23/07/2011

Le Tueur devient capitaliste

Matz, Jacamon, Tueur, Casterman

Matz, Jacamon, Tueur, CastermanLe Tueur voudrait bien prendre sa retraite. Fatigué d'assassiner sur commande, il a envie de vivre paisiblement près de la femme qu'il aime et de son enfant. Mais pas facile de décrocher. Notamment quand on se retrouve catalogué agent cubain par les « Étasuniens ». Tuer des affreux pour des clients encore plus mauvais, cela forge une conscience politique. Dans le précédent album, il semblait avoir choisi son camp. Mais finalement un nouveau contrat (et une entourloupe des Cubains) le pousse à accepter une proposition d'un ancien de la CIA et du lieutenant d'un cartel colombien : créer une société pour exploiter le pétrole cubain. Matz, le scénariste, inverse radicalement le parcours du héros. Même s'il n'était pas spécialement sympathique, il semble devenir ouvertement détestable. Mais cela ne pourrait être qu'une impression.

Cette série, complexe et prenante, n'a jamais été politiquement correcte et encore moins simpliste. Niveau dessin, Jacamon se permet de plus en plus de très grandes cases pour une mise en page dépouillée. On admirera plus spécialement cette fois ses décors désertiques à la chaleur implacable très bien rendue par les couleurs.

« Le Tueur » (tome 9), Casterman, 10,40 €

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29/06/2011

Un président à terre dans "Elysée République" de Le Gall et Frisco

Le Gall, Frisco, Casterman, Elysée République

Le Gall, Frisco, Casterman, Elysée RépubliquePolitique et faits divers sont rarement conjugués ensemble. Notamment au plus haut niveau de l'Etat. L'affaire DSK est une première, mais il y a encore plus grave dans l'imagination de certains scénaristes. Prenez Rémy Le Gall, il a lancé il y a deux ans une série où le président de la République en exercice est aussi un meurtrier. Immunité oblige, son opposant, Constant Kérel, le héros, essaie de trouver des chemins détournés pour tenter de faire condamner cet assassin.

Dans ce troisième tome, toujours dessiné par Frisco au dessin réaliste qui n'a plus rien à envier à celui de Philippe Francq, Kérel est sur le point de donner le coup de grâce. Le président Montfaure, lâché par son premier ministre, va devoir convaincre sénateurs et députés réunis en Congrès à Versailles. Montfaure et Kérel qui s'affrontent également sur le plan politique. La présidentielle est dans un an et tous les coups sont permis. Mai 2012 sera également la date de la parution du quatrième et dernier tome de cette passionnante série de politique fiction.

 

« Elysée République » (tome 3), Casterman, 10,40 €

12/05/2011

"Les enfants du bunker" : 22e Lefranc par Maury et Jacquemart

Guy Lefranc, Maury, Jacques Martin, Jacquemart, Casterman

Aventure très cérébrale que ce 22e tome des enquêtes de Guy Lefranc. Jacques Martin décédé, le héros est passé entre de nouvelles mains. Michel Jacquemart en signe le scénario alors qu'Alain Maury est au dessin. « Les enfants du bunker » est à mille lieues des albums précédents, notamment ceux donnant la possibilité à Lefranc de sauver l'humanité. Cette fois, il se pose beaucoup de questions, alors qu'il frôle la mort à deux reprises. Une première fois en Algérie, son avion est abattu par le FLN (l'action se déroule dans les années 50), la seconde dans un accident de voiture alors qu'il rejoint Jeanjean en Normandie.

Jeanjean, adolescent et compagnon de route de Lefranc, est au centre de l'histoire. On y apprend comment il a perdu tragiquement ses parents et le choc psychologique qui s'en est suivi. Alors qu'il est en vacances avec ses amis scouts, il est tenté par le suicide et rencontre des enfants dans un bunker désaffecté qui ont tout l'air de fantômes.

Un Lefranc différent mais loin d'être décevant.

