23/07/2015

BD : Canardo sur les traces de la chair fraîche

 

canardo, sokal, regnauld, casterman

Il y a un peu du XIII dans la nouvelle enquête de Canardo, le privé imaginé par Sokal. Une jeune femme est retrouvée inconsciente au bord d'un lac. Elle ne se souvient plus de son identité. Seul indice, un tatouage. La ressemblance ne va pas plus loin. Les histoires de Sokal n'ont rien à voir avec celles de Van Hamme. La jeune femme a été recueillie par une famille de pêcheurs d'anguilles du duché de Belgambourg, caricature criante de vérité du Luxembourg. De l'autre côté du lac, la Wallonie et son chômage endémique. Les femmes tentent souvent le tout pour le tour pour rejoindre le duché et y trouver du travail. Les plus belles dans la prostitution, les autres comme simples employées de maison. L'amnésique embauche Canardo pour qu'il découvre son identité. Le tatouage étant placé sur la fesse, notre héros (alcoolique et graveleux) peut donc se rincer l'œil. D'autant qu'elle lui montre également une brûlure de cigarette sur un sein, juste à côté du mamelon. Fortement teinté de critique sociale, cette histoire vire vers le serial killer et l'espionnage entre nations. Pascal Regnauld dessine la majeure partie de l'album scénarisé par Sokal et son fils, Hugo.

 

« Canardo » (tome 23), Casterman, 11,50 €

10:14 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : canardo, sokal, regnauld, casterman

29/06/2015

BD : Au sommet de New York

homme de joie, hautière, abelard, françois, casterman

Régis Hautière fait partie des scénaristes qui montent. Il a longtemps été cantonné aux éditions Paquet, mais le succès aidant (notamment le Dernier Envol avec Romain Hugault) il a diversifié sa production. Chez Dargaud il a imaginé Abelard, pour Delcourt il a repris Aquablue et chez Casterman il a écrit la Guerre des Lulus et De briques et de sang. Cette dernière série avec David François au dessin qu'il retrouve pour « Un homme de joie », sous titré également « La grande époque des buildings de New York ». Au début du 20e siècle, Sacha, jeune émigré ukrainien, débarque à New York. Il fuit la famine de l'Europe et croit en son destin. Il va survivre dans un grenier, travaillant le jour au sommet des buildings. Mais la roue tourne et un soir, au détour d'une balade, il sauve un certain Tonio qui le prend sous son aile. Tonio d'origine italienne et très impliqué dans la jeune mafia américaine. Un scénario entre histoire et social, avec un brin de romance, le tout mis en images par David François se permettant parfois des doubles pages panoramiques pour montrer toute la démesure des constructions de l'époque.

 

« Un homme de joie » (tome 1), Casterman, 13,95 €

 

04/06/2015

BD : Trois femmes à la dérive

 

marion laurent, naissent araignées, casterman

Remarquable roman graphique d'une femme sur les femmes, « Comment naissent les araignées » transporte le lecteur dans une Amérique encore marquée par les inégalités sociales et raciales. Pour sa première œuvre en solo, Marion Laurent croque le portrait de trois femmes que le destin va se faire rencontrer. Alice, blonde de 16 ans, trop couvée par sa mère, cherche l'amour. Sa propre personnalité aussi. Isadora est une clocharde alcoolique. Elle se noie dans le gin comme pour oublier ce qu'elle a été autrefois. Billie est Noire. Fervente catholique. Mais amoureuse d'un Blanc, ce que son frère n'accepte pas. Un drôle de trio, en rupture de ban, dans la même galère à la recherche d'un ailleurs. Dans une voiture d'emprunt, elles partent vers le Sud. Alice pour retrouver l'homme qu'elle croit aimer, Isadora son passé, Billie pour oublier sa famille. Elles vont parler, se comprendre, se disputer, s'aider et retrouver un sens à leurs vies. D'une grande sensibilité, ces trois portraits se complètent avec celui de Dwight, le chevalier servant d'Alice, mystérieux et encore plus marqué par les coups du sort.

