18/02/2010

La folie sans fard

Ames sensibles s'abstenir. Le roman de Julie Grelley raconte dans le détail la folie d'une femme, obsédée par la pureté des anges.

 

Julie Grelley.jpgQue se passe-t-il dans la tête des fous ? Comment, dans leur délire, arrivent-ils à commettre les exactions les plus horribles sans jamais hésiter ni avoir de remords ? Ce roman de Julie Grelley va vous expliquer dans le détail, sans fard ni tabou, comment Colline, 33 ans, ancien mannequin, va devenir une redoutable tueuse d'enfants. Et souvent c'est Colline qui parle, choix délicat pour l'auteur car elle a du écrire à la première personne des phrases qui ne peuvent laisser le lecteur (et elle-même) indemne. Une expérience parfois déconcertante, éprouvante et même déstabilisante. Mieux vaut être parfaitement équilibré dans sa tête pour aborder ce roman qui repousse les limites de l'horreur.

Colline a eu deux vies, deux apparences. Actuellement, elle pèse 109 kilos, a des cheveux châtains, des yeux marrons, les dents jaunes, le nez cassé et une cicatrice sur la lèvre. Quand elle avait 16 ans, c'était une blonde aux yeux bleus, filiforme, au visage gracieux. Une beauté époustouflante qui a rapidement été mise en valeur par une agence de mannequins. Durant quelques années, Colline était connue sous le nom de Lynn, elle a fait les couvertures des plus grands magazines de mode, les couturiers se l'arrachaient. Comment la plus belle femme du monde est-elle devenue cette vendeuse informe d'une petite quincaillerie dans une ville sans âme de Normandie ? Et pourquoi est-elle sous contrôle judiciaire après avoir passé deux ans en prison ?

 

« Mutiler de façon définitive »

Le lecteur va découvrir par petits retour en arrière le parcours de Colline. Notamment pourquoi elle est considérée comme délinquante sexuelle. Elle a été surprise par ses parents alors qu'elle faisait des attouchements à un enfant de 13 ans. Un gamin, au visage angélique. Les anges. Là réside tout le problème de Colline qui a perdu la raison en découvrant les castrats. Cet enfant, elle ne voulait pas abuser de lui sexuellement. Simplement elle voulait le transformer en ange en lui sectionnant le sexe... Un peu plus loin dans ce récit âpre, on découvre la « philosophie » du personnage : « Pour être sûr qu'un amour est véritable, il faut que le désir ait disparu. Et pour que le désir ait disparu, il faut que la beauté ait disparu ». Ce qui explique son enlaidissement. Le nez cassé, c'est son œuvre, avec un simple marteau. Mais elle va encore plus loin. « Et pour être encore plus sûr que le désir ait totalement disparu, il faut inciser et couper et sectionner et taillader et tordre et nécroser et arracher et mutiler de façon définitive. »

Colline fait croire à son psy qu'elle va mieux. En réalité elle cherche toujours à se fabriquer un ange. Elle a déjà enlevé plusieurs enfants et tenté, en vain, de les purifier. Tout ce qu'elle obtient, ce ne sont pas des anges mais des petits cadavres.

Elle insiste pourtant. Colline vient de repérer un jeune garçon, pensionnaire près de chez elle. Ce sera lui le bon. Elle élabore tout un plan et s'équipe pour réussir, enfin : « Colline dispose sur la table les trois pinces coupantes nécessaires à la purification. Une pour les testicules et une pour le pénis et une troisième plus petite pour les finitions, une fois que le plus gros aura été enlevé. » Ce passage donne l'esprit et le ton du roman. Et ce ne sont que les préparatifs, l'horreur ira crescendo au fil de pages d'un ouvrage à réserver à un public averti et au cœur bien accroché.

« Anges », Julie Grelley, Albin Michel, 15 € (Photo Philippe Grollier)

 

23/10/2009

Le train de notre avenir

eternity express.jpgCela a tout l'air d'être l'antichambre du paradis. Petites maisons coquettes, golf verdoyant, piscines olympiques, larges allées ombragées ; des maisons de retraite de ce standing tout le monde en rêve. Clifford Estates a un seul inconvénient : être implantée aux confins de la Chine et de la Mongolie. Pas moins d'une semaine de trajet en train pour rejoindre cet îlot de verdure et de fraîcheur après les contrées désertiques du Gobi.

Dans ce futur très proche décrit par Jean-Michel Truong (une petite vingtaine d’années), les retraités n'ont plus leur place dans la société occidentale. Plus de logement pour les accueillir ni de ressources pour subvenir à leurs besoins. Les gouvernements européens ont lancé une vaste opération de délocalisation du 3e âge. Tout retraité aura droit à une place dans une maison de retraite… mais en Chine, coût de la vie oblige.

Des sociétés se sont créées de toutes pièces, alliance d'assureurs, d'entreprises du bâtiment et des loisirs, pour répondre aux appels d'offres. Des concessions ont été attribuées en échange d'une somme forfaitaire par retraité. Cet avenir peu reluisant, le lecteur le découvre progressivement, au fil des kilomètres avalés par le train qui conduit plusieurs centaines de retraités de France en Chine. On suit plus particulièrement Jonathan, un ancien médecin, qui connaît bien la Chine pour y avoir vécu durant quelques années. Sa prestance et son amabilité lui permettent de devenir le confident de ces exilés volontaires. Un banquier pratiquement ruiné, un informaticien dépassé par les nouveautés, des spéculateurs sur la paille et autre vieillard laissé pour compte dans cette société qui n'en a que pour la jeunesse.

Et certains dans le train se posent des questions sur la rentabilité de Clifford Estates. Ils se demandent notamment comment cette entreprise peut devenir rentable alors que sans cesse l'espérance de vie s'allonge et que par conséquent, mathématiquement, les coûts augmentent. Ils s'interrogent, complotent, tentent de se renseigner… et meurent mystérieusement entre Moscou et Oulan-Bator. Ce paradis semble trop beau pour être vrai.

Un des amis de Jonathan, ponte du Parti au pouvoir, tempête contre la trop grande efficacité de la médecine : « Nous nous trouvons dans la situation d'une espèce sans prédateurs, de chiens de prairie sans faucons, de lapins de garenne sans renards : ses effectifs croissent bien au-delà de ce que son environnement est en mesure de supporter. »

Et le final du roman ne devrait pas rassurer le quadra qui pourrait se reconnaître dans les passagers (marchandise) de cet "Eternity Express".

 

« Eternity Express » de Jean-Michel Truong, Albin Michel, 19,50

 

19/10/2009

Thriller brûlant

 

Dans la garrigue sèche héraultaise, les flammes dévorent tout sur leur passage. Pompiers et incendiaires s'affrontent dans la « Promesse du feu ».

