11/11/2016

Thriller : Il est des crimes impossibles à regarder

LA PRUNELLE DE SES YEUX. Ce thriller d’Ingrid Desjours entraîne le lecteur dans le monde sombre de la cécité.

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Entre Maya et Gabriel, le courant passe immédiatement. La jeune fille, Française installée en Irlande, cherche un nouveau travail. L’homme, la cinquantaine triomphante, profite de sa fortune pour visiter l’île. Mais il a besoin d’un guide car il est aveugle. Le roman d’Ingrid Desjours débute comme une gentille comédie. La guide avenante, le beau malvoyant, généreux et passionnant. Ils poursuivent leur collaboration en France, dans divers lieux de province.

En parallèle à ces scènes presque bucoliques, la romancière raconte l’entrée d’un adolescent dans une école supérieure. Une boîte privée qui « fabrique » les futurs dirigeants du pays. Mais il ne s’intègre pas. Il est en réalité infiltré comme journaliste en devenir pour dénoncer les pratiques de bizutage. On comprend rapidement que Gabriel est le père du jeune garçon. Que ce dernier est mort assassiné et que c’est de ce jour qu’il est devenu aveugle. Une pathologie rare, la cé- cité de conversion. En clair, les yeux fonctionnent parfaitement, mais le cerveau refuse de convertir ces images, le plus souvent après un profond traumatisme psychologique.

Construit avec une précision chirurgicale, le roman alterne scènes dans l’école, quelques jours avant la nuit tragique, et piège présent qui se referme sur Maya. Car Gabriel est persuadé que c’est cette jeune femme, pourtant charmante avec lui, dont il pourrait presque tomber amoureux, qui est la responsable de la mort de son unique enfant. 

➤ « La prunelle de ses yeux », Ingrid Desjours, Robert Laffont, 20 € (« Les Fauves », précédent roman d’Ingrid Desjours vient de sortir en poche chez Pocket)

 

09/11/2016

Livres de poche : histoires de disparitions et de kidnappings

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Nouvelle-Zélande, 1866. En pleine ruée vers l’or, l’île voit dé- barquer Walter Moody, un jeune Britannique bien décidé à faire fortune. Mais dans son hôtel, douze hommes du cru tiennent une réunion secrète pour tenter d’élucider des faits étranges qui agitent la communauté. Un notable a disparu, une prostituée a tenté de mettre fin à ses jours. Un grand roman, une belle saga signée Eleanor Catton..

➤ « Les Luminaires », Folio, 13,50 €

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Dans la petite ville de Carthage en ce début de juillet 2005, la belle Cressida disparaît, ne laissant en fait de traces que quelques gouttes de son sang dans la jeep de Brett, ex-fiancé de sa sœur Juliet. Il devient alors le suspect numéro 1 et, contre toute attente, avoue le meurtre… Sept ans après, un étrange personnage surgit pour peut-être résoudre l’impossible mystère. Les tourments de l’âme disséqués par Joyce Carol Oates.

➤ « Carthage », Points, 8,80 €

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Ils sont onze et constitués en « Brigade du rire ». Ils kidnappent Pierre Ramut, l’éditorialiste vedette de Valeurs françaises, et le forcent à travailler selon ses préceptes : semaine de 48 heures, salaire de 20 % inférieur au SMIC, productivité maximum, travail le dimanche. Il saura désormais de quoi il parle… Un roman social, méchant et hilarant de Gérard Mordillat.

➤ « La brigade du rire », Le Livre de Poche, 8,60 €

 

07/11/2016

Ces femmes-là, elles sont « super » !

comics,stan lee,super hérosSUPERHÉROS. Au commencement il n’y avait que des hommes : Superman, Batman, Spiderman. Et puis les femmes ont, elles aussi, eu des super pouvoirs. Bonnes à la castagne, effrontées et souvent très belles, elles s’imposent dans un monde beaucoup moins macho qu’il n’y parait.

 

Décembre 1941, un nouveau personnage entre avec fracas dans l’univers des super héros qui se cantonnent à cette époque dans les comics publiés aux USA. La princesse Diana est une Amazone. Seule sur son île paradisiaque, elle voit débarquer un aviateur américain. Ce dernier l’emmène dans son mode et elle devient Wonder Woman. La première super héroïne vient de naître. Le succès est immédiatement au rendez-vous et la jolie brune armée d’un lasso magique et des ses bracelets anti-balles, obtient six mois plus tard un titre spécifique à son nom. La consécration. Dans ce monde exclusivement masculin des super héros américains, cette première femme dotée de pouvoirs va rapidement se transformer en apôtre du féminisme. Même si au fil des décennies (et d’une certaine « morale » typiquement américaine) elle a parfois été réduite à une simple femme au foyer... Dans les années 70, Wonder Woman franchit un nouveau cap avec la série télévisée où le rôle titre est incarné par Linda Carter. Totalement kitch, mais plein de charme un demi-siècle plus tard. L’an prochain, au début de l’été, le film « Wonder Woman » devrait confirmer que les femmes aussi peuvent attirer les foules. Le personnage, interprété par Gal Gadot, a déjà fait une apparition dans le récent « Batman VS Superman ». Mais cette fois elle sera la vedette incontestée d’un long-métrage réalisé par Patty Jenkins.