 

« Lefranc » (tome 22), Casterman, 10,40 €

18/04/2011

Course aux diamants

Argunas, Hillerman, casterman, RivagesLa collection Rivages de Casterman propose enfin l'adaptation d'un roman de Tony Hillerman. Le romancier américain récemment disparu a su faire l'osmose parfaite entre intrigue et traditions indiennes. « L'homme squelette » adapté par Will Argunas est une longue course aux diamants dans les gorges du Grand Canyon. Une première partie pour planter le décor et présenter les personnages, une seconde pour que le drame se joue dans ces décors grandioses. Ce roman graphique de 100 pages est fidèle au récit original, donnant en plus ce sentiment d'immensité (des décors et des esprits) spécifique à l'œuvre de Tony Hillerman.

 

« L'homme squelette », Casterman Rivages, 18 €

10:09 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : argunas, hillerman, casterman, rivages

04/03/2011

Les affreux du foot

Hipo, JPS, Domon, Jungle, Casterman

Le foot déchaîne les passions. Les supporters, parfois, dépassent les bornes. Ceux de ce recueil de gags signés Hipo et JPS pour le scénario et Jack Domon pour le dessin sont tout bonnement infréquentables. Ce sont les pires supporters que l'on peut imaginer. Pas dans le genre hooligans violents, mais dans le genre grossiers, de mauvaise foi et gros buveurs. Deux types de gags sont récurrents : quand ils sont en groupe dans les tribunes (le langage est corsé), quand le supporter est seul et obligé de manquer un match pour faire plaisir à sa femme. Il imagine toute une série d'astuces pour être quand même au courant du score. Ce n'est pas l'album qui révolutionnera le genre, mais il suffit qu'on connaisse un supporter pour que les gags prennent une saveur supplémentaire.

« Drôles de supporters », Jungle, 9,95 €

 

09:17 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hipo, jps, domon, jungle, casterman

28/02/2011

Jhen à Bruxelles

Jhen 12.jpg

Tous les héros imaginés par Jacques Martin auront survécu à leur créateur. Alix, Lefranc et maintenant Jhen se retrouvent aux mains de plusieurs équipes de repreneurs pour une plus grande fréquence de publication. Ce 12e épisode des aventures du blond architecte le met aux prises avec « Le grand duc d'Occident ». Philippe le Bon, originaire de Bourgogne, est installé depuis quelques années en Belgique. A Bruxelles, il demandera à Jhen de l'aider dans la conception d'une salle d'apparat. Jhen qui a une mission : ramener à Gilles de Rais un codex contenant la formule de la vie éternelle. Payen (Scénario) et Cayman (dessin) livrent un album dense avec magie, sexe, violence et trahisons.

 

« Jhen » (tome 12), Casterman, 10,40 €

 

19/02/2011

Souvenirs de vacances

Guinin, Casterman

Ce joli roman graphique de plus de 100 pages a des airs de livre pour enfant. Tous les protagonistes ont moins de 10 ans et l'action se déroule dans un petit village durant les grandes vacances. Mais les thèmes abordés par Blaise et Robin Guinin, les auteurs, sont très adultes. Notamment la vengeance et la violence. Pierrot se souvient et raconte. Cet été-là, avec ses deux copains, Florentin et Xavier, ils décident de construire une cabane dans un arbre idéalement placé. Une semaine d'efforts et leur palais est prêt. Ils l'admirent, fiers de leur travail. Ils ne se doutent pas que c'est la dernière fois. Le lendemain la cabane est détruite. Sans preuve, ils accusent la bande rivale formée de Julie et des jumeaux. Ce n'est pas la guerre des boutons qui se rejoue mais une véritable guerre qui fera de graves dégâts dans les cœurs de ces enfants aux raisonnements d'adultes. Ce récit, parfois un peu trop manichéen, est implacable de logique. Jusqu'au geste de trop, définitif, irrémédiable. La maîtrise graphique des frères Guinin, un peu en décalage avec la noirceur des propos, est époustouflante.