 

Promesse du feu.jpgA proximité du Lac du Salagou, sur les hauteurs du département de l'Hérault, le premier feu de la saison met pompiers et pilotes de Canadair en alerte. Cet incendie, qui rapidement prend de l'importance, a débuté par l'accident puis la combustion d'un 4X4. A son bord Baptiste Legendre, garde forestier. Dès les premières pages de ce thriller français signé Mikaël Ollivier, seul le lecteur sait que Legendre, mort dans sa voiture, a en fait été assassiné. Drogué, attaché à son volant, il a assisté à sa propre mort, dévoré par les flammes issues de l'essence de ses tronçonneuses renversée dans sa voiture par son meurtrier.

Un foyer qui va vite s'étendre aux alentours. Entre alors en action Târiq Amraoui, ancien de l'armée de l'air, reconverti dans la sécurité civile, pilote de Canadair 38. Ce fils d'immigré, issu des cités de la région parisienne, a découvert l'aviation en scrutant les gros porteurs rasant le toit de son immeuble. Il a beaucoup travaillé pour accéder à son rêve. Pour lui et sa mère, morte alors qu'il venait de réussir son bac avec mention.

 

Fascination du feu

Après des années à piloter des Mirage, il a refusé la reconversion lucrative de l'aviation d'affaires pour continuer le combat, dans le civil, contre le feu cette fois. Dans la fournaise, se trouve également Tiffany Roche, ancienne petite amie de Legendre, photographe. Armée de ses deux appareils, un Leica argentique et un Nikon numérique, elle veut capter la violence du feu au plus près. Au risque d'y laisser sa chevelure rousse.

Ces cinquante première pages permettent à l'auteur de décrire avec un étonnante précision la fascination de la photographe pour cet incendie de forêt progressant à la vitesse d'un cheval au galop : « La forêt se tordait, impuissante, soumise à la langue fauve de l'incendie qui s'immisçait au creux des racines et s'étirait jusqu'à lécher la cime des arbres qu'elle nettoyait comme des os. L'air crépitait, claquait, craquait, gémissait sous l'avancée du sinistre aux ronflements de forge. » Vu du ciel, du cockpit de Târiq, le spectacle aussi vaut le détour : « La fournaise était en vue. La limite mouvante de l'incendie mangeait la cime des arbres, des flammes gigantesques jaillissaient et disparaissaient au gré des bourrasques de vent. »

 

Jeune gendarme persévérant

Une fois l'incendie éteint, les avions rentrés à la base et Tiffany à l'abri, place à l'enquête. Elle sera menée par Damien Le Guen, gendarme scientifique, exactement technicien d'identification criminelle. Il fera les premières constatations sur le cadavre calciné de Legendre. L'hypothèse de l'accident semble la plus plausible. Mais c'est la première enquête en solo de Le Guen et il va explorer toutes les pistes. Celle de la petite amie, des pompiers présents sur l'incendie, à terre et dans le ciel. Aidé de sa mère, retraitée passionnée par les romans policiers, il va tenter de découvrir la vérité.

On croit alors entrer dans un roman policier plus classique mais Mikaël Ollivier va prendre ses lecteurs à revers, laissant passer du temps et orientant son texte vers un récit plus psychologique. On découvrira ainsi les névroses de Tiffany, la solitude de Damien et l'esprit de revanche de Târiq. Un trio au centre du roman qui reprendra son cours plus tragique l'été suivant pour un nouvel incendie, le dernier d'une longue série.

 

« La promesse du feu », Mikaël Ollivier, Albin Michel, 19,90 €


06/09/2009

Orients

 

Qu’il soit moyen ou extrême, l’Orient est au centre de ces trois bandes dessinées.

olives noires.jpgParmi les très nombreuses productions de Joann Sfar, "Les olives noires", série dessinée par Emmanuel Guibert, est la plus historique mais pas la moins philosophique. La troisième partie de ce feuilleton se passe en Israël, il y a 2 000 ans. Le jeune Gamaliel est à la recherche de son père. Alors que la population de Jérusalem gronde contre l’occupant romain, notre héros va au cirque admirer les gladiateurs. Certains dialogues entre mécréants et religieux donnent le ton de cet album oscillant sans cesse entre la comédie d’action et la réflexion sur la force du peuple juif. Sfar, déjà remarqué avec "Le chat du rabbin", enfonce le clou avec ces délicieuses olives… (Dupuis, 8,99 )

impasse et rouge.jpgLoin de la Méditerranée, au bord du Mékong exactement, Sera, franco-vietnamien revient dans "Impasse et rouge" sur la prise de Phnom-Pehn par les forces communistes. L’auteur était adolescent au moment des faits. Le récit de cette guerre civile, il l’a recueilli de la bouche de Yem, un des employés de son père. Des images rouges et sombres, la guerre dans toute son horreur : une vision de l’histoire contemporaine suivie par le génocide d’une grande partie du peuple cambodgien par les Khmers rouges. (Albin Michel, 19 )

voie du kung fu.jpgDernière destination orientale dans "La voie du kung-fu" de Grégoire Loyau. Panique au monastère des moines boxeurs : on vient de dérober l’OEuf du dragon. Chan, le petit cuisinier, est chargé par le grand prêtre de retrouver ce joyau. Débute une poursuite dans le labyrinthe des illusions. Dessin rondouillard pour cet album aux faux airs d’Alice au pays des merveilles. (Les Humanos, 12,35 )

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25/08/2009

Amélie Nothomb décolle

Court, incisif, étonnant : le nouveau roman d'Amélie Nothomb devrait contenter ses admirateurs.

 

Voyage d'hiver.jpgA chaque rentrée littéraire, Amélie Nothomb propose une nouvelle pierre de son oeuvre littéraire. Inclassable à ses débuts, aujourd'hui c'est du Nothomb, tout simplement. « Le voyage d'hiver » est la rencontre de trois personnages. Le narrateur, Zoïle, employé d'EDF, une romancière à succès, Aliénor et sa préceptrice, Astrolabe.

Premier choc, les prénoms des personnages. Rien n'est banal dans les histoires d'Amélie Nothomb. Les situations sont aussi déjantées que les patronymes du trio. Zoïle est sur le point de détourner un avion avec la ferme intention de provoquer un second 11 septembre, sur Paris cette fois. Comment en est-il arrivé là ? Il raconte sa première rencontre avec Aliénor et Astrolabe. Chargé de vérifier la conformité des isolations de certains appartements, il découvre, sous les toits du quartier Montorgueil, un logement qui aurait pu aisément servir de chambre froide. Les locataires en sont deux femmes. « L'une était une anormale légère », « l'autre charmante et vive. » « Les deux filles portaient une quinzaine de pulls de laine recouverts d'autant de manteaux, écharpes et bonnets. L'anormale avait l'air d'une version demeurée du yéti. La jolie conservait dans cette tenue une allure gracieuse. » Zoïle va rapidement tomber amoureux de la jolie, Astrolabe. Mais cette dernière ne peut lui consacrer la moindre minute. Elle est entièrement au service d'Aliénor, la débile. Incapable d'écrire, elle se contente de dicter des textes que la belle transforme en romans forts et prenants. Zoïle, pour être exact, dans un premier temps, s'extasie devant les textes d'Aliénor avant de succomber à la beauté d'Astrolabe.