■ Girl power

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Même si les comics, comme la société en général, sont loin de la parité, les femmes occupent de plus en plus d’espace. Que serait Superman sans Loïs Lane ? Spider- man serait-il si cool s’il n’y avait pas la belle Mary ? Mais ce ne sont que des rôles annexes. Importants mais surtout de fairevaloir. Pourtant les femmes ayant des pouvoirs sont légion dans les « teams ». Parmi les Avengers on trouvez la Guêpe dans la série dessinée et la Veuve Noire dans les films sortis ces dernières années. Un quart des quatre Fantastiques est féminin. Paradoxalement c’est la femme invisible... Chez les super-vilains aussi les femmes sont de plus en plus présentes. La dernière en date, qui a crevé l’écran cet été dans «Suicide Squad» a un parcours complexe. Comme si la psychologie féminine était forcément plus élaborée que celle des mâles bêtement primaires. Harley Queen (Margot Robbie) est à la base une psychiatre folle amoureuse du Joker, ennemi mortel de Batman. Mais elle parviendra à se défaire de son emprise pour devenir la bad girl dont on rêve tous de devenir amoureux. Provocante et effrontée, ce n’est pas elle qui va faire la vaisselle en plus de ses missions. Elle incarne à la perfection l’avenir des super- héroïnes : des femmes fortes et à la personnalité développée. Il y en aura de plus en plus dans l’univers foisonnant des super héros. Comme dans la vraie vie, on l’espère... 

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 Stan Lee, le maitre-étalon des comics

comics,stan lee,super hérosIcône de la Pop culture américaine, Stan Lee fait partie de ces auteurs qui n’ont obtenu une reconnaissance mondiale que sur la fin de leur carrière. Scénariste de bande dessinée, il a longtemps pondu des kilomètres d’intrigues, toutes plus alambiquées les unes que les autres, multipliant les personnages et les coups de théâtre. Nouveau feuilletoniste de la fin du XXe siècle, son génie a finalement été admis quand des chercheurs et exégètes ont analysé les mondes imaginaires qu’il a mis sur pied. Pour la première fois, un Français se penche sur le phénomène. Jean- Marc Lainé signe une biographie critique sur cet « Homère du XXe siècle ». Celui qui a quasiment tout créé de l’univers Marvel, de Spider-man à Captain America en passant par Hulk ou les X-Men n’est pas le plus offensif pour la cause des femmes, mais il a toujours tenté de les valoriser. L’exemple le plus flagrant étant Misses Marvel, «le pendant féminin de Captain Marvel. Elégante et raffinée, elle devient un dragon dès qu’il s’agit de préserver ses droits, jusque dans l’art délicat de la négociation de salaire. » Très complète, cette biographie s’adresse essentiellement aux passionnés, ceux qui connaissent tout de l’univers Marvel.

● « Stan Lee, Homère du XXe siècle », Jean-Marc Lainé, Fantastik, 25 €

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Encore plus d’héroïnes à la télévision

 

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Si le cinéma n’a pas encore joué à fond la carte féminine, les séries télé ont franchi le pas depuis longtemps. Depuis Wonder Woman, les héroïnes sont très présentes dans les feuilletons tirés des comics américains. Parmi les plus récentes, notons «Supergirl» avec Melissa Benoist ou «Agent Carter» actuellement en diffusion sur TMC tous les samedis. Tirée de l’univers Marvel, l’histoire se déroule durant la seconde guerre mondiale. Peggy Carter, grand amour du Captain America, se transforme la nuit en justicière et espionne. Deux saisons ont été tournées. « Jessica Jones » a elle aussi eu beaucoup de difficultés dans la vie. A l’origine, adolescente sans intérêt, elle acquiert des pouvoirs après un accident. Beaucoup plus tard, elle les perd et redevient humaine. Mais son envie de combattre pour le bien demeure et elle ouvre une agence de détective privé. C’est cette histoire qui est racontée dans le 13 épisodes de la première saison produite et diffusée sur Netflix. Le succès étant au rendezvous Jessica Jones et son monde assez sombre sera de nouveau sur la plateforme de vidéo à la demande l’an prochain. Une production très féministe puisque tous les épisodes de la saison 2 seront confiés à des réalisatrices. Dernier exemple de ces personnages féminins marquant dans les séries de superhéros, celui de la cheerleader de «Héros», création originale de Tim Kring. Parmi les personnages récurrents, Claire Bennet interprétée par Hayden Panettiere a marqué toute une génération. Cette ado américaine dans tout ce qu’il y a de plus caricatural (pompom girls, blonde et vaguement décérébrée...) cache un pouvoir qui la rend quasiment immortelle. Elle ne paye pas de mine mais est presque la plus puissante de tous les héros imaginés de la série.

