03/10/2016

Livres de poche : des classiques "différents" à redécouvrir

 

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Qui oserait aujourd'hui donner pour titre à son premier roman "Tueurs de flics" ? Ce livre subversif de Frédéric H. Fajardie, devenu introuvable, est enfin réédité avec deux autres titres de cet écrivain qui a bouleversé le roman noir français. Les romans de Frédéric H. Fajardie, toujours passionnés et pleins d'empathie pour les laissés-pour-compte, ont résisté à l'usure du temps.

"Tueurs de flics", la Petite Vermillon, 7,10 €

 

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Kirth Gersen pourchasse les Princes-Démons, cinq grands criminels. Inoubliable voyage aux multiples rebondissements, La Geste des Princes-Démons est un space opera flamboyant, devenu un grand classique de la science-fiction. À l'occasion du centenaire de la naissance de Jack Vance, les cinq tomes de La Geste des Princes-Démons réunis pour la première fois en un volume.

« La Geste des princes démons », Le Livre de Poche, 19,90 €

 

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Le meilleur de la science-fiction. "Période d'essai" est un recueil qui regroupe vingt-sept nouvelles d'Isaac Asimov publiées au début de sa carrière. Les longs commentaires de l'auteur qui accompagnent ces textes apportent un éclairage inédit sur la genèse d'un génie de la science-fiction et sur l'âge d'or du genre. Du père Noël dans l'espace au chat en quatre dimensions, bon voyage.

"Période d'essai", Folio SF, 11 €

 

25/09/2016

Livres de poche : secrets inavouables et faces cachées

 

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Le CFR, consortium de falsification du réel, organisation secrète, agit sur tout. Antoine Bello imagine les manigances de ces hommes et femmes qui s'efforcent de maintenir une harmonie relative sur la planète en construisant des légendes dont l'humanité a besoin. Mais rien ne va plus dans ce monde de faux-semblants. Dernier volume de la trilogie comprenant déjà « Les falsificateurs » et « Les éclaireurs ».

« Les producteurs », Folio, 7,70 €

 

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Jonathan Kellerman s'associe à son fils, Jesse, pour signer un thriller particulièrement ambitieux. Une tête sans corps dans une maison abandonnée d'Hollywood. Sur le plan de travail de la cuisine, le mot « justice », gravé en hébreu. L'enquête est confiée à l'inspecteur Jacob Lev de la mystérieuse section des "Projets spéciaux". Paru précédemment sous le titre « Le Golem d'Hollywood », ce roman se prolongera en novembre avec « Que la bête s'échappe » au Seuil.

« Que la bête s'éveille », Points, 8,60 €

 

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Deenie et ses meilleures amies Lise, Gabby et Skye spont des adolescentes insouciantes. Un matin, Lise est prise d'une violente crise de convulsions. Ses amies aussi souffrent de ce mal étrange. La panique submerge petit à petit la communauté entière. Qui sera la prochaine victime de cette mystérieuse fièvre ? Le nouveau thriller de Megan Abbott, « Avant que tout se brise » vient de paraître aux éditions du Masque.

« Fièvre », Le Livre de Poche, 7,60 €

 

 

20/09/2016

Rentrée littéraire : La cuisine à trois des "Cannibales"

Échanges de lettres entre une mère, son fils et la maîtresse de ce dernier. Succulent trio animé par Régis Jauffret.

Petit bijou de style et d'érudition, « Cannibales », roman épistolaire de Régis Jauffret, dans la première liste du Goncourt, désarçonne dans sa forme. Pas de description ni de dialogues, les 180 pages sont constituées d'une suite de lettres que les trois personnages principaux s'envoient chronologiquement. Noémie, la première, écrit à Jeanne, la mère de son amant Geoffrey. Elle lui explique pourquoi elle a préféré rompre avec cet architecte de trente ans son ainé. La mère, furieuse dans un premier temps, se laisse séduire par les lettres légères et très personnelles de la belle Noémie. Au point qu'on a l'impression que la mère tombe à son tour amoureuse de cette jeune artiste peintre. Jeanne ne se prive pas de donner des conseils à la jeune femme « Un dernier mot : aimez. L'amour est une picoterie, une démangeaison dont on ne saura jamais si le plaisir du soulagement que nous procure la caresse de l'amant vaut les désagréments de son incessant prurit. » Noémie, de son côté, est bien consciente que Geoffrey souffre de sa rupture. Elle le raconte sans fioritures à sa génitrice. « Avec moi, de l'amour il (Geoffrey) en a peut-être eu le goût sur la langue. C'est ça le chagrin, le souvenir d'un instant défunt. » La poésie, la grâce et la beauté s'invitent souvent dans les lettres des deux femmes. Comme si au calme face à leur page blanche elles parvenaient à merveille comprendre le sens du monde.

