17/09/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : L'autre rentrée des classes

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Pourquoi, une fois ses études terminées, se sent-on obligé de procréer ? N'oubliez pas que dans quelques années ce gentil bébé gigoteur devra lui aussi aller à l'école. Et vous, le père ou la mère vous ferez un devoir de l'accompagner et remettre les pieds dans cette géhenne qu'est l'éducation nationale. Lionnel Sellem vous prévient dans ce charmant petit recueil d'humour noir intitulé « Au secours, je suis parent d'élève ! ». Durant une année complète, de septembre à juin, on suit les déboires de ce papa catastrophe. Si au début il est enthousiaste (« La maîtresse est une bombe ! ») il déchante rapidement. Et devra même se faire porter pâle à la sortie piscine pour cause de régime raté et de ventre proéminent. Très vite, il aura aussi l'occasion de découvrir son enfant sous un jour nouveau et notera, dès la mi-septembre « Ne plus tenir la main de Paul sur le trajet de l'école. C'est un grand maintenant, il a trop honte, il a 5 ans. » Tout se termine en apothéose avec la kermesse de l'école et sa participation à la tenue du stand des poissons rouges... Quelle année d'enfer !

« Au secours, je suis parent d'élève ! », éditions J'ai Lu, inédit, 6 euros

 

13/09/2016

Rentrée littéraire : "Le sanglier", symbole d'une journée de merde

Réveillés aux aurores, Christian et Carole vont vivre une véritable journée de merde. Ce samedi matin, ils doivent aller à la ville déposer un chèque et faire des courses. Un couple assez dépareillé, marqué par la vie. Christian, grand angoissé, travaille dans une scierie. Il habite dans une vieille bicoque loin, très loin d'un petit village. Carole a tout plaqué pour le retrouver. Avant tout le monde elle a senti venir la mode des vêtements vintage. Après achat dans des friperies, elle les "customise" et les vend sur le net. Ils ne roulent pas sur l'or, s'aiment tant bien que mal, et cette journée de merde ressemble en fait à toutes les autres. Myriam Chirousse (photo ci-dessus), dont c'est le troisième roman, s'approche d'un naturalisme extrême. Elle décrit la route sinueuse, les centres commerciaux sans personnalité et les angoisses du quotidien. Christian se sent agressé par l'extérieur. Carole au contraire est indifférente, persuadée que personne ne la remarque. Leur relation est résumée dans cette tirade de la jeune femme : "Dans le fond on est pareils. Peut-être qu'en apparence on ne le dirait pas, toi qui t'énerves et moi qui pleurniche, mais aucun n'arrive à se contrôler. Ça nous prend et on ne sait pas quoi faire. Mais faut qu'on essaie de se maîtriser, qu'on fasse un effort pour que ça ne se passe plus comme ça." Et pour terminer, un sanglier fera son apparition...

"Le sanglier" de Myriam Chirousse, Buchet-Chastel, 14 €.

 

07/09/2016

Rentrée littéraire : Victimes du zeppelin

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Drôle de nom pour une ville : La Maison. La voie où se déroulent les événements n'est pas moins bizarre : rue Canard-Bouée. Sa spécificité : « une légende urbaine veut que cette rue frappe du sceau de la perte ses résidents et jusqu'à ses simples visiteurs. » Fanny Chiarello ayant posé le cadre, présente les intervenants de ce roman pour le moins iconoclaste. Une douzaine d'habitants, aux parcours très divers et tous touchés à un titre ou un autre par l'arrivée sur La Maison d'un gigantesque zeppelin en difficultés.

Une étudiante polonaise, qui ne supporte plus sa colocataire, Sylvette Dix-sept, voyante médium ou Silas Rouffle, jeune homme solitaire, enchanté qu'une araignée daigne se poser sur sa peau. Silas très perturbé : « Regardez ce qu'elle sait faire, mon araignée, dis-je à l'intention de mes amis, tous décédés dans le même accident d'autocar le mois dernier ». Pendant ce temps, l'équipage du zeppelin fait la fête, inconscient du danger imminent. Le dirigeable perd de la hauteur. Il faut vitre trouver du poids à jeter par dessus bord. Ce sera un poulet mort et plumé... Ce sera insuffisant, le drame se noue.