(Dossier paru le dimanche 30 octobre dans l'Indépendant.)

 

 

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05/11/2016

De choses et d'autres : Le monde merveilleux... de l'humour anglais

Les Anglais pratiquent l’humour radical. Ils n’ont pas leur pareil pour faire rire simplement en décalant juste un peu des scènes simples. Hazeley et Morris sont des prototypes d’auteurs de cet humour britannique irrésistible. Ils publient ces petits livres illustrés des dessins d’origine parus dans les anciennes publications Ladybird entre 1950 et 1970 et destinées aux enfants. Mais cette collection du « Monde merveilleux » ne se cantonne pas aux plus petits.

Petit exemple avec cet extrait du « Monde merveilleux de la gueule de bois » : « Prévoyez un kit de secours spécial gueule de bois : disposez une banane et un verre d’eau sur votre table de nuit avant de sortir boire des coups. En vous réveillant le matin, dans vos habits de la veille, vous pourrez regarder le verre et la banane intacts et vous demander qui a bien pu les poser là. »

Autre titre paru, celui consacré au « Mari idéal » : « Alban et Anaëlle sont désormais parents d’un petit garçon. Anaëlle dévore des yeux son nouveau-né. Quant à Alban, il dévore des yeux les infirmières. Les maris aiment bien les infirmières. »

Les textes sont délicieux, parfaitement en accord avec ces illustrations très vintage. Un éclat de rire assuré à chaque page.

 ➤ « Le Monde merveilleux de... », éditions 10/18, 6,50 € le volume.

 

04/11/2016

Roman : Un Poirot tout frais

LA MORT A SES RAISONS. Sophie Hannah reprend avec brio le détective belge créé par Agatha Christie.

 

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Les plus grands personnages de la littérature en meurent jamais. La preuve avec le retour sur le devant de la scène d’Hercule Poirot, le dé-tective belge aux jolies moustaches, aimant titiller ses cellules grises pour dé- masquer les coupables. Poirot, création d’Agatha Christie, fait partie des plus célèbres héros de romans policiers, au même titre que Sherlock Holmes ou James Bond. Après de longues hésitations, les héritiers d’Agatha Christie ont accepté qu’il vive de nouvelles aventures sous la plume de Sophie Hannah. La romancière anglaise, à la tête d’une importante œuvre, a accepté de se couler dans le style de Christie pour écrire des intrigues dignes des romans de la grande époque.

■ Avant le meurtre

Après un premier essai concluant, voici la seconde enquête du nouvel Hercule Poirot. Toujours accompagné de l’inspecteur Catchpool, le narrateur de l’histoire, Poirot se rend en Irlande à la demande de lady Athelinda Playford. Cette vieille dame un peu extravagante, écrit des romans policiers destinés à la jeunesse. Dans ce domaine coupé de l’extérieur, les tensions sont vives entre les différents protagonistes. Il y a les deux enfants de lady Playford, l’aîné un peu niais affublé d’une femme très intéressée par l’argent et la seconde, jolie et vive, fiancée à un médecin américain passionné par l’œuvre de Shakespeare. On trouve aussi le secrétaire de la romancière, gravement malade et soigné par une infirmière dévouée corps et âme, un notaire et l’associé de ce dernier, chargé de gérer les droits de la maîtresse de maison.

Lors du repas du soir, Poirot comprend que lady Playford l’a fait venir car elle redoute que l’on attende à sa vie. Et effectivement, après les repas, quelqu’un est assassiné. Ce genre de roman vaut surtout par les fausses pistes que l’auteur répand au gré des pages. Sans cesse on espère démasquer le meurtrier avant Poirot. Et on se trompe tout le temps. Preuve que Sophie Hannah a parfaitement intégré les techniques d’Agatha Christie, experte en fausses pistes et coups de théâtre de dernière minute.  

➤ « La mort a ses raisons » de Sophie Hannah, Éditions du Masque, 20,90 €

 

01/11/2016

Polar : Mal aux poings

 

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Un boxeur au visage cassé et une luciole fêlée se rencontrent par hasard. Une nuit d’amour dans le noir et le début d’une grande histoire d’amour. Mais dans ce premier roman de Benoît Philippon, le bonheur est aux abonnés absents. Roy, diminutif de Raymond, n’a jamais été verni. Les drames ont marqué son enfance. Devenu adulte il se sert plus de ses poings que de son intelligence pour obtenir ce qu’il veut. Alors quand Guillemette fond dans ses bras, il ne sait pas comment faire et la protège, au risque de se retrouver avec toutes la flicaille du pays aux trousses.