 

Macarons et champignons

Il va donc faire une cour assidue aux deux femmes, constatant que l'une ne peut se passer de l'autre. Amélie Nothomb semble prendre un malin plaisir à décrire son double romancière. Ainsi, quand Zoïle apporte des macarons à Aliénor, cette dernière les dévore : « après avoir grogné d'extase à plusieurs reprises, elle se mit à enfourner les macarons les uns après les autres. J'avais choisi un assortiment d'une vingtaine de pièces de saveurs différentes : à chaque goût nouveau, Aliénor barrissait, attrapait le bras d'Astrolabe pour attirer son attention et ouvrait grand la bouche afin de lui montrer la couleur du gâteau responsable d'une telle transe. » Le roman prend une tournure encore plus délirante après un repas à base de champignons hallucinogènes. Le trip, décrit avec minutie, va changer la vie des deux femmes et le destin du narrateur, sur le point d'embarquer dans un avion de ligne...

« Le voyage d'hiver », Albin Michel, 15 €

08/08/2009

Un amour de Jeanne

 

amour jeanne.jpgJeanne la Pucelle, Gilles l'écorcheur. Ce couple improbable a pourtant chevauché la campagne française durant de longs mois en 1430. Jeanne D’Arc, petite paysanne de Domrémy venue se mettre au service du futur roi de France, séduit immédiatement Gilles de Rais, un des plus puissants seigneurs de Charles VII. Le noble chevalier tombe sous le charme et l'effronterie de la jeune fille autant que de son côté garçon manqué.

Chargé de l'escorter dans ses premières missions, Gilles se plaît à discuter avec Jeanne qui avoue se contenter d'obéir à "ses voix". Sa mission : conduire le dauphin à Reims pour qu'il soit couronné et chasser les Anglais de France.

Ce roman de Michel Ragon, tout en présentant la relation forte entre la Pucelle et le noble, explique également les trouvailles stratégiques de Jeanne, totalement ignorante des règles de la guerre. Elle aura d'ailleurs quelques frictions avec plusieurs seigneurs peu enthousiastes face à ses ordres. Quand elle demande à bombarder les rangs des archers anglais avec des catapultes, le duc d'Alençon

prétend que « ce n'est pas conforme aux usages de la guerre ». Heureusement La Hire, fidèle serviteur de Jeanne réplique : « Les usages de la guerre, quelle plaisanterie. On y tue comme on peut, tous les moyens sont bons. » Quelques heures plus tard Jeanne pénètre dans la ville en conquérante. Son audace a payé. Elle enchaînera les victoires, mais Charles, une fois couronné à Reims, doit tempérer les ardeurs de la fière jeune fille. Gilles de Rais, toujours amoureux de la belle, lui offre même un château, et plus si elle le veut. Mais elle refusera, retournera sur les routes pour combattre, attendant inéluctablement sa dernière vision : la trahison. Faite prisonnière, elle brûlera sur le bûcher. Gilles de Rais restera quatre années prostré, dégoûté de la vie. Pourtant il reste persuadé d'avoir fait le bon choix : « On ne pouvait pas aimer charnellement Jeanne sans rompre son pacte avec les anges ».

Michel Ragon nous plonge dans cette époque insensée, entre furie guerrière et prières dévotes, entre Dieu et Satan. Gilles de Rais aussi finira mal. Sur un bûcher. Comme Jeanne, son amour impossible.

 

« Un amour de Jeanne » de Michel Ragon, Albin Michel, 15 € (5 € au Livre de Poche)

24/07/2009

JEAN L'IMPOSTEUR

Que se passerait-il si l'un des apôtres de Jésus revenait sur Terre de nos jours ? Jean-Olivier Tedesco nous apporte la réponse.

jean.jpgSa première intervention publique a bouleversé la France entière. Invité d'une célèbre émission d'actualité du dimanche, un certain Ben Youssef, travailleur immigré d'origine arabe, captive son auditoire et les millions de téléspectateurs. Son message, de paix et d'amour, dénote en cette année 2006 mais redonne espoir à tout un pan de la population. Et les spécialistes ont remarqué qu'il n'a prononcé que des phrases extraites de l'évangile selon saint Jean. De là à penser qu'il s'agit de la réincarnation de l'apôtre de Jésus Christ... Problème : après l'émission il disparaît aussi vite qu'il est apparu.

Dès le lendemain, Augustin Lévêque, le véritable héros de ce thriller politico-religieux de Jean-Olivier Tedesco, entre en scène. Augustin est au plus bas côté moral. Au chômage depuis de nombreux mois, il avait pourtant une place en or. Physionomiste à l'Elysée, il était directement affecté au Président, son regard acéré lui permettant de lire au fond des âmes des visiteurs de marque. Il avait le pouvoir à portée de main mais n'en a pas profité. Devenant trop dangereux car beaucoup trop bien informé des secrets de la République, il s'est fait licencier comme un malpropre après une cabale lancée contre lui par des envieux.
Dépressif, il était au bord du gouffre, pratiquement SDF, quand une femme s'est apitoyée sur son sort. Depuis il vivote chez cette Myriam, l'aimant sans être véritablement amoureux. Son ancien chef le recontacte : il doit retrouver ce fameux Ben Youssef. Les plus hautes autorités catholiques françaises recherchent également Ben Youssef qui semble réaliser des miracles partout où il passe.
La première partie du roman raconte cette chasse à l'homme dans Paris, Augustin lisant littéralement la bonté et la joie dans les yeux des passants ayant croisé la route de Ben Youssef.

ONZE DISCIPLES
La suite du roman se passe à New York, Ben Youssef a recruté onze disciples devant porter sa bonne parole et Augustin sera le témoin de cette formidable aventure. Au cours d'une réunion préparatoire, il s'étonne et le dit à Ben Youssef : " A regarder ces onze hommes rassemblés autour de toi, qui aurait pu croire qu'ils étaient venus là pour sauver l'humanité et assurer enfin le triomphe de Dieu ? On aurait plutôt dit un gang venu préparer un mauvais coup. " On suit avec passion les découvertes d'Augustin, sur ce nouvel apôtre, mais également sur ses origines, simple mortel doté d'un don extraordinaire et qui semble promis à un destin hors du commun.

"Jean l'Imposteur", Jean-Olivier Tedesco, Albin Michel, 19,50 euros


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05/06/2009

Musicienne envoutante

 

Cartable à musique.jpgMéfiez-vous des professeurs de piano. Pierre, écrivain pour la jeunesse, marié, un enfant, a tout pour être heureux. Quelle idée lui a pris de se remettre au piano. Il répond à une petite annonce et se rend à Paris pour son premier cours. Il attendant une « dame lourde, poudrée », il se retrouve devant une beauté répondant au prénom de Sarah : « D'abord je n'ai vu que ses yeux, luisants immenses, d'un jaune pâle incroyable, deux yeux de félins au fond des miens. Puis son sourire chaleureux qui n'allait pas avec ses yeux ». Tourneboulé par cette première leçon, il sort de la seconde dans un état second : « Soudain, une certitude éclate en moi : le coup de foudre ! Merde... Dire que je n'y avais jamais cru ! »

Ce court roman de Claudie Pernusch au style vif et direct est un bel exercice de virtuosité. L'écrivain, ayant essentiellement œuvré pour la littérature jeunesse, se permet quelques scènes croustillantes entre deux adultes consentants prêts à tout expérimenter sous couvert d'amour fou. Pierre se découvre dominateur, Sarah docile et mystérieuse. Un relation fusionnelle qui ne peut pas durer. Pierre est prisonnier de sa vie de famille trop bien réglée, Sarah trop attachée à sa liberté. Une histoire triste ? Non, une histoire de tous les jours, éphémère et forte, comme les orages qui accompagnent tous les coups de foudre.