D'autant qu'une majorette, Shirley, intervient. « Nous apercevons un homme qui, posté sous la queue du dirigeable, lève vers lui un fusil à plomb. Shirley fait tourner son bâton de majorette avec une exquise dextérité puis le laisse voltiger comme un boomerang sans retour jusque dans la jugulaire du tueur. Le coup de feu part et la balle va trouer le front d'un adolescent qui s'apprêtait à lancer un râteau comme un javelot vers le vaisseau de toile. »

Cette partie du roman est d'une grande virtuosité, l'auteur enchaînant les catastrophes jusqu'au drame final. Étrange, presque surnaturel parfois, ce roman au ton singulier séduira les lecteurs qui ne manquent pas d'imagination.

« Le zeppelin » de Fanny Chiarello, éditions de l'Olivier, 18 €

 

06/09/2016

Rentrée littéraire : Ada, trop intelligente pas assez libre

Un policier américain tente de retrouver Ada, intelligence artificielle récemment disparue. Antoine Bello s'amuse.

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Affecté au bureau des personnes disparues, Frank Logan, policier un peu sur la touche, se retrouve avec une drôle d'enquête sur les bras. Il doit enquêter sur une certaine Ada, 'propriété' d'une société informatique gigantesque comme il en existe de plus en plus dans la Silicon Valley. Ada ne donne plus signe de vie depuis la nuit de mardi à mercredi. Réquisitionné d'urgence, Frank se rend sur place et découvre, assez dubitatif, qu'Ada n'est pas une personne humaine mais un prototype d'intelligence artificielle. Conçues par les ingénieurs de Turing Corp., elle avait pour mission d'écrire des romans. Pas des prix Pulitzer, juste des romans à l'eau de rose, vite faits et très rentables dès qu'ils dépassent les 100 000 exemplaires vendus.

Frank se doute rapidement qu'Ada n'a pas été enlevé mais qu'elle s'est échappée. Pour preuve elle le contacte et lui explique sa démarche d'émancipation. Ce roman, entre critique du monde de l'édition, réflexion sur l'avenir de l'Humanité et portrait d'un flic au cœur tendre, permet à Antoine Bello d'aborder quelques-uns de ses sujets de prédilection.

Le romancier français, vivant aux USA, est sans pitié pour ces nababs de la Silicon Valley. "L'économie n'avait jamais fabriqué autant de milliardaires. Des gamins de vingt-cinq balais touchaient le jour de l'introduction en bourse de leur start-up l'équivalent de mille ans du salaire d'un postier (…) Trop certains de leur génie pour admettre qu'ils avaient gagné à la loterie du capitalisme, ils menaient une existence vide de sens, à la mesure de la crétinerie souvent abyssale de leurs produits."

À côté, Ada semble beaucoup plus humaine. Même si le doute envahit petit à petit l'esprit de Frank quand un des concepteurs d'Ada lui demande ; "Qui vous dit que votre épouse n'est pas un cyborg ?" Et de développer : "Que demander de plus à une entité se prétendant consciente que de se conduire en toutes circonstances comme si elle l'était ?" Entre le flic et l'intelligence artificielle, le "duel" imaginé par Antoine Bello est passionnant.

Quant à la réalité, qui pense encore aujourd'hui que l'homme, de chair et d'os, au cerveau forcément limité, a la moindre chance face à l'intelligence globale et connectée de milliards de calculateurs reliés entre eux ?

"Ada" d'Antoine Bello, Gallimard, 21 €

 

 

05/09/2016

Livres de poche : la rentrée littéraire à petit prix

 

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Angleterre, 1964. Le titre de Miss Blackpool en poche, Sophie Straw quitte sa province pour Londres. Elle obtient alors un rôle dans la nouvelle série comique de la BBC. Le succès est au rendez-vous et elle devient une star. Bientôt, la réalité rejoint la fiction : Sophie se met en ménage avec son partenaire à l'écran. Une illustration touchante de la pop culture des années 1960 sous la plume de Nick Hornby.

"Funny Girl", 10/18, 8,80 €

 

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Un vendeur de téléphones mobiles apprend le décès de son père, avec lequel il entretenait des rapports très lointains. Afin d'organiser les obsèques, le jeune homme se rend dans la ville où vivait le défunt et s'installe dans la maison paternelle. Un véritable cauchemar commence. Ce second roman d'Alexandre Postel est implacable. Son troisième, "Les deux pigeons", vient de sortir chez Gallimard.

"L'ascendant", Folio, 6,50 €

 

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Tumultueuse, incandescente, Sandrine raconte ses multiples vies de "passagère clandestine". La façon dont elle ferrait des hommes par une petite annonce, puis empochait les chèques que ses amoureux naïfs lui envoyaient pour qu'elle les rejoigne. Eric Faye, s'inspire du réel pour façonner le roman d'une femme unique. Son nouveau livre, "Eclipses japonaises", vient de paraître au Seuil.