Une écriture entre poésie et réalisme brut donne une ambiance unique à ce polar qui prouve que les auteurs français peuvent encore se mesurer avec les grands Américains. 

➤ « Cabossé », Benoît Philippon, Série Noire, 18 €

 

31/10/2016

Humour, polar et SF : toutes les émotions en poche

 

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À la veille d’un concours de sauce barbecue, Stanley Chipotle, célèbre cuisinier de la télévision, est assassiné à coups de hachoir dans un quartier louche de Trenton, sous les yeux de Lula. Qui de mieux que Stéphanie Plum pour se lancer sur la piste des tueurs avant que Lula ne se retrouve à son tour dans leurs filets ? Aventure inédite de la détective imaginée par Janet Evanovich.

➤ « Retour à la quinze départ », Pocket, 6,95 €

 

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En pleine ascension du glacier Vatnajökull, deux jeunes randonneurs sont brutalement précipités au fond d’une crevasse. Juste avant de disparaître, l’un d’eux parvient à contacter sa sœur Kristin. Il n’y a pas encore la noirceur et le pessimisme des romans suivants d’Arnaldur Indridason, mais on retrouve quand même son style, essentiellement dans la description du grand méchant, un certain Ratoff.

➤ « Opération Napoléon », Points, 8,10 €

 

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En 2009, lan McDonald a rassemblé, sous le titre « La petite déesse », les sept nouvelles et courts romans qu’il avait écrits sur cette Inde du futur imaginée dans « Le fleuve des dieux ». On y découvre un souscontinent où les hommes sont quatre fois plus nombreux que les femmes, où se côtoient des gens d’une extrême pauvreté et des stars virtuelles, tous confrontés à des menaces d’un genre nouveau.

➤ « La petite déesse », Folio SF, 8,20 €

 

Roman : Le libraire et la mer

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Les relations mère-fils sont décidément dans l’air du temps. Françoise Bourdin se penche ici sur la vie de Matthieu, libraire passionné du Havre, qui néglige sa vie familiale. Un divorce après et l’adolescence de sa fille vécue en pointillé, il retrouve un certain équilibre, croit-il, auprès de Tess et de sa fille Angélique. Personne, encore moins lui-même, ne comprend donc pourquoi il s’écroule soudain. Matthieur décide alors de mener son introspection dans la belle villa rachetée en viager à son vieil ami César, trop tôt disparu. Ecriture fluide, personnages attachants malgré quelques aspects caricaturaux et l’atmosphère d’une ville reconstruite sur les ruines d’après-guerre parfaitement retranscrite, la mayonnaise prend. Goûtez-y.

F. H.

➤ « Face à la mer » par Françoise Bourdin, Belfond, 21,50 €

 

30/10/2016

Roman : Sang, sexe et volupté dans «Trois gouttes de sang grenat » d'Hélène Legrais

Cinquante nuances de grenat, voilà le titre qu’Hélène Legrais aurait pu donner à son dernier opus très chaud.

 

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Dans ses remerciements en fin d’ouvrage, l’écrivaine catalane ajoute «un dernier mot pour mon fils Hadrien : j’espère que certaines scènes écrites par ta mère ne vont pas te choquer ! » Et en effet, elle prend un virage serré par rapport à ses précédents opus. Si l’action se déroule toujours à Perpignan et ses environs, on est très loin du classique roman de terroir avec ce héros, complexe, tourmenté, incapable depuis trois ans de consommer son mariage arrangé avec la pourtant charmante Suzanne. Fin des années 1880, rue de l’Argenterie, le joaillier Auguste Laborde fils prend la relève d’un père inspiré. Il n’est pas dupe : il manque du génie paternel et réussit à faire vivoter l’affaire sur sa réputation. Méprisé par son épouse, ignoré par sa sœur, brimé par sa mère, Auguste cherche l’ombre. Dans ce but, il achète une petite maison rue de l’Anguille. Et sa vie bascule.

■ Nuances sanglantes du grenat

hélène legrais,grenat,perpignan,calmann-levyLa porte en bois d’un réduit donne sur l’immeuble voisin, une maison close. Par l’interstice des planches, Auguste devenu voyeur compulsif, ressent des émotions charnelles inconnues devant le défilé des prostituées. Jusqu’au jour où il est témoin du meurtre de l’une d’elles. Il n’aura alors de cesse de démasquer le meurtrier dont il n’a vu que les mains. Hélène Legrais a visiblement décidé de pimenter son récit. Elle transforme son héros en bête de sexe, parsème le roman de passages débridés. Preuve en est avec de nombreux succès de librairies ces dernières années, voilà un créneau qui rapporte.

On se laisse happer par l’intrigue, on apprécie un livre bien documenté, historiquement irréprochable, on regrette néanmoins l’énumération inutile et trop fréquente des nombreuses rues de Perpignan (Google Street permet aujourd’hui même aux Esquimaux de le visualiser d’un clic). Mais comme le prouve Hélène Legrais, seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Et on apprécie cette nouvelle facette d’une écrivaine autrefois un peu trop lisse.

