il n'y a pas de hasard) met Baptiste à la porte le condamnant à vivoter dans une chambre d'hôtel Formule 1. Le coup de grâce vient de l'hôpital. Pour varier les plaisirs, le directeur a décidé d'embaucher un clown professionnel pour distraire les enfants. Le dernier rayon de soleil de Baptiste vient de s'éteindre.

Incapable de comprendre ce qui lui arrive, Baptiste se persuade que toutes ces déboires sont l'oeuvre du Créateur. Et comme il veut comprendre, il se confectionne une petite caisse en bois, s'habille en clown, se plante devant Notre Dame et pour la plus grande joie des touristes et des médias, se met à invectiver du soir au matin ce maudit Dieu, espérant une réponse ou au moins un signe. C'est la partie la plus acide du roman, la plus décapante. Comme si l'auteur, Philippe Grimbert, avait imaginé un dialogue entre son héros et Dieu en personne. A la différence que Dieu ne semble pas disponible semble faire le sourd. Mais Baptiste ne se fatigue pas. Qui aura le dernier mot ? Vous ne le saurez que dans les dernières pages.

Un roman remarquable par le contraste permanent des situations. Comme dans un numéro de clown, on passe du rire aux larmes, de la farce à la tragédie.

Michel LITOUT

 

« Nom de Dieu ! », Philippe Grimbert, Grasset, 17 €

 

08:08 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grimbert, nom de dieu, grasset

01/07/2014

Livre : Du manque à la mort

Classé dans la catégorie « roman noir », ce premier livre d'Eric Maravélias mérite plutôt le qualificatif de « roman noir de chez noir, très macabre »...

 

série noire, maravélias, faux soyeuse, drogue, junkie, sidaBienvenue dans l'enfer des drogués en fin de vie. En 250 pages vous pourrez ressentir le manque, la folie, l'abandon, la fatigue et le désespoir des camés en bout de course. Mieux vaut avoir l'estomac bien accroché car cet univers n'est pas toujours joli. Pour vous donner une idée, remémorez-vous la scène des toilettes dans « Trainspotting » et multipliez ça par 1000. Vous êtes toujours partant ? OK, premier shoot.

Le narrateur, junky, atteint du sida, vit dans un squat au milieu de détritus et de rats. Son seul plaisir, se réveiller et voir par la fenêtre un grand arbre. Cela ne dure pas longtemps. Il faut vite trouver de la drogue. De l'héroïne, la plus forte possible. Arrivé à un certain niveau d'intoxication on doit redoubler les doses pour partir. Un peu... Alors on le suit dans cette banlieue infecte, peuplée de camés, de dealers et de caïds. On paie cash. Et pour avoir un peu de liquide, quand on est un homme, pas d'autre solution que de voler aux plus faibles : personnes âgées, femmes seules. Une fois la dose en poche, même plus la patience de retourner se shooter sur son matelas crasseux. C'est direct dans le terrain vague derrière la barre HLM.

Ça c'est le quotidien. Mais avant cette grande déchéance, le héros a été un petit Français comme tous les autres. Le roman d'Eric Maravélias se partage en sombre description d'une ultime journée de galère et la tombée en déchéance d'un jeune con. Car il faut être un peu con pour toucher à la dope. Surtout qu'à l'époque, les années 70, elle n'avait pas encore déferlé sur les cités. Il y a donc le côté un peu bucolique de la jeunesse du héros et la face sombre, cette folie du présent.

 

« Mourir dans l'instant »

Exemple avec cette saisissante description du manque : « Le manque est quelque chose de si particulier. Il provoque un profond sentiment de désastre, de désespérance et d'angoisse. De façon rapide, en l'espace de quelques heures, vous tombez dans une dépression sans égale, sans comparaison. Ce que vous êtes, tout ce qui vous entoure, les choses comme les gens, se transforment en monstres aberrants, effrayants. Vous aimeriez mourir dans l'instant, mais cela n'est pas possible, bien entendu, et vous vous demandez ce qui vous retient encore de vous laisser tomber sur le sol pour tenter de vous y enfoncer, d'échapper à ce qui vous hante et ne vous laisse aucun répit. » Voilà le genre de prose que l'auteur vous balance, comme un uppercut qui vous électrifie sur place. C'est cash, dur, éblouissant. Oui, on peut faire du beau avec les pires saloperies.