 

« Comment naissent les araignées », Casterman, 23 €

 

26/04/2015

BD : Éléments déchaînés dans "Le reste du monde" de Chauzy

 

reste du monde, chauzy, casterman

La BD (avec la littérature), peut tout se permettre en matière de scènes grandioses. Là où le cinéma doit dépenser des millions de dollars, un dessinateur inspiré se contente de quelques nuits d'insomnies. L'album « Le reste du monde » de Jean-Christophe Chauzy en est le parfait exemple. Cela commence comme un téléfilm de France 3. Une prof en vacances, abandonnée par son mari au début des vacances, conduit ses deux enfants de 10 et 8 ans, chez des voisins. Ils vont y passer la nuit en compagnie d'un ami un peu plus âgé. Elle va profiter de cette soirée pour remettre en ordre et nettoyer le chalet où ils viennent de séjourner un mois au grand air. Dans deux jours ils seront tous de retour à Paris pour la rentrée scolaire. Une fin d'été très chaude dans cette vallée des Pyrénées. Un orage éclate. Violent, effroyable. Des trombes d'eau, des éclairs et tout à coup un tremblement de terre. Un peu comme le « big one » attendu en Californie. En quelques pages, l'histoire change de registre. Terminé le cadre verdoyant et paisible, place au chaos et à la mort. Pour passer d'un univers à l'autre, le dessinateur va utiliser de grandes images, secouées dans tous les sens, de plus en plus sombres. La suite des 100 pages décrit la lente désagrégation de la société. La mère, après avoir difficilement récupéré ses gamins, constate que la vallée est coupée du monde. Les gendarmes et pompiers tentent de maintenir un semblant d'ordre, mais au bout d'une semaine, sans nouvelles de l'extérieur, la faim pousse les rescapés à s'entretuer. Telle une femelle cherchant à protéger sa portée, la prof va se transformer en redoutable guerrière qui doit choisir entre le rôle de chasseuse ou de proie. Un scénario implacable, une mise en images impeccable : le seul bémol consiste aux deux mots placés après la dernière page, (à suivre)...

« Le reste du monde », Casterman, 18 euros

 

 

 

20:12 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : reste du monde, chauzy, casterman

18/04/2015

BD : les policiers pantouflards du SPRG

simon munch, renseignements généraux, Gillot, Dragon, casterman

L'action, Simon Munch aime. Ce flic, spécialisé dans l'antiterrorisme, est toujours sur le fil du rasoir. Une vie risquée qu'il décide de mettre entre parenthèse du jour au lendemain. Il a une bonne raison pour cela : il vient de devenir papa. Terminé donc les assauts au petit matin, place au travail de bureau dans un service réputé pantouflard : la protection des personnalités et VIP par les Renseignements généraux. Écrite par Gillot et Dragon, cette série policière lorgne aussi dans la comédie psychologique. Simon doit dans un premier temps apprivoiser son équipe : deux nanas et un gars, homo tombant trop facilement amoureux. Quand il est officiellement chargé de sa première mission, il rajoute au groupe son meilleur ami, un dur qui n'a pas froid aux yeux. La petite bande doit protéger le vice-président d'un grand groupe pétrolier français sur le point de signer un contrat avec la Libye post-Kadhafi. Un énarque prétentieux, doté d'une famille insupportable. Mauvaise ambiance mais surtout danger maximum car des intérêts étrangers veulent faire capoter l'accord. Très détaillé, le récit alterne séances psychologiques et pure action. Fred Lamour, au dessin, apporte juste ce qu'il faut de réalisme à une intrigue en béton.

 

« SPRG, service de protection des renseignements généraux » (tome 1), Casterman, 13,50 €

 

31/03/2015

BD : L'oracle de la NSA nous écoute

 

oracle, nsa, gloris, bleda, casterman

Il s'appelle Appolo. Ce jeune Noir américain est autiste. Du genre Rain Man, à l'esprit surdoué qui assimile tout instantanément. Ses capacités, repérées par la NSA, le service d'écoute des services secrets américains, sont exploitées au quotidien. Plongé en catalepsie, il ingurgite des milliers d'informations et peut répondre à n'importe quelle question. Ou annoncer des événements en préparation. Voilà comment il est devenu l'Oracle et que ses « visions » revêtent une importance cruciale. Le problème avec Appolo, c'est sa dépendance complète à sa mère. Tel un enfant de 5 ans, il est incapable de faire les choses du quotidien. Et s'il n'a pas cet environnement apaisant, il est trop perturbé pour avoir la moindre vision. Quand sa mère se fait renverser par un chauffard, le programme à plusieurs millions de dollars s'arrête. Seule solution, confier Appolo à sa demi-sœur, Oz, flic tête brûlée. Personnages complexes, loin des clichés déjà-vu, intrigue à plusieurs niveaux, cette série écrite par Gloris et dessinée par Bleda passionnera les amateurs de série télé genre « 24 heures ».

