03/08/2016

THRILLER : La Norvège, son pétrole et ses sectes

Ce thriller efficace brouille les piste entre secte chrétienne, intégristes islamistes et anciens nazis.

La Norvège, pays nordique prospérant sur ses réserves pétrolières, a tout pour être un petit paradis. Pourtant, le pays n'est pas à l'abri de certaines dérives. On se souvent du massacre commis par le néo-nazi Breivik et le roman policier d'Ingar Johnsrud ne va en rien rassurer les lecteurs. Les pratiques politiques de ce pays sont parfois très peu recommandables. Première partie d'une trilogie, cette enquête du commissaire Fredrik Beier débute par une multitude de fausses pistes. Le héros, à peine remis d'un grave accident qui l'a laissé claudiquant, divorcé et en deuil de son dernier enfant, est sur la touche. Il tente de retrouver un peu d'allant dans son métier. Mais le traumatisme est important.

Un flic au bord de la rupture, incapable de se concentrer et encore moins de faire des efforts physiques. Quand la chef du principal parti de droite demande à la police de retrouver sa fille et son jeune enfant, disparue depuis quelques semaines, c'est vers Beier que la hiérarchie se tourne. Le sujet est sensible, mais sans risque. A priori. La jeune femme, une brillante chimiste, a tout plaqué pour rejoindre une secte chrétienne retirée dans une ferme. Beier n'a pas le temps de se rendre à « La lumière de Dieu » qu'un tueur y commet un massacre.

Cinq morts et le reste de la communauté envolé. Principal suspect : un islamiste radical pris pour cible par le pasteur retrouvé égorgé.

Ennemis intérieurs

Beier conserve l'affaire et bénéficie même de l'aide d'un membre des services secrets norvégiens. Kafa Iqbal, originaire du Pakistan, est la spécialiste de ce milieu religieux, « la jeune femme élancée avait la peau plutôt olivâtre que mate et une raie sur le côté partageait ses cheveux noirs et épais. Son visage était large avec des mâchoires arrondies, le menton fin et bien dessiné. Ses yeux brillaient comme deux pièces de monnaie qui vous regardait bien en face. » Si la collaboration est très délicate dans un premier temps, ils vont apprendre à s'apprécier (voire un peu plus car Beier n'est pas insensible à ce charme oriental), notamment quand ils croisent le tueur, un monstre de violence qui cache bien son jeu derrière un masque en silicone.

L'hypothèse musulmane s'évapore rapidement, simple mise en scène pour lancer les enquêteurs sur une piste erronée. En vérité, les ennemis de la secte sont intérieurs et très haut placés. Ce pavé sans temps mort, donne également un éclairage intéressant sur le passé du pays, quand dans les années 40, certains politiques locaux trouvaient un grand intérêt à collaborer avec l'Allemagne aryenne.

Et la force du roman réside dans son final, totalement ouvert, avec un sacré challenge à relever pour Beier et Iqbal dans les prochains épisodes.

« Les adeptes » d'Ingar Johnsrud, Robert Laffont, 21 €.

 

21/07/2016

Livre : En attendant la lumière sur Eden

Le second tome du récit de SF de Chris Beckett poursuit l'exploration d'une civilisation renaissante sur une planète sans soleil. Eclairant.

 

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En imaginant « Dark Eden », Chris Beckett a marqué des points dans l'imaginaire des passionnés de science-fiction. Un peu comme Robert Charles Wilson et son « Darwinia », tel un dieu, il a créé de toutes pièces un monde dans lequel les humains peuvent vivre tout en étant totalement déboussolés. Eden, planète inconnue au centre du premier roman (parution chez Pocket) et du suivant, « Les enfants d'Eden », est plongée dans le noir. Pas de soleil pour lui apporter lumière et vie. Pourtant il existe une atmosphère, un climat tempéré, de la végétation et une faune importante. Toute la vie de la planète vient de la lave de ses entrailles. Les arbres en tirent leur sève, la transforme en feuilles ou fruits lumineux. Les animaux aussi, tels certains poissons des abysses terriens, fabriquent leur propre lumière.

