02/01/2017

BD : Deux Anglais (Blake & Mortimer) et Shakespeare

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Le nouvel album de Blake et Mortimer signé Yves Sente (scénario) et André Juillard (dessin) va ravir tous les passionnés de Shakespeare. Nos deux héros se retrouvent lancés dans une course contre la montre trépidante. Si l’aventure débute à Londres, l’intrigue principale se déroule à Venise. Quelques riches lettrés, lors d’une soirée, tentent de résoudre un mystère lié à la vie de Shakespeare. Blake et Mortimer s’y retrouvent mêlés en raison de leur amitié pour Sarah Summertown, par ailleurs présidente de la William Shakespeare Defenders Society. Le professeur va notamment enquêter en Italie, pays qui aurait une importance capitale dans la vie et l’œuvre du grand dramaturge anglais. Si l’album manque un peu d’actions spectaculaires et d’inventions étonnantes, il est cependant passionnant, un peu dans la lignée de « L’affaire du collier », avec un gros volet historique tout à fait crédible, bien qu’entièrement inventé par Sente. Juillard au dessin, est toujours aussi fidèle et Jacobs, tout en arrondissant, voire humanisant ces personnages désormais immortels.

➤ « Les aventures de Blake et Mortimer » (tome 24) , éditions Blake et Mortimer, 15,95 €.

 

29/12/2016

BD : Léo de retour au pays

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Léo, dessinateur et scénariste formidable créateur de mondes (Aldébaran, Bételgeuse...), s’il a fait l’essentiel de sa carrière en France, est originaire du Brésil. Un pays qui n’est désormais plus totalement absent de son œuvre puisqu’il signe avec Rodolphe au scénario et Marchal au dessin, un troisième cycle de « Kenya » se déroulant en Amazonie. Kathy Austin, membre des services secrets anglais, rentre juste de ses pérégrinations africaines qu’elle doit repartir pour l’Amérique du Sud. Un pasteur vivant dans un dispensaire loin de toute civilisation, a recueilli un photographe mourant. Sur sa dernière pellicule, la photo d’un immense humanoïde à la peau blanchâtre. Un extraterrestre ? C’est la mission de la belle et intrépide Kathy qui retrouve sur son chemin le pilote d’avion américain Hank Grabble mais également quelques anciens nazis (l’histoire se déroule en 1949) et un consul anglais pittoresque au langage incroyablement grossier. Un premier tome très prometteur, entre science-fiction et espionnage.

➤ « Amazonie », Dargaud, 11,99 €

 

25/12/2016

BD : Prise de tête physique 

 

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Si vous regrettez les gags signés Claire Brétécher ou les dessins de Reiser, précipitez-vous sur ces « Scènes de la vie hormonale » signées Catherine Meurisse. La dessinatrice de Charlie Hebdo excelle dans ces petites tranches de vie où parfois elle se met en scène. Et si ce n’est pas elle, cela y ressemble... Après l’attentat, la rescapée a mis longtemps avant de réapprendre à vivre. Un long combat contre elle-même raconté dans « La légèreté ». Et puis elle s’est remise à dessiner et raconter ces petites histoires tournant toujours autour du sexe. Ce pourrait être simple, c’est forcément compliqué. Les trentenaires d’aujourd’hui sont passés à la moulinette de son regard aiguisé. Des femmes toujours insatisfaites aux amants de passage en passant par celles qui se veulent mère et maîtresse, les relations sont toujours prétexte à réflexion. On rit beaucoup par la justesse. On croit parfois qu’elle Exagère, mais trop souvent ces personnages existent bel et bien. 80 pages qui résument fidèlement l’état de désir physique d’une certaine France, celle des bobos et autres hipsters des grandes villes. A lire comme un livre d’anthropologie...

➤ « Scènes de la vie hormonale », Dargaud, 17,95 €

 

05/11/2016

BD : Calvin Wax, méchant d’entre les méchants de "XIII Mystery"

 

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Pour faire vivre (entendre multiplier les sorties de nouveautés pour profiter du succès de la série) les éditions Dargaud ont lancé « XIII Mystery », série d’histoires indépendantes mettant en valeur les personnages secondaires de la série imaginée par Van Hamme et Vance. Loin d’êtres des œuvres alimentaires, ces albums, confiés à des scénaristes et dessinateurs confirmés, sont passionnants. Le 10e titre, consacré à Calvin Wax, est un des meilleurs. Il est vrai que cet homme de l’ombre, conseiller du président et foncièrement à droite, est un sujet de roman à lui seul. Fred Duval raconte les débuts de la grande conjuration pour rendre les USA à un pouvoir blanc et raciste. Calvin Wax est le numéro 2 du complot des Dix et on découvre comment il « nomme » le numéro 1. Son action est résumée lors de cet embryon de confession page 27 : « Chantage, pression, coercition, extorsion, pot-de-vin, trahison, j’ai embrassé et digéré toutes les faiblesses et perversions humaines pour les transformer une à une en avantages politiques... » Plus qu’un méchant, Calvin Wax est la pire saloperie que peut compter la planète terre. Il méritait bien un album rien que pour lui.