 

« NSA » (tome 1), Casterman, 13,50 €

 

08:16 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : oracle, nsa, gloris, bleda, casterman

21/03/2015

DE CHOSES ET D'AUTRES : Souvenirs d'éclipse

Plutôt que de ressortir Papy Trenet pour introduire l'événement (Le Soleil a rendez-vous avec la Lune... ), je vais empiéter sur les plates-bandes de mon collègue du dimanche et vous raconter comment une éclipse du soleil est en partie à l'origine d'une des plus grandes passions de ma vie.

tintin, temple du soleil, castermanAu début des années 70, alors que j'étais encore en culottes courtes, ma grande sœur a une idée merveilleuse pour mon cadeau de Noël. Pas très riche, elle m'offre un album de BD. En ce 25 décembre, je me plonge dans Le temple du Soleil, une des aventures de Tintin et Milou. Le choc.

Pour la première fois, j'ai l'impression d'être complètement immergé dans une histoire. Que ce soit sur le bateau pour rejoindre l'Amérique du Sud, face à un lama susceptible ou encore au cœur de la jungle amazonienne, accroché aux pattes d'un condor, dans les cavernes ou le fameux temple rempli d'or, tout me semble incroyablement réel. Et puis arrive l'épisode de l'éclipse. Tintin se fait passer pour le maître du soleil auprès des indigènes. Le nez dans la BD, cette disparition puis réapparition du soleil, je les vis à fond.

En août 1999, comme des millions de Français, j'ai observé l'éclipse totale à l'aide de lunettes spéciales. Étrangement, elle n'a pas eu la saveur de celle du Temple du Soleil. Excepté le froid saisissant, le ressenti était bien moindre que sous le trait de Hergé. Alors ce matin, je ne sortirai pas la tête en l'air et me contenterai de relire, pour la centième fois au moins, cet album défraîchi qui m'a tant fait aimer la BD.

14/02/2015

BD : Holly Ann, Détective de Louisiane

holly Ann, Kid Toussaint, Servain, casterman

La Nouvelle-Orléans, son bayou, ses musiciens, ses légendes. Pour connaître tous les secrets de cette ville multiethnique, il faut obligatoirement passer par Holly Ann. Cette jeune femme, une quarterone (un quart de sang noir dans les veines) d'une rare beauté comme le sont souvent les métisses, est officieusement la meilleure détective privée de la ville. Le récit se déroule à la fin du 19e siècle et les tensions entre communautés sont encore très vives. Un riche fermier est au désespoir. Son fils a disparu. Holly Ann se rend sur place et se renseigne. Rapidement elle découvre que l'enfant n'est pas seul à avoir déserté la plantation : un jeune noir, chargé de sa surveillance et de celle de sa jeune sœur, est lui aussi porté manquant. La découverte du cadavre de l'enfant, victime d'un rituel vaudou, va rapidement mettre la ville en effervescence. Écrit par Kid Toussaint, cette enquête policière est dessinée par Stéphane Servain. Son trait fluide et puissant s'adapte parfaitement aux ambiances chaudes et angoissantes de ce monde secret. Quant à Holly Ann, présentée comme une nouvelle Adèle Blanc-Sec, elle a tout pour séduire de nombreux lecteurs.

 

« Holly Ann » (tome 1), Casterman, 13,50 €

 

01/02/2015

Benoît Peeters : « Les auteurs de BD vivent de façon très précaire »

angouleme, peeters, bd, ande dessinée, casterman

Le succès du festival d'Angoulême cache une réalité plus sombre pour les auteurs de bande dessinée. Benoît Peeters, scénariste , revient sur un secteur de l'édition « fragilisé ». 

La bande dessinée en France est-elle réellement menacée ?

Benoît Peeters. Artistiquement, la bande dessinée en France n’est pas du tout en crise ni en danger. Elle regorge de talents et d’excellents albums. Par contre la situation du marché et plus précisément des auteurs est elle beaucoup plus problématique, fragilisée. Il y a quelques vedettes qui gagnent très bien leur vie, notamment en vendant des planches originales à des niveaux très élevés, mais à côté, l’écrasante majorité des auteurs vit de plus en plus mal avec un niveau de revenus en dessous du smic. Cette situation est en dégradation accélérée avec une réforme brutale et sans concertation de la retraite complémentaire qui prive les auteurs d’une année à l’autre d’un mois de revenus. Pour ceux qui sont en dessous du smic, alors qu’ils travaillent continûment, ce peut être le coup fatal qui pourrait les conduire à arrêter. Et contrairement aux écrivains, il n’est pas possible aux dessinateurs d’avoir un autre métier en parallèle. La BD c’est aussi un artisanat, c’est extrêmement exigeant en terme de temps et les éditeurs attendent des auteurs, surtout ceux qui font une série, qu’ils publient au minimum un album par an.