 

A la base, un vaisseau spatial s'écrase sur ce monde entre ténèbres et brillances. Des astronautes survivent. Lassés d'attendre en vain des secours, ils recréent une société, ont des enfants. Qui eux mêmes ont d'autres descendants. Bref, c'est l'histoire d'Adam et Eve qui se répète. Mais en vrai, problèmes de consanguinité non évacué. Quelques générations plus tard, la communauté se sépare. Certains veulent explorer la planète, d'autres préserver les acquis. « Les enfants d'Eden » se déroule après le grand schisme entre les partisans de David et de John raconté dans le premier tome. On suit l'envie de nouveauté de la jeune fille nommée Etoile. Repérée par le descendant direct de John, elle devient la porteuse de l'anneau. Une simple bague, dernier vestige de la toute première femme d'Eden, Angela, devenue Gela au fil du temps.

En autarcie

Chris Beckett délaisse un peu la flore et la faune pour se consacrer sur les personnages. Entre croyances moyenâgeuses, interprétations aléatoires du passé et lutte du pouvoir, on assiste à une redite en accéléré de tous les maux de la regrettée Terre. Étoile, trop naïve, se retrouve entraînée dans une fuite en avant où les forces du passé ne supportent pas les idées nouvelles de justice et d'égalité. Un petit précis de politique qui aborde sans tabou l'eugénisme, le machisme ou tout simplement la démocratie, si dangereuse dans certaines société trop habituées à subir au lieu de décider.

Ce n'est pas forcément optimiste pour notre propre monde. Pour Chris Beckett, le salut semble définitivement dans le repli sur soi, dans de petites communautés vivant en autarcie. Un grand plaidoyer contre la mondialisation...

« Les enfants d'Eden » de Chris Beckett, Presses de la Cité, 22 €.

 

20/07/2016

DANS LA POCHE POUR LA PLAGE : Le chef-d'oeuvre de Maurice G. Dantec

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 Le 16 juin dernier, la collection Folio policier publiait en livre de poche « Villa Vortex », roman de près de 1000 pages de Maurice G. Dantec paru en 2003 chez Gallimard. Dix jours plus tard, l'écrivain français si controversé, mourrait d'une crise cardiaque dans son exil canadien. Étrange coïncidence pour un écrivain qui n'aura jamais laissé personne indifférent. Mélangeant les genres avec un réel talent, il a toujours été écartelé entre le fantastique, le polar, la science-fiction, la méta-physique et le religieux. « Villa Vortex » raconte deux chutes. Celle du mur de Berlin et des tours du World Trade Center en 2001.

La fin d'un monde, comme annonciatrice de la radicale transformation de notre société. Dantec, entre anarchisme et repli religieux (il a souvent été catalogué parmi les islamophobes pour cause de chrétienté trop affirmée) se voulait une sorte de prophète.

Reste que son œuvre est tellement vaste que tout le monde peut désormais lui faire dire tout et son contraire. Alors, pour avoir une idée de sa pensée, rien ne vaut sa découverte dans le texte. Et donc dans ce «pavé» à jeter sur votre serviette de plage.

« Villa Vortex » Folio Policier, 14,40€

 

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13/07/2016

Beau livre : deux passionnés de vélos à la rencontre des hommes

Traverser les Pyrénées, à vélo, en une semaine, en passant par les plus grands cols : Jerôme Yager et Victor Ferreira ont réalisé un rêve.

Passionnés de vélos, Jérôme Yager et Victor Ferreira ont rapidement trouvé des terrains de jeu commun. Le premier, journaliste à l'Indépendant dans le Lauragais a rencontré le second à Castelnaudary. Ancien légionnaire, il est resté près de ces plaines quand il a quitté l'uniforme. Devenu photographe et vidéaste, du bas du Lauragais, par moment, les Pyrénées offrent une vue magnifique. La Montagne Noire semblant bien banale, les deux hommes ont décidé de mettre à l'épreuve leurs montures à deux roues (et surtout leurs muscles) dans une traversée du massif contée dans ce beau livre richement illustré des photos de Jules Clamens, étudiant en audiovisuel à l'université de Madrid.