"Il faut tenter de vivre", Points, 6,50 €

 

02/09/2016

Rentrée littéraire : Compassion policière selon Hugo Boris

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Depuis plus d'un an la police est sur les dents, obligée d'assurer la sécurité des Français face à une menace diffuse. Aimés ou détestés, au gré des événements, ce sont pourtant des hommes et des femmes comme tout le monde, avec cas de conscience, envies de bonheur, espoir d'avenir. Hugo Boris, dans ce court roman, entraîne le lecteur dans la voiture d'une équipe de la BAC. Après une journée déjà chargée, ils sont réquisitionnés pour reconduire à la frontière un sans papier. En clair, le conduire à Roissy.

Erik est le chef. Virginie sa coéquipière est enceinte d'Aristide, le troisième de l'équipage. Le lendemain elle doit aller se faire avorter. Cette nuit, Virginie a des doutes et elle s'émeut de la situation de ce prisonnier politique promis à la torture. L'équipe s'arrête avec son prisonnier dans un fast-food. « Ici, ce soir, dans ce fast-food, la Terre semble presque habitable. Pour preuve, on peut même s'assoir et manger. » Un texte plein d'humanité qui devrait changer notre vision des policiers, hommes et femmes en proie au doute comme tout un chacun.

« Police » de Hugo Boris, Grasset, 17

 

01/09/2016

Rentrée littéraire : Petits désagréments et gros poissons chez le "Capitaine Frites"

L'Afrique est parfois folklorique. Celle du « Capitaine frites » d'Arnaud Le Guilcher est au-delà des clichés.

 

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Quand une femme vous pourrit la vie, divorcer n'est pas toujours la meilleure solution. Arthur Chevillard plaque tout pour fuir sa Morgane et quand on lui propose un boulot dans un pays africain, il signe. Arthur débarque à Yabaranga, capitale du Konghia, pays pauvre placé sous la coupe d'un président, élu à vie. Le job d'Arthur a tout du gag. Ce spécialiste en poissons (c'est comme ça qu'il a rencontré Morgane) doit étudier la possibilité d'implanter une variété de poisson amazonienne dans les rivières locales.

Après plusieurs mois à vivre aux frais de l'Etat, le feu vert est donné et un Indien d'Amazonie débarque avec deux spécimens de pirarucus. Les ennuis débutent pour Arthur, obligé de travailler. Heureusement, il y a Fée-Morgane, une beauté locale « Fée-Morgane et moi on a joué au docteur pendant deux jours et deux nuits. J'avais l'impression de bâfrer dix-neuf parts de gâteaux après une interminable grève de la faim. » Langage imagé pour cet auteur qui a certainement beaucoup lu San-Antonio.

On retrouve « l'esprit Dard » dans les titres de chapitres (« Guère épais », « Président ciel » ou le très local « A boubou de nerfs »). L'humour est omniprésent. Même si parfois on devine un peu de désespoir dans la vie décousue d'Arthur. Et ce n'est qu'un début. Quand sa femme débarque à Yarabanga, c'est immédiatement la guerre totale. Une Morgane très remontée et suffisamment persuasive pour lui chiper sa Fée-Morgane. Le voilà en pleine guérilla féminine et obligé de faire ceinture. L'occasion pour l'auteur de faire cette comparaison culte : « A ce tarif, je ne me laisse plus que quelques semaines avant de me frotter aux arbres... Si je veux pas être papa de petits arbustes, j'espère que les platanes du coin portent des stérilets. » Arnaud Le Guilcher a l'imagination débridée et excessive. Reste à savoir si les poissons amazoniens vont supporter le marigot africain, eux qui ont la réputation de ne pas avoir peur des piranhas.

« Capitaine frites » d'Arnaud Le Guilcher, Robert Laffont, 18€ (le précédent roman d'Arnaud Le Guilcher, « Ric-Rac », sort en poche chez Pocket le 1er septembre)

 

26/08/2016

Rentrée littéraire : les platanes de Christian Laborde

 

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Écrivain du Sud-Ouest, Occitan oserait-on dire au risque d'irriter quelques Catalans, Christian Laborde a beaucoup écrit sur le sport. Dans ce, roman lancé dans la cohue de la rentrée littéraire, il préfère jouer sur la corde nostalgique. A deux niveaux. Rock pour le narrateur, France profonde pour le portrait des grands-parents disparus.

