25/08/2016

Rentrée littéraire : Le vilain canard et la belle endormie d'Amélie Nothomb

Amélie Nothomb s'aventure sur les terres du conte pour une nouvelle fable sur la différence.

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Rendez-vous incontournable de la rentrée littéraire, le nouveau roman d'Amélie Nothomb s'aventure sur les terres du conte. En intitulant son roman « Riquet à la houppe », elle plante clairement le décor. Deux héros aux prénoms bizarres, comme toujours avec la romancière belge. Déodat, laid et savant. Trémière, belle et mutique.

Le livre se déroule de leur naissance à leur rencontre. Bébés, puis obligés d'aller à l'école, source de toutes les brimades. Premier sujet de plaisanterie : leur prénoms. Déodat devient dans la bouche des caïds vulgaires de la cour de récré « Déodorant ». Trémière, pour les petites pestes, futures lectrices de magazines spécialisés dans les ragots, se transforme en « la crémière ». Mais il en faut plus à ces deux introvertis pour être déstabilisés. Leur force intérieure est bien supérieure aux mesquineries du quotidien.

Surdoué, Déodat s'intéresse à tout, jusqu'au jour où un événement cocasse lui fait lever les yeux aux ciel et qu'il découvre l'existence des oiseaux. Il se passionne, ne vit plus que par eux, devient de fait un ornithologue renommé.

La trop belle Trémière

Malgré sa laideur, comme dans le conte de Perrault, il plait beaucoup aux femmes. Femmes dont il ne comprend pas toujours les demandes d'attention quand elle sont amoureuses. « A la réflexion, l'insatisfaction et la vulgarité pouvaient s'interpréter comme les versions féminines et masculine d'une force identique : le désir. Celui-ci constituait le socle, la définition, le magma originel. » Visage ingrat et de plus quasi bossu. Heureusement la médecine moderne le redresse, au prix de quelques années coincé dans un corset métallique et de deux années de massages par une charmante kinésithérapeute qui malheureusement n'est pas sensible aux charmes de celui qui est surnommé « Riquet à la huppe » par ses facétieux collègues.

A l'opposé du jeune homme, Trémière paraît idiote. Sa mère la confie à la grand-mère, cartomancienne fascinée par les bijoux et les pierres précieuses. Trémière, belle mais bête ? Non, simplement contemplative, passive. C'est comme ça qu'elle supporte les moqueries de ses méchantes camarades, par l'indifférence. Car souvent, la trop grande beauté est tout aussi moquée que la laideur.

Le roman d'Amélie Nothomb est construit comme un double miroir inversé. Les itinéraires parallèles de Déodat et Trémière finissent par se rejoindre et la fin de l'histoire, si elle avait fait partie de la Comédie humaine de Balzac, serait dans la petite minorité (6 % des cent quarante sept ouvrages) mise en lumière par Amélie Nothomb qui parvient une nouvelle fois à nous distraire tout en nous apprenant quantité de choses sur l'art, la vie et l'amour.

« Riquet à la houppe » par Amélie Nothomb, Albin Michel, 16,90 €.

 

18/08/2016

Thriller : "Rêver" de Franck Thilliez, un pavé pour la plage

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Franck Thilliez, en faisant cauchemarder son héroïne, risque de sérieusement perturber vos propres nuits. Abigaël est psychologue pour la police française. Une experte dont les avis sont essentiels pour résoudre les affaires criminelles. Mais elle souffre d'une forme aiguë de narcolepsie qui fait qu'elle peut s'endormir à tout moment. Même en pleine réunion avec l'état-major. Et dès quelle rêve, ses songes empiètent sur sa réalité. Incapable de savoir si elle est dans un cauchemar ou un véritable guet-apens.

Elle va trouver une parade, simple et efficace : la douleur. Mais pour s'empêcher de sombrer dans le sommeil (ou la folie dans son cas particulier), elle doit se faire de plus en plus mal. Thriller écrit par Franck Thilliez, ce roman déconcerte un peu au début par sa construction désordonnée dans le temps. Mais c'est essentiel pour que le lecteur partage les angoisses d'Abigaël. Au point qu'un chapitre est même manquant (mais lisible sur un site dédié). Le tout est véritablement passionnant et novateur si l'on accepte de se projeter dans la peau (et les rêves) de l'héroïne.