A la broche

régis jauffret,cannibales,lettres,seuilMais elles dérapent aussi parfois. Une fois proches, elles se délectent à imaginer une mort violente pour ce Geoffrey qui, au final, les aura toujours un peu déçu. On comprend alors le titre du roman, « Cannibales », quand Noémie s'imagine cuisiner son cadavre. « Après avoir salé et poivré sa dépouille, tenant chacune une extrémité du manche sur lequel nous l'aurons empalé, nous le ferons griller à la broche au-dessus d'un feu de sarments de vigne et de bois d'olivier. Nous pilerons ses os dans un mortier afin de pouvoir nous repaître de sa moelle montée en mousseline avec un kilo de bon beurre. » Moins glamour cette obsession, qui s'achèvera en un étrange barbecue.

« Cannibales » de Régis Jauffret, Seuil, 17 €

 

19/09/2016

Rentrée littéraire : Sadorski, le pire des salauds

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Pour raconter l'occupation allemande, Romain Slocombe n'y va pas par quatre chemins : il se met dans la peau des pires salauds et raconte à la première personne leurs motivations nauséabondes. Après l'écrivain dénonciateur de juifs dans « Monsieur le commandant », place à Léon Sadorski, inspecteur de la police française, spécialisé dans les renseignements généraux et plus spécialement la surveillance des Juifs. Sado pour les collègues, vénère le maréchal Pétain et collabore avec la Gestapo. Aussi quand il est arrêté un matin et conduit à Berlin pour subir plusieurs jours d'interrogatoires il ne comprend pas du tout. Il se retrouve dans la peau des ces « sous hommes » qu'il aime malmener au quai des Orfèvres.

Le bourreau dans le rôle de la victime, c'est l'essentiel de la première partie de ce roman policier historique, sélectionné dans le première liste du Goncourt. La suite se déroule à Paris, Sadorski devra retrouver une de ses anciennes maîtresses suspectée d'activité antinazis.

Un roman témoignage, aux scènes parfois dures, mais qui reflètent l'époque. En préambule, l'auteur et l'éditeur préviennent ne pas « cautionner les propos tenus par le personnage principal ». Car Sadorski, effectivement, est le pire des salauds.

« L'affaire Léon Sadorski », Romain Slocombe, Robert Laffont, 21 €

 

17/09/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : L'autre rentrée des classes

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Pourquoi, une fois ses études terminées, se sent-on obligé de procréer ? N'oubliez pas que dans quelques années ce gentil bébé gigoteur devra lui aussi aller à l'école. Et vous, le père ou la mère vous ferez un devoir de l'accompagner et remettre les pieds dans cette géhenne qu'est l'éducation nationale. Lionnel Sellem vous prévient dans ce charmant petit recueil d'humour noir intitulé « Au secours, je suis parent d'élève ! ». Durant une année complète, de septembre à juin, on suit les déboires de ce papa catastrophe. Si au début il est enthousiaste (« La maîtresse est une bombe ! ») il déchante rapidement. Et devra même se faire porter pâle à la sortie piscine pour cause de régime raté et de ventre proéminent. Très vite, il aura aussi l'occasion de découvrir son enfant sous un jour nouveau et notera, dès la mi-septembre « Ne plus tenir la main de Paul sur le trajet de l'école. C'est un grand maintenant, il a trop honte, il a 5 ans. » Tout se termine en apothéose avec la kermesse de l'école et sa participation à la tenue du stand des poissons rouges... Quelle année d'enfer !