➤ « XIII Mystery » (tome 10), Dargaud, 11,99 €

 

02/10/2016

BD : L'envol des oiselles

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Une certaine France du passé, un peu rétrograde, est racontée dans "Filles des oiseaux", nouvel épisode des souvenirs de Florence Cestac. La dessinatrice, longtemps restée dans l'ombre à œuvrer pour les éditions Futuropolis, ose depuis quelques années la BD à la première personne. Son "Démon de Midi" a conquis des milliers de femmes. Place maintenant à la jeune, très jeune Florence Cestac. Normande, fille de paysans, son adolescence n'est pas de tout repos. Elle ne supporte plus les disputes de ses parents. Elle demande alors à être pensionnaire. Bingo ! Elle intègre le pensionnat des Oiseaux, tenu par des religieuses pour les jeunes filles de la grande bourgeoisie. Florence va découvrir un autre monde, plus rigide, mais aussi libre. Notamment quand elle devient la meilleure amie de Marie-Colombe, révolutionnaire avant l'heure. C'est la fin des années 60, mais le mois de mai n'a pas encore tout fait exploser. Ce sera le thème du prochain volume qui s'annonce encore plus subversif. Un regard fin et amusé sur la découverte de la vie et de la liberté par une adolescente.

"Filles des oiseaux", Dargaud, 13,99 euros

 

 

11/09/2016

BD : Un réactionnaire bien sympathique

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Marié, père de famille, Morgan Navarro a le malheur de ne côtoyer que des bobos, dangereux extrémistes de gauche et même, le pire parmi la lie de l'humanité avec qui il doit partager l'air qu'il respire : des féministes, lesbiennes, vegan et tatouées. Morgan Navarro, on l'a compris, n'est pas un homme de progrès, ouvert d'esprit. Sous sa calvitie bonhomme se cache un véritable réactionnaire, nostalgique du passé, celui de Pompidou, pas de Mitterrand. Il transforme ses colères et indignations en histoires courtes publiées sur la plateforme du Monde (Le Figaro doit se mordre les doigts). Cette opposition entre des hommes et femmes humanistes et partageurs et Morgan, indécrottable pessimiste, persuadé que le monde court à sa perte, se révèle un ressort comique inépuisable. Et tout le paradoxe de cette BD, au trait classique cela va de soit, est que le réac reste sympathique. Car il a conscience de ses dérives, pour preuve il se sent sans cesse obligé de demander à ses potes d'origines maghrébines s'il est raciste. La réponse, tout en lui faisant un peu honte, le rassure. Paradoxe d'un homme mal dans son temps mais qui n'a jamais perdu le sens de l'autodérision. Preuve au final, qu'il n'est pas si réac que cela finalement...

«Ma vie de réac", Dargaud, 17,95 €

 

 

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19/07/2016

BD : Fred et Alexis remontent le temps

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Après 1968, le secteur de la bande dessinée jeunesse a littéralement été dynamité par quelques auteurs en mal de nouveauté. Avant que Gotlib, Brétécher et Moëbius ne quittent Pilote pour créer Fluide Glacial ou Métal Hurlant, quelques expérimentations ont pris place dans l'hebdomadaire des éditions Dargaud. Alexis, futur dessinateur de Superdupont, a illustré un scénario de Fred (Philémon) au propos pour le moins étrange. Un représentant de commerce s'associe à un savant fou pour tenter de faire fortune en voyageant dans le temps. Ils sont aussi bête et cupide l'un que l'autre. C'est plein de boucles temporelles inextricables digne des meilleurs récits surréalistes. Ces 200 pages sont exhumées en noir et blanc, comme pour mieux admirer la virtuosité d'Alexis, mort à 31 ans seulement.