« Le cartable à musique », Claudie Pernusch, Albin Michel, 14 €

12/01/2009

Dantec survitaminé

Deux braqueurs en cavale, aux pouvoirs extraordinaires, sont les héros de ce roman de Maurice G. Dantec, de retour à ses premières amours.

Comme_le_fantôme_d'un_jazzman.jpg


Auteur détesté par certains, vénéré par d'autres, Maurice G. Dantec laisse rarement insensible. Ses rares apparitions publiques sont souvent folkloriques car l'homme n'a pas sa langue dans la poche. Sous des airs de chanteur rock, limite gothique, il aime provoquer les tièdes ou autres politiquement corrects en citant la bible et quantité de théories kabbalistes. Dans ses romans, c'est un peu le même topo. Vous ne trouverez pas de belle envolée lyrique ou de fin optimiste. Ce sera obligatoirement dérangeant et speed. Son nouveau roman au titre étonnamment long (« Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute ») mais se révélant harmonieux et facile à retenir, joue dans la catégorie des textes courts et parfois très terre-à-terre, en opposition avec d'autres productions comme « Cosmos Incorporated », long et très cérébral.

Cap au Sud
Dès la première page on se retrouve dans le feu de l'action. Le braquage d'une poste. Le héros, et narrateur, rempli un sac de billets et prend la fuite dans la voiture conduite par sa compagne, Karen. Le dernier hold-up de la série. Avec le pactole accumulé en quelques mois, ils ont bien l'intention d'aller vivre heureux et tranquilles dans un pays d'Asie du Sud-Est. Maurice G. Dantec va nous raconter par le menu leur cavale à travers l'Europe puis l'Afrique, dans ce futur proche qui nous pend au bout du nez si on n'y prend garde.
Le couple s'est connu dans un centre de rétention. Ils y avaient été enfermés car porteurs d'un neurovirus, supposé dangereux par des autorités sanitaires frileuses. « On ne savait rien du neurovirus qui nous bouffait le cerveau, Karen et moi, mais comme tous les autres malades atteints du syndrome de Schiron-Aldiss, je suppose, on faisait de ces putains de rêves hyperintenses (...), des fois hyperlumineux, extatiques, où on revoit nos ancêtres et nos amis morts, et d'autres fois où c'est les ténèbres, la destruction, le feu, la douleur, la terreur... »

Baston à Abidjan
Armés de fausses cartes d'identités, ils traversent la France puis l'Espagne pour atterrir au Maroc. Là, ils auront affaire avec un flic véreux qui cherchera à leur mettre des bâtons dans les roues. Karen découvrira alors que le neurovirus donne des moyens de tuer tout à fait nouveaux et étonnants. Et de communiquer avec une sorte de « grand tout », chapeauté par un jazzman, Albert Ayler, dont le fantôme hante la station Mir en train de s'enfoncer dans l'atmosphère terrestre, au grand désespoir de l'équipage. L'auteur va en profiter pour placer quelques unes de ses tirades mystiques, sans pour autant négliger la partie action du roman, comme cette baston entre le narrateur et un dealer sur un quai du port d'Abidjan : « J'ai contre-attaqué avec un enchaînement thaïe-boxe de Shaolin, knee kick à la Bruce Lee, avec le talon, juste derrière le genou de sa jambe d'appui – ça lui fait un mal fou et ça l'a stoppé net -, enchaînement direct avec un leading side kick, en plein dans le thorax... » Et cela continue comme cela durant quelques pages.
S'il n'a pas l'ampleur de ses derniers textes, ce roman de Maurice G. Dantec reste un excellent amuse-gueule, comme une gorgée pour goûter à ce grand cru de la littérature française. Si vous avez aimé, rassurez-vous, ses autres titres sont copieux, flamboyants et dantesques. Dans tous les sens du terme.

« Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute », Maurice G. Dantec, Albin Michel, 16 €


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14/12/2008

Tueur d'Etat

Jeune et brillant soldat américain, Carl Rice devient tueur, pour son pays. Des années plus tard, son chef de l'époque est candidat à la présidence...

Cadavre du lac.jpg


Thriller américain par excellence, ce roman de Phillip Margolin plonge le lecteur dans une histoire fictive des USA qui pourrait tout à fait être crédible. Un roman s'étalant sur plusieurs dizaines d'années, de la fin des années 60 à notre époque actuelle. Le premier chapitre se déroule en 1985, dans une superbe villa édifiée sur les rives du Lost Lake en Californie. Un policier découvre une jeune femme, affolée, témoin du meurtre d'un membre du congrès, Eric Glass. « Le congressiste était assis dans un fauteuil de cuir noir, ligoté aux bras et aux chevilles par du ruban adhésif. Son torse nu était couvert de plaies et le sang avait trempé le pantalon de pyjama qu'il portait pour tout vêtement. Il avait la tête baissée, le menton sur la poitrine, le visage aux traits tuméfiés et ensanglantés. » Vanessa, fille du général Wingate, affirme « c'est Carl qui l'a tué, Carl Rice. »

Bagarre au stade
Suite du roman de nos jours. A Portland, en Oregon, Ami Vergano, avocate, rencontre au cours d'une foire aux arts un ébéniste, Dan Morelli, qui deviendra son locataire : « L'homme avait les épaules larges et, sous l'épaisse moustache et la courte barbe qui lui ornaient le visage, les traits burinés de quelqu'un qui vit au grand air. Il devait approcher des cinquante ans. Il portait un jean, une chemise écossaise à manches longues et des mocassins. Il faisait penser aux hippies de la génération peace and love des années soixante. »
L'homme est discret, Comme s'il cherchait à se faire oublier. Ne faisant jamais de vagues. Sauf le jour où il assiste à un match de base-ball du fils d'Ami. Il est entraîneur assistant, sur le bord de la touche, notant, avec un stylo, les points sur une petite tablette. Un parent de joueur, Lutz, cherchant des noises à l'entraîneur, Dan intervient. Avec une étonnante efficacité. « Morelli abattit la tablette sur le poignet de Lutz. Blême de douleur, Lutz voulu donner un coup de tête à Morelli, découvrant sa nuque. Morelli planta son stylo dans le cou de la brute. Les yeux exorbités, Lutz s'écroula comme une masse en portant les mains à son cou. » Arrêté, Morelli refuse de coopérer avec la police. Ami acceptera de devenir son avocate et l'homme, comme s'il était au bout, raconte sa vie.