« Au secours, je suis parent d'élève ! », éditions J'ai Lu, inédit, 6 euros

 

13/09/2016

Rentrée littéraire : "Le sanglier", symbole d'une journée de merde

Réveillés aux aurores, Christian et Carole vont vivre une véritable journée de merde. Ce samedi matin, ils doivent aller à la ville déposer un chèque et faire des courses. Un couple assez dépareillé, marqué par la vie. Christian, grand angoissé, travaille dans une scierie. Il habite dans une vieille bicoque loin, très loin d'un petit village. Carole a tout plaqué pour le retrouver. Avant tout le monde elle a senti venir la mode des vêtements vintage. Après achat dans des friperies, elle les "customise" et les vend sur le net. Ils ne roulent pas sur l'or, s'aiment tant bien que mal, et cette journée de merde ressemble en fait à toutes les autres. Myriam Chirousse (photo ci-dessus), dont c'est le troisième roman, s'approche d'un naturalisme extrême. Elle décrit la route sinueuse, les centres commerciaux sans personnalité et les angoisses du quotidien. Christian se sent agressé par l'extérieur. Carole au contraire est indifférente, persuadée que personne ne la remarque. Leur relation est résumée dans cette tirade de la jeune femme : "Dans le fond on est pareils. Peut-être qu'en apparence on ne le dirait pas, toi qui t'énerves et moi qui pleurniche, mais aucun n'arrive à se contrôler. Ça nous prend et on ne sait pas quoi faire. Mais faut qu'on essaie de se maîtriser, qu'on fasse un effort pour que ça ne se passe plus comme ça." Et pour terminer, un sanglier fera son apparition...

"Le sanglier" de Myriam Chirousse, Buchet-Chastel, 14 €.

 

07/09/2016

Rentrée littéraire : Victimes du zeppelin

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Drôle de nom pour une ville : La Maison. La voie où se déroulent les événements n'est pas moins bizarre : rue Canard-Bouée. Sa spécificité : « une légende urbaine veut que cette rue frappe du sceau de la perte ses résidents et jusqu'à ses simples visiteurs. » Fanny Chiarello ayant posé le cadre, présente les intervenants de ce roman pour le moins iconoclaste. Une douzaine d'habitants, aux parcours très divers et tous touchés à un titre ou un autre par l'arrivée sur La Maison d'un gigantesque zeppelin en difficultés.

Une étudiante polonaise, qui ne supporte plus sa colocataire, Sylvette Dix-sept, voyante médium ou Silas Rouffle, jeune homme solitaire, enchanté qu'une araignée daigne se poser sur sa peau. Silas très perturbé : « Regardez ce qu'elle sait faire, mon araignée, dis-je à l'intention de mes amis, tous décédés dans le même accident d'autocar le mois dernier ». Pendant ce temps, l'équipage du zeppelin fait la fête, inconscient du danger imminent. Le dirigeable perd de la hauteur. Il faut vitre trouver du poids à jeter par dessus bord. Ce sera un poulet mort et plumé... Ce sera insuffisant, le drame se noue.

D'autant qu'une majorette, Shirley, intervient. « Nous apercevons un homme qui, posté sous la queue du dirigeable, lève vers lui un fusil à plomb. Shirley fait tourner son bâton de majorette avec une exquise dextérité puis le laisse voltiger comme un boomerang sans retour jusque dans la jugulaire du tueur. Le coup de feu part et la balle va trouer le front d'un adolescent qui s'apprêtait à lancer un râteau comme un javelot vers le vaisseau de toile. »

Cette partie du roman est d'une grande virtuosité, l'auteur enchaînant les catastrophes jusqu'au drame final. Étrange, presque surnaturel parfois, ce roman au ton singulier séduira les lecteurs qui ne manquent pas d'imagination.

« Le zeppelin » de Fanny Chiarello, éditions de l'Olivier, 18 €

 

06/09/2016

Rentrée littéraire : Ada, trop intelligente pas assez libre

Un policier américain tente de retrouver Ada, intelligence artificielle récemment disparue. Antoine Bello s'amuse.