« Time is money » (intégrale) Dargaud, 29 €

 

17/07/2016

BD : LA NOSTALGIE DES VACANCES EN FAMILLE

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Envie de bonheur, de nostalgie, de vacances et de soleil ? Plongez sans hésiter dans le second tome de la la série « Les beaux étés ». Zidrou, scénariste du sensible, frappe une nouvelle fois très juste avec cette chronique sociale de la famille Faldérault. Le père, Pierre, dessinateur de BD, met une dernière touche à ses planches avant de rejoindre femme et enfants dans la vaillante 4L, prête à quitter la froide Belgique pour le soleil du Midi. En cette année 1969, c'est une calanque qui accueille pour quelques jours la famille. En racontant l'infiniment petit, les auteurs nous entraînent dans l'infiniment grand. Enfants poètes, parents rêveurs, rencontres étonnantes, décors féériques : tout, des dialogues aux dessins de Jordi Lafèbre, est à déguster lentement comme une bonne sieste sous un pin, au son des cigales.

« Les beaux étés » (tome 2), Dargaud, 13,99€

 

 

28/04/2016

BD : Vie et mort d'un juge hors normes

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Olivier Berlion est Lyonnais. Plusieurs de ses albums se déroulent dans cette ville et région qu'il affectionne particulièrement. Pour sa nouvelle série, il plonge dans l'histoire récente de la ville en racontant la vie et la mort du Juge Renaud, surnommé le Shérif. Implacable, cet ancien Résistant, a des méthodes peu orthodoxes mais très efficaces. Le magistrat a été un des premiers à faire le lien entre grand banditisme et politique avec le SAC (Service d'action civique) pour relais. Une enquête qui lui sera fatale. Berlion raconte avec minutie comment certaines forces de l'ombre ont froidement décidé de se débarrasser du juge. Un triptyque écrit en étroite collaboration avec Francis, le fils du juge Renaud.

"Le Juge, la République assassinée" (tome 2), Dargaud, 13,99 euros

 

09:50 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : juge, renaud, lyon, berlion, dargaud

14/04/2016

BD : Lucky Luke, 70 ans et plusieurs vies

Sur son cheval Jolly Jumper, il sillonne l'Ouest américain depuis 70 ans. Toujours seul à la fin de ses albums,ce cowboy a longtemps fumé cigarette sur cigarette. Désormais il mâchonne une brindille et continue ses aventures malgré la mort de son créateur, Morris. Lucky Luke, l'homme aux 70 vies.

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Selon la légende, il tire plus vite que son ombre. Lucky Luke, avec Tintin et Astérix, est un des rares personnages de bande dessinée à être connu de tout le monde. Pour ses 70 ans, il franchit un nouveau cap avec la parution de deux albums hommage. L'opportunité pour des auteurs affirmés de s'approprier le héros et d'en donner leur vision. Premier à dégainer, Matthieu Bonhomme. Il est presque à l'origine de l'opération. "Cela fait presque dix ans que je demande aux éditions Lucky Comics s'il est possible de faire un 'Lucky Luke vu par...' comme c'est le cas avec Spirou, se souvient l'auteur d'Esteban et de Texas Cowboys. Il y a deux ans, j'ai vraiment insisté. Par chance la maison d'édition réfléchissait à l'anniversaire des 70 ans. Ensuite c'est allé très vite." Une année de dessin et voilà 'L'homme qui tua Lucky Luke' dans toutes les bonnes librairies.

Vers plus de simplicité

Résolument réaliste, cette version étonne par sa maîtrise mais aussi sa fidélité à la personnalité du cowboy. L'action se déroule dans une petite ville minière. Le shérif, légèrement demeuré, est secondé par ses deux frères, beaucoup plus futés. Lucky Luke ne compte rester qu'une nuit. Mais les habitants lui demandent de rester pour retrouver une cargaison d'or volée. Une mission que Lucky Luke accepte, malgré l'hostilité des frères. L'enquête progresse, jusqu'à ce fameux duel, dessiné et mis en scène tel un film de Sergio Leone. Le scénario imaginé par Matthieu Bonhomme tourne en réalité autour de l'arrêt du tabac par le héros. "Quand j'ai eu l'autorisation de reprendre Lucky Luke, c'est la première chose que j'ai demandé 'Lucky Luke a-t-il le droit de fumer ?'» La réponse négative, arrange bien le dessinateur qui en profite pour expliquer comment et pour quelles raisons très humaines il arrête le tabac. Ce rêve de gosse permet aussi au jeune dessinateur de rendre hommage à Morris, un auteur qui l'inspire depuis son enfance.