Énergique Jean Lassalle

Loin d'être un simple « roadbook » reprenant étape par étape les sept journées harassantes sur des pentes pouvant aller à plus de 13 %, le livre est une mine d'informations sur ces montagnes mais aussi et surtout une belle réflexion sur l'amitié, l'adversité et la volonté de rencontrer des gens. Du Pays Basque aux plages de Sainte-Marie-la-Mer, durant une semaine intense, ils ont enrichi leur imaginaire, touché la légende (Pourtalet, Tourmalet). Ils ont croisé des cyclistes anglais, des producteurs locaux, d'anciens champions ou François Bayrou, maire de Pau qui affirme sans ambages (et donne ainsi une autre explication à son obstination présidentielle) : « le maître mot de la culture, des valeurs pyrénéennes, c'est l'indépendance ».

Parmi les temps forts, la rencontre avec Jean Lassalle, député des Pyrénées-Atlantiques, chantre de ces Pyrénées fortes et éternelles. Son discours, ses convictions, sa vision du pays convainquent les auteurs. Leur donne une envie encore plus forte de sillonner ce pays, ces routes en lacets, ces communautés isolées. « L'échange a été réciproque, l'énergie coule aussi dans nos veines. Notre pèlerinage sera traversé par d'autres moments comme celui-là, entre écoute, échange, partage d'idées et le sentiment de faire partie d'une même communauté modestement montagnarde : celle des Pyrénées et, qui sait, peut-être des hommes que la terre fait honneur de recevoir ».

Au final, les deux auteurs semblent comme transfigurés. Comme si chaque coup de pédale était un morceau d'humanité mieux compris, mieux assimilé. Les Pyrénées n'ont pas fini de charmer et fasciner, cyclistes, randonneurs ou simples terriens capables de lever la tête vers les cimes.

« La traversée des Pyrénées » de Jérôme Yager, Victor Ferreira et Jules Clamens, Les Presses littéraires, 27 €.

 

10/07/2016

Polar : il n'y a pas de passé simple

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Skander Corsaro, journaliste stagiaire d'un quotidien local dans une petite ville de province, est plein d'enthousiasme. Il va rédiger son premier article sur une abbaye cistercienne. Rien de transcendant jusqu'à la découverte du cadavre de l'architecte des bâtiments de France. Le reporter se transforme en enquêteur, sur la trace du tueur et d'un légendaire trésor car un peu comme à Rennes-le-Château, un abbé aurait découvert pièces d'or et pierres précieuses. Le premier roman de François-Henri Soulié, lauréat au festival de Beaune, plonge le lecteur dans une France par bien des aspects rétrograde. Si le héros est à moitié « beur », il doit faire avec l'antipathie des « Français de souche » de la région, dont le lieu de rendez-vous est le café de France résumé en deux phrases : « Le vrai bon vieux temps dans toute sa patine crasseuse. La France rance des profondeurs ». Un héros humaniste doublé d'un meilleur pote homo et anarchiste : amateurs de terroir et de vertes campagnes d'antan, passez votre chemin !

« Il n'y a pas de passé simple » par François- Henri Soulié, éditions du Masque, 7,90 €

 

06/07/2016

Livre : Nice, la rouge

 

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Patrick Raynal refait vivre Nice en mai 68. Quand les étudiants « rouges » tentaient de faire exploser tous les carcans.

 

Nice, sa Promenade des Anglais, ses retraités, son vote à droite. La riante ville du Sud n'est pas réputée pour ses velléités révolutionnaires. Pourtant, en mai 68, là aussi une poignée de jeunes idéalistes ont longtemps cru pouvoir changer la société française en profondeur. « Une ville en mai » de Patrick Raynal, roman noir, revient sur cette période au cours de laquelle une poignée de gauchistes a occupé l'université. Tout l'intérêt du livre réside dans la vision des différents protagonistes de l'action. Des « vieux de la vieille », totalement allergiques à cette liberté débridée. Le narrateur, Frédéric, a quitté Nice depuis 10 ans. Il revient en France (après dix années passées en Afrique) car sa fille Sophie, âgée de 18 ans, a disparu depuis trois mois. Il découvre, à son grand désespoir, qu'elle faisait partie des meneurs de la révolte estudiantine. Frédéric, en témoin extérieur, n'en croit pas ses yeux. Car Nice est encore plus embourgeoisée qu'à son départ il y a une décennie. Et de se demander comment ces étudiants « pouvaient-ils songer un seul instant à faire la révolution dans une ville qui, depuis plus de quatre-vingts ans, se figeait les traits à grands coups de truelle de fond de teint ? »