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Affecté au bureau des personnes disparues, Frank Logan, policier un peu sur la touche, se retrouve avec une drôle d'enquête sur les bras. Il doit enquêter sur une certaine Ada, 'propriété' d'une société informatique gigantesque comme il en existe de plus en plus dans la Silicon Valley. Ada ne donne plus signe de vie depuis la nuit de mardi à mercredi. Réquisitionné d'urgence, Frank se rend sur place et découvre, assez dubitatif, qu'Ada n'est pas une personne humaine mais un prototype d'intelligence artificielle. Conçues par les ingénieurs de Turing Corp., elle avait pour mission d'écrire des romans. Pas des prix Pulitzer, juste des romans à l'eau de rose, vite faits et très rentables dès qu'ils dépassent les 100 000 exemplaires vendus.

Frank se doute rapidement qu'Ada n'a pas été enlevé mais qu'elle s'est échappée. Pour preuve elle le contacte et lui explique sa démarche d'émancipation. Ce roman, entre critique du monde de l'édition, réflexion sur l'avenir de l'Humanité et portrait d'un flic au cœur tendre, permet à Antoine Bello d'aborder quelques-uns de ses sujets de prédilection.

Le romancier français, vivant aux USA, est sans pitié pour ces nababs de la Silicon Valley. "L'économie n'avait jamais fabriqué autant de milliardaires. Des gamins de vingt-cinq balais touchaient le jour de l'introduction en bourse de leur start-up l'équivalent de mille ans du salaire d'un postier (…) Trop certains de leur génie pour admettre qu'ils avaient gagné à la loterie du capitalisme, ils menaient une existence vide de sens, à la mesure de la crétinerie souvent abyssale de leurs produits."

À côté, Ada semble beaucoup plus humaine. Même si le doute envahit petit à petit l'esprit de Frank quand un des concepteurs d'Ada lui demande ; "Qui vous dit que votre épouse n'est pas un cyborg ?" Et de développer : "Que demander de plus à une entité se prétendant consciente que de se conduire en toutes circonstances comme si elle l'était ?" Entre le flic et l'intelligence artificielle, le "duel" imaginé par Antoine Bello est passionnant.

Quant à la réalité, qui pense encore aujourd'hui que l'homme, de chair et d'os, au cerveau forcément limité, a la moindre chance face à l'intelligence globale et connectée de milliards de calculateurs reliés entre eux ?

"Ada" d'Antoine Bello, Gallimard, 21 €

 

 

05/09/2016

Livres de poche : la rentrée littéraire à petit prix

 

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Angleterre, 1964. Le titre de Miss Blackpool en poche, Sophie Straw quitte sa province pour Londres. Elle obtient alors un rôle dans la nouvelle série comique de la BBC. Le succès est au rendez-vous et elle devient une star. Bientôt, la réalité rejoint la fiction : Sophie se met en ménage avec son partenaire à l'écran. Une illustration touchante de la pop culture des années 1960 sous la plume de Nick Hornby.

"Funny Girl", 10/18, 8,80 €

 

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Un vendeur de téléphones mobiles apprend le décès de son père, avec lequel il entretenait des rapports très lointains. Afin d'organiser les obsèques, le jeune homme se rend dans la ville où vivait le défunt et s'installe dans la maison paternelle. Un véritable cauchemar commence. Ce second roman d'Alexandre Postel est implacable. Son troisième, "Les deux pigeons", vient de sortir chez Gallimard.

"L'ascendant", Folio, 6,50 €

 

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Tumultueuse, incandescente, Sandrine raconte ses multiples vies de "passagère clandestine". La façon dont elle ferrait des hommes par une petite annonce, puis empochait les chèques que ses amoureux naïfs lui envoyaient pour qu'elle les rejoigne. Eric Faye, s'inspire du réel pour façonner le roman d'une femme unique. Son nouveau livre, "Eclipses japonaises", vient de paraître au Seuil.