« En attendant que le vent tourne », Casterman, 15 €


12:06 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guinin, casterman

24/01/2011

Menace sur Apollo

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Philippe Geluck est un spécialiste du second degré. Son Chat nous fait rire depuis des années. L'auteur multicartes apparaît également à la télévision, intervient à la radio et vient de se lancer dans une nouvelle carrière de scénariste. En bon Belge qui se respecte, il frappe très fort en animant les aventures de Scott Leblanc, sorte de Tintin idiot, journaliste pour un magazine animalier. Il a bien évidemment un animal de compagnie. Dans le premier tome, c'était un oiseau, Toni, dans la seconde aventure, il récupère un petit chien, Bruce. Mais Scott n'a pas de chance, Bruce connaîtra une fin atroce, comme Toni précédemment... Dessiné par Devig, à la ligne claire rigide que l'on peut également mettre sur le compte de la parodie, cet album se déroulant dans les années 60 mélange lutte anti communiste, conquête spatiale et complot nazi. Le tout sur fond de Floride grouillant d'alligators.

« Les aventures de Scott Leblanc » (tome 2), Casterman, 12 €

09/12/2010

Le testament de César

 

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Jacques Martin, le créateur d'Alix, a toujours voulu que son personnage lui survive. Plusieurs équipes se sont succédées pour animer les aventures du jeune Gaulois, ami de César. Parfois ce n'était pas très concluant, notamment au niveau du dessin. Ce « Testament de César » fait partie des excellentes cuvées. Pourtant c'est la première fois que Marco Venanzi s'attaque à ce monument de la BD francophone. Il assure même le scénario. Et au final, on a l'impression de replonger dans les meilleurs titres de la série du temps de Martin, avec complots et mensonges sur fond de découverte de la vie quotidienne des Romains. Cette histoire de testament gardé par les Vestales et de mariage annulé pour cause d'assassinat de la mariée, donne l'occasion à l'auteur de détailler les pratiques de ces religieuses très surveillées. On se se surprend également à être très intéressé par la méthode de mise à mort d'une femme ayant fauté : flagellée puis enterrée vivante. L'histoire comme on l'aime...

« Alix » (tome 29), Casterman, 10,40 €

17/11/2010

Magasin général change de propriétaire

 

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Depuis six ans c'est devenu une très bonne habitude. Loisel et Tripp nous entraînent dans un voyage au Québec. Magasin général était un peu un ovni lors de sa première apparition. Deux dessinateurs renommés fusionnaient leurs talents pour raconter les aventures des habitants de Notre-Dame-des-Lacs, un hameau perdu dans le nord canadien. Six tomes plus tard, force est de reconnaître que « Magasin général » est une valeur sûre, un feuilleton qui rencontre un important public de plus en plus demandeur. Marie est toujours à Montréal, la grande ville. La propriétaire du Magasin général manque aux habitants (surtout les hommes). C'est Serge qui va tenter d'assurer la relève. Mais s'il est parfait aux fourneaux, il est moins crédible en commerçant. Un peu plus sombre, cet épisode est cependant tout aussi prenant, l'accent et les expressions québécoises donnant toujours un air primesautier à cette bande dessinée détruisant définitivement la réputation de Loisel d'être un dessinateur « lent et peu productif ».

"Magasin général" (tome 6), Casterman, 14,95 €


08/11/2010

Les amours insolentes de couples en symbiose

 

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Un homme, une femme. C'est tout simple et pourtant cela fait marcher le monde depuis des millénaires. Tonino Benacquista a imaginé « 17 variations sur le couple » illustrées par Loustal. Ce ne sont pas véritablement des bandes dessinées, Loustal illustrant chaque histoire (en texte off) d'une douzaine de dessins. Un macho, une aveugle, des libertins, un motard, une archéologue, une barmaid, un sexologue... Tous ces portraits sont touchants, vrais. Leurs histoires peu banales, mais plausibles. La palme à celle du jeune braqueur, remis sur le droit chemin par sa femme qui lui fait croire, durant toute son incarcération, qu'elle a eu un enfant de lui. Chaque dessin de Loustal, il y en a plus de 200, pourrait se transformer en tableau dans un salon décoré avec goût.