Fabienne Huart

➤ «Trois gouttes de sang grenat », Hélène Legrais, Calmann- Lévy, 19,90 €

 

De choses et d'autres : La Loove, mode d'emploi

Web-série comique produite par France 4, « La Loove » se décline désormais en guide pratique. Un petit livre à l’humour ravageur ré- pondant au doux titre de « L’art du bien-être dans ton cœur (et partout ailleurs) » (Jungle, 6 €). L’intérêt de l’ouvrage réside bien entendu dans le « partout ailleurs » qui se situe résolument dans le slip des célibataires à qui les conseils d’Amélie Etasse et Clément Vallos s’adressent. On se délectera ainsi des conseils du Dr Clito sur un sujet aussi essentiel que « Comment réagir face à un homme qui refuse de mettre un préservatif » (allez direct à la fin : « Cet abruti ne mérite même pas de te toucher ») ou un test, façon « Questions pour un champion » sur les MST « Ne te fie pas à mon nom de papillon trop mignon : Je suis… Le Papillomavirus ». Totalement libéré, ce livre à ne pas mettre entre toutes les mains, est idéal pour se remettre d’une rupture amoureuse car il explique « en quoi le célibat c’est cool et la déprime c’est sympa ».

 

23/10/2016

Livres : Grands voyages policiers dans la poche

Première destination, la région parisienne. Une jeune femme violée, mutilée et laissée pour morte dans un parking, un suicidé, des dealers assassinés... Réunis par un même sentiment de solitude, le major Mako de la BAC de nuit et la capitaine Marie Auger de la PJ décident de faire alliance. Un polar très sombre signé Laurent Guillaume.

➤ « Delta Charlie Delta », Laurent Guillaume, Folio, 7,70 €

Seconde escale à Petah Tikva petite ville israélienne tranquille, loin du bouillonnement de Tel-Aviv. Tous les habitants se plaisent à le répéter, rien ne se passe jamais à Petah Tikva. Alors, quand un journaliste d’investigation disparaît, l’inspectrice Anat Nahmias est surprise. Qui aurait pu avoir intérêt à le faire taire?

➤ « Oranges amères », Liam Shoham, 10/18, 8,40€

Terminus dans le nord de la Suède. Un pêcheur découvre le cadavre torturé de la belle Inna, porte-parole de Mauri Kallis, un industriel. Les inspecteurs de la police judiciaire de Kiruna font appel Rebecka Martinsson, l’hé- roïne créée par Asa Larsson dont la nouvelle enquête, «Tant que dure ta colère», vient de sortir chez Albin Michel.

➤ « La piste noire », Asa Larsson, Le Livre de Poche, 7,90€

 

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20/10/2016

Nouvelles : De petits bouts de Jean Teulé

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Les romans de Jean Teulé ne sont jamais épais. L'auteur maîtrise l'art du court et direct. Il applique cette méthode à ses nouvelles, signant un recueil où chaque texte ne dépasse pas les cinq pages. Sortes de chroniques du quotidien, cela va du portrait intimiste, à la fausse BD en passant par le poème raturé. Il se livre aussi, comme cette histoire de vieille maison bretonne, se transformant, le printemps venu, en lupanar à plumes. Et puis au détour de ces textes, il y a le témoignage du fils de Philippe Bertrand, dessinateur décédé en 2010. Un dialogue fort et optimiste, des clés pour mieux accepter la mort et l'absence d'un être aimé.

« Comme une respiration », Jean Teulé, Julliard, 17,50 euros

 

19/10/2016

Livre : Mickey décortiqué

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Ambitieux livre que cette « Face cachée de Mickey Mouse » de Clément Safra. Ce spécialiste du cinéma hollywoodien va beaucoup plus loin que l'analyse de l'animation ou des évolutions graphiques de la célèbre souris imaginée par Walt Disney. Dans ces 200 pages richement illustrées, il aborde des thèmes plus spécifiques et pointus comme sa comparaison avec des acteurs de chair et de sang ou l'anthropomorphisme de cette Amérique animée. En réalité, ce livre nous apprend aussi que la carrière de Mickey est relativement brève. Héros de films courts destinés à être diffusés en ouverture des long-métrages, il n'a jamais eu son grand film à lui. Une volonté de Walt Disney, selon l'auteur, qui a préféré conserver sa « mascotte » comme symbole de sa société de production. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, Mickey n'est plus qu'un Logo formé de trois cercles qui nous fascinent.

« La face cachée de Mickey Mouse », éditions Vendémiaire, 25 euros

 

 

12/10/2016

Rentrée littéraire : L'enfance massacrée de Gaël Faye

Gabriel, 10 ans, a tout pour être heureux : famille aimante, copains. La guerre va tout bouleverser.