Pancrazi aussi recherche la demoiselle, par ailleurs petite amie officielle du leader de la révolte, Figasso. Ce commissaire des Renseignements généraux tente de surveiller le bouillon de culture de la fac. Ancien résistant, fidèle à de Gaule, il n'a qu'une envie : mettre au pas ces fils de petits-bourgeois en mal de sensations fortes. Tout se complique quand un prof, réputé pour se idées d'extrême-droite, est retrouvé mort dans le port. Les étudiants ont-ils dérapé ? La disparition de Sophie est elle liée à ce meurtre ? Non seulement le roman est passionnant par son intrigue, mais il offre aussi et surtout une grosse bouffée de nostalgie, tant aux soixante-huitards qu'aux tenants de l'ordre gauliste.

« Une ville en mai », Patrick Raynal, L'Archipel, 18 euros

 

 

 

 

 

02/07/2016

Livres de poche : gros pavés sur la route des étoiles

 

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La Terre a été coupée du reste de l'univers par une mystérieuse barrière opaque à l'extérieur de laquelle le temps s'écoule des millions de fois plus vite. Il reste donc peu de temps avant que le Soleil ne transforme la planète en une boule de feu. Cette intégrale reprend les trois romans parus entre 2005 et 2011 de la trilogie « Spin » du maître du genre, Robert Charles Wilson.

« La trilogie Spin », Folio SF, 1120 pages, 15,50 euros

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Au cours d'une expérience scientifique, un trou noir artificiel s'échappe. Le savant responsable, Alex Lustig, sonde désespérément les entrailles de la Terre à la recherche de son bébé égaré, pour découvrir qu'un autre trou noir est déjà en train de ronger inexorablement la substance de notre planète. Le roman de notre planète en péril dans ce roman de David Brin paru initialement en 1990.

« Terre », Milady, 920 pages, 12,90 euros

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La Lune a été transformée en colonie pénitentiaire. Un superordinateur devenu une entité consciente, finit par déduire des données à sa disposition que la colonie lunaire court à sa perte si elle ne se libère pas du joug terrestre. Vaste réflexion sur la politique et les passions humaines, l’histoire et la science, ce roman de Robert Heinlein a obtenu le prix Hugo en 1967.

« Révolte sur la Lune », Le Livre de Poche, 640 pages, 8,90 euros

 

01/07/2016

Thriller : L'île maudite de Viveca Sten

 

 

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Le nouveau thriller de Viveca Sten (déjà quatre titres parus chez Albin Michel) se passe comme d'habitude sur l'île de Sandhamn. On retrouve les deux héros récurrents de cet univers adapté à la télévision, Thomas, policier et Nora, avocate. Quand Thomas est chargé d'une enquête sur le suicide suspect d'un étudiant, il ne se doute pas que son enquête va le ramener vers son île natale. Exactement sur le rivage duquel on aperçoit, Korsö, la base militaire chargée de défendre Stockholm d'une hypothétique invasion maritime. Dans ces baraquement, il y a quarante ans, l'élite de l'armée suédoise formait ses recrues. Avec parfois des pertes. L'intrigue mêle passé et présent, avec une série de meurtres inexpliqués. A force de travail et de recherches, Thomas parviendra à les relier et se lancera sur les traces d'un tueur particulièrement rancunier.

« Les secrets de l'île », Viveca Sten, Albin Michel, 22 euros

 

 

25/06/2016

Livre : Evangile tueuse entre Lauragais et Rennes-le-Château

François-Claudius Simon, policier imaginé par Guillaume Prévost, enquête sur les secrets de l'abbé Saunière

Les mystères de Rennes-le-Château sont une mine inépuisable pour les romanciers. Guillaume Prévost, par ailleurs historien apporte son grain de sel dans les nombreuses hypothèses pour justifier la richesse de l'abbé Saunière, le sulfureux curé du petit village audois. L'action se déroule en 1920. Le lecteur retrouve François-Claudius Simon, le héros récurrent imaginé par le romancier. Une cinquième aventure pour prolonger un feuilleton digne des meilleures séries.