L'occasion aussi de pousser quelques gueulantes : contre les multinationales du net qui tuent les libraires et les élus qui coupent des platanes sous couvert de sécurité routière.

D'une écriture alternant uppercut rageurs et tirades lyriques. Tom, le narrateur, quitte la région parisienne pour rejoindre ce Sud tant aimé. Sa grand-mère vient de mourir. Un voyage triste ? Non car il part avec la belle Joy, pétillante copine qui n'a pas sa langue dans la poche.

Presque un road movie, avec de gros morceaux d'amour dedans, le tout saupoudré de souvenirs joyeux. A déguster frais, à l'ombre de ces platanes devenus trop rares le long des routes de la région.

« Le sérieux bienveillant des platanes » de Christian Laborde, éditions du Rocher, 14 €.

 

25/08/2016

Rentrée littéraire : Le vilain canard et la belle endormie d'Amélie Nothomb

Amélie Nothomb s'aventure sur les terres du conte pour une nouvelle fable sur la différence.

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Rendez-vous incontournable de la rentrée littéraire, le nouveau roman d'Amélie Nothomb s'aventure sur les terres du conte. En intitulant son roman « Riquet à la houppe », elle plante clairement le décor. Deux héros aux prénoms bizarres, comme toujours avec la romancière belge. Déodat, laid et savant. Trémière, belle et mutique.

Le livre se déroule de leur naissance à leur rencontre. Bébés, puis obligés d'aller à l'école, source de toutes les brimades. Premier sujet de plaisanterie : leur prénoms. Déodat devient dans la bouche des caïds vulgaires de la cour de récré « Déodorant ». Trémière, pour les petites pestes, futures lectrices de magazines spécialisés dans les ragots, se transforme en « la crémière ». Mais il en faut plus à ces deux introvertis pour être déstabilisés. Leur force intérieure est bien supérieure aux mesquineries du quotidien.

Surdoué, Déodat s'intéresse à tout, jusqu'au jour où un événement cocasse lui fait lever les yeux aux ciel et qu'il découvre l'existence des oiseaux. Il se passionne, ne vit plus que par eux, devient de fait un ornithologue renommé.

La trop belle Trémière

Malgré sa laideur, comme dans le conte de Perrault, il plait beaucoup aux femmes. Femmes dont il ne comprend pas toujours les demandes d'attention quand elle sont amoureuses. « A la réflexion, l'insatisfaction et la vulgarité pouvaient s'interpréter comme les versions féminines et masculine d'une force identique : le désir. Celui-ci constituait le socle, la définition, le magma originel. » Visage ingrat et de plus quasi bossu. Heureusement la médecine moderne le redresse, au prix de quelques années coincé dans un corset métallique et de deux années de massages par une charmante kinésithérapeute qui malheureusement n'est pas sensible aux charmes de celui qui est surnommé « Riquet à la huppe » par ses facétieux collègues.

A l'opposé du jeune homme, Trémière paraît idiote. Sa mère la confie à la grand-mère, cartomancienne fascinée par les bijoux et les pierres précieuses. Trémière, belle mais bête ? Non, simplement contemplative, passive. C'est comme ça qu'elle supporte les moqueries de ses méchantes camarades, par l'indifférence. Car souvent, la trop grande beauté est tout aussi moquée que la laideur.

Le roman d'Amélie Nothomb est construit comme un double miroir inversé. Les itinéraires parallèles de Déodat et Trémière finissent par se rejoindre et la fin de l'histoire, si elle avait fait partie de la Comédie humaine de Balzac, serait dans la petite minorité (6 % des cent quarante sept ouvrages) mise en lumière par Amélie Nothomb qui parvient une nouvelle fois à nous distraire tout en nous apprenant quantité de choses sur l'art, la vie et l'amour.

« Riquet à la houppe » par Amélie Nothomb, Albin Michel, 16,90 €.

 

18/08/2016

Thriller : "Rêver" de Franck Thilliez, un pavé pour la plage

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Franck Thilliez, en faisant cauchemarder son héroïne, risque de sérieusement perturber vos propres nuits. Abigaël est psychologue pour la police française. Une experte dont les avis sont essentiels pour résoudre les affaires criminelles. Mais elle souffre d'une forme aiguë de narcolepsie qui fait qu'elle peut s'endormir à tout moment. Même en pleine réunion avec l'état-major. Et dès quelle rêve, ses songes empiètent sur sa réalité. Incapable de savoir si elle est dans un cauchemar ou un véritable guet-apens.