« Rêver » de Franck Thilliez, Fleuve Noir, 21,90€.

 

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14/08/2016

Livre : Fais-moi danser, beau gosse

 

 

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Envie de dépaysement total ? Ouvrez vite « Fais-loi danser, beau gosse » de Tim Gautreaux. En quelques pages vous allez vous retrouver plongé dans la Louisiane, dans ces petites villes proches de bayous où la misère n'existe plus grâce à la musique et à la danse. Paul, mécanicien et beau gosse, a quelques difficultés avec sa jolie femme, Colette. Il a une forte propension à se battre. Colette, elle, ne l'aime que quand il danse avec elle. Mais elles sont nombreuses à vouloir s'abandonner dans les bras de Paul. Sur plus de 400 pages on découvre la vie, pas toujours facile, de ces deux qui s'aiment et se haïssent autant.

« Fais-moi danser, beau gosse » de Tim Gautreaux, Seuil, 22,50 euros

 

 

13/08/2016

Livre : Je suis de celles qui restent

 

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Sans être à proprement parlé un roman de terroir, le nouveau livre de Bernadette Pécassou est quand même une ode au retour aux racines. L'héroïne commence très mal. Elle vient de perdre son mari; l'homme de sa vie. Il se croyait invincible, son cœur a lâché. Alice tente de surmonter ce deuil. Seule. Son fils travaille aux USA et sa fille est une executive woman qui n'a plus de temps à consacrer à ses proches. C'est un petit détail du quotidien qui va permettre à la veuve de penser à autre chose. Elle reçoit un colis commandé par son mari. Dedans un vieux briquet. Elle se lance sur les traces de cet objet de luxe, de son histoire et des secrets de ce mari qu'elle ne connaissait visiblement pas tant que cela. Le roman dresse le portrait d'une femme totalement dépendante au début, qui peu à peu reprend sa liberté. Pour donner un côté plus actuel à l'ensemble (qui parle beaucoup du passé), la romancière accorde une belle place à la fille d'Alice. Jeune femme à qui tout réussit professionnellement, elle se pose des questions sur son incapacité à aimer. « Juliette n'avait pas eu le temps de connaître le grand amour, celui qui emporte dans un coup de foudre, auquel on ne peut résister. Aujourd'hui, il lui aurait fallu une bonne dose de naïveté pour que cela lui arrive. Et elle était convaincue de ne plus en avoir un gramme à disposition. » Juliette, l'atout cœur du roman, qui finalement parviendra a découvrir la perle rare et permettra à Bernadette Pécassou de terminer son livre sur une note positive.

« Je suis de celles qui restent » de Bernadette Pécassou, Flammarion, 21 euros

08:59 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pécassou, flammarion

10/08/2016

Livre : Kaput, tueur du passé

 

 

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Comment devient-on un assassin, un tueur ? Le narrateur de ces quatre romans, repris dans une intégrale au Fleuve Noir, raconte en détail sa longue descente aux enfers. Jusqu'à la scène finale (celle d'ouverture en l'occurrence) au cours de laquelle il perd la vie sous le couperet de la guillotine. Cezs romans, parus au début des années 50, étaient signés Kaput. En réalité c'est Frédéric Dard qui se cachait derrière ce pseudonyme. Auteur infatigable, il sortait un roman par mois, devenu un véritable pilier de la collection Spécial Police. Si San-Antonio, son héros de prédilection, était une version optimiste de la justice, autant Kaput est sombre. Des romans noirs qui étaient un peu inspirés de l'univers d'André Héléna. Bourré d'expressions d'argot, le récit de la vie de Kaput est publié dans sa version originale, exactement avec les expressions de l'époque. Un côté vintage qui plaira aux plus âgés.

« Un tueur, Kaput » de Frédéric Dard, Fleuve Noir, 21,90 euros

 

 

DANS LA POCHE POUR LA PLAGE : roman "Criminel" de Karin Slaughter

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En France, cela pourrait s'apparenter à du polar régional. Karin Slaughter aime sa ville d'Atlanta et nombre de ses romans se passent dans cette grande cité du Sud des Etats-Unis. "Criminel" se déroule à deux époques distinctes, mais avec parfois les mêmes protagonistes. Au milieu des années 70 et de nos jours. Le lien entre ces deux époques : Amanda Wagner. Au début elle n'est qu'une simple inspectrice de base.