« Les amours insolentes », Casterman, 20 €


23/10/2010

Le Chat planche

 

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Deux ans sans Chat. Deux ans sans l'humour fin et si particulier de Philippe Geluck. Les amateurs étaient presque en état de manque. Heureusement, l'auteur de BD belge le plus lu après Hergé est sorti de son silence, délaissant émissions télé et radio pour un 16e acte digne des plus grandes comédies. Quelques planches complètes, des dessins, des strips en couleur ou en noir et blanc, la recette fonctionne parfaitement et permet de piocher en fonction de son humeur. On ressent pourtant dans cet album comme une lassitude, voire une angoisse de la page blanche, Geluck n'hésitant pas à mettre en scène ses doutes sur l'efficacité des idées. Cela donne des mises en abimes que ne renierait pas un autre maître belge de l'absurde, Raymond Devos. On ne peut pas rester insensible à ces pensées énoncées doctement comme « Ce qu'il y a de pratique quand une taupe meurt, c'est qu'il n'y a pas besoin de l'enterrer » ou « L'absence de défauts est-elle une qualité ? » qui pourrait tout à fait être au programme dans une épreuve de philo au bac.

« Le Chat » (tome 16), Casterman, 10,40 €

10:55 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : geluck, le chat, casterman

12/10/2010

Sauvageries

 

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Qui de l'homme ou de l'animal est le plus sauvage ? Cette interrogation est en filigrane de cette nouvelle série de Sokal. Le créateur de Canardo abandonne son dessin caricatural pour un académisme parfaitement maîtrisé. L'histoire croisée entre Kraa, l'aigle et Yuma le jeune indien. Kraa vient d'apprendre à voler. Ses parents l'ont abandonné et il doit chasser seul. Yuma l'observe et l'admire. Yuma qui parvient à lire les pensées de cet animal fier et orgueilleux. Dans cette vallée perdue, les jours s'écoulent calmement. Mais l'arrivée d'hommes blancs va tout changer. Ils veulent construire un barrage, inonder la vallée. La famille de Yuma résiste. Elle est exterminée. Le jeune indien prend la fuite et jure de se venger. Il sera aidé par Kraa qui lui aussi a du affronter les hommes blancs. Âpre et violente, cette bande dessinée, si l'on oublie son côté parfois un peu trop manichéen, est passionnante. On s'imagine dans ces contrées vierges, admirant la complicité entre l'enfant et le rapace.

« Kraa », Casterman, 18 €

09:03 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sokal, kraa, casterman

01/09/2010

Marshall d'élite

 

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Olivier Berlion, dessinateur maniant à merveille la couleur directe, apporte une nouvelle pierre à l'édifice de son œuvre en signant l'adaptation du « Kid de l'Oklahoma », roman d'Elmore Leonard. Plus de 100 pages pour conter l'affrontement entre un marshall intansigeant, Carl Webster, et un fils à papa ayant viré braqueur de banques : Jack Belmont. L'action se situe dans les années 20 dans cet état du Sud, devenu riche avec la découverte de pétrole en quantité. Le père de Jack est un riche magnat de l'or noir. Celui de Carl, ancien paysan, est devenu millionnaire grâce aux rentes versées par une compagnie exploitant les puits découverts dans sa propriété. Carl, à l'abri du besoin, s'engage pourtant dans la police et fait une chasse impitoyable aux gangsters. C'est un tireur d'élite ne manquant jamais sa cible. Jack, prototype du mauvais garçon, multiplie les bêtises, devenant braqueur de banques juste pour le frisson. Entre les deux jeunes Américains la rivalité passe par les armes, mais également les femmes. Un bon polar ancré dans le réel.