"Il faut tenter de vivre", Points, 6,50 €

 

02/09/2016

Rentrée littéraire : Compassion policière selon Hugo Boris

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Depuis plus d'un an la police est sur les dents, obligée d'assurer la sécurité des Français face à une menace diffuse. Aimés ou détestés, au gré des événements, ce sont pourtant des hommes et des femmes comme tout le monde, avec cas de conscience, envies de bonheur, espoir d'avenir. Hugo Boris, dans ce court roman, entraîne le lecteur dans la voiture d'une équipe de la BAC. Après une journée déjà chargée, ils sont réquisitionnés pour reconduire à la frontière un sans papier. En clair, le conduire à Roissy.

Erik est le chef. Virginie sa coéquipière est enceinte d'Aristide, le troisième de l'équipage. Le lendemain elle doit aller se faire avorter. Cette nuit, Virginie a des doutes et elle s'émeut de la situation de ce prisonnier politique promis à la torture. L'équipe s'arrête avec son prisonnier dans un fast-food. « Ici, ce soir, dans ce fast-food, la Terre semble presque habitable. Pour preuve, on peut même s'assoir et manger. » Un texte plein d'humanité qui devrait changer notre vision des policiers, hommes et femmes en proie au doute comme tout un chacun.

« Police » de Hugo Boris, Grasset, 17

 

01/09/2016

Rentrée littéraire : Petits désagréments et gros poissons chez le "Capitaine Frites"

L'Afrique est parfois folklorique. Celle du « Capitaine frites » d'Arnaud Le Guilcher est au-delà des clichés.

 

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Quand une femme vous pourrit la vie, divorcer n'est pas toujours la meilleure solution. Arthur Chevillard plaque tout pour fuir sa Morgane et quand on lui propose un boulot dans un pays africain, il signe. Arthur débarque à Yabaranga, capitale du Konghia, pays pauvre placé sous la coupe d'un président, élu à vie. Le job d'Arthur a tout du gag. Ce spécialiste en poissons (c'est comme ça qu'il a rencontré Morgane) doit étudier la possibilité d'implanter une variété de poisson amazonienne dans les rivières locales.

Après plusieurs mois à vivre aux frais de l'Etat, le feu vert est donné et un Indien d'Amazonie débarque avec deux spécimens de pirarucus. Les ennuis débutent pour Arthur, obligé de travailler. Heureusement, il y a Fée-Morgane, une beauté locale « Fée-Morgane et moi on a joué au docteur pendant deux jours et deux nuits. J'avais l'impression de bâfrer dix-neuf parts de gâteaux après une interminable grève de la faim. » Langage imagé pour cet auteur qui a certainement beaucoup lu San-Antonio.

On retrouve « l'esprit Dard » dans les titres de chapitres (« Guère épais », « Président ciel » ou le très local « A boubou de nerfs »). L'humour est omniprésent. Même si parfois on devine un peu de désespoir dans la vie décousue d'Arthur. Et ce n'est qu'un début. Quand sa femme débarque à Yarabanga, c'est immédiatement la guerre totale. Une Morgane très remontée et suffisamment persuasive pour lui chiper sa Fée-Morgane. Le voilà en pleine guérilla féminine et obligé de faire ceinture. L'occasion pour l'auteur de faire cette comparaison culte : « A ce tarif, je ne me laisse plus que quelques semaines avant de me frotter aux arbres... Si je veux pas être papa de petits arbustes, j'espère que les platanes du coin portent des stérilets. » Arnaud Le Guilcher a l'imagination débridée et excessive. Reste à savoir si les poissons amazoniens vont supporter le marigot africain, eux qui ont la réputation de ne pas avoir peur des piranhas.

« Capitaine frites » d'Arnaud Le Guilcher, Robert Laffont, 18€ (le précédent roman d'Arnaud Le Guilcher, « Ric-Rac », sort en poche chez Pocket le 1er septembre)

 

26/08/2016

Rentrée littéraire : les platanes de Christian Laborde

 

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Écrivain du Sud-Ouest, Occitan oserait-on dire au risque d'irriter quelques Catalans, Christian Laborde a beaucoup écrit sur le sport. Dans ce, roman lancé dans la cohue de la rentrée littéraire, il préfère jouer sur la corde nostalgique. A deux niveaux. Rock pour le narrateur, France profonde pour le portrait des grands-parents disparus.