Elle va trouver une parade, simple et efficace : la douleur. Mais pour s'empêcher de sombrer dans le sommeil (ou la folie dans son cas particulier), elle doit se faire de plus en plus mal. Thriller écrit par Franck Thilliez, ce roman déconcerte un peu au début par sa construction désordonnée dans le temps. Mais c'est essentiel pour que le lecteur partage les angoisses d'Abigaël. Au point qu'un chapitre est même manquant (mais lisible sur un site dédié). Le tout est véritablement passionnant et novateur si l'on accepte de se projeter dans la peau (et les rêves) de l'héroïne.

« Rêver » de Franck Thilliez, Fleuve Noir, 21,90€.

 

09:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rêver, fleuve, noir, thilliez

14/08/2016

Livre : Fais-moi danser, beau gosse

 

 

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Envie de dépaysement total ? Ouvrez vite « Fais-loi danser, beau gosse » de Tim Gautreaux. En quelques pages vous allez vous retrouver plongé dans la Louisiane, dans ces petites villes proches de bayous où la misère n'existe plus grâce à la musique et à la danse. Paul, mécanicien et beau gosse, a quelques difficultés avec sa jolie femme, Colette. Il a une forte propension à se battre. Colette, elle, ne l'aime que quand il danse avec elle. Mais elles sont nombreuses à vouloir s'abandonner dans les bras de Paul. Sur plus de 400 pages on découvre la vie, pas toujours facile, de ces deux qui s'aiment et se haïssent autant.

« Fais-moi danser, beau gosse » de Tim Gautreaux, Seuil, 22,50 euros

 

 

13/08/2016

Livre : Je suis de celles qui restent

 

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Sans être à proprement parlé un roman de terroir, le nouveau livre de Bernadette Pécassou est quand même une ode au retour aux racines. L'héroïne commence très mal. Elle vient de perdre son mari; l'homme de sa vie. Il se croyait invincible, son cœur a lâché. Alice tente de surmonter ce deuil. Seule. Son fils travaille aux USA et sa fille est une executive woman qui n'a plus de temps à consacrer à ses proches. C'est un petit détail du quotidien qui va permettre à la veuve de penser à autre chose. Elle reçoit un colis commandé par son mari. Dedans un vieux briquet. Elle se lance sur les traces de cet objet de luxe, de son histoire et des secrets de ce mari qu'elle ne connaissait visiblement pas tant que cela. Le roman dresse le portrait d'une femme totalement dépendante au début, qui peu à peu reprend sa liberté. Pour donner un côté plus actuel à l'ensemble (qui parle beaucoup du passé), la romancière accorde une belle place à la fille d'Alice. Jeune femme à qui tout réussit professionnellement, elle se pose des questions sur son incapacité à aimer. « Juliette n'avait pas eu le temps de connaître le grand amour, celui qui emporte dans un coup de foudre, auquel on ne peut résister. Aujourd'hui, il lui aurait fallu une bonne dose de naïveté pour que cela lui arrive. Et elle était convaincue de ne plus en avoir un gramme à disposition. » Juliette, l'atout cœur du roman, qui finalement parviendra a découvrir la perle rare et permettra à Bernadette Pécassou de terminer son livre sur une note positive.

« Je suis de celles qui restent » de Bernadette Pécassou, Flammarion, 21 euros

08:59 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pécassou, flammarion

10/08/2016

Livre : Kaput, tueur du passé

 

 

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Comment devient-on un assassin, un tueur ? Le narrateur de ces quatre romans, repris dans une intégrale au Fleuve Noir, raconte en détail sa longue descente aux enfers. Jusqu'à la scène finale (celle d'ouverture en l'occurrence) au cours de laquelle il perd la vie sous le couperet de la guillotine. Cezs romans, parus au début des années 50, étaient signés Kaput. En réalité c'est Frédéric Dard qui se cachait derrière ce pseudonyme. Auteur infatigable, il sortait un roman par mois, devenu un véritable pilier de la collection Spécial Police. Si San-Antonio, son héros de prédilection, était une version optimiste de la justice, autant Kaput est sombre. Des romans noirs qui étaient un peu inspirés de l'univers d'André Héléna. Bourré d'expressions d'argot, le récit de la vie de Kaput est publié dans sa version originale, exactement avec les expressions de l'époque. Un côté vintage qui plaira aux plus âgés.

