14/04/2010

Sherlock démasqué

Ultime défi de sherlock holmes.jpgSherlock Holmes est certainement le personnage de fiction ayant le plus fait rêver et fantasmer tous les écrivains tentés de prendre la suite de Conan Doyle. « L'ultime défi de Sherlock Holmes » de Michael Dibdin, roman paru en 1978, fait se rencontrer le célèbre détective et Jack l'Eventreur dans les bas-fonds de Londres. Un polar adapté par Olivier Cotte et dessiné par Jules Stromboni alors que le film cartonne sur les écrans. On admire particulièrement le dessin de Stromboni qui a soigné les ambiances. On se croirait dans un bouquin de l'époque, quelques gravures pleine page renforçant cette impression. Un futur must pour tous les fans du locataire du 221 b Baker Street.

« L'ultime défi de Sherlock Holmes », Casterman/Rivages, 18 €

25/03/2010

Congo en devenir

Africa dreams 1.jpg

Série ambitieuse, « Africa Dreams » entend raconter la véritable histoire du Congo belge, comment un roi très ambitieux, Léopold II, a construit de toute pièce un pays en « rachetant » des terres et en y implantant des comptoirs et plantations. Jean-François et Maryse Charles ont écrit ce scénario pour Frédéric Bihel qui semble avoir pris un immense plaisir (communicatif au lecteur) à dessiner ces vastes étendues vierges, moites et envoutantes. La grande Histoire, le lecteur la découvre par l'intermédiaire de la vision personnelle de Paul Delisle, un jeune séminariste envoyé pour évangéliser les populations locales. Mais sa venue est surtout motivée par sa volonté de retrouver son père, présenté comme un démon ayant abandonné sa famille. Ce dernier est à la tête d'une plantation et n'est pas aussi terrible. Au contraire, il lutte pour dénoncer les pratiques violentes des sbires de Léopold II.

« Africa Dreams » (tome 1), Casterman, 12,50 €


06:40 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : charles, bihel, casterman

11/03/2010

Femme fatale

Dolor.jpgQui se souvient de Mireille Balin, actrice française adulée des foules dans les années 30 ? Mireille Balin, morte dans l'indifférence et la misère dans les années 60. Dolor, 38 ans, journaliste farouchement indépendante n'en avait jamais entendu parler avant la mort de son père qu'elle n'a quasiment pas connu. Paco les a abandonnées, elle et sa mère. Sans un mot ni la moindre explication. Alors qu'elle assiste à ses obsèques en banlieue parisienne, une mystérieuse femme lui remet une enveloppe contenant divers documents et le journal intime du défunt. Dolor va découvrir les raisons de la fuite de son père. Elle se rend sur la côte d'Azur et tente de retrouver la trace de cette Mireille Balin qui serait la cause de cette désertion. Cette histoire de passé trouble venant interférer avec le présent est signée Philippe Paringaux. Habitué à collaborer avec Loustal, il a cette fois confié ce scénario à Catel. Cette dessinatrice, révélée au public avec Kiki de Montparnassse, s'est complètement appropriée cette nouvelle figure symbolique de femme fatale au destin tragique.

« Dolor », Casterman, 16 €

16/02/2010

Amour violence

Liberty.jpgD'amour il en est également question (voir la note d'hier) dans « Liberty », dernière production de Warnauts et Raives chez Casterman. Mais un amour qui mettra bien des années à s'imposer. Au début, ce n'est que violence. A Kinshasa, en 1974, la jeune et belle Tshilanda est violée par un touriste blanc. Elle pourra cependant éviter la disgrâce en rejoignant New York grâce à deux protecteurs providentiels : un musicien de jazz afro-américain et un diplomate français. Elle pourra y élever sa fille, prénommée Liberty, et profiter un peu du rêve américain. Liberty qui durant des années ne saura rien de son véritable père. Cette histoire à plusieurs voix s'achève en 2008 avec l'élection de Barack Obama, symbole de cette nouvelle Amérique reconnaissant enfin l'importance de toutes ses minorités.