Les magouilles du candidat
Il s'appelle Carl Rice et faisait partie de l'Unité, une officine secrète chargée d'exécuter les ennemis des USA, à l'étranger comme à l'intérieur des frontières. Des informations confirmées par Vanessa Wingate, devenue journaliste, prête à tout pour aider Carl Rice, son premier amour, et surtout faire tomber son père, patron de l'Unité, favori de la prochaine élection présidentielle...
Entre jungle au Vietnam, université bourgeoise, rédaction d'un journal populaire et vie quotidienne dans une petite ville de province, c'est toute l'Amérique, dans son incroyable complexité qui est décrite par Phillip Margolin. Avec en toile de fond la fameuse théorie du complot, menée par un petit groupe d'hommes prêts à tout pour avoir le pouvoir. Et surtout cacher leurs méfaits. En face, trois êtres humains vont tenter de faire tomber l'édifice. Trois minuscules vies face à une machine implacable. C'est de la fiction, mais on ne peut s'empêcher de penser que ces faits sont particulièrement réalistes, voire plausibles.

« Le cadavre du lac », Phillip Margolin, Albin Michel, 20 €


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14/09/2008

Deux femmes unies

Ce roman passant au crible les relations entre mère et fille se déroule dans le milieu de la mode qui ne laisse pourtant que peu de place aux sentiments.



Quels liens unissent une mère à sa fille ? Des liens si forts qu'ils résistent aux années, aux mariages et grossesses. Eliette Abécassis, en 170 pages écrites avec les tripes, tente de trouver des réponses dans ce miracle de la maternité. Mais ce sont avant tout des sentiments qu'elle met en lumière, souvent contradictoires, ambivalents, jamais simples. Nathalie est la fille de Sonia. Sonia qui est à la tête d'un empire. Elle a révolutionné la mode à ses débuts. A fait prospéré son entreprise. Nathalie est naturellement en train de prendre la relève.
La romancière, pour faire passer les doutes et déchirement des deux femmes, les plonge dans un milieu artistique et culturel aisé. Même si ce n'est pas évident, Eliette Abécassis étant parfois très dure pour cette activité plus économique que créative. « La mode, écrit-elle. Le milieu le plus superficiel qui soit, le plus frivole, le plus aléatoire, le plus léger. La mode, le lieu sans signification. Passer des heures à discuter d'une longueur, d'un bouton, d'un pli ; quelle importance ? Chercher, traquer la beauté, mais pourquoi ? Pour quelle obscure raison poursuivre le règne de l'apparence ? »

Tristes mannequins « squelettiques »
La description de ce milieu parasite parfois le fond du roman. Sonia, rousse, fantasque, entreprenante, fière d'être Juive et Française, parfois imbue de son succès, mène la vie dure à sa file. Nathalie est longtemps restée la technocrate. Certes, comme sa mère, elle a participé à des défilés, les mettant même en scène, mais sa véritable efficacité a toujours été dans les alcôves financières.
Des défilés que Nathalie apprécient peu, encore moins les mannequins désincarnés qui marchent au pas sur les podiums : « A les regarder de près, aucune n'est vraiment belle, de celles qui représentent la beauté idéale. Traits anguleux, jambes maigres, silhouettes squelettiques, extrême maigreur, effrayante, angoissante, car elle signifie le contrôle, le jeûne, la privation. La beauté, l'insaisissable beauté, où est-elle ? Dans la femme maigre, androgyne, longiligne ou dans la femme opulente ? Qui le décide, et pourquoi ? »

Grossesse inversée
Aujourd'hui Nathalie voudrait reprendre l'affaire à son compte. C'est presque la guerre avec sa mère qui ne veut pas céder les rênes créatrices de la maison de couture. Le roman va reculer dans le temps, chaque chapitre verra les deux protagonistes rajeunir. On comprendra pourquoi Sonia est à la tête de son empire, comment Nathalie a gravi les échelons sans jamais pouvoir se débarrasser de l'influence de la femme qui l'a mise au monde.
Un long cheminement qui a donc commencé quand Sonia était enceinte. Et tout le dilemme de ce roman se retrouve dans ce passage, quand Nathalie s'interroge : « Ma mère, mon miroir. Mon souci de chaque instant. Je suis pleine de toi comme tu étais pleine de moi. » Une grossesse inversée, fil conducteur de ce roman qui, tout en se passant dans un milieu superficiel, n'en aborde pas moins une thématique de fond qui ne peut que concerner toutes les mères, filles, pères et fils de la planète, depuis que le monde est monde.

« Mère et fille, un roman », Eliette Abécassis, Albin Michel,
15,90 €



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04/07/2008

Terreur aux antipodes

Le nouveau thriller de Maxime Chattam se déroule dans deux lieux clos : l'observatoire du Pic du Midi et l'île de Fatu Hiva au Marquises.

b6f15e5c9403fd1c8794e322f1bd8753.jpgEnvie de vous faire une petite peur durant vos prochaines vacances ? Plongez dans le nouveau roman de Maxime Chattam. Mais attention, la petite peur pourrait rapidement se transformer en gros cauchemar tant cet expert de la littérature de l'effroi parvient à transformer la moindre scène en source de frissons. Cela commence comme un roman politique et scientifique. Dans un fitur proche, la Commission européenne, beaucoup plus puissante et autonome qu'actuellement, découvre qu'un de ses membres détourne des fonds pour financer des recherches dans deux lieux situés aux antipodes l'un de l'autre : l'observatoire du Pic du Midi dans le Pyrénées et l'île de Fatu Hiva aux Marquises en Polynésie française.
Une équipe d'enquêteurs est formée, menée par un certain Gerland, secret et déterminé. Il s'adjoint l'aide de trois chercheurs, les trois héros qui feront découvrir au lecteur l'inimaginable. Emma DeVonck, "grande, brune, les cheveux si épais qu'ils formaient une toison indomptable tombant sur ses épaules", docteur en paléoanthropologie, son mari, Peter, biologiste et généticien et le frère d'Emma, Benjamin, sociologue en dynamique comportementale.

Deux lieux symboliques
Emma s'envole pour l'Océan Pacifique alors que les deux hommes rejoignent le Pic du Midi. Ces deux lieux, isolés, coupés du monde, vont être le théâtre de phénomènes aussi étranges qu'angoissants. Et l'auteur de planter le décor, insistant sur le côté extraordinaire. Le pic du Midi : "L'ouvrage de pierre s'accrochait sur le bord de la falaise, ses fenêtres et ses terrasses suspendues dominaient un gouffre béant sous le soleil aveuglant. On ne pouvait que ressentir une première impression mêlée d'effroi et d'admiration. Une promesse à la fois de vertige et de poésie." Toute aussi dramatique l'arrivée d'Emma au large de Fatu Hiva, en bateau, en pleine nuit. "La lune apparut pendant quelques minutes, entre deux rubans de nuages noirs. Elle souligna les milliers de creux que formait la mer devant eux et soudain, l'immense masse de Fatu Hiva déchira l'horizon jusque-là aveugle. L'île était tout sauf accueillante. Ses falaises dominées par des crêtes acérées la faisaient ressembler à une mâchoire sortie des flots. Une mâchoire monstrueuse vers laquelle ils fonçaient."