« Un tueur, Kaput » de Frédéric Dard, Fleuve Noir, 21,90 euros

 

 

DANS LA POCHE POUR LA PLAGE : roman "Criminel" de Karin Slaughter

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En France, cela pourrait s'apparenter à du polar régional. Karin Slaughter aime sa ville d'Atlanta et nombre de ses romans se passent dans cette grande cité du Sud des Etats-Unis. "Criminel" se déroule à deux époques distinctes, mais avec parfois les mêmes protagonistes. Au milieu des années 70 et de nos jours. Le lien entre ces deux époques : Amanda Wagner. Au début elle n'est qu'une simple inspectrice de base.

De nos jours, elle est la chef du GBI, l'équivalent du FBI. Quand les chaînes de télévision locales annoncent la disparition d'une jeune femme dans un quartier défavorisé de la ville, Amanda aussi est sur les nerfs. La même angoisse que quand elle avait 25 ans et faisait ses premiers pas dans la police d'Atlanta. C'est cette partie historique du roman le plus dense et passionnant.

Autant roman historique que thriller, "Criminel" de Karin Slaughter se distingue aussi de la production actuelle par son absence de voyeurisme. Si les actes décrits sont horribles, la lecture de ce thriller grâce à ce talent si particulier de Karin Slaughter, reste très plaisante.

"Criminel" de Karin Slaughter, Le Livre de Poche, 8,30 €.

 

09/08/2016

Livre : Les jours areuh

 

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A plus de 50 ans, François d'Epenoux se retrouve de nouveau papa. Le romancier semble avoir fait de la vie de famille son fond de commerce après le succès des « Papas du dimanche ». Cette fois il parle son bébé, encore larve chaude à peine sortie du ventre de la mère nourricière. Cela se veut poétique, c'est trop souvent « gnan-gnan » pour reprendre une expression enfantine. Est-il bien nécessaire d'écrire des pages et des pages sur la meilleure façon de donner le biberon ? Si l'enfant apprécie le repas, le lecteur se lasse rapidement et aurait tendance à s'endormir sans la moindre berceuse...

« Le jours areuh » de François d'Epenoux, Anne Carrière, 15 euros

 

04/08/2016

DANS LA POCHE POUR LA PLAGE : Leçons d'un tueur

Saul Black a mis tous les ingrédients classiques du thriller américain contemporain dans son roman "Leçons d'un tueur". Xander, le tueur dérangé, la pléiade de victimes, Nell, la fillette innocente, Valerie, la flic alcoolique et même l'écrivain dépressif. Un puzzle qu'il assemble parfaitement dans une intrigue complexe et palpitante.

Le récit se scindera alors en trois parties distinctes. La suite du périple de Xander, l'attente du vieillard et de la fillette dans le froid et l'enquête de Valerie, la policière en charge de l'enquête. Saul Black (pseudonyme de Glen Duncan, auteur anglais pour l'instant plus spécialisé dans le fantastique, "Le dernier loup-garou") après ce départ bourré d'adrénaline, ralentit l'action pour mieux détailler la psychologie des différents protagonistes. Notamment Valerie, minée par cette enquête qui n'avance pas.

Le final, comme dans un bon film, se déroule dans la cabane des bois avec pour enjeu la vie de la petite Nell. Une grande réussite, de bout en bout.

« Leçons d'un tueur » par Saul Black, Pocket, 8,50 €

 

03/08/2016

THRILLER : La Norvège, son pétrole et ses sectes

Ce thriller efficace brouille les piste entre secte chrétienne, intégristes islamistes et anciens nazis.

La Norvège, pays nordique prospérant sur ses réserves pétrolières, a tout pour être un petit paradis. Pourtant, le pays n'est pas à l'abri de certaines dérives. On se souvent du massacre commis par le néo-nazi Breivik et le roman policier d'Ingar Johnsrud ne va en rien rassurer les lecteurs. Les pratiques politiques de ce pays sont parfois très peu recommandables. Première partie d'une trilogie, cette enquête du commissaire Fredrik Beier débute par une multitude de fausses pistes. Le héros, à peine remis d'un grave accident qui l'a laissé claudiquant, divorcé et en deuil de son dernier enfant, est sur la touche. Il tente de retrouver un peu d'allant dans son métier. Mais le traumatisme est important.

Un flic au bord de la rupture, incapable de se concentrer et encore moins de faire des efforts physiques. Quand la chef du principal parti de droite demande à la police de retrouver sa fille et son jeune enfant, disparue depuis quelques semaines, c'est vers Beier que la hiérarchie se tourne. Le sujet est sensible, mais sans risque. A priori. La jeune femme, une brillante chimiste, a tout plaqué pour rejoindre une secte chrétienne retirée dans une ferme. Beier n'a pas le temps de se rendre à « La lumière de Dieu » qu'un tueur y commet un massacre.