« Liberty », Casterman, 15 €

06:49 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : warnauts, raives, casterman

27/01/2010

Le vampire de Düsseldorf

Assassins 2.jpgLa série « Assassins » écrite par Rodolphe et dessinée par Jeanne Puchol c'est un peu la version BD de « Faites entrer l'accusé », mais sans Christophe Hondelatte, heureusement. Le concept de la série surfe sur cette mode de l'utilisation à l'excès des grands faits divers. Après avoir retracé les exploits du docteur Petiot, les auteurs s'intéressent au Vampire de Düsseldorf qui a terrorisé une bonne partie de l'Allemagne à la fin des années 20. Le tueur, quadra gentil et attentionné avec les jeunes femmes, se révèle un abominable boucher quand il sait que ses proies ne pourront plus se défendre. Violées, éventrées, égorgées : ce sont dix femmes qui périront sous ses coups. Il avouera, après avoir été capturé suite à une dénonciation anonyme (les nazis commençaient à mettre leur emprise sur le pays) qu'il aimait entendre le bruit du sang qui coule... Un récit froid qui, tout en présentant le tueur, donne quelques clés pour comprendre cette Allemagne en pleine mutation. Le dessin de Jeanne Puchol a un petit air rétro qui s'accorde parfaitement avec l'époque.

« Assassins » (tome 2), Casterman, 10,40 €

12:47 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rodolphe, puchol, casterman

21/01/2010

Jacques Martin s'éteint, Alix et Lefranc continuent

 Jacques Martin, créateur de Lefranc et Alix, s'est éteint ce jeudi à l'âge de 88 ans.

alix1.jpg

Cet auteur complet, après des années d'apprentissage auprès de Hergé, a volé de ses propres ailes cré »ant deux des héros les plus emblématiques de la BD franco-belge classique, Alix, le jeune Gaulois vivant des aventures au temps de l'empire romain et Guy Lefranc, reporter délaissant souvent sa plume pour sauver le monde. Jacques Martin, après avoir animé les aventures de ces deux personnages de l'âge d'or de la BD, en a supervisé la reprise. Contrairement à Hergé qui a toujours déclaré que ses personnages ne lui survivraient pas, Jacques Martin voulait qu'Alix et Lefranc continuent de distraire plusieurs générations. Malade, ayant quasiment perdu la vue, il a laissé quantité de synopsis ou de pistes pour les différentes « équipes » qui assurent la continuité des séries. Ainsi l'an dernier un nouvel Alix et le mois dernier un Lefranc se déroulant dans le milieu minier des années 50 dans le Nord faisaient partie des meilleures ventes de nouveautés.

Jhen Carcassonne.jpgJacques Martin a rencontré un très grand succès public avec la série Alix. Ce jeune Gaulois a fait ses débuts dans les pages du journal Tintin au côté d'autres sommités du monde du 9e art, Tintin, Corentin de Cuvelier et Blake et Mortimer de Jacobs. Le dessin d'un réalisme parfait, quasi anatomique, permettait au lecteur de plonger dans cet empire romain en plein essor. Les albums ont ensuite été publiés aux éditions Casterman qui a fait bonifier cet univers en multipliant les titres et les collections. Jacques Martin a durant ces 20 dernières années lancé d'autres personnages comme Arno (dessiné par Juillard), Jhen (dessiné par Pleyers) ou très récemment Loïs (dessiné par Olivier Pâques). Il a également supervisé des albums d'illustrations présentant des régions ou villes historiques ,théâtre des aventures de ses personnages. Ainsi Jhen a servi de guide dans la cité de Carcassonne, album paru en février 2006.

14/01/2010

Lefranc à la mine

Lefranc 20.jpgGuy Lefranc, héros journaliste détective créé par Jacques Martin, s'offre une aventure sociale. « Noël noir », le 20e titre de la série, signé Michel Jacquemart (scénario) et Régric (dessin) revient sur les tragédies minières des années 50. Le blond reporter se pose de sérieuses questions sur son métier (déjà les dérives vers le people et les frasques des stars) quand les téléscripteurs crépitent : une explosion au fond d'une galerie de la mine de Soumont-en-Gohelle fait de nombreuses victimes. Et plusieurs mineurs sont bloqués au fond du trou. Lefranc va suivre les opérations de sauvetage et réussir à partir avec les secours à plusieurs centaines de mètres de profondeur. A cette intrigue va se rajouter une histoire de sabotage, de guerre froide, d'amour et de trahison. Un scénario très sombre, les personnages secondaires étant tous des écorchés n'ayant pas la conscience tranquille. Cette noirceur dénote un peu dans la série qui pour une fois met l'humain au premier plan. Lefranc, lui non plus, n'en sortira pas indemne.