Terreur à l'état pur
Si sur le Pic du Midi les deux chercheurs sont isolés, ils ont cependant de la compagnie. Notamment d'autres scientifiques qui seraient employés à la vérification de prétendus brevets. Un huis clos tendu se met en place, avec une véritable enquête polcière pour découvrir ce qui se trame exactement. Par contre, sur l'île, c'est la terreur à l'état pur. Emma, accompagnée du marin chargé de la conduire sur place, découvre un village désert, avec simplement des traces de sang dans la rue, de nombreuses douilles et des dizaines de chiens morts, comme déchiquetés par un fauve en furie. Et la nuit, barricadés dans une maison, ils sont attaqués : "On frappa encore, et encore, jusqu'à briser des lattes pour découvrir les planches de bois qui scellaient les fenêtre. Emma fut contente de ne pas distinguer la silhouette qui les agressait. A ce moment de la nuit, elle ne voulait rien voir, tout ce qu'elle espérait c'était que la chose parte. Qu'elle s'éloigne."
Il ne faut pas en dire plus, pour ne pas déflorer le suspense et les surprises, nombreuses tout au long de ce roman très rythmé. Sachez simplement que l'auteur a beaucoup étudié la mentalité des tueurs en série pour inventer cette intrigue terrifiante.

« La théorie Gaïa », Maxime Chattam, Albin Michel, 22 €


13/05/2008

Couples et déchirures

Roman intense et fusionnel, "Indésirable" de Valerie Martin nous plonge dans l'intimité de couples anciens et nouveaux.

356b09c877388bf04d8ff49eb22dd45b.jpgRéflexion sur la vie à deux, l'amour, l'habitude et la famille, ce roman de Valerie Martin débute comme une comédie bourgeoise contemporaine, dans les milieux aisés et intellectuels de New York et sa région, pour se prolonger dans une ambiance plus lourde des séquelles de la guerre des Balkans. Brendan et Chloé sont le prototype de ces Américains de gauche, intellectuels, aisés mais un peu trop conformistes. Brendan, professeur à l'université, se consacre actuellement à la rédaction d'un livre sur les croisades. Dans son bureau, loin de l'agitation du monde actuel, il essaie de comprendre les motivations réelles de la croisade de "Frédéric de Hohenstaufen, l'empereur du XIIIe siècle dont la puissance et la ruse ont surpris ses contemporains au point de lui valoir le surnom de Stupor Mondi, la merveille du monde". Chloé, illustratrice de livres pour enfants, travaille dans son atelier installé dans un bois à quelques dizaines de mètres de leur résidence. Leur fils, Toby, est étudiant en sciences politiques. Il vient de rencontrer Salomé, étudiante elle aussi. Un coup de foudre immédiat et réciproque.

Réfugiée croate

La première scène raconte, dans un grand restaurant, la première rencontre des parents de Toby avec la nouvelle petite amie de leur fils. Après une blonde évaporé et une Japonaise hypocondriaque, le choix de Toby est radicalement différent. Salomé est une réfugiée de guerre croate arrivée en Louisiane à 10 ans. Son père est pêcheur, sa mère est morte dans le conflit. Brillante, secrète, très belle, elle n'est pas du goût de Chloé. Pour la simple et bonne raison qu'elle est étrangère et que son fils semble beaucoup plus amoureux que les fois précédentes.
Un couple installé, avec des habitudes, des certitudes et bon nombre de renoncement, se retrouve face à un jeune couple, en pleine période de découverte et de folle passion. Brendan, en observant Toby, retrouve ses jeunes années, Chloé ne voit dans cette belle histoire d'amour que la perte de son fils, victime d'une femme qu'elle suspecte de tous les maux (intérêts financier et administratif).
Toby admet qu'il connaît peu de choses de Salomé et quand il va passer les fêtes de Thanksgiving chez son père, il découvre un monde qu'il ne soupçonnait pas. Salomé est épanouie, plus joviale et nature, dansant de longues heures avec des cajuns. Le père, malgré les tracas que lui cause son bateau de pêche, croque la vie par les deux bouts.

Une nouvelle famille
Quelques semaines plus tard, alors que Toby et Salomé vont emménager ensemble, le jeune Américain apprend que sa petite amie croate (et fervente catholique) est enceinte. Une remise en cause complète de leur vie d'étudiants insouciants. Succombant à la paranoïa de sa mère, Toby se sent piégé. Mais l'amour est le plus fort. Ils décident de se marier. En quelques jours. Une formalité administrative réglée rapidement, sans avertir leurs parents respectifs. Le lendemain, en rentrant des cours, Toby trouve l'appartement vide. Salomé est partie. Il découvre un message sur sa boite email : "Chéri, pardonne-moi. Il faut que je fasse ce voyage. Je ne peux pas te dire où je vais ni pourquoi, et mieux vaut que tu n'en saches rien. Je vais revenir. Je t'aime mon chéri."
Après avoir longuement observé la routine de la vie de ses personnages, Valerie Martin bouscule l'intrigue, la conduisant sur d'autres rives, celles de la Méditerranée, encore blessée de cette guerre qui a vu la Yougoslavie se disloquer au gré des guerres civiles. Toby tentera de retrouver sa femme. Brendan le suivra. Chloé, restée à la maison, devra affronter ses peurs, notamment ce braconnier qui chasse si près de sa maison. Et au fil des chapitres un nouveau personnage, grâce à des flashbacks, s'imposera : la mère de Salomé, absente et obsédante.

« Indésirable », Valerie Martin, Albin Michel, 20 €


17/08/2007

Le silence de Clara

medium_Le_silence_de_Clara.jpgClara est une petite fille de huit ans, emmurée depuis sa naissance dans le silence de l'autisme. Elle est la fille de Ferdinand Bond, producteur de cinéma et de Lorna, une jeune femme tellement anéantie par le handicap de sa fille qu'elle a préféré l'abandonner à son père et fuir, quatre ans auparavant.
Ferdinand, entre deux prises de films, soigne sa déprime et regarde sa fille grandir, sans espoir. Un soir pourtant il se passe quelque chose : dans le cahier de la gamine une phrase mystérieuse, datée du 15 décembre 2102 est parfaitement écrite. Mais par qui ? Clara qui ne maîtrise ni le langage ni l'écriture ? Avec les psys qui s'occupe de la petite, Ferdinand tente de dénouer l'énigme quand Lorna revient. Ensemble, et pour sauver leur fille ils vont parcourir un chemin sur les rives de l'au-delà.
On retrouve dans ce roman les interrogations de Patrick Cauvin sur la vie après la mort, mais aussi celles sur les mystères de l'enfermement mental d'un enfant.
Sans faux-semblants, et avec toute la tendresse et l'humour qui sont devenus sa marque de fabrique, il exprime le désarroi dans lequel sont plongés les parents d'un enfant autiste : "L'autisme est, pour une mère, une trahison de la nature, un crime inqualifiable... Peu l'admettent, ils se retranchent plutôt derrière une éthique, un devoir, une religion... L'amour n'est pas miraculeux, il est fluctuant, il peut faiblir, grandir, renaître, mourir. Il n'est pas indépendant du sujet auquel il se rapporte..." Du Patrick Cauvin pur jus qu'on parcourt avec toujours autant de bonheur.
"Le silence de Clara", Patrick Cauvin, Albin Michel, 18,90 €. Egalement au Livre de Poche, 4,50 €