Emoi au Sacré-coeur de Paris. Un curé est retrouvé assassiné. Dans une mise en scène très macabre : « ses bras croisés sur ses cuisses retenaint une masse sanguinolente et molle, de la taille d'un gros poing fermé. On avait pris soin d'entourer la chose d'une espèce de ronce et d'enfoncer une croix de bois à son sommet. » Ce que le religieux a entre les bras c'est tous simplement son cœur. Parmi les suspects, les participants à la prière nocturne. Dont François-Claudius dont le nom est inscrit sur le rigiste.

 

De Limoux au Lauragais

En plein marasme (il tourne alcoolique après sa séparaton avec son amour, restée à Moscou, enceinte), cette mise en cause le remet sur les bons rails. Il va devoir se disculper et découvrir qui est ce tueur, surnomme « L'enfant de choeur » et qui a également tué à Castelnaudary et Carcassonne.

Le roman se déroule en grande partie dans l'Aude, entre l'église de Rennes et une grotte de la Montagne Noire. Une partie locale savoureuse dans sa description du département au début du siècle dernier. La force du roman reste le foisonnement de personnages et les multiples rebondissements, avec au final des révélations sur l'enfance du héros, abandonné par sa mère, élevé par des religieux et finalement au centre de cette histoire de cinquième évangile (la première en vérité) remettant en cause tous les dogmes de la chrétienté actuelle. 

« Cantique de l'assassin » de Guillaume Prévost, NiL, 20 euros

 

24/06/2016

Livre : Lola, papillon de nuit

Le titre énigmatique du roman de Julie Estève ne parle qu'aux spécialistes des papillons de nuit. "Moro-sphinx" est une espèce gracieuse qui butine les fleurs à l'aide de sa longue trompe en faisant du surplace, comme un colibri. La nuit, Lola aussi aime à se charger d'odeurs. Pour attirer des hommes avec qui elle fait l'amour. Une sorte de fringale physique, comme pour se remplir de culpabilité. Avec à chaque fois un rituel pour marquer la fin de la rencontre "Elle attrape la main droite de son binôme et lui coupe l'ongle du pouce". Elle est comme ça la jeune héroïne fracassée, "quand d'autres se coupent avec des rasoirs, Lola écarte les cuisses." Texte parfois dur, ce premier roman rentre un peu dans le rang quand Lola tombe amoureuse. Reste qu'elle n'est vraiment pas faite pour la normalité.

"Moro-sphinx", Julie Estève, Stock, 18 euros.

 

08:50 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : papillon, julie estève, stock

23/06/2016

Livres de poche : petits et grands effets de la mort

Hemda Horowitch vit ses derniers jours. Ses souvenirs s'imposent à sa conscience : un père trop exigeant, un mariage sans amour, cette difficulté à aimer équitablement ses deux enfants, Avner et Dina. Dans une langue puissante, Zeruya Shalev évoque la colère, le ressentiment et la peur qui construisent les familles autant que l'amour et le bonheur d'être ensemble.

"Ce qui reste de nos vies", Folio, 8,20 euros

D'ordinaire, les amis imaginaires s'éteignent naturellement, peu à peu négligés par ceux qui les ont inventés. Pas Boddah. Pendant les vingt-sept années de sa courte vie, Kurt Cobain n'a jamais cessé de s'adresser à lui. Mêlant scènes réelles et imaginaires, conversations authentiques et inventées, le texte de Héloïse Guay de Bellissen s'offre un narrateur omniscient.

"Le roman de Boddah", Pocket, 6,95 euros

Adolescente taciturne, June rêve d'art et de son oncle Finn, un peintre new-yorkais reconnu. Mais Finn est très affaibli et meurt bientôt de cette maladie qu'on n'évoque qu'à demi-mot en 1980, le sida. Inconsolable, la jeune fille se lie d'amitié avec le mystérieux Toby, l'ami de Finn. Carol Rifka Brunt raconte le passage à l'âge adulte après un deuil.