Pas convaincu ? 2e shoot ! « Une fois devant le miroir des toilettes, j'ai levé les yeux sur mon image. Longtemps je me suis observé. Le front large sur des yeux bruns et vides. Un nez cassé et tordu. Des lèvres pleines et sensuelles mais froissées en un rictus constant de dédain, au pli souvent féroce. Je me voyais là comme un autre. Un inconnu habité de misère et de fureur. J'aurais aimé que le monde m'engloutisse une bonne fois pour toute. » Vous ne serez pas étonné si, sans dévoiler la fin, je vous apprend que ce roman finit mal.

Michel Litout

 

« La faux soyeuse », Eric Maravélias, Gallimard Série Noire, 16,50 €

 

19/06/2014

Livre : l'affaire tequila

 

Haghenbeck, folio

Vous êtes plutôt « El diablo » ou « Rhum swizzle » ? Le premier cocktail est à base de téquila blanche alors que le second est un mélange de rhum doré et jus de fruits. Leur point commun ? Ils sont tous les deux dégustés par Sunny Pascal, le détective privé américano-mexicain dont les aventures sont écrites par F. G. Haghenbeck. Deux cocktails parmi la trentaine dont la recette et l'historique sont relatées en début de chaque chapitre de « L'affaire Tequila ». Donc, on boit beaucoup dans ce roman policier d'action. Le héros mais aussi les quelques stars que l'auteur se permet de mettre en scène dans son roman. Dont Johnny Weissmuller, couvert de dettes, mais vivant quand même dans un luxueux hôtel.

(Folio Policier, 7,90 €)

 

07:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : haghenbeck, folio

16/06/2014

Livre : Échapper aux griffes de l'Autre

Sous la coupe d'un pervers narcissique, l'héroïne du roman de Sylvie Le Bihan profite des événements pour se libérer.

 

sylvie le Bihan, l'autre, seuil, 11 septembre, perversUn homme, une femme. Dans couple, il y a « coup ». L'amour, trop souvent, se transforme en haine. Le roman de Sylvie Le Bihan a pour ambition de faire comprendre au lecteur comment une idylle devient un cauchemar. La force de ce texte, c'est de replacer cette histoire banale au centre d'événements extraordinaires. Comme pour prouver que tout malheur peut virer au bonheur dans certains cas particuliers.

En ce mois de septembre 2011, Emma va devoir revivre la journée particulière du 11 septembre 2001. Dix ans que les tours se sont effondrées sous les attaques des terroristes. Dix ans que des milliers d'innocents ont trouvé la mort en étant au mauvais endroit au mauvais moment. La narratrice explique sa panique quand elle reçoit cette invitation à une journée de commémoration. Ce médecin français est invitée personnellement par la présidence des USA. Mais avant de comprendre pourquoi, Emma raconte au cours de longs retours en arrière sa vie insouciante d'avant.

Étudiante en médecine à Strasbourg, elle profite pleinement de la vie. Belle, libre, brillante. Pour décompresser elle accumule les conquêtes masculines. Sans lendemain. Elle y trouve même un certain plaisir. « Tu aimes bien faire mal, un peu, beaucoup, passionnément, juste ce qu'il faut pour donner du relief à des histoires de cul insipides. Pour exister. » Dans le cadre de sa formation et de sa spécialisation en gynécologie, elle part six mois dans une clinique londonienne. Cantonnée au service gériatrie, elle améliore son anglais, pas ses connaissances médicales.