De quand date cette dégradation du métier ?

Le premier grand changement s’est produit avec la disparition des magazines de bande dessinée (Pilote, A SUIVRE...). Quand les histoires étaient publiées régulièrement dans ces titres, elles assuraient aux auteurs un revenu, notamment pour ceux qui étaient au début de leur carrière. Il y a 20 ans on avait 700 albums par an et aujourd’hui 5 000. La plupart de ces albums sont envoyés au casse-pipe avec une visibilité minimum et des ventes très faibles. L’éditeur est déçu mais l’auteur se retrouve dans une situation encore plus difficile. Ce marché aurait besoin de nouvelles règles et les états généraux que nous avons lancé vont étudier de façon très objective et scientifique toutes les facettes du problème pour essayer d’apporter des petits éléments de solution. Le public, celui que se fait dédicacer des albums par exemple, n’a pas conscience que des auteurs vivent de façon très précaire : pas de congé maladie, pas de congé maternité, une cotisation retraite pour laquelle on est lourdement ponctionné déjà avec un résultat très faible.

La protection sociale des auteurs peut-elle être assurée par un régime comparable à celui des intermittents du spectacle ?

Il est certain que le régime des intermittents apporte un certain nombre d’avantages, mais la situation des auteurs de BD est un peu différente et surtout on sait toutes les difficultés qu’il y a à maintenir ce régime. Donc je ne suis pas sûr que l’État ait envie d’y faire entrer une nouvelle catégorie d’auteurs.

Auteurs en crise, mais chiffre d’affaires du secteur en hausse chaque année. Un paradoxe ?

En fait le chiffre d’affaires du secteur de la BD s’est maintenu ou a très légèrement progressé. Mais maintenir son chiffre global quand on multiplie par sept le nombre de titres cela veut dire que chaque album, individuellement, a beaucoup baissé. C’est donc une illusion. Certains éditeurs, pour maintenir leur chiffre, ont augmenté de façon effrayante le nombre de titres, sans donner leurs chances à ces nouveautés. C’est un trompe-l’œil. Faire + 1 % alors qu’on a augmenté sa production de 10 % c’est vraiment un échec.

Le numérique peut-il sauver la BD ?

Pour l’instant, c’est plus une menace qu’une chance car il ne génère pratiquement aucun revenu aux auteurs ni même aux éditeurs. Il ne faut pas du tout se faire d’illusion et en plus les « bouquets numériques illimités » ne laisseraient que quelques centimes pour l’auteur car les œuvres ne seraient plus que des flux.

______________________________________

Droit d’auteur en danger

Forte mobilisation des auteurs de bande dessinée lors de ce 42e festival d'Angoulême. Les états généraux, pourtant lancés il y a à peine trois mois, ont fait le plein et devraient déboucher sur des propositions très concrètes.

Cette association, présidée par Benoît Peeters, scénariste, universitaire et conseiller éditorial, soutient également la marche des auteurs qui s'est déroulée hier après-midi et fonde de grands espoirs sur son entrevue ce dimanche avec Fleur Pellerin, ministre de la Culture.

Les sujets d'inquiétude, en plus de la paupérisation des auteurs, sont multiples. « Il y a d'autres menaces qui pèsent sur nous, notamment au niveau européen où le principe même du droit d'auteur est remis en question assez fortement, explique Benoit Peeters. Il y a une alliance étrange entre les tenants du tout gratuit comme le Parti Pirate et les majors américaines comme Google ou Amazon qui trouveraient leur compte dans cette illusion de gratuité. »

Le secteur reste dynamique et porteur, mais cet équilibre est fragile. « C'est important, dans le cadre des états généraux, souligne Benoît Peeters, de montrer qu'auteurs, éditeurs et libraires ont des intérêts communs, qu'il ne faut pas les opposer frontalement l'un à l'autre. Parfois les analyses divergent. Mais il ne faut pas oublier quand même que l'auteur, à lui seul, tient ce que l'on appelle la chaîne du livre. Si les auteurs lâchent, les éditeurs, les libraires et les lecteurs en souffriront aussi. »

La BD, sans un vivier d'auteurs novateurs, risque de devenir un simple robinet à histoires formatées. Ce serait vraiment dommage de se priver de cette exception (et excellence) culturelle.