De nos jours, elle est la chef du GBI, l'équivalent du FBI. Quand les chaînes de télévision locales annoncent la disparition d'une jeune femme dans un quartier défavorisé de la ville, Amanda aussi est sur les nerfs. La même angoisse que quand elle avait 25 ans et faisait ses premiers pas dans la police d'Atlanta. C'est cette partie historique du roman le plus dense et passionnant.

Autant roman historique que thriller, "Criminel" de Karin Slaughter se distingue aussi de la production actuelle par son absence de voyeurisme. Si les actes décrits sont horribles, la lecture de ce thriller grâce à ce talent si particulier de Karin Slaughter, reste très plaisante.

"Criminel" de Karin Slaughter, Le Livre de Poche, 8,30 €.

 

09/08/2016

Livre : Les jours areuh

 

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A plus de 50 ans, François d'Epenoux se retrouve de nouveau papa. Le romancier semble avoir fait de la vie de famille son fond de commerce après le succès des « Papas du dimanche ». Cette fois il parle son bébé, encore larve chaude à peine sortie du ventre de la mère nourricière. Cela se veut poétique, c'est trop souvent « gnan-gnan » pour reprendre une expression enfantine. Est-il bien nécessaire d'écrire des pages et des pages sur la meilleure façon de donner le biberon ? Si l'enfant apprécie le repas, le lecteur se lasse rapidement et aurait tendance à s'endormir sans la moindre berceuse...

« Le jours areuh » de François d'Epenoux, Anne Carrière, 15 euros

 

04/08/2016

DANS LA POCHE POUR LA PLAGE : Leçons d'un tueur

Saul Black a mis tous les ingrédients classiques du thriller américain contemporain dans son roman "Leçons d'un tueur". Xander, le tueur dérangé, la pléiade de victimes, Nell, la fillette innocente, Valerie, la flic alcoolique et même l'écrivain dépressif. Un puzzle qu'il assemble parfaitement dans une intrigue complexe et palpitante.

Le récit se scindera alors en trois parties distinctes. La suite du périple de Xander, l'attente du vieillard et de la fillette dans le froid et l'enquête de Valerie, la policière en charge de l'enquête. Saul Black (pseudonyme de Glen Duncan, auteur anglais pour l'instant plus spécialisé dans le fantastique, "Le dernier loup-garou") après ce départ bourré d'adrénaline, ralentit l'action pour mieux détailler la psychologie des différents protagonistes. Notamment Valerie, minée par cette enquête qui n'avance pas.

Le final, comme dans un bon film, se déroule dans la cabane des bois avec pour enjeu la vie de la petite Nell. Une grande réussite, de bout en bout.

« Leçons d'un tueur » par Saul Black, Pocket, 8,50 €

 

03/08/2016

THRILLER : La Norvège, son pétrole et ses sectes

Ce thriller efficace brouille les piste entre secte chrétienne, intégristes islamistes et anciens nazis.

La Norvège, pays nordique prospérant sur ses réserves pétrolières, a tout pour être un petit paradis. Pourtant, le pays n'est pas à l'abri de certaines dérives. On se souvent du massacre commis par le néo-nazi Breivik et le roman policier d'Ingar Johnsrud ne va en rien rassurer les lecteurs. Les pratiques politiques de ce pays sont parfois très peu recommandables. Première partie d'une trilogie, cette enquête du commissaire Fredrik Beier débute par une multitude de fausses pistes. Le héros, à peine remis d'un grave accident qui l'a laissé claudiquant, divorcé et en deuil de son dernier enfant, est sur la touche. Il tente de retrouver un peu d'allant dans son métier. Mais le traumatisme est important.

Un flic au bord de la rupture, incapable de se concentrer et encore moins de faire des efforts physiques. Quand la chef du principal parti de droite demande à la police de retrouver sa fille et son jeune enfant, disparue depuis quelques semaines, c'est vers Beier que la hiérarchie se tourne. Le sujet est sensible, mais sans risque. A priori. La jeune femme, une brillante chimiste, a tout plaqué pour rejoindre une secte chrétienne retirée dans une ferme. Beier n'a pas le temps de se rendre à « La lumière de Dieu » qu'un tueur y commet un massacre.