 

Engrenage mortel

Le soir, avec des collègues, elle va de pub en pub. Un soir, elle tombe sur l'Autre, cet homme qu'elle ne nomme jamais et qui va vampiriser sa vie. Un trader, français comme elle, venu à la City pour faire le plus de bénéfices possibles. Il est distingué, presque vieux jeu. Une cour discrète. Prévenant. Elle se met à rêver à l'homme parfait. S'en persuade. Fait tout pour le garder, le posséder, le montrer à ses amis strasbourgeois, sa famille. Pour se défaire de l'étiquette de femme inconstante et futile.

Habituée à se comporter de façon parfois odieuse avec les hommes, elle n'a pas vu immédiatement qu'il était sa copie parfaite. Mais lui, pervers narcissique assoiffé de domination, fait dans le long terme.

Quand elle accepte de l'épouser, de se lier à lui, elle a bien un doute, mais la volonté de briller est plus forte. « Au fond de toi tu savais que l'Autre ne ferait jamais l'unanimité, mais tu étais déterminée à aller jusqu'au bout, pour prouver à ceux qui t'avaient déjà jugée que tu ne t'étais pas trompée et que cette fois-ci ça allait durer. Ton orgueil, un engrenage qui a failli te tuer. Tu as mis bas les armes, tu as cédé et maintenant tu sais que c'est à ce moment que tout à basculé. » De plus en plus sous la coupe de l'Autre, Emma est comme un jouet dont il dispose dans l'intimité. En public, il brille, semble parfait. Dès la porte de la chambre refermée, il la rabaisse, l'humilie. En aout 2001, ils prennent des vacances. Lui va jouer au golf près de New York avant de prendre son poste, pour quelques semaines dans les bureaux de sa banque au sommet du World Trade Center. Elle passe le temps en le trompant.

Dix années plus tard, Emma panique à quelques mètres du couple Obama. Que s'est-il passé en ce jour maudit dans l'histoire des USA ? C'est tout le propos de ce roman dur et sombre, qui s'achève pourtant en libération. Libération qu'il faut souhaiter à toutes les femmes tombées dans les griffes d'un Autre pervers narcissique.

 

« L'autre », Sylvie Le Bihan, Seuil, 16 €

 

15/06/2014

Livre : Étranges rivages

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Erlendur revient. Le héros policier d'Arnaldur Indridason est de retour. Une double enquête dans les fjords glacés de l'est de l'Islande. Une petite voiture rouge, une nécrologie dans le journal barrée du mot « ordure », une ferme en ruine. Ce sont quelques-uns des morceaux du puzzle de ce roman policier signé Arnaldur Indridason. L'écrivain islandais renoue avec son héros du début, le policier Erlendur. Un flic pragmatique, torturé de culpabilité, incapable d'être heureux, de vivre simplement en oubliant les fantômes du passé. Dans ces terres de l'est il va déterrer quelques cadavres, imagés ou bien réels... (Points, 7,60 €)

 

26/05/2014

Livre : Virus numérique inventé par Koji Suzuki

Après avoir fait trembler la planète entière avec sa trilogie « Ring », Koji Suzuki imagine une suite, tout aussi effrayante, à cette histoire de virus numérique.

 

suzuki, ring, fleuve noirLes bonnes histoires fantastiques n'ont jamais de fin. C'est le principe même des cauchemars. S'ils restent si longtemps présents à notre esprit c'est en raison de leur issue toujours incertaine. Certes, à un moment on se réveille, mais rien n'est terminé. On sait pertinemment qu'en cas de nouveau sommeil, on a toutes les chances de replonger dans l'horreur. Koji Suzuki a parfaitement intégré ce principe puisqu'il signe avec « S, Sadako » le prolongement de sa trilogie « Ring ». Comme si cette histoire de cassette vidéo maudite traversait les années et s'adaptait aux nouvelles technologies. Le récit, plus ramassé et un tantinet plus optimiste, peut se lire sans avoir auparavant tremblé devant les 1000 pages de la première histoire, récemment rééditée dans une intégrale chez Pocket.