Le livre dont tout le monde parle en cette rentrée littéraire, « Petit pays » de Gaël Faye est un premier roman. Il est nominé dans quasiment tous les prix et ses ventes décollent. Un engouement général rarement constaté. Presque une autobiographie, l'histoire de Gabriel, petit franco-rwandais vivant au Burundi au début des années 90, a beaucoup de points communs avec la propre enfance de l'auteur. La première partie du roman a parfois des accents pagnolesques. Gabriel, avec ses meilleurs amis, jouent dans les terrains vagues, s'inventent des aventures au volant d'un combi abandonné, chapardent des mangues qu'ils revendent ensuite aux résidents de leur quartier, relativement aisé. Cela paraît presque trop beau. Mais très touchant aussi quand il raconte le repos des petits voleurs « Nos mais étaient poisseuses, nos ongles noirs, nos rires faciles et nos cœurs sucrés. C'était le repos des cueilleurs de mangues ».

gaël Faye, burundi, rwanda, hutus, tutsis, grassetOn se croirait presque dans la Guerre des boutons, version africaine. Mais la guerre, la craie, va s'inviter dans ce paysage idyllique. D'abord au Rwanda puis au Burundi. Tueries, massacres : les jeux vont tourner à l'aigre. Et c'est dans cette bascule que Gaël Faye marque le plus de points.

En racontant les angoisses de Gabriel il explique comment la peur et la folie meurtrière deviennent le quotidien. Pour Gabriel cela se traduit par d'étranges rêves, entre sécurité et cauchemar, « J'ai rêvé que je dormais paisiblement, en suspension dans un petit nuage douillet formé par les vapeurs de soufre d'un volcan en éruption. »

La suite du roman, après ces passages bucoliques, sont d'une dureté incroyable. Quand Gabriel va à l'école il peut assister presque quotidiennement à des exécutions sommaires ou des lynchages en public. Au bord des routes, les cadavres pourrissent dans l’indifférence générale. Rwanda et Burundi, pays déchirés depuis des décennies par une rivalité entre ethnies (tutsis contre hutus) se transforme en champ de bataille. Une exilée, quand elle revient au pays constate, amère, que « le Rwanda du lait et du miel avait disparu. C'était désormais un charnier à ciel ouvert. »

Exceptionnel par sa force, le témoignage de Gaël Faye vous prendra aux tripes jusque dans les ultimes pages. Un dernier chapitre coup de poing transforme ce roman en véritable chef d'oeuvre

« Petit pays » de Gaël Faye, Grasset, 17 euros (Photo J.-F. Paga)

 

10/10/2016

Poches : les femmes sont-elles toujours coupables ?

 

Petite femelle.jpg

Au mois de novembre 1953 débute le procès retentissant de Pauline Dubuisson, accusée d'avoir tué de sang-froid son amant. La Petite Femelle retrace la quête obsessionnelle que Philippe Jaenada a menée pour rendre justice à cette femme en éclairant sa personnalité d'un nouveau jour. Un récit palpitant, qui défie toutes les règles romanesques.

"La petite femelle", Points, 8,95 euros

Projet K.jpg

La NASA s'attelle à la construction d'une nouvelle sonde spatiale pilotée par une intelligence artificielle appelée Dorothy, conçue par la scientifique Melissa Shepherd. Des erreurs de calcul survenant durant les phases de test, la sonde parvient à s'échapper dans les méandres d'Internet. L'ancien agent de la CIA Wyman Ford est alors appelé pour traquer cette "intelligence" rebelle. Une utopie signée Douglas Preston.

"Le projet K", J'ai Lu, 8 euros

Vacances Mamm.jpg

Les affaires ne se bousculent pas dans l'agence n°1 des dames détectives, officine du Botswana. Elles se bousculent même si peu que, pour la première fois dans sa carrière, Precious Ramotswe a accepté de prendre des vacances. Une grosse erreur pour la savoureuse héroïne imaginée par Alexandre McCall Smith, par ailleurs auteur des Chroniques d'Edimbourg.

"Les vacances de Mma Ramotswe", 10/18 inédit, 7,50 euros

 

08:20 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : points, j'ai lu, 1018

04/10/2016

Rentrée littéraire : Envoûtante histoire d'amour sous la plume de Serge Joncour

À Paris, l'amour peut frapper partout, à tout moment. Dans 'Repose-toi sur moi' Serge Joncour raconte l'histoire de Ludovic et Aurore.