Et quand il termine son école d'art et se dirige vers la BD, il rouvre des Lucky Luke pour trouver des solutions : "c'est génie, il a tout compris. Il faut aller vers plus de simplicité, l'évidence et le graphisme comme il le fait.» Même s'il regrette d'avoir dû abandonner le cowboy solitaire, Matthieu Bonhomme savait que ce ne serait que cette reprise ne durerait que le temps d'un album. "J'ai d'autres projets, notamment un nouveau cycle d'Esteban qui ne se passe pas en Patagonie" se justifie-t-il.

Maintenant, ce Lucky Luke différent est parti à l'assaut des librairies avant l'arrivée de la véritable nouveauté, en novembre, scénarisée par Jul et toujours dessinée par Achdé puis en janvier 2017 de la version humoristique de Bouzard. A 70 ans, Lucky Luke n'a pas fini de faire parler de lui.

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 Programme éditorial copieux

Pour les éditions Lucky Comics, l'anniversaire du héros de Morris repris par Achdé au dessin est un événement d'importance qui dure toute l'année. Un programme éditorial très chargé lancé en décembre avec le beau livre 'L'art de Morris' accompagnant l'exposition d'Angoulême. Pour Philippe Ostermann, directeur général des éditions Dargaud, cette monographie est "une exégèse de Morris et de son apport au 9e art. On peut y voir des œuvres de 1947 à 2000." Des réflexions sont en cours pour continuer à faire vivre cette exposition en dehors de la capitale de la BD.

Nouveauté en novembre

En janvier dernier, relance du fonds avec la sortie de 10 albums mythiques de la série pour la somme de 7 euros. Une opération petit prix à l'opposée de l'édition en version très grand format et luxe de 'Phil Defer' datant de 1956, véritable petit bijou vendu 99 euros, bénéficiant d'une reproduction exacte des planches d'origine. Seconde étape, la sortie de deux albums de Lucky Luke vu par... Matthieu Bonhomme tire le premier alors que Guillaume Bouzard propose sa vision humoristique de l'Homme qui tire le plus vite que son ombre en janvier 2017. Un album très attendu car, de l'aveu du directeur de Dargaud, le créateur de Plageman "est allé très loin dans le style parodique et 'montypythonesque'" En attendant, Le 4 novembre exactement, les millions de fans retrouveront un nouvel album dessiné par Achdé (repreneur officiel de la suite de Morris, choisi par ce dernier), mais cette fois sur un scénario de Jul, le créateur de 'Silex and the city'. "Le choix de Jul est issu d'une discussion commune, selon Philippe Ostermann. Il a une immense admiration pour Goscinny et Lucky Luke. Comme il travaille avec nous depuis très longtemps, cela s'est fait en toute confiance." Mais il a dû cependant composer avec certaines contraintes comme une pagination imposée et l'obligation d'être tout public. "C'était un défi pour lui de faire de la très grande BD classique lisible par les adultes comme les enfants." Un album qui sera très certainement en tête des ventes au moment de faire un cadeau de fin d'année.

Enfin, dernier étage de la fusée, la réédition des intégrales des albums de Morris, dans une nouvelle version, enrichie de cahiers thématiques.

"L'homme qui tua Lucky Luke", Lucky Comics, 14,99 euros

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Morris, la carrière d'un géant du 9e art

70 albums, 3 000 planches. Maurice de Bevere, dit Morris, n'a quasiment jamais ralenti sa production durant toute sa carrière. Jeune apprenti dessinateur, il intègre le studio de Jijé, animateur de Spirou à la fin de la guerre. Ce maître du dessin, pouvant passer du comique au réaliste avec une rare dextérité, tente l'aventure aux USA. Il part avec femme et enfants, sans oublier dans ses bagages ses deux jeunes assistants : Morris et Franquin. Le périple outre-atlantique vire au cauchemar. Tous se retrouvent finalement au Mexique. Franquin rentre le premier en Europe, Jijé tente de s'établir à Mexico et Morris, file à New York. Il y restera longtemps, rencontrant un autre francophone passionné de BD : Goscinny. On ne le sait pas toujours, mais plusieurs albums de Lucky Luke ont été dessinés en Amérique. Les planches rejoignaient Bruxelles par bateau. Certaines s'égarant en chemin... De retour en Europe, avec Goscinny, Morris quitte Spirou pour Pilote. Lucky Luke devient de plus en plus célèbre, l'égal d'Astérix. Tout en multipliant les dérivés (Rantanplan notamment), Morris surveille les adaptations à la télé. Et contrairement à Hergé, il voudra que son héros lui survive.