20 ans après « Ring », les héros de « S, Sadako » sont les descendants de certains des protagonistes du premier opus. Takanori est le fils du médecin légiste qui a autopsié les premières victimes de la vidéo. Anaké, sa petite amie, est professeur dans un collège. Le jeune homme, contre l'avis de ses riches parents qui le destinaient à une carrière dans la médecine, a fait des études artistiques. Aujourd'hui, il vivote en s'occupant d'effets spéciaux dans une petite société de production télé. Dans le cadre de son travail, son chef lui confie une clé USB contenant l'enregistrement d'un suicide diffusé sur le net.

 

Pendaison

Takanori visionne la séquence pour tenter d'en tirer des images, pas trop violentes, à intégrer dans un programme de télévision un peu trash. Il copie le film sur son ordinateur et le regarde plusieurs fois. On voit un homme se préparer, la tête hors champ, monter sur un tabouret, puis le faire basculer et tournoyer au bout d'une corde. Le lendemain, il regarde de nouveau la séquence et constate que le cadre a bougé. Désormais, le visage est visible. Anaké le voit aussi et reconnaît l'homme qui, il y a de cela bien des années, a tenté de l'assassiner. Kashiwada, un tueur en série de petites filles, exécuté le mois dernier.

Quel rapport entre Anaké et ce suicidé qui n'en est pas un ? Pourquoi au bout de quelques secondes le corps disparaît ? Takanori va enquêter pour tenter de dissiper le malaise grandissant. Anaké, orpheline, a un passé rempli de trous. Son futur mari et père de l'enfant qu'elle porte aura la surprise de découvrir que son enfance à lui aussi contient des zones d'ombres. Il serait même mort (de noyade) durant deux années avant de « ressusciter ».

Koji Suzuki multiplie les interrogations pour mieux intriguer le lecteur. Au début, le lien avec Ring est ténu, mais les révélations du père de Takanori vont permettre de faire le lien avec le chef-d'œuvre de celui que l'on a surnommé le « Stephen King japonais ». C'est peut-être un peu excessif, même s'il faut reconnaître que certains passages, notamment quand le couple se retrouve sur les lieux des précédentes tueries, peut provoquer un sérieux hérissement des poils.

« S, Sadako », Koji Suzuki, Fleuve Noir, 15,90 €

 

08:01 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : suzuki, ring, fleuve noir

19/05/2014

Livre : Bouleversant témoignage de « L'enfant de Schindler » chez PKJ

Mort l'an dernier, Leon Leyson, avant de s'éteindre, a tenu à témoigner de son enfance de jeune Juif sauvé par la fameuse Liste de Schindler.

 

nazis, shoah, schindler, rescapé, pkj, pocket jeunesseAu début du mois, la France a célébré la capitulation de l'Allemagne nazie. Si depuis les deux pays sont réconciliés, cela n'empêche pas de se remémorer les horreurs commises par Hitler et ses sbires. Un bouleversant témoignage vient d'être publié aux éditions PKJ. Leon Leyson raconte comment il est devenu « L'enfant de Schindler ».

Cet Juif polonais, en 1943, était le plus jeune nom de la fameuse liste devenue célèbre après le film de Steven Spielberg. Son témoignage poignant permet de mieux comprendre dans quelles conditions les Nazis ont persécuté la communauté juive. L'action se déroule à Cracovie en Pologne. Léon, gamin insouciant, vit heureux auprès de son père, employé dans une entreprise locale. Quand les Allemands envahissent le pays et s'approprient l'industrie, Moshe Leyson change de patron. Il dépend désormais d'un certain Schindler.