« Lefranc » (tome 20), Casterman, 10 €

 

04/01/2010

Jean Van Hamme est partout

Telescope.jpgJean Van Hamme est le scénariste à succès de ces 20 dernières années. Il a beaucoup produit, encore plus vendu, ce qui explique peut-être sa semi retraite. Après avoir assuré sa succession sur ses séries vedettes (Thorgal, XIII) il a décidé de se faire plaisir. Résultat il est très présent en cette fin d'année. Le nouveau Blake et Mortimer mais aussi une série, Rani avec Vallès au dessin, et cet album plus personnel dessiné par Paul Teng. « Le télescope » est une histoire d'amitié, de sexe et de d'amour fou. Ils sont cinq amis. Plus très jeunes. Pas très riches. Ecrivain, acteur, restaurateur, banquier, policier... Ils ont perdu leurs dernières illusions, survivant comme ils peuvent avec leurs lots de souffrances physiques. Et puis un jour ils la découvrent. Elle a 25 ans, habite en face et ils ne ratent rien de sa vie intime grâce à ce télescope providentiel. Ils rêvent en la regardant s'effeuiller. Un rêve qui va devenir réalité par une rencontre fortuite. Leur vie va changer, basculer, pour Jo, la belle Anversoise. Les personnages sont savoureux, Jo est belle à à se damner et la morale de moins en moins présente. Car Van Hamme se risque dans ce scénario à prendre le contre pied de ses productions habituelles, parfois trop vertueuses. C'est clairement immoral mais ces cinq copains sur le retour sont si sympathiques...

« Le télescope », Casterman, 15 €

 

08:15 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : van hamme, teng, casterman

12/12/2009

Rafles et conséquences

Opération vent printanier 2.jpgSuite et fin de cette saga historique écrite par Richelle et dessinée par Wachs. Dans le Paris de 1941, occupé par les Allemands, les Français tentent de survivre. On suit la trajectoire de deux familles. Celle de Lucien et de Charlotte, deux jeunes qui s'aiment. Le premier, juif, verra sa famille déportée après avoir été victime de la rafle du Vel' d'hiv. La seconde abandonnera son père, policier et alcoolique. Il fera pourtant partie des rares fonctionnaires français à démissionner, ne cautionnant pas le zèle de l'administration dans la « politique d'épuration » demandée par l'Allemagne. Un récit qui sonne vrai. Rien n'était évident à l'époque. Survivre était une priorité. Mais certains, ils étaient rares, ont quand même fait des choix courageux.

« Opération vent printanier » (tome 2), Casterman, 15 €

06:26 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wachs, richelle, casterman

25/11/2009

Alerte sur Fangataufa

Scott Leblanc 1.jpgOn connaissait l'humour au deuxième degré, Philippe Geluck fait beaucoup mieux en signant le scénario d'une BD dessinée par Devig qui doit se lire au 15e degré, au minimum. « Alerte sur Fangataufa », première aventure du reporter Scott Leblanc semble à première vue une sorte d'hommage aux récits de la Ligne claire des années 50. Entre Hergé et Jacobs, avec savants, inventions et méchants voulant détruire la planète. Le héros, journaliste au magazine Bien en vue, a un animal de compagnie qui le seconde dans ses aventures. Et c'est là que tout dérape. Scott se balade en permanence avec un canari en cage répondant au nom de Tino. Un reporter qui est beaucoup plus sensible à la cause animale qu'aux malheurs de l'Humanité. Ainsi, quand son rédacteur en chef lui demande un reportage sur le professeur Moleskine, possible Nobel, Scott plutôt que de l'interroger sur ses dernières découvertes, ne s'intéresse qu'à son chat... En bref, le héros est complètement à côté de la plaque. Pourtant il va se retrouver au centre d'un complot visant à empêcher la France à maîtriser la bombe atomique. Rapidement le lecteur est fasciné par la bêtise de Scott et suit ses aventures avec un plaisir ironique allant crescendo jusqu'au dénouement final.