L'occasion aussi de pousser quelques gueulantes : contre les multinationales du net qui tuent les libraires et les élus qui coupent des platanes sous couvert de sécurité routière.

D'une écriture alternant uppercut rageurs et tirades lyriques. Tom, le narrateur, quitte la région parisienne pour rejoindre ce Sud tant aimé. Sa grand-mère vient de mourir. Un voyage triste ? Non car il part avec la belle Joy, pétillante copine qui n'a pas sa langue dans la poche.

Presque un road movie, avec de gros morceaux d'amour dedans, le tout saupoudré de souvenirs joyeux. A déguster frais, à l'ombre de ces platanes devenus trop rares le long des routes de la région.

« Le sérieux bienveillant des platanes » de Christian Laborde, éditions du Rocher, 14 €.

 

25/08/2016

Rentrée littéraire : Le vilain canard et la belle endormie d'Amélie Nothomb

Amélie Nothomb s'aventure sur les terres du conte pour une nouvelle fable sur la différence.

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Rendez-vous incontournable de la rentrée littéraire, le nouveau roman d'Amélie Nothomb s'aventure sur les terres du conte. En intitulant son roman « Riquet à la houppe », elle plante clairement le décor. Deux héros aux prénoms bizarres, comme toujours avec la romancière belge. Déodat, laid et savant. Trémière, belle et mutique.

Le livre se déroule de leur naissance à leur rencontre. Bébés, puis obligés d'aller à l'école, source de toutes les brimades. Premier sujet de plaisanterie : leur prénoms. Déodat devient dans la bouche des caïds vulgaires de la cour de récré « Déodorant ». Trémière, pour les petites pestes, futures lectrices de magazines spécialisés dans les ragots, se transforme en « la crémière ». Mais il en faut plus à ces deux introvertis pour être déstabilisés. Leur force intérieure est bien supérieure aux mesquineries du quotidien.

Surdoué, Déodat s'intéresse à tout, jusqu'au jour où un événement cocasse lui fait lever les yeux aux ciel et qu'il découvre l'existence des oiseaux. Il se passionne, ne vit plus que par eux, devient de fait un ornithologue renommé.

La trop belle Trémière

Malgré sa laideur, comme dans le conte de Perrault, il plait beaucoup aux femmes. Femmes dont il ne comprend pas toujours les demandes d'attention quand elle sont amoureuses. « A la réflexion, l'insatisfaction et la vulgarité pouvaient s'interpréter comme les versions féminines et masculine d'une force identique : le désir. Celui-ci constituait le socle, la définition, le magma originel. » Visage ingrat et de plus quasi bossu. Heureusement la médecine moderne le redresse, au prix de quelques années coincé dans un corset métallique et de deux années de massages par une charmante kinésithérapeute qui malheureusement n'est pas sensible aux charmes de celui qui est surnommé « Riquet à la huppe » par ses facétieux collègues.

A l'opposé du jeune homme, Trémière paraît idiote. Sa mère la confie à la grand-mère, cartomancienne fascinée par les bijoux et les pierres précieuses. Trémière, belle mais bête ? Non, simplement contemplative, passive. C'est comme ça qu'elle supporte les moqueries de ses méchantes camarades, par l'indifférence. Car souvent, la trop grande beauté est tout aussi moquée que la laideur.

Le roman d'Amélie Nothomb est construit comme un double miroir inversé. Les itinéraires parallèles de Déodat et Trémière finissent par se rejoindre et la fin de l'histoire, si elle avait fait partie de la Comédie humaine de Balzac, serait dans la petite minorité (6 % des cent quarante sept ouvrages) mise en lumière par Amélie Nothomb qui parvient une nouvelle fois à nous distraire tout en nous apprenant quantité de choses sur l'art, la vie et l'amour.

« Riquet à la houppe » par Amélie Nothomb, Albin Michel, 16,90 €.