Provincial, ancien joueur de rugby, Ludovic en impose. Racée et raffinée, Aurore est une créatrice qui a réussi. Ils vivent à Paris. A la même adresse. Un immeuble symbole de cette différence de milieu qui normalement devrait inexorablement les éloigner l'un de l'autre. Aurore, mariée, mère de deux adorables enfants, a emménagé dans un immense appartement rénové avec vue sur la cour arborée. Un luxe dans la capitale. Ludovic occupe un studio dans le bâtiment du fond, vétuste, mal isolé. Lui aussi a vue sur la cour, les arbres et l'appartement d'Aurore. Serge Joncour, avec une patience infinie, plante le décor et modèle le caractère de ses deux personnages principaux. Il y en a pour tous les goûts. Aurore, créatrice d'une ligne de vêtements, est une de ces executive woman symbole de la réussite de la France. Mariée à un Américain gravitant dans la finance, elle devrait être pleinement épanouie. Mais sa société, après de belles années prospères, rencontre quelques difficultés. Son associé et ami semble jouer un double jeu. Cela la tracasse au plus haut point. Et surtout, le soir, quand elle rentre chez elle, deux corbeaux la narguent. Ils ont pris possession de la cour et des arbres, chassant les gentilles tourterelles. Ludovic la voit paniquer dans le noir.

Aide mutuelle

La peur, Ludovic connaît. Ce trentenaire, originaire des Pyrénées, a laissé la ferme de ses parents à sa jeune sœur pour tenter sa chance à Paris. Pas par ambition. Juste pour oublier sa femme, son seul amour, emportée par un cancer. Sa carrure, sa sérénité et son calme lui permettent de faire un métier difficile. Il est chargé d'aller réclamer une ultime fois, avant poursuites judiciaires, des dettes auprès de débiteurs indélicats. Entre compassion et intimidation, il utilise toute son énergie. Le soir, il tente de tout oublier dans ce studio impersonnel. Et remarque Aurore. Pour elle, pour cette femme qu'il voit vivre dans son grand appartement, il va tuer les deux corbeaux. Et lui offrir une plume des victimes. Choc de culture, de civilisations, de sensibilités dans cette histoire d'amour peu banale. Un romancier quelconque aurait transformé cette idylle en un roman sirupeux, profitant des passages au "pays" pour décrire cette campagne si belle et des scènes susceptibles d'être racontées avec luxe de détails comme la beauté des tissus chamarrés.... Mais Serge Joncour aime le réalisme. L'exploitation agricole est en pleine mutation, les pesticides tuent toute vie. L'entreprise d'Aurore est un nid de crabes, la patronne doit sans cesse se battre contre ses fournisseurs, français et asiatiques. En les faisant s'aimer, l'auteur transpose un peu de leur monde dans celui de l'autre. Ils peuvent ainsi s'aider et dire à tour de rôle cette phrase qui résume le roman et toute vie à deux épanouie : "Repose-toi sur moi".

"Repose-toi sur moi" de Serge Joncour, Flammarion, 21 €

 

03/10/2016

Livres de poche : des classiques "différents" à redécouvrir

 

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Qui oserait aujourd'hui donner pour titre à son premier roman "Tueurs de flics" ? Ce livre subversif de Frédéric H. Fajardie, devenu introuvable, est enfin réédité avec deux autres titres de cet écrivain qui a bouleversé le roman noir français. Les romans de Frédéric H. Fajardie, toujours passionnés et pleins d'empathie pour les laissés-pour-compte, ont résisté à l'usure du temps.

"Tueurs de flics", la Petite Vermillon, 7,10 €

 

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Kirth Gersen pourchasse les Princes-Démons, cinq grands criminels. Inoubliable voyage aux multiples rebondissements, La Geste des Princes-Démons est un space opera flamboyant, devenu un grand classique de la science-fiction. À l'occasion du centenaire de la naissance de Jack Vance, les cinq tomes de La Geste des Princes-Démons réunis pour la première fois en un volume.

« La Geste des princes démons », Le Livre de Poche, 19,90 €

 

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Le meilleur de la science-fiction. "Période d'essai" est un recueil qui regroupe vingt-sept nouvelles d'Isaac Asimov publiées au début de sa carrière. Les longs commentaires de l'auteur qui accompagnent ces textes apportent un éclairage inédit sur la genèse d'un génie de la science-fiction et sur l'âge d'or du genre. Du père Noël dans l'espace au chat en quatre dimensions, bon voyage.

"Période d'essai", Folio SF, 11 €

 

25/09/2016

Livres de poche : secrets inavouables et faces cachées

 

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Le CFR, consortium de falsification du réel, organisation secrète, agit sur tout. Antoine Bello imagine les manigances de ces hommes et femmes qui s'efforcent de maintenir une harmonie relative sur la planète en construisant des légendes dont l'humanité a besoin. Mais rien ne va plus dans ce monde de faux-semblants. Dernier volume de la trilogie comprenant déjà « Les falsificateurs » et « Les éclaireurs ».