"Dites aux loups que je suis chez moi", 10/18, 8,80 euros

 

08:28 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : folio, mort, pocket, 1018

19/06/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Les mille et une vies de Coluche

Mort depuis 30 ans, putain de camion, Coluche a droit à toute une salve d'hommages, portraits et autres livres sur sa vie, son œuvre et tout le reste. Parmi les nombreux ouvrages qui lui sont consacrés, ceux qui aimaient particulièrement l'humoriste "bête et méchant", ne manqueront pas "Le petit Coluche illustré par l'exemple". Gilles Bouley-Franchitti a concocté une sorte d'encyclopédie de la pensée coluchienne. Un mot, une citation, une explication : la recette est simple et permet de retrouver quelques perles. A "militaire" par exemple, il déclarait en 1980 au Figaro "le fait militaire que j'admire le plus : la désertion et l'armistice". Le jeune Michel Colucci, dans les années 60, n'a pas échappé au service national. Il a passé au total 53 jours en prison pour "insultes envers des supérieurs ou incorrections avec les gradés". Sa vengeance n'en sera que plus cinglante. Coluche, visionnaire, a même anticipé cette série de commémorations quand il explique : "On dit que j'ai du talent. Quand je serai mort on dira que j'avais du génie. Moi, tant que j'ai du pognon... » 

"Le petit Coluche illustré par l'exemple", Nouveau Monde éditions, 14,90 euros

 

11/06/2016

Livres de poche : les montagnes russes des émotions

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À la suite d'un accident d'escalade en montagne, Elsa est plongée dans le coma. Tandis que l'espoir de son réveil s'amenuise, Thibault, pénètre par erreur dans sa chambre. Traumatisé par le sort de son frère, qui a renversé deux jeunes filles en voiture, Thibault décide de se confier à Elsa malgré son mutisme. Ce roman sensible de Clélie Avit a remporté le Prix Nouveau Talent 2015.

« Je suis là », Le Livre de Poche 7,10 euros

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Quand Rosa découvre le journal de Marie Curie, commencé à la mort de Pierre son époux, les mots font écho à son propre deuil. Au-delà des époques, les deux femmes vivent la même douleur face à la perte. Leurs voix se mêlent pour raconter la reconstruction. Rosa Montero est née à Madrid où elle vit. Elle est l'auteur de plusieurs romans disponibles en Points.

« L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir », Points 6,70 euros

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Pour Becky, Hollywood est LA ville enfin à sa taille. Toutes ces stars à relooker, entre un cours de yoga avec Gwyneth et une séance maquillage avec Uma. Le rêve ! Hélas, le tapis rouge ne se déroule pas devant tout le monde. Sophie Kinsella n'en finit pas de nous faire rire avec son "Accro du shopping". (Parution simultanée de "L'accro du shopping à la rescousse" chez Belfond)

"L'accro du shopping à Hollywood", Pocket 7,80 euros

 

06/06/2016

Livre : l'abbé et l'eau

djemaï, lambert, oran, seuilBien que défroqué, l'abbé Lambert a continué à porter la soutane. Comme un uniforme. Abdelkader Djemaï, dans son style fleuri et imagé, refait vivre cette personnalité d'Oran. Le curé est surtout célèbre pour ses activités de sourcier. Ce "magicien" arrive à Oran au début des années trente pour alimenter la ville en eau potable. Il échouera et pour se venger, décidera de prendre la place du maire. L'eau, comme les femmes, il adore, même si "Lambert s'était souvent senti gêné vis-à-vis des femmes, mais cela n'empêchait pas le désir d'être toujours là, souterrain, vif et cristallin comme l'eau qu'il prenait plaisir à faire jaillir entre les cuisses fraîches et obscures de la terre." Portrait parfois émouvant d'un homme qui s'est trop souvent trompé, notamment dans ses positions racistes et antisémites.