« Le kid de l'Oklahoma », Casterman Rivages, 18 €

 

03/08/2010

Le Tueur s'humanise ?

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Le Tueur poursuit son oeuvre sur les terres vénézueliennes. Passé à la solde de Cuba, il abat plusieurs responsables de la junte ayant renversé le président élu. Pour une fois, il semble être du bon côté. Cela ne l'empêche pas de tuer méthodiquement, sans états d'âme. Que cela soit des militaires sanguinaires l'indiffère. Il a pourtant un peu l'impression d'œuvrer pour l'avenir de la planète et de ses habitants. Il se trouve que le Tueur est devenu père. Est-ce pour son fils qu'il s'humanise ? Matz, le scénariste, y apporte un embryon de réponse quand il relève que « au XXe siècle, les guerres génocides et massacres ont fait plus de 170 millions de morts. Et la plupart de ces gens ont été tué par de bons pères de famille, sûrs de leur bon droit et de leur force... Parfois même au nom de leurs enfants ». La série, toujours dessinée par Jacamon ne fait pas dans la dentelle. « L'homme est-il bon ? » se demandait Moebius. Il est méchant, tout simplement.

« Le Tueur » (tome 8), Casterman, 10,40 €

07:33 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : matz, jacamon, casterman, le tueur

14/07/2010

Châtiment hollywoodien pour Guy Lefranc

 

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L'avantage d'avoir plusieurs équipes de créateurs sur un seule et même série, en plus de multiplier les nouveautés, c'est d'explorer des mondes parfois à l'opposé les uns des autres. Ainsi, la 20e aventure de Guy Lefranc se déroulait dans le Nord de la France, alors que les mineurs de fond revendiquaient de meilleures conditions de travail. Un album noir et social. Quelques mois plus tard, on retrouve Lefranc, cette fois sous la plume de Taymans et Delperdange, pour une aventure très « bling bling » dans le Hollywood de la grande époque. Le journaliste, se prétendant pourtant en vacances, va enquêter sur une nouvelle église annonçant qu'un déluge va purifier Hollywood, la cité corrompue et pervertie. Cette intrigue, sur fond de démence sectaire, permet aux auteurs de faire un large tour d'horizon des habitants de cette ville à part, de la rousse nymphomane au producteur mégalomane en passant par l'acteur raté paranoïaque et le parrain de la mafia réalisateur de « snuff movie ». Parfois un peu bavarde, cette aventure est cependant une digne continuation de la série créée par Jacques Martin.

« Lefranc » (tome 21), Casterman, 10 €

15/06/2010

L'entremetteuse

Seconde chance.jpg« Seconde chance » de Renart (dessin) et Ozanam (scénario) c'est un peu la version adulte de Cupidon du duo Cauvin-Malik. La belle Marianne Welles a des airs de tueuse à gages. Mais lorsqu'elle reçoit un contrat, c'est toujours pour deux noms. Deux êtres qui vont devenir amoureux fou quand elle leur tire dessus avec son revolver. Tout marche parfaitement jusqu'à cette fameuse Saint-Valentin. Marianne, pourtant la plus cotée de sa corporation, ne remplit pas son contrat. Au contraire elle démissionne, redevient humaine et se lance à la recherche de l'homme qu'elle devait exécuter. Un homme qui lui a fait un effet bœuf. Dans la vraie vie, Marianne va vivre de ce qu'elle fait de mieux : tirer sur les gens. Mais cette fois elle les exécute réellement. Une reconversion qui n'est pas du goût de ses anciens employeurs. Une « Seconde chance » toujours au second degré, entre romance langoureuse et polar à la Tarantino. Etonnant et séduisant...