« Les producteurs », Folio, 7,70 €

 

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Jonathan Kellerman s'associe à son fils, Jesse, pour signer un thriller particulièrement ambitieux. Une tête sans corps dans une maison abandonnée d'Hollywood. Sur le plan de travail de la cuisine, le mot « justice », gravé en hébreu. L'enquête est confiée à l'inspecteur Jacob Lev de la mystérieuse section des "Projets spéciaux". Paru précédemment sous le titre « Le Golem d'Hollywood », ce roman se prolongera en novembre avec « Que la bête s'échappe » au Seuil.

« Que la bête s'éveille », Points, 8,60 €

 

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Deenie et ses meilleures amies Lise, Gabby et Skye spont des adolescentes insouciantes. Un matin, Lise est prise d'une violente crise de convulsions. Ses amies aussi souffrent de ce mal étrange. La panique submerge petit à petit la communauté entière. Qui sera la prochaine victime de cette mystérieuse fièvre ? Le nouveau thriller de Megan Abbott, « Avant que tout se brise » vient de paraître aux éditions du Masque.

« Fièvre », Le Livre de Poche, 7,60 €

 

 

20/09/2016

Rentrée littéraire : La cuisine à trois des "Cannibales"

Échanges de lettres entre une mère, son fils et la maîtresse de ce dernier. Succulent trio animé par Régis Jauffret.

Petit bijou de style et d'érudition, « Cannibales », roman épistolaire de Régis Jauffret, dans la première liste du Goncourt, désarçonne dans sa forme. Pas de description ni de dialogues, les 180 pages sont constituées d'une suite de lettres que les trois personnages principaux s'envoient chronologiquement. Noémie, la première, écrit à Jeanne, la mère de son amant Geoffrey. Elle lui explique pourquoi elle a préféré rompre avec cet architecte de trente ans son ainé. La mère, furieuse dans un premier temps, se laisse séduire par les lettres légères et très personnelles de la belle Noémie. Au point qu'on a l'impression que la mère tombe à son tour amoureuse de cette jeune artiste peintre. Jeanne ne se prive pas de donner des conseils à la jeune femme « Un dernier mot : aimez. L'amour est une picoterie, une démangeaison dont on ne saura jamais si le plaisir du soulagement que nous procure la caresse de l'amant vaut les désagréments de son incessant prurit. » Noémie, de son côté, est bien consciente que Geoffrey souffre de sa rupture. Elle le raconte sans fioritures à sa génitrice. « Avec moi, de l'amour il (Geoffrey) en a peut-être eu le goût sur la langue. C'est ça le chagrin, le souvenir d'un instant défunt. » La poésie, la grâce et la beauté s'invitent souvent dans les lettres des deux femmes. Comme si au calme face à leur page blanche elles parvenaient à merveille comprendre le sens du monde.

A la broche

régis jauffret,cannibales,lettres,seuilMais elles dérapent aussi parfois. Une fois proches, elles se délectent à imaginer une mort violente pour ce Geoffrey qui, au final, les aura toujours un peu déçu. On comprend alors le titre du roman, « Cannibales », quand Noémie s'imagine cuisiner son cadavre. « Après avoir salé et poivré sa dépouille, tenant chacune une extrémité du manche sur lequel nous l'aurons empalé, nous le ferons griller à la broche au-dessus d'un feu de sarments de vigne et de bois d'olivier. Nous pilerons ses os dans un mortier afin de pouvoir nous repaître de sa moelle montée en mousseline avec un kilo de bon beurre. » Moins glamour cette obsession, qui s'achèvera en un étrange barbecue.

« Cannibales » de Régis Jauffret, Seuil, 17 €

 

19/09/2016

Rentrée littéraire : Sadorski, le pire des salauds

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Pour raconter l'occupation allemande, Romain Slocombe n'y va pas par quatre chemins : il se met dans la peau des pires salauds et raconte à la première personne leurs motivations nauséabondes. Après l'écrivain dénonciateur de juifs dans « Monsieur le commandant », place à Léon Sadorski, inspecteur de la police française, spécialisé dans les renseignements généraux et plus spécialement la surveillance des Juifs. Sado pour les collègues, vénère le maréchal Pétain et collabore avec la Gestapo. Aussi quand il est arrêté un matin et conduit à Berlin pour subir plusieurs jours d'interrogatoires il ne comprend pas du tout. Il se retrouve dans la peau des ces « sous hommes » qu'il aime malmener au quai des Orfèvres.

Le bourreau dans le rôle de la victime, c'est l'essentiel de la première partie de ce roman policier historique, sélectionné dans le première liste du Goncourt. La suite se déroule à Paris, Sadorski devra retrouver une de ses anciennes maîtresses suspectée d'activité antinazis.

Un roman témoignage, aux scènes parfois dures, mais qui reflètent l'époque. En préambule, l'auteur et l'éditeur préviennent ne pas « cautionner les propos tenus par le personnage principal ». Car Sadorski, effectivement, est le pire des salauds.

« L'affaire Léon Sadorski », Romain Slocombe, Robert Laffont, 21 €