27/01/2015

BD : "Médée", la sorcière avide de liberté

 

médée, le callet, nancy pena, casterman

Deux femmes, Blandine Le Callet au scénario et Nancy Pena au dessin, ont entrepris de relater la véritable histoire de Médée. La fille du roi de Colchide est souvent présentée comme une magicienne ou sorcière qui accumule les meurtres et les trahisons. Dans cette BD, elle est simplement une jeune femme avide de liberté. Certes elle connait les secrets de certains poisons ou autres potions, mais ce n'est pas pour avoir le pouvoir qu'elle les utilise. Dans le second tome de cette série à la narration brillante, Médée célèbre le retour de ses cousins partis en Grèce en bateau. Il ne reviennent pas seuls car accompagnés de Jason et des Argonautes. Ces derniers ont l'intention de dérober la Toison d'or au roi. Médée y voit une opportunité pour fuir le palais royal et cette vie étriquée. Elle aide Jason à s'emparer de la tunique de légende et s'enfuit avec lui. Il y a de nombreuses différences entre la BD et les récits « authentiques » de la vie de Médée. Dans l'album, elle est moins sombre, plus victime que bourreau. Pourtant, les morts sont quand même nombreux dans son sillage.

 

« Médée » (tome 2), Casterman, 15 euros

 

19/11/2014

BD : La fin de la prohibition

 

 

gouverneur, amazing ameziane, légal, cannabis, politique, drogue, casterman

Ceux qui pensent lire un roman graphique copieux sur la fin de la prohibition de l'alcool aux USA dans les années 30 en seront pour leur frais. « Legal » de Cédric Gouverneur (scénariste) et Amazing Ameziane (scénario et dessin) est en fait un ouvrage de politique fiction. Les deux auteurs imaginent comment la légalisation du cannabis en France pourrait radicalement transformer notre société. Un nouvel accident vient endeuiller la ville de Nanterre. Après de multiples règlements de comptes entre bandes rivales pour la maitrise du trafic de drogue, c'est un go-fast qui est à l'origine d'une collision. En percutant un bus scolaire, des dizaines de jeunes meurent en victimes collatérales de cette course sans fin à l'approvisionnement. Le maire de gauche, soutenu par l'Élysée, tente une expérience de légalisation du cannabis dans sa commune pour mettre fin au trafic. La BD alterne entre plongée dans les dédales du grand banditisme mondial et les arcanes de la politique locale. C'est parfois très documenté mais aussi passionnant car l'intrigue repose sur le parcours de trois « héros » : une jeune conseillère en communication du maire, un dealer un peu révolutionnaire et un ex-tautard prêt à tout pour s'en sortir et ne pas plonger. Étonnant, mais en refermant le bouquin on se surprend à l'interroger « Pourquoi pas ? »

« Legal », Casterman, 22 €

 

 

 

17/11/2014

BD : Mutations planétaires dans "La couleur de l'Air" de Bilal et "Sillage" de Morvan et Buchet

bilal, morcan, buchet, sillage, couleur de l'air, casterman, delcourtEt si notre bonne vieille planète, lasse de souffrir sous nos coups de boutoirs polluants, décidait elle-même de se réinitialiser. Comme une intelligence supérieure qui aurait donné sa chance aux humains, en vain. Ce scénario de science-fiction est au centre de la troisième et dernière partie de la trilogie initiée par Enki Bilal. Après Animal'z puis Julia & Roem, « La couleur de l'air » marque la fin de cette étonnante utopie naturaliste. Dans un zeppelin devenu incontrôlable, cohabitent un homme, le narrateur, une femme, un garde de la sécurité et deux fillettes, des jumelles. Devenu incontrôlable, l'engin dérive au dessus d'une terre en pleine mutation. Les villes sont englouties, certains continents se rapprochent les uns des autres, des montagnes s'effacent, des volcans naissent. Ils voient tout cela de la-haut, en traversant des nuages opaques aux effets surprenants, les fillettes se mettant à réciter des extraits d'oeuvres de philosophes. On retrouve également les personnages des deux précédents albums, Kim et Bacon dans leur villa luxueuse, le groupe des « shakespeariens » ou le couple aux mains d'un cannibale de la pire espèce, préfigurant l'évolution inéluctable de l'espèce humaine si rien n'est fait. Sans oublier toute une arche de Noé. Les poissons et mammifères marins se mettent à voler dans les airs, d'autres espèces (du lézard au gorille en passant par le crocodile) ont trouvé refuge sur le zeppelin. Cet album, très attendu, ne décevra pas les amateurs de Bilal. Il a multiplié les immenses cases format scope, comme pour nous faire regretter les moyens techniques trop limités du cinéma. Il joue avec les couleurs, du gris à l'arc-en-ciel en passant par un passage dans le noir complet que ne désavouerait certainement pas Soulages. Du grand art, bien au-delà de la simple bande dessinée.