« Scott Leblanc » (tome 1), Casterman, 12 €

06:02 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : geluck, devig, casterman

30/10/2009

Loustal crépusculaire

 

Coronado.jpgLe héros et narrateur vient de passer quatre années en prison. A sa sortie, son père l'accueille, au volant d'une grosse voiture avec une certaine Mandy à l'arrière. Une prostituée. Ces retrouvailles familiales n'ont rien à voir avec un quelconque amour paternel mais sont très intéressées. Le taulard était sur un très gros coup. Il venait de subtiliser un énorme diamant à un pigeon de première. Par manque de chance, durant la transaction, la mère de l'arnaqué était victime d'une balle perdue. Le narrateur aussi prenait une balle. Dans la tête. Et devenait amnésique. Aujourd'hui, de nouveau libre, il tente de se souvenir de ce qu'il a fait de la pierre avec l'aide se son père qui lui raconte l'histoire. Et une troisième personne remonte à la surface. Gwen. Sa petite amie. Il lui avait promis de l'amener à Coronado avec l'argent de la pierre. Il lui avait aussi recommandé de se méfier de son père s'il lui arrivait malheur. Adapté d'une nouvelle de Denis Lehane, ce récit de Loustal est d'une noirceur implacable. Beaucoup de cadavres jalonnent cette histoire se déroulant aux USA, le décor préféré du dessinateur de « Barney et la note bleue ».

« Coronado », Casterman/Rivages Noir, 17 €

 

26/10/2009

Enlèvement

Appoline.jpgJean-David Morvan, scénariste prolifique, aime explorer les tréfonds de l'âme humaine. Il excelle à mettre en scène les sentiments forts, extrêmes. Cette histoire complète dessinée par TBC raconte la découverte par un policier dépressif d'une jeune femme, otage depuis 8 ans. Appoline a été enlevée à la sortie de l'école. La blonde fillette de 9 ans a depuis vécue dans une pièce close, dans la cave de son ravisseur, un homme névrosé, jouissant de ce pouvoir sur l'enfant. Mais l'heure est venue pour Appoline de sortir. Grâce au policier. Violent et dérangeant, cet album percutant est une réflexion sur le conditionnement et la manipulation des esprits. Une démonstration édifiante.

« Appoline », Casterman, 15 €

06:15 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : morvan, tbc, casterman

12/10/2009

Intrigues vénitiennes

Jhen 11.jpgAprès quelques années d'absence, Pleyers revient à son héros emblématique : Jhen. Jacques Martin, le scénariste original a laissé la place à Hugues Payen. L'architecte, au service de Gilles de Rais, se rend en Italie pour récupérer un codex, recette d'alchimie qui donnerait la clé de la vie éternelle. Il se retrouvera dans une Venise puissante mais minée par les intrigues et les guerres larvées avec les cités voisines. Le dessinateur restitue les rues et canaux de la Sérénissisme dans des images d'une grande richesse. Le lecteur plonge également au coeur du carnaval, ses excès et libertinages de toutes sortes. Jhen, au passage, y trouvera une compagne de jeu experte en intrigue et manipulation.