06/08/2007

Un homme seul face au Complot

Thriller bourré d'action et de suspense, ce premier roman de Daniel Rezlan entraîne le lecteur du Liban à New York en passant par Paris et la Catalogne.

medium_Il_faut_tuer_Léa_Keller.jpgLe roman d'action et d'espionnage a toujours bien fonctionné pour les lecteurs en manque d'émotions fortes. Daniel Rezlan, directeur d'une entreprise informatique, investit le genre pour signer un premier roman très abouti, à l'intrigue bien ficelée et aux personnages forts appelés à connaître de nouvelles aventures. Le héros, Tom Valmer, est en fâcheuse posture dans les premières pages. En mission secrète et nocturne au coeur du Liban, il tente de libérer un soldat israélien capturé par un groupe de terroristes islamistes. Ses trois compagnons viennent d'être abattus, repérés par des satellites espions surveillant la propriété. Il se retrouve seul pour se sortir de ce guêpier. Avec une efficacité radicale (les cadavres ne se comptent plus derrière son passage), il va mettre en échec les terroristes, délivrer le soldat de Tsahal et fuir en hélicoptère pour finalement se poser en héros près de Tel Haviv.
Un héros qui veut rester très discret. Membre de l'UTAIR, Unité transnationale d'action et d'intervention rapide dépendant de l'ONU, il n'a pas officiellement d'existence. Tom Valmer ne se doute pas que son coup d'éclat contre ce qu'il croit être un nid de fanatiques est en fait un coup dur porté à une organisation mondiale du crime, l'ECTRE. Qui tombe d'autant plus mal qu'une vaste opération est sur le point d'être déclenchée.
Tom Valmer se fait des ennemis redoutables et croise à nouveau leur chemin à Paris au cours de sa mission suivante. Il est chargé de surveiller Léa Keller. Cette jeune femme, mariée à un riche Arabe, pourrait les renseigner sur un possible réseau dormant en France. Léa Keller qui est devenue très encombrante pour l'ECTRE qui décide de l'éliminer. L'assassinat est programmé en pleine rue à Paris. Mais Tom, en surveillance, ne peut s'empêcher d'intervenir et sauve Léa Keller. Il contrecarre pour la seconde fois les projets de l'ECTRE.

Menace sur la planète
Malgré l'opposition de ses chefs, Tom protège Léa, la suivant comme son ombre, de moins en moins insensible à son charme : « Elle n'était pas à proprement parler belle, se dit Valmer en la regardant monter dans sa voiture, mais il se dégageait de cette femme une aura qui retenait le regard. Son visage était régulier et fin, ses yeux vifs et on comprenait facilement qu'ils pouvaient être durs au point de vous mettre mal à l'aise. Les yeux d'une femme qui a souffert. Ce mélange de force et de dynamisme était en complète contradiction avec la tristesse du regard. » Tom apprendra à mieux connaître sa protégée. Elle vit un chantage permanent car son fils a été enlevé par les hommes d'ECTRE. Elle a cependant des documents qu'elle va négocier, avec l'aide de Tom.
De Figuères à New York en passant par les beaux quartiers de Paris et le Pakistan, ce thriller va aller crescendo, dévoilant au fil des coups de théâtre le véritable but d'ECTRE, organisation alliée avec les pires mouvements terroristes, de l'IRA au réseau d'Al Qaida. A la lecture de ces 370 pages nerveuses et détonantes, on est séduit en premier lieu par les personnages, exceptionnels tout en restant humains. Si l'objectif final de l'organisation mondiale mafieuse semble très utopique, il reste qu'au niveau local, dans diverses régions du monde, elle semble on ne peut plus plausible. Mais tant que Tom Valmer reste dans les parages, les démocraties peuvent dormir sur leurs deux oreilles...

« Il faut tuer Léa Keller », Daniel Rezlan, Albin Michel, 19,80 €



07:00 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : thriller, albin michel, rezlan

21/07/2007

Philippe Labro s'est relevé

Dans "Tomber sept fois, se relever huit", le célèbre journaliste et écrivain raconte par le menu sa lutte contre une redoutable dépression nerveuse.

medium_Tomber_sept_fois.2.jpgPersonne n'est à l'abri. La dépression nerveuse, mal du siècle, peut fondre sur le petit employé comme le grand patron. En l'occurrence, Philippe Labro, journaliste, écrivain, cinéaste, homme de média reconnu, admiré, envié et en passe de devenir président de RTL, première radio de France, se retrouve un matin de septembre sous une chape de nuages noirs.
Réveils en sueur la nuit, plus d'appétit, désintérêt de ce qui l'entoure, perte de l'envie de découvrir et de rire : en peu de temps, cet homme qui avait pour habitude de briller en société comme sur les plateaux devient fade, sans esprit, éteint. Plus rien ne l'intéresse si ce n'est les soucis de sa vie quotidienne qu'il trouve de plus en plus insurmontables.
Philippe Labro raconte avec beaucoup de franchise son enfermement volontaire, cette tentation perpétuelle du repli sur soi reconnaissant que « le déprimé est fondamentalement un égoïste, autocentré, il ne s'intéresse qu'à sa maladie, il est incapable de se mettre à la place des autres. Il ne connaît plus l'affection. Il est même amoureux, d'une certaine façon, de sa propre dépression. »

« Il est foutu ». Le grand directeur tente de sauver les apparences. Mais personne n'est dupe dans on entourage. Celui qui avant insufflait une énergie à ses troupes est aujourd'hui totalement démobilisé. La phrase commence se répandre à grande vitesse dans les couloirs de la radio : « Il est foutu ». Certains s'inquiéteront de cette situation, d'autres y verront l'opportunité d'une place à prendre. « J'apprendrai plus tard, expique Labro, que l'un des plus "fidèles parmi les fidèles" se répand dans les couloirs et à l'extérieur de l'entreprise et va dire à plusieurs bavards professionnels, aux rumoristes parisiens qui se chargeront de la formule : "Il est foutu. On ne le reverra pas" ».
Après coup, l'auteur revient sur cette période noire, mais admet que sa dépression l'a empêché de voir venir l'épreuve et les retournements d'alliance. Il va, sur le conseil de sa femme, consulter un spécialiste qui va l'écouter et tenter de trouver le bon antidépresseur qui le remettra droit qui le remettra droit sur les rails.
La lente guérison. Après des mois d'échecs et de chute au plus profond de son âme, Philippe Labro retrouvera un peu de volonté. Un premier indice de la guérison : « Votre guérison est invisible, inaudible. Elle arrive à tout petits pas sur les toutes petites pattes d'un tout petit chat, on ne l'entend pas venir. Mais si on ne l'entend pas, on le perçoit, on le devine, on le renifle. » Au final, Philippe Labro ira mieux. Il parviendra même à écrire ce témoignage. Souvent pathétiques, parfois risibles, ces lignes seront cependant un secours appréciable pour ceux qui comme l'auteur se retrouvent un jour « l'esclave d'une chose indéfinissable qui est en train de me détruire et je lui obéis sans résistance. »