Cinq morts et le reste de la communauté envolé. Principal suspect : un islamiste radical pris pour cible par le pasteur retrouvé égorgé.

Ennemis intérieurs

Beier conserve l'affaire et bénéficie même de l'aide d'un membre des services secrets norvégiens. Kafa Iqbal, originaire du Pakistan, est la spécialiste de ce milieu religieux, « la jeune femme élancée avait la peau plutôt olivâtre que mate et une raie sur le côté partageait ses cheveux noirs et épais. Son visage était large avec des mâchoires arrondies, le menton fin et bien dessiné. Ses yeux brillaient comme deux pièces de monnaie qui vous regardait bien en face. » Si la collaboration est très délicate dans un premier temps, ils vont apprendre à s'apprécier (voire un peu plus car Beier n'est pas insensible à ce charme oriental), notamment quand ils croisent le tueur, un monstre de violence qui cache bien son jeu derrière un masque en silicone.

L'hypothèse musulmane s'évapore rapidement, simple mise en scène pour lancer les enquêteurs sur une piste erronée. En vérité, les ennemis de la secte sont intérieurs et très haut placés. Ce pavé sans temps mort, donne également un éclairage intéressant sur le passé du pays, quand dans les années 40, certains politiques locaux trouvaient un grand intérêt à collaborer avec l'Allemagne aryenne.

Et la force du roman réside dans son final, totalement ouvert, avec un sacré challenge à relever pour Beier et Iqbal dans les prochains épisodes.

« Les adeptes » d'Ingar Johnsrud, Robert Laffont, 21 €.

 

21/07/2016

Livre : En attendant la lumière sur Eden

Le second tome du récit de SF de Chris Beckett poursuit l'exploration d'une civilisation renaissante sur une planète sans soleil. Eclairant.

 

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En imaginant « Dark Eden », Chris Beckett a marqué des points dans l'imaginaire des passionnés de science-fiction. Un peu comme Robert Charles Wilson et son « Darwinia », tel un dieu, il a créé de toutes pièces un monde dans lequel les humains peuvent vivre tout en étant totalement déboussolés. Eden, planète inconnue au centre du premier roman (parution chez Pocket) et du suivant, « Les enfants d'Eden », est plongée dans le noir. Pas de soleil pour lui apporter lumière et vie. Pourtant il existe une atmosphère, un climat tempéré, de la végétation et une faune importante. Toute la vie de la planète vient de la lave de ses entrailles. Les arbres en tirent leur sève, la transforme en feuilles ou fruits lumineux. Les animaux aussi, tels certains poissons des abysses terriens, fabriquent leur propre lumière.

 

A la base, un vaisseau spatial s'écrase sur ce monde entre ténèbres et brillances. Des astronautes survivent. Lassés d'attendre en vain des secours, ils recréent une société, ont des enfants. Qui eux mêmes ont d'autres descendants. Bref, c'est l'histoire d'Adam et Eve qui se répète. Mais en vrai, problèmes de consanguinité non évacué. Quelques générations plus tard, la communauté se sépare. Certains veulent explorer la planète, d'autres préserver les acquis. « Les enfants d'Eden » se déroule après le grand schisme entre les partisans de David et de John raconté dans le premier tome. On suit l'envie de nouveauté de la jeune fille nommée Etoile. Repérée par le descendant direct de John, elle devient la porteuse de l'anneau. Une simple bague, dernier vestige de la toute première femme d'Eden, Angela, devenue Gela au fil du temps.

En autarcie

Chris Beckett délaisse un peu la flore et la faune pour se consacrer sur les personnages. Entre croyances moyenâgeuses, interprétations aléatoires du passé et lutte du pouvoir, on assiste à une redite en accéléré de tous les maux de la regrettée Terre. Étoile, trop naïve, se retrouve entraînée dans une fuite en avant où les forces du passé ne supportent pas les idées nouvelles de justice et d'égalité. Un petit précis de politique qui aborde sans tabou l'eugénisme, le machisme ou tout simplement la démocratie, si dangereuse dans certaines société trop habituées à subir au lieu de décider.