 

Ghetto de Cracovie

Rapidement les Juifs sont parqués dans un ghetto, les premières rafles ont lieu. « Les parents ne pouvaient plus rassurer leurs enfants avec des mots comme "ce sera bientôt fini". A présent ils disaient "ça pourrait être pire" »... Leon raconte ces années d'insouciance avec une étonnante fraîcheur. Comme si ces jeux de gamins, encore épargnés par la folie des hommes étaient plus importants que les scènes d'horreur à venir. Car ensuite c'est le transfert dans le camp de travail de Plaszow : « Ma première impression, celle de me trouver en enfer sur terre, n'a jamais changé ». Sa description de la vie (survie exactement) dans ce camp est hallucinante. Encore plus quand on réalise que ces brimades quotidiennes sont vécues par un gamin de 12 ans.

« Les nazis avaient profané et détruit deux cimetières juifs pour construire le camps. Un lieu vide, lugubre et chaotique. Des cailloux, de la poussière, des fils barbelés, des chiens féroces, des gardes menaçants et des hectares de baraques miteuses alignées à l'infini. Des centaines de prisonniers en haillons couraient d'un détachement de travail à l'autre, menacés par des gardes allemands et ukrainiens à la gâchette facile. » Seul, Leon devra y rester de longs mois avant de retrouver ses parents et finalement échapper à la mort grâce à la fameuse liste écrite par Schindler. Il a terminé ses jours en Californie, rare rescapé de l'enfer de Plaszow.

Alors pour ne jamais oublier, lisez et faites lire à vos enfants ce récit paru récemment en librairie.

 

« L'enfant de Schindler » de Leon Leyson, PKJ, 15,90 €

 

 

 

15/05/2014

Polar : "Ne lâche pas ma main" de Michel Bussi chez Pocket

la réunion, ne la che pas ma main, bussi, pocketVacances en famille pour les Bellion. Martial, son épouse Liane et la petite Sofa, six ans, profitent de la piscine de l'hôtel Alamanda à Saint-Gilles de la Réunion. En plein après-midi, Liane va faire une sieste dans la chambre climatisée. Une heure plus tard, Martial la rejoint. Il découvre la chambre vide. Les vêtements de Liane ont disparu, du sang souille le lit. Panique du jeune Métropolitain en villégiature. Il demande à la direction de l'hôtel de prévenir la gendarmerie. C'est Aja Purvi, gendarmette ambitieuse qui se déplace. Si ce n'est les traces de sang, elle pencherait pour l'escapade amoureuse de la belle Liane. L'auteur, Michel Bussi, dans les 100 premières pages, ne dévoile rien de l'intrigue véritable. Il renseigne le lecteur avec les déductions d'Aja. Et tout se complique quand Martial prend la fuite avec sa fillette. A-t-il quelque chose à se reprocher ? Que s'est-il passé quelques années auparavant, ici à la Réunion, qui terrorise tant ce père protecteur ? Michel Bussi s'impose comme une valeur sûre du thriller à la française. Il vient de publier aux Presses de la Cité « N'oublier jamais ». (Pocket, 7,30 €)

 

14/05/2014

Livre : De Funès et Bourvil croqués par Chanoinat et Da Costa

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Louis de Funès aurait eu 100 ans cette année. L'acteur français comique aux millions d'entrées est toujours très présent dans les mémoires des petits et des grands. Il est vrai qu'il a aligné nombre de succès durant plusieurs décennies. Parmi les nombreux ouvrages sur la formidable carrière de l'inoubliable Gendarme de Saint-Tropez, cet album richement illustré explore deux films où il a partagé la vedette avec un autre géant du 7e art français, Bourvil. Ces « Deux corniauds en vadrouille » sont racontés par Philippe Chanoinat avec des illustrations caricatures de Charles Da Costa. De la rencontre dans le Corniaud (avec l'implosion de la deux-chevaux) à la nuit agitée dans l'hôtel de la Grande vadrouille, le lecteur redécouvre des scènes cultes passées à la moulinette du crayon d'un caricaturiste d'exception. Plaisant et bien documenté, cet album comblera tous les amateurs de bonnes comédies françaises.