« Jhen » (tome 11), Casterman, 10 €

27/09/2009

La belle et les diams

Trois fois rien.jpgDans le genre intrigue à rebondissements il est difficile de faire mieux. Frédéric Féjard, le scénariste de ce récit complet de 150 pages dessiné par Benjamin Jurdic, n'a pas lésiné sur les coups de théâtre pour rendre encore plus captivante cette cavale aux trousses d'une mallette remplie de diamants. Dans un premier temps il présente les différents protagonistes. Deux petits voyous, Math et Seth et leur copine, Liza. Ils font dans la combine sans envergure : voler des bagages dans l'aéroport qui les emploie. Plus ambitieux, deux flics ripoux. Ils font chanter un avocat libidineux. Et quand ils apprennent que ce dernier doit convoyer une mallette pleine de diamants pour un de ses clients; ils flairent le bon gros coup. Math et Seth sont mis à contribution pour accéder à l'avion. Bien évidemment rien ne se déroule comme prévu. Math et Seth doublent les flics qui entrent dans une rage folle quand ils découvrent que leur mallette est remplie de verroterie. Et le véritable propriétaire des pierres précieuses, un caïd de la pègre, lui aussi est très énervé. Cela donne une course poursuite où trahisons, quipropos et gros flingues tombent comme à Gravelotte... Un polar trépidant, ne se prenant pas au sérieux, dans la lignée d'un film de Tarantino.

« Trois fois rien », Casterman, 16 €

06:33 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : féjard, jurdic, casterman

03/09/2009

Un Tueur de plus en plus philosophe

Tueur 7.jpgLa Havane. Le tueur est en mission. Il doit assassiner un jeune et brillant politicien cubain. D'habitude, il ne se pose pas de questions. Mais cette fois il ne sent pas ses commanditaires. Et puis il apprécie ce pays. Alors il va tenter de jouer un double jeu. Le septième titre de cette série écrite par Matz et dessinée par Jacamon marque un tournant. Le héros, froid et sans pitié des précédents épisodes, s'humanise. Un changement longuement expliqué dans un prologue où le tueur s'interroge sur l'Homme et sa propension à torturer, tuer, massacrer : « Tout le monde s'accorde à dire que l'homme est intelligent. Mais il est surtout mauvais. Et il hésite rarement à se livrer à ses pulsions les plus ignobles. » A Cuba, il considère que ce n'est pas le pire des pays. Alors pourquoi ne pas collaborer avec les Castristes et s'installer dans cette île, victime du blocus américain mais où on ne meurt pas de faim et où les soins sont gratuits. Reste à passer le premier obstacle bureaucratique, la belle Katia, qui elle aussi pourrait bien jouer un double jeu. Une BD très réaliste de qui la rend encore plus passionnante.

« Le Tueur » (tome 7), Casterman, 10,40 €

06:29 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : matz, jacamon, casterman

27/08/2009

Taniguchi se raconte

Zoo en hiver.jpgMaître incontesté du manga au Japon, auteur reconnu à l'étranger, Jiro Taniguchi a pourtant débuté sa carrière comme simple assistant dans un studio qui produisait une vingtaine de planches chaque semaine. Ces débuts, le mangaka les raconte dans cet album avec sensibilité et finesse. Même pas âgé de 18 ans, il quitte un travail sûr, mais pas passionnant, dans une société de textile, pour intégrer une équipe de dessinateurs. Il va dans un premier temps gommer les planches, rajouter un bout de décor, encrer certains personnages. Des mois et des mois d'apprentissage avant d'oser de dessiner, seul, une histoire complète. Taniguchi, provincial, découvre également la vie culturelle à Tokyo. Les nuits sont longues au studio et au petit matin, tous se retrouvent dans des bars qui fonctionnent en continu. Cette histoire, entre documentaire sur le milieu de la BD japonaise et l'éveil à la vie d'un jeune homme, prend aux tripes quand le héros rencontre une jeune fille malade. Il l'accompagne dans ses balades et ensemble imaginent des histoires. C'est pour elle qu'il a osé se lancer en solo. Un amour impossible, poignant et douloureux.

« Un zoo en hiver », Casterman, 15 €

06:27 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : taniguchi, casterman

23/08/2009

La fille sans visage

canardo 18.jpgUn nouveau Canardo c'est avant tout une ambiance. Sokal, malgré un dessin animalier en décalage complet (son héros est un canard !) parvient à planter une atmosphère de polar, noir et sans espoir. Notre détective privé, toujours fauché, légèrement alcoolisé, raccompagne ce soir-là la belle Galina. Cette prostituée slave qui n'a pas trouvé de client, tente de vendre ses charmes au rabais au héros. Mais c'est encore trop... Et au prochain croisement, c'est l'accident. La belle Cadillac Eldorado Biarritz 1956 de Canardo est percutée par une Porsche lancée à toute allure. Fin de la course dans un canal. Une jambe cassée pour Canardo, le visage en bouillie pour Galina. Le chauffard, Norbert de Cludezaque, dit Nono le pervers, est le riche héritier du grand-duché du Belgambourg. Pour étoffer le scandale, il paye la convalescence des accidentés et s'emmourache de Galina. Il lui paiera même une reconstruction complète du visage. Cette histoire permet à Sokal de brocarder, dans le désordre, les héritiers, les paparazzi et la chirurgie esthétique. L'intrigue est pleine de rebondissements et parfois, on se croirait dans un Simenon...