 

 

13/04/2016

BD : L'art de Morris

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Un génie du trait juste et du mouvement. Le dessin de Morris, de pataud à ses débuts, s'est rapidement affirmé pour devenir une référence dans le style franco-belge. Pour les 70 ans de son seul et unique personnage, le festival d'Angoulême a présenté une exposition de grande ampleur avec pas moins de 150 planches et dessins originaux. L'occasion de voir l'évolution de l'art de Morris au fil des décennies. Cette exposition inaugurée en janvier dernier à la Cité internationale de la Bande dessinée d'Angoulême est toujours visible et ce jusqu'au 18 septembre. Pour l'accompagner, le beau livre sobrement intitulé "L'art de Morris" retrace sa carrière et ses influences, sous un écrin luxueux sur plus de 300 pages richement illustrées. Avec des interventions savantes de Jean-Claude Menu et du dessinateur Blutch.

"L'art de Morris", Lucky Comics, 45 euros

 

05/12/2015

BD : Terminus à Antarès

 

Avouons-le : c'est toujours avec une certaine appréhension que l'on débute la lecture d'un album censé clore un cycle des Mondes d'Aldebaran de Léo. Ce sixième épisode d'Antarès, paru fin août, met un point final aux tribulations de Kim et ses amis sur cette planète. Avant le résumé des titres précédents, l'éditeur a eu la bonne idée de raconter en quatre pages illustrées « Les voyages de Kim ». Une façon de remettre le lecteur dans le bain avant cet ultime galop à la surface d'Antarès. Kim et Alexandra disparaissent dans une navette fantôme. Elles retrouvent la petite fille de Kim et la sœur de Zao. Le contact avec les extraterrestres a enfin lieu. Mais ces derniers sont excessivement prudents. Si l'intrigue donne quelques réponses, on sent que l'auteur a surtout ménagé le suspense pour la suite, le cycle 4, certainement sur Aldebaran. Kim a un nouvel amour, sa fille va rejoindre son père, Mai Lan tombe dans les bras de Marc... Les romances se succèdent et donnent du piment à une série digne des meilleurs feuilletons. On apprécie à ce titre l'arrivée d'une nouvelle forte tête, une certaine Darlène au caractère bien trempé.

 

« Antarès » (tome 6), Dargaud, 11,99 €
 

21/11/2015

BD : De Happy à Felicity dans le nouveau XIII Mystery

 
 
Pas de nouveauté de la série XIII cette année. Mais les fans de l'amnésique le plus célèbre de la BD pourront toujours se consoler avec le 9e tome de « XIII Mystery », série parallèle indépendante qui brosse les portraits de quelques seconds rôles. Chaque album, indépendant des autres, est réalisé par un scénariste et un dessinateur différent. Cette fois c'est Matz (scénariste du Tueur) et Rossi (dessinateur de WEST) qui osent affronter le monde de XIII. Osent car les duos sont souvent attendus au tournant par les milliers de fans. Ces derniers scrutent le dessin (plus ou moins fidèle à Vance) et le scénario. En choisissant Felicity Brown, les auteurs n'ont pas choisi la facilité. Elle fait partie des « méchantes », souvent en travers de la route du héros. Le récit s'intercale entre les tomes 5 et 9 de la saga originale. La belle vient de faire emprisonner XIII. Elle pense s'être tiré d'affaire en héritant de son riche mari. Mais le FBI la soupçonne d'avoir « anticipé » l'échéance. Il s'ensuit une course poursuite à travers les USA pour aboutir au Costa Verde, au service du colonel Peralta. Une histoire dense, où l'ancienne callgirl Happy se révèle plus humaine qu'il n'y paraît. Rossi, au dessin, s'est approprié la belle, mais est très fidèle aux personnages originaux comme de Préseau.

 

« XIII Mystery » (tome 9), Dargaud, 11,99 €
 

09:15 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : xiii, vance, van hamme, matz, rossi, dargaud

09/11/2015

BD : La bible ou l'épée, choix crucial pour "Le maître d'armes"