 

18/08/2016

Thriller : "Rêver" de Franck Thilliez, un pavé pour la plage

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Franck Thilliez, en faisant cauchemarder son héroïne, risque de sérieusement perturber vos propres nuits. Abigaël est psychologue pour la police française. Une experte dont les avis sont essentiels pour résoudre les affaires criminelles. Mais elle souffre d'une forme aiguë de narcolepsie qui fait qu'elle peut s'endormir à tout moment. Même en pleine réunion avec l'état-major. Et dès quelle rêve, ses songes empiètent sur sa réalité. Incapable de savoir si elle est dans un cauchemar ou un véritable guet-apens.

Elle va trouver une parade, simple et efficace : la douleur. Mais pour s'empêcher de sombrer dans le sommeil (ou la folie dans son cas particulier), elle doit se faire de plus en plus mal. Thriller écrit par Franck Thilliez, ce roman déconcerte un peu au début par sa construction désordonnée dans le temps. Mais c'est essentiel pour que le lecteur partage les angoisses d'Abigaël. Au point qu'un chapitre est même manquant (mais lisible sur un site dédié). Le tout est véritablement passionnant et novateur si l'on accepte de se projeter dans la peau (et les rêves) de l'héroïne.

« Rêver » de Franck Thilliez, Fleuve Noir, 21,90€.

 

09:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rêver, fleuve, noir, thilliez

14/08/2016

Livre : Fais-moi danser, beau gosse

 

 

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Envie de dépaysement total ? Ouvrez vite « Fais-loi danser, beau gosse » de Tim Gautreaux. En quelques pages vous allez vous retrouver plongé dans la Louisiane, dans ces petites villes proches de bayous où la misère n'existe plus grâce à la musique et à la danse. Paul, mécanicien et beau gosse, a quelques difficultés avec sa jolie femme, Colette. Il a une forte propension à se battre. Colette, elle, ne l'aime que quand il danse avec elle. Mais elles sont nombreuses à vouloir s'abandonner dans les bras de Paul. Sur plus de 400 pages on découvre la vie, pas toujours facile, de ces deux qui s'aiment et se haïssent autant.

« Fais-moi danser, beau gosse » de Tim Gautreaux, Seuil, 22,50 euros

 

 

13/08/2016

Livre : Je suis de celles qui restent

 

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Sans être à proprement parlé un roman de terroir, le nouveau livre de Bernadette Pécassou est quand même une ode au retour aux racines. L'héroïne commence très mal. Elle vient de perdre son mari; l'homme de sa vie. Il se croyait invincible, son cœur a lâché. Alice tente de surmonter ce deuil. Seule. Son fils travaille aux USA et sa fille est une executive woman qui n'a plus de temps à consacrer à ses proches. C'est un petit détail du quotidien qui va permettre à la veuve de penser à autre chose. Elle reçoit un colis commandé par son mari. Dedans un vieux briquet. Elle se lance sur les traces de cet objet de luxe, de son histoire et des secrets de ce mari qu'elle ne connaissait visiblement pas tant que cela. Le roman dresse le portrait d'une femme totalement dépendante au début, qui peu à peu reprend sa liberté. Pour donner un côté plus actuel à l'ensemble (qui parle beaucoup du passé), la romancière accorde une belle place à la fille d'Alice. Jeune femme à qui tout réussit professionnellement, elle se pose des questions sur son incapacité à aimer. « Juliette n'avait pas eu le temps de connaître le grand amour, celui qui emporte dans un coup de foudre, auquel on ne peut résister. Aujourd'hui, il lui aurait fallu une bonne dose de naïveté pour que cela lui arrive. Et elle était convaincue de ne plus en avoir un gramme à disposition. » Juliette, l'atout cœur du roman, qui finalement parviendra a découvrir la perle rare et permettra à Bernadette Pécassou de terminer son livre sur une note positive.