"La vie (presque) vraie de l'abbé Lambert", Abdelkader Djemaï, Seuil, 16 euros

10:15 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : djemaï, lambert, oran, seuil

05/06/2016

DE CHOSES ET D'AUTRES : Procrastination joyeuse

Rien ne m'insupporte plus que la maxime : "Il ne faut pas reporter au lendemain ce qui peut être fait aujourd'hui". Cette volonté du tout, tout de suite, est démontée de la plus belle des manières dans "L'encyclopédie joyeuse de la procrastination" de David D'Equainville. J'avoue être un adepte de cette pratique injustement confondue avec la paresse. Le "procrastineur" n'est pas inactif. Au contraire, ses multiples activités sont souvent responsables de son manque d'efficacité. A la lettre T, je découvre pratiquer sans le savoir le "tsundoku". Loin d'être un jeu de chiffres, il s'agit de l'action d'empiler des livres en se promettant de les lire... plus tard. Un mot apparu au début de l'ère moderne du Japon. Mon "tsundoku" atteint des sommets, mais cette présente encyclopédie est passée à travers. On rit, on réfléchit, on s'étonne au gré de la centaine de pages. Sans doute n'est-ce pas le meilleur livre sur le sujet. La référence en la matière est forcément toujours à l'état d'ébauche dans un coin du cerveau d'un maître de la procrastination.

"Encyclopédie joyeuse de la procrastination", éditions Contrepoint, 9,90 euros

 

04/06/2016

Livres de poche : nouveaux territoires, ici et ailleurs

Raleigh, assureur, citoyen et père de famille modèle en Caroline du Nord, coule une existence gentiment planifiée. Jusqu'au jour ou son père fugue de l'hôpital, dans une Cadillac jaune et flanqué d'une ravissante adolescente noire qu'il veut épouser. Raleigh n'a pas le choix, il va devoir partir à sa recherche à travers les USA des années 80. Michael Malone signe un chef d'oeuvre d'humour.

« Le parcours du combattant », 10/18, 10,20 euros

Les descendants de deux spationautes échoués sur une planète inconnue se cantonnent toujours à cette vallée où une étrange faune et flore bioluminescente leur permet de survivre. Autour s'étend un monde sombre et glacé. John est prêt à partir vers l'inconnu, convaincu que son avenir ne pourra s'écrire que par-delà les ténèbres. Chris Beckett signe un roman de science-fiction ample et inventif.

« Dark Eden », Pocket, 8,50 euros

Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l'Amérique, qui compte bien la rejoindre. Mais la couleur de sa peau va tout compliquer. De son ton irrévérencieux, Chimamanda Ngozi Adichie fait valser le politiquement correct et nous offre une grande histoire d'amour, parcourant trois continents d'un pas vif et puissant.

« Americanah », Folio, 8,70 euros

10:06 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 1018, folio, pocket

31/05/2016

Roman : Robert Gollrick se souvient

Ecrivain américain au succès indéniable en France, Robert Goolrick offre un joli cadeau à ses lecteurs hexagonaux. « L'enjoliveur » est une grosse nouvelle spécialement écrite pour les éditions Anne-Carrière. Ce texte nous plonge dans l'enfance de l'écrivain de « Féroces » et « Arrive un vagabond ». Le petit Robert, comme ses copains de la ville de province où il tente de survivre entre deux parents alcooliques, est fasciné par les enjoliveurs des voitures. Des jouets qui peuvent aussi se transformer en dangereux objets s'ils sont lancés avec force ou servent de réceptacle à des embrasement d'huile. L'occasion aussi de parler de sa grand-mère, qui a failli le tuer un « matin givré de février » et de sa mère qu'il « avait toujours vue saccager systématiquement sa propre existence avant de s'attaquer à celles de ses proches » et qui pourtant, « avait jadis connu l'amour ».

« L'enjoliveur » de Robert Goolrick, Anne Carrière, 12 euros

 

30/05/2016

Roman : Bonbon gigogne

Vincent Ravalec, s'amuse à raconter comment un romancier tente de modifier un thriller qui devient réalité.

bonbon désespéré, ravalec, éditions du rocherPas tendre le nouveau roman de Vincent Ravalec. Même s'il est question de bonbon dans le titre, le texte n'est pas aussi rose que la couverture. Car le bonbon dont il est question dans ce thriller provincial, mystique et farfelu, est désespéré. Tout commence dans l'esprit d'Origène Pildefer. Cet employé de médiathèque tente, en vain, de publier un roman. Après plusieurs refus, il décide de travailler son prochain texte avec l'aide de ses élèves de l'atelier d'écriture qu'il anime en soirée. Nouveau refus. Il est sur le point d'abandonner quand il croise à Paris, trois des personnages de son texte refusé. A-t-il des pouvoirs médiumniques ?