bilal, morvan, buchet, sillage, couleur de l'air, casterman, delcourtLe 17e tome de la série Sillage est elle beaucoup plus classique dans sa forme. Cela n'enlève rien au talent de Philippe Buchet, le dessinateur. Le scénario de Morvan envoie l'héroïne, Navis, dernière humaine dans le convoi des mondes extra-terrestres, sur la planète Tri-JJ 768. Elle est parfaite dans cette mission (dérober un mystérieux objet) car elle connaît parfaitement le terrain. Elle y a déjà fait un séjour (Engrenages, tome 3) et a même eu un enfant avec un autochtone, Clément Vildieu, devenu chef de la rébellion. Un album particulièrement rythmé avec l'arrivée d'un nouveau personnage, Jules, neveu de Clément, petit génie intrépide mais pas aussi net qu'il y paraît. Il faudra donc attendre le tome 18 pour tout savoir sur les dessous cachés de cette mission périlleuse.

« La couleur de l'air », Casterman, 18 €

 

« Sillage » (tome 17), Delcourt, 13,95 €

 

02/11/2014

BD : Frères d'armes

 

commandant Achab, Piatzsezk, Douay, casterman

Être flic implique souvent de ne pas pouvoir entrer dans certains moules. Une vie consacrée à la chasse aux malfaisants n'est pas sans conséquence pour son équilibre psychique. Il est loin le temps du commissaire Maigret, placide et pépère une fois revenu sans la douceur de son foyer. Le personnage principal de la série écrite par Piatzsezk et dessinée par Douay est l'antithèse absolue de ce modèle. Edgar Cohen, surnommé le Commandant Achab, a perdu une jambe. Il a quitté les hautes sphères de la PJ pour moisir aux archives entre son chat et sa réserve de cannabis, essentiel pour faire passer la douleur. Il a retrouvé de la vigueur quand un jeune policier l'a rejoint dans son antre. Karim mène une vie saine et équilibrée. Il est cependant taraudé par les circonstances de la mort de son père, policier lui aussi très investi dans son travail. Il est mort dans l'exercice de ses fonctions. Une balle perdue tirée par un collègue qui depuis a bien des difficultés pour remonter la pente : Achab. La cohabitation entre les deux est compliquée dans les premiers temps. Mais à force de patience, Achab va refaire surface et démêler l'écheveau qui a causé sa perte. Et si toute cette histoire n'était que l'arbre qui cachait la forêt d'une plus vaste magouille ? Ce cinquième tome va voir la conclusion de l'enquête avec la révélation du jeu très trouble du propre frère d'Achab, William, un ambitieux arrivé au sommet de la hiérarchie. Mais à quel prix...

« Commandant Achab » (tome 5), Casterman, 14,50 €

 

 

 

20/10/2014

BD : Le débarquement d'Alix

 

alix, jacques martin, bréda, jailloux, britannia, casterman

Alix, Gaulois passé au service de Rome, a survécu à son créateur Jacques Martin. Comme pour Blake et Mortimer, plusieurs équipes se succèdent pour prolonger cette série historico-réaliste. Le 33e titre de la collection conduit le héros sur Britannia, île sauvage et réfractaire aux bienfaits de l'empire romain. César, la Gaule quasi pacifiée, décide d'envahir l'île si proche et si lointaine à la fois. Il embarque dans son armada Alix, Enak et un chef celte chassé du pouvoir par le « méchant » de l'album, Cassinos. Intrigue complexe avec traitrise, double jeu et guet-apens dans un album tout à fait dans la lignée des premiers titres de la saga. Mathieu Bréda au scénario mélange avec bonheur véritable histoire et faits romancés. L'Angleterre est déjà présentée comme une entité à part dans cette Europe romaine sans frontières. Résister aux envahisseurs de toutes sortes semble déjà ancré dans les gènes de ces tribus celtes désunies, sauf quand l'invasion menace. Pour le dessin, on retrouve Marc Jailloux qui avait placé la barre très haut avec sa première incursion dans l'univers d'Alix. La réussite est évidente, « Britannia » semblant véritablement avoir été dessiné par Martin il y a 30 ans...