« Canardo » (tome 18), Casterman, 10 €

06:44 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : canardo, sokal, casterman

13/08/2009

Médée la mystique

 

Medee 1.jpgPour bien appréhender cet album de BD, mieux vaut connaître la légende de Médée. Pour les cancres un petit rappel s'impose : Médée, gardienne de la Toison d'or, a tué son frère puis ses enfants par passion, soif du pouvoir ou vengeance. Bref, la femme est belle mais peu fréquentable. Cette légende intéresse particulièrement deux personnes à la fin des années 30 : un évêque de la cité du Vatican et le chef de la Gestapo. Ils cherchent notamment le codex écrit par Judas Escariote en l'an 0. Cet album de BD semble au premier abord confus. Toutes les deux pages, l'action change de leiu, d'époque et de protagonistes. De la Galilée à Rome en passant par Berlin, pas toujours évident d'y retrouver son latin. Mais petit à petit tout se met en place et les passerelles fonctionnent. Écrit par Renot, le scénario est illustré par Ersel. Le duo a déjà signé La lance du destin dans la même veine. Ersel, au dessin, fait partie de ces auteurs produisant vite et bien. Logique quand on sait qu'il a débuté dans le studio de son père, Frank Sels, un grand de la BD flamande, et qu'il aussi beaucoup appris auprès de Jean-François Charles.

« Médée », Casterman, 11,50 €

06:03 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : renot, ersel, casterman

16/07/2009

Joe a la trouille

 

Trouille.jpgDifficile d'adapter un roman de Marc Behm. C'est pourtant le pari relevé par Joe G. Pinelli aidé de Jean-Hugues Oppel au scénario. « Trouille », paru chez Rivages Noir, fait partie de ces polars où la noirceur est absolue. La cavale du héros est sans espoir. On le suit pourtant avec passion, malgré la fin inéluctable. Joe Egan a peur d'une femme, blonde vêtue d'un ciré. Quand il la voit, il sait que quelqu'un dans son entourage va mourir. Et une fois adulte, il se doute qu'un jour ce sera son tour. Il décide alors de fuir, le plus loin et le plus vite possible. Il abandonne sa petite vie tranquille de fonctionnaire pour aller de partie de poker en partie de poker. Il a des hauts. Des bas aussi. A la rue, abandonné de tous, il trouvera pourtant toujours la force de se remettre en selle. Parfois il se posera quelques temps. Avec une femme passionnée par le jeu, seul dans une cabane au fond des bois ou avec une sorcière noire, adepte du vaudou, maîtresse volcanique. Joe Pinelli abandonne l'autobiographie pour des pages très sombres malgré des couleurs directes parfaitement maitrisées.

« Trouille », Casterman & Rivages Noir, 17 €

01/07/2009

Transition

Neuf mois.jpgUn premier enfant, dans un jeune couple, n'est jamais sans conséquence. Et dès les premières semaines de grossesse le fragile équilibre est mis à rude épreuve. C'est la trame de ce récit de Nicolas Vadot. Mais l'auteur aimant mettre en place un univers très personnel, le futur père, durant ces neuf mois, va passer de nuits loin de la réalité. En passant sous un un tunnel, il se retrouve sur une route rectiligne au milieu d'un désert. Là, il va rencontrer un marchand de sable, une psychologue, Morphée, et un bûcheron. Sans oublier un jeune chat. Poétique, merveilleuse, cette vision de la naissance, éternel recommencement, ne laisse pas indifférent.
« Neuf mois », Casterman, 15 euros

05:59 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vadot, casterman