 
Toutes les guerres ont pour origine la religion. Une évidence qu'il ne faut cesser de rabâcher aux générations futures. En vain malheureusement, les conflits se multipliant un peu partout dans le monde. Actuellement les chiites et les sunnites se mènent un combat à mort au Moyen Orient. Comme pour faire oublier le conflit entre Juifs et Palestiniens à quelques centaines de kilomètres de là. En Europe, nous sommes souvent enclins à donner des leçons mais notre histoire prouve que ces querelles de paroisse ont également provoqué des milliers de morts au fil des siècles. Prenez la fin du Moyen Age. Le clergé catholique règne en maître absolu. Mais quelques croyants ne se reconnaissent plus dans cette religion qui donne tout à une petite minorité. Ce sera la Réforme, début du protestantisme. Dans « Le Maître d'armes », écrit par Xavier Dorison et dessiné par Joël Parnotte, ont découvre les prémices de cette sanglante répression. A la base, des érudits veulent que la parole de Dieu soit directement accessible par tous. Enlever l'intermédiaire des religieux. Pour cela il suffit de traduire la Bible en « vulgaire », nom donné au français compris par la majorité. Rien de bien méchant à priori. Mais cette volonté d'éclairer le peuple ne passe pas auprès de ceux qui ont le pouvoir. Le véritable personnage principal de cette longue BD est la traduction de la bible. Gauvin de Brême, médecin érudit, réformiste, vient de finir son manuscrit. Il doit maintenant le faire parvenir en Suisse où il sera imprimé et largement diffusé. Mais les sbires du clergé le pourchassent. Dans les montagnes du Jura, il va demander l'aide de Hans Stalhoffer, ancien maître d'armes du roi François 1er. Une course poursuite en plein hiver, dans la nature implacable. Si le récit fait la part belle à la prise de conscience de certains hommes et femmes, il montre aussi dans toute son horreur (les dessins de Parnotte sont parfois d'une extraordinaire violence) les exactions d'autres soldats, toujours plus cruels et intransigeants, au nom d'un Dieu qui n'est plus du tout miséricordieux. Une histoire qui se répète, sous d'autres latitudes et pour d'autres raisons, mais à la base le problème est le même : la volonté d'un petit nombre de contraindre la majorité à ne pas penser par elle-même

 

« Le maître d'armes », Dargaud, 98 pages, 16,45 euros
 

20/10/2015

BD : Astérix, retour parfait

Les Pictes étaient corrects, le Papyrus est génial. Plus de doute, le choix de Ferri et Conrad pour prolonger les aventures de l'irréductible Gaulois est excellent. Uderzo peut être rassuré, son personnage est entre de bonnes mains et Goscinny pleinement profiter de son séjour au paradis bien mérité après nous avoir tant fait rire. En réalité, on a l'étrange impression de retrouver ce petit monde exactement là où on l'avait laissé juste avant la mort du scénariste survenue en plein test d'effort pour vérifier qu'il était en bonne santé... Au niveau du dessin, Conrad s'est parfaitement coulé dans le style d'Uderzo. Bien difficile désormais de faire la différence entre l'original et le repreneur. Mais la très bonne surprise réside dans l'histoire. Toute l'intrigue n'est qu'un prétexte pour brocarder les mauvaises habitudes contemporaines, sport dans lequel Goscinny excellait. Dans la cible des auteurs, les circuits de l'information, notamment les rumeurs propagées par les réseaux sociaux. César vient de mettre un point final à son manuscrit « La Guerre des Gaules ». Mais dans un chapitre, il reconnaît sa défaite face au village dirigé par Abraracourcix. Une tâche sur son parcours qu'un conseiller en communication, Promoplus, lui suggère d'occulter. C'est cette partie du texte censurée qu'un activiste de la vérité dérobe et tente de rendre public. Intelligent, hilarant et bourré de clins d'œil, cet album sera le livre le plus vendu cette année. Mérité car c'est peut-être aussi le meilleur de toute la production de BD en 2015.   

 

 

17/10/2015

BD - Vacances en famille

 
 
Il est des histoires qui donnent du baume au cœur. Des récits simples comme le bonheur, celui des jours normaux et de la vie quotidienne. Trop souvent on ne se rend pas compte de cette joie de vivre, cette plénitude, cet équilibre. En refermant l'album de Zidrou et Lafèbre, on n'a plus d'excuses. Obligé de se souvenir des belles choses de son passé, de profiter du présent et d'envisager le futur avec sérénité. La faute à cette petite famille belge qui, en août 1973, est sur départ. Mado, la mère, a tout préparé. La 4L est pleine comme un œuf. Les quatre enfants, de l'ado au bébé, patientent dans l'entrée. Problème Pierre, le conducteur, n'est pas encore prêt. Il doit mettre les dernières touches de couleurs à sa bande dessinée. Cela fait trois jours qu'il travaille d'arrache-pied, courbé sur sa planche à dessin. Quand enfin il livre ses planches, c'est parti pour un mois de vacances au Sud de la France. Pique-nique au bord des routes et camping sauvage. Que du bonheur. Si l'on oublie que Pierre et Mado comptent divorcer à la rentrée... Entre nostalgie et réflexion sur l'amour qui fane comme les plus belles fleurs, cette histoire arrachera quelques larmes aux plus sensibles.