« Seconde chance », Casterman, 14 €

22/05/2010

Canardo accompagne « Le voyage des cendres »

canardo 19.JPGCanardo, détective privé le plus typé de la bande dessinée belge, se transforme en nurse le temps de cette aventure mouvementée et pleine de clins d'œil à une certaine belgitude. Hector Van Bollewinkel, le parrain de la mafia belge, vivant depuis des lustres en Amérique, rongé par un cancer généralisé, décide de se suicider avant d'être transformé en « grabataire larmoyant » selon son expression en préambule de son testament. Un testament un peu particulier. Il déclare léguer toute sa fortune à ses deux petits-enfants, Harry et Monica, des jumeaux, si ces derniers répandent ses cendres en un endroit bien précis dans son pays natal. Les deux ados, mal élevés, violents et avides, vont donc découvrir le Plat Pays en compagnie d'un chauffeur hors pair : Canardo en personne. Une visite guidée qui ne sera pas de tout repos car les descendants d'Hector son attendus au tournant par quelques vieilles connaissances. Du « ring » bruxellois au port de Zeebrugge en passant par une mine près de Marcinelle ou les boules de l'Atomium, Canardo (aidé par une gouvernante flamande au caractère rigide mais aux mœurs plus laxistes) protègera les jumeaux et les encombrantes cendres du grand-père. C'est aussi sombre que l'humeur du héros, encore plus fatigué que son imper. Toujours écrit et dessiné par Sokal, c'est un roman noir absolu, reflet d'une certaine Belgique, triste et désenchantée.
« Canardo » (tome 19), Casterman, 10,40 €

15:52 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sokal, canardo, casterman

15/05/2010

Esclaves révoltés

HMS 5.jpgIndéniablement, certaines séries ont besoin de temps pour s'imposer. « His Majesty's Ship, H. M. S. » est de cette trempe. Une superbe histoire de marine et de pirates ancrée dans la réalité historique, donnant l'occasion au lecteur de sillonner toutes les mers du globe. Nous retrouvons donc John Fenton, médecin de sa majesté affecté à la Marine. Il est à Gibraltar mais n'y reste pas longtemps. Une nouvelle mission l'envoie dans les Caraïbes. Il est chargé de découvrir qui est le traitre dans l'entourage du gouverneur des Grenadines. Une mission très secrète, où il voyage incognito car il doit également obtenir des nouvelles d'un jeune officier capturé par les rebelles de la région. Seiter, le scénariste, sous couvert d'aventure, nous en apprend beaucoup sur la révolte des Garifunas. Ces hommes, issus du mélange d'esclaves noirs et d'Indiens Caraïbes, ont fait tremblé le Royaume Uni en cette fin du 18e siècle. Des hommes qui ont tenté de mettre fin à leur joug, parfois en utilisant les mêmes armes que leur tortionnaires : la torture, le viol et les exécutions sommaires. Roussel, au dessin, apporte précision et efficacité à ce récit historique passionnant.

« H. M. S. » (tome 5), Casterman, 10,40 €

06:35 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : seiter, roussel, hms, casterman

30/04/2010

La quête du père

Enfants de l'envie.jpgBasile n'a pas de père. Du moins il ne le connaît pas. La quarantaine, il vit toujours chez sa mère, retraitée. Cet enfant, elle l'a conçu, comme beaucoup de Françaises à la fin des années 50, avec un militaire américain, un des soldats de la liberté. Basile, après de vaines tentatives pour devenir peintre à Paris, est revenu à Laon, vivre auprès de sa mère, rentrant dans le rang en devenant simple employé municipal. Il continue cependant à peindre. Il a abandonné sa passion des portraits pour ne peindre plus que des rues de villes américaines. Comme s'il était en permanence à la recherche de ce père qu'il n'a jamais connu. Cette petite vie simple est au centre de ce roman graphique sensible de Gabrielle Piquet. Tout en racontant les doutes et frustrations de Basile, elle revient sur cette période de l'histoire de France. Des années marquées par la construction de bases américaines apportant richesse et insouciance aux autochtones. Et laissant quelques « enfants de l'envie », signes tangibles du bon accueil de la part de la population féminine.

« Les enfants de l'envie », Casterman, 14 €

06:37 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gabrielle piquet, casterman