« De Funès et Bourvil, deux corniauds en vadrouille », Jungle, 12 €

 

 

13/05/2014

Livre : Les mystères d'un sac féminin dévoilés par Antoine Laurain

Quand il découvre un sac féminin sur une poubelle, Laurent, libraire, ne se doute pas que sa propriétaire va bouleverser sa vie. Une comédie romantique attachante signée Antoine Laurain.

 

antoine laurain, sac, carnet rouge, flammarionOde au hasard et aux rebondissements, « La femme au carnet rouge » est le genre de roman qui permet au lecteur de s'évader de son monde de grisaille, de conflits et de routine. Il suffit parfois d'un tout petit événement pour faire le grand saut. Alors, deux solitudes résignées se transforment en grand amour dévastateur. Mais avant le dénouement heureux, forcément heureux, les obstacles sont nombreux. C'est cette course que raconte avec brio Antoine Laurain dans ce roman court qui évite le principal défaut de ce genre d'histoire : la mièvrerie.

Laure est doreuse. Elle manie la feuille d'or avec dextérité et grâce. Laurent est libraire. Il aime lire et faire partager ses coups de cœur. Parisiens tous les deux, ils ne se sont jamais rencontrée, ne se connaissent pas et n'ont pas un seul ami en commun. Ils sont fait l'un pour l'autre. Mais comment les faire se rencontrer ? Dans la vraie vie, il existe une chance sur 10 millions pour que la magie opère. Antoine Laurain, en grand manipulateur du destin, va imaginer une succession de hasards que le lecteur gobera avec délectation. Car rêver ne coûte rien et n'engage que ceux qui sont consentants.

 

Le carnet dans le sac

Un soir, en rentrant de chez des amis, devant la porte de son immeuble, Laure est agressée. Un homme lui vole son sac. Elle tente de se défendre, il la projette contre la porte cochère. Choc au crâne, coma. Le lendemain, Laurent, en revenant de prendre son café avant d'ouvrir sa librairie, remarque un sac féminin posé en évidence sur une poubelle. Il s'en saisit, l'explore rapidement, se doute qu'il a été volé et décide d'aller le ramener, plus tard, aux objets trouvés. En dix pages, l'auteur a fait le lien entre la veuve éplorée (le mari de Laure, photographe de presse, est mort il y a plusieurs années en reportage en Afghanistan) et le divorcé sclérosé. Le reste sera un chassé-croisé entre eux deux. Laurent ramène finalement le sac chez lui. Et pour trouver un indice pour découvrir le nom de la propriétaire, il en explore le contenu. « Il tira doucement la glissière dorée de la fermeture éclair jusqu'à l'extrémité opposée. Le sac exhala une odeur de cuir chaud et de parfum féminin. » Il va tâtonner, suivre de mauvaises pistes pour finalement découvrir le prénom de l'inconnue. Et surtout il va se plonger dans le carnet rouge rempli de sa belle écriture. « Laurent était fasciné par ces réflexions qui se succédaient, aléatoires, touchantes, loufoques, sensuelles. Il avait ouvert une porte qui menait à l'esprit de la femme au sac mauve et même s'il était un peu déplacé de lire les pages du petit carnet, il ne pouvait s'en détacher. » Bref, le libraire tombe amoureux de Laure sans jamais l'avoir vue ni savoir à quoi elle ressemble. La belle, toujours endormie à l'hôpital, ne se doute pas de l'intrusion dans sa vie intime.

En lisant ce texte enlevé, aux personnages si plaisant, on imagine le joli film français que cela ferait. Un peu de suspense, quelques rebondissements, des personnages secondaires forts comme Chloé, la fille de Laurent ou William, le collègue et meilleur ami de Laure : tout y est pour enchanter les foules. Après le très imaginatif « Chapeau de Mitterrand », Antoine Laurain place la barre encore plus haut, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs sensibles au romantisme.