« Tomber sept fois, se relever huit », Philippe Labro, Albin Michel, 17 € (En poche chez Folio, 5,6 €)

07/02/2007

Nina, fille de la favela

medium_Nina_1.jpgLa vie de Nina n'est pas enviable. Cette petite fille habite dans une favela. Sa mère, très malade, ne peut plus subvenir à leurs besoins. Nina va donc aller avec les autres enfants travailler. Un travail éprouvant et dangereux : récupérer des objets dans un immense champ d'ordures régulièrement approvisionné avec les restes de la grande ville. Mais Nina n'est qu'une fillette. Au lieu de se précipiter sur les meilleures pièces, elle cherche de quoi s'amuser. En fouillant, elle découvre une petite main qui dépasse des gravats. Elle dégage un adorable nounours, pratiquement intact, comme jamais elle n'aurait rêvé en posséder. Un trophée qu'elle serre sur son coeur et refuse de céder. Un rayon de soleil qui va cependant lui coûter cher. Des voyous vont tenter de s'en emparer, et pour se venger d'avoir échoué, ils tuent la maman de Nina. La fillette, désespérée, se croit seule et abandonnée quand elle découvre que le nounours parle et se déplace. Il s'agit d'un prototype aux pouvoirs immenses.

Une BD pour les plus jeunes, dessinée par Loïc Sergeat et mise en couleurs par Emmanuel Lepage. (Albin Michel, 12,50 €)

03/02/2007

L'Argentine violente et romantique racontée par Trillo et Domingues sdans "La marque du péché"

medium_Marque_du_peche.jpgL'histoire de l'Argentine a toujours été très agitée. Cette colonie espagnole est passée par plusieurs étapes de rébellion et de guerres civiles avant de connaître un semblant de stabilité depuis quelques décennies. L'action de cette nouvelle série se déroule en 1850. L'Argentine et l'Uruguay sont en conflit ouvert. Le général Rosas, dictateur sanguinaire, règne sur Buenos Aires. Les révolutionnaires tentent de le renverser. Dans cet imbroglio, Thomas Vida, dessinateur satirique fuyant les persécutions du régime de Louis Philippe, va se trouver confronté à un ange. Blessé, il est secouru par la belle Angustias. La jeune femme est veuve depuis peu. Quelques minutes après son mariage, son époux est abattu. Un sort tragique commun à tous les hommes qui l'approchent. Mais avec Thomas, c'est une nuit d'amour frénétique qui l'attend. Il va falloir maintenant aux tourtereaux éviter le courroux du frère, bras droit de Rosas. Écrite par Trillo, cette histoire romantique et passionnée, donne l'occasion à Domingues de dessiner les courbes tentantes et enchanteresses de la belle Angustias. ("La marque du péché", Albin Michel, 13,90 €)

07:00 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : albin michel, domingues, trillo

11/12/2006

Paillettes

medium_Triomphe_a_Hollywood.jpgDes paillettes, il n'en manque pas à Hollywood. Louis et Dico, les deux héros complètement givrés imaginés par Pétillon et dessinés par Rochette, après Londres et New York, débarquent à Los Angeles pour leur troisième grande aventure. Louis cherche toujours un moyen de récupérer les îles anglo-normandes à la perfide Albion. Dico, schizophrène congénital, change de personnalité comme de chaussettes. Une aptitude à se glisser dans la peau des autres qui fera son succès à la Mecque du paraître. Mais ces deux originaux traînent un lourd passif, notamment quelques millions de dollars de dettes à un gag de la côte Est. Une surprise par page dans cet album rocambolesque et hilarant.
« Triomphe à Hollywood, éditions Albin Michel, 12,50 euros

07:15 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pétillon, rochette, albin michel

28/08/2006

La haine au ras du sol

"Corpus Christine", de Max Monnehay, explore les limites de la haine entre mari et femme.

medium_max_monnehay.jpgSi l'on a le malheur de vivre en couple, on ne ressort pas indemne de ce roman âpre et dérangeant. Et malgré des années de bonheur conjugal sans nuages, on ne peut s'empêcher de se demander : "Et si cela m'arrivait à moi aussi ?"
Le narrateur, dans un langage très mouvementé et haché, on comprend pourquoi au fil des pages, raconte au lecteur qu'il interpelle parfois, son calvaire et sa déchéance. Condamné en position verticale "depuis sa chute" sur laquelle il reste très discret, il ne se déplace plus dans son appartement qu'en rampant. Mais il n’est pas seul. Sa femme continue de vivre avec lui. Mais au lieu de l’aider, elle le brime, l’affame. Seul a ruminer des mauvaises pensées le nez au plancher, le mari va raconter le coup de foudre pour cette joggueuse croisée dans la rue. Leur rencontre, le bonheur des premiers mois de vie commune, les bons moments partagés… Jusqu’à ce fameux jour.

Dramatique et... loufoque
Devenu un pantin sans défense, elle va se venger de ces années de simulation. Notamment en l’affamant. Quand il parvient à voler un pot de moutarde oublié dans la cuisine, il va goulûment s’en repaître. Résultat il a mal au ventre s’en plaint et en profite au passage pour pousser une gueulante contre le lecteur interloqué imaginant même ce qu’il pense : "Mais pourquoi se sent-il obligé de nous décrire ses brûlures d’estomac ? Quand va-t-il cesser de se plaindre à la fin ? Va-t-il crever qu’on en finisse !"
Mais le calvaire n’en est qu’à ses débuts. De plus en plus faible et affamé, sa femme va s’attaquer à sa famille, lui donnant, telle une offrande, le petit orteil sanguinolent de sa mère… Impuissant, il jure de se venger mais au bout de quelques jours doit réagir, "La chair pourrit. Elle empeste quand elle se décompose. Elle engendre la vermine. Je vais devoir me débarrasser de l’orteil de ma mère. Un enterrement n’étant pas envisageable, ne me reste que la chasse d’eau en guise de sépulture."
Tout l’intérêt de ce premier roman réside dans cette opposition continuelle entre une situation tragique, révoltante, pathétique et un certain détachement, une désinvolture qui nous rappelle sans cesse qu’il ne s’agit que d’une pure fiction sortie de l’imagination de Max Monnehay qui n’a que 25 ans. "Corpus Christine" est son premier roman. Une signature à suivre.

"Corpus Christine" de Max Monnehay. Éditions Albin Michel. 15 euros.




07:39 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monnehay, albin michel