 

« Alix » (tome 33), Casterman, 10,95 €

 

29/09/2014

BD : Ténébreuses années 40 avec "l'Insurrection" et "La chute d'un ange"

La Pologne comme la France ont mis du temps à se relever du traumatisme de la seconde guerre mondiale. Deux albums parus cette semaine reviennent sur l'ambiance particulière des ces années 40, entre guerre, libération et épuration.

insurrection, chute ange, sowa, gawron, Mako, Daeninckx, dupuis, casterman« L'insurrection » a pour cadre la ville de Varsovie. En ce printemps 1944, les Allemands sont encore les maîtres du pays. La Résistance multiplie les actions d'éclat. Les rumeurs de débarquement la pousse à vouloir accélérer les événements. L'insurrection contre l'occupant se prépare. Pour mieux comprendre le contexte politique et historique, Sowa, la scénariste, s'attache à la vie d'une famille. Alicja a repris le flambeau de son frère Jan, tué dans un accrochage avec les nazis. Son fiancé, Edward, n'ose pas s'engager. Il préfèrerait, naïvement, que la guerre n'interfère pas dans son quotidien. Mais comment ne pas réagir quand l'oppresseur a tous les droits ? Mis en images par Gawron, cette prise de conscience suivie d'une prise de risque rend hommage à ces Polonais, oubliés de l'Histoire.

insurrection, chute ange, sowa, gawron, Mako, Daeninckx, dupuis, casterman« La chute d'un ange », album écrit par Daeninckx et dessiné par Mako a également pour cadre les années 40. En France cette fois alors que le pays redécouvre la liberté. Une double enquête policière (la mort d'un orphelin et l'assassinat d'un patron de presse) est menée par le commissaire principal Pasquet. Entre fantômes de l'occupation, scandales d'état et magouilles au plus haut niveau, la France décrite par les auteurs est peu reluisante. Pourtant ce sont ces hommes et ces femmes qui ont repris le pays à la Libération et qui l'ont façonné. Un regard critique et sans concession tout à fait dans la lignée des précédentes productions d'un duo devenu incontournable dans la BD noire française.

« L'insurrection » (tome 1), Dupuis, 15,50 euros

 

« La chute d'un ange », Casterman, 15 euros

 

16/08/2014

BD : Musique satanique finlandaise

 

perkeros, ahonen, alare, metal, rock, casterman

Le hard rock, tendance métal et sataniste, connaît un formidable succès dans les pays scandinaves. Les Finlandais Ahonen et Alare, après avoir tenté de percer sur la scène musicale locale, ont rangé leurs guitares pour s'atteler à une autre œuvre, plus dans leurs cordes : un roman graphique sur cet univers si particulier. Axel, leader du groupe Perkeros, croit à son destin. Il compose et joue de la guitare. Veut aussi chanter ses créations, même s'il n'est pas du tout au point, voire carrément bègue par moment. Cela suscite quelques tensions avec Lily, le clavier, Kerninen le bassiste et l'Ours, le batteur. Ce dernier est un véritable ours, premier indice dans une BD qui finalement va tendre vers le fantastique dans sa dernière partie. Mais sur les 180 pages, pas moins de 120 sont essentiellement consacrées à la vie du groupe, ses espoirs, ses désillusions et même sa rupture quand rien ne va plus. Axel, persuadé que la musique a un grand pouvoir sur les êtres vivants, va se retrouver métamorphosé après une expérience mystique. Certains sons sont-ils capables de vous transformer ? En bien ? Ou en mal, tendance Satan, métamorphoses et sacrifices humains ? Un album à lire en écoutant sur Spotify des compositions originales liées à l'histoire.

« Perkeros », Casterman, 17 €

10:12 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : perkeros, ahonen, alare, metal, rock, casterman

06/07/2014

BD : Flic à bout

ozanam, mikkel, burn out, kstr, casterman

Scénariste assez prolifique depuis quelques années, Antoine Ozanam semble avoir trouvé son style et sa voie. « Burn Out » séduit par son ambiance, son découpage, l'enchaînement des coups de théâtre et surtout une fin on ne peut plus politiquement incorrecte. Cela aurait pu faire une excellente Série noire publiée sous un pseudo américain, c'est au final une BD sombre et réussie, grâce aussi au dessin de Mikkel Sommer : juste ce qu'il faut de crade et faussement bâclé. Ethan Karoshi est le personnage principal de ce roman graphique de 100 pages. Flic dans une petite ville des USA, il est marié avec la fille du shérif. Mais comme c'est un amateur de polar, il a une maîtresse, une rousse volcanique qu'il voit chaque mardi et vendredi avant le boulot. Juste pour s'accorder avec le cliché du flic tombeur véhiculé par les polars. Sa vie se complique quand un matin il est appelé pour enquêter sur un meurtre. Une rousse retrouvée étranglée avec du fil à pêche. La pêche, seconde passion d'Ethan... Obligé de faire des recherches sur la mort de sa maîtresse, le flic n'est pas au bout des ses surprises. En fait, on meurt beaucoup dans son entourage... De quoi péter les plombs en beauté.