Michel LITOUT

 

« La femme au carnet rouge », Antoine Laurain, Flammarion, 18 €

 

12/05/2014

Livre : L'amour plus fort que la maladie grâce au roman "Dieu me déteste" d'Hollis Seamon

Richard, bientôt 18 ans, veut mordre la vie à pleine dent. Mais c'est la mort qui est au bout du couloir. Cancer en phase terminale. Roman fort et poignant signé Hollis Seamon.

 

dieu me déteste, phase terminale, cancer, hollis seamon, hôpital, anne carrièreÉcrire sur la maladie peut parfois devenir encore plus pénible que la maladie elle-même. Trop de morale ou de compassion détourne le lecteur du but premier. Car si l'on écrit sur la maladie, le cancer en particulier, c'est avant tout pour faire prendre conscience que cette menace devrait nous faire agir différemment. Il ne faut pas reporter au lendemain ces rêves un peu fou. C'est ici et maintenant.

Il suffit de se mettre dans la peau de Richard Casey, le jeune narrateur de « Dieu me déteste », roman d'Hollis Seamon. Cette enseignante a voulu dans ce premier roman rendre hommage aux jeunes malades qu'elle a croisé dans les couloirs des hôpitaux quand elle allait rendre visite à son propre fils. Richard est donc un « mix » de ces gamins pressés de profiter de la vie qui leur échappe chaque jour un peu plus.

Richard a presque 18 ans. Il a bon espoir de fêter son anniversaire. Par contre, il a déjà dit adieu à ses 19 ans. Il vient d'être transférer dans le service des soins palliatifs. Il sait parfaitement ce que cela veut dire : espérance de vie inférieure à un mois... Il est vrai qu'il n'est pas gaillard. Maigre, sous perfusion, bourré de morphine, il a toutes les peines du monde à se déplacer. Il arpente donc les couloirs de l'hôpital en chaise roulante. Mais au moins il peut bouger et n'est pas plongé dans un coma irréversible comme certains de ses voisins. Dans le service il y a essentiellement des personnes âgées. Sauf la chambre occupée par Sylvie. Le belle et rebelle Sylvie, elle aussi très affaiblie par la maladie. Comment l'amour peut-il s'inviter dans ce lieu de mort ? Tout simplement par l'envie de gamins taraudés par l'envie de connaître les joies de la vie, toutes les joies !

 

Papa jaloux

La force de ce texte réside dans les situations cocasses et crues. Richard reste un gamin comme les autres. Le soir d'Halloween, il n'a qu'une envie : c'est de quitter le service pour faire la fête avec les gens normaux. Par chance son oncle passe par là et l'emmène dans une virée mémorable. Première sortie en toute liberté (le terme de fugue est plus appropriée) pour un maximum de sensations nouvelles et inédites. Certes, il lui faudra deux jours pour se remettre, mais cela valait le coup. Car Richard est un grand philosophe. Il trouve toujours le bon côté des choses. « Une fois, j'ai fait la liste de tous les trucs dont je n'aurai pas à m'inquiéter – trouver un boulot, élever des enfants ingrats, divorcer, me faire opérer des dents de sagesse, surveiller mon cholestérol-, et maintenant je sais que je peux y ajouter avoir du bide et rabattre une longue mèche sur le crâne pour planquer les trous. Ça a beau être bizarre, ça me fait du bien. » Il oublie les mauvais côtés pour n'en garder que les bons.

Mais cela ne marche pas auprès de tout le monde. Quand le père de Sylvie apprend que Richard lui tourne autour, malade ou pas, le papa file une rouste au malotru. Mais ça aussi c'est gai pour Richard. Avoir l'impression d'être un garçon comme les autres. D'autant que Sylvie est de moins en moins indifférente à son charme si particulier.

Plus qu'une simple histoire d'amour entre deux corps souffreteux, « Dieu me déteste » est une formidable leçon de vie, sur la famille, le personnel soignant. La fatalité aussi...

Michel LITOUT

 

« Dieu me déteste », Hollis Seamon, Anne Carrière, 19 €