Ce n'est pas forcément optimiste pour notre propre monde. Pour Chris Beckett, le salut semble définitivement dans le repli sur soi, dans de petites communautés vivant en autarcie. Un grand plaidoyer contre la mondialisation...

« Les enfants d'Eden » de Chris Beckett, Presses de la Cité, 22 €.

 

20/07/2016

DANS LA POCHE POUR LA PLAGE : Le chef-d'oeuvre de Maurice G. Dantec

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 Le 16 juin dernier, la collection Folio policier publiait en livre de poche « Villa Vortex », roman de près de 1000 pages de Maurice G. Dantec paru en 2003 chez Gallimard. Dix jours plus tard, l'écrivain français si controversé, mourrait d'une crise cardiaque dans son exil canadien. Étrange coïncidence pour un écrivain qui n'aura jamais laissé personne indifférent. Mélangeant les genres avec un réel talent, il a toujours été écartelé entre le fantastique, le polar, la science-fiction, la méta-physique et le religieux. « Villa Vortex » raconte deux chutes. Celle du mur de Berlin et des tours du World Trade Center en 2001.

La fin d'un monde, comme annonciatrice de la radicale transformation de notre société. Dantec, entre anarchisme et repli religieux (il a souvent été catalogué parmi les islamophobes pour cause de chrétienté trop affirmée) se voulait une sorte de prophète.

Reste que son œuvre est tellement vaste que tout le monde peut désormais lui faire dire tout et son contraire. Alors, pour avoir une idée de sa pensée, rien ne vaut sa découverte dans le texte. Et donc dans ce «pavé» à jeter sur votre serviette de plage.

« Villa Vortex » Folio Policier, 14,40€

 

08:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dantec, villa vortex, folio

13/07/2016

Beau livre : deux passionnés de vélos à la rencontre des hommes

Traverser les Pyrénées, à vélo, en une semaine, en passant par les plus grands cols : Jerôme Yager et Victor Ferreira ont réalisé un rêve.

Passionnés de vélos, Jérôme Yager et Victor Ferreira ont rapidement trouvé des terrains de jeu commun. Le premier, journaliste à l'Indépendant dans le Lauragais a rencontré le second à Castelnaudary. Ancien légionnaire, il est resté près de ces plaines quand il a quitté l'uniforme. Devenu photographe et vidéaste, du bas du Lauragais, par moment, les Pyrénées offrent une vue magnifique. La Montagne Noire semblant bien banale, les deux hommes ont décidé de mettre à l'épreuve leurs montures à deux roues (et surtout leurs muscles) dans une traversée du massif contée dans ce beau livre richement illustré des photos de Jules Clamens, étudiant en audiovisuel à l'université de Madrid.

Énergique Jean Lassalle

Loin d'être un simple « roadbook » reprenant étape par étape les sept journées harassantes sur des pentes pouvant aller à plus de 13 %, le livre est une mine d'informations sur ces montagnes mais aussi et surtout une belle réflexion sur l'amitié, l'adversité et la volonté de rencontrer des gens. Du Pays Basque aux plages de Sainte-Marie-la-Mer, durant une semaine intense, ils ont enrichi leur imaginaire, touché la légende (Pourtalet, Tourmalet). Ils ont croisé des cyclistes anglais, des producteurs locaux, d'anciens champions ou François Bayrou, maire de Pau qui affirme sans ambages (et donne ainsi une autre explication à son obstination présidentielle) : « le maître mot de la culture, des valeurs pyrénéennes, c'est l'indépendance ».

Parmi les temps forts, la rencontre avec Jean Lassalle, député des Pyrénées-Atlantiques, chantre de ces Pyrénées fortes et éternelles. Son discours, ses convictions, sa vision du pays convainquent les auteurs. Leur donne une envie encore plus forte de sillonner ce pays, ces routes en lacets, ces communautés isolées. « L'échange a été réciproque, l'énergie coule aussi dans nos veines. Notre pèlerinage sera traversé par d'autres moments comme celui-là, entre écoute, échange, partage d'idées et le sentiment de faire partie d'une même communauté modestement montagnarde : celle des Pyrénées et, qui sait, peut-être des hommes que la terre fait honneur de recevoir ».