On ne le saura pas exactement, mais Vincent Ravalec, sur cette idée saugrenue, plonge dans un roman gigogne. Origène, pour vérifier si la fiction pouvait devenir réalité, suit les trois jeunes femmes qu'il a imaginées et découvre que comme dans le roman, elles vont passer le week-end dans un village paumé de province. Elles doivent assister à une procession religieuse autour d'une sainte, au pied de la statue d'une friandise en train de fondre intitulée "Bonbon désespéré". Le périple se termine dans un labyrinthe de souterrains creusés sous un château. Problème : elles n'en reviendront jamais. Du moins dans le manuscrit, elles meurent violées et torturées. Peut-il alors changer le cours de l'histoire, réécrire pour que la fin soit moins trash et gore ?

Une course contre la montre racontée avec brio par un Vincent Ravalec très à l'aise dans ces changements de niveau de narration. Grâce aussi à la multitude de personnages tous plus iconoclastes les uns que les autres, des notables grotesques en passant par les voyous psychopathes sans oublier la flamboyante Suzette, fille de la bonne du curé, frustrée sexuellement mais qui découvre durant ce fameux week-end un formidable et insoupçonné amant.

"Bonbon désespéré" de Vincent Ravalec, Editions du Rocher, 16,90 euros

 

28/05/2016

Livres de poche : contre tous les maux du monde

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Belle opération du Livre de Poche en faveur de l'Unicef. 17 grands noms de la littérature et de la culture francophones (Maxime Chattam, Jean-Louis Fournier ou Romain Puértolas, entre autres) s'unissent pour agir en faveur de l'éducation des enfants dans le monde. Ces nouvelles explorent le continent infiniment riche de l'enfance.

« Enfant, je me souviens... », Le Livre de Poche, 5 euros (1,50 euro sont reversés à l'Unicef pour chaque livre acheté)

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Yasmina Reza est connue pour ses pièces de théâtre jouées avec succès depuis des années dans le monde entier. Mais elle a également écrit récits et romans qu'il est toujours bon de redécouvrir. Folio ressort trois de ses textes montrant la richesse de son talent : « Une désolation » (5,90 euros), roman, « Le dieu du carnage », pièce et théâtre (5,20 euros) et « Nulle part » (3 euros), bouleversant récit sur l'enfance.

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Comment surmonter une relation toxique ? Lucia Etxebarria, célèbre romancière espagnole (Amour, Prozac et autres curiosités) a puisé dans son expérience personnelle pour donner des clés à ses lectrices empêtrées dans la même situation qu'elle. Moins léger, plus instructif, un essai essentiel face au mal du siècle.

"Ton cœur perd la tête", 10/18, 8,10 euros

 

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27/05/2016

Roman : la fable de "l'écreuvain"

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Satire du milieu littéraire, ce roman de Joachim Zelter relativise tous les succès de librairies. Le narrateur est écrivain. Un romancier qui peine sur son nouveau bouquin. Un jour il reçoit un mail d'un inconnu simplement intitulé "Selim Hacopian a écrit un livre". Ce Sélim, originaire d'Ouzbékistan, va entrer dans sa vie, l'abordant en lui donnant du "Monsieur l'écreuvain" s'incrustant, cherchant des conseils, des idées pour finaliser son œuvre. Problème, Selim ne sait pas écrire. Mais il a une arme absolue : son CV. Une vie aventureuse qui interpelle une maison d'édition qui répond à ses sollicitations par un incroyable "Nous en voulons plus". L'immigré, chargé du nettoyage des rayonnages d'une bibliothèque, se retrouve bombardé écrivain à succès. De quoi miner le moral du narrateur, nègre involontaire de Selim.

'Monsieur l'écrivain', Joachim Zelter, Grasset, 13 euros

 

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