 

« Les beaux étés » (tome 1), Dargaud, 13,99 €
 

13:10 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dargaud, lefèbre, vacances, zidrou

28/09/2015

BD : Tyler Cross se fait la belle

 

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Son premier album a fait sensation. Le second est encore meilleur... Tyler Cross s’affirme comme la nouvelle vedette du polar en images. Tyler coule des jours heureux au bord de la mer avec son amoureuse. Il accepte malgré tout un dernier coup. Facile. Sans risque. Une grosse embrouille en réalité. Il finit donc au pénitencier d’Angola à la Nouvelle-Orléans. Une prison qui fonctionne comme une petite entreprise. Il va donc devoir trouver une solution pour se faire respecter, puis se faire la belle. Cela lui prendra plus de 100 pages. Il devra éliminer le cador des Italiens, trouver quelques complices, échafauder un plan pour s’évader. Tout se préparant à récupérer le magot du coup “facile” et bien évidemment se venger des imprudents qui lui ont fait cette entourloupe. Véritable thriller écrit par Fabien Nury, ce roman graphique est mis en image par Brüno, virtuose des ambiances en noir et blanc. La pagination exceptionnellement longue lui permet de dérouler à l’envi les scènes essentielles, comme la bagarre dans le pénitencier ou la fuite dans les bayous. Du grand art, passionnant et palpitant.

 

« Tyler Cross » (tome 2), Dargaud, 16,95 euros

 

19:54 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tyler cross, prison, nury, bruno, dargaud

23/08/2015

BD : Bourreaux en fuite

 

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L'histoire de la Brigade juive est relativement peu connue. Lors de la libération de l'Europe par les alliés, une brigade t uniquement composée de combattants de confession juive est envoyée en avant-garde. Sa mission : traquer les criminels de guerre et permettre aux rescapés des camps de la mort de rejoindre la Palestine. Leslie, ancien pilote de course, se charge de la première partie, Ari, son ami, de la seconde. Durant l'été 45, l'Allemagne a enfin capitulé. Russes, Américains et britanniques se partagent le pays en ruines. A Salzbourg, Leslie est sur la trace d'un des SS les plus impitoyables. Il doit l'intercepter avant qu'il ne puisse rejoindre l'Argentine, dernier pays ami, en passant par l'Espagne. Le récit de Marvano, entre réalité et fiction, donne surtout l'occasion au lecteur de comprendre pourquoi des milliers de Juifs ont choisi de quitter cette Europe où une fois les Nazis éliminés, il restait toujours autant d'antisémites prêts à les ostraciser. Puissant et prenant.

 

« La brigade juive » (tome 2), Dargaud, 13,99 €

 

09:58 Publié dans BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : brigade juive, ss, marvano, dargaud

13/08/2015

BD : Magie londonienne

 

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Certains dessinateurs excellent dans une époque. André Benn, depuis les aventures de Mic Mac Adam, n'a quasiment jamais quitté la fin du XIXe siècle, que cela soit en Angleterre ou en France. Sa nouvelle série, annoncée en trois tomes au format carré, se déroule entre 1852 et 1887 dans les environs de Whitechapel, quartier londonien. Les premières pages montrent Jerrold Piccobello, célèbre magicien un peu oublié, se faire refouler d'une audition. Une sacrée déchéance pour ce maître des prestiges. Il revient alors sur les lieux de ses débuts, un théâtre aujourd'hui en ruines et se souvient. Orphelin à 10 ans (son père, tricheur aux cartes, a tenté d'arnaquer un ponte de la pègre...), il est recueilli par une femme qui vit dans la conciergerie de ce théâtre. C'est là, adolescent, qu'il va rencontrer Virgill Webb, prestidigitateur qui lui apprendra les rudiments de la magie puis le prendra comme associé. L'album, sur deux époques différentes, raconte l'ascension de Jerrold, ses tournées en Europe avec Virgill, leurs conquêtes féminines. Mais un jour, Virgill disparaît et Jerrold déprime. Entre récit d'initiation et histoire d'amitié, « Le magicien de Whitechapel » se conclu par une incursion dans le fantastique. Comme si les trucs et astuces ne suffisaient plus pour berner le public. Benn, comme dans ses précédentes productions, abandonne son trait rond et bien formé pour des croquis aux multiples hachures, renforçant le côté sombre et vieillot de l'histoire. Une surprenant évolution graphique mais qui s'accorde parfaitement avec le scénario.