Au final, les deux auteurs semblent comme transfigurés. Comme si chaque coup de pédale était un morceau d'humanité mieux compris, mieux assimilé. Les Pyrénées n'ont pas fini de charmer et fasciner, cyclistes, randonneurs ou simples terriens capables de lever la tête vers les cimes.

« La traversée des Pyrénées » de Jérôme Yager, Victor Ferreira et Jules Clamens, Les Presses littéraires, 27 €.

 

10/07/2016

Polar : il n'y a pas de passé simple

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Skander Corsaro, journaliste stagiaire d'un quotidien local dans une petite ville de province, est plein d'enthousiasme. Il va rédiger son premier article sur une abbaye cistercienne. Rien de transcendant jusqu'à la découverte du cadavre de l'architecte des bâtiments de France. Le reporter se transforme en enquêteur, sur la trace du tueur et d'un légendaire trésor car un peu comme à Rennes-le-Château, un abbé aurait découvert pièces d'or et pierres précieuses. Le premier roman de François-Henri Soulié, lauréat au festival de Beaune, plonge le lecteur dans une France par bien des aspects rétrograde. Si le héros est à moitié « beur », il doit faire avec l'antipathie des « Français de souche » de la région, dont le lieu de rendez-vous est le café de France résumé en deux phrases : « Le vrai bon vieux temps dans toute sa patine crasseuse. La France rance des profondeurs ». Un héros humaniste doublé d'un meilleur pote homo et anarchiste : amateurs de terroir et de vertes campagnes d'antan, passez votre chemin !

« Il n'y a pas de passé simple » par François- Henri Soulié, éditions du Masque, 7,90 €

 

06/07/2016

Livre : Nice, la rouge

 

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Patrick Raynal refait vivre Nice en mai 68. Quand les étudiants « rouges » tentaient de faire exploser tous les carcans.

 

Nice, sa Promenade des Anglais, ses retraités, son vote à droite. La riante ville du Sud n'est pas réputée pour ses velléités révolutionnaires. Pourtant, en mai 68, là aussi une poignée de jeunes idéalistes ont longtemps cru pouvoir changer la société française en profondeur. « Une ville en mai » de Patrick Raynal, roman noir, revient sur cette période au cours de laquelle une poignée de gauchistes a occupé l'université. Tout l'intérêt du livre réside dans la vision des différents protagonistes de l'action. Des « vieux de la vieille », totalement allergiques à cette liberté débridée. Le narrateur, Frédéric, a quitté Nice depuis 10 ans. Il revient en France (après dix années passées en Afrique) car sa fille Sophie, âgée de 18 ans, a disparu depuis trois mois. Il découvre, à son grand désespoir, qu'elle faisait partie des meneurs de la révolte estudiantine. Frédéric, en témoin extérieur, n'en croit pas ses yeux. Car Nice est encore plus embourgeoisée qu'à son départ il y a une décennie. Et de se demander comment ces étudiants « pouvaient-ils songer un seul instant à faire la révolution dans une ville qui, depuis plus de quatre-vingts ans, se figeait les traits à grands coups de truelle de fond de teint ? »

Pancrazi aussi recherche la demoiselle, par ailleurs petite amie officielle du leader de la révolte, Figasso. Ce commissaire des Renseignements généraux tente de surveiller le bouillon de culture de la fac. Ancien résistant, fidèle à de Gaule, il n'a qu'une envie : mettre au pas ces fils de petits-bourgeois en mal de sensations fortes. Tout se complique quand un prof, réputé pour se idées d'extrême-droite, est retrouvé mort dans le port. Les étudiants ont-ils dérapé ? La disparition de Sophie est elle liée à ce meurtre ? Non seulement le roman est passionnant par son intrigue, mais il offre aussi et surtout une grosse bouffée de nostalgie, tant aux soixante-huitards qu'aux tenants de l'ordre gauliste.