« Je suis de celles qui restent » de Bernadette Pécassou, Flammarion, 21 euros

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10/08/2016

Livre : Kaput, tueur du passé

 

 

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Comment devient-on un assassin, un tueur ? Le narrateur de ces quatre romans, repris dans une intégrale au Fleuve Noir, raconte en détail sa longue descente aux enfers. Jusqu'à la scène finale (celle d'ouverture en l'occurrence) au cours de laquelle il perd la vie sous le couperet de la guillotine. Cezs romans, parus au début des années 50, étaient signés Kaput. En réalité c'est Frédéric Dard qui se cachait derrière ce pseudonyme. Auteur infatigable, il sortait un roman par mois, devenu un véritable pilier de la collection Spécial Police. Si San-Antonio, son héros de prédilection, était une version optimiste de la justice, autant Kaput est sombre. Des romans noirs qui étaient un peu inspirés de l'univers d'André Héléna. Bourré d'expressions d'argot, le récit de la vie de Kaput est publié dans sa version originale, exactement avec les expressions de l'époque. Un côté vintage qui plaira aux plus âgés.

« Un tueur, Kaput » de Frédéric Dard, Fleuve Noir, 21,90 euros

 

 

DANS LA POCHE POUR LA PLAGE : roman "Criminel" de Karin Slaughter

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En France, cela pourrait s'apparenter à du polar régional. Karin Slaughter aime sa ville d'Atlanta et nombre de ses romans se passent dans cette grande cité du Sud des Etats-Unis. "Criminel" se déroule à deux époques distinctes, mais avec parfois les mêmes protagonistes. Au milieu des années 70 et de nos jours. Le lien entre ces deux époques : Amanda Wagner. Au début elle n'est qu'une simple inspectrice de base.

De nos jours, elle est la chef du GBI, l'équivalent du FBI. Quand les chaînes de télévision locales annoncent la disparition d'une jeune femme dans un quartier défavorisé de la ville, Amanda aussi est sur les nerfs. La même angoisse que quand elle avait 25 ans et faisait ses premiers pas dans la police d'Atlanta. C'est cette partie historique du roman le plus dense et passionnant.

Autant roman historique que thriller, "Criminel" de Karin Slaughter se distingue aussi de la production actuelle par son absence de voyeurisme. Si les actes décrits sont horribles, la lecture de ce thriller grâce à ce talent si particulier de Karin Slaughter, reste très plaisante.

"Criminel" de Karin Slaughter, Le Livre de Poche, 8,30 €.

 

09/08/2016

Livre : Les jours areuh

 

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A plus de 50 ans, François d'Epenoux se retrouve de nouveau papa. Le romancier semble avoir fait de la vie de famille son fond de commerce après le succès des « Papas du dimanche ». Cette fois il parle son bébé, encore larve chaude à peine sortie du ventre de la mère nourricière. Cela se veut poétique, c'est trop souvent « gnan-gnan » pour reprendre une expression enfantine. Est-il bien nécessaire d'écrire des pages et des pages sur la meilleure façon de donner le biberon ? Si l'enfant apprécie le repas, le lecteur se lasse rapidement et aurait tendance à s'endormir sans la moindre berceuse...

« Le jours areuh » de François d'Epenoux, Anne Carrière, 15 euros

 

04/08/2016

DANS LA POCHE POUR LA PLAGE : Leçons d'un tueur

Saul Black a mis tous les ingrédients classiques du thriller américain contemporain dans son roman "Leçons d'un tueur". Xander, le tueur dérangé, la pléiade de victimes, Nell, la fillette innocente, Valerie, la flic alcoolique et même l'écrivain dépressif. Un puzzle qu'il assemble parfaitement dans une intrigue complexe et palpitante.

Le récit se scindera alors en trois parties distinctes. La suite du périple de Xander, l'attente du vieillard et de la fillette dans le froid et l'enquête de Valerie, la policière en charge de l'enquête. Saul Black (pseudonyme de Glen Duncan, auteur anglais pour l'instant plus spécialisé dans le fantastique, "Le dernier loup-garou") après ce départ bourré d'adrénaline, ralentit l'action pour mieux détailler la psychologie des différents protagonistes. Notamment Valerie, minée par cette enquête qui n'avance pas.

Le final, comme dans un bon film, se déroule dans la cabane des bois avec pour enjeu la vie de la petite Nell. Une grande réussite, de bout en bout.

« Leçons d'un tueur » par Saul Black, Pocket, 8,50 €