 

« Le magicien de Whitechapel » d'André Benn, Dargaud, 15,99 €

 

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26/07/2015

BD : Mère, père et bébé

La famille pour inspiration. Si Rodéric Valambois règle ses comptes avec une mère peu aimante, Seb Piquet raconte son quotidien de papa déjanté et Juliette Merris son apprentissage de maman. Trois BD radicalement différente, du drame poignant à l'émerveillement des premiers pas de bébé.

mère, malde mère, valambois, père, piquet, bébé, merris, soleil, dargaud, hugoRoman graphique de plus de 220 pages en noir et blanc, « Mal de mère » de Rodéric Valambois aborde un sujet sensible et rarement évoqué dans l'univers de la BD. Cela débute comme des souvenirs de jeunesse classiques. Rodéric présente Cédric son grand frère, Vanessa sa petite soeur, son papa et sa maman. Une famille unie, normale. La mère est institutrice, le père a quitté l'enseignement pour devenir écrivain et maire de la ville. C'est du moins l'impression qu'il a quand il a 9 ans. Bien sûr ses parents se disputent parfois. Mais rien d'exceptionnel. La révélation vient un jour de Vanessa, plus clairvoyante. « Maman est alcoolique » assène-t-elle sans précaution. Trois mots et tout un univers qui s'écroule. La suite du récit entre dans le dur. Rodéric ouvre enfin les yeux. Il comprend que les bouteilles de Porto qu'il achète régulièrement chez l'épicier sont exclusivement bues par sa mère. En cachette. Il en découvre un peu partout derrière la chaudière, dans le linge sale, sous l'évier. Même dans le tas de bûchers dehors. Les disputes ? Toujours à propos de l'alcool. L'aveu, un soir à table devant toute la famille est un véritable psychodrame. Car pour expliquer son état, la mère accuse mari et enfants, qui ne l'aiment pas, la considèrent comme une bonniche à leur service. La force de ce témoignage réside dans la durée. Rodéric raconte en fait 20 ans de vie familiale, avec cure de désintoxication, rechute, déchéance physique. Adulte, il rejette cette femme qui lui a pourri son enfance. Il faut un courage certain pour dessiner cette histoire très personnelle. Mais cet album, comme la parole, est salutaire. Rodéric, devenu père lui aussi, solde tous ses comptes. Le lecteur lui prend un direct au foie et reste longtemps le souffle coupé.

mère, malde mère, valambois, père, piquet, bébé, merris, soleil, dargaud, hugoLa famille heureusement c'est aussi dans 99 % des cas beaucoup de bonheur. Seb Piquet est un de ces jeunes pères nouvelle génération. Graphiste, il devient papa tout en conservant une âme d'enfant. Dans sa BD « Père et impairs » composée de gags il raconte la joie qu'il a faire découvrir à sa petite fille ses passions d'enfance. Mais quand la gamine aux couettes veut jouer à la dinette, lui s'obstine à la déguiser en Yoda (le chevalier Jedi de la Guerre des étoiles) ou a truffer sa chambre de dinosaures et autres vaisseaux spatiaux. Dessiné dans un style très simple et efficace, ces gags raviront surtout les adolescents attardés qui envisagent de faire des enfants. N'hésitez pas, ce n'est que du bonheur.

mère, malde mère, valambois, père, piquet, bébé, merris, soleil, dargaud, hugoBeaucoup de bonheur aussi chez Juliette Merris, blogueuse venue à la BD grâce à son désir de maternité. Après un premier tome où elle raconté comment elle a fait un bébé avec son compagnon, suite des aventures avec en guest-stars les couches, le caca, la gastro, les premières dents... Bébé est là. Le jeune couple amoureux se transforme en parents un peu dépassés. Mais ils assurent quand même, transformant toutes ces petites mésaventures en scènes cocasses ou à forte puissance émotionnelle. Si le premier recueil de « Je veux un bébé tout de suite » donnait fortement envie de faire un bébé, ce second tome va décupler votre motivation.

« Mal de mère », Soleil Quadrants, 18,95 euros

« Père ou impairs » (tome 1), Dargaud, 11,99 euros

 

« Je veux un bébé tout de suite » (tome 2), Hugo Desinge, 14,50 euros