« Une ville en mai », Patrick Raynal, L'Archipel, 18 euros

 

 

 

 

 

02/07/2016

Livres de poche : gros pavés sur la route des étoiles

 

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La Terre a été coupée du reste de l'univers par une mystérieuse barrière opaque à l'extérieur de laquelle le temps s'écoule des millions de fois plus vite. Il reste donc peu de temps avant que le Soleil ne transforme la planète en une boule de feu. Cette intégrale reprend les trois romans parus entre 2005 et 2011 de la trilogie « Spin » du maître du genre, Robert Charles Wilson.

« La trilogie Spin », Folio SF, 1120 pages, 15,50 euros

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Au cours d'une expérience scientifique, un trou noir artificiel s'échappe. Le savant responsable, Alex Lustig, sonde désespérément les entrailles de la Terre à la recherche de son bébé égaré, pour découvrir qu'un autre trou noir est déjà en train de ronger inexorablement la substance de notre planète. Le roman de notre planète en péril dans ce roman de David Brin paru initialement en 1990.

« Terre », Milady, 920 pages, 12,90 euros

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La Lune a été transformée en colonie pénitentiaire. Un superordinateur devenu une entité consciente, finit par déduire des données à sa disposition que la colonie lunaire court à sa perte si elle ne se libère pas du joug terrestre. Vaste réflexion sur la politique et les passions humaines, l’histoire et la science, ce roman de Robert Heinlein a obtenu le prix Hugo en 1967.

« Révolte sur la Lune », Le Livre de Poche, 640 pages, 8,90 euros

 

01/07/2016

Thriller : L'île maudite de Viveca Sten

 

 

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Le nouveau thriller de Viveca Sten (déjà quatre titres parus chez Albin Michel) se passe comme d'habitude sur l'île de Sandhamn. On retrouve les deux héros récurrents de cet univers adapté à la télévision, Thomas, policier et Nora, avocate. Quand Thomas est chargé d'une enquête sur le suicide suspect d'un étudiant, il ne se doute pas que son enquête va le ramener vers son île natale. Exactement sur le rivage duquel on aperçoit, Korsö, la base militaire chargée de défendre Stockholm d'une hypothétique invasion maritime. Dans ces baraquement, il y a quarante ans, l'élite de l'armée suédoise formait ses recrues. Avec parfois des pertes. L'intrigue mêle passé et présent, avec une série de meurtres inexpliqués. A force de travail et de recherches, Thomas parviendra à les relier et se lancera sur les traces d'un tueur particulièrement rancunier.

« Les secrets de l'île », Viveca Sten, Albin Michel, 22 euros

 

 

25/06/2016

Livre : Evangile tueuse entre Lauragais et Rennes-le-Château

François-Claudius Simon, policier imaginé par Guillaume Prévost, enquête sur les secrets de l'abbé Saunière

Les mystères de Rennes-le-Château sont une mine inépuisable pour les romanciers. Guillaume Prévost, par ailleurs historien apporte son grain de sel dans les nombreuses hypothèses pour justifier la richesse de l'abbé Saunière, le sulfureux curé du petit village audois. L'action se déroule en 1920. Le lecteur retrouve François-Claudius Simon, le héros récurrent imaginé par le romancier. Une cinquième aventure pour prolonger un feuilleton digne des meilleures séries.

Emoi au Sacré-coeur de Paris. Un curé est retrouvé assassiné. Dans une mise en scène très macabre : « ses bras croisés sur ses cuisses retenaint une masse sanguinolente et molle, de la taille d'un gros poing fermé. On avait pris soin d'entourer la chose d'une espèce de ronce et d'enfoncer une croix de bois à son sommet. » Ce que le religieux a entre les bras c'est tous simplement son cœur. Parmi les suspects, les participants à la prière nocturne. Dont François-Claudius dont le nom est inscrit sur le rigiste.

 

De Limoux au Lauragais

En plein marasme (il tourne alcoolique après sa séparaton avec son amour, restée à Moscou, enceinte), cette mise en cause le remet sur les bons rails. Il va devoir se disculper et découvrir qui est ce tueur, surnomme « L'enfant de choeur » et qui a également tué à Castelnaudary et Carcassonne.

Le roman se déroule en grande partie dans l'Aude, entre l'église de Rennes et une grotte de la Montagne Noire. Une partie locale savoureuse dans sa description du département au début du siècle dernier. La force du roman reste le foisonnement de personnages et les multiples rebondissements, avec au final des révélations sur l'enfance du héros, abandonné par sa mère, élevé par des religieux et finalement au centre de cette histoire de cinquième évangile (la première en vérité) remettant en cause tous les dogmes de la chrétienté actuelle. 