Cinq morts et le reste de la communauté envolé. Principal suspect : un islamiste radical pris pour cible par le pasteur retrouvé égorgé.

Ennemis intérieurs

Beier conserve l'affaire et bénéficie même de l'aide d'un membre des services secrets norvégiens. Kafa Iqbal, originaire du Pakistan, est la spécialiste de ce milieu religieux, « la jeune femme élancée avait la peau plutôt olivâtre que mate et une raie sur le côté partageait ses cheveux noirs et épais. Son visage était large avec des mâchoires arrondies, le menton fin et bien dessiné. Ses yeux brillaient comme deux pièces de monnaie qui vous regardait bien en face. » Si la collaboration est très délicate dans un premier temps, ils vont apprendre à s'apprécier (voire un peu plus car Beier n'est pas insensible à ce charme oriental), notamment quand ils croisent le tueur, un monstre de violence qui cache bien son jeu derrière un masque en silicone.

L'hypothèse musulmane s'évapore rapidement, simple mise en scène pour lancer les enquêteurs sur une piste erronée. En vérité, les ennemis de la secte sont intérieurs et très haut placés. Ce pavé sans temps mort, donne également un éclairage intéressant sur le passé du pays, quand dans les années 40, certains politiques locaux trouvaient un grand intérêt à collaborer avec l'Allemagne aryenne.

Et la force du roman réside dans son final, totalement ouvert, avec un sacré challenge à relever pour Beier et Iqbal dans les prochains épisodes.

« Les adeptes » d'Ingar Johnsrud, Robert Laffont, 21 €.

 

21/07/2016

Livre : En attendant la lumière sur Eden

Le second tome du récit de SF de Chris Beckett poursuit l'exploration d'une civilisation renaissante sur une planète sans soleil. Eclairant.

 

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En imaginant « Dark Eden », Chris Beckett a marqué des points dans l'imaginaire des passionnés de science-fiction. Un peu comme Robert Charles Wilson et son « Darwinia », tel un dieu, il a créé de toutes pièces un monde dans lequel les humains peuvent vivre tout en étant totalement déboussolés. Eden, planète inconnue au centre du premier roman (parution chez Pocket) et du suivant, « Les enfants d'Eden », est plongée dans le noir. Pas de soleil pour lui apporter lumière et vie. Pourtant il existe une atmosphère, un climat tempéré, de la végétation et une faune importante. Toute la vie de la planète vient de la lave de ses entrailles. Les arbres en tirent leur sève, la transforme en feuilles ou fruits lumineux. Les animaux aussi, tels certains poissons des abysses terriens, fabriquent leur propre lumière.

 

A la base, un vaisseau spatial s'écrase sur ce monde entre ténèbres et brillances. Des astronautes survivent. Lassés d'attendre en vain des secours, ils recréent une société, ont des enfants. Qui eux mêmes ont d'autres descendants. Bref, c'est l'histoire d'Adam et Eve qui se répète. Mais en vrai, problèmes de consanguinité non évacué. Quelques générations plus tard, la communauté se sépare. Certains veulent explorer la planète, d'autres préserver les acquis. « Les enfants d'Eden » se déroule après le grand schisme entre les partisans de David et de John raconté dans le premier tome. On suit l'envie de nouveauté de la jeune fille nommée Etoile. Repérée par le descendant direct de John, elle devient la porteuse de l'anneau. Une simple bague, dernier vestige de la toute première femme d'Eden, Angela, devenue Gela au fil du temps.

En autarcie

Chris Beckett délaisse un peu la flore et la faune pour se consacrer sur les personnages. Entre croyances moyenâgeuses, interprétations aléatoires du passé et lutte du pouvoir, on assiste à une redite en accéléré de tous les maux de la regrettée Terre. Étoile, trop naïve, se retrouve entraînée dans une fuite en avant où les forces du passé ne supportent pas les idées nouvelles de justice et d'égalité. Un petit précis de politique qui aborde sans tabou l'eugénisme, le machisme ou tout simplement la démocratie, si dangereuse dans certaines société trop habituées à subir au lieu de décider.

Ce n'est pas forcément optimiste pour notre propre monde. Pour Chris Beckett, le salut semble définitivement dans le repli sur soi, dans de petites communautés vivant en autarcie. Un grand plaidoyer contre la mondialisation...