« Burn out », Casterman, 18 €

 

 

 

02/05/2014

BD : Héros "inoxydable" et très médiatique

inoxydable, baker, floc'h, casterman

Les héros nous ont toujours fait rêver. Leurs exploits permettent de quitter notre monde injuste, de penser que le Bien peut triompher. Dans le futur imaginé par Sébastien Floc'h et dessiné par Steve Baker, ce héros parfait existe. C'est le Major Pulsor, flic masqué bodybuildé à la mâchoire carrée. Il est toujours là au bon moment et pas avare de déclarations fracassantes en direct à la télévision, son « gun » encore fumant. L'antithèse absolue du Major, et véritable héros de ce roman graphique de la collection Kstr, se nomme Harry Rockwell. Il est en prison, preuve de la totale efficacité de Pulsar. L'album débute par une tentative d'évasion. En compagnie de Zip, un robot déclassé, Harry parvient presque à se faire la belle. Presque... C'est un coup monté. Les autorités ont en fait besoin de son savoir-faire pour jouer l'agent double dans les bas-fonds. Sa mission : retrouver Pulsor qui vient de se faire enlever. Très éloigné du politiquement correct, Inoxydable, en plus de la thématique de la manipulation des foules, aborde aussi le problème de l'émancipation des robots. Bref, c'est beaucoup plus profond que quelques bons mots et pléthore de scènes de baston.

« Inoxydable », Casterman, 18 €

 

 

 

07:12 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inoxydable, baker, floc'h, casterman

16/03/2014

BD : Blanqui entre les cases

 

Loïc Locatelli Kournwsky, blanqui, le roy, casterman, ni dieu ni maitre

Qui se souvient encore de Blanqui ? Il existe bien quelques rues Auguste Blanqui en France (dont une à Carcassonne, cité de Barbès, son meilleur ami devenu pire ennemi, ironie de l'histoire) mais son discours s'est effacé des mémoires. Pourtant il est l'inventeur de cette formule reprise comme titre de sa biographie dessinée : « Ni Dieu ni maître ». Maximilien Le Roy en a écrit le scénario illustré par Loïc Locatelli Kournwsky sur près de 200 pages. Une gageure car Blanqui, aussi surnommé « l'enfermé » a passé 33 ans en prison et plus de dix ans en exil ou en résidence surveillée. Fervent républicain, aussi intransigeant contre la noblesse que la bourgeoisie, Blanqui a clairement milité pour la révolte armée. Il a souvent été arrêté les armes à la main, devant des hommes et femmes en colère face aux injustices. Jamais il n'a baissé pavillon, refusant la moindre compromission. Dans cet album on revit ses grands combats, ses longues périodes d'enfermement et comment il a marqué toute une génération de républicains avant de devenir le maître à penser d'une partie de l'ultra-gauche. La BD lui rend hommage, pour qu'il reste plus que quelques rues pour porter le nom et le message politique du redoutable et inflexible Auguste Blanqui

 

« Ni Dieu ni maître », Casterman, 23 euros

 

10/03/2014

"La princesse des glaces", un polar culte en BD

 

princesse des glaces, lackberg, bocquet, bischoff, actes sud, casterman

Si les éditions Dupuis adaptent en BD Millénium, les éditions Casterman on jeté leur dévolu sur l'autre best-seller du polar suédois : « La princesse des glaces » de Camilla Läckberg. En un seul gros volume de 130 pages, Olivier Bocquet (scénario) et Léonie Bischoff (dessin) reprennent à leur compte cette histoire de famille complexe et violente. Erica, biographe, découvre dans sa maison de vacances, le cadavre de son amie d'enfance. Nue dans la baignoire, les veines coupées, la mort remonte à plusieurs jours, l'eau s'est transformée en glace. Nous sommes dans une petite ville côtière de Suède. La police ne croit pas au suicide. Et rapidement, un peintre alcoolique, amant de la morte, fait figure de principal suspect. Mais Erica va mener l'enquête de son côté et comprendre que cette mort est beaucoup plus énigmatique qu'il n'y paraît. Elle devra remonter dans ses souvenirs d'enfance pour mettre à jour les véritables motivations. Il y a un peu d'ambiance à la Simenon, un peu de romance et beaucoup de non-dits. Plus une ville est petite, plus tout se sait, mais personne ne parle....

 

« La princesse des glaces », Casterman, 19 €