« Cantique de l'assassin » de Guillaume Prévost, NiL, 20 euros

 

24/06/2016

Livre : Lola, papillon de nuit

Le titre énigmatique du roman de Julie Estève ne parle qu'aux spécialistes des papillons de nuit. "Moro-sphinx" est une espèce gracieuse qui butine les fleurs à l'aide de sa longue trompe en faisant du surplace, comme un colibri. La nuit, Lola aussi aime à se charger d'odeurs. Pour attirer des hommes avec qui elle fait l'amour. Une sorte de fringale physique, comme pour se remplir de culpabilité. Avec à chaque fois un rituel pour marquer la fin de la rencontre "Elle attrape la main droite de son binôme et lui coupe l'ongle du pouce". Elle est comme ça la jeune héroïne fracassée, "quand d'autres se coupent avec des rasoirs, Lola écarte les cuisses." Texte parfois dur, ce premier roman rentre un peu dans le rang quand Lola tombe amoureuse. Reste qu'elle n'est vraiment pas faite pour la normalité.

"Moro-sphinx", Julie Estève, Stock, 18 euros.

 

08:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : papillon, julie estève, stock

23/06/2016

Livres de poche : petits et grands effets de la mort

Hemda Horowitch vit ses derniers jours. Ses souvenirs s'imposent à sa conscience : un père trop exigeant, un mariage sans amour, cette difficulté à aimer équitablement ses deux enfants, Avner et Dina. Dans une langue puissante, Zeruya Shalev évoque la colère, le ressentiment et la peur qui construisent les familles autant que l'amour et le bonheur d'être ensemble.

"Ce qui reste de nos vies", Folio, 8,20 euros

D'ordinaire, les amis imaginaires s'éteignent naturellement, peu à peu négligés par ceux qui les ont inventés. Pas Boddah. Pendant les vingt-sept années de sa courte vie, Kurt Cobain n'a jamais cessé de s'adresser à lui. Mêlant scènes réelles et imaginaires, conversations authentiques et inventées, le texte de Héloïse Guay de Bellissen s'offre un narrateur omniscient.

"Le roman de Boddah", Pocket, 6,95 euros

Adolescente taciturne, June rêve d'art et de son oncle Finn, un peintre new-yorkais reconnu. Mais Finn est très affaibli et meurt bientôt de cette maladie qu'on n'évoque qu'à demi-mot en 1980, le sida. Inconsolable, la jeune fille se lie d'amitié avec le mystérieux Toby, l'ami de Finn. Carol Rifka Brunt raconte le passage à l'âge adulte après un deuil.

"Dites aux loups que je suis chez moi", 10/18, 8,80 euros

 

08:28 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : folio, mort, pocket, 1018

19/06/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Les mille et une vies de Coluche

Mort depuis 30 ans, putain de camion, Coluche a droit à toute une salve d'hommages, portraits et autres livres sur sa vie, son œuvre et tout le reste. Parmi les nombreux ouvrages qui lui sont consacrés, ceux qui aimaient particulièrement l'humoriste "bête et méchant", ne manqueront pas "Le petit Coluche illustré par l'exemple". Gilles Bouley-Franchitti a concocté une sorte d'encyclopédie de la pensée coluchienne. Un mot, une citation, une explication : la recette est simple et permet de retrouver quelques perles. A "militaire" par exemple, il déclarait en 1980 au Figaro "le fait militaire que j'admire le plus : la désertion et l'armistice". Le jeune Michel Colucci, dans les années 60, n'a pas échappé au service national. Il a passé au total 53 jours en prison pour "insultes envers des supérieurs ou incorrections avec les gradés". Sa vengeance n'en sera que plus cinglante. Coluche, visionnaire, a même anticipé cette série de commémorations quand il explique : "On dit que j'ai du talent. Quand je serai mort on dira que j'avais du génie. Moi, tant que j'ai du pognon... » 

"Le petit Coluche illustré par l'exemple", Nouveau Monde éditions, 14,90 euros