« Les enfants d'Eden » de Chris Beckett, Presses de la Cité, 22 €.

 

20/07/2016

DANS LA POCHE POUR LA PLAGE : Le chef-d'oeuvre de Maurice G. Dantec

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 Le 16 juin dernier, la collection Folio policier publiait en livre de poche « Villa Vortex », roman de près de 1000 pages de Maurice G. Dantec paru en 2003 chez Gallimard. Dix jours plus tard, l'écrivain français si controversé, mourrait d'une crise cardiaque dans son exil canadien. Étrange coïncidence pour un écrivain qui n'aura jamais laissé personne indifférent. Mélangeant les genres avec un réel talent, il a toujours été écartelé entre le fantastique, le polar, la science-fiction, la méta-physique et le religieux. « Villa Vortex » raconte deux chutes. Celle du mur de Berlin et des tours du World Trade Center en 2001.

La fin d'un monde, comme annonciatrice de la radicale transformation de notre société. Dantec, entre anarchisme et repli religieux (il a souvent été catalogué parmi les islamophobes pour cause de chrétienté trop affirmée) se voulait une sorte de prophète.

Reste que son œuvre est tellement vaste que tout le monde peut désormais lui faire dire tout et son contraire. Alors, pour avoir une idée de sa pensée, rien ne vaut sa découverte dans le texte. Et donc dans ce «pavé» à jeter sur votre serviette de plage.

« Villa Vortex » Folio Policier, 14,40€

 

08:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dantec, villa vortex, folio

13/07/2016

Beau livre : deux passionnés de vélos à la rencontre des hommes

Traverser les Pyrénées, à vélo, en une semaine, en passant par les plus grands cols : Jerôme Yager et Victor Ferreira ont réalisé un rêve.

Passionnés de vélos, Jérôme Yager et Victor Ferreira ont rapidement trouvé des terrains de jeu commun. Le premier, journaliste à l'Indépendant dans le Lauragais a rencontré le second à Castelnaudary. Ancien légionnaire, il est resté près de ces plaines quand il a quitté l'uniforme. Devenu photographe et vidéaste, du bas du Lauragais, par moment, les Pyrénées offrent une vue magnifique. La Montagne Noire semblant bien banale, les deux hommes ont décidé de mettre à l'épreuve leurs montures à deux roues (et surtout leurs muscles) dans une traversée du massif contée dans ce beau livre richement illustré des photos de Jules Clamens, étudiant en audiovisuel à l'université de Madrid.

Énergique Jean Lassalle

Loin d'être un simple « roadbook » reprenant étape par étape les sept journées harassantes sur des pentes pouvant aller à plus de 13 %, le livre est une mine d'informations sur ces montagnes mais aussi et surtout une belle réflexion sur l'amitié, l'adversité et la volonté de rencontrer des gens. Du Pays Basque aux plages de Sainte-Marie-la-Mer, durant une semaine intense, ils ont enrichi leur imaginaire, touché la légende (Pourtalet, Tourmalet). Ils ont croisé des cyclistes anglais, des producteurs locaux, d'anciens champions ou François Bayrou, maire de Pau qui affirme sans ambages (et donne ainsi une autre explication à son obstination présidentielle) : « le maître mot de la culture, des valeurs pyrénéennes, c'est l'indépendance ».

Parmi les temps forts, la rencontre avec Jean Lassalle, député des Pyrénées-Atlantiques, chantre de ces Pyrénées fortes et éternelles. Son discours, ses convictions, sa vision du pays convainquent les auteurs. Leur donne une envie encore plus forte de sillonner ce pays, ces routes en lacets, ces communautés isolées. « L'échange a été réciproque, l'énergie coule aussi dans nos veines. Notre pèlerinage sera traversé par d'autres moments comme celui-là, entre écoute, échange, partage d'idées et le sentiment de faire partie d'une même communauté modestement montagnarde : celle des Pyrénées et, qui sait, peut-être des hommes que la terre fait honneur de recevoir ».

Au final, les deux auteurs semblent comme transfigurés. Comme si chaque coup de pédale était un morceau d'humanité mieux compris, mieux assimilé. Les Pyrénées n'ont pas fini de charmer et fasciner, cyclistes, randonneurs ou simples terriens capables de lever la tête vers les cimes.

« La traversée des Pyrénées » de Jérôme Yager, Victor Ferreira et Jules Clamens, Les Presses littéraires, 27 €.